Il y a des personnes qui vivent une retraite paisible, plan-plan, pépère. Ce n’est pas le cas de Bernard Ollivier qui, quelques jours après sa retraite, décide de se consacrer à la marche et à l’écriture.

Bernard Ollivier commence par un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, puis entreprend une longue marche sur la traditionnelle Route de la Soie, soit d‘Istanbul en Turquie à Xi’an en Chine.

Le succès de ses ouvrages lui a permis, plus tard, de créer son association SEUIL, pour la réinsertion des jeunes en difficulté par la marche. Cette série de récits de voyage a reçu le prix Joseph Kessel.

Un étonnant voyageur

Bernard Ollivier est né en 1938 dans un village de la Manche. Plus tard, il devient journaliste, grâce à un instituteur qui a cru en lui, s’est spécialisé en politique, puis en économie, puis sur la société. Assez curieusement, il atteint une certaine forme de célébrité à 60 ans passés, grâce à la marche, en devenant un écrivain-voyageur.

Après son long périple à pied l’amenant des portes de l’Europe et de l‘Asie jusqu’aux confins de la Chine sur l’ancienne route de la soie, il écrit, à son retour, Longue Marche, en 3 volumes, recelant des qualités indéniables d’écrivain.

Son aventure –12.OOO kilomètres à pied, en solitaire, 4 ans de route à la belle saison en général – relate le récit d’un exploit, le récit émerveillé d’un voyageur qui va de rencontre en rencontre et qui ne cesse de se demander pourquoi il marche. Il constate que son projet fou est aussi mystérieux et beau que le monde.

Bernard Ollivier s’est mis à voyager tardivement pour se connaître. Mais, la marche est devenue une véritable thérapie, comme une révélation qui lui a sauvé la vie. La marche est le chemin qui lui a redonné goût à la vie.

Ce qui a amené Bernard Ollivier à marcher

La mort brutale de sa femme 10 ans auparavant l’a dévasté; ses enfants sont partis du nid familial. Bernard Ollivier travaille encore plus pour tenter d’oublier sa douleur. En vain. Il est rongé par toutes sortes de pensées négatives, même dix ans plus tard. Une dépression et une tentative de suicide plus tard, il a l’impression amère d’avoir râté sa vie. Il doit trouver quelque chose pour sortir de cette spirale.

La marche l’a sauvé du désespoir, lui a appris à surmonter les coups durs. La marche, pour Bernard Ollivier, a été une révélation, une renaissance. Il dit que notre société occidentale sédentaire nous fait oublier que nous sommes conçus pour marcher. Il est persuadé que l’équilibre physique entraîne l’harmonie psychique.

Il n’est plus besoin, non plus, de prouver que la marche est un baume de jeunesse. Cette pratique donne une énergie et une force incroyables. La marche fabrique l’estime de soi et cela est prouvée médicalement.

Anticipant sa retraite, il part sur le chemin de Compostelle.

 « Prendre la route, partir à pied, ressentir mon corps et le temps qui passe, éprouver ma solitude à l’aune de rencontres de passage, voilà mes motivations. Je suis athée, je n’étais pas marcheur : a priori, aller à Compostelle n’était pas fait pour moi. Mais la question qui me taraudait, Ai-je envie de continuer à vivre ?, m’a conduit jusqu’à Saint-Jacques. »

A son retour, il se pose la question suivante: “qu’est-ce que je peux faire de ma vie désormais?“. Une rencontre par hasard lui indique la voie.

“Cela se passe durant une tempête de neige dans les monts du Forez, quand le marcheur s’égare. Il finit dans une auberge providentielle, dont il est le seul client. Le patron lui parle de « deux prisonniers belges passés il y a quinze jours qui étaient « condamnés à faire Compostelle ». Cette expression trotte dans la tête de Bernard Ollivier. Il se renseigne sur ces «prisonniers », comprend qu’un juge bruxellois leur a proposé « la prison ou la marche », et qu’ils sont partis avec un guide pour 4 mois et 2 500 kilomètres jusqu’à Saint-Jacques. « J’ai trouvé ça génial ; j’avais trouvé la cause pour laquelle m’engager le reste de mon existence ! » . L’ironie de l’histoire est que Bernard Ollivier n’a jamais pu rencontrer les « prisonniers belges », accélérant son rythme pour les rejoindre, mais les doublant sans le savoir, car ils campaient tandis que lui passait de gîte en auberge. 1 300 kilomètres plus loin, le voilà à Compostelle, les souliers usés, le corps fatigué mais régénéré, et une idée bien ancrée dans la tête.”

