Si vous pensez que la poésie est démodée de nos jours, vous vous trompez allègrement! La poésie ne représente pas que vos souvenirs d’école. Ne pensez surtout qu’elle soit réservée à une élite.

L’événement “Le Printemps des Poètes”, qui a lieu chaque année en mars, n’a jamais connu autant de succès, de par ses manifestations à travers tout le pays. On n’a jamais autant écrit qu’aujourd’hui!

Les Français, d’une manière générale, adorent les poésies, et encore plus les enfants, qui adorent jouer avec les mots. La poésie représente la liberté absolue, de penser, de créer, de jouer avec les mots. Tout est poésie: une chanson, un cerisier japonais en fleur, un enfant qui rit, le plaisir de déguster un gâteau…

La poésie, c’est comme une peinture! Celle de l’âme, de votre âme quand vous composez!

 

L’origine du mot “poésie”

 

En grec antique, le mot “poiêsis” signifiait tout type de création, manuelle ou intellectuelle. Dans sa “Poétique“, Aristote en réduisait l’usage à la représentation du réel (ou mimésis) obtenue par des moyens langagiers, en l’occurrence, les vers.

 

                                                                                    Aristote

 

Dans l’Antiquité, toute expression littéraire était qualifiée de poétique: art oratoire, chant ou théâtre. Tout fabricant de ‘texte’ était par la force des choses un poète.

Il devait forcément exister, aux temps préhistoriques, une poésie orale, comme c’est encore le cas avec les griots africains.

Aristote mentionnait trois genres poétiques:

  1. la poésie épique
  2. la poésie comique
  3. la poésie dramatique.

Plus tard, trois genres poétiques furent retenus:

  1. l’épopée
  2. la poésie lyrique
  3. la poésie dramatique (tragédie comme comédie).

Le vers s’est imposé comme première caractéristique de la poésie, la différenciant en ça de la prose, si chère au Monsieur Jourdain de Molière.

En fait, la poésie peut être considérée comme première expression littéraire de l’humanité, utilisant le rythme pour aider à mémoriser, accompagnée de musique, conjointement à la transmission orale. La musicalité des rimes s’accordait avec les effets sonores des instruments, ce qui destinait la poésie à être plutôt entendue en public que lue dans un silence solitaire.

La poésie apparaît, tout d’abord, dans un cadre religieux et social, inscrivant les mythes fondateurs dans toutes les cultures de l’humanité. Jusqu’au XVIII ème siècle, on accordait une origine surnaturelle, divine à la poésie.

Au fil des siècles, tout fut codifié, et chaque époque a imposé ses propres règles poétiques.

 

La poésie, à quoi ça sert?

 

D’emblée, la poésie traduit une certaine beauté et une certaine vision du monde.

 

 

Quand nous écrivons, notamment de la poésie, les mots résonnent. Ils nous font du bien. Nous en faisons ce que nous voulons des mots. Nous avons la possibilité de jouer avec eux. C’est une vraie liberté. La poésie s’affirme comme le langage absurde de la liberté, tout comme la peinture.

En réalité, nous ne sommes jamais seuls avec les mots. Ils nous accompagnent, nous aident, nous soignent. Ils ne sont que du bonheur! C’est la raison pour laquelle les enfants adorent la poésie! Les mots peuvent sauver un enfant d’une enfance difficile. Ils ont un incroyable pouvoir, plus que nous ne voulons bien le penser.

Quand nous devenons impuissants avec le discours de notre pensée, quand les arguments n’ont plus de sens, la poésie s’avère être un recours. Une compagne. Elle permet de parler au-delà de tout, du monde. La poésie permet d’affronter les mystères, les difficultés, les complexités avec une autre langue.

 

 

La poésie nous touche beaucoup, en particulier les enfants. Parce que la langue se libère des règles et des conventions. Les plus jeunes sont très friands de cette liberté du poète.

