Ce deuxième article présentera plutôt la transformation de Christian Bobin grâce à la rencontre inopportune de sa muse. Cela le sortira de sa vie monotone et isolée. Il créera ainsi la famille qu’il n’avait pas pu créer avant.

Le quotidien du poète se trouvera transformé grâce à la rencontre de cette femme. Il découvre ainsi un autre univers, qui lui titillera son inspiration poétique. Sa vie va ainsi changer du tout au tout.

L’inspiration féminine incarnée

Fin septembre 1979, à 22 heures, il fait une rencontre déterminante en la figure de Ghislaine. Bobin était en vadrouille. Il fait cette rencontre, qui restera à jamais platonique, à 30 ans.

A cette époque-là, le poète vivait encore chez ses parents, installé dans ses habitudes poétiques. La rencontre avec Ghislaine fut comme une deuxième naissance pour lui.

“Ma deuxième naissance a commencé en la voyant entrer dans une pièce”, dira-t-il.

Quand Bobin la rencontre, Ghislaine a 28 ans, elle est mariée et mère de 3 jeunes enfants. C’est une mère de famille dévouée aux enfants, jolie de surcroît, institutrice, qui apparaît au poète comme une madone romane qui descendrait de sa fresque.

Bobin est fasciné par cette image maternelle aimante, lui qui l’a si peu connue avec sa propre mère. Ghislaine lui a inspiré “L’Inespérée”.

Ghislaine est aussi bouleversée par le visage de Bobin aux pommettes russes de jeune starets, où se lisent toutes les émotions. Au moment de la rencontre, le poète n’a pas publié grand-chose.

Il arbore une dégaine russo-manouche et se trouve dans une situation professionnelle peu glorieuse. Il n’a rien qui puisse attirer une femme normale.

L’allure russo-manouche de Christian Bobin

Ghislaine voit en Bobin le héros de son livre préféré, “Les Hauts de Hurlevent” d’Emily Brontë, en incarnant le personnage principal, Heathcliff. Aux yeux du poète, Ghislaine est comme un personnage de la romancière anglaise.

Parfois, la muse rend visite au poète dans son cabinet d’écriture, dans ce décor banal du HLM, qui devient enchanté par la seule présence de la petite “fiancée nervalienne”. C’est un enchantement simple pour le poète.

La famille de Ghislaine accueille tout simplement le poète en sa demeure. Il devient le précepteur et le compagnon de jeux des enfants. Il est frappé par la science mystérieuse qui émane des enfants. Il surnomme sa muse “sœur de lait”.

Le début du succès

Christian doit beaucoup à Ghislaine concernant son génie poétique: il lui doit la grâce de son style et la légèreté joyeuse. Il lui dédicace le recueil “Le Très-Bas” consacré à Saint-Thomas-d ‘Assise, qui a eu un vif succès: “à Ghislaine Marion délivrant par son rire tous les chemins de l’encre”.

Ce recueil a rencontré une belle fortune critique, qui a permis d’établir la renommée du poète. Il a reçu deux prix: le prix des Deux Magots et le Grand prix catholique de littérature.

Christian Bobin finit par s’installer au 7e étage du HLM voisin de ses parents au Creusot, sa ville natale et jamais quittée. Ghislaine lui rend visite une fois par semaine, ainsi que quelques lecteurs, car son audience commence à s’élargir.

Il commence à avoir des lecteurs fidèles et fervents, il est invité à des rencontres. Certains éditeurs et des revues lui commandent des textes. Il finit, ainsi, par être publié dans une revue éditée par Gallimard.

Bobin a toujours suivi son inspiration. Il ne peut pas séparer le spirituel du matériel, le langage de la vie.

Par ailleurs, le poète mène une vie simple et gagne peu d’argent. Sa seule dépense concerne l’achat effréné de livres.

Ecrire des lettres

Une partie du travail d’écriture de Christian Bobin est consacré à sa correspondance quotidienne.

Voici un extrait de l’émission littéraire “La Grande librairie” d’octobre 2017 à laquelle Christian Bobin a participé, concernant son écriture.