Après avoir descendu la Loire sur 1000 likomètres, à pied, puis en canoë, après le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, il décide de rejoindre Istanbul pour le début de son périple. Il en fait 3 livres géniaux, à partir d’Istanbul.

Il écrit ce qu’il découvre, ce qu’il ressent, ce qu’il apprend, afin de transmettre au plus grand nombre et de partager avec ses lecteurs. Son aventure commence le 6 mai 1999, à 61 ans.

La route de la soie

Les villes traversées en font rêver plus d’un: Istanbul, Téhéran, Sarmacande, Turfan, Xi’an, entre autres. Cette dernière ville était l’antique capitale de la Chine jusqu’au XIe siècle, avant que Beijing (Pékin en français) ne la remplace.

Bernard Ollivier marche à la belle saison, car il traverse des zones montagneuses élevées. Il découpe son parcours en tronçons de 3000 kilomètres chacun.

Avant de partir, il a signé, avec les éditions Phébus, un contrat pour 4 livres – soit un par an, qui relateront ses aventures sur la route de la soie.

Bernard Ollivier sait que le voyage peut être risqué. Dès la première année, il échappe à une attaque en règle des Kangal, ces redoutables chiens turcs, qui gardent les troupeux contre les loups et les ours.

A deux reprises, il fait l’objet d’une tentative de vol brutal. Il est aussi arrêté par la police politique comme “terroriste”, et finit pas être terrassé par la maladie alors qu’il n’a pas encore son premier objectif, la frontière iranienne.

A peine aperçoit-il la cîme enneigée du mont Ararat qu’il s’effondre sur le bord de la route avant d’être rapatrié par ambulance jusqu’à Istanbul, puis évacué sanitaire en France.

En mai 2000, Bernard reprend la route là où il l’avait laissée, quelques mois auparavant. Il parvient, cette fois, à Samarcande. Les pays d’Asie le fascinent grandement. L’accueil des populations, l’hospitalité qu’il trouve de village en village, les paysages, tout le fascine et le porte.

Bernard fait des rencontres étonnantes. Le soir, il arrive dans des villages isolés, ne parlant pas la langue, ignorant les coutumes, et pourtant, les gens l’accueillent, le nourrissent et lui offrent leur amitié.

Mais, tout au long de son parcours, Bernard doit éviter les bêtes, les voleurs, les policiers avides de dollars et les fous de Dieu en Iran, désireux de le convertir sur-le-champ.

En 2001, il est reparti pour rallier Turfan, dans le Xinjiang chinois, après avoir traversé le Kirghizistan avec ses fiers cavaliers, puis le Pamir. Il traversera ensuite le terrible désert de Gobi.

Enfin, le 14 juillet 2002, il est accueilli par l’ambassadeur de France en Chine et la communauté française de Pékin. Trois jours auparavant, il est arrivé dans la ville mythique de Xi’an, d’où partaient, il y a 22 siècles, les premières caravanes porteuses de nombreux et somptueux rouleaux de soie.

L’exploit de Bernard Ollivier

Sur sa route de la soie, Bernard Ollivier couvre des étapes de 35 à 45 kilomètres par jour, sac au dos, puis en traînant une cariole de son invention à partir d’un vélo, pour réussir la traversée du premier désert, le Dasht-e Kavir iranien.

Plus tard, il lui arrivera de marcher 50 kilomètres dans la journée. Il établit son record de kilomètres dans le désert du Gobi – 68 kilomètres en une seule journée- grâce à Ulysse, son second chariot, compagnon des bons comme des mauvais jours.

Dans le tome 1 de Longue Marche, Bernard Ollivier traverse l’Anatolie en Turquie, avec ses hauts cols. Dans le tome 2, il est en route vers Samarcande, en ayant franchi les dernières passes du Kurdistan, avant de se retrouver face au terrible Karakoum, un désert impossible à traverser l’été, où il aperçoit enfin les coupoles d’or de la ville trésor d’Ouzbékistan. Dans le tome 3, il foule les neiges du Pamir, il longe l’interminable désert du Taklamakan, puis de Gobi. Il finit par pénétrer dans la Chine des Han, par le chemin des anciens pèlerins fidèles à l’enseignement du Bouddha. En Chine, il peine à retrouver les repères du monde chinois, très différents de ce qu’il a pu rencontrer en Asie centrale. .

Longue Marche, suite et fin

Rappelons-nous, Bernard Ollivier est parti d‘Istanbul à la conquête de la route de la soie. Il pensait que c’était largement suffisant pour un retraité. C’était sans compter sur sa nouvelle compagne, Bénédicte Flatet, qui s’étonne, à juste titre, qu’il ne soit pas parti de France pour accomplir son exploit pédestre.

Le voilà donc, à 75 ans, de nouveau sur les routes pour les 3000 kilomètres qui manquaient entre Lyon et Istanbul. Lyon a été, en effet, la capitale mondiale de la soie dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Mais, il ne part pas tout seul cette fois. Il part en couple. A cette occasion, il traverse les régions des Balkans, dont l’histoire tragique va le toucher. Dans ce tome 4, le dernier de la série, Bernard Ollivier fait appel à plus de fraternité, et ses lignes sont une magnifique déclaration d’amour.

Marcher et faire marcher pour grandir

Depuis son exploit sur la route de la soie, Bernard Ollivier a combiné la marche pour lui et la marche pour aider les autres – notamment les jeunes- en créant son association SEUIL. Il a fondé cette association en mai 2000.

SEUIL est née de la rencontre que Bernard a faite en 1998 sur le chemin de Compostelle avec deux jeunes délinquants belges, à qui un juge intelligent avait proposé un marché: la marche ou la prison. La justice française a, au tout début, interdit cette association, avant d’en voir le bénéfice possible.

Bernard Ollivier accueille des mineurs en grande difficulté, de 14 ans et demi à 18 ans, qui lui sont adressés par des juges ou l’Aide Sociale à l’enfance. Beaucoup d’entre eux sont menacés d’incarcération pour délinquance. Nous savons tous que l’enfermement, surtout si jeune, n’est pas une solution.

4 jeunes sur 5 refusent de partir marcher avec un inconnu, car c’est trop loin de leur monde, de leur cité, de leurs valeurs. Cela représente pour ces adolescents un véritable engagement de leur part. Ils doivent rompre avec leurs habitudes de vie, leurs habitudes du passé, pour que cela fonctionne.

Ceux qui acceptent partent trois mois avec un accompagnateur, soit en Espagne, soit en Italie ou à travers l‘Allemagne, en marchant 25 kilomètres par jour. A l’arrivée, au terme de leur voyage, une orientation scolaire ou professionnelle leur est proposée. Ca coûte nettement moins cher que la prison – 5 fois moins en fait.

La marche au long cours fait naître en soi un sentiment de liberté, un sentiment de bonheur de se dépasser et permet de belles rencontres au fil des pas. C’est une voie possible vers la résilience, cette capacité à se remettre d’un traumatisme décrit par Boris Cyrulnik et dont j’ai parlé dans un article précédent sur l’écriture-thérapie.

Près de 250 marches ont été organisées jusqu’en 2018 par l’association SEUIL. L’organisation en organise environ une quarantaine par an. Bernard Ollivier, âgé de 80 ans maintenant, a cédé la direction de son association.

En guise de conclusion

J’ai franchement adoré lire les récits de voyage de Bernard Ollivier. Aucune photo n’est insérée dans aucun des tomes. Et c’est tant mieux, car l’imagination peut alors faire son travail.

Quand je désirais avoir plus de renseignements, je surfais sur Internet et regardais des photos des villes, paysages et régions traversés. Je dois avouer que j’admire cet homme, qui s’est relevé de ses douleurs pas à pas, à la seule force de sa volonté.

Je ne saurai trop vous conseiller de vous rendre dans la bibliothèque de votre ville et d’emprunter les quatre tomes liés à l’aventure de Bernard Ollivier sur la route de la soie. Je vous garantis que vous ferez un merveilleux voyage de lecture et vous vibrerez en même temps que le voyageur face à ses aventures, découvertes et rencontres.


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

GONIN CATHERINE · 21 avril 2020 à 10 h 03 min

Voici un bien bel exemple de résilience, ou comment donner un sens à sa vie. Ce monsieur mérite le respect. Merci de nous avoir permis cette belle rencontre à travers un article fort bien documenté.

lucette smits · 21 avril 2020 à 14 h 17 min

Rien qu’à l’écouter parler “via internet” je suis captivée par sa voix, sa sagesse, son regard sur les autres. belle leçon de vie.
Merci à toi de nous avoir fait rencontrer ce “Monsieur” .Quel bonheur et quel honneur de que vivre près de lui…

Roux Chantal · 9 octobre 2020 à 2 h 50 min

Dire simplement à Bernard Ollivier que je viens de découvrir ses livres et que c’est un enchantement, un bonheur pur, une découverte passionnante.
Quel exploit! Quelle formidable aventure!
Respect, bravo et j’espère que vous allez toujours bien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *