On a pu annoncer le déclin programmé de l’écriture  manuscrite à cause de tous les outils numériques.

 Or, rien n’est moins sûr.

Jamais on n’a autant écrit que depuis qu’internet, le courrier électronique et les SMS téléphoniques existent.

 

Je vous propose donc 2 articles sur ce thème:

  • le 1er,  que j’ai écrit moi-même, publié cette semaine
  • le 2ème,  traduit d’un article d’un magazine en anglais, qui sera publié la semaine prochaine.

 

L’écriture démodée ?

 

 Le 22 août 2017, le journal Le Monde consacrait un article au boom des SMS et autres messageries.

10 milliards par jour de messages sur Facebook dans le monde, 280 SMS par personne et par mois en France sont échangés.

 

 

Les adolescents en écrivent 83 par jour, 2 500 par mois.

 

Interrogées, de jeunes personnes expliquaient que ce n’était pas par économie, mais par préférence : moins intrusif, moins stressant que l’appel téléphonique, le SMS est en quelque sorte plus poli et presque aussi rapide que la parole.

Une maman lui reconnaissait même les qualités typiques de l’écrit : « À l’oral, je peux bafouiller, chercher mes mots. Par écrit, je prends le temps pour être bien comprise. »

 

Après tout, il n’est pas si difficile d’écrire…

 

L’écriture manuelle délaissée

C’est vrai que l’écriture manuelle est de plus en plus délaissée.

 

 

Les vœux de Noel ou de la Bonne Année se font désormais de plus en plus par mail ou courriel pour les puristes.

Les cartes postales estivales ont perdu de leur charme depuis que nous les envoyons par SMS.

 

 

L’écriture manuelle semble devenir désuète, incitant certains gouvernements, comme au Danemark, à minimiser ou oublier son apprentissage. Ou comme en Finlande.

 

Pour preuve, fin 2013 aux Etats-Unis, 45 Etats ont retiré l’écriture cursive de leur programme scolaire.

Un premier pas vers la fin de l’écriture manuelle, me direz-vous !

 

C’est vrai que nous utilisons de moins en moins les stylos/ crayons et de plus en plus l’ordinateur ou les téléphones portables pour nous laisser des messages ou rédiger nos travaux.

Comme pour ce blog.

 

Personnellement, je trouve triste que l’écriture manuscrite devienne désuète.

 

Mais, force est de constater que l’usage de l’écriture manuscrite, malgré l’évolution des technologies, n’est pas obsolète.

Mais, il est légitime de se poser cette question : est-il encore utile d’apprendre aux enfants à écrire avec un stylo ?

 

Dans le milieu du travail, ceux qui ont besoin d’écrire vont presque toujours utiliser un ordinateur de bureau, non ?

Quant aux courriers, dont le nombre ne cesse de diminuer année après année, qui va encore s’amuser à écrire des lettres bien léchées alors qu’envoyer un mail ne prend que quelques minutes et qu’il arrive instantanément, non?

 

 

Le constat

 

Quand j’étais au collège ou au lycée, c’est-à-dire dans les années 70 et 80, nous écrivions beaucoup.

Nous remplissions effectivement nos cahiers.

Mais, ces vingt dernières années, les apprentissages qui relèvent de l’écriture et de la copie ont été négligés au profit des photocopies ou des cours projetés.

L’utilisation massive de photocopies a aggravé ce problème.

Les enseignants, dont je fais partie, constatent que les jeunes sont souvent dans l’incapacité à écrire vite et bien, sans faute, ce qui handicape les élèves en difficulté.

 

L’apprentissage de l’écriture manuscrite a pu être considéré comme démodé.

Apprendre à écrire est un apprentissage de base.

Pour copier ou prendre des notes, il faut pouvoir aller vite et se doter d’une véritable ‘cursivité’ tout en restant lisible.

Les professeurs n’attendent plus les élèves qui écrivent trop lentement.

Ce qui, à terme, dégoûte les jeunes dans l’exercice de l’écriture.

 

Qu’est-ce que l’écriture ?

 

 L’écriture est un moyen de communication et un acte de communication.

Elle doit donc respecter un code.

Pour écrire, il s’agit de mettre en place diverses compétences :

  • Faire le bon geste
  • Utiliser les différents supports
  • S’adapter aux différents matériels

 

L’écriture n’est, en fait, qu’une succession de dessins :

  • Des boucles
  • Des coupes
  • Des ronds
  • Des ponts

 

 

Nous relions ensuite ces dessins pour leur faire prendre corps.

Nous développons par la suite notre propre façon d’écrire.

 

Ce n’est que quand nous avons été capables d’automatiser tous les gestes que nous avons eu accès à l’écriture.

Cela nous a permis de mettre en œuvre, ensuite, un vocabulaire très étendu.

Ensuite, nous avons pu communiquer entre nous.

 

Quand nous écrivons, nous répondons à une norme écrite.

Pour le français, de gauche à droite.

Et sur des lignes horizontales.

On se doit d’être efficace, rapide et de surcroît lisible.

On se doit de se respecter soi-même et son destinataire, en apportant du soin et une certaine forme de politesse dans nos écrits.

Nos écrits reflètent notre personnalité.

Cela reste une notion subjective, mais qui reflète la réalité.

 

Globalement l’écriture est un acte exigeant, mais individuel.

Il nécessite des efforts permanents, dès le plus jeune âge.

 

Ecriture manuelle ou écriture virtuelle ?

 

Ma génération a appris à écrire à l’école et n’a connu les ordinateurs qu’à l’âge adulte.

Personnellement, j’ai pu utiliser mon premier traitement de texte quand j’ai réussi mon concours d’enseignante, pour rédiger mon mémoire.

Cela remonte à 1988.

 

 

La génération de mes enfants a grandi avec les ordinateurs.

Mais, ces jeunes n’y ont eu un libre accès qu’aux alentours de l’adolescence.

La génération de mes petits-enfants apprendra-t-elle à « écrire » avec un clavier, un écran tactile ou tout autre gadget électronique ?

Ou bien la reconnaissance vocale fera-t-elle de tels progrès qu’ils n’apprendront plus du tout à écrire, n’ayant besoin que d’apprendre à lire ?

Serait-ce un problème de laisser tomber l’écriture manuscrite pour la remplacer par la typographie ?

 

On peut se demander : et alors ?

On a abandonné :

  • Les tablettes en argile
  • Le papyrus
  • Le parchemin
  • L’imprimerie au plomb
  • La photocomposition, etc.

 

 

Alors, pourquoi s’accrocherait-on à nos stylos ?

Par pur passéisme ?

Par nostalgie ?

L’écriture manuscrite est-elle moribonde ?

 

En tant qu’enseignante, je me pose ces questions :

  • Devons-nous continuer à perdre un temps fou à apprendre à nos élèves à tracer les lettres de notre alphabet ?
  • Ou ferions-nous mieux de consacrer les quelques heures d’enseignement qu’il nous reste à des savoirs plus essentiels ?

 

Les questions sont posées.

Et font et feront débat.

 

Pour le moment, la nécessité d’apprendre à écrire à la main semble évidemment liée aux conditions matérielles des établissements scolaires.

  • Ils ne disposent pas de matériel informatique en quantité suffisante pour équiper tous les élèves.
  • Les enseignants ne sont pas formés pour cela.
  • Les logiciels nécessaires ne sont pas édités.
  • Les évaluations actuelles ne sont toujours pas numériques.

 

Les candidats aux examens ou concours écrivent donc toujours à la main.

Pendant des heures d’affilée.

 

Néanmoins, on peut raisonnablement penser qu’un jour, tous ces obstacles techniques pourront et devront être levés dans un avenir relativement proche.

 

 

L’écriture : une compétence essentielle pour la mémoire

 

En y repensant plus profondément, l’écriture active notre mémoire.

A la veille d’un examen ou d’une interrogation écrite ( !!), nous avons tous rédigé de multiples « anti-sèches » cachées à gauche et à droite.

Dans la hantise de nous faire découvrir.

Très souvent, nous ne les utilisions pas. Nous étions capables de travailler sans.

 

Mais quel meilleur exemple que le film « les Sous-Doués passent le bac » de Claude Zidi en 1980 !

Les élèves de ce cours privé ont rivalisé d’exploits et de prouesses pour cacher les anti-sèches du bac.

 

 

Donc, ces fameuses anti-sèches nous prouvaient que nous avions mémorisé nos cours.

Ce qui prouve qu’écrire facilite la mémoire.

Notre mémoire kinesthésique.

 

 

A l’heure où, à tout bout de champ, à l’école ou dans la société, on parle de compétences, il m’apparaît évident qu’il est crucial de ne pas renoncer à la capacité d’écrire à la main.

Car, du coup, cela ferait disparaître une vraie compétence, bien plus essentielle que nombre d’items présents dans les livrets d’évaluation !

 

Dans le numéro d’avril 2017 de la revue « Psychological science », deux chercheurs ont comparé les avantages respectifs de l’écriture manuscrite et du clavier pour la prise de notes.

Selon eux, même quand l’ordinateur n’est utilisé que pour prendre des notes, il serait moins avantageux pour le processus d’apprentissage.

Ceux qui prennent des notes au clavier auraient tendance à tout retranscrire, alors que ceux qui notent à la main, sélectionneraient déjà l’information importante à retranscrire, ce qui serait plus efficace.

 

 

Une mémoire du geste qui permet d’associer une lettre avec le mouvement de la main, et qui faciliterait la reconnaissance des lettres et des mots.

 

L’utilisation des calculatrices n’a pas vu disparaître la pratique du calcul mental, essentielle à la construction des nombres !

L’accès facilité à des centaines de textes sur internet ne nous a pas incités à renoncer à la mémorisation de poésies par exemple !

L’existence des GPS ne nous a pas incités à nous reposer entièrement sur eux. Nous achetons toujours nos cartes routières sur papier et nous sommes capables de nous diriger dans l’espace sans eux !

L’existence des traitements de texte ne nous a pas fait renoncer à enseigner l’écriture manuscrite, moyen privilégié de s’approprier le langage écrit dans toute sa richesse !

 

 

Qui écrit encore des lettres ?

Des cartes postales ?

Quand on part en vacances, de nos jours, on publie nos photos sur des réseaux sociaux.

 

On ne reviendra pas en arrière !

 

Le plus simple est donc de s’adapter !

Ce que les humains ont toujours fait !

On apprendra à écrire d’une autre manière !

Cela ne veut pas dire qu’on n’écrira plus !

Les générations futures écriront d’une autre manière !

 

Je vous propose de lire la suite de ce thème la semaine prochaine, si vous le souhaitez!

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

1 commentaire

smits jacques · 9 mai 2018 à 8 h 02 min

Certes, il faudra s’adapter, quant à moi, l’écriture manuscrite m’a rapproché de ma maîtresse en l’imitant, je voulais lui montrer que je l’admirais jusque dans son écriture. Pour moi c’est impensable qu’elle disparaisse…

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