Paradoxalement, l’art d’improviser ne s’improvise pas! Il y a un préalable: être capable de stimuler sufffisament son imagination pour pouvoir improviser. Et pour ce faire, cela exige de l’entraînement comme étapes préliminaires.

L’écriture, en improvisation, est instantanée, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle est bâclée, illogique ou imprévisible. Improviser sous-entend fournir plus d’efforts pour rester concentré afin de créer son hsitoire et de la garder cohérente et intéressante.

L‘écriture improvisée est souvent pratiquée lors d’ateliers concernant la pratique théâtrale improvisée. Mais, elle peut aussi se pratiquer en atelier d’écriture. C’est une des formes possibles de pratique pour stimuler rapidement l’imagination des participants, sans trop réfléchir.

 

Ecrire un époché

 

“Epoché” est un terme d’origine grecque signifiant ‘arrêt, interruption, cessation’. En philosophie stoïciste, ce mot dédigne la suspension de jugement.On s’abstient de tout commentaire, de tout jugement défavorable. On prend confiance en soi.

La crainte du jugement d’autrui empêche nombre de personnes de se mettre à écrire. Nous avons tous eu la peur d’être ridicules, de ne pas être capables d’écrire une histoire. A commencer par moi! J’ai mis du temps avant de passer outre mes jugements négatifs et erronés sur moi-même accompagnés de mes excuses bidon pour commencer à écrire..

L’écriture peut aider à surmonter cet obstacle!

 

 

Car créer permet de se libérer de nos entraves psychologiques. Inventer est une pulsion naturelle. Quel plaisir nous pouvons ressentir quand nous créons des personnages et que nous les faisons évoluer au gré de nos envies comme des marionnettes!

Bernard Werber, dans une de ses formations, propose de se mettre devant une feuille de papier et d’écrire ce qu’on veut, dans un endroit à note guise, sans réfléchir ni ordonner ses idées, pendant 5 minutes. Cela peut être une histoire sans queue ni tête. Peu importe. Ou des réflexions personnelles. Tant mieux. Vous verrez ce que vous serez capable d’écrire en juste quelques minutes! Ce n’est pas un exercice de style, ne cherchez à produire des effets littéraires!

Je me suis prêtée au jeu et voici mon texte:

 

Je suis dans mon jardin, c’est ma maison. Je lis dans mon jardin, je médite, je fais du point de croix, je ramasse mes légumes et mes fruits, je fais ma sieste dans mon hamac à l’ombre de mon bouleau. Mon jardin, c’est tout pour moi. Il est à la campagne, au pied des champs et non loin des pieds de vigne, qui ici, servent pour fabriquer le cognac.

Il est tapissé d’herbe, et non pas de gazon. Il est composé de beaucoup d’arbres fruitiers, et de bancs disposés un peu partout. Il est de bonne taille, pas imposante, mais ça me suffit. Il me procure tant de bonheurs, tant de moments où je peux me ressourcer, en toutes saisons. Ma chienne me rejoint souvent sur le hamac, les chats sur la balancelle. Ils aiment le confort eux aussi. Ils aiment me sentir près d’eux. Ma chienne aime courir comme une petite folle à toute vitesse à en perdre haleine; c’est son jeu préféré.

Je ne pourrais plus me passer de ce coin de verdure, simple, à mon image. Il me fait respirer et vivre !

 

 

 

Improviser à partir d’une situation

 

Pour s’entraîner à écrire en improvisant – c’est-à-dire sans construire une histoire au préalable- voici une situation: écrire autour de l’ouverture d’une porte.

 

 

Essayez d’imaginer en 2 minutes un contexte mentalement, sans écrire quoique ce soit: ‘peut-être est-ce le milieu de la nuit? Je suis mal réveillée, en pyjama, pieds nus et les cheveux hirsutes. Je suis inquiète du bruit que j’ai entendu et de ce qui m’attend éventuellement. Les obstacles à la situation pour laquelle je me suis levée: mon envie de retrouver mon lit chaud et douillet, ma lutte pour éviter de me rendormir debout’.

En fait, très rapidement, vous devez imaginer les circonstances et les obstacles à la situation. Sans préparation, vous écrivez en 15 minutes. L’improvisation écrite exige un temps court, un rythme rapide, sans travailler le texte à la fin du temps imparti.

 

Voici mon texte:

 

Je dormais bien, en plein dans un rêve de mer bleue et de vacances tropicales. J’étais trop fatiguée pour penser à autre chose. Alors que je me baignais dans une eau translucide, j’entendis un grincement, plus précisément, je perçus la porte du couloir couiner. Bruit inhabituel en pleine nuit. Pourquoi la porte s’était-elle ouverte alors que je la fermais toujours pour éviter que mon chat n’aille squatter les pièces désservies par ce couloir?

Ma première réaction fut de me réfugier entièrement sous la couette, bien au chaud, pour me replonger dans mes eaux turquoises. Le bruit reprit. La peur me saisit, l’angoisse m’étreignit, je commençai à trembler. Je fis un effort surhumain pour me glisser hors de mon lit, pieds nus, les cheveux hirsutes. Comme si cela avait de l’importance en pleine nuit? C’était idiot de penser à ce genre de détails, je n’allais pas défiler sur un podium!

Par précaution, pour faire fuir le voleur, je pris ma lampe frontale, toujours posée sur ma table de chevet en cas de panne d’électricité. Je l’allumai les doigts moites, et j’ouvris tout doucement la porte de ma chambre, tremblante sous la toile de mon pyjama. Je regardai de tous côtés. Rien. Je voulais rejoindre la douceur de mon lit, replonger dans un sommeil réparateur. Je luttais de toutes mes forces pour comprendre ce qui avait bien pu se passer, mais mon cerveau était embrumé de ce réveil en catastrophe. 

J’en étais là de mes réflexions quand j’aperçus mon chat Trompette sortir de sa cachette, tout content de me voir, pensant que c’était l’heure des croquettes matinales. Il avait ouvert la porte, comme cela lui arrivait de temps à autre. Je l’apostrophais, pas trop gentille à son égard pour avoir perturbé mon sommeil. C’en était fini de ma nuit de toute façon.

 

 

Le principe d’un tel exercice comme le précédent est qu’à force de jouer avec des hypothèses, des situations, votre cerveau va s’habituer à créer des associations d’idées et à acquérir un certain nombre d’automatismes. Ainsi, vous vous habituez à mobiliser les ressources adéquates à une construction intellectuelle en vue d’écrire.

 

Adopter la méthode de Laswell

 

Harold Dwight Laswell, chercheur américain du XXe siècle, fut un précurseur dans des champs disciplinaires comme la sociologie ou la psychologie, entre autres.

 

 

Harold Laswell a mis au point une méthode susceptible de remplacer l’intuition individuelle dans le domaine de l’analyse des communications de masse. Sa méthode a été enseignée depuis dans beaucoup d’écoles du monde pour étudier des textes.

Cette méthode, aussi bien connue des journalistes, est utile lorsqu’on doit communiquer une information large – par exemple, partager de l’information sur un dossier, dîner avec un client – mais elle est aussi utile en écriture.

Elle consiste à répondre aux questions suivantes:

  • qui?
  • quoi?
  • où?
  • quand?
  • pourquoi?
  • comment?

 

 

Cette astuce d’écriture fonctionne toujours et peut aider à n’importe quel moment au cours d’une histoire que vous inventez.

Pour une écriture d’improvisation, ces questions aident à faire progresser un récit très court. Partez d’une situation, accrodez-vous 15 minutes pour répondre aux questions.

 

Voici mon texte:

 

Mélanie sortit sous la pluie, en pleine nuit, réfléchissant aux moyens de rentabiliser l’argent qu’elle venait de gagner au poker dans un casino de Las Vegas. Tout en pensant à son avenir et en attendant le taxi qui la ramènerait à son hôtel, Mélanie repensa à son enfance douloureuse, au divorce compliqué de ses parents et à l’abandon de son père. 

Une fois arrivée sans encombre à son hôtel après une circulation chaotique dans les dédales de rues innombrables dans la capitale du jeu, elle n’avait pas envie de dormir. Dans son sac à main reposait le chèque de deux millions de dollars qu’elle avait gagné. 

