Tout le monde pense à tort que le conte est réservé aux jeunes enfants.

D’emblée, oubliez les versions transformées de Walt Disney, qui s’est inspiré des contes traditionnels, mais en a proposé une version édulcorée pour son jeune public!

Le conte est un genre littéraire à part entière.

Au fil du temps, d’une tradition orale,  les contes traditionnels sont devenus des textes littéraires, rédigés par des écrivains.

Si vous preniez le temps de lire les versions originales des trois grands conteurs européens, Charles Perrault, Les frères Grimm et  Christian Andersen, vous seriez sans doute choqués par la version de certains contes, dont le Cendrillon  des frères Grimm.

Certains détails sont sordides, ou la fin malheureuse, comme dans La petite fille aux allumettes d’Andersen.

Le conte n’est pas spécialement destiné aux enfants seulement, mais il peut servir aussi à bien d’autres personnes, car il se révèle un outil intemporel, présent dans toutes les cultures, de tous temps et à toutes les époques.

Nous inventons des images, nous construisons en pensée des mondes irréels, nous avons des visions…

Cet imaginaire se retrouve dans les contes, entre autre.

Ces récits ont, de tous temps, accompagné les hommes. Ils nous aident à comprendre le monde.

Le conte est bien plus qu’une simple histoire! Il fait partie de la mémoire collective.

Toutes les civilisations ont inventé des contes pour faire rêver ou pour expliquer le monde.

 

 

L’origine des contes

 

Mythes, fables, histoires merveilleuses, contes: les hommes n’ont cessé de transmette des récits imaginaires, oralement, puis par écrit, depuis des millénaires, dans toutes les cultures et dans toutes les langues.

Tous ces textes ont en commun de raconter des événements qui ne sont pas réels. Mais, ils ont tous en eux une part de réalité.

Paradoxalement, ces récits de fiction sont également une manière de décrire le monde.

Dans les sociétés traditionnelles, jusqu’au XVIIe siècle, les contes sont destinés à un public adulte, rassemblé devant un conteur.

Puis, à partir de cette époque, le monde des salons apparaît et le conte merveilleux fait son apparition sous forme orale.

Historiquement, la féerie, la légende, le merveilleux expriment les espoirs et les peurs d’une communauté ou d’une société sans se limiter à un public jeune ou à une stratégie pédagogique particulière.

Le genre du conte s’est considérablement développé à La Renaissance.

Les écrivains européens se sont beaucoup inspirés des contes de Bocace, parus au XIVe siècle dans le Décaméron.

L’écrivain anglais, Geoffrey Chaucer,  a publié Les contes de Canterbury  au même siècle que Bocace.

A partir du XVIIe siècle, les contes deviennent progressivement un moyen d’enseignement.

En 1697, Charles Perrault s’inspire des récits populaires pour rédiger Les contes de ma Mère l’Oye, en insistant sur l’instruction morale qu’ils apportent.

 

 

 

Mais, qu’il soit issu d’une longue transmission orale ou né du talent d’un écrivain, le plaisir de l’imaginaire, offert par le conte, est une manière de témoigner des désirs et des craintes de l’homme.

 

Les caractéristiques du conte

 

Le conte est un récit court en prose.

Il pose un regard sur la réalité par le biais du merveilleux, de l’imaginaire et du fantastique.

Il est destiné à distraire, à instruire en amusant.

Le conte peut partir de la réalité, comme La Petite Fille aux allumettes d’Andersen  (avec une fin triste) ou nous plonger d’emblée dans un univers magique, comme La Petite Sirène du même auteur.

Le conte ne comporte pas d’unité de temps (une période unique), d’unité de lieu (un lieu unique) ou d’unité d’action (une seule action).

Les lieux, dans ces récits, nous font peur: la forêt sombre, peuplée de loups ou d’animaux dangereux, de personnes malfaisantes.

Dans le conte, l’auteur se permet tout, par le biais de l’imagination.

Les personnages, dans ce genre littéraire, sont schématisés.

Les héros et héroïnes des contes doivent faire face à des épreuves, affronter des ennemis, des forces opposées.

Les péripéties que les héros ou héroïnes traversent, ressemblent fort à des périples initiatiques, qui apprennent la vie, tout simplement.

Ces périples sont semés d’obstacles, parsemés sur le chemin du héros ou de l’héroïne, qui transforment le tout en quête.

Les héros ou héroïnes doivent trouver leur voie pour comprendre le sens de leur vie.

Dans le conte, nous rencontrons également des êtres effrayants, comme l’ogre du Petit Poucet, ou enchanteurs comme Le Chat Botté, tous deux écrits par Charles Perrault.

Certains personnages possèdent des objets magiques pour exercer leur pouvoir: la baguette magique de la fée dans Cendrillon, toujours de Perrault.

Nous assistons à des enchantements, des actes magiques comme le sortilège dans La Belle au bois dormant des frères Grimm.

Le conte peut contenir une finalité morale, voire philosophique.

A la fin, le monde perturbé dans l’histoire reprend un visage quotidien et normal.

Des êtres imaginaires -des fées, des sorcières, des ogres, des magiciens- peuplent ces récits.

Le monde y est manichéen, divisé en deux catégories: les bons et les méchants.

Les contes merveilleux opposent les forces du bien à celles du mal.

La victoire du bien fait de ces récits des exemples. C’est en cela que les contes ont une valeur éducative et donnent des conseils de vie.

Les contes proposent parfois des explications du monde et des phénomènes naturels.

Le conte débute par une phrase type: “Il était une fois…Il y avait une fois…Untel vivait…”.

Il se termine par une phrase type: “Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…Ils vécurent heureux..”.

Le schéma narratif du conte est typé:

  • au début, la famille est présente
  • ensuite, il existe une interdiction
  • bien sûr, cette interdiction est transgressée
  • puis, apparaît le manque ou le méfait
  • le héros poursuit sa quête, et donc subit des épreuves
  • un objet magique vient l’aider
  • la résolution permet au héros de trouver une solution
  • puis, c’est enfin la mariage, le trône ou la richesse.

 

Chaque pays a imaginé des propres contes, fondés sur ses traditions, ses légendes et son folklore.

Les contes ont ensuite voyagé et se sont inspirés les uns les autres.

En cela, ils constituent un patrimoine universel!

 

Les différents genres du conte

 

Il existe, bien sûr, le conte de fée, apparu au XVIIe siècle avec Charles Perrault et Madame D’Aulnoy.

 

Le cadre de vie est rêvé. Il existe peu de personnages, divisés entre les bons et les méchants.

Le propos est surtout éducatif.

 

Le conte philosophique a inspiré Voltaire au XVIIIe siècle, Zadig et Candide, en étant les plus parfaits exemples.

Les personnages sont familiers, vivent des situations proches du réel et subissent nombre de péripéties, qui font de ces contes, un voyage initiatique.

Ce conte est le porte-parole des conceptions philosophiques de l’auteur.

 

 

Le conte fantastique ressemble au conte de fées.

Il est apparu au XIXe siècle, pendant la période romantique. Les frères Grimm, Guy de Maupassant, Ernst Hoffmann, Propser Mérimée en sont les principaux représentants.

Il s’alimente d’une équivoque entre le réel et l’irréel, comme le Horla de Maupassant.

 

 

 

Le conte noir ou d’horreur  utilise la forme du conte tout en cultivant l’illusion du réalisme, et en s’inspirant des thématiques proches du cinéma de genre.

 

 

Le conte étiologique est un récit qui explique un phénomène de la vie ordinaire (pourquoi les oiseaux ont-ils des ailes?) en le rapportant à une origine mythique ou fictive.

C’est un type de récit très fréquent dans la tradition orale.

Beaucoup d’écrivains se sont saisi du genre, tels que Ovide ou Rudyard Kipling.

 

 

Le conte plaisant ou facétieux, quant à lui, veut tout simplement amuser le lecteur.

 

 

Le conte satirique veut amuser aussi le lecteur, mais aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose.

Ce conte vise à ridiculiser l’adversaire ou le héros.

 

 

De nos jours, les écrivains se tournent plutôt vers le conte de science-fiction.

 

 

 

Pourquoi le conte séduit-il toutes les générations?

 

Le conte séduit le jeune lecteur par son atmosphère merveilleuse.

Mais, il est aussi une source d’inspiration pour de nombreux artistes et théoriciens.

Le Petit Chaperon rouge inspire au cinéaste Luc besson une publicité pour Chanel.

 

 

 

Le Petit Chaperon rouge inspire aussi les publicitaires pour une publicité de ….lessive!

Oui, vous avez bien lu: la lessive Lénor au eu recours à ce conte pour sa dernière campagne publicitaire, qui passe actuellement sur les écrans!

 

 

Le voyage de Gulliver  de Jonathan Swift devient Un château dans le ciel, un film de Hayag Miyazaei.

S’inspirant de Charles Perrault, le musicien Maurice Ravel compose Ma Mère L’Oye, une oeuvre pour piano, qu’il transforme ensuite pour un ballet.

Les Contes d’Hoffmann, inspiré de l’auteur du même nom, est un opéra fantastique créé par Jacques Offenbach en 1851.

Par ailleurs, les éléments qui composent les contes sont une source d’études pour la psychanalyse qui y découvre l’expression symbolique de désirs inconscients.

Bruno Bettelheim a écrit son célèbre ouvrage paru en 1976, Psychanalyse des contes de fées.

Selon l’auteur, ce livre a été écrit pour aider les adultes, et plus spécialement ceux qui ont charge d’enfants, à comprendre l’importance des contes de fées.

 

 

 

 

 

L’imaginaire, présent dans l’univers des contes, est à l’origine de nombreuses créations artistiques.

Il guide la technique de tout artiste dans la réalisation d’une oeuvre.

Dans les contes, l’écrivain dispose de mots, ceux qui servent à chacun à communiquer, nommer et décrire  le monde, mais il les détourne de cet usage afin de jouer sur leurs sonorités et leurs formes.

 

La force du conte

 

Les forces du mal sont toujours éliminées à la fin du conte.

Ce récit permet à tout lecteur de suivre l’évolution d’un personnage, auquel il s’identifie.

Ce héros est inexpérimenté au début.Nous savons tous qu’il doit trouver sa voie et trouver sa place.

Dans le conte, la force émotionnelle est puissante.

Le loup, dans Le Petit Chaperon rouge,  finit  par avaler la grand-mère et la petite fille.

Quand mes fils étaient petits et que je leur lisais ce conte, cette étape ne leur faisait pas peur.

Ils réclamaient sans cesse toutes sortes de contes. Les enfants vivent dans l’imaginaire et ne sont pas effrayés, outre mesure, par les détails, qui pourraient nous paraître sordides.

Ils écoutent le conte avec leur âme d’enfant.

Le conte n’est pas une légende. C’est bel et bien un récit basé sur la vie d’un personnage, issu de l’imagination d’un auteur.

L’imaginaire ne fuit pas le réel, mais le produit et l’enrichit.

La puissance du conte réside aussi dans le fait que nous transmettons ces histoires à nos enfants et petits-enfants.

Le conte a une puissance transgénérationnelle. Il relate les mêmes histoires d’une génération à l’autre.

Le conte devient alors mémoire et participe à la construction de l’identité.

Le conte est un outil utilisé comme un exercice de thérapie en psychologie.

Le conte a une fonction thérapeutique. Depuis la nuit des temps, les contes font partie de la vie des hommes.

 

 

Bruno Bettelheim découvre que les contes de fées, sans le savoir, utilisent le modèle psychanalytique de la personnalité humaine.

Pour lui, les contes traditionnels jouent un rôle important dans la construction de “moi” chez les enfants.

Ils adressent des messages importants à l’esprit conscient, préconscient et inconscient, quel que soit le niveau atteint par chacun.

Les contes de fées ont une action particulière parce qu’ils décrivent les états internes de l’esprit au moyen d’images et d’actions.

Continuez à lire des contes à vos enfants et empruntez ces récits à la bibliothèque!

 

 

En guise de conclusion

 

Vous aurez compris que le conte puise aux sources de la vie quotidienne, depuis la nuit des temps.

Ces histoires appartiennent  au patrimoine de l’humanité.

N’hésitez plus et faites vous plaisir en vous replongeant dans ces histoires!

Il existe toutes sortes de contes. Le genre n’est pas suranné, comme nous pourrions le penser.

Beaucoup d’auteurs se lancent dans l’écriture de contes, même à notre époque!

Les vieux contes ont toujours la côte! Ils sont en permanence adaptés pour des séries ou des films.

La série télévisée américaine “Once upon a time” en est un parfait exemple, dans lequel se mêlent tous les personnages de contes.

Alice au pays des merveilles a été maintes fois adapté.

Et que dire des opus Shrek, qui ont connu un grand succès?

Et du succès de La Reine des neiges?

Même si Charles Perrault reste le père fondateur de tous ces récits imaginaires, notre XXIe siècle est peuplé de héros aussi.

Les super-héros sont toujours adulés par tous. Ils sont aussi présents dans les jeux vidéos et continuent d’exister dans les mondes virtuels.

Ils appartiennent toujours au domaine du rêve. Ils sont célèbres grâce à leur musique, à leur film. Ce sont des modèles!

Même avec les nouvelles technologies, l’informatisation tous azimuts, la forte médiatisation, le conte existe toujours, transformé, certes, mais toujours vivant et continuera d’exister pour longtemps!

Du moins, j’ose l’espérer!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

lucette smits · 30 octobre 2018 à 15 h 56 min

Toujours u!n très gros travail de recherche, et toujours aussi agréable à lire pour apprendre…

beatrix bouillon · 11 mai 2019 à 14 h 43 min

Je suis en train d’écrire un roman sous forme de “conte” … l’article m’intéresse doublement … merci beaucoup Laurence !

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