Par micro-fiction, on entend aussi un récit court, une micro nouvelle, un micro-conte, une nano-fiction ou une flash fiction.

La micro-fiction est un genre aussi vieux que la littérature. La pratique de l’écrit bref n’est pas un genre nouveau. Sa pratique, selon les époques et les codes littéraires en vigueur, a connu des formes, des fonctions et des appellations différentes depuis l’Antiquité.

Esope, au VIIe ou au VIe siècle avant J.C, a été le grand ordonnateur de ce genre de récit court dans le monde occidental. Le monde grec a regorgé d’anecdotes, d’histoires ou de fables, mythologiques ou pas.

Longtemps considérée comme le parent pauvre de la littérature, du moins en France, la micro-fiction a repris des couleurs grâce à quelques auteurs. Ce genre est l’art du minimalisme.

 

La micro-fiction: c’est quoi?

 

Une micro-fiction, c’est écrire et aller droit au but, choisir le détail qui donnera le maximum d’informations, retirer le superflu; se concentrer sur l’essentiel, soigner l’incipit, donner une chute qui fait basculer le texte.

L’écrivain Régis Jauffret, en écrivant de la micro-fiction, a pour projet de

 

 

Une micro-fiction est un récit court, voire très court. Il est courant de fixer la longueur de ce genre d’histoires à environ 1000 mots, comme base.

La micro-fiction, par définition, est plus courte que la nouvelle. Elle constitue un genre hybride, encore peu répandu, mais qui se propage de plus en plus grâce à Internet.

Pour ma part, je l’ai découvert en participant à un atelier d’écriture dans ma ville, où, à partir de la consigne donnée, il est souhaitable d’écrire une page version ordinateur, pour que chaque participant aie le temps de lire son texte.

Ecrire des textes courts est un exercice exigeant et très intéressant car ce format accorde plus d’importance à chaque mot.

 

 

Ce récit court est un récit imaginaire, suggestif, rédigé, vous l’aurez compris, avec un nombre restreint de mots. C’est la forme la plus concise de récit littéraire, parfois proche des poèmes par le rythme présent.

Ecrire ce genre est tout un art qui dispose de ses caractéristiques propres, totalement différentes de celles de la nouvelle, et même de la nouvelle brève.

Dans une micro-fiction, l’histoire des personnages n’est pas dévoilée, ou alors sous forme de fragments, d’indices à peine dévoilés. L’auteur n’écrit que des bribes de renseignements sur le personnage, le décor et le reste. Pour ce faire, ce genre joue beaucoup avec les mots, aime détourner les expressions courantes et de ce fait, il est particulièrement adapté à l’humour en général, pour ne pas dire, l’humour noir.

Voici la micro-fiction la plus courte écrite à priori par Ernest Hémingway:

 

                                                      ” A vendre: chaussures de bébé. Jamais portées.”

 

Dans cette histoire très très courte; tout y est suggéré: les personnages (la mère et l’enfant), l’histoire (la mère est enceinte et fait des achats en prévision de la naissance). Elle perd l’enfant et décide de revendre ce qu’elle a acheté. Ce texte titille l’imagination; tout est dit en peu de mots. C’est une tragédie qui se joue en six mots, qui laisse la part libre au lecteur d’imaginer la terrible histoire.

En bref, la micro-nouvelle est l’art du minimalisme, en quelques phrases, quelques mots. Le récit est forcément simple, le décor planté sans superflu, un personnage ancré, une chute comique, dramatique ou surprenante, tout cela pour provoquer un effet sur le lecteur.

Afin d’écrire une courte histoire, l’auteur doit travailler énormément sur l’implicite, suggérer beaucoup plutôt que de dévoiler, utiliser les références universelles des contes, des mythologies ou des légendes. Le lecteur construit en fait l’histoire dans sa tête et use de son imagination en comblant les blancs laissés et lit entre les lignes.

Ne vous méprenez pas, la micro-fiction est un genre littéraire à part entière, avec des auteurs reconnus et primés.

 

Les bénéfices d’écrire des histoires courtes

 

Ecrire de la micro-fiction vous apprendra la concision. Planter un décor, dresser un personnage, le faire évoluer en peu de mots: voilà un défi intéressant à relever. Mais, ne vous détrompez pas: créer un décor en si peu de mots, des personnages bien campés, un début intrigant et une fin satisfaisante, peut paraître plus compliqué que cela en a l’air, car vous devrez choisir des mots très précis.

