Je vous propose cette semaine la suite de l’atelier d’écriture auquel j’ai participé le 2 février à La Rochelle avec Aleph Ecriture et animé par Alain André, le créateur de ce centre.

Il me reste deux textes à vous présenter dans cet article avec les réactions de l’animateur.

Je tiens à préciser que mon but, en écrivant ces deux articles, n’est absolument pas de faire de la publicité pour ce centre d’écriture qu’est Aleph. J’ai vécu une expérience intéressante que je tiens à partager avec mes lecteurs.

Grâce à cette expérience, je sais que je suis capable d’écrire en un temps très limité en dehors de chez moi, avec des contraintes restreintes et dans un lieu inconnu parmi des inconnus.

Cela reste à mes yeux le plus important.

 

La deuxième proposition d’écriture

 

Parmi la première série de photos de Marie Monteiro, il fallait choisir une deuxième photo.

 

 

Trois possibilités s’offrent à nous:

  1. écrire à partir de la photo comme si on avait pris la photo.
  2. écrire à partir de la photo comme si le narrateur tombait dans l’histoire.
  3. écrire à partir de cette photo comme si on était Marie Monteiro ou comme si la photo dissimulait un secret.

Concernant la proposition 1, il va de soi que l’histoire doit être écrite à la première personne.

Une variante est possible à ce genre d’exercice: utiliser des photos connues (pas forcément émanant de soi) pour écrire sa propre autobiographie.

Dans la proposition 2, il est nécessaire d’écrire en prenant le point de vue du narrateur. Cela renforce le rôle de la photo dans l’histoire, car, indubitablement, la photo doit jouer un rôle dans cette histoire.

 

Voici la photo que j’ai choisie:

 

 

Après avoir écrit son histoire, chaque participant doit réagir à la lecture du nouveau texte s’il a choisi cette photo lors de la première proposition d’écriture (voir le premier article à ce sujet). Cela signifie que lui ou elle aussi a déjà écrit une première fois sur cette photo.

Nous avons de 15 à 20 minutes pour composer.

Voici mon histoire:

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Tout le monde se rend au Maroc, pensant trouver un soleil ardent tout au long de l’année. 

Moi, j’aime arpenter un pays ou une ville l’hiver, quand les visiteurs désertent les lieux et que les températures baissent. Mon petit appareil photo autour du cou, ce jour-là, je décidai de longer une plage aux abords de Tanger. 

Tanger, l’hiver, ne prête pas vraiment à la rêverie. Moi, je traquai l’improbable avec ma pellicule. J’étais heureuse de flâner, seule, sur cette longue bande de sable, à respirer les embruns de l’Atlantique., le bruit du vent murmurant à mes oreilles.

Quand, tout à coup, je fus attirée par des mouvements de danse à quelques dizaines de mètres devant moi. Je m’imaginais que c’était un danseur. J’avançais sans bruit et commençais une série de clichés. Un jeune homme, tout de noir vêtu, se  déhanchait, sans prêter attention à ma présence.

Ses mouvements alliaient élégance et force. C’était tout simplement beau et surtout improbable: un jeune Marocain s’entraînait sur une variation de hip-hop sur une plage déserte. 

Un moment magique que je garderais longtemps en moi après cette escapade hivernale.  

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Deux personnes avaient choisi cette photo lors de la première proposition d’écriture. Elles en ont fait toutes deux une histoire triste, de jeune qui cherche à fuir son pays pour s’exiler en Europe. Le contexte choisi était plutôt grave.

Moi, j’ai résolument choisi un côté optimiste à mon histoire. J’explique alors que le mouvement du jeune m’avait tout de suite inspiré les mouvements du hip-hop.

Alain André réagit en disant la corrélation avec la saison dans laquelle nous sommes -l’hiver et cette saison qui apparaît dans mon histoire. De plus, nous nous trouvons dans une salle un peu froide, ce qui renforce ce côté-là de mon récit.

La rencontre est improbable avec un détail insolite présent, qui change toute la scène. Ce détail -le jeune qui danse du hip-hop- transforme la scène: une plage banale déserte au cœur de l’hiver. La scène est alors magnifiée par ce détail. La musique et la danse réchauffent le contexte et apportent une atmosphère de réconfort.

Alain André précise qu’écrire un texte court en temps limité fonctionne bien sur un public présent, car il travaille sur et avec les mêmes contraintes.

 

La troisième proposition d’écriture

 

Cette proposition-là est plus complexe et s’est jouée à quatre mains.

L’animateur nous propose une série de photos de Marie Monteiro toujours, qui se présente comme un conte.

Voici la série:

 

C’est la photographe elle-même qui a choisi l’ordre et la disposition des photos.

Nous, nous devons choisir une première photo horizontalement ou verticalement qui doit être la prise de lignes. Ensuite, nous choisissons cinq photos dans le sens que nous voulons.

L’animateur nous précise qu’on pourrait écrire un roman à partir d’une série de photos.

Il nous demande donc de nous concentrer sur la première photo de la série que nous venons de choisir.

Dans un premier temps, il nous est demandé de rendre compte de ce que nous voyons sur la photo en ayant conscience d’un point de départ de l’écriture. La première phrase devra être le début de l’histoire, c’est à dire lincipit. Le genre du récit est obligatoire pour ce format. Quand nous avons la première phrase, nous devons écrire 10 lignes maximum sur une feuille blanche de format A4.

 

 

Quel genre d’histoire cela vous donne-t-il envie d’écrire? Moi, j’opte pour l’autobiographie.

J’ai choisi la quatrième image en partant de la gauche dans la troisième ligne horizontale.

