Il est sans doute surprenant de considérer les listes comme un genre littéraire et comme un exercice d’écriture à part entière. Ayant lu plusieurs ouvrages sur ce thème pour parfaire cet article, j’en arrive à la certitude que les listes possèdent plus de pouvoir sur nous que nous ne pouvons le penser.

Ecrire nous permet de nous connecter à nous-même. Par là même, cette activité nous invite à mieux nous respecter quand nous la pratiquons avec assiduité. Ecrire participe ainsi à notre mieux-vivre, à notre bien-être, et encore davantage avec les listes.

Ecrire des listes clarifie nos pensées. Cela nous permet de nous poser, de prendre le temps de réfléchir, de nous remettre en question en permanence. Ecrire des listes nous oblige alors à évoluer et à changer. Nous prenons conscience de ce qui se passe en nous, pour nous corriger, en ne nous jugeant pas.

Dans cet article, je vous propose de vous faire partager certaines de mes lectures autour des listes.

 

Ecrire des histoires à partir de listes de courses

 

Clémentine Mélois s’est prêtée à ce jeu dans son roman “Sinon j’oublie”, publié aux Editions Grasset en 2017.

 

 

 

Clémentine Mélois a trouvé quantité de listes de courses dans des poubelles. A partir de chaque liste, elle a imaginé une micro-fiction. Elle a expliqué d’où provenait son inspiration: personne ne convoite ces listes de  commissions. Pourtant, elles en apprennent beaucoup sur l’intimité des gens.

Tout le monde écrit des listes. Il est bien question d’écriture, même quand nous écrivons nos listes de courses, pour nous rappeler ce que nous devons acheter pour la semaine. En principe, pour ne pas oublier. Les listes de commissions ne sont pas censées être lues, tout comme les journaux intimes.

Ces listes révèlent des manies, des habitudes, le caractère, la graphie et l’orhographe de chacun. Puis, une fois leur rôle achevé, nous jetons ces listes sans plus nous soucier de leur sort, pensant qu’elles n’ont plus aucune importance. C’est là qu’intervient Clémentine Mélois.

Elle s’est livrée à une parodie d’enquête pour tenter de deviner qui se cachait derrière ces écritures. C’est une fiction que Clémentine a considéré comme un jeu. Elle a donc imaginé 99 histoires. Le livre est divisé en deux pages: celle de gauche affiche la liste de courses trouvée et celle de droite propose l’histoire.

Je vous offre quelques extraits:

 

 

 

 

 

 

 

Les listes de personnes connues

 

Le livre suivant, “Au bonheur des listes”, rassemblées par Shaun Usher aux Editions du Sous-Sol en 2016, comme son titre l’indique, est un recueil original, surprenant, passionnant et drôle de 125 listes émanant de personnalités connues de tous horizons, allant de Marilyn Monroe à Martin Luther King, en passant par Théodore Roosevelt et Thomas Edison.

 

 

Shaun Usher est un écrivain britannique et fondateur du blog “www.lettersofnote.com”. Cet auteur est un grand défenseur du genre épistolaire. Il a connu un grand succès avec son livre “Au bonheur des lettres”.

Les hommes ont commencé à faire des listes bien avant d’écrire des lettres. Ils y consignent l’essentiel de ce qui leur tient à coeur: espoirs et aspirations, préférences et aversions, règles de vie et d’amour et rappel des choses à faire avant de mourir.

Je vais sonc vous proposer 4 listes des personnalités précitées.

La liste de Marilyn Monroe: “faire des efforts pour agir”.

 

 

La liste de Martin Luther King: “suggestions aux usagers des bus non ségrégationnistes”.

 

 

La liste de Théodore Roosevelt: “liste d’oiseaux du Président Roosevelt”.

 

La liste de Thomas Edison: “donner un nom au phonographe”.

