L’inspiration est en panne sèche? Les mots ne parviennent plus à sortir? C’est sans nul doute l’une des plus grandes craintes de tous les auteurs. Cela porte un nom: la leucosélophobie.

Mais, on connaît mieux ce mal sous son surnom d’angoisse dite “de la page blanche”. Ce syndrome fait référence à une peur. Toute peur, à la base, provoque un blocage et une frustration. Cela est souvent dû à une volonté de l’auteur de vouloir bien faire. Trop. L’oeuvre parfaite n’existe pas!

Ce blocage de l’écrivain va l’angoisser de plus en plus, et brider son esprit créatif de plus en plus. A terme, cela peut affecter sa motivation, et surtout son moral. L’échec n’existe pas…

La mise en place des mécanismes d’écriture

Ca y est, vous avez enfin trouver le temps d’écrire. Vous avez acheté un beau cahier, prévu un coin chez vous pour vous mettre à travailler. Vous êtes content, c’est super chouette! Puis, rien. Impossible d’aligner, ne serait-ce qu’une ligne ou deux!

Vous retournez à votre vie active habituelle, frustré, en attendant l’inspiration divine…qui sait? Si vous ne prenez pas l’habitude de solliciter certaines zones de votre cerveau pour écrire, il ne peut pas le faire comme ça, d’un coup de baguette magique!

Quand vous êtes au repos, votre cerveau se repose, lui aussi. Il a besoin aussi de ce temps de régénération pour vous permettre de fonctionner dans de bonnes conditions. Ecrire, ce n’est pas de la rêverie. C’est du travail!

Quand vous prenez l’habitude d’écrire, vous mettez en place des mécanismes dans votre cerveau qui permettent d’assimiler l’écriture à une activité de repos. C’est comme un athlète qui fait son échauffement avant une compétition, un musicien qui fait ses gammes avant de commencer un morceau.

Tous les écrivains adoptent une routine d’écriture aussi régulière que possible. Soit sur un rythme quotidien en général. Quand les choses sont en place, les idées pour écrire tomberont plus spontanément qu’auparavant.

Vous pouvez n’y consacrer que 10 minutes par jour. Cela suffit: en 10 minutes, vous êtes capable d’écrire une demi-page. Cela peut aboutir à un roman complet en un an!

Transformer vos temps de repos en un temps d’écriture, c’est tout à fait possible, mais cela demande de mettre en place un mécanisme pour créer une habitude. Ce qui entrave ce processus, ce sont toutes les bonnes excuses que vous vous donnez et auxquelles vous restez accroché pour ne pas avancer!

Les causes de l’angoisse de la page blanche

L’inspiration fait défaut, la panne sèche, les mots bloqués: c’est la page blanche! La première des choses à faire est de mettre des mots sur ce qui provoque ce blocage et d’en définir les raisons.

Ces causes peuvent être multiples:

  • la peur de l’échec, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur d’être jugé par ses proches et le public
  • le fait d’être perfectionniste, de faire trop de recherches
  • le fait d’avoir de trop grandes ambitions: il est nécessaire d’avoir de l’ambition, mais si vous placez la barre trop haut, vous ne pourrez pas la sauter dans l’immédiat! Cela peut vous conduire dans une impasse!
  • le fait de manquer de confiance en soi: se répéter en permanence que vous n’y arriverez pas, que vos idées sont mauvaises, que les autres auteurs sont meilleurs que vous – bref, vous doutez de vous!
  • l’environnement: matériel (pièce trop bruyante, bureau inconfortable), ou personnel (conflits, problèmes de santé, problèmes financiers), …

Les déclencheurs pour éviter la page blanche

Le pire, dans une telle situation, serait d’abandonner et de remiser toutes vos idées et envies au placard. Ne pas savoir quoi écrire sur sa page, ce n’est pas grave. Il n’y a pas mort d’homme! Il faut trouver un autre moyen pour déclencher votre écriture, un moyen détourné. Ce peut être tout et n’importe quoi. Mais, il n’y a aucune recette miracle!

Il y a une façon simple et gratuite, extrêmement bonne pour la santé, c’est de faire du sport. Il faut vous bouger, marcher dans la nature, ou exercer l’activité sportive qui vous plaît. Le cerveau ne peut pas rester statique comme cela sur commande pendant des heures. Il se fatigue ainsi.

Le sport permet de nettoyer le cerveau et de le régénérer. Combien de fois n’ai-pas eu une idée d’histoire en me promenant avec ma chienne dans la nature?