La première image que j’ai choisie me fait instantanément penser à un cliché d’échographie quand j’étais enceinte. De là où j’étais placée et en regardant dans un angle, je n’ai absolument pas vu la personne qui se trouvait en haut à gauche!

J’ai vu ce que je voulais voir!

Alain André nous propose l’exercice d‘écriture collaborative. Il explique que la rapport à l’autre est au cœur de l’écriture.

 

 

L’écriture collaborative, dans ses premières formes, a vu le jour dans les poèmes japonais appelés haïkus, dans lesquels les poètes construisaient des colliers de poèmes narratifs à partir d’un poème.

Voici mon histoire:


L’écran est gris et brouillé; je ne vois que de petites tâches blanches.

Je suis déçue; j’aurais tellement voulu aimé découvrir sa petite bouille. Monsieur Leclerc fait son possible, à côté de moi, pour régler cette satanée machine. Je reste allongée, perdue dans mes pensées, les mains posées sur mon ventre. 

Ça bouge là-dedans sous la chaleur de mes mains. Un léger mouvement, un chatouillis.

Il me reste tant de mois à patienter.


Ensuite, nous passons la feuille à notre voisin de gauche. Nous devons indiquer les deux photos suivantes sur la feuille, choisies dans la série au départ. Je ne peux pas vous les indiquer, elles manquent à l’appel dans la série de photos précédentes.

Le voisin doit ensuite écrire une suite avec ces deux images, tout en respectant l’histoire et le style de la première main. Après, la première main reprendra l’histoire pour la terminer.

Pour cette deuxième partie, le voisin doit écrire 10 lignes en 10 minutes. Moi, j’écris la suite du texte de ma voisine de droite.

Voici la suite composée par mon voisin de gauche.

 

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Cette image en noir et blanc me rappelle les clichés que Gérard avait pris de moi , il y a un an tout juste, quand nous nous promenions dans les bois. 

Je lui avais annoncé qu’il allait être papa. Il venait de retrouver son vieil appareil photo, après deux mois de réparation. Pas de couleurs pour lui. Du noir et blanc.

Il m’avait fait virevolter dans les bois, pour immortaliser l’instant. Il nous restait tant de bons moments à vivre avant la naissance!


La feuille est ensuite repassée à l’auteur initial, qui doit intégrer la suite au maximum pour imaginer une fin (peut-être provisoire) de l’histoire. Toutes les combines sont possibles.


Mais ces moments allaient se raréfier. La machine s’étant remise en route, je vis les clichés nettement. Quelle surprise!

Je vis trois petites formes. Je n’eus pas conscience tout de suite de ce que cela impliquait, comment cela allait changer notre vie à jamais. 

Tous les deux les larmes aux yeux, de joie bien sûr, mais aussi d’inquiétude pour l’avenir, notre vie prenait désormais de sacrées couleurs et n’était pas aussi droite que nous l’avions imaginée en nous promenant dans les bois l’année dernière. 


Tous les participants sont bluffés par l’écriture collaborative, car tout s’enchaîne dans la construction comme si nous l’avions écrite nous-même de part en part!

C’est un exercice très intéressant, mais nous devons composer rapidement. Il est parfois alors difficile d’améliorer son style ou de revenir en arrière en écrivant rapidement.

 

Pour terminer ce stage

 

Pour clore ce stage, Alain André nous demande de noter une ou deux questions à poser à Marie Monteiro.

Voici mes questions:

  • pourquoi vous avez choisi de prendre des photos en noir et blanc?
  • pourquoi des photos qui n’ont rien de touristique dans un pays touristique?

Ensuite, l’animateur nous donne une série de citations. Chacun doit en choisir une.

La voici:

Car la nature qui parle à l’appareil est autre que celle qui parle à l’œil -autre, d’abord, en ce que, à la place d’un espace consciemment disposé par l’homme, apparaît un espace tramé d’inconscient. S’il nous arrive par exemple couramment de percevoir, fût-ce grossièrement la démarche des gens, nous ne distinguons plus rien de leur attitude dans la fraction de seconde où ils allongent le pas. La photographie et ses ressources, ralenti ou agrandissement, la révèlent. Cet inconscient optique, nous ne le découvrons qu’à travers elle, comme l’inconscient des pulsions à travers la psychanalyse”. WALTER BENJAMIN.

 

 

L’animateur nous demande de réfléchir ensuite à ce que nous retenons de cette journée.

En ce qui me concerne, je retiens que les idées pour écrire me viennent assez vite. Ce qui me rassure quelque part.

Je constate que nous écrivons, à partir des photos, autour d’une vision restreinte de la photo, autour d’un détail et nous occultons le reste.

J’ai trouvé l’écriture collaborative fort intéressante et inspirante.

 

En guise de conclusion

 

Je suis ravie d’avoir pu vivre cette expérience d’atelier d’écriture -moyennant finance bien sûr. Mais quand on aime, on peut se faire plaisir!

Je constate que je suis capable d’écrire vite avec des idées qui me viennent rapidement. Cela me conforte dans mon idée d’écrire une nouvelle, voire un format de roman court, dont l’idée commence à germer dans mon esprit.

Je pense qu’il est toujours intéressant de vivre des moments différents dans sa pratique et que se confronter aux autres permet d’avancer d’une manière ou d’une autre. C’est bien là le principal et de plus, je peux vous faire, vous mes chers lecteurs assidus, bénéficier de cette expérience!

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 26 février 2019 à 14 h 31 min

On sent que tu as pris énormément de plaisir ce jour-là. Et en plus,
j’ai moi aussi vu ce danseur sur la plage de Tanger, à travers tes écrits…

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