Toute personne qui se met à écrire laisse un peu d’elle-même dans ses histoires. Qu’elle le veuille ou pas. Toutes les histoires que nous regardons, celles que nous lisons, disent quelque chose de nos vies et de nos rêves.

Elles nous disent aussi où nous en sommes, où en sont nos conflits avec nous-mêmes ou les autres. Elles nous disent ce qui nous touche. Certaines de ces histoires sont des dérivatifs, des distractions ou du divertissement. Elles nous évitent de penser et nous reposent.

Les autres histoires – une petite poignée- nous émeuvent parce qu’elles entrent en résonance avec notre humanité, avec nos peurs et nos expériences.

L’impact des histoires que nous écrivons

Il y a les histoires que nous écrivons! Il y a celles qui nous hantent, celles qui viennent nous réveiller la nuit, celles qui nous parlent la journée pendant que nous sommes au travail ou dans la rue, pendant que nous faisons nos courses ou quand nous surprenons une conversation dans la rue en nous disant “c’est ça qu’il faut que je retienne pour le mettre dans mon livre!”.

Si les histoires que nous consommons nous révèlent quelque chose de notre rapport au monde, celles que nous publions révèlent quelque chose de nous au monde.

De là, naissent plusieurs difficultés, dont certaines constituent un frein à l’écriture. Pour écrire une histoire avec fluidité, une histoire qui ne soit ni un pur divertissement ou ni un exercice technique, c’est-à-dire qui met en scène notre individualité, notre sensibilité, notre univers, il convient d’être clairvoyant sur nous-même et sur les motifs cachés de l’histoire. Il convient d’endurer la tension et la diversité des émotions.

Les histoires que nous écrivons sont le reflet de notre personnalité, le résumé de l’histoire de notre vie, en miniature. Tout comme les vêtements que nous portons, les différentes parties de notre corps, nos rêves ou nos fantasmes: tout parle de nous. Inconsciemment!

Chaque histoire que nous racontons -et je ne parle pas là de roman- révèle l’écrivain qui sommeille en chacun de nous.

La connexion avec ses émotions grâce à l’écriture

Un auteur naît dans la volonté à se connecter avec tout son panel émotionnel. Cela vaut pour les émotions les plus faciles, comme la colère ou la tristesse, autant que pour d’autres, moins souvent mises en avant, comme l’espoir ou la joie, la confiance ou la résignation.

Lorsqu’il écrit, l’outil le plus important de l’auteur, c’est son aptitude à invoquer n’importe quelle émotion, dans n’importe quelle nuance, et de jongler en passant de l’une à l’autre, en fonction de ce qu’exige l’histoire.

L’auteur ne fait pas semblant quand il ou elle écrit. Il ou elle vit directement, et pas par procuration, ce qu’il montre à ses lecteurs. C’est cette justesse-là qui fait la vraisemblance d’une histoire.

Et quand le récit bloque, c’est rarement pour des questions de logique, rarement pour des questions de cohérence formelle ou technique. C’est souvent par manque de vulnérabilité, souvent parce que l’auteur a l’intuition d’une agitation intime sourde en lien avec le passage qu’il doit écrire. Il fuit alors cette agitation, parce qu’elle va lui demander de l’énergie et qu’il sait qu’il va en sortir épuisé.

Quand nous écrivons nos histoires, nous transmettons nos émotions à nos lecteurs. A notre insu! Il est entendu que tout auteur doit maîtriser ses propres émotions lorsqu’il écrit. Comme tout artiste d’ailleurs.

Que serait un personnage sans émotion? Une marionnette! Un auteur, ou un artiste quel que soit son domaine de prédilection, est un observateur. Il ne perd jamais une occasion de nourrir sa connaissance de la nature humaine.

Ecrire c’est penser le monde avec ses mots

Quand nous écrivons, nous choisissons nos mots avec attention, l’un plutôt qu’un autre. Nous ne pensons pas autrement qu’avec des mots. Les mots associés entre eux, tel que nous les avons choisis dans un savant assemblage, sont précédés de pensées déjà toutes faites, que nous avons construites avant de les coucher sur le papier.

Comment pourrions-nous d’ailleurs penser sans les mots? Loin de moi d’étaler des pensées philosophiques! Il est évident que les mots influencent aussi notre façon de penser. Et donc, d’écrire!

Nous avons tous besoin de la langue pour faire passer des messages, entrer en communication avec les autres. C’est donc une intention que tout auteur transmet via les mots qu’il choisit pour raconter les histoires de ses personnages.

Les mots parlent et ne sont pas forcément ce qu’ils sont. Ils vont parfois au-delà, en sens contraire, ou sur des routes détournées. Il y a les mots qui parlent et qui se taisent et ceux qui crient plus fort que les autres. Il y a les mots qui ne s’entendent pas et qui pourtant ont tant à dire. Il y a ceux qui se bousculent, ceux qui s’intéressent à l’autre et même ceux qui méprisent! Les mots qui parlent sont comme les hommes, aussi nombreux et dissemblables. Ils se teintent des maux qui nous parcourent, voulant les éclairer de leur lumière. Les mots qui parlent sont salutaires et guérisseurs…

Même si les mots que nous utilisons nous appartiennent, ils sont toujours inspirés de notre ressenti. Ils entrent en résonance avec notre propre structure, sur notre ressenti propre sur les mots en question.

