Avec 10 millions de livres vendus dans le monde, traduits en 40 langues, Joël Dicker, écrivain suisse de 35 ans, fait partie du cercle des écrivains francophones à succès.

Avec un arrière-grand-père politicien, un père libraire, une mère professeure de français et après des études de droit à l’université de Genève, Joël Dicker a d’abord été attaché parlementaire au parlement suisse.

Mais, déjà très tôt, l’écriture a fait partie de sa vie. A 10 ans, il a fondé “La Gazette des animaux”, une revue sur la nature qu’il a dirigée pendant 7 ans. Il a ensuite écrit des nouvelles, puis un premier roman en 2010, “Les Derniers Jours de nos pères”.

“La vérité sur l’affaire Harry Quebert”, vendu à 5 millions d’exemplaires, l’a fait connaître au grand public. Il a reçu le grand prix du roman de l’Académie française et le prix Goncourt des lycéens.

Les ingrédients de base de Joël Dicker

Joël Dicker se lève à 4 heures du matin pour commencer à écrire. Il se sait très créatif à l’aube, dans ce moment calme, où personne ni aucun bruit ne peuvent venir perturber son processus créatif. Ce moment est unique pour lui. Tout est calme, personne n’est là pour le déranger. Il peut être dans son monde, libre.

Beaucoup d’écrivains commencent à écrire très tôt dans la journée, car comme Joël Dicker, ils aiment cette atmosphère particulière du matin. C’est peut-être une bonne habitude à prendre en tant qu’écrivain. Bien sûr, cette façon de faire ne convient pas à tout le monde, mais elle peut être un bon moyen de se concentrer sur l’écriture sans distractions pour trouver son inspiration.

L’écriture a toujours fait partie de la vie de l’écrivain suisse. Même quand il était étudiant en droit, il écrivait tous les jours, tout comme il jouait de son instrument de musique aussi. Ecrire n’était pas le métier auquel il se destinait. Il aurait souhaité devenir musicien professionnel, batteur professionnel. A vrai, il avoue lui-même qu’il n’a pas réussi à en faire ce qu’il voulait dans ce domaine.

Il dit lui-même qu’avec l’hérédité qui le caractérise, il ne pouvait que devenir écrivain. C’était une évidence. Il dit, aussi loin qu’il s’en souvienne, avant même de savoir lire et écrire, qu’il a toujours eu envie de raconter des histoires. Il s’est mis à l’écriture, de par sa passion pour la lecture.

Joël Dicker explique qu’il a écrit un roman chaque année pendant ses études de droit. Ils ont tous été refusés par les éditeurs. Il a donc écrit cinq livres avant qu’un éditeur accepte de le publier.

Il explique l’importance d’échouer. Ce sont ces cinq échecs qui ont donné envie à l’écrivain de persévérer dans l’écriture, plutôt que de continuer le droit où il n’avait subi aucun échec. Il a appris de ses échecs. Il en a tiré un enseignement, contrairement à ses réussites.

Il préfère rendre l’échec vertueux, pour faire comprendre que c’est un projet qui peut amener à un échec, mais cela ne constitue pas un échec pour la personne. A ses yeux, échouer permet de se poser les bonnes questions à propos de ce que l’on fait et de ce que l’on aime faire.

Pour l’écrivain suisse, l’échec engage la responsabilité de chacun. Il ne faut pas avoir peur de se tromper, d’échouer ou de s’engager sur une mauvaise voie. Même si un choix paraît déraisonnable ou que personne ne vous pousse à emprunter tel chemin, il faut prendre cette responsabilité, à savoir ce qui vous correspond vraiment.

Le principe de base de son écriture

Joël Dicker affirme partout qu’il ne fait aucun plan quand il commence à écrire un nouveau roman. Il ne connaît pas la fin de l’histoire au début, ni ne connaît le coupable du meurtre en question.

C’est apparemment la méthode qui lui convient le mieux, malgré les multiples intrigues, les nombreux rebondissements et la longueur assez conséquente de ses romans. Il découvre l’histoire au fur et à mesure qu’il écrit. Il commence son histoire le matin avec une envie.

Il commence son livre sans trop savoir ce qui se passe. En agissant ainsi, il cherche à installer une relation avec son lecteur. Par sa plume, il cherche à guider les lecteurs dans leur processus créatif.

Joël Dicker instaure une sorte de jeu avec le lecteur. Il cherche à ce que ce dernier soit pris dans l’engrenage de l’intrigue pour ne pas en sortir. Ceci, afin de créer un sentiment très agréable et très fort.

Pour Joël Dicker, ce “jeu” entre l’auteur et le lecteur est le versant le plus intéressant de l’exercice. Il affirme que la nécessaire adhésion du lecteur l’implique de fait dans la création.

“Tout ce qu’un lecteur vit quand il lit un roman, il le crée lui: il peut décider de tout, il peut décider d’aller à l’encontre de ce qu’un auteur dit. Il peut décider que le décor n’est pas comme ça, que ce personnage est plus comme-ci. Il peut refermer le livre en disant ‘moi je n’y crois pas, ça ne me plait pas’.”

Ecrire ce qui lui plaît

Si Joël Dicker ne fait pas de plan avant de commencer son roman, c’est parce qu’il a besoin de ne pas savoir ce qui va arriver. Il aime écrire de la même façon qu’il lit: en étant surpris, en découvrant des choses à chaque page et en vivant l’histoire.

Nous pourrions dire que son écriture est guidée par l’envie et l’intuition. Il se nourrit du plaisir qu’il a à écrire et à inventer une histoire. C’est en cela que réside sa motivation.

Aucun écrivain ne peut savoir à l’avance s’il sera lu. C’est la raison pour laquelle l’écrivain suisse écrit tout d’abord pour lui, pour son plaisir d’écrire.

Pour lui, écrire, c’est un terrain de jeux extraordinaire, car tout est possible. Le succès correspond au plaisir qu’il a eu à mener un projet à sa fin. “La vérité sur l’affaire Harry Quebert” est le premier roman qu’il a écrit avec un réel plaisir personnel.

La première chose qui est indispensable à Joël Dicker, c’est d’avoir envie de sacrifier un bout de sa vie pour ce long et lent processus de création qu’est l’écriture. Pour son dernier livre “L’Enigme de la chambre 622”, il a travaillé douze heures par jour pendant près de trois ans.

L’écrivain est excité de continuer le roman en se demandant, tous les jours, ce qui va arriver à ses personnages.

Le choix des personnages

Dans les romans de Joël Dicker, tous les personnages sont importants. Ils ont, en général, un rapport de près ou de loin avec l’intrigue principale. Le lecteur apprend de nouvelles choses sur eux, au fur et à mesure des chapitres. Plus le lecteur avance, plus il comprend leur profondeur et qui ils sont vraiment.

Le point de départ de chacun des romans est toujours l’un des personnages principaux. L’écrivain crée des personnages et voit ensuite comment ils évoluent et réagissent dans les situations qui surviennent dans le livre.

Les personnages, dans les romans de Joël Dicker, sont donc les fondements et le point de départ de ses histoires.

Le début de roman

Pour commencer son roman, Joël Dicker conseille d’écrire un prologue. C’est un élément de l’histoire que l’auteur décide de mettre au début, pour accrocher le lecteur.

L’accroche, justement, c’est ce qui va permettre d’emmener le lecteur avec soi. Il faut non seulement accrocher le lecteur, mais aussi et surtout le garder avec soi.

Il est alors nécessaire qu’il se passe quelque chose de suffisamment fou pour le harponner, l’idée étant de trouver une succession d’événements complètement dingue. Il faut même générer un agacement, mais aussi donner des réponses satisfaisantes pour créer une relation de confiance et de récompense, qu’il ne faudra jamais trahir.

Ainsi, le lecteur aura envie de continuer avec l’auteur. Tout ce qui se passe doit avoir une raison d’être. C’est un savant dosage et un mécanisme. L’écrivain construit ainsi son suspense.

Les trucs de Dicker pour écrire un bon roman policier

Disséminer des indices

Une des tâches difficiles pour un auteur de romans policiers, c’est d’arriver à disséminer des indices ça et là, qui sont à la fois évidents, sous les yeux de chacun, mais que personne ne voit pour que, à des moments dans le livre, et si possible plusieurs fois, le lecteur se dise: “Mais, ce n’est pas possible!. C’était sous mes yeux, et je ne l’ai pas vu”.

C’est en général un sentiment plaisant pour le lecteur. Le petit truc de Joël Dicker est de cacher les indices après coup. Il ne faut pas se creuser la tête sur le moment. Il faut écrire le roman peu à peu. A mesure que l’écrivain se rend compte des différents passages, des moments de suspense, des différentes clés qui apparaissent pour l’auteur, il faut revenir en arrière discrètement et vous insérez un indice à tel endroit, noyé dans le reste. Il y a le mot ou la phrase qui dit tout, qui sont passés inaperçus au milieu du reste.

Ne pas avoir de plan

Vous l’aurez compris, Joël Dicker aime écrire sans plan. Cela lui donne l’impression d’une liberté totale, de ne pas être enfermé dans un cadre, de ne pas avoir besoin de suivre un schéma précis.

Cette technique lui permet d’imaginer ou de penser à des éléments auxquels il n’aurait pas pensé, de revenir en arrière et de modifier autant de fois qu’il le souhaite.