En quelques minutes, elle était devenue riche, comme elle ne l’aurait jamais pensé. Millionnaire! Fini le boulot de bibliothécaire trop routinier à son goût pour lequel elle suait, tout ça pour gagner un Smic. Ah non, pour sûr, elle n’y retournerait pas dans ce fichu bâtiment où tout le monde cancanait à longueur de journée, en portant des jugements sur tous les gens qu’ils côtoyaient dans la journée. Mentalité pourrie! A la place, elle s’offrirait un appartement avec vue sur mer dans le sud de la France, une femme de ménage, une cuisinière. La dolce vita en perspective! Et elle voyagerait sans arrêt. C’était son rêve, elle n’avait jamais pu l’assouvir, faute de moyens. Elle salivait devant l’avenir brillant qui s’ouvrait à elle, comme au vengeance de enfance difficile qu’elle avait subie!

 

J’ai inventé ce texte en respectant la consigne de temps, sans préparation aucune. Ne rien préparer à l’avance est un challenge intéressant, qui redonne le goût de l’écriture, pour ceux qui, éventuellement, sont lassés de planifier toutes leurs histoires, ou qui aident ceux qui ont peur de se mettre à écrire.

Il arrive que les participants à un atelier d’écriture soient très motivés par ce genre de pratique. Cela permet d’accepter toutes les idées qui viennent sans réfléchir et sans se censurer. Toute idée est bonne à prendre. Il suffit de l’insérer dans son écrit, comme un fil de broderie, avec délicatesse. Trop de préparation n’aide pas forcément et peut parfois tuer l’imagination à petits feux.

Ecrire en improvisant permet aussi de se rendre compte qu’écrire une histoire n’a pas besoin d’être un processus complexe. Ecrire des histoires est de toute façon un acte d’improvisation à la base.

Chaque étape de l’écriture est de toute façon une tentative de créer du lien entre ce qui est déjà raconté et ce qui naît de la session présente d’écriture. En respectant les règles de l’improvisation, vous ouvrez le champ des possibles de votre imaginaire et de votre créativité.

 

Improviser à partir d’une photo

 

J’ai assité à un atelier d’écriture et j’ai du écrire en improvisant une histoire en 15 minutes à partir de la photo suivante prise par la photographe rochelaise, Marie Monteiro :

 

 

Voici mon texte:

 

Tout le monde se rend au Maroc, pensant trouver un soleil ardent tout au long de l’année. 

Moi, j’aime arpenter un pays ou une ville l’hiver, quand les visiteurs désertent les lieux et que les températures baissent. Mon petit appareil photo autour du cou, ce jour-là, je décidai de longer une plage aux abords de Tanger. 

Tanger, l’hiver, ne prête pas vraiment à la rêverie. Moi, je traquai l’improbable avec ma pellicule. J’étais heureuse de flâner, seule, sur cette longue bande de sable, à respirer les embruns de l’Atlantique, le bruit du vent murmurant à mes oreilles.

Quand, tout à coup, je fus attirée par des mouvements de danse à quelques dizaines de mètres devant moi. Je m’imaginais que c’était un danseur. J’avançais sans bruit et commençais une série de clichés. Un jeune homme, tout de noir vêtu, se déhanchait, sans prêter attention à ma présence.

Ses mouvements alliaient élégance et force. C’était tout simplement beau et surtout improbable: un jeune Marocain s’entraînait sur une variation de hip-hop sur une plage déserte. 

Un moment magique que je garderais longtemps en moi après cette escapade hivernale. 

 

Des improvisations à partir de situations

 

Je vous propose des situations à partir desquelles vous pouvez imaginer, en un laps de temps assez court, une histoire.

exemple 1:

Le personnage décide de tout abandonner dans sa vie. Cela l’amène à rencontrer une nouvelle communauté de personnes dans laquelle il découvre une part plus sombre de lui-même. Cela le pousse à toucher le fond. Il trouve ensuite des ressources en lui qu’il n’imaginait pas posséder et qui lui permettent de rebondir. Une fois qu’il a rebondi, il rentre chez lui et vit une vie plus apaisée.

exemple 2:

Le personnage décide de tout abandonner dans sa vie. Mais cela ne serait-il pas mieux que le personnage prenne sur lui et persévère? Cela encourage à le faire traverser par des péridoes de doute, voire de découragement qui lui permettront de se découvrir et de trouve rune solution à sa crise existentielle, sans toucher le fond comme le personnage de l’exemple 1.

