Crédit photo: analysedulangage.com

Nous parlons toutes et tous comme nous sommes. La manière dont nous parlons et les mots que nous utilisons en disent long sur notre société. La langue française parle à travers nous, de façon quasi inconsciente. La langue est un miroir. Notre miroir intime.

Nous pensons à tort que nous choisissons les mots que nous disons. Or, nous trions les mots pour prendre ceux que notre cerveau a l’habitude d’utiliser et ceux qui sont disponibles dans la langue. La plupart des mots dans nos phrases sont d’origine inconsciente.

La langue nous donne des informations sur qui nous sommes, sur notre rapport aux autres, aux choses et au monde qui nous entoure. Pourquoi utilise-t-on certains mots et pas d’autres? Pourquoi certains mots ou certaines expressions s’imposent à nous? Pourquoi certains mots à la mode disparaissent soudainement? Pourquoi est-on agacé par certaines formulations?…La langue parle bien à travers nous…

Pour rédiger cet article, je me base sur une émission de France Inter, “Grand bien vous fasse”, “Ce que les mots racontent sur nous et notre époque” d’Ali Rebeihi du 18 novembre 2020.

“Je suis en mode” est très à la mode de chez nous…

Apparue dans les années 2015, l’expression “je suis en mode burn out, confiné, en masque…” est très à la mode chez les personnes de 15-35 ans. En fait, c’est plutôt notre téléphone qui est “en mode veille, en mode avion ou en mode silencieux”. C’est très révélateur de notre temps. On se prend pour des ordinateurs, des machines. On peut ainsi basculer d’un mode à un autre très vite. Cette expression est devenue un outil avec lequel on débute nos phrases et elle prend possession de nous, malgré nous!

Très souvent, on n’aime pas ces nouvelles expressions, mais on les attrape par mimétisme. Nous sommes d’accord que “en mode” ne convient pas à la langue française qui vaut mieux que ça: alors pourquoi garde-t-on ce tic de langage? On est comme des perroquets avec les expressions dans l’air du temps!

Nous sommes des animaux linguistiques mimétiques, selon la linguiste Julie Neveux. On se pense à tort comme des êtres de raison tout le temps. Les mécanismes d’appropriation du langage commencent très tôt chez l’être humain. On parle comme nos parents, nos voisins, nos copains…D’un point de vue linguistique, on reste des bébés qui imitent en permanence leur environnement!

Crédit photo: deparis.me

On peut parfaitement lutter contre des expressions qui nous déplaisent et aussi pour des raisons déontologiques. On n’est pas obligés de parler comme tout le monde! On ne comprend pas forcément tous les nouveaux mots qu’on entend, mais on les utilise. Pour quelle raison? On oublie qu’on a tous en nous une tendance réactionnaire, suivant les générations, qui ne s’exprime pas qu’avec le langage….

Quand on réagit face à une nouvelle expression, on réagit aussi contre l’air du temps. C’est normal et naturel. On est différent selon les âges de nos vies et plus vieux, on n’utilise pas les expressions qu’on utilisait à 15 ans! Accepter les nouveaux mots, c’est aussi une forme de tolérance! On a tous du mal à accepter de nouveaux codes… il faut toujours laisser du temps au temps!

L’expression “burn out”

Apparue dans la langue française dans les années 1985, on a compris que cette expression anglaise voulait dire “exploser”. On l’a traduite ensuite en “syndrome d’épuisement professionnel”, traduction officielle un peu trop longue à vrai dire. Comme on n’a pas eu le choix au niveau traduction, “burn out” s’est imposé.

Littéralement, “burn out” signifie “se consumer jusqu’au bout”, comme une bougie qui brûle petit à petit jusqu’à s’éteindre. C’est le psychologue américain Herbert Freudenberger qui utilise le premier ce terme en 1974, comme une métaphore pour désigner l’état de ses patients: ils sont tellement épuisés par leur travail qu’ils sont comme brûlés de l’intérieur.

“Burn out” est une expression qui marche bien car elle a en elle une métaphore écologique. On a des énergies naturelles en nous, qui peuvent arriver à épuisement, comme les ressources de la Terre!

Crédit photo: inzen.fr

Les fameuses “fake news”

Pour remplacer l’expression dorénavant très courante, on nous propose le néologisme “infox”, mot assez joli par ailleurs mais moins courant que son équivalent anglais. Le mot anglais a une consonnance qui nous plaît et on l’a adopté. C’est devenu une habitude et on sait tous que les habitudes (bonnes ou mauvaises) sont très vite adoptées…

Les “fake news” sont, à l’origine du mot anglais, de fausses informations, des nouvelles fallacieuses. Ce sont des nouvelles volontairement mensongères diffusées dans le but de manipuler ou de tromper le public.

C’est une expression qui fait débat néanmoins. Elle existe dans la langue anglaise depuis le XIXe siècle. Elle a été popularisée par les fausses rumeurs propagées notamment lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 et détournée par le candidat vainqueur.

