En cette période intense de souvenirs et de centenaire de la Première Guerre Mondiale, il m’est apparu plus qu’important de rendre hommage à tous nos soldats morts pour la France, pour nous.

Rendre hommage à ma façon.

J’ai visité une exposition dans ma ville autour de cette guerre, autour des objets des soldats, des lettres, en partie grâce à des collections privées.

Le dimanche 11 novembre, je me suis rendue à la commémoration dans ma ville. Puis, j’ai assisté à la projection du film “Cessez-le-feu”, séance gratuite pour retracer la vie après la Grande Guerre. J’ai aussi visionné les reportages diffusés autour de l’événement sur France 2.

Je me sens concernée par cette période. Je ne sais pas si un de mes ancêtres y a laissé sa vie ou pas. Ce que je sais de source sûre, c’est que mon grand-père maternel a vécu très proche de la zone de combats dans l’Oise.

Le château de sa bourgade avait été réquisitionné par les troupes allemandes pour servir d’hôpital. J’ai découvert l’histoire de cette période en me rendant dans le wagon reconstitué à Rethondes, près de Compiègne.

A ma manière, suite aux consignes d’écriture données durant ma séance d’atelier d’écriture du 8 novembre, j’ai imaginé un texte autour de cet événement.

 

Pourquoi j’ai décidé d’écrire autour la Grande Guerre

Je ne suis pas historienne de formation, mais j’adore l’Histoire.

J’ai toujours été intéressée par cette guerre horrible, souffrant aussi de tout ce j’ai lu ou vu à la télévision sur cette période atroce.

Je ne comprends toujours pas comment on a pu laisser des millions de jeunes Français mourir ainsi, se faire tuer de la sorte, au milieu de cette barbarie.

Je me suis rendue une année avec une classe à Verdun. Le lieu m’a choquée par l’ampleur des cimetières militaires, par les explications du guide qui nous accompagnait -professeur d’histoire de formation.

Impressionnant. Terrible. Désorientant. Affligeant.

Ça prend aux tripes, croyez-moi!

 

 

 

La conception de mon texte pour l’atelier d’écriture

 

L’animateur, en cette fin de séance du 8 novembre, nous donne une consigne, pour le moins complexe.

Pour la séance du 15 novembre, voici les quatre mots à insérer dans notre récit:

  • continent
  • morsure
  • millénaire
  • avide

De plus, notre texte devra tourner autour de la thématique de l’oubli.

Dès la fin de l’atelier d’écriture, je me suis rendue à mon cours de yoga. Comme tous les jeudis.

A peine allongée, l’idée d’écrire autour de la Grande guerre m’est tout de suite venue.

C’est la deuxième fois en quelques semaines que l’inspiration me vient, allongée sur mon tapis de yoga.

Le matin même, j’avais écouté la radio, comme je le fais tous les matins, pour me réveiller les neurones.

J’ai écouté très attentivement un reportage sur les soldats oubliés de la Grande Guerre. Un médecin légiste, passionné par cette période, s’était donné pour mission de redonner un nom aux soldats dont il retrouvait les ossements.

 

 

Le vendredi soir, j’ai donc entrepris des recherches sur Internet autour de cette thématique. J’ai pris des notes. J’ai recherché aussi des témoignages sur ces soldats oubliés.

C’était la première fois que je faisais autant de recherches pour un texte. En plus d’inventer mon récit, il me fallait la véracité historique avec des précisions justes.

Il m’a fallu deux heures pour rassembler ce que je voulais: des exemples de soldats oubliés revenus à la vie par des recherches; des faits autour de la bataille de Verdun.

J’avais tous mes ingrédients: un médecin légiste, un soldat oublié tué à Verdun et jamais retrouvé.

J’ai commencé à écrire à l’aide de toutes mes notes – il y en avait quatre pages recto verso.

Bien sûr, le but du jeu était aussi d’insérer toutes les consignes. Cela me fut aisé.

Puis, le texte m’est venu facilement, je dois l’avouer. L’histoire d’un soldat de la Grande Guerre oublié m’a inspirée, plus que je ne pensais!

 

Voici mon texte en hommage aux Poilus

 

Le disparu

Je m’appelle Déborah Drouet ; j’ai 48 ans et jusqu’à ce jour de juin 2018, j’ignorais l’existence d’un grand-oncle paternel, mort au combat pendant la Grande Guerre.

Personne dans la famille n’avait jamais évoqué le souvenir de Fernand.

