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Les écrivains ont toujours été de grands visionnaires. Ce qui nous arrive depuis l’épidémie du corona virus était prévu de longue date par les romanciers et les cinéastes. A quoi sert la littérature finalement? A réfléchir. A décrypter. A comprendre. A anticiper. A changer le monde.

Les écrivains visionnaires officient dans la littérature de l’imaginaire, pour laquelle j’ai rédigé deux articles récemment sur ce blog. C’est en mouvement de manière incessante. Cette littérature se nourrit d’abord de ce qui existe pour inventer des mondes ou des sociétés à venir.

On a tort de considérer avec mépris et rejet ces genres littéraires de l’imaginaire. Ils sont extraordinaires d’imagination bien sûr, mais aussi d’inventions, de visions, d’intelligence, de décryptage de la société, de la politique, de l’humain, de l’économique, etc.

C’est quoi être un écrivain visionnaire?

Un écrivain visionnaire a sûrement une intuition forte d’un monde à venir, proche ou éloigné, qui a ses origines dans une réflexion rationnelle et somme toute pragmatique. La fiction s’inspire de la réalité. Après, on peut parler de coïncidences, d’intuitions, de déductions, de hasard. Peut-être.

Nous vivons dans des sociétés mouvantes, où les changements sont rapides. Les progrès accomplis récemment deviennent vite démodés. Cela offre une panoplie infinie et divertissante pour les écrivains visionnaires. Tout un chacun se prête au jeu d’imaginer l’avenir, le futur, et d’autant plus à notre époque avec des sujets dont on nous rabat sans cesse les oreilles dans les médias: la crise écologique, le changement climatique, le terrorisme, l’écart des richesses entre les pays riches et pauvres, les épidémies, la croissance, l’intelligence artificielle, etc. C’est du pain béni pour les écrivains visionnaires. Ils ont devant eux une palette incroyable de sujets.

Crédit photo: francetvinfo.fr

Soyons honnêtes envers nous-mêmes: nous sommes friands de scénarii catastrophes. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Edgar Allan Poe, fin XIXe siècle, a décrit, démocratisé et placé dans ses récits des phénomènes surnaturels, livrant le secret de l’humanité.

A la même époque, les écrivains exploraient des voyages dans le passé, des sous-marins, des fusées pour explorer la Lune, des transferts psychiques. C’était considéré comme de la folie il y a un siècle. Pourtant, beaucoup de ces inventions de papier ont vu le jour depuis. Un auteur visionnaire se sert de son environnement pour l’analyser et pour projeter ensuite ses vérités qu’il estime cohérentes dans un monde inventé de toutes pièces. Ces vérités deviendront réelles ou pas: seul l’avenir le dira!

Un écrivain visionnaire n’imagine pas son futur monde dans une boule de cristal, ni dans du marc de café, et encore moins dans un jeu de tarot divinatoire. Sa réflexion est rationnelle, intelligente. Le talent de l’écriture fait le reste. Et la rencontre, un jour, avec la réalité, est fortuite …ou pas.

H.G Wells– Crédit photo: greelane.com

Le roman n’est pas qu’un simple exercice littéraire. C’est assurément l’élaboration physique et matérielle d’une vision. L’anticipation d’un jour peut devenir la réalité un autre jour.

La littérature peut-elle prédire l’avenir?

La question se pose devant le nombre important d’écrivains qui, d’Oscar Wilde à Virginia Woolf, ou de Marcel Proust à Franz Kafka (entre autres), anticipent sur les événements majeurs de leur existence: rencontres, accidents, disparitions. Ces écrivains se semblent pas marqués par ce qui s’est produit dans le passé, mais par ce qui leur arrivera demain. Une partie de la littérature, et pas forcément de l’imaginaire ou de l’anticipation, puise son inspiration dans le futur.
En réalité, il existe peu de recherches sur les capacités de la littérature à annoncer l’avenir. C’est pour pallier à ce grand vide que Pierre Bayard s’est lancé dans la rédaction d’une trilogie sur l’anticipation littéraire et artistique:

  • Demain est écrit (2005)
  • Le Plagiat par anticipation (2009)
  • Le Titanic fera naufrage (2016)

Pierre Bayard invite le lecteur à réfléchir sur les paradoxes de la littérature, à nous en faire percevoir des dimensions cachées. Il appuie la thèse que des écrivains pourraient puiser leur force d’écriture dans le paranormal, qui utiliseraient des forces que nous ne connaissons pas, mais qui trouvent place dans l’imagination des auteurs.

Vous pourriez penser que Pierre Bayard est un illuminé. Il est professeur à l’université Paris VIII et psychanalyste de surcroît. Il explore des pistes pour lire la littérature sous de nouvelles facettes. Pour tout auteur, écrire est une expérience psychique.

Dans la première partie de son ouvrage, Pierre Bayard recense un certain nombre de cas étranges, pour lesquels il semble que des événements qui ne se sont pas encore produits historiquement se sont d’une certaine façon produits psychologiquement pour les écrivains, l’écriture en porte la marque. Parmi les exemples qu’il examine, il y a le cas des rencontres amoureuses, chez certains auteurs qui donnent le sentiment d’avoir raconté à l’avance ces rencontres ; le cas des accidents, éventuellement mortels ; le cas des suicides ; le cas de la folie. Dans la deuxième partie de son ouvrage, l’auteur rend compte des étranges prémonitions littéraires.

Pierre Bayard – Crédit photo: babelio.com

Dans son troisième ouvrage, “Le Titanic fera naufrage”, Pierre Bayard évoque le roman “Futility (la naufrage du Titan” par Robertson en 1898, dans lequel un navire nommé Titan, jugé lui aussi ‘insubmersible’, sombre dans l’Atlantique Nord après avoir heurté un iceberg. L’auteur décrit, 14 ans avant le fatidique accident que nous connaissons, un bateau dont les mensurations ressemblent de façon troublante à celles du Titanic, jusqu’au manque de canots de sauvetage qui sera fatal à tant de passagers.

Quant à William Thomas Stead, il est l’auteur d’une nouvelle publiée en 1886 intitulée “Comment le navire postal fit naufrage au milieu de l’Atlantique – Récit fait par un survivant. Comme le Titanic, ce navire sombre à la cinquième nuit de sa traversée, et le plus hallucinant est que Stead mourra lui-même… à bord du Titanic!

C’est que la loi de Murphy, selon laquelle «tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera inévitablement mal à un moment ou à un autre», est souvent à l’œuvre chez ces auteurs prescients.

«Si la loi de Murphy intéresse la réflexion sur la création littéraire, c’est que l’écrivain, comme l’ingénieur soucieux de penser à toutes les éventualités, est naturellement porté à imaginer le pire», écrit Bayard.

«Cette prise en compte du pire est la moindre des choses que l’on attend d’un créateur, dont le travail psychique consiste à s’extraire du cours normal et attendu du monde pour imaginer toutes les situations possibles, y compris les plus graves, que la propension de l’esprit humain à dénier la réalité ne prédispose pas à regarder en face. Si les écrivains ont une fonction d’éveil, c’est bien parce qu’ils acceptent de voir avec un temps d’avance ce à quoi leurs contemporains ne tiennent pas à être confrontés.»

Ainsi, le monde aurait peut-être évité bien des malheurs s’il avait su détecter la menace totalitaire dans l’œuvre de Kafka, par exemple, ou s’il n’ignorait pas la catastrophe climatique annoncée dans “Sans dessus dessous, un roman inconnu de cet auteur qui a visé juste si souvent dans son œuvre. Jules Verne, qui a deviné à l’avance le sous-marin (Vingt mille lieues sous les mers) ou le voyage dans l’espace (De la Terre à la Lune).

Pierre Bayard nous informe qu’il existe forcément des «anticipations dormantes» ou latentes dans une foule d’œuvres qui ne se sont pas réalisées encore. Donc, tout ce que nous avons lu de plus terrifiant dans les livres n’est peut-être qu’un petit aperçu de ce qui nous attend. De quoi relire La route de Cormac McCarthy avec encore plus de sueurs froides…

Crédit photo: amazon.fr

Trois écrivains visionnaires

On ne présente plus Jules Verne, ce romancier prolifique et explorateur, rêveur des profondeurs océanes ou souterraines, ou créateur d’un monde lunaire. Il a emprunté nombre de chemins imaginatifs, scientifiques et poétiques pour faire rêver ses lecteurs. L’influence durable de l’œuvre de Jules Verne tient sans doute à ce qu’elle touche à la part d’enfance de chaque individu.