Crédit photo: lecourrier.vn

L’expression est aujourd’hui vidée de son sens. Elle est devenue une arme rhétorique et politique. “Fake news” pose un problème de traduction de toute façon dans la langue française! La Commission d’enrichissement de la langue française recommande l’expression de remplacement “infox”, qui n’a pas pris dans les médias.

L’expression “fake news” nous parle car on a une méfiance vis à vis de toutes les autorités…

C’est quoi un néologisme?

Mot lancé dans les années 1750, ce mot a eu, dès le départ, une connotation négative, comme quelque chose à détruire.

La néologie, c’est le fait d’inventer des mots. Pour le célèbre spécialiste de la langue française, Alain Rey, une langue qui ne connaîtrait aucun néologisme serait déjà une langue morte. L’histoire de toutes les langues, c’est l’introduction permanente de néologismes, venus d’ici et d’ailleurs.

Quand le mot inventé entre dans le dictionnaire, il a déjà un peu d’âge et est répandu dans le langage. Nous créons tous des néologismes pour exprimer le fond de notre pensée. Il est heureux qu’une langue s’enrichisse de nouveaux mots.

Crédit photo: marechalunjour.unblog.fr

Depuis le début de la crise sanitaire en 2020, on est servis en termes de ‘néologismes’, en tout cas de mots détournées de leur sens premier: la Covid, le confinement, le déconfinement…On a créé de nouveaux mots pour désigner de nouvelles réalités. Qui avait entendu parler du mot “confinement” avant mars 2020? Personne! Ce mot signifie l’emprisonnement dans une cellule.

Alain Rey disait que la langue devait emprunter des mots et que c’était nécessaire. Notre culture s’élargit en incorporant de nouvelles cultures. Les mots vont et viennent, restent populaires ou pas dans la langue. Ainsi va la langue…On a le choix d’utiliser un mot ou une expression, mais c’est toujours l’usage qui l’emporte, mais il est quand même un peu guidé par tout type de pouvoir en place!

Il est vrai que le fait que l’anglais soit une culture dominante dans beaucoup d’aspects nous agace. Il convient plutôt de rechercher un équilibre entre créativité quand c’est nécessaire, normes et stabilité.

Crédit photo: ouiouijespeakfranglais.com

Le mythe de la langue française, qui ne serait que française et pure, n’existe pas. Notre langue n’est en aucun cas supérieure aux autres. On se doit de chasser la xénophobie linguistique! Le français n’est qu’un méli-mélo de nombreuses importations d’autres langues. Le français a toujours été une langue qui a beaucoup emprunté à d’autres. Elle est donc riche et loin de s’appauvrir, comme on pourrait le penser. A l’inverse, l’anglais, qui emprunte moins aux autres langues, s’appauvrit plus vite.

La langue française permet beaucoup de libertés. Elle a une grande capacité à inventer et s’enrichit en permanence. Les écrivains font aussi beaucoup évoluer la langue. Internet et la technologie font évoluer la langue extrêmement vite.

Par exemple, le mot “bugger” pour dire “ne plus arriver à faire quelque chose”, tel que nous l’utilisons en français, n’existe pas en anglais. Curieux, non? Dans les années 90, le type “déconnecté” était un type marginal. De nos jours, le même mot signifie s’éloigner de l’ordinateur et de nos connections permanentes pour notre plus grand bien. C’est un état que l’on recherche.

Crédit photo: codeur.com

“Je parle comme je suis”

“Je parle comme je suis” est le titre d’un livre écrit par Julie Neveux, paru en 2020 aux éditions Grasset.

Julie Neveux. Crédit photo: babelio.com

Julie Neveux explique comment notre langue s’exprime à travers nous. Elle nous dit et nous révèle si l’on sait analyser nos mots et retrouver leur sens. Elle a écrit là un essai passionnant et examine au peigne fin plus de 100 expressions. Elle rappelle l’origine de ces expressions, étudie leur emploi actuel pour faire notre portrait à partir de ces mots. Elle emmène le lecteur dans un voyage linguistique et une enquête sincèrement jubilatoires.

En guise de conclusion

Les langues ont toujours échangé entre elles, comme les être humains. La francophonie est un vaste territoire riche d’expressions. Dans certains pays francophones, on dit “cigaretter, siester, doigter”, verbes très explicites par ailleurs que nous n’utilisons pas en France..

Utiliser une langue, c’est aussi y mettre beaucoup d’affect, de sentiments. C’est le reflet d’une culture à un moment donné, d’une société qui évolue, que l’on veuille ou pas. C’est aussi le reflet de notre personnalité, de notre niveau culturel et social.

L’évolution d’une langue est totalement indépendante de notre volonté. On a le droit de ne pas aimer certains mots ou expressions. Personne ne peut vous obliger à les utiliser. Alors, faites vos choix!

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    Une réflexion pertinente sur la (les) langue(s). Merci

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