Quand quiconque raconte une blague, c’est déjà une histoire, qui permet de captiver son auditoire. Pendant les dîners en famille ou entre amis, quand vous parler et échangez entre convives, c’est déjà une histoire. Raconter une histoire, c’est déjà un début d’imagination.

D’antan, le conteur soudait un groupe autour de l’âtre et lui donnait une identité. Les hommes et femmes politiques sont des raconteurs d’histoires, même si nous avons du mal à y croire! Bernard Werber affirme que l’avenir appartient aux raconteurs d’histoires.

Les histoires, comme les légendes et les mythologies sont la base de toutes les cultures. Il s’agit de réunir des gens auour d’un récit, de captiver leur attention et de les amener ailleurs.

 

La fonction du raconteur d’histoires

 

Rappelez-vous le délice que vous éprouviez quand, enfant, on vous racontait une histoire! Vous en réclamiez sans cesse toujours plus avant de vous endormir. Les enfants sont dans la pureté du personnage et perçoivent parfaitement la laideur psychologique de certains protagonistes du conte.

Les enfants ont envie de s’amuser, de laisser leur esprit galoper au rythme du récit. Ils errent dans l’imagination pure.

 

 

Devenus adultes, nous avons oublié notre part d’enfant, l’émerveillement de l’imagination en route, voire débridée, notre part de rêve. Plus grave que ça, nous nous permettons de juger sans cesse, surtout nous-mêmes.

Voici un exercice très simple: pendant 5 minutes, laissez votre création vous emporter, laissez votre esprit galoper sans but précis ni consigne claire. Vous écrivez 5 minutes sans vous arrêter sur ce que vous voulez, selon l’inspiration et l’imagination que vous aurez en vous à ce moment-là. C’est un exercice de suspension du jugement et de la galopade de l’esprit.

 

Voici mon texte:

 

Je suis dans mon jardin, c’est ma maison. Je lis dans mon jardin, je médite, je fais du point de croix, je ramasse mes légumes et mes fruits, je fais ma sieste dans mon hamac à l’ombre de mon bouleau. Mon jardin, c’est tout pour moi. Il est à la campagne, au pied des champs et non loin des pieds de vigne, qui ici, servent pour fabriquer le cognac.

Il est tapissé d’herbe, et non pas de gazon. Il est composé de beaucoup d’arbres fruitiers, et de bancs disposés un peu partout. Il est de bonne taille, pas imposante, mais ça me suffit. Il me procure tant de bonheurs, tant de moments où je peux me ressourcer, en toutes saisons. Ma chienne me rejoint souvent sur le hamac, les chats sur la balancelle. Ils aiment le confort eux aussi. Ils aiment me sentir près d’eux. Ma chienne aime courir comme une petite folle à toute vitesse à en perdre haleine; c’est son jeu préféré.

Je ne pourrais plus me passer de ce coin de verdure, simple, à mon image. Il me fait respirer et vivre !

 

 

Le chemin du conte

 

Ecrire un conte, c’est bien différent de la nouvelle. Le conte est un chemin, un parcours pour le héros ou l’héroïne. Le personnage va de malheur au bonheur ou vice et versa. Le conte est un récit qui dégage du sens. Dès le départ, il faut savoir ce que vous voulez mettre en avant.

Le conte est un récit très riche de sens et d’enseignement; ce n’est pas simplement un divertissement. Il convient avant tout d’intéresser les enfants. L’écrivain a alors le pouvoir d’user du merveilleux… à volonté!

 

 

Le conte doit être au service d’une proposition. N’oubliez pas non plus que l’écriture pour les enfants oblige à un vocabulaire simple. Mais, il est vrai aussi qu’ils adorent entendre des mots compliqués, qui rajoutent au mystère ambiant. Néanmoins, votre histoire doit avoir une fluidité et une simplicité de vocabulaire.

Le but est d’écrire un conte, d’écrire un beau texte d’environ 800 à 1000 mots: c’est déjà un bel enjeu littéraire. N’oubliez pas de déterminer à l’avance l’âge de vos futurs lecteurs. Ce détail est important et tout conte doit être adapté à la tranche d’âge qui convient.

Selon Eric-Emmanuel Schmitt, écrire un conte est l’une des plus belles écritures. Lui-même a d’ailleurs écrit des contes pour adultes. Cela fait partie des trajets initiatiques aussi bien pour l’auteur que pour le lecteur.

 

 

Dans ses contes pour adultes, Eric-Emmanuel Schmitt n’utilise pas vraiment l’élément du merveilleux, mais il pratique l’émerveillement. Il va vers l’amour des humains et la complexité des êtres, vers l’amour de la nature et vers une certaine forme de sagesse.

Il conseille aussi, une fois le conte écrit, de lire son texte à voix haute car c’est d’abord une écriture orale. Pour lui, nul besoin d’une grande quantité de mots pour l’écrire. Il conseille d’enlever tout ce qui est inutile. Dans un conte, il faut donner le résultat de la pensée, ce qui est différent du roman où l’auteur peut pousser la pensée plus loin.

Ecrire des contes est la plus ancienne forme d’écrits. En tout cas, cette pratique reste un bel enjeu d’écriture assurément.

 

Les personnages du conte

 

Il faut intégrer des personnages marqués, qui n’ont chacun qu’une seule focntion et qui sont bien identifiés par un nom ou un surnom:

  • le héros, bon au coeur pur
  • le méchant ou le vilain qui s’avère être l’opposé du héros, sera terrassé pour achever l’histoire
  • le faux héros est le rival du héros, un imposteur
  • le donateur, qui offre un objet au héros pour le remercier car celui-ci l’a aidé
  • l‘auxiliaire qui aide le héros – comme les sept nains dans Blanche-Neige
  • le troublion qui apporte un trait loufoque et humoristique – l’âne dans Shrek
  • la princesse et le roi équilibrent l’histoire: le héros obtiendra la princesse à la fin en guise de récompense pour son courage
  • le mandateur envoie le héros à l’aventure, lui soumet la “quête”.

 

 

Le plan du conte

 

Il faut également établir un plan en 2 parties. La partie 1 se décompose en 4 parties:

  1. l’exposition: un événement vient perturber le monde dans lequel se déroule le conte – enlèvement de la princesse, vol d’objets magiques, disparition d’un sceau magique, etc.
  2. l’appel de l’aventure: un mandateur demande au héros d’accomplir une quête pour restaurer l’équilibre perdu – Gandalf confie à Frodon la mission de plonger l’anneau dans la montagne du destin dans Le Seigneur des anneaux.
  3. le bon samaritain: sur sa route, le héros aide une personne en difficulté (le donateur). En échange, la personne aidée va lui remettre un objet pour l’aider dans sa quête – le héros donne son pain à une mendiante qui s’avère être une fée qui lui donne une épée magique.
  4. le duel: le héros finit par rencontrer le méchant et l’affronte. Cet épisode fait basculer le conte dans la partie 2 – Harry Potter affronte Voldemort dans la forêt interdite et arrive à s’en sortir grâce à un centaure dans Harry potter à l’école des sorciers.

 

 

La partie 2, composée de 5 étapes, sera marquée par l’échèvement du duel:

    1. le nouveau monde: c’est le changement de décor en début de 2ème partie. Le héros découvre une nouvelle terre; c’est une étape heureuse, mais le mal existe toujours – chanson de Monsieur Chandelier dans La Belle et la Bête.
    2. la première épreuve: en route vers sa quête, le héros doit vaincre une force de la nature ou un ostacle puissant.
    3. la deuxième épreuve: le héros doit affronter les envoyés du méchant ou le méchant lui-même.
    4. la troisième épreuve: le héros découvre où se cache le méchant. Il s’infiltre dans cette cachette et affronte le méchant grâce à l’objet donné en première partie – Plumseck apporte l’épée de griffondor dans Harry Potter et la chambre des secrets.
    5. la récompense: le monde du départ retrouve son équilibre et le héros reçoit en récompense la princesse ou tout autre chose qu’il convoitait.

 

 

 

Les questions à se poser pour écrire un conte

 

Une fois le plan établi et votre idée en tête, il faut vous poser des questions pour parachever votre conte.

  • qui est réellement le héros du conte?
  • expliquez d’une manière ou d’une autre pourquoi il se nomme ainsi.
  • que désire-t-il ? que lui manque-t-il pour être heureux?
  • de qui le héros reçoit-il des conseils ou des enseignements?
  • comment part-il à l’aventure? Seul ou pas? Pour quelles raisons?
  • en chemin, qui rencontre-t-il?
  • quelles sont les épreuves ou péripéties que le héros doit surmonter? (en limiter le nombre)
  • qui lui vient en aide et comment?
  • le héros parvient-il au terme de son voyage, de sa quête?
  • quel est le dénouement de l’histoire?

 

Réécrire la fin d’un conte

 

Je me suis essayé à l’exercice. J’ai choisi “La Petite fille aux allumettes” de Christian Andersen (1845), car la fin est triste et j’ai voulu faire revivre la petite fille à la fin au lieu de la laisser mourir dans la rue sous un froid intense au moment de Noël.

 

 

Une suite à la petite fille aux allumettes

 

A force de vouloir observer ce qui se passait dans la grande maison dans laquelle elle avait vu un décor magnifique, une table de festin digne des rois, une famille plus unie que jamais, Ana eut le nez collé à la vitre de la salle.

Elle ne s’était pas rendue compte que tout le monde l’observait et se demandait ce qu’elle faisait là par cette nuit de Noël enneigée et froide. Elle avait faim et froid. Elle rêvait qu’elle se trouvait à l’intérieur, qu’elle mangeait ce festin et qu’elle plaisantait et riait avec tous les invités. Elle s’était perdue dans son rêve.

Mais, il arrive que les rêves deviennent réalité.

Tout à coup, la vitre s’ouvrit sans que la fillette ne s’en rende compte. Elle tomba dans les bras d’un monsieur qui la recueillit pour lui éviter de tomber. Il la prit doucement et la fit asseoir dans ce fauteuil dont elle rêvait tant quelques instants auparavant.

Tout de suite, tout le monde prit soin d’elle. On lui apporta un grand bol de chocolat chaud avec quelques biscuits et on l’installa devant le grand feu de cheminée pour qu’elle se réchauffe.

Elle n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles. Des gens gentils s’occupaient d’elle. Cela ne lui était jamais arrivé. Elle avait toujours vécu dans une famille pauvre et miséreuse, pas vraiment aimante, et personne ne se souciait d’elle. Son père la battait quand elle ne ramenait pas d’argent à la maison le soir. Comme si c’était de sa faute ! Sa mère était bien trop affairée avec ses nombreux frères et sœurs plus jeunes. Elle était l’aînée et c’était bien là son triste sort !

Elle n’avait pas pu écrire sa lettre au Père Noël pour deux raisons. La première, c’est qu’elle n’avait pas d’argent pour se procurer du papier ni de l’encre. La deuxième, c’est qu’elle ne savait pas écrire de toute façon. Au Père Noël, elle aurait voulu demander de l’argent pour nourrir toute la famille et la sortir de la misère, des bisous et des câlins de ses parents, des jouets pour ses frères et sœurs.

Alors, à défaut d’écrire, elle le pensait. Le rêvait fort. Tellement fort que cela était devenu réalité.

Ses bienfaiteurs lui changèrent ses habits et l’invitèrent à leur table de Noël. Elle n’avait jamais aussi bien mangé de sa vie. C’était la première fois d’ailleurs qu’elle célébrait Noël, la naissance du petit Jésus, bien accueilli par sa famille à lui, pensait-elle. Pas comme chez elle.

Elle s’amusait, et contre toute attente, se tenait réellement bien à table, discutait aisément et poliment avec tous les enfants réunis. Elle passa le plus beau Noël de sa vie, avec des gens aimants et aimables.

Sa vie changea du tout au tout. Elle resta dans la famille Ingelbard à Amsterdam. Un an après, vint son plus beau cadeau de Noël : elle fut officiellement adoptée et porta le nom de cette famille qui l’aimait tant depuis un an.

Ses parents biologiques n’avaient affiché aucune difficulté pour accepter son adoption, contre une certaine somme d’argent. Cela leur faisait une bouche de moins à nourrir.

Ana, quant à elle, avait appris à lire et à écrire, devenait quelque peu savante et s’entendait à merveille avec tout le monde. Elle était rayonnante sans oublier le monde d’où elle venait. Elle venait très souvent en aide aux miséreux de son ancien quartier, leur confectionnant gâteaux et autres friandises qu’elle distribuait toujours  avec un large sourire.

 

En guise de conclusion

 

Le conte est un genre littéraire prisé, y compris de nos jours. Ecrire un conte pour ses enfants ou un autre public peut se révéler jouissif, car l’imagination n’est plus bridée. Vous pouvez tout vous permettre!

Vous pouvez laisser votre esprit vagabonder. Cela vous rendra heureux et vous vous sentirez libre. De plus, votre stress baissera. En fin de compte, c’est comme une thérapie.

Beaucoup d’auteurs se sont essayé au genre du conte, les anciens comme les modernes. Le créateur du conte a pour désir d’emmener ses lecteurs dans un autre monde, de laisser une trace de sa pensée, d’être écouté si le conte peut être lu.

En écrivant un conte, vous vous amuserez, vous inventerez, vous fabriquerez des personnages en les faisant agir comme des marionnettes. Vous vous ferez plaisir ainsi qu’à vos lecteurs. Ne vous réfugiez pas derrière la peur d’être jugé. Vous avez envie d’écrire un conte, alors foncez!

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

lucette smits · 15 octobre 2019 à 15 h 11 min

C’est vrai que les contes finissent souvent très bien, ce n’est pas toujours pareil dans notre vraie vie…

    Laurence Smits · 15 octobre 2019 à 17 h 03 min

    C’est faux: beaucoup de contes se terminent très mal et sont pires que la vraie vie! Exemple, la Petite fille aux allumettes de Christian Andersen!
    Il faut relire les contespour constater la cruauté ambiante et étant un élément indispensable dans l’histoire pour la faire avancer!

Nicole Leclercq · 15 octobre 2019 à 17 h 32 min

La petite fille aux allumettes était un de mes contes préférés avec Poucette.
Votre fin heureuse est bien plaisante.
Le 17 Octobre est la journée de lutte contre la pauvreté, si l’on pouvait sauver les petites filles et les petits garçons aux allumettes, ce serait du pur bonheur.
Les enfants restent l’avenir du monde.
Belle journée dans votre beau jardin, avec une petite laine peut-être.
Nicole

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *