J’ai découvert ce film par l’intermédiaire de la plateforme Netflix. C’est simple: j’ai adoré ce film pour de multiples raisons, et pas simplement parce que je suis professeure comme le personnage principal. Tout le monde devrait visionner ce film. Je le conseille en tout cas.

Bien évidemment, si j’écris un article à ce propos, c’est que le film traite de l’écriture, dans un cadre scolaire et prouve que l’écriture peut devenir une thérapie, même dans les cas les plus hermétiques et violents, comme celui du film.

Une fois de plus, tout un chacun peut se rendre compte des bienfaits de coucher ses maux sur le papier avec des mots. Ses mots à soi. J’ai écrit certains articles à ce sujet et j’en suis convaincue. Ce n’est pas une question de maîriser la langue, mais plutôt de faire ressortir les blocages de soi, qui restent à jamais emprisonnés dans notre corps si rien n’est fait pour les déloger.

Les mots ont un réel pouvoir, plus que ne le pense la plupart des gens!

 

La genèse du film 

 

 

Le film “Ecrire pour exister” est basé sur le livre écrit par la professeure Erin Gruwell en 1999, “The Freedom Writers’ Diary”, dans son titre original. Cette oeuvre non romanesque est composée de différents journaux intimes que l’enseignante demande à ses élèves d’écrire sur les troubles de leur passé, sur leur présent et sur leur futur.

 

                                                                          La vraie Erin Gruwell

 

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19447708&cfilm=60975.html

 

Ci-dessus, je vous laisse le lien vers la bande-annonce du film sur le site Allociné. il est bon de savoir que ce film est basé sur une histoire réelle. Si vous souhaitez découvrir les vrais visages et les projets actuels de la fondation “Freedom writers”, voici le lien (désolée, c’est en anglais!):

 

http://www.freedomwritersfoundation.org/

 

Le film aborde les territoires aux mains des gangs californiens, qui créent des frontières culturelles dans un contexte scolaire multi-culturel dans une banlieue où la violence est maîtresse. Erin Gruwell, enseignante novice de 25 ans, tente de trouver des solutions pédagogiques pour apaiser la violence qui règne entre ses élèves. La tension, dès le départ, est insoutenable.

Erin prend donc un premier poste difficile de Long Beach, à Los Angeles en Californie dans les années 1990. Dans cet établissement scolaire existe un énorme contraste entre les classes d’élite et les autres classes avec des difficultés, où toutes les origines sociales et ethniques se côtoient.

 

     

 

 

Forcément, en tant que débutante, Erin hérite une classe d’élèves ayant des problèmes scolaires, des problèmes liés à l’insertion, des problèmes liés aux clans et aux gangs, des problèmes liés à la drogue. Ces élèves sont présents en cours contre leur volonté.

Erin essaie différentes méthodes, fait plusieurs tentatives pour tenter d’intéresser les élèves. En vain. L’ambiance se dégrade au fil des mois. Mais, pas à pas, à travers l’initiation de la parole, de la lecture et de l’écriture, Erin parvient peu à peu à instaurer un vrai rapport de confiance avec la classe.

En les libérant de leurs diverses contraintes, ils créent un journal intime, intitulé “Freedom Writers” (Les écrivains de la liberté), dans lequel ils évoquent les conditions dangereuses, violentes et injustes dans lesquelles ils vivent, et ce aux Etats-Unis en 1992.

 

 

 

Coûte que coûte, Erin se battra pour ses élèves jusqu’au bout, et en dépit des règles établies de hiérarchie professionnelle, elle les suivra dans leurs études pour leur assurer un avenir.

 

Le cadre spatio-temporel du film

 

Le contexte historique du film est celui des Etats-Unis en 1992, dans un pays où des lois de discrimination à l’école avaient été votées. Au début des années 1990, le pays connaît une détérioration de sa situation économique. Cela se traduit par des suppressions massifs d’emplois.

Or, à la même période, la Californie connaît une importante immigration en provenance d’Amérique Latine et d‘Asie. Dès les années 1970, les Etats-Unis autorisent le “busing”, c’est-à-dire l’affectation des élèves dans des écoles éloignées de leurs quartiers d’origine pour favoriser la mixité raciale. La diversité est considérée comme une chose positive pour la société. Cette loi connaît des oppositions farouches et violentes, à l’époque du film précisément.

 

 

Les élèves de la classe d’Erin réclament de vivre dans une société égale, sans discriminations. Voici quelques unes des répliques du film qui illustrent bien cette idée:

 

 

 

Les personnages du film

 

Erin Gruwell récupère donc une classe de lycée, endommagée et incapable de lire ou de se concentrer. C’est une jeune femme courageuse, dont le courage à toute épreuve augmente peu à peu à travers le film. Son investissement dans la classe devient un acte de charité qu’aucun élève n’oubliera. Cela lui coûtera son mariage.

