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Pour raconter une histoire, pour la mettre en mots, on doit absolument prendre le temps d’écrire et de réécrire. Avant de se lancer dans l’écriture, il est plutôt judicieux de se demander ce que l’on souhaite réellement faire. Il est périlleux de se lancer dans une intrigue à l’aveugle.

Trouver le registre littéraire adapté, camper des personnages et les faire dialoguer, bâtir une histoire, soigner le style: le chemin qui mène à un roman est semé d’embûches. Chacun doit trouver la méthode qui lui convient, pour peut-être devenir un jour le futur prix Nobel de littérature.

Aboutir une histoire demande de la rigueur, du travail, beaucoup de travail et de la ténacité. Un processus d’écriture est propre à chacun et il n’existe pas de recette clé en main. En revanche, de nombreuses techniques sont possibles, et autant de conseils sont également applicables.

Pour écrire cet article, je me base sur un article de Lire Magazine de juillet 2021.

Vous venez d’écrire la dernière page de votre manuscrit. Le point final est posé. Vous pouvez être fier/fière de vous. Vous n’avez plus qu’à vous féliciter! Mais, vous le savez, ce n’est pas la fin de l’aventure. En dehors des relectures indispensables qu’il vous reste à faire, êtes-vous satisfait de votre manuscrit? Ne songez-vous pas à réorganiser votre histoire, avec des retours dans le passé (analepses) ou des projections dans le futur (prolepses)?

Avez-vous commencé votre roman par la fin? Quels types de dialogues avez-vous proposé? Les dialogues sont-ils tous pertinents? Certains de vos dialogues ne pourraient-ils pas être au style indirect? Ou narrativisés? Vos verbes de paroles sont-ils tous nécessaires? Vos personnages sont-ils crédibles? Comment avez-vous travaillé leur psychologie? Comment avez-vous soigné votre incipit?

Avez-vous traqué les répétitions dans vos relectures? Avez-vous varié les verbes? Avez-vous fourni des efforts pour chercher les mots justes, ceux qui se suffisent à eux-mêmes, et qui, sans avoir besoin des adverbes, ou des adjectifs ou d’autres artifices, signifient exactement ce que vous avez voulu dire?

Cela suffit. Mince alors, il y a trop de questions…je n’en peux plus! Vous non plus je suppose!

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L’important, c’est la façon dont vous allez organiser votre roman pour livrer votre histoire de manière cohérente. Il va falloir vous interroger sur la narration: qui parle? Comment? Quand? Où? Etc. C’est bien le narrateur ou la narratrice qui parle dans un roman, car dans le cas contraire, il s’agit d’une autobiographie. Ce narrateur peut être un des personnages de l’histoire, ou une voix off qui raconterait ce qu’il voit et entend, pour le lecteur, sans exister dans le récit.

C’est la raison pour laquelle il faut se demander, même avant d’écrire: qui parle? Comment? Va-t-on avoir accès aux pensées d’un personnage? De tous les personnages? Les personnages vont-ils s’adresser eux-mêmes au lecteur? Y aura-t-il un narrateur pour raconter?

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Quand le narrateur n’est pas un personnage, il dépend du choix de l’auteur. Si ce dernier décide que le narrateur voir tout et sait tout, comme une sorte de Big Brother, il offre un point de vue omniscient. Il sait ce que pensent et ressentent les personnages, ce qui s’est pasé avant et ce qui se passera ensuite. Ce style de narration permet de multiplier les histoires dans le récit, de passer de l’un à l’autre, d’un personnage à un autre, sans difficulté. Par exemple, cela permet de poursuivre un récit qui aurait dû être interrompu par le départ ou la mort d’un personnage.

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Si le narrateur est le personnage principal de l’histoire, l’auteur choisit un point de vue interne. Dans ce cas, le lecteur a accès aux pensées du personnage-narrateur, à ce qu’il voit, mais rien de plus. Il vit l’histoire à travers lui. En général, dans ce point de vue interne, la psychologie du personnage est développé.

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Si le narrateur n’est pas un personnage et qu’il n’ a accès qu’à ce qu’il voit, le point de vue adopté par l’auteur est externe. Le lecteur n’a donc pas accès à l’intériorité des personnages. Cette forme de narration est principalement centrée sur l’action et sur des impressions. Ce point de vue externe est le plus objectif parmi les autres.

