Créer du suspense dans les histoires ne veut pas forcément dire créer de la peur, de l’angoisse. Le suspense n’est pas forcément à la Stéphen King. Le suspense, c’est quand le lecteur veut savoir la suite de l’histoire, quand il est impatient de découvrir l’évolution des personnages. Il veut juste savoir la fin.

Pour ce faire, l’auteur doit gérer la frustration du lecteur en y allant par touches. C’est là que réside son plus grand plaisir: tenir en haleine son lecteur. Le suspense doit être progressif, la frustration doit être bien gérée. Chaque étape du roman doit contenir son lot de suspense. L’auteur se doit d’aller là où on ne l’attend pas. Il doit rebondir, comme une balle de tennis. A chaque rebond correspond un nouvel épisode de suspense. L’auteur doit donner au lecteur ce qu’il a envie de savoir et entretenir la relation avec ce dernier: par le suspense!

 

La création du suspense dans le livre “Les fourmis” de Bernard Werber

 

 

Bernard Werber, dans ses différentes conférences, explique qu’il a choisi le thème des fourmis, parce que justement, il n’y avait rien à dire sur le sujet. Les fourmis ne font rien, contrairement aux abeilles. Le célèbre écrivain a pris cela comme un défi à relever: choisir le plus mauvais sujet pour essayer d’en faire un roman.

Consciencieusement, tous les jours de 8 à 12H30, à partir de l’âge de 16 ans, Bernard Werber s’est mis à écrire des histores sur les fourmis. Il a fini par compulser 1500 pages, mais les gens trouvaient ça rébarbatif. Il ne comprenait pas pourquoi cela ne marchait pas.

Il eut la révélation pendant une randonnée en montagne dans les Pyrénées. Le refuge, dans lequel son groupe souhaitait se protéger, ne contenait que 15 places. Or, ils étaient 20. Les personnes restantes furent obligées de se rendre dans un autre refuge à une heure de marche, sous des conditions climatiques pénibles en chemin. Bien sûr, elles se sont perdues. Les amis se sont disputés et se sont battus. La nuit est arrivée; le groupe est devenu nerveux, sans rien pour se couvrir et passer la nuit au froid. Le groupe est arrivé au refuge à une heure du matin, sans nourriture ni chauffage, avec une dose de stress au maximum.

 

 

Pour Bernard Werber, la création du suspense, comme cette anedocte qu’il a vécue, repose sur la frustration. On ne donne pas au lecteur ce qu’il a forcément envie de savoir. Il convient de créer un effet de répétition. Il faut lui donner l’envie, comme à un enfant qu’on prive de bonbon ou de jouet. L’histoire devient alors passionnante.

Il faut inventer le désir, entretenir la frustration du lecteur, mais ne pas trop tirer sur la corde tout de même. Le roman fonctionne comme une machine à frustrer légèrement le lecteur pour lui donner du désir afin qu’il tourne les pages de son roman. L’écrivain doit établir un système addictif. Enfin, le lecteur parvient alors à oublier le monde dans lequel il évolue et vit. Il veut juste savoir la fin.

 

Les ingrédients du suspense

 

La vie courante est un bon terreau à partir de laquelle l’écrivain peut s’inspirer pour ses romans. Pour créer du suspense, il peut insérer une menace, quelque chose qui risque d’arriver au personnage, un danger qui plane au-dessus de sa tête.

Le personnage peut savoir d’où vient la menace, grâce à des petits éléments disséminés ici et là, qui lui rappellent que le danger est bien présent. Cela crée une tension quasi permanente en amenant du stress au fur et à mesure.

La mise en danger amenée progressivement peut être morale, psychologique, professionnelle ou sociale. Cela met le personnage sous tension; cela entraîne de fait le lecteur. Le suspense ne doit se contenter d’être global, mais doit apparaître par petites touches, comme des mini intrigues que le romancier infiltre dans chaque scène. Il peut aussi soulever des questions, auxquelles il n’est pas obligé de répondre de suite. Le héros peut être mis dans une situation inextricable, insoluble, qui fera palpiter le lecteur. L’écrivain peut aussi brouiller les pistes ou utiliser la notion de temps à bon escient pour démultiplier le suspense.