Furieuse d’avoir intercepté une caricature à caractère raciste d’un des élèves faisant parti d’un gang, elle compare le dessin à la propagande utilisée par les Nazis, et instruit la classe sur le racisme. Sachant pertinemment que ses élèves n’aiment ni l’anglais, ni la lecture et encore moins la littérature, Erin leur propose de lire le Journal d’Anne Frank. Elle élabore un projet et réussit à faire venir une survivante de cette période qui a connu la famille Frank et qui vient témoigner dans le lycée.

 

                                                          L’actrice Hilary Swank qui joue le rôle d’Erin

 

Erin découvre, au fur et à mesure que les élèves écrivent, l’environnement violent et injuste dans lequel ses élèves évoluent au sein du lycée, mais aussi à l’extérieur. Elle réalise que leurs textes ne sont que le reflet de leurs propres expériences.

Grâce à l’écriture, elle leur redonne de l’espoir, de la dignité, de la considération, une perspective d’avenir. Voici ce qu’elle leur dit quand elle leur présente le projet:

 

 

Le père d’Erin est un autre personnage important dans ce film. C’est un ancien militant des marches pour les droits civiques afro-américains dans les années 1960, avant l’assassinat de son chef, Martin Luther King, le 4 avril 1968. Les expériences du père ont une influence indéniable sur les décisions de sa fille.

Il se montre néanmoins réticent quand sa fille accepte le poste à Long Beach, mais son personnage évolue à travers le film. Ses avis très arrêtés changent  à partir du moment où il commence à aider Erin à transporter ses élèves en voiture pour les sorties ou à les récupérer sur leurs lieux d’habitation.

Voici ce qu’il dit à sa fille:

 

 

Margaret Campbell, la principale du lycée “Woodrow Wilson High School”, joue un rôle primordial dans la concrétisation des projets qu’Erin possède pour sa classe. Elle est totalement contre la volonté d’intégration et contre les droits civiques. C’est une femme raciste et pratiquant la discrimination qui ose affirmer:

 

 

Elle refuse tout bonnement d’acheter des livres pour la classe d‘Erin, bien qu’ils soient endommagés, parce que, pour elle, ces élèves-là ne sont pas capables de lire ça et qu’il ne sert à rien de les instruire. Elle est l’un des seuls personnages dont le caractère n’évolue pas tout au long du film.

Quand Erin se propose d’enseigner dans cette classe pour le niveau équivalent à notre classe de 1ere menant au baccalauréat, la directrice, égoïste et ne voulant croire que ses opinions, refuse cette idée, contraire aux usages bien établis dans l’établissement:

 

 

Eva Benitez est une des élèves prédominantes dans le film. Le père d‘Eva, innocent, a été arrêté et mis en prison par des policiers blancs. C’est une résistante et elle possède des avis très arrêtés, traumatisée par son enfance violente. Elle symbolise la colère et la fatalité.

 

 

Voici ce qu’elle dit au début face à Erin:

 

 

Mais, peu à peu, son respect envers Erin mûrit et ses opinions changent.

Marcus, un autre élève important, est un adolescent noir. Plutôt tmide au début du fim, sa confiance et son expression se développent à travers la fierté que produit l’écriture de son journal. Ayant quitté sa maison à un jeune âge pour des raisons économiques, mais aussi à cause de la colère, il décide de rentrer chez lui, un jour, en apercevant sa mère rentrer chez elle.

 

 

Quand Erin lance un toast au changement à ses élèves, Marcus est le premier à parler, en disant:

 

 

Le journal intime comme thérapie personnelle

 

L’autobiographie, et en particulier le journal intime du témoignage, est l’un des thèmes principaux de ce film. Le journal que chaque élève écrit permet de redonner à chacun une identité, un droit à la parole, grâce à cette technique littéraire. C’est grâce à l’écriture de soi que le silence imposé par la société a pu s’exprimer.

L’écriture devient alors le moyen de dénoncer un combat pour un monde meilleur, de dénoncer une situation inacceptable, de donner une voix à la mémoire, puis de donner une identité collective, jusque-là réduite au silence.

Le journal intime se caractérise par sa diversité, car il embrasse tous les domaines de la vie de tous les jours, les espoirs et les doutes de chacun. Il sert de confident et rassure le rédacteur sur ses facultés créatrices.