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Il existe plusieurs formes de structures de récit, et il serait malvenu de ma part d’en privilégier un par rapport aux autres.

  • La linéarité: c’est le schéma de la narration classique, qui commence avec un incipit, qui se poursuit avec un élément perturbateur, puis des péripéties et se termine par un dénouement et une situation finale. Cette structure privilégie une suite logique, linéaire, chronologique, une histoire qui va d’un point A à un point Z.

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  • L’analepse: c’est un procédé stylistique qui consiste à revenir en arrière, à faire un bond dans le temps, pour revenir sur un événement, sur une scène particulière. Cela peut permettre d’expliquer des éléments de l’histoire. L’auteur fait appel au passé pour comprendre le présent.

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  • La prolepse: c’est un procédé stylistique d’anticipation, qui permet de faire un bond dans le futur, comme dans le 2e volet de la saga Retour dans le futur, où le héros se voit dans le futur, où il est licencié. Ce procédé permet de montret l’évolution de l’histoire quelque temps après. Dans “Les souffrances du jeune Werther” (1774), le narrateur annonce d’emblée qu’il va mourir, ce qui met le lecteur dans une certaine prédisposition d’esprit. Il sait ce qu’il va se passer.
  • L’ellipse: ce procédé stylistique permet de sauter un passage de l’histoire, de passer d’un moment à un autre. L’auteur peut ainsi reprendre son récit quelques mois ou quelques années plus tard.

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  • La discontinuité: grâce à ce procédé stylistique, l’auteur peut naviguer entre le présent et le passé d’un personnage. De plus, le passé n’est pas raconté de manière linéaire, mais avec discontinuité. La narration au présent va rappeler tel ou tel souvenir et va plonger le lecteur dans le passé du personnage, comme dans le roman “Boussole” de Mathias Enard (2015).
  • Le récit imbriqué (ou mise en abyme, ou narration multiple): dans ce genre de récit, deux narrateurs internes peuvent coexister. En fait, un premier récit va en introduire un autre, comme dans le roman de l’Abbé Prévost, “L’histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut” (1731). Le récit est raconté par Monsieur de Renoncour, qui écoute Des Grieux narrer son histoire d’amour avec Manon Lescaut.
  • La déstructuration: un auteur peut aussi choisir de livrer son récit de manière déstructurée. Une histoire peut très bien se raconter de manière fragmentée, en isolant des passages qui se sont passés dans le futur ou dans le passé pour les ancrer au milieu du récit principal.

Les personnages sont bien sûr au coeur de votre roman. Ce sont eux qui font avancer l’action et font vibrer les lecteurs, qui s’identifient souvent à eux. Dans tous les romans, y compris ceux d’action, de fantasy ou autres, il est important de donner des éléments sur les personnages et de développer leur psychologie pour les rendre plausibles, crédibles, voire réels.

Les personnages ne sont pas de simples marionnettes que l’auteur manipule. Ils doivent pouvoir s’exprimer, penser, ressentir, comme nous autres. Il est donc essentiel de ne pas créer des personnages clichés, unilatéraux, sans surprises. Tous les êtres humains sont complexes, les personnages aussi. La complexité des personnages est donc essentielle, tout en préservant la cohérence entre eux dans le récit.

Je vous livre 2 exemples:

  • Dans “La Servante écarlate” de Margaret Atwood, le lecteur éprouve des sentiments discordants face au personnage de Serena Joy Waterford. Elle apparaît sous les traits d’une femme froide et impitoyable. Pourtant, son histoire est touchante. Elle appartient à la catégorie des méchants, mais le lecteur ressent quand même de l’empathie pour elle, qui installe un doute chez le lecteur.
  • Dans “Chanson douce” de Leïla Slimani, le lecteur a des difficultés à cerner le personnage de la nounou, ainsi que les raisons qui l’ont poussée à agir. Il les devine, mais rien n’est clair, tant la psychologie des personnages est poussée à l’extrême dans sa complexité.

Décrire un personnage, une pièce, une maison, un espace public, un paysage, des habitudes, des coutumes, des phénomènes socioculturels, pour rendre hommage à un lieu, pour détourner un message, pour offrir de beaux effets de style…l’art de la description est complexe.

Un récit ne peut pas être une série d’actions, sans repères. Le lecteur a besoin de se représenter les lieux, l’époque, les personnages, les scènes. Si le lecteur ne peut pas se représenter les scènes, cela crée une distance avec le récit. L’émotion des lecteurs va naître de l’impression de réel qu’ils ressentent à la lecture du manuscrit.

Le lecteur a besoin de s’imaginer les scènes, l’univers créé par l’auteur ou l’autrice. Pour ce faire, il faut de la précision, car chaque détail compte et a son importance. Il faut être le plus juste possible et ancrer son récit dans une réalité. Plus un lieu, une personne ou autre sera décrit minutieusement, plus l’impression de réel sera forte et le récit pourra ainsi capter l’attention du lecteur.

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Décrire, c’est aussi faire découvrir, donner à voir ce qui peut être particulier à un pays, à une région, à une ville. Décrire peut faire naître des sentiments chez le lecteur. Maîtriser l’art de la description permet de jouer avec les émotions du lecteur, sans qu’il y ait d’action. Le personnage se déplace dans un lieu, mais l’auteur donne des frissons, car il a joué avec les matières, les couleurs, les ombres, les sons, etc.

Faire le portrait d’un lieu, d’un paysage peut être le moyen de dire les choses de manière détournée. Par exemple, en évoquant un paysage, un narrateur peut rendre compte de son état d’âme: tout est gris et terne car il est lui-même triste, ou la nature peut être aussi luxuriante que sa bonne humeur.

La description peut être autre que visuelle. Un paysage de bord de mer est aussi visuel que sonore, ou olfactif. Avec l’humidité et les embruns, le sens du toucher peut être aussi convoqué. L’odeur de l’iode peut aussi amener le gustatif. Dans le métro, on voit plutôt la lumière blafarde, la proximité des passagers, les odeurs corporelles pas toujours délicates, le brouhaha, etc.

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Qui n’a pas pleuré à la lecture de la mort de Sirius, de Dobby, de Fred, figures devenues familières dans la saga Harry Potter? Qui n’a pas tressailli lorsque Jamie, dans “Le Trône de fer”, se fait trancher la main? Les lecteurs s’attachent aux personnages, et les voir estropiés ou mourir est une chose bouleversante.

Le but d’un auteur est de surprendre son lecteur. Surprendre, c’est sortir des sentiers battus. Qui n’a pas eu envie de lire et relire “L’Etranger” de Camus afin de parvenir à déceler le moindre indice qui expliquerait le geste du personnage?

Rappelez-vous que les personnages malfaisants, pernicieux, pleins de cruauté, dignes des pires bassesses sont passionnants et surprenants pour le lecteur. Se contenter que de personnages bienveillants serait ennuyeux à la longue…

Voici quelques exemples:

  • Culpabiliser le lecteur: dans “Les Liaisons dangereuses” de Chodernos de Laclos, le lecteur hésite à se positionner entre les manigances de la marquise de Merteuil, prise à son propre piège, et de Valmont, qui se joue d’elle et préfère l’innocence de Cécile de Volanges.
  • Jouer avec le lecteur: dans “American Psycho” de Bret Easton Ellis, la structure du roman est faire pour se jouer des émotions du lecteur. La première prouvant le penchant sanguinaire du personnage ne pointe qu’après plus d’une centaine de pages. A chaque instant, le lecteur frémit, en attente du pire… qui ne vient pas tout de suite! L’auteur prend un malin plaisir à jouer avec les attentes du lecteur.

Pour finaliser votre roman, prenez le temps d’écrire et de réécrire. Le processus d’écriture est propre à chacun: peut-être serez-vous tel Simenon qui disait écrire un manuscrit en une dizaine de jours? Ou tel Flaubert à qui il fallut 5 ans pour parachever “Emma Bovary”? Il n’existe aucune recette clé.

En revanche, de nombreuses techniques et conseils existent, que j’essaie de vous offrir dans mes articles de blog. Ce qu’il vous faut trouver, c’est ce qui vous convient le mieux, ce qui correspond à votre caractère, à votre mode de vie et de vous y tenir, tous les jours si possible.

N’abandonnez pas si vous essuyez des reproches ou des critiques de la part de vos proches ou d’autres personnes. Poursuivez votre voie, en dépit de tout. Achever une histoire n’est pas dû à tout le monde. Cela exige une sacrée persévérance. Un travail d’écriture est le fruit d’un travail de longue haleine, d’une longue gestation. Alors, prenez le temps, écrivez, réécrivez, soufflez, reprenez, réécrivez, encore et encore…c’est la clé du succès!


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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