Pour créer ce suspense, il faut de l’inconnu, de l’incertitude, du danger, mais les ingrédients sont à doser!

Dans tous les cas, le suspense est un élément indispensable, voire incontournable dans le déroulé du roman. Cette tension dramatique est ce qui incite le lecteur à tourner les pages et lui fait apprécier l’histoire, aussi longue soit elle ou pas.

 

Créer les éléments du suspense

 

Vous pouvez aisément vous inspirer de la vie quotidienne; c’est une matière courante pour les romans ou autres formats littéraires. Pour ce faire, il suffit d’insérer une menace, quelque chose qui risque d ‘arriver à votre personnage, insérer un danger qui plane au-dessus de sa tête.

Le personnage peut savoir d’où vient la menace. Ou pas. Quelques petits éléments disséminés dans le roman peuvent rappeler au héros que le danger est bien présent et risque de s’abattre sur lui à tout moment. Le stress amené au fur et à mesure de l’intrigue crée également du suspense.

 

 

La mise en danger de votre personnage peut être de tous ordres, de toutes origines. Vous pouvez à loisir explorer tous les domaines possibles. Bien évidemment, en positionnant votre héros sous tension, vous mettez votre lecteur dans le même état, ce qui l’incitera à poursuivre sa lecture avec délectation.

 

Créer des émotions chez le lecteur

 

Il est très important quand vous écrivez une histoire à suspense de multiplier les émotions du lecteur en jouant sur de petites touches. Votre but principal est d‘accrocher le lecteur pour qu’il n’ait jamais envie de lâcher votre livre. Ce dernier se demandera si le héros va pouvoir atteindre son objectif.

Pour ce faire, vous pouvez poser des questions à l’intérieur de vos chapitres, sans pour autant écrire de réelles phrases interrogatives. Les questions sont donc soulevées dans votre roman, mais vous n’êtes absolument pas obligé de répondre de suite à une question posée. Cela peut se faire 2 ou 3 scènes plus loin, le temps de tenir le lecteur en haleine.

 

 

 

Mais, le lecteur doit également savoir avec précision quelles sont les conséquences si le héros échoue. Prévoyez alors de graves conséquences. Vous pouvez jouer sur les peurs et les angoisses de vos personnages, en les mettant face à leurs craintes. Par ricochet, le lecteur se retrouvera face à ces mêmes peurs.

Vous pouvez forcer votre personnage principal à faire des choix impossibles, à le confronter à un dilemme insupportable. Les dilemmes aident à créer beaucoup de suspense, ce qui forcera le lecteur à se demander quel choix effectuera son héros, auquel il s’identifie.

Il existe aussi une technique très utilisée par les auteurs pour créer du suspense et jouer avec les émotions du lecteur. Vous pouvez dévoiler au lecteur ce que le personnage ne sait pas, en lui délivrant des bribes d’information, ce qui le conduit à s’interroger sur la position adoptée par le personnage. Cette clairvoyance lui permet d’entrevoir les dangers qui pourraient surgir. Dans ce cas-là, l’auteur s’appuie sur l’anxiété et la peur pour induire le suspense.

Une autre stratégie efficace est l’utilisation des contraintes de temps. Les thrillers recourent facilement à ce genre d’effet. Ils instaurent, par exemple, une course contre le temps. Le personnage principal doit atteindre son but avant une date ou une heure définie.

Par exemple, une bombe se déclenchera ou des otages mourront si une rançon n’est pas livrée à temps. Attaché au personnage, le lecteur serrera les dents. Tension et supense seront alors au maximum. Ces éléments permettent ainsi de créer facilement des conflits qui sont le coeur et l’âme d’une bonne fiction.

