Il est vrai que les ateliers d’écriture sont à la mode. Et c’est tant mieux! L’écriture devient accessible à toutes et tous. Les uns et les autres, nous redécouvrons le plaisir d’écrire: nous osons enfin franchir la porte d’un atelier, écrire et afficher nos productions aux yeux des autres, sans honte.

Chacun a un talent d’écriture, si minime soit-il. Le but d’un atelier d’écriture est de susciter ce talent, de vivifier l’imagination de chacun. L’atelier est un outil créatif et dynamique. Nous ressentons, toutes et tous, le besoin d’écrire à un moment de notre vie.

Nous ressentons le besoin vital d’utiliser les mots pour dire ce qu’il y a en nous. L’écriture a de multiples vertus: réfléchir, créer, s’évader… et partager, du fait que l’écriture appartient à tous!

Pourquoi un atelier d’écriture pour écrire?

L’atelier d’écriture est conçu comme un lieu d’expérimentation et d’échanges. C’est aussi aller vers l’inconnu que chacun porte en soi. Nous écrivons parce que nous sommes curieux de la langue, du maniement des mots, de l’assemblage des mots entre eux.

Les premiers ateliers d’écriture sont apparus dans les années 1970, avec du retard en France par rapport à un pays comme les Etats-Unis. Un atelier se définit par le travail en groupe: on apprend à éprouver ensemble le plaisir de jouer avec les mots, on apprend à titiller son imagination, à développer sa créativité.

L’atelier d’écriture a un objectif récréatif. Les participants écrivent pour se retrouver, se rencontrer, s’amuser et échanger par le biais des textes écrits. Il a aussi un objectif de développement personnel: l’écriture est vue comme un outil d’expression et d’un travail sur soi-même. Il a aussi un objectif social, en permettant une meilleure intégration dans la société. L’objectif peut aussi être littéraire pour y trouver son style, pour apprendre à travailler et retravailler son texte.

L’atelier est conçu comme un lieu d’expérimentations et d’échanges. Il est destiné à celles et ceux qui écrivent déjà et qui veulent aller plus loin. Ou à celles et ceux qui n’écrivent pas. Ou pour commencer une aventure humaine et créative. Ou pour celles et ceux qui se sentent bloqués. Pour celles et ceux qui sont complexés par leur niveau en français. Pour celles et ceux, enfin, qui ne se jugent pas assez doués.

L’écriture éveille et réveille l’imagination: c’est un des effets de la création. Nous ne savons pas à l’avance ces effets sur nous et sur notre vie. L’écriture est une expérience. L’atelier n’a pas pour but premier de former des écrivains. C’est plutôt un terrain d’expérimentation, comme un laboratoire.

L’atelier d’écriture, c’est une première étape, pas obligatoire du tout. Mais, nous pouvons y prendre le risque d’écrire, de goûter le plaisir de la création avec les mots, trop souvent enfouis. C’est aussi l’occasion de surprendre, de se surprendre, de découvrir l’écriture autrement.

Les ingrédients pour animer un atelier d’écriture

Il faut concevoir l’atelier d’écriture comme un outil créatif et dynamique. Tout un chacun peut avoir envie d’écrire sans perspective professionnelle. Pour animer convenablement un atelier d’écriture, l’animateur doit lire beaucoup, fournir un travail personnel en écriture, vivre des expériences dans ce domaine et pratiquer l’écriture.

Il existe des formations, certes, pour devenir animateur d’atelier d’écriture. Mais, apprendre sur le tas, se servir de ses propres compétences, avoir l’envie d’aider les autres et de les faire progresser sont des atouts énormes.

L’animateur a pour but de révéler les participants à eux-mêmes, via les exercices ou les propositions d’écriture. Il est là pour faire venir l’inspiration, et cela nécessite un travail.

L’animateur suscite et éveille la créativité de chaque participant. Cela n’a rien à voir avec l’école, on n’enseigne rien. Nous prenons conscience de ce qu’il y a en nous.

Animer, cela veut dire accompagner, guider, montrer qu’à travers quelques exercices proposés, nous sommes tous capable d’écrire quelque chose. L’animateur est présent pour créer une dynamique pour que chacun trouve sa propre écriture, sa propre voie. C’est un passeur d’idées, il est normalement à l’écoute.

Dans un bon atelier d’écriture, chaque participant va apprendre à organiser les éléments d’une histoire, car c’est bien la manière d’écrire et de construire qui compte.

Le maître mot dans un atelier d’écriture, c’est BIENVEILLANCE. Tout le monde écoute les productions des uns et des autres avec bienveillance, sans jugement. Le but est de valoriser les productions avec respect et intelligence. Ce qui compte, c’est la création, rien d’autre!

