Non, je ne vais vous dévoiler aucun secret. Je ne suis pas devenue non plus une paparazzi pendant mon été. Et je n’ai pas côtoyé d’écrivain pendant les vacances. A mon grand regret, dois-je l’avouer!

Rien de tout cela. Je vais vous parler, dans cet article, du roman de Guillaume Musso, paru aux éditions Calmann-Lévy en 2019, “La vie secrète des écrivains“.

Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue de ce roman, qui est géniale à mes yeux. Brillante même. Mais, l’écrivain à succès évoque, à travers ce thriller original, la vie des écrivains et le pourquoi de l’écriture. Il distille, à vrai dire, des réflexions, par le biais de ses personnages, sur son domaine professionnel, ce qui est jouissif.

J’ai divisé cet article en parties, plus ou moins longues correspondant aux diverses réflexions lues au fil des pages. Je ne mettrai donc pas entre guillemets toutes les citations.

Qui est Guillaume Musso?

Ce romancier français au succès international est né en 1974 à Antibes. Il est devenu professeur d’économie après ses études, pendant quelques années. Ses livres au succès retentissant dans le monde entier sont traduits en 40 langues, parfois adaptés au cinéma.

Guillaume Musso

Très jeune, Guillaume Musso se prend de passion pour la littérature et consacre tout son temps libre à dévorer les livres de la bibliothèque municipale où travaille sa mère.

C’est grâce à un concours de nouvelles proposé par son professeur de français qu’il découvre le bonheur de l’écriture. A partir de ce moment-là, il ne cessera plus d’écrire.

Guillaume Musso est un auteur populaire et fier de l’être. Il a été couronné du prix Pulitzer. Dans ce roman, “La vie secrète des écrivains”, il se glisse dans la peau d’un écrivain à succès, et grâce à l’intrigue, le lecteur pénètre un peu dans les coulisses du monde de l’édition ou de la création littéraire.

Il est quand même surprenant que ce domaine de la création littéraire, qui nous fascine tant, donne si peu matière à des thrillers et autres fictions. Ce thriller est divertissant, se laisse avaler goulûment et mérite le détour. Le style de Guillaume Musso est simple et efficace. Il signe là une oeuvre singulière qui va au-delà de son style habituel.

L’intrigue de “La vie secrète des écrivains”

Dans ce roman, se mêlent tragédies, meurtres sanglants et deuils. Les pages embarquent le lecteur dans des émotions profondes, mais sans tomber dans les clichés. L’auteur sait cibler l’essentiel, ce qui prouve l’étendue de son talent.

Grâce à une écriture raffinée et bienveillante, l’intrigue se révèle sombre et haletante. Deux visions d’écrivains s’opposent: celle d’un jeune écrivain en herbe, Raphaël, naïf et passionné d’écriture, en opposition à Nathan Fawles, écrivain à succès avec trois romans, qui n’écrit plus depuis vingt ans et qui vit reclus dans sa grande propriété située sur une île non loin de Porquerolles dans le Var.

Les deux personnages vont se retrouver, bien malgré eux, en plein milieu d’un polar et d’une vengeance familiale sanglante. Ce livre allant au-delà du polar, Guillaume Musso nous livre une vision plus personnelle du personnage de l’écrivain, de son personnage public et c’est assez bouleversant.

Bien sûr, comme dans tous ses romans, Musso nous parle d’amour. Dans ce roman-ci, c’est une histoire d’amour entre un écrivain et son écriture, une histoire tumultueuse, passionnelle, voire destructrice parfois.

J’ai passé un bon moment de lecture, assez addictif par l’intrigue, qui offre des rebondissements de qualité vers l’indicible vérité. Dès le départ, le mystère et l’addiction s’installent et ne vous lâchent jusqu’au dernier mot. Vous vous accrocherez à ce roman avec force et envie.

Au travers des énigmes qui sont peu à peu dévoilées au lecteur, le jeu de piste prend forme dans une trame cohérente. Les rebondissements sont intéressants, inattendus, pertinents et nombreux jusqu’au bout.

