Crédit photo: journals.openedition.org

Voici une thématique que je n’ai pas encore abordée dans mon blog consacré à l’écriture sous toutes ses formes. Et pourtant. Par lieux fermés, j’entends les lieux où les personnes sont enfermées contre leur volonté et privées de leur liverté d’agir à leur guise, comme en prison ou dans les hôpitaux psychiatriques. Je ne suis pas là pour juger les motifs qui ont conduit ces personnes dans ces lieux fermés. Ce qui m’intéresse, c’est de traiter des bienfaits de l’écriture dans ces lieux fermés.

Il est bien connu que l’écriture peut aider à prendre de la distance avec des événements qu’on a provoqués ou qu’on a subis. Quand cela est possible, ça rend les prisons et les hôpitaux psychiatriques plus humains, à mon sens. Il existe des ateliers d’écriture dans ces lieux. Malheureusement, souvent ils cessent faute de moyens ou de bonne volonté.

L’écriture a des fonctions cathartiques et peut ramener la paix intérieure quand un tumulte s’est abattu sur une personne. Les gens enfermés ont un besoin réel et profond de s’exprimer. Donner la parole à des “enfermés” à qui on ordonne de se taire généralement leur fait beaucoup de bien. Les mots leur parlent comme à nous.

Ecrire en prison

La romancière Sophie Cherer a participé à un atelier d’écriture de plusieurs séances à la prison de Metz en 2021. A la fin de chaque exercice d’écriture, elle n’hésite pas à lire sa production. L’écriture en milieu carcéral participe à la réinsertion des détenus, quel que soit le motif de leur incarcération. Leur donner la possibilité de s’immerger dans le processus d’écriture leur fait entrevoir un autre monde. Pour certains, c’est la première fois qu’ils sont confrontés aux mots d’aussi près.

Souvent, ces projets sont initiés par les enseigants de la prison. Chaque centre de détention a un ou plusieurs enseignants. Ces ateliers d’écriture permettent de travailler concrètement le vocabulaire, de réinitier des gens qui s’étaient éloignés de la langue française, tout en apportant un aspect culturel riche.

L’écriture en prison vise à développer et à renforcer l’estime de soi, par le biais de la littérature également. Certains détenus poursuivent cette quête, d’autres abandonnent, car les mots ont un impact, vous le savez, et il n’est pas toujours facile d’aller au-delà quand des vies ont été fracassées.

Crédit photo: resize.marianne.net

L’animatrice de l’atelier d’écriture dans la prison de Metz a poussé les détenus participants dans leurs retranchements. Elle a fait prendre conscience du choix des mots, a interrogé la ponctuation, a encouragé les courtes productions. Elle a valorisé les textes écrits et les détenus se sont racontés pour la première fois. Elle a semé une petite graine que certains ont saisi. Elle a montré comment chacun avait son style, sa patte, sa façon d’écrire qui lui était personnelle.

Ces ateliers d’écriture ont permis aux détenus d’aller à la rencontre d’eux-mêmes. Pour la première fois, certains ont réussi à écrire et à dire certaines choses, comme d’écrire à leur père, ou se sont confiés. Dans leurs écrits, il est souvent question d’amour et de réconciliation. En tout cas, tout le mondé a partagé et échangé, joué avec les mots. Les détenus participants ont découvert cette capacité enfouie, parfois méconnue, de s’exprimer par l’écrit en sortant du cadre pour mieux se rapprocher de sa propre identité, pour mieux aborder la question de l’expression et de l’action, d’interroger le sens des mots, leur utilisation et leur histoire.

L’animatrice a redonné de l’importance aux mots, et comme les détenus, au cours de leur histoire, les mots ont évolué. L’écriture peut ainsi rappeler à chacun qui il-elle est, d’où il-elle vient et de quoi il-elle est fait.

Sophie Cherer – Crédit photo: youtube.com

Ecrire pour échapper à la prison

Les détenus sont aussi des personnes curieuses, ouvertes et comme tout le monde, ils ont besoin d’être dans la création, d’être dans le partage comme cela est possible avec un atelier d’écriture. L’écriture peut devenir un véritable voyage au-delà du temps et de l’espace. Ils apprennent et se libèrent, plutôt que de regarder la télévision passivement. L’écriture leur permet de s’évader et de partir un peu dans l’imaginaire.

Un atelier d’écriture en prison est aussi tourné vers l’avenir, la réinsertion. Maîtriser l’écriture représente aussi un travail sur soi important. L’écoute du groupe est essentielle, comme le partage. Apprendre à avoir des idées, des critiques, des avis sur le travail des autres, sans porter aucun jugement est une étape essentielle. Cela leur permet de s’ouvrir aux autres et d’en apprendre un peu plus sur eux-mêmes.

Les ateliers d’écriture réapprennent aux détenus à réécrire, compétence primodiale pour une réinsertion réussie, ne serait-ce que pour écrire à sa famille. L’écriture représente un lien avec l’extérieur non négligeable. C’est une mission culturelle et artistique, en premier lieu, mais aussi une mission sociale.

Crédit photo: bibliotheque-paris.fr

L’exemple de la prison d’Angoulême en Charente

Au quartier des femmes du centre de détention d’Angoulême en Charente, Séverine Frugier a mis en place un atelier d’écriture et elle est attendue avec une grande impatience. Les détenues sont très productives et sont ravies de participer à des concours d’écriture dédiés aux prisons. Elles ont une revanche à prendre sur les hommes: elles sont beaucoup plus volontaires.

Les détenues de la maison d’arrêt d’Angoulême participent à un concours d’écriture de la Fondation M6. L’écriture, après une expérience assez longue, leur permet d’exprimer leurs émotions et de perfectionner leur français dans le cadre de l’enseignement en prison.

Les détenus hommes participent aussi à cet atelier d’écriture. À la question : quel est ton mot préféré de la langue française ? La réponse de Sergio est surprenante, mais pas dénuée de sens. Avant lui, son père et son grand-père étaient chauffeurs routiers. Pourtant, ce n’est pas dans la cabine d’un poids lourd que l’on rencontre Sergio, mais dans une salle de classe de la maison d’arrêt d’Angoulême. Il participe avec trois autres détenus au cours de Séverine Frugier, enseignante à temps plein à la maison d’arrêt depuis 9 ans.

Crédit photo: charentelibre.fr

Quand l’écriture sort de la prison…

Des écrivains connus participent régulièrement à des ateliers en prison. En 2022, l’écrivaine à succès Delphine de Vigan a aidé des femmes détenues à la maison d’arrêt de Roanne à écrire un recueil “Histoires de femmes”, fait de pensées intimes et de réminiscences, paru aux éditions Robert Laffont. Ce recueil est composé de 220 pages et a été écrit par 17 détenues. C’est à la fois un journal intime, une bouteille que certaines ont lancée à la mer, un concentré de fulgurances, de pensées intimes, de recettes de cuisine, de douceurs adressées à un enfant, de souhaits pour plus tard.

Crédit photo: liberation.fr

La Fondation du Groupe M6, en partenariat avec l’Education nationale et l’Administration Pénitentiaire, a lancé en 2022, pour la 7e année consécutive, le concours d’écriture national “Au-delà des lignes”. Entre métrople et outre-mer, les personnes détenues de 45 établissements pénitentiaires ont pris la plume autour du thème “Empreinte(s)”.

Le concours répond à une ambition forte : replacer le plaisir au cœur de la lecture et de l’écriture pour des personnes en rupture avec les mots, tout en oeuvrant à la résinsertion des personnes détenues. Avec 20,2% des personnes détenues échouant au bilan de lecture proposé à l’entrée en détention, beaucoup de personnes détenues ne maîtrisent pas suffisamment cette compétence de base pour être autonomes dans la vie quotidienne.

Révéler leur potentiel, raviver le goût d’apprendre, tout en favorisant la pratique de la langue française apparait comme un moyen nécessaire pour favoriser leur réinsertion dans la société civile. Si pour certains la lecture est un moyen d’évasion, pour d’autres l’écriture est un outil de liberté. Il s’agit de donner la plume à celles et ceux qui ne la prennent jamais et de partager leurs mots au-delà des murs.

Chaque année, le concours se déroulera en 3 temps :

  • Des ateliers d’écriture, durant lesquels les détenu(e)s seront accompagné(e)s par une cinquantaine d’enseignants de l’Education Nationale,
  • Une rencontre est organisée dans chacun des établissements entre les participants et des auteurs ou des journalistes membres du jury. Un temps fort du concours !
  • La sélection des textes par des jurys régionaux et le choix des lauréats par un jury national: les prix sont décernés lors d’une cérémonie qui se tient en juillet dans l’un des établissements pénitentiaires participant, en présence des lauréats.

Vous l’avez bien compris: ce genre d’initiative permet de lutter contre l’illettrisme. On oublie trop souvent que savoir lire et écrire correctement est une compétence pourtant nécessaire à l’autonomie dans la vie quotidienne et au retour à l’emploi. Face à ce constat, le concours Au-delà des lignes a pour ambition de raviver le goût de la lecture et de l’écriture, tout en favorisant la pratique de la langue française. L’autre ambition est de favoriser le lien dedans-dehors pour changer le regard sur la prison.

Un exemple en hôpital psychiatrique

Une jeune femme, Valérie Valère, en 1978, alors âgée de 15 ans, raconte dans un récit bouleversant, “Le Pavillon des enfants fous”, la réalité de sa vie en isolement. C’est une gamine accidentée, internée en hôpital psychiatrique à l’adolescence et chaque jour, elle crache sur le papier le souvenir terrible et humiliant de son hospitalisation

J’ai préféré vous proposer des extraits du livre de Valérie Valère, plus parlant que de grandes théories.

En guise de conclusion

La thématique de cette semaine est une thématique quasiment jamais proposée pour un article de blog traitant de l’écriture. C’est plus ou moins tabou. Je ne renie aucunement ce que ces femmes et ces hommes ont fait pour être détenus. Je leur accorde le droit de s’améliorer et de trouver par la suite leur place dans notre société.

Les pouvoirs de l’écriture vont bien au-delà de notre propre personne. Je reste persuadée que l’écriture transcende les êtres, les relie au-delà de nos croyances. Les mots s’envolent dit-on, mais une fois envolés, où partent-ils?

Il m’est souvent arrivé de penser et d’écrire certaines choses sur des gens que j’apprécie ou pas. Il s’avère, très fréquemment, que les personnes en question ont reçu, d’une manière ou d’une autre, mes mots. Je ne suis pas magicienne, ni sorcière, ni chamane, ni je ne sais quoi. La transmission de pensées existe bel et bien et nous dépasse. L’écriture fait aussi partie de ces mystères inexplicables.

Mes livres pour vous aider à mieux écrire

UN GUIDE POUR VOUS AIDER A ECRIRE DANS UN ATELIER D’ECRITURE … OU POUR VOUS

Dans ce guide, vous trouverez toutes mes propositions d’écriture de mon blog pour l’année 2019.

Je joins des conseils, des ouvertures possibles pour chaque consigne, des idées, des liens vars des auteurs.

Bien sûr, je vous livre mes textes que j’avais proposés en 2019, non remaniés.

Mon guide, c’est à chaque page des pépites pour vous faire avancer sur le chemin de l’écriture. Lire des conseils pendant des années, c’est bien. Mais, à un moment donné, il faut se jeter à l’eau. Je suis persuadée qu’on apprend plus en lisant les textes des autres qu’à suivre de sempiternels conseils.

Je vous propose ce guide MON ATELIER D’ECRITURE à un prix défiant toute concurrence! Vous le trouverez en vente sur toutes les plateformes en ligne. Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire.

Ecrire, vous en avez envie, mais tout seul, le chemin est plus long et ardu. Mes guides ne peuvent que vous aider à franchir certains obstacles, par lesquels je suis moi aussi passée!

LA VERSION 2020 DE MON GUIDE ATELIER D’ECRITURE ARRIVE BIENTOT…

ET AUSSI MON GUIDE POUR ALLER MIEUX …EN SUIVANT DES HABITUDES QUI ONT PROUV2 LEUR EFFICACITE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

Suivez-Moi sur les réseaux

  • merci pour cet article. En le lisant me revient en mémoire les livres de Caryl Chessman, condamné à mort et exécuté au USA.

  • {"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}
    >