Je poursuis, à travers cet article, la suite des conseils d’écriture du livre de Laure d’Astragal, “Atelier d’écriture” paru en 2013.

 

 

 

Ces étapes de 16 à 21 font partie des exercices proposés pour le troisième jour. Elles concernent surtout la façon d’aborder la description, ainsi que celle de nourrir son imagination, faisant partie intégrante de “la douche d’écriture”.

Laure D’Astragal accorde, au fil des pages, des conseils judicieux. Elle conseille notamment d’écrire un peu tous les jours, si possible une heure, d’où la douche d’écriture, plutôt que d’écrire beaucoup de temps à autre. Il vaut mieux prendre une douche d’écriture plutôt qu’un bain!

Ce livre bien pratique accompagne l’aspirant à l’écriture, l’aide à se construire dans cette démarche, enseigne une méthode et finalement, aide à la construction d’un récit. Il est fort pratique, mais compte-tenu des nombreux exercices, je ne saurai l’évoquer en un seul article.

 

Ecrire une description

 

La description est l’un des moyens à disposition de l’écrivain pour lui permettre de décrire ce qu’il ressent, d’extérioriser ses idées et de les partager avec le lecteur. Plus la description est précise, plus elle deviendra authentique, criante de vérité et vous aurez alors réussi à vous expliquer clairement. La pari sera gagné!

Une des façons les plus efficaces pour compléter une description est de se poser 2 questions en permanence:

  • Qui fait quoi?
  • Pourquoi?

Une description, pour être efficace, doit coller à la réalité: il y va de la crédibilité de l’intrigue elle-même. Bien évidemment, commence alors un travail de recherche qui peut s’avérer fastidieux. Il est bon de se renseigner auprès de spécialistes, de personnes exerçant tel métier, simplement pour ne pas raconter de bêtises. Il est impératif d’utiliser le vocabulaire correspondant à la profession en question.

 

 

Etape 16: à la terrasse d’un café

 

 

Cet exercice d’écriture assez courant en atelier se pratique en 30 minutes, pas plus. Vous vous trouvez à la terrasse d’un café; une jeune femme y est assise. Dans la description que vous serez amené à écrire, il est plus efficace de faire comprendre les choses que de tout dire.

Pour cet exercice, transformez-vous en metteur en scène!

Répondez aux questions suivantes pour décrire la scène:

  • qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle est jeune? Argumentez.
  • Que fait-elle?
  • Si elle attend quelqu’un, quel détail le fera comprendre?
  • Comment se sent-elle?
  • Quel temps fait-il?
  • Qui attend-elle?
  • Evoquer la couleur de ses cheveux
  • Décrire ses vêtements
  • Quelqu’un l’observe -vous ou une autre personne: que voit cette personne en cette jeune femme?
  • Offrez-nous un détail si elle attend son amoureux: elle se remaquille ou se recoiffe, par exemple
  • Ou elle relit un dossier si elle a un rendez-vous professionnel
  • Si elle attend une copine, elle regarde fébrilement son portable.

 

Voici ma copie:

“Une femme qui devait avoir environ dans les vingt-cinq ans, était assise seule à une table du café, proche de moi, à l’extérieur.  Il faisait chaud et c’était agréable de s’attarder sous le parasol vert, en attendant l’ouverture de la médiathèque.

Comme j’attendais une amie, j’observais à loisir cette inconnue, n’ayant rien d ‘autre à faire pour le moment. Visiblement, cette dernière commençait à donner des signes d’impatience : une de ses jambes se balançait et ses doigts pianotaient sur son genou. Soit le service n’était pas assez rapide à son goût, soit elle était contrariée, car son visage se tendait de plus en plus au fil des minutes qui s’égrenaient lentement en ce mardi de mai.

Elle attendait sans doute son petit ami, car elle était vêtue de façon élégante. Elle portait une robe blanche, sans manche, dont les imprimés ressemblaient à des coquelicots. Quant au décolleté, il pouvait aisément être qualifié de sexy. Elle paraissait coquette, portant des sandales à corde et en toile, assorties à sa tenue. Son maquillage restait très discret, mais soulignait effrontément ses yeux et sa bouche, soulignée par un rouge vif, la mettant en valeur.

Comme le temps devenait de plus en plus lourd, elle avait relevé ses longs cheveux roux en un chignon assez lâche avec une baguette en bambou. Il se dégageait d’elle une certaine sensualité qui n’échappait pas aux regards des clients qui la toisaient avec une certaine envie, n’osant la regarder en face.

Je n’avais jamais auparavant aperçu cette jeune femme, et je ne souvenais pas non plus de l’avoir eu comme élève dans le passé. Elle était donc nouvelle dans la ville. Pourquoi se trouvait-elle loin de chez elle ? Que faisait-elle perdue dans cette petite ville de province quelque peu endormie ? Le mystère restait entier. Elle ne semblait pas se rendre compte de la présence des autres clients ni du décor champêtre autour d’elle ni du brouhaha des conversations animées.