 

La liste de mes envies

 

Avant d’être un film interprété par Mathilde Seigner, ce titre est le deuxième roman de Grégoire Delacourt paru en 2012 aux Editions Jean-Claude Lattès.

 

 

Le point de départ se concentre autour de Jocelyne, modeste mercière à Arras et mariée à Jocelyn, ouvrier dans une usine de glace. Elle tient un blog à succès autour de la couture et se souvient souvent de la vie qu’elle aurait souhaitée, mais réussit néanmoins à se satisfaire de son sort.

Sa destinée se trouve bouleversée car Jocelyne gagne à l’Euro Millions. C’est alors, tandis qu’elle cache le chèque, qu’elle rédige la liste de ses envies et décide de ne rien changer à sa vie. Mais, son mari lui vole le chèque, l’encaisse et part vivre à l’étranger et s’offre une vie de luxe, sans être vraiment heureux. Il finira seul dans sa trop grande maison et Jocelyne sera contrainte de partir vivre dans le sud pour refaire sa vie.

Voici la bande-annonce du film:

 

Ce roman, facile à lire, est empli d’humanité, construit de manière fort subtile, qui offre, de surcroît, une lecture rafraîchissante et plus profonde qu’il n’y paraît au premier abord.

 

L’art des listes

 

Ce livre, “L’art des listes” écrit par Dominique Loreau en 2007 est consacré aux listes et s’apparente plutôt à un guide pratique et spirituel pour aller vers un bien-être intérieur.

 

 

Dominique Loreau explique que faire des listes permet d’aborder la vie quotidienne avec plus de clarté et de clairvoyance. Par ailleurs, la simplicité et l’immédiateté des listes permettent d’accéder plus aisément à l’exploration illimitée de notre vie. Selon elle, faire des listes, c’est ordonner son chaos intérieur.

Les listes permettent la concision, la simplicité et la précision. Nous pouvons établir des listes sur tout, dans tous les domaines. Cet exercice d’écriture allège l’esprit et clarifie le mental. Cela permet de réfléchir, d’apprivoiser notre solitude et de simplifier notre vie.

A part nous faire gagner du temps, les listes nous permettent de contrôler notre vie. Nous évitons alors les oublis, la confusion, le stress, ce qui est rassurant. Ecrire des listes fait partie du développement personnel, exercice recommandé par nombre de thérapeuthes. Elles sont nécessaires, utiles et précieuses; il faut apprendre à les aimer!

Faire des listes, c’est savourer la vie. C’est l’art d’étirer le temps, de le mesurer à l’aide de repères, d’en collectionner les moments à l’infini, comme l’explique l’auteure. C’est aussi l’art du peu, du dépouillement, un style sans syntaxe, une forme d’expression la plus concise, comme l’art des haïkus.

 

 

Dans les listes, aucun mot n’est inutile, mais la juxtaposition des mots sans logique linéaire apporte une certaine forme de zen, pour aller à l’essentiel.

 

 

Dans une liste, il ne faut pas chercher une quelconque utilité, comme dans un journal intime. C’est tout le contraire: elle n’est pas intime du tout. Elle correspond plutôt à un débroussaillage personnel, à une expérience stimulante et revigorante.

En somme, les listes permettent d’avoir un panorama global de son existence. C’est un passe-temps créatif, accessible et peu coûteux. Nous pouvons écrire le livre de notre vie sous forme de listes, en nous rappelant que toute vie est intéressante.

 

 

Dresser des listes est une activité mentale qui lutte contre les défaillances de notre mémoire. Cette activité n’exige aucun talent littéraire particulier. De plus, elles s’avèrent pratiques quand nous nous sentons dépassés par tout ce que nous avons à faire. Elles permettent d’organiser et d’opérer des choix conscients qui finissent par soulager. La satisfaction finit par arriver du devoir accompli.

Les listes apportent indubitablement un allègement et un soulagement dans notre vie. Evoquer son passé, ses souvenirs, son enfance, sa vie sous forme de listes est un travail sur le temps, donc sur soi-même.

 

 

Dans votre liste, vous pouvez:

  • établir les priorités de la semaine
  • vous fixer des objectifs dans le temps
  • préparer vos menus à l’avance, etc.

C’est également un moyen de déstresser pendant la préparation des fêtes de fin d’année. Dès novembre, vous pouvez vous en occuper avec vos listes pour le budget, la décoration, les repas, les cadeaux, les invitations, pour tous les préparatifs en somme.

Pour gérer votre budget et tenir vos comptes à jours, servez-vous des listes. Au Japon, dresser une liste de comptes et de finances est enseignée dès la maternelle! Faites une liste de ce que vous avez envie d’acheter, ce dont vous avez réellement besoin pour dépenser mieux et moins.

Vous pouvez aussi noter, dans vos listes, vos recettes préférées, vos souvenirs gastronomiques, vos restaurants favoris. Vous pouvez aussi insérer dans votre carnet de santé une liste de vos différents maux, des maladies dont vous avez souffert, vos opérations, vos médicaments, par exemple.

 

 

Ce livre regorge de tant de propositions de listes que je ne peux que vous en livrer quelques-unes:

  • listes de dialogues entre mon corps et moi
  • listes “secrets de beauté”
  • listes “fées du logis”
  • liste “routie domestique”
  • listes fixes et provisoires
  • listes escapades
  • listes préparatifs de voyages

 

 

  • listes pour éliminer et assainir son environnement
  • listes de choses qui compliquent la vie
  • listes pour une vie bien ordonnée
  • listes pour noter ses problèmes
  • listes questionnaire
  • listes pour mieux apprendre à se connaître
  • listes pour se poser à côté de soi et regarder
  • liste portrait
  • liste de ses désirs et de ses rêves les plus fous
  • listes de ses souvenirs
  • listes pour prendre soin de soi
  • listes pour se fixer des repères
  • listes pour se prendre en charge
  • listes pour ne plus être victime de ses émotions
  • listes pour donner un sens à ses souffrances
  • listes pour s’aimer, se respecter et se valoriser
  • lsites pour rire
  • listes pour évoluer
  • listes de ses 1001 plaisirs
  • listes de ses recettes de bonheur

 

 

Le livre de Dominique Loreau permet de créer sa propre réalité par une enchaînement de listes.

 

Les listes de choses et de souvenirs

 

Georges Perec a écrit “Les Choses”, roman à succès, paru en 1965 aux Editions Julliard, ayant obtenu le Prix Renaudot.

 

 

Dans son livre, Georges Perec donne une dizaine de listes de “choses”. Ces listes montrent aux lecteurs, par le biais des deux personnages principaux, combien ils sont asservis aux biens matériels et à leur rapport au bonheur. Ce sont les choses décrites dans ce roman avec beaucoup de détails et de façon méticuleuse, qui prennent une grande importance, plus que les protagonistes.

Dans un autre livre, “Je me souviens”, publié en 1978, Georges Perec rassemble 480 souvenirs de son époque, des bribes d’un passé commun aux gens de sa génération, des petits morceaux du quotidien, des petites choses qu’on ne note jamais. Le but est de laisser une parcelle de soi à la postérité, une parcelle de lumière, de beauté, de bonheur.

 

 

La magie de la liste

 

Faire des listes a sauvé Yuval Abramovitz, comme il le raconte dans son guide pratique “La magie de la liste”, paru en 2016 aux Editions Mazarine.

 

 

Un accident à 16 ans le laisse paralysé pendant plusieurs années. Cela a bouleversé sa vision du monde, cloué dans son fauteuil roulant. Une nouvelle vie a alors commencé et sa chambre est devenue son antre. Il ne s’est pas pour autant morfondu dans la dépression. Il était trop occupé à préparer son avenir.

Il a alors pris un ancien cahier d’école, l’a intitulé “la liste” et a commencé à écrire ses ‘projets pour l’année à venir’. Il en a rédigé 10 avec des objectifs, des tâches et des rêves. D’ailleurs, il a fait de ce système sa raison de vivre depuis des décennies.

Les autres n’y ont vu que des chimères et des ambitions irréalistes. Personne n’a cru à ses rêves. Il a subi 18 mois de rééducation épuisante, puis, il a recommencé à marcher, phénomène par ailleurs inexpliqué par le corps médical. Yuval explique sa guérison par le pouvoir de ses listes. Ce travail d’écriture lui a insuflé de l’espoir et il a ainsi combattu le désespoir.

 

 

Pour Yuval, la vie est un cadeau et il a saisi très tôt la précarité de la vie. Il a donc décidé d’accomplir tous ses rêves, à partir de sa propre liste. Il a pu réaliser quasiment tous ses rêves et continue, bien sûr, d’en écrire d’autres. En fait, les listes sont devenues son mode de vie. Il réactualise ses listes quand il se sent figé. A ses yeux, les arguments habituels -le temps et l’argent- sont les pires destructeurs de rêve.

 

 

La ‘liste’ a emmené Yuval plus loin qu’il n’avait osé l’imaginer. Il a diffusé sa liste sur Facebook et des gens du monde entier l’ont aidé à réaliser ses rêves. Il a créé son blog ‘La liste’ en 2001. Depuis, des milliers d’inconnus lui ont envoyé leur liste de rêves.

Yuval a constaté que les gens possèdent beaucoup de choses en commun, sans rapport avec l’âge, le sexe, la religion, la situation financière, le statut social ou les préférences sexuelles. Nous avons tous les mêmes rêves. Il a répertorié les 3 rêves les plus récurrents des habitants du monde entier:

  1. trouver l’âme soeur
  2. habiter une maison plus grande
  3. être plus svelte

Il a aussi constaté que nombre de gens avaient peur de dévoiler leurs rêves. Pourquoi étouffer le cri de nos rêves?”, questionne-t-il dans son livre. A ses yeux, il n’y a rien de présomptueux à associer les autres à nos rêves. Les gens ont peur de s’engager. Yuval explique que la peur est l’émotion la plus paralysante et la plus castratrice. La peur, c’est la maladie la plus dévastratrice du monde.

 

 

Yuval vante la vertu du courage, de la pensée positive. C’est sa philosophie de vie, sans laquelle il serait sans doute resté paralysé dans son fauteuil roulant.

 

 

Ecrire une liste, c’est prendre un engagement à l’égard de soi-même. Rédiger une liste est un acte plus efficace que de laisser sa pensée errer dans son cerveau. En écrivant nos aspirations, nous devenons attentifs à nos aspirations et au but que nous nous voulons atteindre.

Un rêve exprimé est un contrat passé avec nous-même. Yuval confirme et en est l’exemple vivant que la liste améliore la qualité de vie, offre un pur plaisir et quelques sursauts de bonheur, gratuitement.

 

En guise de conclusion

 

Les mots ont le pouvoir de modifier la réalité de notre vie. De tous temps, les hommes se sont servis des mots pour décider de leur vie et de leur évolution. Partout dans le monde, l’énergie du mot est reconnue. Un rêve écrit se transforme en projet.

Une fois qu’une décision est couchée sur le papier, ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’elle ne se mette en action. De plus, écrire apaise presque instantanément. Utiliser les mots pour soigner ses maux n’est pas une formule vaine.

Ecrire aide à se calmer, seul, en prenant de la distance avec le monde qui nous entoure. C’est la clé de la sérénité et du détachement. Et si nous écoutions un peu plus notre petite voix intérieure? Et si nous croyions un peu plus à nos rêves en vidant notre esprit et en ouvrant notre coeur?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 1 octobre 2019 à 15 h 04 min

Réaliser ses rêves, à partir d’une liste, il fallait y penser. Yuval en est une preuve parmi tant d’autres…

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