Amandine Roche est fascinée par l’aventurière suisse Ella Maillart et se sent inspirée par ses récits. Malheureusement, son idole s’éteint avant qu’Amandine ne puisse la rencontrer.

La jeune femme n’aura alors plus qu’un projet: partir sur les traces d’Ella Maillart, explorer son chemin spirituel, retrouver les peuples nomades asiatiques que la grande aventurière aimait tant.

Soixante-dix ans après, Amandine Roche remet ses pas dans ceux de la célèbre écrivaine-voyageuse , parcourant en 18 mois des milliers de kilomètres jusque dans des villes se situant sur l’ancienne route de la soie.

Des mois d’errance, à la découverte des nomades, en compagnie de celle qui incarnait la sagesse vagabonde. Amandine Roche est entrée en nomadisme comme d’autres entrent en religion.

La rencontre d’Amandine Roche avec Ella Maillart

Amandine Roche



Ella Maillart

Ce sont ces mots d’Ella Maillart qui ont donné des ailes à Amandine Roche. C’est à la suite d’une visite au Salon du Livre à Bordeaux et d’une rencontre avec une amie, qui lui présenta sa tante, propriétaire d’une galerie de photos dans la capitale girondine.

Cette femme parla longuement de voyages à Amandine, d’horizons infinis, et surtout d’une femme remarquable à ses yeux: Ella Maillart. Tout de suite, les yeux d‘Amandine ont accroché des photos, celles de la route des steppes qu‘Ella avait suivie. Les paysages défilaient devant les yeux de la jeune femme.

Amandine fut de suite fascinée par cette forme d’aventure humaine et géographique qui est d’aller vers l’autre, comme l’a pratiqué Ella Maillart. Cette aventurière, pour suivre ses désirs et ses passions a rompu avec tout, pour se consacrer à ses aventures.

La tante de l’amie d’Amandine avait été tellement subjuguée par la voie d’Ella Maillart par la justesse de ses propros, la beauté de ses relations de voyages, qu’elle avait voulu lui rendre visite lors d’une conférence qu’Ella donnait à Perpignan. Cette femme a finalement rencontré Ella chez elle, en Suisse. Sa vie en fut transformée.

Amandine a écouté religieusement la tante de son amie, comme si elle attendait depuis des lustres cette “rencontre”. La talent d’Ella Maillart à rendre compte de la beauté du monde a pénétré en Amandine. L’appel du grand a saisi la jeune femme. Voilà à quoi a tenu sa vocation! Amandine a su, tout de suite, que sa vie ne serait plus la même, qu’elle irait à son tour à la découverte des autres et d’elle-même. Elle est alors entrée dans les livres d‘Ella Maillart, comme on entre dans une nouvelle peau.

Amandine a dévoré les récits d’Ella, dans lesquels, peu à peu, elle a découvert l’altruisme de la voyageuse, une fringale de voyages pour se dépasser soi-même et une soif inextinguible d’aller à la rencontre de peules nomades originels.

Le sort m’a donné des yeux qui aiment voir. La réalité géographique de la Terre m’obsède. Je sens autour de moi la vie des latitudes, dotées chacune de sa couleur spéciale. Pas une de mes pensées qui ne soit en quelque sorte orientée vers l’un des points cardinaux. Je suis prise à jamais dans les lignes de force de l’aiguille aimantée”, Des Monts célestes aux sabes rouges, Ella Maillart.

A la suite de ses lectures sur l’exploratrice, Amandine s’est rendue compte qu’elle vivait dans un nid douillet, promise à un avenir tout tracé. Elle a découvert au fil des pages qu’elle a littéralement dévorées, que son chemin n’était pas là, et que la vraie vie était ailleurs et l’attendait.

Qui était Ella Maillart?

Exploratrice par quête de vérité, photographe par goût, écrivaine et journaliste par nécessité, célèbre pour ses multiples exploits sportifs, pour ses voyages et ses livres, Ella Maillart a parcouru les régions les plus reculées de la planète dans des conditions qui relevaient de la plus pure aventure.

L’aventurière est née en 1903, à Genève en Suisse, d’une mère danoise et d’un fourreur suisse. Très jeune déjà, elle désirait s’aventurer dans les contrées lointaines d’où provenaient les peaux que son père ramenait: Vladivostok, Nijni-Novgorod, Volga, Sibérie, Alaska.

Ces noms chantaient dans la tête de la petite fille comme des terres d’aventure. Dès l’enfance, Ella a pris goût au grand large, aux horizons sans fin. A 13 ans, elle a appris à barrer les voiliers et a gagné des régates. A 21 ans, elle est devenue matelot sur des yachts anglais, qui ont parcouru l’Atlantique. Elle a gagné des compétitions de ski aussi et a même créé un club de hockey féminin à Genève.

Ella a créé un rapport naturel avec la terre et a entretenu un amour profond pour les hommes proches de la nature, et ce, dès son enfance et son adolescence.

Pour financer ses voyages et sa vie de bohême, elle a exercé maints petits métiers: modèle pour le sculpteur Raymond Delamare à Paris, professeure de français au Pays de Galles, cascadeuse à Berlin, réalisatrice à Moscou et dans le Caucase.

Elle a refusé d’écouter son père qui désirait qu’elle abandonne l’idée d’une vie nomade. Ella avait un besoin impérieux de se connaître, de rencontrer des hommes et des femmes heureux, de découvrir la VIE.

Cela explique la raison pour laquelle elle est partie dans les grands espaces vides d’Orient à la rencontre de peuples sachant encore vivre en paix avec eux-mêmes et en harmonie avec leur environnement.

Attirée par les nomades, Ella a découvert, à 29 ans, l‘Asie centrale, les monts Célestes Kirghiz et les sables rouges ouzbeks. A 31 ans, elle a réalisé un reportage en Mandchourie pour le Petit Parisien. Elle a ensuite accompli un raid extraordinaire dans les contrées désertiques du nord du Tibet et au Xinjang jusqu’au Cachemire indien, en compagnie du correspondant du Times, Peter Fleming.

A 36 ans, elle a parcouru la Route de la Soie en Ford. A l’annonce de la Deuxième Guerre mondiale, elle a trouvé refuge au sud de l’Inde, dans l’ashram de son maître spirituel, le grand sage hindou Ramana Maharsi, qui l’a guidée sur la route vers le Soi.

A 43 ans, elle est partie s’installer dans un chalet à Chandolin, face au mont Cervin. A 85 ans, elle voyageait encore, toujours aussi passionnée par le monde. Ella s’est éteinte le 27 mars 1997. Mais, elle s’est aussi montrée concernée par les nombreux enjeux écologiques et par l’avenir de la planète.

Nomade sur la voie d’Ella Maillart

Dans son livre, Nomade sur la voie d’Ella Maillart, Amandine Roche nous amène avec elle dans son pèlerinage sur les traces de son idole, sur cette route qu’aucun Occidental n’avait plus empruntée depuis. Son livre n’est donc pas un récit de voyage traditionnel, au sens où on l’entend. Elle raconte son périple, entremêlé des itinéraires et des oeuvres de la femme dont elle s’inspire.

Amandine se lance dans l’aventure pendant sept mois et suit les traces d’aventurière suisse, de Pékin à Srinagar. Elle se retrouve forcément en Asie Centrale. Son voyage fait plonger le lecteur dans ses aventures, parfois rocambolesques, piquées d’anecdotes diverses et variées, parfois drôles.

Amandine revisite les lieux qui ont marqué la célèbre aventurière helvète, et livre certaines des péripéties que cette femme a pu vivre quleques dizaines d’années avant le passage de l’auteure. Elle rajoute les différences entre les époques dans la géopolitique des régions.

Le récit d’Amandine a beaucoup de valeur, car elle décrit comme une femme de son époque. Les difficultés qu’elle rencontre sont particulièrement intéressantes, par ses mésaventures, des problèmes de visas, entre autres.

Il convient de nous rappeler que les zones dans lesquelles s’est rendue Amandine ne sont toujours pas des zones très ouvertes au tourisme, encore moins en 2003, date de parution du livre. Ayons aussi à l’esprit que les récits de voyage écrits par des femmes sont rares, même à notre époque dite moderne!

Au moment des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Amandine se trouve en Afghanistan, un instant plus que délicat dans son voyage. La guerre se prépare. Alors que tous les ressortissants étrangers sont évacués de ce pays, Amandine mesure l’horreur de ce qui est sur le point de se passer. Elle anticipe mentalement les ravages qui vont se produire, les bombardements américains. Elle quitte, triste, l’Afghanistan avec des caravanes de réfugiés.

En Inde, elle rencontre des sages. Au Tibet, elle voit, de ses propres yeux effarés, la colonisation économique et culturelle chinoise forcée sur ce peuple tibétain. Elle continue en Chine, pays qui la choque par la froideur, la modernité et le mutisme des gens.

Amandine a senti la nécessité viscérale de traverser tous les pays, toutes les frontières, tous les déserts, toutes les montagnes que l’aventurière suisse a traversés avant elle, afin de comprendre son fonctionnement, la nature de sa quête et surtout, ce qui a amenée Ella à connaître une spiritualité profonde, empreinte de sagesse.

Le lecteur peut lire le livre d’Amandine Roche comme un récit initiatique, ou un récit de voyage, ou un document géographique, voire spirituel. C’est en marchant dans la beauté du silence infini que la voyageuse est revenue aux justes valeurs. Dans le silence et la solitude, elle a cherché ce qui est essentiel.

En guise de conclusion

Amandine Roche, à la fin de son livre, précise qu’elle a aimé cette vie sauvage de quelques mois, en accord total avec la nature. Elle dit qu’elle s’est sentie libre comme elle ne l’avait jamais été, heureuse avec rien. Elle a éprouvé un sentiment de bonheur en se contentant du peu qu’elle avait.

Et si c’était cela le bonheur? En ces temps troublés, où la planète vacille sur un point de presque non-retour, peut-être serait-il judicieux de ne pas se contenter simplement de fermer un livre pour en commencer un autre!

Peut-être serait-il temps à notre tour de protéger le monde dans lequel on vit, de mettre en pratique les idées d’Ella Maillart, femme moderne avant l’heure qui s’est aventurée dans des contrées lointaines, en des temps coloniaux et en s’assumant!

Les lieux que nous visitons tous deviennent une partie de notre être! Alors peut-être que chacun devrait porter son bâton de pèlerin intérieur et partir à la découverte de soi-même!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 28 avril 2020 à 15 h 01 min

Quelle femme!!! Quel tempérament, elle ouvre les frontières avec la seule volonté de rencontrer des civilisations lointaines.
Très beau récit de ta part comme toujours. Merci de m’avoir fait un peu voyager de mon fauteuil. Moi, je n’ai pas assez de cran pour affronter l’inconnu…

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