 

 

Les récits des élèves relatent d’abord une histoire personnelle et intime et font partie d’un projet destiné à persuader les lecteurs de s’engager à restaurer la justice sociale pour que chacun ait les mêmes possiblitiés d’avenir. Le journal prend le rôle d’un confident, permettant aux adolescents d’exprimer leurs idées et leurs ressentis les plus sombres, pour la première fois dans leur vie.

Grâce à l’écriture, ils peuvent mettre des mots sur leurs maux: la guerre des gangs, des morts en pagaille dans leurs familles et parmi leurs amis. Ce journal va leur donner une image d’eux valorisante au fil des pages.

Il s’agit aussi d’une quête de son identité, d’un besoin de s’exprimer et de pouvoir reconnaître sa propre existence.

 

 

De plus, un parallèle peut être fait entre l’écriture de résistance de la classe d’Erin et celle d’Anne Frank. Dès le 6 juillet 1942, l’adolescente commence à tenir son journal, quand les Frank emménagent dans l’Annexe. La vie quotidienne est l’un des thèmes de prédilection des adolescents.

 

 

Le besoin d’Anne Frank d’écrire dans son journal naît du sentiment d’être incomprise par ses parents, comme les élèves de la classe d‘Erin qui sont incompris et rejetés par tous et à tous les niveaux de la société. Néanmoins, ils arrivent à formuler leurs ambitions et à découvrir leurs propres valeurs.

A travers cette expérience pédagogique, les élèves d’Erin apprennent à se connaître, ce qui est le rôle de l’autobiographie. Leur professeure leur donne la possibilité d’exister et leur prouve qu’ils sont des êtres de valeur. L’écriture devient une liberté d’expression qui permet de laisser une trace. Eva affirme:

 

 

L’écriture du journal intime pour chaque élève permet à tous de découvrir que les autres sont semblables, leur permet d’accepter les différences ethniques ou territoriales. Madame Miep Gies, une survivante de l‘Holocauste, en rendant visite à la classe, leur affirme:

 

 

Aujourd’hui, après la publication de son livre “Freedom Writers” en 1999, Erin Gruwell est l’un des membres fondateurs de la fondation “Freedom Writers”, une organisation à but non lucratif créée pour inspirer les jeunes ou les étudiants défavorisés à utiliser les stylos au lieu des armes à feu.

L’organisation affecte positivement les communautés en faisant diminuer les taux de décrochage scolaire à travers l’amélioration de la méthode des “Freedom Writers”.

 

En guise de conclusion

 

Je vous conseille vivement de visionner ce film. Pour ma part, je l’ai adoré, et pas simplement parce que je suis moi-même enseignante. Il redonne du courage, nous enseigne la tolérance, l’ouverture au monde, l’importance de la reconnaissance de soi et des autres, ainsi que l’humilité.

Ce film arrive à nous convaincre des apports bénéfiques, voire quasi thérapeuthiques, de l’écriture qui devient un exutoire noble pour ces jeunes mal dans leur peau et mal dans leur vie.

Ce film est une création intelligente, chargée d’émotion et qui invite chacune et chacun à une combaitivité positive, à dépasser les jugements d’autrui. Erin Gruwell, en vivant en permanence pour ses élèves et en travaillant le soir et les weekends pour récolter de l’argent pour ses projets, détruit son mariage. Mais, en conclusion, cette jeune femme arrive à faire découvrir le potentiel de ses élèves et leur redonner confiance en eux. Elle trouve des ponts entre l’Histoire, la littérature et la vie personnelle des élèves.

En un mot, un film sur la réussite, ça vaut le coup, non? Il n’y en a pas tant que ça!

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

5 commentaires

GONIN Catherine · 4 février 2020 à 15 h 50 min

Quel excellent et passionnant article ! Je vais m’empresser de trouver ce film pour le regarder. Merci beaucoup !

    Laurence Smits · 4 février 2020 à 15 h 53 min

    Je suis sûre que tu vas apprécier…Bon visionnage…On trouve ce film facilement!

lucette smits · 5 février 2020 à 14 h 19 min

Tu racontes tellement bien ce film, que déjà, je le vois défiler sous mes yeux. Ça me rappelle le film “le cercle des poètes disparus”avec Robin Williams. J’avais adoré ce film-là, et j’aimerais bien voir celui-là aussi. Merci de nous le faire connaitre. Les maîtres, les institutrices et les profs, sont souvent une lumière dans nos tristes vies…

    Laurence Smits · 5 février 2020 à 15 h 48 min

    j’ai ces 2 films, je te les prêterai à l’occasion!

      smits jacques · 5 février 2020 à 16 h 34 min

      Merci, je vais savourer ces instants…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *