Quatre millions de Français sont passionnés par l’écriture ou ont des manuscrits qui dorment au fond de leurs tiroirs. Ecrire est avant tout un plaisir, ce n’est pas un travail. Il n’existe pas qu’une seule méthode pour parfaire son écriture.

Mais, il arrive parfois que tout se bouscule dans notre cerveau quand nous voulons nous mettre à écrire. Pas de panique. Plusieurs écrivains donnent des conseils sur la façon d’être créatif et d’entretenir son potentiel créatif. Quand nous écrivons, il y a différents stades, qu’il faut suivre pour ne pas se décourager. Le plus important, à mes yeux, est de se laisser aller à l’impulsion créatrice à un moment donné pour se mettre à l’écriture.

La théorie d’Elizabeth Gilbert

Elizabeth Gilbert est une écrivaine connue mondialement avec son best-seller “Mange, prie et aime” publié en 2006. Je vous recommande la lecture de ce livre ou de visionner le DVD. C’est un film que j’adore, retraçant assez fidèlement la trame du livre.

L’écriture, pour Elizabeth, est le grand amour dans sa vie. Grâce au succès international de “Mange, prie et aime”, elle a transformé sa relation à son travail d’écriture. Contrairement à ses livres précédents, celui-ci a connu un succès retentissant, qui a à jamais changé sa vie.

Dès l’adolescence, Elizabeth a voulu devenir écrivaine. Mais, les gens autour d’elle étaient apeurés de ce choix, de peur qu’elle ne meurt sur ses rêves brisés et qu’elle n’arrive pas à écrire des livres, la renvoyant sans cesse à l’échec, sans avoir commencé quoique ce soit.

Suite au succès de son ouvrage, elle s’est posé nombre de questions. Elle éprouvait quelques craintes à ne jamais réussir à faire mieux que ce livre, ce que les gens lui faisaient bien sentir. Elle se demandait, à juste titre, si elle allait pouvoir jamais écrire un livre qui intéresserait les gens de nouveau.

Les seules et vraies questions qui taraudent tout aspirant à l’écriture sont: pourquoi la création fait-elle peur aux autres? Pourquoi la création fait-elle peur à nous-même? Plus que dans d’autres métiers…Le père d’Elizabeth était ingénieur chimique. En 40 ans de métier, personne ne lui a jamais demandé s’il avait peur d’exercer ce métier!

Dans la société occidentale, les écrivains ont la réputation de souffrir d’une importante instabilité mentale. Par ailleurs, il est vrai que certains créateurs sont morts jeunes, détruits par leur talent.

Il est de bon ton de croire que la créativité et la souffrance vont de pair et que les deux sont liées, notion bien connue et fortement ancrée dans l’esprit des gens. Pour beaucoup d’entre nous, nous pensons que l’art mène à une certaine forme d’angoisse. Elizabeth Gilbert n’aime pas du tout cette affirmation, qu’elle trouve odieuse et dangereuse. Pour elle, il est plus qu’important d’encourager les créateurs à vivre.

Après son succès planétaire, elle s’est demandé, à juste titre, comment elle allait continuer à faire le travail qu’elle aimait. Pour continuer à écrire, elle a dû se créer une sorte de construction mentale protectrice, visant à oublier tout ce qui s’était passé avant.

Elizabeth a pris le temps de rechercher des exemples de sociétés où on aidait plus les créateurs. Assez logiquement, elle s’est tournée vers l’Antiquité grecque et romaine. Ces peuples croyaient que la créativité ne venait pas des êtres humains. Ils croyaient plutôt que c’était un esprit divin bienveillant venant vers les gens à partir d’une source distante et impénétrable. Les Grecs appelaient ces esprits créatifs des “démons”.

Socrate croyait qu’il avait un démon qui lui inspirait la sagesse de très loin. Les Romains, eux, appelaient ça un “génie“. Ils ne pensaient pas qu’un génie était une personne particulièrement douée. C’était à leurs yeux une sorte d’entité divine et magique censée vivre dans les murs d’un atelier d’artiste.

Tout a changé à la Renaissance. L’être humain a été placé au centre de l’univers. C’était le début de l’humanisme rationnel. La créativité dépendait alors uniquement de l’individu. Pour la première fois dans l’histoire, il a été dit que l’individu était un génie au lieu de dire qu’il avait un génie. C’est une grosse erreur pour Elizabeth. Le poids est beaucoup trop lourd à porter pour un seul humain. Cela déforme et pervertit son égo. Cela crée trop d’attentes ingérables sur la performance.

Le processus de la création est un mystère, qui n’est pas toujours logique. Il peut même sembler parfois paranormal. Ruth Stone, une poétesse américaine, sentait et entendait le poème à venir pendant qu’elle travaillait dans les champs. C’était comme un vent de tonnerre qui fonçait sur elle à travers un paysage.