Le suspense peut également venir d’une situation imprévisible. Rien ne doit être simple pour votre personnage principal. Lui rendre la vie difficile, le mettre en danger, lui faire perdre certains de ses biens les plus précieux ou les gens qu’il aime, être horrible avec lui: jouez donc avec les émotions du lecteur!

Tous ces ingrédients composent la saga que je lis actuellement, Outlander de Diana Gabaldon. En tant que lectrice, arrivée au tome 6, j’ai l’habitude des rebondissements qui font froid dans le dos depuis le début. L’auteure ne s’est pas gênée pour créer parfois un supense insupportable. Il n’y a jamais de répit, ou alors, pour très peu de temps!

 

 

En fait, pour vous donner une image, le lecteur doit lire tout en faisant des montagnes russes pendant sa lecture. Pensez malgré tout à le reposer de temps à autre, le temps de souffler pour se préparer à un nouvel élément de suspense. Ne le gavez pas non plus à la manière des canards du Sud-Ouest de la France! Trop de suspense tue le suspense…Trop de transparence tue le suspense aussi…

 

 

Le suspense, c’est ce qui fait tourner les pages au lecteur! Il est absolument nécessaire à une intrigue réussie, indispensable pour plonger tête baissée dans l’histoire pour ne plus avoir envie de poser le livre. Plus facile à dire qu’à faire: il faut réussir à enchaîner les scènes en augmentant la tension au fur et à mesure, en variant les techniques en plus!

 

Le suspense dans Carrie de Stephen King

 

 

Voici le résumé de la quatrième de couverture:Carrie White, dix-sept ans, solitaire, timide et pas vraiment jolie, vit un calvaire : elle est victime du fanatisme religieux de sa mère et des moqueries incessantes de ses camarades de classe. Sans compter ce don, cet étrange pouvoir de déplacer les objets à distance, bien qu’elle le maîtrise encore avec difficulté… Un jour, cependant, la chance paraît lui sourire. Tommy Ross, le seul garçon qui semble la comprendre et l’aimer, l’invite au bal de printemps de l’école. Une marque d’attention qu’elle n’aurait jamais espérée, et peut-être même le signe d’un renouveau !”.

 

Carrie est le premier livre de Stephen King. C’est une totale réussite pour ce premier roman à suspense; il est très bien écrit. L’univers que l’auteur a créé autour de ce roman est vraiment bien imaginé. Le lecteur rentre parfaitement dans l’histoire en assistant à nombre de retournements. La fin est un peu précipitée malgré tout.

Ce roman est particulier car plusieurs articles, extraits de livres ou journaux interfèrent avec le récit principal. Le lecteur peut éprouver quelques difficultés au début pour entrer dans l’histoire.

Le suspense est créé autour du bal organisé, et on sent que quelque chose de louche va se passer. Le lecteur s’attend à une tragédie, car il apprend au fur et à mesure qui va mourir. Stephen King distille au fur et à mesure du récit des bribes de ce qui va se passer plus tard. C’est là que réside le suspense.  Le lecteur est au courant ce de qui va se passer, mais l’intérêt est de savoir comment cela va se passer. Rien de tel pour retenir l’attention du lecteur!

 

 

Le récit principal est rédigé du point de vue du narrateur omniscient et est entrecoupé d’extraits de toutes sortes, qui cherchent à posteriori à expliquer les faits. De plus, Stephen King se place sur le thème du fantastique en dotant son personnage Carrie de pouvoirs spéciaux (notamment la télékinésie), particulièrement facinants et décrits comme tout à fait possibles.

Le contexte du roman se déroule dans un lycée d’une petite ville américaine, donc un cadre tout à fait ordinaire. Les personnages sont classiques, tout comme la situation: le bal de fin d’année. C’est un rite de passage pour les adolescents américains.

Par ses pouvoirs extraordinaires, Carrie se venge de la rage ressentie pendant son adolescence en rendant les mauvais coups, les moqueries, les brimades qu’elle a subis. C’est un roman cathartique pour le lecteur, à vrai dire!