L’imbrication de plusieurs thèmes sur une intrigue centrale donne corps et force à ce thriller au fur et à mesure que cette dernière se déroule. A chaque chapitre, ce sont de nouvelles hypothèses qui balaient les précédentes et qui remettent toute l’histoire en cause.

Mais, au-delà de l’aspect du thriller, Guillaume Musso propose ici une introspection du métier d’écrivain et de journaliste, et par logique, le rôle du lecteur. La forme proposée est des plus savoureuses. On peut avoir l’impression que l’écrivain nous livre un regard sur lui-même et sur le monde, quelque peu ironique par ailleurs.

Il se permet de juger, voire de critiquer cette société et c’est fort intéressant. Comme une sorte de pied de nez ou de revanche à tous ses détracteurs, sans doute jaloux de son succès international! Peut-être Guillaume Musso règle-t-il ses comptes à certains, et il aura bien eu raison!

Ne cherchez pas de grandes phrases à la Proust ni de grandes descriptions à la Balzac dans ce roman. La lecture est fluide et rapide, sans prise de tête. Musso a construit une intrigue en forme de puzzle.

Les ateliers d’écriture

Le jeune écrivain en herbe du roman, Raphaël, a l’impression pernicieuse de ne plus progresser dans son écriture, l’impression de ne plus savoir où aller. Il s’est inscrit à un cours de “creative writing” organisé par une prestigieuse maison d’édition.

L’écrivain au renom passé insiste sur le fait que le travail d’un écrivain doit porter sur la langue et non sur l’histoire, le récit n’étant là que pour servir la langue. Pour lui, un livre ne peut avoir d’autre but que la recherche de la forme, du rythme et de l’harmonie. C’est la seule originalité possible.

Raphaël a déboursé 1000€ pour cette leçon d’écriture qui l’a désargenté et mis en colère. Il pense d’ailleurs le contraire: le style n’est pas une fin en soi. La première qualité d’un écrivain est de savoir captiver son lecteur par une bonne histoire.

Le talent de l’écrivain

Raphaël est passionné par Nathan Fawles, l’écrivain de renom dans le roman. Car il pense que les livres de ce dernier parlent de lui, de sa relation aux autres, de la difficulté à tenir le gouvernail de sa vie, de la vulnérabilité des hommes et de la fragilité de l’existence. Ces livres lui donnent de la force et décuplent son envie d’écrire.

Raphaël a essayé de décortiquer les romans de Nathan Fawles pour en découvrir le secret. Même en lisant à l’aveugle, il suffit de parcourir une page d’un de ses livres pour savoir que c’était lui qui l’avait écrite. Là est la véritable marque du talent.

Le problème avec les gens et les livres, c’est qu’ils essaient de faire dire à un livre ce qu’il ne dit pas. Ça, c’est aussi un grand malentendu. Certains écrivent des thèses sur certains livres.

Un écrivain peut se sentir prisonnier de son roman à succès. Ne pas avoir de succès peut s’avérer dramatique, mais en avoir aussi.

La vraie littérature

Le libraire dans le roman, affirme que la littérature n’est pas un divertissement, mais un art. Il s’érige en juge pour décider ce qui est de la littérature et ce qui n’en est pas. C’est d’une prétention sans bornes, pense Raphaël.

Pour ce personnage secondaire, les vrais lecteurs sont ceux qui consacrent beaucoup de temps à lire des livres sérieux. Donc, il y en a très peu. Pour lui, nous entrons dans un désert littéraire. Tout le monde veut être écrivain et plus personne ne lit…

La carrière et la vie d’un écrivain

Ecrire, c’est avoir les fesses rivées sur une chaise et le regard rivé sur un clavier. “L’art est long et la vie est brève”, dit le romancier à succès du roman, Nathan Fawles.

Ecrire est difficile et source d’angoisse. L’écriture possède un côté irrationnel: il n’y a pas de méthodes, pas de règles, ni de parcours fléché. Quand un auteur commence un nouveau roman, c’est le saut dans l’inconnu. Il conseille même à Raphaël de faire autre chose de sa vie que de devenir écrivain.

Aucun conseil n’a rendu un écrivain meilleur. Personne ne peut apprendre aux autres à écrire. C’est quelque chose que nous devons apprendre seul. D’ailleurs, l’existence d’un romancier est le truc le moins ‘glamour‘ du monde. L’écrivain mène une vie de zombie, solitaire et coupée des autres.

Le pire, c’est que le romancier devient accro à cette existence parce qu’il donne l’illusion, avec son stylo et son clavier, d’être un démiurge et de pouvoir rafistoler la réalité. Un écrivain n’écrit pas pour l’argent ou pour les filles.

Ecrire structure ses journées, certes, mais c’est un travail harassant et de longue haleine. Devenir romancier n’est pas un boulot pour les gens sains d’esprit. C’est un boulot pour les schizophrènes. Une activité qui requiert une dissociation mentale destructrice: pour écrire, le romancier doit être à la fois dans le monde et hors du monde.

Lorsqu’un romancier écrit, il ne vit pas avec sa femme, ses enfants ou ses amis. Ou plutôt, il fait semblant de vivre avec eux. Sa véritable existence, il la passe avec ses personnages pendant un an, deux ans, cinq ans…

Romancier, ce n’est pas un boulot à mi-temps. Quand on est romancier, on l’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n’a jamais de vacances. Il est toujours sur le qui-vive, toujours à l’affût d’une idée qui passe, d’une expression, d’un trait de caractère qui pourrait venir nourrir un personnage.

Mais, ça vaut le coup de devenir écrivain. Parce que, pendant un moment, on est Dieu. Pendant un moment, devant son écran, l’écrivain est un démiurge qui peut faire et défaire les destinées. Quand un romancier a connu cette euphorie, il n’y a rien de plus exaltant.

L’écriture structure la vie d’un auteur et ses idées. Elle finit souvent par mettre de l’ordre dans le chaos de l’existence. Un romancier se sent le moins mal derrière son bureau. Sauver sa peau en alignant des mots sur un clavier: c’est un défi que le romancier relève.

Le problème, c’est que le romancier vit dans son roman, et qu’il peut devenir un personnage de ce roman. Un romancier peut devenir accro à ces moments où la fiction contamine la vie.

De l’importance des livres

Pendant l’enfance ou l’adolescence, les livres peuvent devenir de vraies bouées de sauvetage. Ils permettent d’endurer la médiocrité et l’absurdité du monde qui nous entoure. Grâce aux livres, le lecteur se construit une citadelle intérieure.

On aime tant lire, non pas pour fuir la vie réelle au profit d’un univers imaginaire, mais pour revenir vers le monde transformé par nos lectures. Plus riche de nos voyages et de nos rencontres dans la fiction et désireux de les réinvestir dans le réel.

Les livres ne sont pas toujours des vecteurs d’émancipation. Les livres sont aussi facteurs de séparation. Les livres n’abattent pas seulement des murs, ils en construisent. Plus souvent qu’on ne le croit, les livres blessent, brisent et tuent. Les livres sont des soleils trompeurs.

Le succès des écrivains

Le succès d’un écrivain repose sur un malentendu, surtout au-delà de 30.000 exemplaires. L’important, c’est que le livre plaise au lecteur. Le lecteur est important. L’écrivain écrit pour lui. Mais, chercher à lui plaire à tout prix est le meilleur moyen pour qu’il ne lise pas le livre.

L’inspiration de l’écrivain

Nathan Fawles, le romancier à succès dans le roman de Guillaume Musso, vivait quelque chose d’intéressant, donc, il avait envie de le cristalliser dans l’écriture d’un roman.

L’essentiel, c’est la sève qui irrigue l’histoire. Celle qui doit posséder le romancier et le parcourir comme un courant électrique. Celle qui doit lui brûler les veines pour qu’il ne puisse plus faire autrement que d’aller au bout de son roman comme si sa vie en dépendait.

C’est ça, écrire. C’est ça qui fera que le lecteur se sentira captif, immergé, et qu’il perdra ses repères pour se laisser engloutir par l’histoire.

Un roman, c’est de l’émotion, pas de l’intellect. Mais, pour faire naître des émotions, il faut d’abord les vivre. Il faut que l’écrivain ressente physiquement les émotions de ses personnages. De tous les personnages: les héros comme les “salauds“.

Ecrire requiert de la force psychologique. Il faut avoir la disposition d’esprit, l’agilité mentale que nécessite l’écriture. La vie est un roman.

Le mensonge des écrivains

En prétendant raconter la vie dans leurs romans, les romanciers mentent. Le vie est trop complexe pour être mise en équation ou pour se laisser enfermer dans les pages d’un livre. Elle est plus forte que les maths ou que la fiction. La fiction, c’est techniquement du mensonge.

Un écrivain est un professionnel du mensonge.

L’angoisse de l’écrivain

Les éditeurs et le monde de l’édition

Les éditeurs sont des gens qui voudraient que l’écrivain soit reconnaissant quand ils lui disent en deux phrases ce qu’ils pensent de son livre, alors qu’il a trimé deux ans pour le faire tenir debout.

Ce sont des gens qui déjeunent jusqu’à quinze heures dans les restos de Midtown ou de Saint-Germain-des-Prés pendant que l’écrivain se brûle les yeux devant son écran, mais qui l’appellent tous les jours s’il tarde à signer leur contrat.

Des gens qui aimeraient être Max Perkins ou Gordon Lish, mais qui ne seront jamais qu’eux-mêmes: des gestionnaires de la littérature qui lisent des textes à travers le prisme d’un tableau Excel.

Des gens pour qui l’écrivain ne travaille jamais assez vite, qui l’infantilisent, qui savent toujours mieux que lui ce que veulent dire les gens ou ce qui est un bon titre ou une bonne couverture.

Des gens qui, une fois que l’écrivain aura connu le succès – souvent malgré eux-, racontent partout qu’ils l’ont “fabriqué”. Les mêmes qui disaient à Simenon que Maigret était “d’une écœurante banalité” ou qui ont refusé Carrie ou Harry Potter.

En guise de conclusion

Je vous ai livré, dans cet article, les notes que j’ai prises suite à ma lecture de “La vie secrète des écrivains”. J’ai bien aimé toutes les réflexions sur les écrivains et l’écriture, car ça rejoint tout ce que je peux écrire dans ce blog sur cette thématique et ce que je pense aussi d’ailleurs.

C’est un fait: on peut tout se permettre quand on écrit des histoires. Guillaume Musso fait dire tout ça à ses personnages. Mais, je suis sûre qu’il y a beaucoup aussi de ses réflexions personnelles à travers les voix de ses personnages.

Quand je lis un livre, je fais fi de tous les commentaires et critiques de ci de là pour me forger ma propre opinion. Les critiques littéraires ou les autres lecteurs n’ont pas à s’arroger le droit de devenir des juges -plutôt souvent négatifs d’ailleurs- pour influencer les autres.

Mon objectif était de vous faire partager une certaine vision du monde de l’écriture, à travers un roman…tout simplement!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

lucette smits · 9 septembre 2020 à 10 h 04 min

Quel bonheur que de lire de si belles phrases venant de toi.
Je suis persuadée que toi aussi tu as l’étoffe pour un jour passer de l’autre côté. C’est à dire que des lecteurs lisent un jour, l’une de tes créations…

    Laurence Smits · 10 septembre 2020 à 8 h 06 min

    Tout ce que j’ai écrit dans ce article provient du roman “La vie secrète des écrivains”. Je rends à César ce qui appartient à César…

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