Ecrire une lettre permet de raconter, de se raconter. Ecrire, c’est toujours faire passer un peu de soi.

Est-ce pour cette raison que les gens, d’une manière générale, écrivent de moins en moins de lettres? Ou à cause de l’ordinateur?

Nous prenons l’habitude de nous cacher derrière un écran pour écrire le plus rapidement et le plus anonymement possible, plutôt que de prendre la plume et de prendre notre temps pour formuler nos phrases dans une lettre que nous destinons à une personne en particulier!

Certaines auront tendance à penser que les lettres sont tombées en désuétude au profit des différents canaux de communication tels que les réseaux sociaux, les SMS et les courriels.

Pourtant, malgré tous ces moyens modernes, il existe un Festival de la correspondance qui a lieu chaque année en juillet à Grignan.

 

 

La correspondance épistolaire en vogue

 

On la disait ringarde, étouffée, étouffante depuis l’essor des nouveaux moyens de communication informatiques!

On la pensait comme une forme d’échange du temps passé, de jadis, de dans le temps, pour les aristocrates qui avaient le temps d’échanger via la plume d ‘oie interposée!

On la considérait comme une relique d’une époque qui n’existe plus que dans les livres d’histoire!

 

 

Et pourtant! Tout le monde se trompait! La correspondance épistolière s’offre chaque année un Festival digne de ce nom dans la commune de Grignan dans la Drôme provençale.

 

 

Les lettres permettent d’arrêter le temps pour un instant, de chercher l’inspiration, de maîtriser ses pensées pour la personne à laquelle on écrit.

Adieu la rapidité, la brièveté, l’économie, la protection des arbres!

Ecrire une lettre, c’est apprivoiser le temps en se mettant à l’ouvrage, avec le cœur à l’ouvrage, de coucher les détails sur le papier, de divulguer des informations, de diluer des morceaux de soi au gré des lignes noircies.

Ecrire une lettre, c’est se montrer patient; c’est construire un puzzle avec des mots choisis; c’est assembler les phrases entre elles comme des colliers de perles, selon l’effet qu’on veut produire.

Ecrire une lettre, c’est entrer comme dans une oeuvre d’art: un moment instantané et unique, un moment sur lequel on peut user du temps, un moment qu’on observe, qu’on décortique, pour faire peau neuve à chaque nouvel acte.

 

 

A travers le crayon ou le stylo, nous sommes allés chercher une pensée puisée au fond de nous pour transformer la missive en une sorte d’oeuvre originale.

Ecrire une lettre, c’est aussi un acte solennel.

D’où le succès du Festival de la correspondance, où des grands noms de la littérature se rendent nombreux chaque année!

 

Le Festival de la correspondance, c’est quoi?

 

Ce festival est une manifestation culturelle annuelle au début de l’été, depuis 1996, dans la ville de Grignan, si chère à Madame de Sévigné, dans laquelle résidait sa fille adorée!

 

 

 

Ce festival a pour but de célébrer l’art épistolaire et de le remettre au goût du jour.

Lors du festival, tout le village de Grignan est le siège de nombreuses manifestations, la plupart en plein air, notamment devant le château de Grignan, à la Chapelle Saint-Vincent ou encore sur le Cours Sévigné.

Durant cinq jours, différentes manifestations autour de la correspondance sont présentées au public: des lectures, des pièces de théâtre, des rencontres, des cafés littéraires, des ateliers autour du livre et de la lecture, entre autres.

Des écrivains, des universitaires et des chercheurs sont invités à proposer des ateliers d’écriture ou de calligraphie, reflet incontestable de l’intérêt croissant pour l’écrit et la lecture.

 

 

Des artistes interprètes et auteurs proposent des spectacles et des lectures, soit du répertoire, soit inédits.

Ce festival s’attache à toutes les correspondances de toutes les époques, sous toutes ses formes, des plus traditionnelles aux plus contemporaines.

Le Festival de la correspondance est un lieu unique de découvertes, d’émotions partagées, de rencontres d’auteurs, d’acteurs, de textes, de plasticiens, mêlant plusieurs générations d’artistes et de spectateurs chaque année sur une nouvelle programmation et un nouveau thème.

Le Festival contribue ainsi à l’émergence de nouveaux talents, écrivains et comédiens.

Les maîtres mots du festival de Grignan sont: échanges, découvertes, partage.

 

 

 

La création du Festival de Grignan

 

En 1996 était célébré le tricentenaire de la mort de Madame de Sévigné. Le Festival est né à cette occasion, à l’initiative du maire de Grignan, Bruno Durieux.

 

 

1996 a donc été le début de ce festival, de cette aventure qui a conduit à redonner les lettres de noblesse au genre épistolaire et à le célébrer.

Ce Festival est l’aventure et la volonté d’un village où les habitants sont engagés et s’engagent chaque année dans le Festival. D’ailleurs, les bénévoles sont de plus en plus nombreux au fil des ans. Cela donne une âme au festival!

Un thème est à l’honneur chaque année. Le thème de la ‘Belgique’ était à l’honneur en 2018.

 

 

Tout aussi passionné est le public qui participe aux manifestions. En effet, ce Festival séduit un public large, fidèle, mais néanmoins exigeant.

Le Festival de la correspondance développe un caractère propre et fait entendre une voix originale dans le genre épistolaire.

Quelques affiches du Festival:

 

 

 

 

Le genre épistolaire avant et aujourd’hui

 

Ecrire des lettres est un genre littéraire ancien, une pratique courante dans les temps anciens.