                                                     Ruth Stone

Elizabeth Gilbert se lève tous les jours à la même heure, sue, rame et pédale dans la semoule avec peine, selon ses termes. Elle dit souvent qu’elle a eu des idées venant d’une source qu’elle ne pouvait pas identifier. Elle révèle aussi qu’elle a souffert d’un accès de désespoir en plein milieu de “Mange, prie ou aime”. Elle était persuadée que cela allait être un désastre, le pire livre même qu’elle écrivait.

Alors, pour juguler ses démons intérieurs, elle a parlé fort à un coin de sa pièce en disant qu’elle savait que ce n’était pas génial, mais qu’elle y mettait tout son coeur. Alors, elle a dit au mur que s’il voulait que ce soit meilleur, il fallait qu’il pointe le bout de son nez.

Pour Elizabeth, le créateur est illuminé de l’intérieur et possède une source inimaginable pour la créativité. Elle conseille de ne pas avoir peur et de faire son travail.

Les vérités d’Anne Lamott

Anne Lamott est une écrivaine américaine. A 61 ans, elle a écrit une liste de tout ce dont elle était certaine. Pour créer, chacun a besoin de son moi intérieur, de sa vraie personne: cela se situe en dehors du temps et de l’espace. Cela n’a pas d’âge. Faire face à ses vérités a été libérateur pour elle. Anne affirme haut et fort que la vie est belle et qu’elle est un don précieux. Elle est pleine de douceur déchirante et de beauté. Mais, cela se révèle dur pour des êtres sensibles.

Pour pouvoir écrire sereinement, Anne conseille de débrancher souvent tous les écrans, de déconnecter de tous les parasites numériques qui envahissent notre vie quotidienne. Pour elle, on ne peut écrire sans avoir fait un travail interne sur soi. Chacun doit trouver sa façon de faire et ses propres réponses. Il peut être nocif de toujours vouloir se faire aider ou d’aider les autres.

On empire son état en se comparant aux autres en permanence. Cela est même destructeur. Prendre soin de soi est un acte prodigieux et le meilleur cadeau que l’on peut s’offrir pour pouvoir écrire. La paix de soi -et donc du monde par effet de ricochet- commence comme cela.

Tous les écrivains écrivent d’horribles brouillons au début d’un livre. Mais, ils continuent, ils persistent: c’est le secret de la vie. C’est d’ailleurs la principale différence entre eux et les autres. Ils écrivent parce qu’ils ont fait un arrangement préalable avec eux-mêmes. Ils écrivent les histoires qui les traversent, jour après jour, petit à petit.

Anne conseille, si vous ne savez pas par quoi commencer, d’écrire sur toutes les choses qui vous sont arrivées dans la vie. Si un jour vous vous réveillez et que vous vous sentez très mal, écrivez là-dessus. Vos histoires, vos souvenirs, vos visions ou les chansons que vous aimez sont de bonnes bases pour commencer à écrire. Votre version des choses, votre vérité avec vos propres mots sont une possibilié de début.

Vous êtes venu au monde pour offrir votre écriture. L’écriture peut guérir, comme de chanter, de peindre, de regarder ses fleurs pousser ou d’observer les oiseaux.

Les conseils de Maxime Chattam

D’emblée, Maxime Chattam dit que tout va bien quand vous ne savez pas comment continuer votre livre. Pour sortir de cette impasse, il conseille de prendre du recul, de s’aérer la tête et d’aller se promener, plutôt seul. L’idée est d’avoir un fond de pensée autour du livre. Vous pouvez marcher dans la rue, dans la forêt, peu importe.

Ce qui est important, c’est de regarder, d’observer, de se laisser porter par la vie et de garder tout cela dans un coin de votre tête pour le livre que vous êtes en train d’écrire. Il faut voir si des choses émergent, remontent et quelles sont les vraies problématiques.

Il est impératif d’identifier pourquoi vous êtes bloqué, pourquoi vous ne savez pas résoudre une question que vous venez de poser dans votre récit, comment amener une péripétie autour d’un personnage. Si cela s’avère compliqué, Maxime conseille de se replonger dans un de vos livres préférés. Identifiez alors pourquoi vous avez adoré ce livre, qui est un peu dans l’esprit de ce que vous êtes en train d’écrire. Vous ne copiez pas ce livre, mais vous vous inspirez de son esprit, de sa tonalité.

Replongez dans le ventre mou d’un livre, notamment vers le milieu, là où il y a des moments plus longs, parce que l’auteur a envie de se faire plaisir avec des choses. Ou parce qu’à un moment, il y a eu tellement de portes ouvertes qu’il faut un peu les développer. Il faut voir comment l’auteur a fait dans ce livre. Cela va vous donner des idées de moyens pour répondre à certaines de vos interrogations.

Utilisez des post-it pour noter vos nouvelles idées ou vos oublis. Cela fonctionne théoriquement avec tout le monde. Ecrivez toutes les idées que vous aviez pour votre livre et que vous n’avez pas mises: des personnages, des lieux, des péripéties. Mettez-en le plus possible. Voyez par la suite si vous n’avez pas de nouvelles idées qui émergent.

Une fois tout noté sur un grand papier ou sur une table, essayez de voir ce qui peut aller les uns avec les autres, ce qui est en contradiction, ce qui peut être rattaché à ce que vous avez déjà écrit. Peut-être cela vous amènera à vous interroger sur ce qui a déjà été écrit dans votre texte et à remettre les mains dedans. Ayez toujours à l’esprit qu’un peintre ne finit pas un tableau avec des mains propres.

L’écriture, c’est pareil que la peinture: on doit en avoir plein la tête, ça doit déborder, dégouliner. Vous devez avoir de l’encre numérique dans votre cervelle. Il ne faut pas hésiter à triturer les mots, les phrases, à vous poser des questions. Quand vous êtes bloqué, il n’y a pas de réponse miracle. Mais, les moyens existent pour trouver un déblocage, pour contourner les problèmes ou relancer un peu sa créativité.

Mes conseils

Il faut écrire avec le COEUR. Ecrivez sans le filtre de la raison, qui est toujours présent à vous titiller, à vous interroger, à vous discréditer ou à vous faire renoncer. La raison est un poison toxique qu’il faut fuir. Ecrivez sans vous poser trop de questions. Ecrivez comme vous le sentez. Ecrivez comme vous le ressentez au fond de vous.

N’écoutez pas les voix discordantes autour de vous ou en vous qui vous mettront inévitablement des bâtons sur votre chemin d’écriture pour vous empêcher d’avancer. Ecrivez avec spontanéité, en lâchant prise! Allez chercher au plus profond de vous l’inspiration. Oubliez, pour un temps, le style, l’orthographe, la syntaxe, le lecteur. ECRIVEZ POUR VOUS! FAITES VOUS PLAISIR!

Ecrivez sans vous retourner. Ecrivez sans vous censurer. Mettez à profit votre créativité, c’est un don précieux. Une toute petite idée de départ peut devenir une superbe idée d’histoire. Croyez en vous et en vos compétences d’écriture.

Ecrire rend heureux. Ecrire enrichira votre vie. 

Ecrivez tout le temps. Lisez beaucoup. Regardez des films, récents ou anciens, des séries ou des documentaires. Ils peuvent être source d’idées. Evitez toutes les émissions abêtissantes proposées à la télevision de nos jours. Ecoutez de la musique aussi souvent que vous le pouvez: elle peut libérer des noeuds et des espaces dans votre esprit et dans votre corps. Visitez des musées, écoutez les autres, relaxez vous.

Le yoga, la méditation et autres techniques de relaxation peuvent vous aider à libérer votre esprit. Il m’est très souvent arrivé d’avoir une idée d’histoire en me trouvant sur mon tapis de yoga. A chacun de trouver sa technique, mais il est important d’avoir des pauses qui libèrent et aèrent l’esprit et le corps.

En guise de conclusion

La créativité n’est pas un don inné. Cela s’apprend et se cultive. Croyez-vous un seul instant que Pablo Picasso ou Victor Hugo soient devenus des génies comme ça d’un coup de crayon ou de plume ou de baguette magique? Ils ont persévéré, raté beaucoup, peiné, sué avant d’offrir une de leurs oeuvres aux yeux du monde.

Nous avons tous en nous cette créativité, cet esprit créatif, que nous déployions tous en étant enfants. Où est parti cet esprit? La vie fait que nous laissons de côté cette étincelle de vie en nous. C’est là tapi au fond de nous. Repartons alors à la découverte de cette étincelle, créons autour de nous une bulle magique qui va transcender notre plume.

C’est possible, il faut juste y croire et s’y mettre. A un moment donné, il faut se lancer, plonger dans la piscine sans voir le fond. La procrastination est vaine et usante, et puis toujours dire et ne rien faire, est-ce avancer dans la vie?


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

Caroline Jeuthe · 31 mars 2020 à 17 h 37 min

Bonjour Laurence,
Super ton article, ça a poussé mon égo dans ses buts 😉 merci.
A très vite.

lucette smits · 1 avril 2020 à 14 h 27 min

On doit le plus souvent possible écouter notre “petite voix” qui elle, a souvent raison . Mais l’écoutons-nous suffisamment??? Merci pour l’article et ta présence quotidienne au téléphone. C’est aussi ça “une petite voix”…

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