 

L’exemple d’Harry Potter de JK Rowling

 

 

L’auteure britannique, JK Rowling, est une référence en matière de suspense; on peut aisément dire qu’elle détient un véritable don. L’intrigue principale regroupe 7 tomes. Harry cherche à combattre le mal incarné par Voldemort, responsable de la mort de ses parents, pour rétablir les choses et se venger.

Le lecteur est happé par la quête du jeune Harry, à savoir si elle va aboutir un jour ou pas. Mais, il se pose surtout la question du ‘comment’ face aux pouvoirs incommensurables de Voldemort, l’ennemi juré. C’est à travers ce ‘comment’ que les intrigues secondaires prennent tout leur sens et leur importance, au fil des tomes.

En dispersant les informations de-ci de-là, JK Rowling va progressivement embarquer le lecteur dans son univers. Ce dernier fait face à une multitude de révélations, de rencontres insolites, de mystères enfin percés à jour, de situations pour le moins cocasses. L’ennui est impossible au fil des pages! Le rythme est parfaitement maîtrisé, parce que l’auteure a extrêmement bien ficelé son intrigue au millimètre près.

JK Rowling a commencé le tome 1 des aventures d’Harry Potter sans révéler que celui-ci était un sorcier très puissant, le seul d’ailleurs capable de résister à la magie noire du redoutable Voldemort. Si le lecteur avait su, dès le départ, que le jeune garçon était un sorcier, l’effet n’aurait pas été le même. Dans la saga, le lecteur est plongé en pleine perplexité en même temps que le héros.

 

 

JK Rowling rajoute un énorme suspense autour du grand méchant, en le nommant “celui dont on ne doit pas prononcer le nom”. Ce sont de toutes petites astuces et détails, qui au fil des pages, font la différence auprès du lecteur et qui explique le succès retentissant de cette saga à travers le monde.

L’écrivain n’est pas obligé de décrire son personnage dans son intégralité dès le début, ni les lieux dans lesquels il évolue, encore moins les personnages secondaires. Il ne faut absolument pas noyer le lecteur dans un déluge d’informations pouvant casser le rythme.

 

En guise de conclusion

 

Créer du suspense représente un incroyable défi lorsque nous écrivons. Avoir en tête l’idée d’une intrigue ne suffit pas. Il faut savoir développer cette dernière en toute logique et cohérence, et surtout, trouver la manière la plus efficace de la livrer au lecteur.

Bernard Werber donne le conseil de surprendre à la conclusion. Mais, il précise aussi qu’il faut toujours avoir envie de surprendre le lecteur à chaque page. Il faut que le lecteur se dise à chaque fois: “ah, ça…je ne m’y attendais pas!”.  A ses yeux, surprendre le lecteur est une politesse.

Le suspense fascine par son mystère; il joue sur les apparences, fait preuve de pudeur, aguiche son lecteur et tarde autant que possible à révéler ses secrets. Si le récit se laisse deviner trop facilement, l’intrigue tombe à plat; c’est une évidence!

 

 

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

lucette smits · 20 novembre 2019 à 8 h 21 min

Et bien, avec toi, chaque semaine est un suspens que l’on attend impatiemment. Vivement la semaine prochaine…

Catherine Gonin · 20 novembre 2019 à 20 h 00 min

Encore un excellent article . Le livre “Les fourmis” et les suivants m’ont enchantés par l’écriture du point de vue des fourmis : voir le monde avec les yeux d’une fourmi est une idée géniale mais m’a fait oublier la notion de suspens. Donc, à relire.!
Je suis d’accord avec Lucette car on attend chaque semaine avec impatience le prochain sujet d’écriture. Un suspens sans enjeu vital comme dans les livres …

    Laurence Smits · 20 novembre 2019 à 22 h 06 min

    Merci à mes fidèles lectrices pour leurs commentaires toujours élogieux; cela fait toujours plaisir!

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