Cette femme avait tout pour réussir, la prestance, une allure sophistiquée, elle n’avait sûrement aucune difficulté pour rencontrer des hommes. Je l’imaginais avocate; elle se trouvait dans ce coin perdu pour un entretien d’embauche, le café se situant face à un cabinet d’avocats. C’était une fille de la ville pour sûr, de la grande ville, de Bordeaux peut-être.

Elle habite un appartement cossu dans un quartier huppé, décoré à la dernière mode zen, peu encombré, vivant seule avec son compagnon à quatre pattes, un chihuahua qu’elle considère comme un bébé. Quand elle rentre chez elle, elle s’affaire sur son ordinateur ; c’est une accroc au travail. A peine rentrée du bureau, elle continue jusqu’à une heure tardive ; elle ne peut pas s’empêcher.

Elle ne prend pas le temps de boire un verre de temps à autre avec ses amies, jamais le temps. Pas le temps non plus pour une vie sentimentale épanouie. Elle ne veut pas s’engager ni fonder de famille, trop prenant. Elle désire avant tout rester maîtresse de sa vie, ne dépendre de personne, car elle est ambitieuse et seule l’ambition la nourrit. Elle vise un haut poste, qui pourra la mener dans les plus hautes sphères de la politique. Elle l’a toujours voulu, elle y arrivera, elle est née pour ça. Elle tient tout éloigné d’elle dans cet unique but, y compris sa famille, à laquelle elle rend visite de loin en loin.

Elle est toujours vêtue élégamment ; il faut tenir son rang, bien paraître aux yeux des autres, ne jamais baisser la garde. Avec elle, les apparences ne sont jamais trompeuses.

J’en étais là de mes réflexions, imaginant la vie de cette femme, quand elle se leva brusquement et disparut. Pourquoi en avais-je décrit un portrait plutôt désagréable ? Etait-ce l’image qu’elle me renvoyait ou étais-je jalouse de ce qu’elle représentait ?”

 

Etape 17: imaginer les causes

 

Cet exercice dure aussi 30 minutes. Pour ce faire, cherchez une dizaine de photos de personnages sur Inernet ou dans des magazines, en faisant attention à varier les styles, les regards ou les postures.

Ensuite, regardez attentivement et imaginez en quelques lignes ce qui vient de leur arriver. Inventez la raison de leur physionomie…Tout est permis…

J’ai fait cet exercice avec un seul personnage. Voici le résultat:

 

 

“Jonathan vient de se marier. Il a déjà dit ‘oui’ à sa promise. Il se demande s’il n’a pas commis une grave erreur. Il étouffe dans cette salle de réception; il a besoin de prendre l’air, seul.

Il s’était promis de refouler tous ces sentiments étranges qui étaient venus l’assaillir au cours des semaines précédant le mariage. Il se demandait bien pourquoi c’était venu comme ça. Il n’en avait pipé mot à personne, encore moins à sa future femme.

Cela l’avait perturbé au point de rompre le mariage, mais il n’avait pas osé à la dernière minute. “C’était des trucs de film, ça” en avait-il conclu. 

Jonathan, le jeune marié, n’aime pas être contraint, ni subir le joug administratif, comme cela avait été le cas ce jour. Cela aurait du être le plus beau jour de sa vie. Ca l’était pour Sandrine, sa femme désormais, mais sûrement pas pour lui. Il avait accepté pour lui faire plaisir. Lui aurait voulu que chacun vive de son côté, en se voyant le weekend uniquement. 

Il avait vu tellement de situations négatives sur le mariage, à commencer par ses propres parents qui s’étaient entredéchirés pour leur divorce. Il avait l’impression amère d’être tombé dans un piège à rats. Quelle force allait-il trouver au fond de lui pour paraître heureux et finir cette horrible journée et accomplir son devoir conjugal dans les règles de l’art?

 

Etape 18: un premier jour

 

Pour relater vos histoires, comme pour préparer un bon plat, il vous faut de bons ingrédients. Lire peut vous aider à trouver l’inspiration. Lire les journaux papier ou numériques, notamment les faits divers originaux, peut devenir une source d’inspiration notoire.

Pour l’exercice de votre ‘ premier jour’, qui durera 30 minutes, vous allez raconter votre premier jour d’école. Ou si vous ne vous en souvenez pas, vous raconterez votre premier jour de collège, de fac ou professionnel.

 

 

Voici mon essai:

Je ne me souviens pas de mon premier jour d’école maternelle. J’avais quatre ans, et j’attendais sûrement ce jour avec impatience. L’école n’était pas encore mixte: les filles et les garçons ne se mélangeaient pas. L’école se situait en face de chez nous; aussi, le bâtiment ne m’effrayait pas car je le voyais tous les jours. 

J’aurais sans doute mis une petite blouse, comme cela se pratiquait dans les années 60. Ma mère m’aurait fait des petites couettes avec mes cheveux très fins, et cela n’auvait pas tenu pendant les récréations, car j’aurais trop couru sans doute. Je me croyais grande déjà, mais je m’étais sentie immédiatement dans mon élément. L’école, en ce premier jour, était devenue mon second foyer. 

Je n’aurais sûrement pas versé de larmes à l’heure de quitter ma mère, contrairement à elle sans doute. J’étais trop contente de me faire des copines, de voir d’autres visages, d’écouter la maîtresse avec dévotion. J’aurais sans doute dessiné, écouté une histoire ou deux, joué à quelques jeux éducatifs pour passer cette première journée en douceur. “

 

Etape 19: le catalogue d’images

 

Laure d’Astragal conseille de découper, dans des magazines, des photos, des images qui suscitent en nous une émotion. Il convient de construire un réservoir d’images.

Elle suggère de laisser émerger une émotion positive et négative pour chaque image, de les écrire dessous, en prenant soin d’utiliser une couleur différente.

 

Impression positive: ce domaine est magnifique et il donne envie d’aller y vivre.

Impression négative: le jardin est trop grand et l’entretenir deviendra une corvée au fil du temps.

 

Etape 20: le catalogue de faits divers

 

N’hésitez pas à prendre note ou à découper tous les faits divers inattendus, drôles, percutants ou séduisants. Ces petites rubriques s’avèrent être une vraie mine d’informations cocasses, souvent étonnantes.

 

 

Beaucoup d’écrivains commencent une grande histoire inspirée par deux lignes de faits divers, lues dans la rubrique des ‘chiens écrasés’ par exemple.

 

Etape 21: l’éveil des sens -l’ouïe

 

Dans cet exercice, vous allez raonter une expérience sensorielle. Listez du vocabulaire ayant trait à l‘ouïe. Ensuite, rédiger entre 15 et 20 lignes et en 30 minutes, en racontant une expérience relative à l’audition en utilisant le vocabulaire trouvé.

Je ne choisis que certains mots pour écrire mon texte:

Le vocabulaire autour du sens de l’ouïe:

  • oreille
  • pavillon
  • oreille interne/externe
  • lobe
  • tube auditif
  • tympan
  • trompe d’Eustache
  • osselets
  • marteau
  • enclume
  • étrier
  • cirumen
  • bouchon
  • nerf auditif
  • cure-oreille
  • oreillons
  • surdité
  • sourd
  • autiste
  • écouteux
  • sourdaud
  • dresser l’oreille
  • remuer l’oreille
  • être à l’écoute
  • entendre
  • acoustique
  • bruit
  • etc.

 

“J’attrapai les oreillons à l’âge de neuf ans, en pleine canicule de juillet. Eté gâché d’avance. La maladie me fit souffrir au-delà du raisonnable pour la petite fille que j’étais alors. J’avais mal aux oreilles du matin au soir. Cela se transforma en quelque chose de virulent, de sirupeux, comme un bouchon de cirumen qui dégoulinait de la trompe d’Eustache dans laquelle il se réfugiait. Je sortais voilée le peu fois que j’étais autorisée à le faire, un foulard bien attaché autour de mes deux oreilles pour les protéger des courants d’air. Ca tapait dedans, comme un marteau sur son enclume; ça rougissait, ça gonflait, le feu se répandait dans mes lobes, au point de devenir sourde. Les bruits arrivaient de loin en loin, comme écrasés par une force supérieure. Mon tube auditif s’était restreint à l’essentiel: quelques sons, pas de bruit intempestif, sous peine de hurlement de douleur. J’avais l’impression qu’on m’arrachait les oreilles internes aussi bien qu’externes. Tout résonnait là-dedans comme dans une caisse de résonance. J’avais l’impression qu’on m’écrasait mes deux appendices aux courbes parfaites, si joliment dessinés. Le tout dura un mois, un long mois où je dus m’occuper comme je le pus. A la suite de ce mal, je me trouvai fragilisée, craignant d’être devenue quelque peu sourde.”

 

En guise de conclusion

 

L’imagination se nourrit de tout, des sensations, des ressentis, des impressions, des rencontres.

L’émotion est le moteur de l’écriture. Il convient de se constituer une banque d’imagination, selon les terms de Laure d’Astragal. Il est nécessaire de noter tout ce qui possible; d’où l’intérêt d’avoir un petit carnet toujours à disposition.

Elle conseille aussi vivement d’écrire, d’écrire encore, dès que nous avons un moment, pour écrire en tout lieu, à tout moment. L’énergie créatice a besoin de carburant pour démarrer et poursuivre son chemin. Ce n’est pas qu’une question de volonté.

L’imagination est un muscle qu’il faut entretenir!

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

lucette smits · 10 septembre 2019 à 14 h 50 min

Ça, c’est sûr que tu as tout de suite aimer aller à l’école. On connaît la suite…
Aujourd’hui, ton blog est toujours très intéressant à lire et à mettre en pratique

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