 

 

Nous pouvons insérer des répétitions, inventer des mots, rire, aller dans l’absurde, parler du monde réel avec d’autres mots. C’est magique et jouissif! Au-delà du sens des mots, nous avons besoin de ressentir ce que nous y mettons, ce que nous y cherchons, ce que nous y trouvons.

Beaucoup de personnes ont envie, avec la poésie, de partager du beau, du rêve, du sens, de l’utopique, de l’ailleurs ou de la rencontre avec l’autre. Ou avec soi.

La poésie nous tire vers le haut, nous rend meilleurs! Nous vénérons la poésie, nous la respectons, malgré l’abandon de cet art dans les années 1970, où elle était devenue froide.

La poésie n’est pas ennuyeuse, mais parfois facétieuse. Nous pouvons tout faire avec les mots, qui ont un réel pouvoir, tout en nous faisant du bien.

La poésie n’est absolument pas réservée à une élite. Elle n’est pas non plus enfermée dans des genres. Elle n’est encore moins juste qu’un souvenir d’école. La poésie donne à voir l’invisible au-delà des formes et des codes.

 

 

La poésie est partout: un coin de soleil, un visage, un brin de vent dans un arbre, une pensée. La poésie, c’est comme la beauté du monde: un cerisier japonais en fleur comme les terrils du nord de la France. La poésie adoucit la vie et les mœurs.

Elle est surtout très utile pour exprimer nos ressentis, nos émotions. La poésie, c’est un état d’esprit, une manière d’observer les choses, une manière de transmettre une émotion esthétique. C’est de l’art, et l’art nous accompagne partout et tout le temps.

 

 

En fait, nous avons réellement besoin de la poésie. Nous ne sommes jamais autant écrit qu’aujourd’hui. Donc, la poésie est aussi un moyen de correspondre. Tout le monde peut devenir poète; il suffit de quelques clics ou de quelques tweets.

 

 

Vous aurez compris que la poésie représente un sas de respiration, de décompression. Nous nous dépassons, mais elle nous dépasse, certes, mais elle reste toujours ludique, étonnamment!

Voici le lien vers l’article que j’ai écrit sur les poèmes japonais, les haïkus:

Pourquoi n’écririez-vous pas des haïkus?

 

Hommages aux poètes grâce aux chansons

 

Il me serait impossible de condenser dans cet article tout ce qui a trait à la poésie. J’ai résolument choisi quelques personnalités représentatives de notre époque par le biais des chansons ou de poèmes lus.

Les chansons sont aussi une forme de poésie. Thomas Dutronc en chante une en hommage à Aragon. Voici le lien vers ce beau texte:

 

 

Thomas Dutronc a puisé, par hasard, dans un recueil d’Aragon. Les poètes restent éternels.

Que dire de l’interprétation de Serge Gainsbourg en hommage à Jacques Prévert?

 

 

Je vous laisse aussi sous l’émotion de la voix de Annie Girardot qui lit le poème “L’oiseau” de Jacques Prévert.

 

 

Oxmo Puccino est un slammeur, rappeur, mais aussi un héritier des poètes. J’e vous fais partager une de ses chansons, car j’apprécie ses textes. Un troubadour des temps modernes…

 

 

J’adore les textes de Grand Corps Malade, que j’étudie avec mes élèves. Voici un de ses textes.

 

 

Je finis ces hommages avec notre chère Barbara, qui transporta ses chansons en poèmes universels.

 

 

Que d’émotions à écouter et apprécier tous ces beaux textes! J’ai une pensée émue pour Jacques Brel, Jean Ferrat ou Charles Aznavour que j’aime tant!

 

Le Printemps des Poètes

 

 

Cette année, l’édition du Printemps des Poètes a eu lieu du 9 au 25 mars, fêtant ses 20 ans.. Des manifestations ont lieu partout en France. Le thème, comme vous pouvez le constater sur l’affiche officielle, était la “beauté”.

Voici un poème de Sophie Nauleau (2018), directrice artistique de cette manifestation printanière:

“J’ai vu une enfance violentée rêver devant un amandier en fleurs.
J’ai vu un homme emprisonné retrouver souffle à la lecture d’un poème.
J’ai vu le ciel déverser des tonnes d’azur sur nos morts.
J’ai vu la neige brûler moins que les larmes.
J’ai vu le soleil consoler un coquelicot, et réciproquement.
J’ai vu un arc-en-ciel en cavale sous l’orage.
J’ai vu un ange noir chanter sous les étoiles.
Et je n’ai trouvé qu’un mot pour dire cela qui transcende le chaos, l’éphémère et la joie mêlés de nos vies : LA BEAUTÉ.

J’entends Aragon, immortalisé par Ferré : Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses. J’entends Eluard : J’ai la beauté facile, et c’est heureux. J’entends Char bien sûr : Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté. Mais aussi ces innombrables voix de poètes qui ne cessent d’extraire la beauté ensauvagée du monde.

Et comme pour donner raison à ce thème du Printemps des Poètes, Enki Bilal accepte d’en signer l’affiche tandis qu’un faon traverse la tempête à l’instant sous mes yeux.”

Voici le lien de la manifestation:
Voici un sonnet de Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.

“Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! » 
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !”

 

Le concours de poésie de la RATP

 

 

 

Pour la cinquième année consécutive cette année, la RATP a organisé son Grand Prix Poésie destiné à révéler des poètes amateurs de tous âges.

Le concours a eu lieu du 13 mars au 14 avril. La comédienne, Isabelle Carré était présidente du jury du Prix en 2019.

En 2018, 9910 poèmes ont été reçus pour ce concours. Voici le lien du concours:

https://grandprixpoesie.ratp.fr/

 

Voici la gagnante 2018 dans la catégorie ‘enfants’:

C’est l’heure de ton passage

Un passage rapide

Un bonjour, un au revoir

Pas le temps de discuter

Alors intérieurement je me promets

Que la prochaine fois c’est moi qui viendrai

Gabriel Renaut, 9 ans, Paris

Je voulais moi aussi

Hippolyte Bruneau, 19 ans, Neuilly-sur-Seine

 

 

Enfants, nous doutions parfois du vent,

Anne Brunterc’h, 41 ans, Paris

Ophélie Condoris, 17 ans, Ermont

 

Ma conscience !

Marie-Lise Mullen, 58 ans, Montreuil

 

Yettou Canet, 95 ans, Idron

 

Guillaume Moréteau, 52 ans, Chaumont

 

Les poèmes gagnants sont ensuite exposés dans les couloirs du métro parisien.

 

La Semaine de la Poésie

 

 

Voici le lien de l’événement qui a lieu tous les ans en mars, et cette année, pour la 32e fois.

http://lasemainedelapoesie.assoc.univ-bpclermont.fr/la-semaine-de-la-poesie/le-festival-de-mars/participer.html

 

 

La poésie est à la littérature ce que le jazz est à la musique et la photographie aux arts visuels”, précise Thierry Renard, poète, ‘agitateur poétique, président de la Semaine de la Poésie de Clermont-Ferrand.

 

 

 

 

En guise de conclusion

 

D’aucuns prétendent que la poésie ne sert à rien. Et la peinture alors? Et le football alors? Sans art, il n’y a pas de vie! Les arts font partie intégrante de la vie.

La poésie fonctionne comme un échange, comme un moment suspendu, comme une conscience universelle. Elle unifie les mots entre eux pour que nous puissions les palper et les toucher.

La poésie devient le sel de la vie. “La poésie, ça sert à jouer avec les mots”, disait si bien Raymond Queneau. Avec les mots, le poète fait ce qu’il veut. La poésie sert à susciter l’espoir, et c’est bien là le principal dans une vie!

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 28 mai 2019 à 14 h 30 min

Ouah!!! quel beau moment à lire et à découvrir tous ces beaux textes. J’ai découvert T. Dutronc, magnifique. Tout est splendide….Voici un tout petit poème à ton intention:
Les livres, les mots pour elle ont un sens
Le soleil est pour tous, l’espérance,
La chance existe? elle suit notre existence
La bienséance, l’élégance, vont de pair avec Laurence…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *