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Je suis prête à parier que vous ne connaissez pas l’écrivain Jean-Philippe Jaworski. Moi non plus avant 2021. Il écrit dans le genre de la fantasy historique, genre assez éloigné de mes lectures habituelles. En fait, je lis dans tous les genres littéraires, mais j’ai quand même mes genres de prédilection. En matière de lecture, je ne m’interdis rien et je lis de presque tout.

Le genre de Jean-Philippe Jaworski est à la limite de la fantasy plutôt médiévale et du roman historique. Il écrit de grandes fresques romanesques d’une puissance impressionnante et emportée. Ses romans sont des épopées, où s’entremêlent la politique, le pouvoir, la guerre, la vengeance, l’amour et la trahison.

Avant de se lancer dans l’écriture de romans, il est devenu l’auteur de jeux de rôles amateurs, comme “Tiers Age”, qui permet de jouer dans l’univers du “Seigneur des Anneaux” de Tolkien, ou comme “Te deum pour un massacre”, qui se déroule pendant les guerres de religion en France.

Qui est Jean-Philippe Jaworski?

Jean-Philippe Jaworski est né en 1969. Il est toujours professeur de lettres dans un lycée de Nancy. Il a donc découvert les jeux de rôles en 1983, dont certains ont abouti à des éditions professionnelles. Il a commencé à publier un recueil de nouvelles de fantasy en 2007, salué par la critique, “Janua Vera”.

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En 2009, il publie son premier roman, “Gagner la guerre”, qui remporte le prix Imaginales dans la catégorie “Roman francophone”. L’univers de ce roman volumineux se déroule dans le Vieux Royaume, dans un univers de fantasy où la magie est assez peu présente, quoique puissante. Il puise largement son inspiration dans les romans de cape et d’épée et historiques, autour de la Renaissance italienne.

En 2013, il publie “Même pas mort”, premier tome d’une trilogie intitulé “Rois du monde”, se déroulant chez les Celtes, et notamment les Bituriges, mettant en scène le héros Bellovesos, qui a remporté le prix Imaginales de 2014.

Comment Jean-Philippe Jaworski en est-il venu à écrire sur l’univers des Celtes?

Jean-Philippe est tombé dans la marmite des Celtes depuis tout petit. Adolescent, il a visité un camp de César dans l’Oise en France. Il a été fasciné par tous les restes encore visibles. Etudiant, il a un peu pratiqué l’archéologie et cela l’a mené à réfléchir sur les clichés véhiculés sur les Celtes, nos ancêtres les Gaulois, depuis la IIIe République.

L’Histoire a oublié de préciser que les Romains ont beaucoup emprunté aux Celtes, notamment dans le domaine des métaux, et donc, des armes. Lors de la Conquête des Gaules, Jules César a utilisé des défenses celtes pour ses soldats. Jean-Philippe a décidé de s’emparer de l’histoire des premiers Celtes pour en faire des romans, quand bien même les sources sur ces peuples sont toujours d’origine romaines.

Concernant les Celtes, les légendes s’entremêlent avec les réalités historiques, comme le personnage du roi Arthur. L’historicité sur les Celtes est nébuleuse, entre le mythe et l’histoire. Toutes nos connaissances reposent essentiellement sur les livres de Tite Live, l’historien romain de l’Antiquité.

Le héros de la trilogie “Rois du monde” est Bellovèse, le premier Celte à avoir franchi les Alpes et à avoir conquis l’Italie du nord. L’écrivain se demande pourquoi ce chef a conquis cette partie du monde et est parti ensuite vers le sud. Selon l’écrivain, l’histoire des Celtes est en partie une page blanche à investir.

Sur le plan romanesque, il détourne l’archéologie: à partir des vestiges ténus dont il dispose, il imagine des histoires. Il aborde aussi le folklore celte, y compris l’aspect religieux. Il fait un travail énorme de recherches. Il dit faire le rat de bibliothèque. Il existe en fait très peu d’éléments sur les croyances et le folklore des Gaulois. Il recoupe tous les éléments avec la littérature médiévale quand certains noms réapparaissent.

Pour ce faire, Jean-Philppe Jaworski s’inspire de vieux contes celtes, notamment Gallois, en extrait la moëlle et les réinjecte dans ses intrigues romanesques. Il aime faire planer le mystère et la confrontation autour de ses personnages.

Cette trilogie va être adaptée pour une série à la télévision, pour laquelle il sera consultant sur les scénarios.

Comment est née l’histoire de Gagner la guerre?

Jean-Philippe Jaworski avait le désir d’écrire un roman de fantasy qui empruntait son esprit à la pensée de Machiavel. Il était stimulé par l’idée d’une fiction portant, non pas sur la guerre, mais sur le dénouement d’une guerre et sur la période d’instabilité qu’une victoire peut ouvrir. La victoire militaire, si elle est mal exploitée, peut déboucher sur une guerre perdue et à l’inverse, une défaite peut déboucher sur un succès.

Le roman commence par cette épigraphe:

Pour ce roman, Jean-Philippe avait aussi en tête la troisième guerre de religion, au cours de laquelle l’Amiral de Coligny, après avoir essuyé deux défaites écrasantes à Jarnac et à Moncontour, parvint à remporter le conflit avec seulement 4000 hommes, à force d’intelligence et de ténacité. D’où la situation de la République de Ciudalia dans le roman: militairement triomphante, mais politiquement empêtrée dans ses querelles intestines, et finalement au bord du gouffre en pleine victoire.

Un des personnages centraux est Benvenuto, un truand au service du chef de la République de Cuidalia, un criminel enjôleur et racoleur condamné aux ténèbres. Malgré ses mauvaises mœurs, il peut apparaître sympathique par certains côtés. Il pourrait correspondre à un archétype de personnage élisabéthain: un criminel cabotin mais brillant, sans scrupule mais pas sans conscience, qui expose son humanité dans ce qu’elle a de plus discutable.

Gagner la guerre en BD- Crédit photo: labibliothequedaelinel.com

Le personnage de Benvenuto, narrateur de l’histoire, est décrit par petites touches, éparpillées ça et là dans le roman. Physiquement, il n’est pas très grand, mais tout en nerfs et en muscles secs. Moralement, c’est un homme en colère contre lui-même, colère nourrie contre sa mère et contre son maître de peinture. Dans son adolescence, il a gâché les chances réelles de devenir un grand artiste, en s’acoquinant avec des crapules.

Il fuit la vérité sur son passé, comme il fuit le pardon de ses proches. Il ne peut plus faire marche arrière, sauf à désavouer complètement l’assassin qu’il est devenu. Il est condamné à une fuite perpétuelle en avant.

L’univers de ce roman est très riche. Les descriptions des villes et des enjeux politiques sont impressionnants. Les rebondissements sont multiples.

La langue utilisée dans Gagner la guerre

Jean-Philippe Jaworski utilise une langue délicieuse dans ce roman, extrêmement bien écrit, dans une langue séduisante. Néanmoins, il utilise aussi beaucoup d’argot. Certains personnages, dans les bas quartiers, ne s’expriment que comme ça. Il a donné un langage de truands aux truands. L’écrivain n’a inventé aucun mot: les mots viennent tous du français.

Il a repris des termes argotiques employés ayant appartenu à différentes bandes, à différentes époques. Il y a du jargon des coquillards du XVe siècle, de l’argot du XVIIe siècle et de l’argot fort riche du XIXe siècle. Il n’a fait qu’exploiter l’extraordinaire richesse lexicale de la langue française.

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Comment Jean-Philippe Jaworski est-il devenu enseignant?

Il est devenu enseignant un peu par hasard, mais il aime beaucoup ce métier. Il a fait des études de lettres parce qu’il avait une éducation littéraire. Quand on étudie les lettres, à part devenir professeur, il existe peu de débouchés. Il a pris goût à ce métier en raison du contact avec un public jeune qu’il peut captiver. C’est donc son goût pour les lettres qui a amené Jean-Philippe à l’enseignement.

Comment Jean-Philippe Jaworski est arrivé à la littérature imaginaire?

Quand il était enfant, il a lu un grand nombre de livres de vulgarisation sur la mythologie, les contes et légendes, les grandes épopées de l’Antiquité. Il a lu “Le Seigneur des Anneaux” de Tolkien à 13 ans. Cette lecture a été, pour lui, une révolution et aussi une révélation. Le monde inventé par Tolkien a créé un écho puissant en lui. Cela l’a mis sur la voie des littératures des genres de l’imaginaire.

La vocation d’écrivain de Jean-Philippe Jaworski remonte à l’enfance, mais il a aussi été un joueur de jeux de rôles en parallèle. Cette discipline a été très formatrice pour lui, en mêlant un monde fictif à un monde historique.

Jean-Philippe a commencé par écrire des romans qui ont été refusés. Après un moment de découragement, il a décidé de répondre à des appels à textes, pour des concours de nouvelles. Il a donc écrit le recueil “Janua Vera”.

En guise de conclusion

En choisissant l’époque éloignée des Celtes, Jean-Philippe Jaworski peut se permettre toutes les fantaisies de l’imaginaire. C’est une époque protohistorique: c’est-à-dire que l’on n’a pas de sources écrites directes de cette époque lointaine. Il existe un espace, beaucoup d’angles morts dans la perspective historique, dans lesquels l’écrivain a pu s’engouffrer pour créer de la fiction.

Vous ne lirez pas les romans de Jean-Philippe Jaworski en 3 jours, vu le nombre très conséquent de pages. L’intrigue accroche et laisse sans voix. “Gagner la guerre” est une incroyable machine fictionnelle où tout s’agence impeccablement: style impeccable, sens de la narration, capacité à enchaîner les rebondissements, maîtrise totale du dénouement. Un auteur à découvrir sans plus tarder!

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