Jules Verne est le plus grand inventeur de romans d’aventures.  Une écriture empreinte d’un tel imaginaire, qu’elle suscitera près de 300 adaptations au cinéma. Par ailleurs, il est l’auteur français le plus traduit de par le monde.

Crédit photo: Time Life Pictures- Getty

Romain Gary évoque le caractère, selon lui irréversible, du processus de destruction de notre planète, tandis que la conversation se poursuit autour de son roman “Les Racines du ciel” qui traite de la protection de la nature, des éléphants, et plus généralement des espèces animales et humaines.

Si “Les Racines du ciel “ a pour vocation de tirer la sonnette d’alarme écologique, ce roman n’en est pas moins le plus optimiste de Gary. Au milieu des années 1950, il l’écrit pour dénoncer l’absurdité et les monstruosités des comportements humains à l’égard des milieux naturels. Il l’écrit car il pense encore pouvoir mettre en garde sur la destruction de notre environnement. Près de vingt ans plus tard, Romain Gary déplore le manque d’attention qui a été prêté à son message. Il ne croit plus pouvoir concevoir d’œuvre similaire, car pour lui, il est trop tard. Et c’est inquiet qu’il envisage cette fin de XXe siècle. 

Romain Gary – Crédit photo: istra.fr

L’écrivain revient sur les raisons pour lesquelles il devient de plus en plus pessimiste en regard des désordres du monde. Issu d’une génération née durant la Première Guerre mondiale, engagé au cours la Seconde, diplomate au moment de la constitution du bloc soviétique, Romain Gary fait le constat d’une époque marquée par les aberrations politiques, auxquelles s’ajoutent l’explosion démographique et la catastrophe écologique. L’humanité souffrirait d’un empoisonnement idéologique et environnemental, dont elle serait à la fois coupable et victime. 

Pour beaucoup d’entre nous, George Orwell, célèbre auteur de “La Fermes des animaux” et “1984”, apparaît désormais comme une vigie, un phare dans notre monde qui part dans tous les sens. Il avait mis en garde contre les dangers de la manipulation du langage et du totalitarisme.

L’œuvre de George Orwell, “1984“, est considérée comme l’un des récits les plus étrangement visionnaires. Des drones qui surveillent des passants en Chine en pleine épidémie de coronavirus, ça se passe en 2020. Plus près de nous, il suffit de se rendre à la Défense à Paris pour être plongé dans un univers “orwellien”. Des caméras de vidéo surveillance sont installées à chaque coin de rue, reliées à des centres en sous-sol aux multiples écrans.

Lorsque George Orwell décrit cet univers dans “1984″, son roman le plus connu, la télévision n’existe pas encore. “Orwell est plus actuel aujourd’hui qu’en 1984, car quand on écrit de l’anticipation, c’est très difficile de prendre la mesure du temps que les évolutions sociétales vont prendre”, explique Isabelle Jarry, écrivaine. L’auteur britannique est d’abord un journaliste qui s’est engagé pleinement dans son époque. Il tire de ses expériences des romans et des essais une satire du totalitarisme.

Crédit photo: amazon.fr

George Orwell – Crédit photo: unesco.org

Assez curieusement, mais cela se comprend aisément, George Orwell est plus populaire de nos jours qu’à son époque.

En guise de conclusion

Il faut être voyant”, recommandait Arthur Rimbaud. Les exemples d’écrivains visionnaires sont nombreux dans la littérature. J’aurais pu citer Jonathan Swift, Arthur C.Clarke, Oscar Wilde, Emile Verharen, Franck Herbert, Edward Bellamy, H.G Wells, Martin Caidin, Aldous Huxley et même Charles Dickens. Je pourrais aussi parler d’œuvres cinématographiques cultes, comme la saga “Star Wars”.

Tous ces écrivains qui ont décrit ou décrivent le futur de l’humanité sont-ils des médiums ou de simples visionnaires? En ce qui me concerne, je suis toujours admirative des pouvoirs extraordinaires de l’imagination des écrivains.

Comme nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, les écrivains nous envoient des messages à travers leurs œuvres. A nous de les lire et de les décoder…si nous le pouvons!

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