Mon arrière-grand-mère avait tellement souffert de cette guerre qu’elle n’avait  pas voulu se souvenir, qu’elle n’avait plus voulu en parler.

J’ai voulu lui redonner vie, honorer sa mémoire, même imaginaire, le faire sortir de l’oubli, dans lequel l’avait plongé la Première Guerre Mondiale.

Tout a commencé donc, un jour de juin dernier, par un coup de téléphone, qui m’a laissée sans voix.

Au bout du fil : un responsable des Archives Nationales militaires. Il a évoqué un des mes aïeux, un Poilu comme on surnommait les soldats de cette guerre, Fernand Drouet.

Inconnu dans la famille pour moi. Jamais vu de photo de cet ancêtre, mort pour la France. A l’époque, mon arrière-grand-mère, pauvre agricultrice dans le Gévaudan en Lozère, vivait isolée, et n’avait pas les moyens de se faire photographier en famille.

Jamais vu non plus ce nom sur le Monument aux Morts du village de mes ancêtres, Montchabrier.

Gérald Norman, médecin légiste de son état, a l’habitude de parcourir les forêts denses autour de Verdun dans la Meuse. C’est un passionné de la Grande Guerre, et il s’est spécialisé dans l’identification des ossements des soldats perdus et oubliés durant ce conflit, et ce depuis 35 ans.

Un siècle après la fin de ce conflit qui laissera des plaies béantes pour un millénaire au moins, des corps de Poilus continuent d’être exhumés de terre. Des squelettes forcément difficiles à identifier.

C’est le combat, la mission de ce médecin passionné, qui redonne vie à ces défenseurs de notre patrie.

Soixante millions d’obus ont été versés sur la terre de Verdun.

La terre en a donc gardé chaque trace ; elle fait ressortir de ses entrailles tous les stigmates, les souffrances et les violences de cette guerre sur le continent européen.

Toutes sortes de choses réapparaissent : des éclats d’obus, et de temps en temps, des ossements. Dans ce cimetière à ciel ouvert reposent encore les restes de 80.000 soldats.

Lorsqu’ils refont surface, le médecin légiste a pour mission de les prendre en charge. Il passe sa vie à sortir les Poilus de l’oubli pour leur redonner un nom, une vie, pour que des familles puissent faire le deuil de leurs aïeux.

Ainsi, pendant sa promenade, en mars dernier,  Gérald Norman retrouva des ossements sous une route où des travaux étaient en cours.

Au fil de ses recherches entreprises tel un archéologue, un squelette quasi complet put être retrouvé. Ces restes humains furent transportés à l’hôpital de Verdun où ils purent être examinés. Ses godillots et son masque à gaz furent retrouvés à proximité, ainsi que ses pièces de monnaie. Cela a déterminé qu’il était français. Et surtout sa plaque militaire qui l’identifiait, enfin !

Mon ancêtre avait été relégué dans les oubliettes de l’Histoire. Il en ressortait par un coup du hasard et grâce à un homme passionné.

Comment ? Pourquoi ? Toutes les questions possibles se bousculèrent alors dans ma tête, sous le coup d’une intense émotion.

Les Archives militaires à Paris ont pu retracer quelque peu son parcours. C’est suite à leur coup de téléphone que je pris note de certains éléments.

Il était né le 18 mai 1894 à Montchabrier. Disparu à Verdun  à l’âge de 22 ans. Environ 1m 65. Corps jamais retrouvé. Déclaré disparu le 15 novembre 1916. Sans descendance.

Son matricule : 13410. Agent de liaison entre le commandement, le front et l’arrière. Il était 2e classe dans le 45e régiment d’infanterie de Lyon. Il était parti à la guerre en 1914 à 20 ans.

Voilà les renseignements légaux que je pus obtenir ce jour-là.

Une vie fauchée dans la fleur de l’âge. Une vie fauchée par un obus. Une vie brisée par la violence de la guerre et par ses atrocités. Il n’eut  pas le temps de voir la paix.

Il me vint très rapidement l’envie de lui inventer une vie pour le faire sortir de l’oubli, 102  ans après sa mort. C’était devenu vital pour moi. C’était ma façon d’être fidèle à l’histoire de Fernand, fidèle à cette histoire manquante, n’ayant plus d’ancêtres pouvant me la raconter. C’était ma façon de me représenter la Grande Guerre que je ne connaissais pas. J’étais fière de pouvoir imaginer la vie de mon ancêtre si courageux, perdu dans un confit qui le dépassait, à des centaines de kilomètres de chez lui, un conflit teinté de patriotisme exacerbé et d’esprit revanchard tenace et avide de sang et de chair humaine.