Par exemple, les lettres que Madame de Sévigné écrivait à sa famille ou à ses amis étaient lues en public de son vivant. Elles ont donc une valeur littéraire de nos jours, par l’esprit qu’elles dégagent, par la touche historique qu’elles déploient, par les nouvelles qu’elles apportaient.

La lettre était, avant l’apparition de la radio, de la télévision ou d’Internet, le seul moyen de communication.

Cette pratique épistolaire permettait  et permet encore certains avantages:

  • les lettres pouvaient se garder dans la durée, voire toute une vie
  • elles étaient des documents personnels ou importants
  • vous pouvez collectionner les timbres reçus
  • en écrivant, vous améliorez votre envie de lire et d’écrire
  • vous pouvez avoir une surprise quand vous ne connaissez pas l’expéditeur.

De nos jours, voici les inconvénients possibles que nous pouvons noter à l’écriture de lettres:

  • cela prend du temps
  • cela coûte plus cher qu’un texto
  • cela demande de la patience avant de recevoir le courrier
  • cela est encombrant; il faut se déplacer à un bureau de poste en plus!
  • cela n’est pas écologique car il faut abattre des arbres pour utiliser le papier!

De nos jours, qui reçoit encore des lettres? Pas grand monde!

C’est triste de ne plus rien échanger qu’à travers des machines! Ecrire des lettres est un art qui se raréfie dangereusement, malmené par le développement galopant des courriels et autres formes de messages, avec les atouts évidents de tous ces dispositifs modernes -rapidité, simplicité, efficacité.

Mais, pour rester lisibles et ne point décourager les lecteurs, ces messages se doivent de ne pas être trop longs. Le ton et le vocabulaire utilisés en font des écrits froids et impersonnels.

Rien de tel, à mon avis, que d’écrire une bonne vieille lettre à la main, en bon français, sans abréviation, sur un beau papier. Quel bonheur de prendre enfin son temps pour la rédiger, de réfléchir aux idées et aux phrases, de raconter vos petits bonheurs, vos déboires ou vos espoirs!

Votre lettre révélera vos goûts, vos humeurs, vos pensées, votre vie. Elle vous révélera, tout simplement, en dira long sur vous, vous dévoilera un peu.

Votre lettre pourra être drôle, émouvante, surprenante, profonde, banale ou subtile. Comme la vie, tout simplement!

Ceci dit, avec l’avènement du numérique, de nouvelles formes d’art épistolaire voient le jour. Pierre Assouline a publié des commentaires de blog, Brèves de blog, en 2008, aux Editions Les Arènes.

 

 

Des romans épistolaires fondés sur l’échange de courriels donnent un rythme nouveau à la correspondance, comme dans A toi, de Kim Thuy et Pascal Janovjak, publié en 2011 aux Editions Liana Lévy.

 

 

Le Festival de Grignan 2018 en photos

 

                                                                Aïko Solokine et Pierre Vanderstappen

 

                                                                       Eric-Emmanuel Schmitt  

 

                                                                           Isabelle Adjani

 

                                                                              Lambert Wilson

 

                                                                         Benoît  Poelvoorde

 

                                                                        rencontre littéraire

 

Si vous souhaitez consulter le site du festival, voici le lien:

http://www.grignan-festivalcorrespondance.com/index.html

 

Le Festival de Grignan 2019

 

Cette année, le festival se déroulera du 2 au 6 juillet prochain. (dates restant encore à confirmer).

Le thème de cette année est les années 1950 en France“.

Si l’aventure vous tente, traversez la France et faites-vous plaisir dans cette belle région de  Drôme provençale!

 

En guise de conclusion

 

C’est grâce à ce genre de manifestation, telle que le Festival de la Correspondance à Grignan que les arts peuvent continuer à exister.

Le genre épistolaire et le roman épistolaire ont connu de grands succès à travers les âges et aussi à notre époque, tels que:

  • Les liaisons dangereuses de Chodernos de Laclos,
  • Les Lettres persanes de Montesquieu,
  • Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor,
  • Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke,
  • Mémoires de deux jeunes mariés de Honoré de Balzac,
  • Lettres d’une inconnue de Stefan Zweig,
  • Lady Susan de Jane Austen,
  • Lettres d’amour d’un soldat de vingt ans de Jacques Higelin,
  • Lettres à Jean Marais de Jean Cocteau,
  • Un homme à distance de Katherine Pancol,
  • Les souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe, 
  • Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire,
  • Lettres à Nelson Algren de Simone de Beauvoir,
  • L’autre fille de Annie Ervaux,
  • Lettres à sa fille de Calamity Jane,
  • Correspondance de Albert Camus,
  • Lettres d’Afrique de Karen Blixen,
  • Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles de Suzanne Hayes, entre autres…

 

Voici un lien vers un site qui vous permettra de faire un choix plus ample dans ce domaine de lecture:

https://www.babelio.com/liste/431/Romans-epistolaires-et-correspondances-celebres

 

Le genre épistolaire n’a pas encore dit son dernier mot!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 9 avril 2019 à 9 h 21 min

A chaque éventualité d’une disparition quelconque , un élan de sauvegarde remue les consciences de ce qui pourrait ne plus être un jour.
Et c’est bien de ne surtout pas s’endormir, en disant c’est le progrès..
.Merci à toi, de mettre toutes ces “petites morts” en alerte pour chacun de nous.

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