Il n’aime pas l’idée de passer énormément de temps à créer un plan, pour s’obliger ensuite à le suivre à la lettre. Il préfère se laisser guider par son envie. Cette technique demande plus de temps et de travail. Et l’auteur peut se rendre compte au bout de 50 pages qu’il faut les retrancher. Pour lui, ce n’est pas grave, car justement, il n’a pas passé six mois ou un an à créer un plan.

Soigner l’atmosphère

Un bon roman policier est un roman qui, avant tout, a une atmosphère, qui a quelque chose qui permet au lecteur de s’installer durablement dans le livre et qui n’est pas forcément lié au crime, ni forcément lié à l’intrigue, mais qui est vraiment lié aux décors, aux personnages, à l’univers dans lequel le lecteur va se plonger et qui va donner envie au lecteur de rester dans ce monde-là, pour ensuite résoudre, peu à peu, le crime, l’énigme, le meurtre.

Pour Joël Dicker, le meilleur roman policier jamais écrit est “Le crime de l’Orient-Express” d’Agatha Christie. Il a lu ce roman, car son frère devait le lire à l’école, vers 10 -11 ans. Il a été émerveillé de l’ambiance du train, par ce huis clos dans ce train luxueux, cette atmosphère, dormir et vivre dans le train pendant plusieurs jours, avoir ce meurtre qui est commis forcément par un des passagers.

Agatha Christie

Donner une identité aux personnages

Selon Joël Dicker, on crée un bon personnage en lui donnant une identité. Celle-ci se crée par le vécu: le personnage doit avoir un passé, qui explique notamment pourquoi il est ce qu’il est au moment de l’action, pourquoi il se comporte comme il se comporte, ses difficultés d’avant, ses relations avec les gens.

Quand l’écrivain donne des informations, le lecteur doit comprendre pourquoi. Ce ‘pourquoi‘ permet de rentrer dans l’intimité du personnage. Le lecteur doit comprendre les actions des personnages, comme dans la vraie vie, même si les actions lui déplaisent.

Mais, dans ses romans, Joël Dicker ne décrit pas non plus trop ses personnages, pour laisser la place à l’imaginaire. Le lecteur doit avoir l’impression de les connaître, ainsi que leur mode de fonctionnement, pour avoir envie de savoir ce qu’il advient d’eux.

Se faire plaisir

Pour commencer un livre, Joël Dicker s’installe dans une ambiance qui lui plaît, en créant une atmosphère qui lui est propre. C’est, pour lui, un élément très important car il doit vivre l’expérience de l’écriture comme une expérience qui lui apporte quelque chose.

La seconde phase, quand le livre est fini et quand l’auteur se pose la question si son livre va être accepté, ne doit jamais venir ternir le plaisir qu’il a eu à écrire son livre.

Le plaisir dans l’écriture est un moment à soi, qui nous a fait du bien, qui est à nous et que personne ne pourra nous prendre.

La fin du roman

A un moment, il faut bien conclure le roman et trouver un dénouement. Joël Dicker s’arrête quand il a l’impression d’avoir fait le tour de l’histoire, quand la boucle est bouclée. Il est essentiel pour lui que ça finisse bien et d’une manière plausible.

Il a déjà évoqué ses difficultés à conclure un roman. Il sent qu’il a un peu tout dit quand il arrive à la fin. Il décrit ses sentiments contradictoires quand il finit un livre, entre le soulagement et la peur de passer à autre chose. C’est à ce moment-là qu’il sait qu’il ferait mieux d’arrêter.

Il est toujours attristé de quitter le petit monde excitant qu’il a créé au fil des pages pour revenir dans la réalité.

En guise de conclusion

Joël Dicker n’est pas un spécialiste du polar, dont il dit lui-même qu’il n’en connaît pas les codes. Son plaisir à lui est de créer et d’inventer comme il en a envie, sans avoir aucune limitation de la réalité.

Il se documente peu, car, à ses yeux, la réalité pure est l’ennemi de la fiction. Donc, il ne décrit pas la réalité, mais il écrit des histoires empruntes de réalisme. Comme il ne veut pas mentir sur ses méconnaissances, alors, il invente.

Comme il aime à le dire, dans les romans, on n’est pas dans le quotidien. Il faut alors rendre l’impossible possible. On doit viser l’extraordinaire. Mais, en même temps, il ne faut pas non plus ouvrir trop de portes, toujours dans le souci de ne pas perdre le lecteur.

Joël Dicker, lui, aime sortir de sa réalité. N’hésitez pas, suivez-le, vous passerez de bons moments, je vous le garantis!


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

2 commentaires

lucette smits · 19 janvier 2021 à 17 h 28 min

J’ai déjà lu certains de ses livres, vraiment très agréable à le suivre dans son délire.

Je dirai même excitant et passionnant

    Laurence Smits · 19 janvier 2021 à 20 h 10 min

    Les livres de Joël Dicker m’empêchent de m’endormir le soir, tant je veux connaître la fin…

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