Ecrire ce genre de récit demande de la pratique. Participer à un atelier d’écriture peut vous permettre de vous initier à ce genre. Toutes les semaines, je propose un exercice d’écriture, qui s’apparente à une micro-fiction, et que vous pouvez retrouver sur ce blog.

 

Proposition d’écriture N° 16

 

Savoir choisir ses mots, dire beaucoup en peu de mots est une compétence essentielle pour un écrivain.

Ecrire une micro-fiction ne demande pas des jours de travail. Elle est rapide à écrire, c’est là un de ses atouts. Ce format court peut devenir, pour vous, un facteur de motivation impressionnant. Si vous vous freinez à écrire pour de multiples raisons, ce genre vous conviendra et vous permettra de commencer et de ne pas  craindre la page blanche. Cela sera aussi pour vous l’aoccasion d’écrire régulièrement.

L’écriture d’une histoire bouclée en quelques heures peut devenir une source d’une grande satisfaction. Vous êtes enfin capable d’écrire une histoire! En outre, écrire régulièrement des micro-fictions peut vous aider à maintenir votre habitude d’écriture quotidienne. Une façon comme une autre de stimuler votre créativité!

 

 

Ecrire de la micro-fiction peut s’avérer un bon tremplin pour vous faire connaître, pour publier, via les plateformes que l’on peut trouver sur Internet ou via les réseaux sociaux, et aussi pour participer à des concours d’écriture. Il existe un nombre grandissant de concours d’écriture autour de la micro-fiction, thème sur lequel j’ai déjà écrit un article.

 

Comment participer à des concours de nouvelles?

 

Quelques conseils pour écrire de la micro-fiction

 

Ecrire de la micro-fiction est un exercice exigeant. Vous n’avez pas le temps de développer une structure complexe qui conduira au climax de votre histoire. Vous devrez consacrer le moins de phrases possibles à la progression de votre histoire, ce qui lui donnera de la force.

Il convient aussi de limiter les personnages , car les faire évoluer est complexe. Je conseille de limiter à un protagoniste, voire un seul personnage supplémentaire. Au-delà de 2 ou 3 personnages, leur évolution devient trop difficile à gérer dans une micro-fiction.

Vous devez aller à l’essentiel dans la conception de vos personnages, dans le déroulement de l’intrigue afin de rendre l’histoire complète et susciter l’intérêt des lecteurs.

 

 

Je vous conseille de commencer votre histoire au milieu d’une action:

“Mélanie sortit sous la pluie, en pleine nuit, réfléchissant aux moyens de rentabiliser l’argent qu’elle venait de gagner au poker dans un casino de Las Vegas”.

Vous créez, dès le départ, un intérêt: le lecteur veut savoir la suite! Ne vous perdez pas en descriptions inutiles pour planter le décor. Avec cet exemple, le décor est planté. Votre micro-fiction doit commencer au moment d’un élément perturbateur, qui s’avère être une partie importante de la narration. Vous devez insister sur l’intensité de l’action au lieu de décrire de long en large votre personnage.

Dès le premier paragraphe, c’est-à-dire l‘attaque, vous évoquez le drame ou le problème qui va se jouer. Ne faites pas durer le suspense, vous écrivez une micro-fiction, ne l’oubliez pas. Il convient de bien choisir vos mots pour faire venir ce suspense, sans rentrer dans les détails.

 

 

Ne révélez pas tout à vos lecteurs; amenez-les petit à petit vers l’histoire, sans la dévoiler. Vous êtes le maître à bord puisque vous écrivez! Le lecteur doit imaginer le récit avant son début et se projeter après la fin que vous aurez choisie.

L’action de votre personnage doit se dérouler en dehors de la page; suggérez plutôt que de tout dévoiler. Concentrez-vous sur la scène importante de l’intrigue en laissant le soin aux lecteurs d’imaginer la suite du récit.

Par exemple: “Tout en pensant à son avenir et en attendant le taxi qui la ramènerait à son hôtel, Mélanie repensa à son enfance douloureuse, au divorce compliqué de ses parents et à l’abandon de son père”.

Donner nombre de détails risque d’ennuyer le lecteur, et surtout, cela ralentira le déroulement de l’action. Allez-y avec parcimonie. C’est la raison pour laquelle je vous conseille de choisir un personnage principal unique. Ne le présentez pas aux lecteurs, vous perdriez du temps. Mettez-le en action de suite et révélez ses traits caractéristiques, ses qualités et sa personnalité par petites touches.

Si vous faites intervenir des personnages secondaires pour le bien de l’action, ne les détaillez pas. Ils doivent construire l’intrigue et ne pas la surcharger.

 

 

Construisez votre micro-fiction avec une seule intrigue et une seule idée directrice. N’allongez pas votre récit avec des idées ou des intrigues supplémentaires. Cela serait assurément moins intéressant.

Concernant la fin, commencez à la révéler par petites touches avant la fin, avant les derniers mots de la rédaction. En procédant de la sorte, les lecteurs seront capables de faire le lien entre le point culminant du récit et le personnage.

Au moment de conclure, pensez à insérer un dénouement inattendu. Ce procédé d’écriture est assez répandu dans la micro-fiction. Le lecteur sera surpris et appréciera d’autant plus. Mais, la conclusion doit être brève pour être efficace.

Le conseil ultime que je peux vous prodiguer est d’écrire de la manière la plus concise qui soit. Surtout, concentrez-vous sur les derniers mots, soit pour orienter l’histoire ou attirer l’attention du lecteur sur une ouverture possible. Provoquez le suspense ou le choc! La fin peut être troublante ou troublée, sombre ou dramatique. Il n’y a pas obligatoirement une fin heureuse.

Éradiquez tout ce qui ne participe pas à la compréhension du décor, de l’action ou des émotions des personnages. N’insérez pas de commentaire personnel ou superflu. Supprimez tous les éléments futiles. Chaque mot dans votre histoire doit être placé au bon endroit. Vous devez créer une intensité narrative. Choisissez aussi un bon titre, qui doit refléter votre narration et créer l’intrigue.

N’hésitez pas à torturer la langue, à jouer avec les mots et les figures de style, surtout l’ellipse. Ecrire une micro-nouvelle vous permet de tester pleins de choses.

Voici un exemple de micro-fiction d’ Augusto Monterroso, un écrivain guatémaltèque, qui tient en 7 mots:

“Le dinosaure.

Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là”.

Vous pouvez interpréter le texte à votre guise. L’auteur a rempli de trous cette ellipse de façon incroyable. Qu’avait-il en tête au moment de l’écriture?

 

                                                                                   Augusto Monterroso

 

En guise de conclusion

 

Ne vous y trompez pas: écrire des micro-fictions n’est pas un exercice aisé, mais cela reste très formateur. Vous pourriez être surpris à prendre du plaisir à raconter une histoire en quelques lignes. Cela peut s’avérer ardu au début, mais, je peux vous assurer qu’on y prend goût très vite. L’exercice devient addictif, et il développe votre imagination.

Je ne connaissais pas ce genre avant de le pratiquer en atelier d’écriture en présentiel ou sur Internet. J’aime beaucoup. je ne saurai m’en passer désormais.

Ce genre n’est pas encore très répandu en France, mais il est facile à lire, et accessible sur tous supports numériques. Les histoires ne prennent que quelques minutes à lire. Je suis prête à parier que la micro-fiction va se développer, grâce au numérique.

Ecrire court ne signifie pas que cela n’est pas de qualité. Les Anglo-Saxons sont bien plus en avance que nous par rapport à tous les formats courts. Ce genre est reconnu et développé dans ces pays , bien plus que dans le nôtre.

Faites vous plaisir, initiez-vous à ce genre!

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

lucette smits · 30 juillet 2019 à 14 h 03 min

Ça ne doit pas être facile, mais sûrement très intéressant si on y arrive avec une bonne chute…

    Laurence Smits · 31 juillet 2019 à 11 h 55 min

    Tu ne t’en rends pas compte, mais tu écris une micro-fiction chaque semaine pour ma consigne d’écriture. Donc, tu sais le faire! Tu penses être comme Monsieur Jourdain de Molière, qui découvre utiliser la prose alors qu’il l’utilisait tous les jours.

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