La première séance

A la première séance d’un atelier d’écriture, chaque participant et l’animateur se présentent, succinctement. Chacun peut dire en quelques mots quel est son rapport à l’écriture, quelles sont ses attentes pour cet atelier.

L’animateur, lui, donne et explique les objectifs de l’atelier. Tout doit être dit clairement. Il est très important qu’il précise que l’orthographe n’a pas d’importance dans l’atelier, car les textes sont lus à voix haute. Les problèmes d’orthographe ne sont pas un obstacle.

Tout atelier doit se dérouler dans le calme, la détente. Les contraintes ne sont que dans les propositions d’écriture. Pas autre chose!

Le déroulement d’une séance

Au premier contact, voire même avant le début de l’atelier d’écriture, l’animateur doit savoir ce que veut le participant, pourquoi il souhaite se mettre à l’écriture.

La séance débute par une proposition d’écriture, sur un thème précis ou pas, selon le type d’atelier. Au préalable, il convient de poser des règles et de veiller à leur respect.

L’animateur doit arriver à mettre en mouvement le désir d’écrire et l’accompagner. Un temps d’écriture est donné, assez court en général. Chaque proposition se clôture de façon traditionnelle: chaque participant lit sa production, et les autres sont invités à réagir par des commentaires bienveillants.

Lire son texte, c’est le rendre public. En l’oralisant, chaque participant va prendre de la distance avec sa création. Dans un atelier, lecture et écriture sont des temps indissociables.

La proposition d’écriture est une contrainte, une base de départ, une consigne ou un thème. Elle permet de fixer un cadre dans lequel se mettre à écrire. Elle suscite l’écriture et la déclenche. Ce n’est absolument pas une recette de cuisine, c’est un outil.

L’objectif numéro 1 à partir d’une proposition d’écriture, c’est de faire écrire un texte. La contrainte, c’est comme un obstacle à surmonter. Plus la contrainte est forte, plus elle développe la créativité. Les textes, d’ailleurs, après, sont souvent intéressants.

Le temps d’écriture peut varier de 5 à 30 minutes. Un défi est donc lancé, c’est comme un jeu. Au début, je conseille de commencer par quelques exercices d’échauffement pour détendre l’ambiance, pour permettre de se débloquer, car écrire en groupe n’est jamais chose aisée à la personne qui débute.

Durant la lecture de chaque production, c’est l’occasion d’écouter les autres, de découvrir d’autres écritures, ce qui participe au progrès de chacun. Les commentaires, toujours bienveillants, sont un outil fondamental d’un atelier d’écriture. Elle permet à l’écriture de continuer.

Les commentaires sont à considérer comme des expériences de lecture, et non pas comme des critiques littéraires, qui auraient pour effet contraire de décourager toute tentative d’écrire par la suite.

Ces commentaires portent sur le texte, et non sur l’auteur, et toujours émis avec le respect dû à chaque personne. Chaque participant apprend aussi à écouter les autres, à regarder un texte et à le commenter.

Un participant peut réapprendre comment réécrire un texte suivant les conseils émis. Un atelier, ça sert à faire évoluer l’esprit critique des participants grâce à un travail positivant plus efficace.

Le but, après la lecture à voix haute, est de relever ce qui fonctionne bien dans le texte produit. C’est toujours intéressant de poser des questions pour comprendre et faire découvrir le processus d’écriture de chacun.

Relever les points forts et faibles, donner son ressenti, offrir des pistes de réécriture et offrir des pistes de lecture sont des étapes à mettre en place durant chaque séance d’un atelier.

Des exemples de propositions d’écriture

Les exemples que je vous propose dans ce chapitre sont tirés du livre de Eva Kavian, “Ecrire et faire écrire”, paru aux éditions DeBoeck.

Eva Kavian est une écrivaine, nouvelliste, romancière et animatrice d’ateliers d’écriture belge.

Elle a suivi une formation à l’animation d’ateliers d’écriture avec Elisabeth Bing.

Elle a fondé son association, Aganippé, où elle anime des ateliers d’écriture, des formations pour animateurs et organise des rencontres littéraires.

Eva Kavian

Au début de son livre, Eva Kavian propose des idées d’échauffement pour se mettre à l’écriture:

Voici un exemple facile pour créer un dialogue:

Il est aussi courant dans un atelier d’écriture d’imaginer que la personne se transforme en autre chose, un animal ou un objet, et le fasse parler et vivre. L’imaginaire est une belle source pour l’écriture fictionnelle.