 

Si vous n’avez pas l’habitude d’improviser, il est alors inutile de vous lancer dans l’écriture d’un roman trop ambitieux. Entraînez-vous d’abord sur des formats courts, comme ceux que je vous propose dans cet article et dans tous les autres articles que j’ai écrits à ce sujet sur ce blog. Vous pouvez aussi, si le coeur vous en dit, écrire à partir des propositions d’écriture que je diffuse le jeudi et pour lesquelles je laisse neuf jours de délai pour composer.

Vous l’aurez compris, improviser offre plus de liberté, plus de marge de manoeuvre pour faire évoluer votre écriture. Je suis persuadée que c’est un excellent moyen pour déverrouiller la création enfouie en vous. Nous avons tous en nous la capacité de créer, d’imaginer et de construire.

 

L’improvisation poétique 

 

Les ateliers d’improvisation poétique orale sont une forme récente de création poétique qui retrouve pourtant ce qui a été sans doute à l’origine de la poésie dans les sociétés humaines: l’invention, le jeu, l’imaginaire. Ces ateliers utilisent la voix.

Voici ce que dit Méryl Marchetti sur cette pratique d’improvisation poétique orale :

 

« Ce qui fait résistance constitue justement un problème d’écriture à partir duquel on peut improviser et construire. Solo, duo, trio… collectif, le posent de manière différente. Dans un collectif en train d’improviser un texte, ceux qui se trouvent à l’aise peuvent « parler » sans fin et sans écoute des autres, mais celui qui se tait et bute est justement celui qui « écrit» et donne le matériau que le collectif va pouvoir transformer, faire évoluer. Sa résistance, une fois que les autres s’en emparent, devient un problème d’écriture qui oblige chacun – même le plus « fluide » – à ne pas retomber bien droit dans ses bottes mais à essayer de l’autre, à s’ignorer et donc s’inventer. Comme tout atelier d’écriture, l’atelier d’improvisation poétique orale passe par un aller-retour entre l’individuel et le collectif (solo, duo, petit groupe, grand groupe) qui permet de comprendre, à travers ces situations que ce que nous percevons a priori comme erreur, fragilité, hors-sujet, difficulté, nous porte bien plus loin que ce que nous imaginions. »

 

Traditionnellement, la poésie épique incluait des moments d’improvisation. Les joutes poétiques existent toujours, jeux dans lesquels les improvisateurs entrent en compétition devant leur public.

Les haïkus -poèmes japonais de trois vers- sont des poèmes d’improvisation. Il existe même des concours de ce style poétique.

 

 

En faisant des recherches, je suis tombée sur une vidéo Youtube intéressante du point de vue de l’improvisation. Des gens proposent un mot à un jeune poète et il improvise un texte. Je vous laisse découvrir la vidéo.

 

 

En guide de conclusion

 

A travers cet article, vous l’aurez compris, l’improvisation est un exercice de création à part entière. Il est possible de faire écrire rapidement à partir d’une photo, d’un tableau ou d’une citation. Tout support est en fait possible. J’ai pratiqué ces exercices d’improvisation en atelier d’écriture et j’avoue avoir été surprise par la rapidité avec laquelle je réussissais à imaginer une histoire.

C’est très formateur. De plus, nous prenons confiance en nous et en nos capacités de création littéraire. L’improvisation est à inscrire comme activité en atelier d’écriture assurément. Personne ne peut écrire de grandes  histoires sans pratiquer d’une manière ou d’une autre.

Pour écrire de mieux en mieux, il faut pratiquer, encore et toujours. Plus on écrit, plus on découvre en soi des perspectives de créativité insoupçonnées.

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 22 octobre 2019 à 15 h 35 min

L’improvisation est un art, bien sûr il faut s’entraîner, mais quel beau résultat.
Ce jeune homme qui demande des mots aux passants, et s’en réfléchir, il fait une impro de quelques petites minutes. C’est super intéressant…

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