J’imaginais bien Fernand, fils de cultivateurs. Orphelin de père aussi, devant s’occuper des ses nombreux frères et sœurs pour soulager sa mère. Je le voyais tenir un accordéon, sa passion, qui l’emmenait sur les routes de campagne pour jouer et faire danser les villageois.

Comme tous les jeunes hommes de son époque, le 2 août 1914, il partit à la guerre, la fleur au fusil, laissant sa fiancée Marthe, aux bons soins de ses parents. Il était sûr de revenir vite pour l’épouser.

Verdun. Terrible bataille. Dix mois de combats acharnés, une des batailles les plus meurtrières de La Première Guerre Mondiale. Fernand, c’était l’estafette, transmettant les messages tous azimuts. Ce soir-là, il se trouvait dans une tranchée, à la nuit tombante. Pour l’offensive du lendemain, il sautait de trous en abris, d’abris en tranchées pour délivrer les messages qui lui étaient confiés.

Il faisait des allers et retours incessants entre le front et le poste de commandement, installé dans la cave du bureau des PTT dans le village d’à côté, Fleury, à côté de Douaumont, devenu village martyr depuis. Mais, cette nuit-là, les Allemands, sentant une offensive proche, voulant en finir, contre-attaquèrent en lançant une pluie d’obus. Les canons allemands crachaient rageusement ; les mitrailleuses se déchaînaient et éclairaient le site de la bataille comme un plein jour.

Un brouillard épais au matin avait fait cesser tout combat. Mais, au poste de commandement, on ignorait le sort de l’estafette Fernand. On le supposait mort. Trop dangereux d’aller récupérer les corps ce jour-là entre les deux lignes.

 Fernand restera dans la boue, au fond d’un trou d’obus, son corps raidi par les morsures du froid d’un mois de novembre glacial.

Mort dans un combat sanglant, dans une lutte ardente. Mort pour la France. Un bon soldat valeureux.

Pendant cette guerre, il ne revint jamais dans son village. Il est mort sans avoir revu sa famille, ni sa fiancée. Je suis sûre que mon Fernand n’avait pas froid aux yeux. Qu’il avait combattu avec honneur.

Il n’avait jamais écrit à sa famille. Et pour cause. Il ne savait ni lire ni écrire.

Cet oublié de la Grande Guerre, mon oublié, sera commémoré en ce 11 novembre 2018. Son village lui rendra enfin hommage en citant son nom comme tous les noms des disparus. Son nom sera inscrit sur le Monument aux Morts, à côté de ses frères d’armes.

Fernand Drouet sera enfin réhabilité, après avoir sombré dans l’oubli pendant 102 ans.

 

En guise de conclusion

 

Même si cela peut paraître prétentieux, je suis fière d’avoir écrit ce texte.

Le fonds de ce récit est historique, se basant sur des fais existants. Mais, la situation est totalement inventée.

J’ai été tellement envoûtée par cette histoire que je me suis mise à l’écrire dès le travail de recherches achevé. Je devais la coucher sur le papier le plus vite possible, tellement elle m’habitait.

Vous remarquerez que tous les mots sont insérés et que le récit concerne bien la thématique de l’oubli.

Voilà la raison pour laquelle j’ai aussi décidé d’écrire un article dans le blog autour de ma pratique. Je souhaitais la partager avec vous tout de suite, au lieu d’attendre mon ebook l’année prochaine sur ma participation à l’atelier d’écriture.

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

lucette smits · 27 novembre 2018 à 9 h 44 min

C’est une histoire bouleversante pour cette famille qui a retrouvé son ancêtre par le plus grand des hasards. Enfin, ils ont une trace de lui, et enfin ils peuvent l’honorer à sa juste valeur. Il n’y a pas de temps compté pour tous ces martyrs. Il faut continuer les cérémonies même 100 ans après, comme on le fait pour le 14 Juillet…Ne jamais oublier les atrocités quelque soit la guerre, la Shoah,l’extermination de tout un peuple de gitans, d’ homosexuels etc pendant la 2 ème guerre mondiale ..Honte à tous les dictateurs d’hier et d’aujourd’hui…

    Laurence Smits · 27 novembre 2018 à 16 h 22 min

    J’ai inventé l’histoire à partir de quelques faits réels: le contexte de la guerre avec les faits est réel, le médecin légiste aussi. Tout le reste est inventé!

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