En faisant du sport, vous prenez une sorte de douche intérieure. Cela vous remonte le moral en flèche et donne plus d’énergie. Vous vous sentez plus vivant, vous savez envie de faire plus de choses, donc, vous avez plus confiance en vous, en l’avenir, en votre propre succès…

Quand vous êtes bloqué pour écrire, continuez à écrire! Ce n’est pas une provocation de ma part. Racontez un souvenir d’enfance, un rêve, une chose que vous aimez faire, tout ce qui vous passe par la tête.

Cela vous permettra de décoincer quelque peu votre inspiration et de rouvrir le flux coincé des mots.

Si vous restez bloqué sur un passage, sautez-le. Vous y reviendrez plus tard, quand tout cela aura macéré dans votre cerveau au bout de quelque temps. Le pire serait de vous torturer l’esprit pour poursuivre absolument ce chapitre.

Si vous ne parvenez plus à mettre par écrit le fond de votre pensée, formulez-là à l’oral. Extériorisez votre récit, vos idées, en les racontant à quelqu’un d’autre. Vous pouvez aussi même parler seul à voix haute. Passer à l’oral peut permettre d’y voir plus clair, de démêler des fils noueux, à rendre les idées moins confuses.

Une des meilleures méthodes quand vous vous retrouvez coincé devant votre page est de faire carrément autre chose. Vous repartirez d’un meilleur pied. Faites une sieste, lisez, sortez, faites de la cuisine, écoutez une histoire, regardez un film, en bref: déconnectez-vous de votre travail! Aller travailler dans un autre endroit peut être aussi une solution: dans un café, un parc, …

Les conseils d’écrivains pour surmonter l’angoisse de la page blanche

Ernest Hemingway s’arrêtait d’écrire quand il avait beaucoup d’inspiration, prônait-il. Ainsi, il disait que personne n’aurait alors de blocage. Il était persuadé que le subconscient travaillait sur le livre en route sans s’arrêter. Si vous vous inquiétez pour votre roman, votre cerveau sera fatigué avant même de commencer!

Ernest Hemingway

John Steinbeck préconisait, quant à lui, d’écrire pour une personne proche de soi, et non pas pour le public. Une personne pour qui on avait de l’affection. En mettant de la distance émotionnelle entre votre roman et vous, vous prendrez de la hauteur et serez moins inquiet.

John Steinbeck

Mark Twain conseillait de diviser les tâches complexes qui vous submergent en tâches plus petites et tout à fait gérables.

Mark Twain

Au fil des années, Norman Mailer a établi une règle très simple. S’il se répétait à lui-même qu’il serait à son bureau le lendemain, il demandait ainsi à son inconscient de préparer le matériel mental et psychologique. Il passait un contrat entre son cerveau et lui et se répétait cela comme un mantra.

Norman Mailer

Philip Pullman prenait l’exemple du plombier pour arrêter de tournicoter du côté du syndrome de la page blanche. Est-ce qu’un plombier a des blocages quand il travaille, demandait-il? Pour lui, le blocage de la page blanche affectait les gens peu sérieux ou qui n’écrivent pas sérieusement.

Philip Pullman

De toutes les façons, si vous vous retrouvez dans une situation où vous n’arrivez plus à avancer dans votre récit, ne lâchez pas prise! Persévérez!

Des jeux d’écriture pour vaincre la page blanche

Pour penser à autre chose et écrire autrement, il vous reste les jeux d’écriture pour éviter la page blanche. Voici un jeu d’écriture: rendez vous à votre bibliothèque, fermez les yeux. Attrapez un livre au hasard, puis ouvrez les yeux. Feuilletez le livre et trouvez une phrase (ou un paragraphe) qui vous interpelle.

Prêtez-vous régulièrement à ce jeu d’écriture. Il est rassurant, car il vous raccroche à d’autres écrivains. Cela apaise.

Si vous suivez ce blog, vous savez sans doute que j’ai publié en accès gratuit “111 Jeux d’écriture”. C’est un moyen simple de jouer avec les mots autrement. D’après les avis des lecteurs, ils s’amusent beaucoup avec ces jeux, sans vouloir me vanter!

Les bonnes habitudes à prendre pour écrire et éviter la page blanche

Trouvez-vous une plage horaire dans votre agenda quotidien pour écrire, afin de mettre en place une discipline sportive d’écriture aussi quotidienne que possible. 5 à 10 minutes au départ, c’est bien et suffisant. Personne ne court direct le marathon en se mettant à la course à pied!

Habituez votre corps à cette nouvelle discipline. Vous constaterez des changements en vous, mais n’allez pas trop vite. Il faut y aller progressivement dans toute discipline!

Trouvez un rythme compatible avec votre vie personnelle, familiale et professionnelle. Vous démarrez une nouvelle activité, accordez-vous la possibilité de le faire à long terme.