L’imaginaire est un moyen pour écrire, non un objectif. Le but, dans ce type de proposition, est de travailler le point de vue, de créer un personnage, ou un dialogue. Le but est toujours d’expérimenter, dans le plaisir!

De toutes les manières, c’est en écrivant que vous apprendrez à écrire, et surtout, en lisant aussi. Notre patrimoine littéraire est riche à profusion!

Pour mettre les participants à l’écriture, l’animateur peut proposer des images, des reproductions de tableaux, un jeu de tarot ou des publicités. A vrai dire, tout est possible!

L’animateur peut aussi proposer de jouer avec l’alphabet ou d’écrire une anecdote à partir d’une situation banale:

Voici des exemples de propositions d’Eva Kavian à partir de différents supports:

J’ai écrit un article sur l’utilisation d’un jeu de tarot pour la mise en écriture. Voici le lien:

L’animateur peut proposer une contrainte à partir de films, de titres de films, de paroles de chansons ou de titres de chansons. Idem avec les titres de romans. Il peut passer un extrait de film, faire écouter une chanson ou lire un extrait de livre.

Participer à un atelier d’écriture ne signifie pas que l’on doive rester assis ou statique tout le temps. Il est fort intéressant de se balader en ville, à la campagne, de s’asseoir dans un café et d’utiliser l’environnement pour écrire.

A l’extérieur, le but est de regarder autour de soi différemment, d’être attentif à tout ce qui nous entoure et d’utiliser les 5 sens. En extérieur, le participant peut s’ancrer dans la réalité, travailler le concret des choses.

Le participant à un atelier peut aussi répondre à des questions, comme dans le livre de Régine Vandamme, “Ma voix basse”, dans lequel l’écrivain répond à une question par chapitre:

Régine Vandamme

L’animateur peut puiser dans le riche patrimoine des contes pour faire écrire: soit proposer une autre fin, soit écrire une autre version.

Les incipits de roman sont également une source intarissable de mise en écriture:

On peut aussi écrire en imaginant d’autres vies à des personnes réelles:

Eric-Emmanuel Schmitt s’est prêté à ce jeu de réinventer une autre vie à une personnage historique détestable et haï de tous: Adolf Hitler. Et s’il avait réussi à entrer aux Beaux-Arts de Vienne? C’est ce qu’il écrit dans son roman “La part de l’autre”.

Eric-Emmanuel Schmitt

Il est facile aussi d’utiliser les nombreux faits divers, qui jalonnent notre vie quotidienne. A ce propos, j’ai écrit 2 articles sur cette thématique:

L’écriture peut aussi prendre un tournant plus personnel:

On peut écrire à partir de situations vécues ou les imaginer comme telles:

A vrai dire, tout est possible, même la consigne suivante proposée par Eva Kavian:

Raymond Queneau reste, de nos jours, une vraie inspiration pour les animateurs d’ateliers d’écriture. Dans “Exercices de style”, il propose 100 versions d’une même anecdote, à partir d’une situation dans un bus.

Raymond Queneau

Voici un exercice d’écriture, proposé par Eva Kavian que j’apprécie tout particulièrement:

Faire émerger des personnages

Un personnage est un être imaginaire, sorti tout droit de notre esprit. Comme Stephen King, un apprenti écrivain doit prendre l’habitude d’observer son personnage.

Stephen King commence une histoire avec des personnages, bien évidemment, mais sans idée préconçue au départ. Il observe ensuite comme ils réagissent entre eux. Ensuite, il les place dans des situations désagréables.

Les personnages doivent prendre vie et commencer à faire des choses par eux-mêmes!

Sur ce blog, la Plume de Laurence, je vous propose aussi chaque jeudi, une proposition d’écriture à partir de supports différents. A vous de me renvoyer votre texte via la rubrique “me contacter” du blog et je publie ensuite, de façon quasi anonyme, les textes envoyés.

En guise de conclusion

Pour trouver son style, on se doit d’écrire, encore et encore. Participer à un atelier d’écriture peut s’avérer être une bonne expérience. Cela peut dérouiller l’imagination, et on apprend à écrire comme on le sent, en se laissant aller, sans écrire dans un cadre formaté.

On peut aussi lire Marcel Proust pour voir comment une histoire évolue avec l’exigence de travail d’écrire de l’écrivain. Rappelons-nous que nous sommes des êtres de langage, dès le ventre de notre mère.

Dans tous les cas, écrire, en atelier ou pas, est en soi déjà une promesse de voyage. A un moment donné dans notre vie, on éprouve tous le besoin d’écrire. Pourquoi? Telle est la question!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 2 juin 2020 à 16 h 52 min

J’envie ton énergie chaque semaine pour nous satisfaire, nous derrière notre clavier… Bravo à toi!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *