Crédit photo: motscles.net

C’est tout bête: on apprend à écrire en écrivant. Que de fois j’ai écrit cette maxime depuis la création du blog il y a 6 ans. Mais il est nécessaire de répéter les évidences. Pour écrire, il est souvent conseillé de lire, d’écrire bien sûr, de regarder, d’observer, d’écouter les autres et de vivre. Quand on ne se sent pas bien dans sa vie, il est compliqué d’inventer une histoire qui tienne la route. Pour écrire, les problèmes doivent rester derrière la porte.

L’écriture appartient à tout le monde. Elle n’est pas juste destinée à quelques élus. Quelques élus rencontrent un lectorat et le succès, c’est ainsi. Mais tout le monde peut écrire. La Sécurité Sociale devrait d’ailleurs nous rembourser cette thérapie, au lieu de rembourser certains médicaments nocifs pour notre santé et qui nous rendent dépendants. Tout ce qui contribue à notre bien-être devrait être remboursé, au lieu d’attendre qu’on soit malade.

Ecrire est un moyen d’expression et de création que chacune-chacun peut utiliser et développer, pour de multiples raisons. Toutes les raisons sont bonnes pour se mettre à écrire. Aucune n’est supérieure à une autre.

Pour écrire cet article, je me base sur le livre d’Eva Kavian, “Ecrire et faire écrire”.

J’ai déjà largement évoqué les raisons qui nous poussent à écrire dans divers articles. Mais il est bon de faire des piqûres de rappel de temps à autre. Pourquoi avez-vous envie d’écrire? Depuis quand? Que voulez-faire exactement? Le désir d’écrire vient forcément de quelque part. Il est bon d’essayer de l’analyser. Car écrire permet permet des rencontres, notamment avec soi-même.

Quand on commence à écrire, on se transforme, on évolue, on devient une autre personne, on se découvre, on s’enrichit, on évolue. On déploie ses ailes en écrivant, on prend des risques, on ose, on s’affirme, on prend confiance en soi, on franchit des obstacles, on réfléchit, on observe, on pense. L’écriture nous pousse en avant et on ne regarde plus jamais en arrière.

Un écrivain, c’est une personne qui regarde, qui écoute, qui s’écoute, qui apprend à regarder autrement, qui exprime ce qui trotte dans sa tête, qui s’exprime tout court, ce qui lui donne de la joie, ce qui le peine. Une personne écrit pour EXISTER autrement.

Personne ne peut avancer dans son écriture sans lire ce que d’autres autrices-auteurs ont écrit. Pour écrire, il est important de lire, encore et toujours. On commence à écrire parce qu’on a adoré écouter des histoires petit, parce qu’on a adoré écouter la maîtresse nous raconter des histoires, souvent pour nous calmer.

J’ai passé ma jeunesse et mon adolescence à dévorer les livres tout le temps. C’était mon loisir. Je n’en n’avais pas d’autres. J’aurais voulu pratiquer des activités, mais mes parents n’en avaient pas les moyens. Alors, j’ai lu. J’ai fait corps avec tous les personnages que je lisais. Ils devenaient mes amis, puisqu’en dehors de l’école, je ne voyais guère les copines qui étaient en chair et en os. Mes amis de papier comblaient ma solitude. J’ai grandi avec eux et ils me l’ont bien rendu. Mes plus grandes joies dans la vie (en dehors de mes enfants) sont issues des romans que j’ai lus.

J’ai toujours aimé imaginer des histoires, mais pendant très longremps, elles n’ont pas dépassé le stade de mon cerveau. Car c’est un sacré grand pas que de les coucher sur le papier. Quand je me trouve dans un lieu, j’observe beaucoup, et ensuite, j’imagine la vie des gens en cet instant T. Les pouvoirs de l’imagination sont fascinants.

Elia Kavian-Crédit photo: facebook.com

L’écriture a cela d’intime qu’on écrit dans son coin, sans forcément montrer aux autres notre production. C’est notre part secrète. C’est une sacrée liberté en somme. Ecrire, c’est être hors du temps, quel que soit le cours du monde, ou la météo. On se met dans notre bulle, dans notre refuge et on laisse les mots se déverser. C’est un bonheur insondable.

Ecrire, c’est s’autoriser à dire ce qu’on veut, sans jugement. On est avec soi face à soi. C’est un moment privilégié qu’on ne raterait pour rien au monde. C’est notre jardin secret. Anne franck ne s’y est pas trompée avec Kitty, son cher journal, qu’elle a commencé alors qu’elle se cachait avec sa famille à Amsterdam pour fuir la répression nazie. Elle a pu exprimer une partie de ce qu’elle ressentait en tant qu’adolescente.

Ecrire, c’est aussi prendre du temps pour soi, ce précieux temps derrière lequel on court en permanence, dans ce monde qui va très vite, trop vite. C’est se déconnecter des écrans, revenir à une vérité enfouie au fond de nous. C’est aussi appuyer sur le bouton ‘pause’ l’espace d’un instant et quel bien cela nous fait! C’est rester attentif à ce que l’on fait, rien que quelques minutes dans la journée.

L’écriture est primordiale pour Cristilla Pellé-Douel, journaliste chez Psychologies Magazine et autrice de “Ces livres qui nous font du bien” (2017). “Ce qu’on écrit n’est pas ce que l’on dit, c’est autre chose qui se produit. Il y a un phénomène particulier qui intervient à ce moment-là. On est souvent surpris de ce qui remonte à la surface”. Pour Nayla Chidiac, docteur en psychopathologie clinique, écrire revient à se mettre en condition. Il faut se dégager du temps libre pour cette activité et se mettre à fond pendant le temps imparti. Elle explique qu’une séance d’écriture se rapproche d’une séance de méditation. “Il y a la notion de mettre de l’ordre dans le chaos. Prendre une distance et pouvoir ensuite élaborer”. 

Quand on écrit, les mots qui sortent de notre esprit sont en lien direct avec notre cerveau, sans filtre, à l’état brut. C’est de l’or. Ecrire, c’est aussi un moyen de penser, tout en favorisant la clarté mentale. Dès que l’on a tendance à ruminer, on met le mental en surchauffe. Ecrire permet de refroidir la machine et de voir plus clairement ce qui est en jeu. La journaliste Cristilla Pellé-Douel parle de phénomène d’externalisation qui permettrait de se détacher et de prendre du recul face à nos émotions.

Ecrire permet de faire le point sur nous-même, de nous connaître davantage et donc de prendre place au milieu des autres. C’est une liberté, un jardin secret. On peut exprimer des choses interdites qu’on ne montrera jamais. C’est une sacrée liberté personnelle.

Quand on écrit, on fait exister une partie de nous qui n’existerait pas autrement. On écrit pour avancer vers soi-même, pour tenter de trouver des réponses, pour poser des questions, ou tout simplement pour le plaisir. C’est cette partie de l’écriture qu’on n’apprend malheureusement pas à l’école. L’écriture est un lieu pour l’intime, un endroit sacré, inviolable, rien que pour soi.

L’écrtiure est un moyen de résilience, notion si chère à Boris Cyrulnik. On libère ses tensions, ses émotions qu’on a tendance à enfouir au plus profond de nous. On libère la soupape qui pourrait lâcher autrement. Notre corps et notre mental agissent comme une cocotte minute. Si on ne laisse pas la vapeur d’échapper, les conséquences peuvent être néfastes pour notre santé. Ecrivons-nous pour traverser les chocs de la vie? Serait-ce une manière constructive d’avancer vers nous-mêmes? Vers une meilleure version de nous-mêmes?

Boris Cyrulnik- Crédit photo: ouestfrance.fr

Si je ne sais pas toujours pourquoi j’écris, je sais pourquoi je fais écrire dans mon atelier d’écriture que je propose gratuitement chaque semaine sur mon blog. Parce que l’imagination déployée par les écrivants me fascine. Parce que je suis persuadée que chacune-chacun a un talent, une voix particulière en écriture. J’aime participer à ce cheminement, j’aime le susciter et l’accompagner, du mieux que je peux.

Chaque semaine, je suis émerveillée à la lecture de chaque texte produit à partir d’une simple proposition d’écriture. Je suis émerveillée d’aller à la rencontre de tant d’imaginaires et je reste à l’écoute de chaque voix. Car chaque participante et participant a sa propre voix en écriture.

Alors, je suis persuadée que chacune-chacun de nous, avec nos bagages et nos limites, nous pouvons toutes et tous écrire, avancer dans notre écriture, nous nourrir de l’écriture et des histoires des autres. J’anime mon atelier d’écriture en distanciel pour toucher plus de monde qu’en présentiel et parce que l’écriture appartient à toutes et à tous, parce que la publication n’est ni la seule option ni la seule motivation. L’atelier d’écriture est un outil créatif et dynamique qui permet à chacune et à chacun de s’exprimer à sa façon, en affirmant son regard et son humanité et en acceptant celle des autres.

Qu’on anime ou qu’on participe à un groupe d’écriture, il en va de l’ordre de la magie de s’émerveiller des fins différentes qu’on peut lire à partir de chaque consigne. Le processus narratif permet des créations sans fin. Apprendre la concision, c’est-à-dire écrire avec une longueur limitée permet d’apprendre et d’évoluer. Ecouter ou lire les autres permet aussi d’évoluer dans son écriture et sur soi-même.

L’animateur d’un groupe d’écriture doit prôner la bienveillance comme premier ingrédient. Sans cette bienveillance, rien ne peut fonctionner. Le but n’est pas de détecter le futur Marcel Proust et de critiquer à tout va chaque production. Ce n’est pas le but d’un atelier d’écriture. Le but est avant tout de prendre du plaisir à écrire à partir d’une consigne et à écouter ou lire les autres.

Le deuxième ingrédient, c’est comprendre de quoi on parle avec la consigne proposée. En général, on part d’un élément et la créativité nous guide. On peut noter les idées, ou les laisser germer dans son esprit. Les consignes que je propose dans mon atelier d’écriture sont suffisamment larges et diversifiées pour titiller la créativité de chacun. Car tel est le but, tel est mon but en tout cas.

Pour faire écrire les autres, les consignes doivent être variées et ne doivent pas toujours être un incipit. Il est intéressant de laisser une certaine marge de manoeuvre aux écrivants. Si la consigne est trop cadrée, on prend le risque de retrouver le même contexte dans les histoires. Chaque écrivant devrait être capable d’expliquer les différentes étapes de sa création littéraire. Cette phase-là est tout aussi intéressante que l’histoire en elle-même.

Ce qui est également intéressant dans un atelier en présentiel, c’est de relever ce qui fonctionne bien dans un texte, ou ce qui est particulier. En posant des questions sur le texte, sur sa genèse, sur ce qu’en pense son auteur, l’animateur peut se faire alors une meilleure idée des difficultés et des limites du participant. Le temps de parole accordé à chaque personne peut devenir un moment intéressant et instructif pour tout le monde.

Ce qui est formateur, c’est de découvrir le processus de création de l’idée de départ jusqu’à l’aboutissement final de l’histoire, prête à être lue. En écriture, les textes se forgent dans l’effort, la sueur, le bonheur, parfois les angoisses et surtout avec toutes les questions du monde. La création littéraire est un vrai brasier, sans fin.

BLOG LA PLUME DE LAURENCE

La proposition d’écriture, qu’elle prenne appui sur des contraintes ou qu’elle tourne autour de jeux d’écriture motivants, vise le même objectif : faire écrire. Chacun se heurte à ce « faire écrire »-là, que cherche-t-on à faire écrire ? Pour moi, il s’agit de faire écrire pour entrer dans un processus créatif, écrire en explorant des formes, en expérimentant les rythmes et les sonorités de la langue, en oeuvrant pour permettre le surgissement d’univers personnels.

Lorsque je conçois mes propositions d’écriture, je triture, je modèle, j’assemble autour de certains objectifs que je me fixe. Parfois, je ne parviens pas à atteindre ce que je vise. Certaines propositions restent à la lisière et ne quittent pas mon dossier de propositions, à cause d’une contrainte manquante, d’une formulation qui manque de précision, d’un texte mal choisi. Si créer c’est chercher, chercher ne permet pas toujours de trouver.

Choisir une proposition d’écriture chaque semaine est en fait le début du processus créatif. Je ne propose que des propositions à partir desquelles je peux écrire moi-même. Je refuse les consignes d’écriture où on évoquerait trop de violence, ou en rapport avec le racisme ou la religion. J’ai déjà refusé de publier certains textes parce que la religion était trop présente. Ou j’ai enlevé des passages compromettants à mes yeux en informant au préalable la personne concernée. J’ai mis ces écrivants en garde en leur demandant de respecter mes principes.

Quand j’envoie la proposition d’écriture chaque jeudi, je ne sais rien des attentes réelles des participants à mon atelier. Je n’ai pas le temps de leur demander de formuler ces attentes. Certaines personnes ont déjà exprimé des attentes impossibles à satisfaire. Beaucoup voudraient que les uns et les autres fassent des commentaires sur les textes envoyés. Je lis déjà de 20 à 30 pages en général pour chaque proposition d’écriture et si en plus je dois intégrer tous les commentaires, y compris de celles et ceux qui n’écrivent pas forcément, la situation deviendrait vite ingérable pour moi.

En tant qu’animatrice de mon atelier d’écriture, je sais que je ne parviendrai jamais à combler les attentes de tous les participants. C’est la raison pour laquelle j’ai volontairement choisi de m’écarter de ces attentes et d’élaborer mon propre dispositif de propositions. Mon objectif est de toujours développer la curiosité et de développer un désir de creuser davantage la matière de l’écriture: tout ça, à partir d’une petite consigne de rien du tout.

Une fois les textes publiés le samedi sur mon blog 9 jours plus tard, chacune et chacun peut poursuivre sa quête personnelle, hors de l’atelier et se formuler des commentaires sur ce qu’elle ou il a lu. Ce que je cherche aussi à travers mes propositions d’écriture, c’est que j’essaie parfois de proposer des consignes qui vont surprendre, décaler, contraindre les intervenants à faire un pas de côté, fabriquer des dispositifs avec l’envie d’ouvrir des espaces peut-être insouponnés. Certains tentent l’aventure; d’autres se réfugient dans leurs stratégies habituelles et ça me va aussi. C’est à chacune et à chacun de tracer son propre sillon vers l’écriture!

Crédit photo: associations.aubervilliers.fr

C’est la confrontation des idées qui peut nourrir la réflexion de chacun. Mon but, avec mon atelier d’écriture, est d’apporter à celles et ceux qui veulent écrire un espace de liberté dans lequel chacune et chacun peut déployer ses ailes et son talent. Il y a tellement de plaisir dans l’écriture. Ne négligeons pas la force insoupçonnée de l’écriture.

Grâce à des ateliers d’écriture, certaines personnes, qui n’ont jamais écrit de leur vie, lèvent le verrou et donnent à partager leur monde et leurs richesses. Chaque semaine, ce partage que je permets est la plus grande des richesses à mes yeux. Ce partage de vies, de rêves, de peurs, d’humour, d’interrogation sur le monde: c’est de l’or à l’état brut, qui nous rend plus riches chaque semaine. Alors, MERCI à vous toutes et tous qui me faites la grâce de participer à mon atelier d’écriture!

Si vous voulez écrire et que vous n’osez toujours pas envoyer vos textes sur mon blog, sachez que personne ne vous juge et je publie les histoires envoyées anonymement. Je n’insère que le prénom, c’est tout. Il est vrai que se faire lire par les autres demande du courage, de l’abnégation et aussi de la confiance en soi. Alors, faites-vous confiance et confiez-moi vos textes. Si vous osez, ce sera une libération pour vous!


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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