Ritualisez au maximum votre pratique d’écriture: même lieu, même horaire, même durée de temps. Bernard Werber écrit tous les jours de 8H30 à 12H30. Créez toujours la même ambiance: café dans le même mug, stylo, musique éventuellement, voire mêmes vêtements.

Sanctuarisez autant que possible ce rituel d’écriture. Il ne doit pas y avoir de dérogation dans la mise en place. La ritualisation ouvre une autoroute pour laisser votre inconscient s’exprimer. Au départ, il sera peut-être sur la retenue, mais si vous conservez votre rituel, vous aurez au final des surprises agréables.

Attention toutefois à certaines pratiques nocives: n’abusez pas des cafés, comme Honoré de Balzac, qui en buvait plus d’une cinquantaine par jour pour maintenir sa cadence d’écriture!

Adoptez également une bonne hygiène de vie et respectez votre horloge biologique. Insomnies à répétition, mauvaise nourriture et autres désagréments auront forcément un impact négatif sur votre esprit créatif. Le manque de sommeil provoque inévitablement un problème de concentration à la longue.

Voici un super slogan: “mangez, dormez, bougez, écrivez!”.

Des techniques de relaxation au service de l’écriture

La peur d’écrire peut s’expliquer par le stress. Cette espèce de paralysie intellectuelle ne touche pas que les écrivains. Elle concerne aussi les étudiants par exemple. Le problème du stress est qu’il peut provoquer des symptômes psychomoteurs tels que la fatigue ou des maux d’estomac.

L’hypnose est connue aujourd’hui par rapport à ses bienfaits thérapeutiques. C’est une bonne technique pour lutter contre l’anxiété.

Pour chasser l’angoisse, il faut respirer et calmer son mental par la respiration. Il faut apprendre à contrôler sa respiration car cela permet d’apaiser rapidement le corps et l’esprit quand le stress prend le dessus.

La sophrologie est un entraînement du corps et de l’esprit pour développer la sérénité et le mieux-être. Elle est basée sur des techniques de relaxation et d’activation du corps et de l’esprit. Elle s’adresse à toute personne cherchant à améliorer son existence et développer mieux-être et détente. C’est un outil de développement personnel. Ce n’est pas un médicament!

La sophrologie amnène la personne anxieuse à travailler sur ses propores valeurs et à mieux se connaître. C’est un outil très efficace pour garder confiance et espoir en soi.

Le yoga peut également vous aider à chasser votre anxiété. Le yoga est la pratique de postures et d’exercices de respiration visant à apporter un bien être physique et mental. Cet ancien art de vivre se révèle aussi un chemin initiatique qui transcende la discipline physique et mentale.

Le yoga vous apportera un grand nombre de bienfaits physiques, et par là même, peu à peu, vous retrouverez un équilibre mental. Le yoga participe, de toute façon, à la réduction de votre stress, car il se dirige entièrement sur le corps et la respiration.

La marche dans la nature est aussi un bon remède pour lutter contre l’anxiété. Voir et toucher les arbres, les enlacer ou leur parler même, procure un intense bien-être en soi. Cette pratique de la sylvothérapie est une approche naturopathique qui consiste à prendre une “douche forestière” ou un “bain forestier” pour offrir une détente assurée.

Les arbres possèdent des bienfaits insoupçonnés qui boosteront votre énergie. Faire un câlin à un arbre ou le “tree hugging” se développe en France, mais est très prisé au Japon ou le “shinrin-yoku”. Vous vous oxygénerez en pratiquant la sylvothérapie, mais vous prendrez aussi de la distance avec l’effervescence de votre vie.

En guise de conclusion

La vie d’un auteur a un impact considérable sur son écriture. Bien évidemment. Si sa vie est émotionnellement tourmentée, en bien ou en mal, l’inspiration peut être bloquée. L’écriture est, en général, directement liée aux émotions, aux sentiments, aux ressentis que nous vivons.

Quand la vie n’est pas facile, l’écriture ne l’est pas non plus. Bien sur, le problème de blocage peut venir du texte en lui-même ou d’une intrigue trop complexe. C’est sans doute difficile à admettre et culpabilisant, mais cela permet aussi de rester concentré sur son écriture et de recommencer, encore et encore.

Beaucoup d’écrivains n’éprouvent jamais le blocage de la page blanche. Mais, pour d’autres, tant que le mal de la page blanche n’est pas identifié, il est très dur de pouvoir avancer…


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 23 juin 2020 à 13 h 26 min

J’acquiesce, plus on écrit, plus on a envie d’écrire. Même si ce n’est pas parfait, je suis dans un autre monde quand j’écris…

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