L’interprétation des mots se fait à plusieurs niveaux…

Julie Neveux a écrit un ouvrage très intéressant que je vous recommande:

L’auteur et les histoires qu’il écrit

L’auteur reste vigilant à ne pas se laisser emporter par sa propre histoire, à ne pas laisser les émotions le séduire au détriment de la logique seule et de ne pas laisser la logique le convaincre au point de négliger les émotions.

Cela demande du travail et des erreurs. De nombreuses erreurs. Des moments d’emportement, des nœuds au cerveau, qui conduisent dans des impasses dramatiques qu’il faut, plus tard, dénouer.

Ecrire, ça fait surgir des questions, des hésitations, des interrogations. Ecrire, c’est condenser la vie dans des mots. Nous portons tous en nous des histoires. C’est notre part intime de chacun d’entre nous, les douleurs comme les bonheurs, les routes escarpées que nous avons empruntées, les héritages souterrains, les rêves qui permettent de continuer à mettre un pied devant l’autre.

Il est très important pour nous d’avoir des espaces où nous pouvons déposer nos mots, pour offrir ce partage avec nos lecteurs. Nous apprenons énormément sur nous en écoutant ce que dit notre écriture.

Je reste persuadée que nous vivons mieux en écrivant. Nous sommes à la fois plus vastes et plus légers.

Ecrire pour aller à la découverte de soi

Indéniablement, écrire permet de s’éveiller à soi. Nous nous délivrons de ce qui a besoin de l’être. Nous nous offrons au monde avec plus de transparence, de sensation d’unité et d’alignement.

Ecrire, ne serait-pas simplement s’apprivoiser? Ne serait-ce pas un moyen de se responsabiliser et de prendre sur soi? Sur sa vie? Ne serait-ce pas une clarification de notre pensée? Ne serait-ce pas un moyen de nous donner une direction? Un moyen de chercher et de trouver la lumière en nous?

Je vous le confirme: écrire est bien un voyage à la découverte de soi et vers l’accueil de soi. L’écriture est un outil très puissant, source de création, d’expression, en un mot: un outil de joie. En écrivant, nous partons à la découverte de nous-même en chemin, une promesse de connexion entre son esprit et son corps.

L’écriture est une façon de se retrouver avec soi-même pour prendre soin de soi, de retrouver son équilibre mental et émotionnel. Quand nous écrivons, nous explorons des territoires, enfouis en nous.

L’écrit est source de découvertes sur soi, de développement de sa relation à l’autre. Ecrire, c’est se donner l’instrument qui permet de faire connaissance avec l’intime de soi-même, d’établir des liens entre ses expériences vécues, ses souvenirs du passé, de sa vie présente et ses projections dans l’avenir.

Ecrire aide les lecteurs à construire leur identité et donne du sens à leur vie à travers les histoires que nous inventons. Nous pensons peut-être écrire pour rien, sans aucun but. A tort! Ecrire est un acte charnel. C’est un peu de soi qui se prolonge par le crayon, l’encre ou la papier, ou lorsque nous faisons face à notre écran d’ordinateur.

Ecrire n’a pas forcément de but ou une forme précise. C’est un acte de liberté. Ecrire, c’est penser. C’est laisser les autres pénétrer un peu dans son jardin intérieur. Ecrire, c’est vivre mieux.

Ecrire, c’est côtoyer l’humain, vivre les mouvements de l’être, du cœur et de l’esprit, avoir face à soi des personnages qui ressentent, qui agissent et qui sont. L’auteur ressent avec eux, pas à leur place, pas pour eux, mais avec eux.

En guise de conclusion

Un auteur n’est pas dans la manipulation des mots. Il est dans une vérité au moment où il a écrit son histoire. Il est dans la rencontre des émotions, celles de ses personnages, et par nécessité, les siennes propres.

Ecrire n’est pas seulement une joyeuse distraction, une activité perdue dans le bouillonnement des activités qui peuplent notre quotidien. Ecrire, cela peut nous brasser de l’intérieur, nous remuer.

L’écriture est une aventure de découvertes sans fin. Chaque jour où nous croyons avoir tout compris, quelque chose de nouveau pointe son nez, un questionnement, une idée neuve ou ancienne.

“L’écriture est une aventure”, comme disait Winston Churchill.


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 25 août 2020 à 14 h 03 min

Les mots ont un impact puissant sur tout ce qui se passe autour de nous, chez nous. Il peut servir au nom de la liberté ou blesser cette même liberté par les négationnistes. Oui, le mot peut être doux à entendre ou simplement dévaster une partie de l’être humain…

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