Bobin devient célèbre et Le Creusot devient un lieu de pèlerinage. Au début de 1990, il publie un roman, “Isabelle Bruges”. Il n’a écrit ensuite que deux autres romans, forme littéraire dans laquelle il ne se sent pas vraiment à l’aise.

La disparition de la muse

La muse du poète, Ghislaine, meurt d’un AVC brutal le 12 août 1995. Suite à cette disparition qui le laisse anéanti, Bobin écrit “La part manquante” : il s’adresse à la morte comme à une vivante.

Il reprend l’appartement de Ghislaine à 15 minutes de son HLM. L’écriture est ainsi un commerce entre la vie et la mort. En 1996, il publie “La plus que vive”, recueil l’écriture devient nécessaire.

Bobin consacre, à cette époque, son écriture à une morte, comme le poète Alphonse de Lamartine. A la mort de Ghislaine, Bobin a perdu sa joie intérieure.

Alphonse de Lamartine

Il n’est en rien original en ça. Il écrit beaucoup pour ne pas mourir. La question se pose: écrire ou mourir? A cette époque, il commence à recevoir la défaveur des citriques, mais le public lui reste fidèle.

En perdant son inspiratrice, le poète est brisé dans sa fibre la plus profonde. Il lui faudra du temps pour la retrouver, affaibli par ce deuil qui le frappe de plein fouet.

La disparition de la figure paternelle

A la fin des années 1990, Le père de Bobin développe la maladie d’Alzheimer. Cela lui inspire le livre “La présence pure”. Il traite de la situation de ces vieillards, laissés pour compte de la société comme des pestiférés. Il critique cette société plus préoccupée par les divertissements et les mondanités.

Le poète, qui doit tant à son père, transfigure le malheur irrémédiable de son père de manière poétique. Par la force de la poésie, la déchéance mène à une transfiguration finale. Ce qui est perdu dans ce monde est gagné dans un autre qui nous échappe.

Il passe alors par le langage des mains, celui de l’amour simple qui prend le pas sur la parole. Avant de tomber malade, son père a lu tous les livres de son fils, en se permettant des commentaires discrets. Il a été émerveillé et fier d’avoir un jour offert à son fils les poèmes d’Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud

L’écriture reprend le dessus

Christian Bobin rend visite au poète Jean Grosjean, un des plus grands penseurs de notre temps, selon le poète du Creusot. Il commence ainsi une correspondance avec ce poète à l’été 2003.

Jean Grosjean

Christian Bobin se consacre désormais à l’écriture une bonne partie de la nuit et de l’après-midi. Il écrit sur des carnets de petit format, surtout pas à l’ordinateur, en utilisant des feutres pour enfants. A ses yeux, l’écriture manuscrite ressemble à un manifeste, comme l’irréalisation du monde.

Il travaille sur un pupitre d’écolier taché d’encre, face à la fenêtre. Il reste assis pendant des heures, en prenant le pouls du monde le soir en regardant les informations.

Bobin, le matin, lit et répond à son courrier. Il écoute de la musique: Bach, Mozart et Schubert. Il adore Glen Gould. Il ne possède aucun animal. Il préfère aux animaux domestiques les rares passages discrets des animaux de la forêt voisine, prêt de sa maison installée à l’orée du bois, qu’il a acquise en 2005.

Bobin a toujours manifesté un intérêt pour les esprits libres qui s’émancipent des dogmes religieux. Il n’a pas eu besoin d’apprendre que le génie de la langue française réside dans les phrases courtes.

En guise de conclusion

Les œuvres de Christian Bobin sont traduites dans le monde en 40 langues. Ses livres ont connu un succès retentissant au Japon, bien que le monde littéraire français l’oublie souvent.

Des maîtres zen japonais se sont intéressés à ses textes. Ils apprécient la simplicité et le côté direct de son œuvre. Il a toujours vécu avec les humbles, loin des coteries parisiennes.

Christian Bobin a publié une soixantaine d’ouvrages. Il tient aussi une chronique intitulée “Regard poétique” dans le magazine mensuel Le Monde des Religions.

Amoureux du silence et des roses, il a toujours fui le milieu littéraire. Il a passé, jusqu’à ce jour, sa vie dans les livres, loin du monde. Il a conservé ainsi son inspiration pure.


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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