Pour cette proposition d’écriture N° 40, la tortue était à l’honneur…normal, vous me direz, c’était jour de mariage.
Mariage heureux, mariage raté: il y en pour tous les goûts! La Polynésie était au rang des invités, ainsi que la région de la Brenne avec ses lacs! On se marie, mais on voyage aussi!

Je vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes:

De Catherine de France
 
Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte bonheur. J’ai bien essayé de faire la sourde oreille, mais ils sont revenus sur le sujet plusieurs fois pendant l’entretien.
C’est bien ma veine ! Comment vais-je pouvoir solutionner ce problème de tortue ? Franchement, depuis que j’ai ouvert mon agence de wedding-planner il y a six mois, , c’est bien la première fois que je panique devant une demande particulière. Il a fallu que je tombe sur une future mariée polynésienne, attachée à la tradition : je me dois donc d’inviter une tortue à son mariage ! Il paraît que la tortue est symbole de longévité, de fidélité et de fertilité !!! Rien que ça ! Il est certain qu’on ne saurait faire l’impasse sur une invitée avec un pareil curriculum vitae !
Mais ici, nom de nom, ce n’est pas la Polynésie ! Où voulez-vous que je déniche un tel animal ? Je ne vois que trois possibilités :
– acheter une tortue de Floride à l’animalerie du coin, au risque d’être au summum du ridicule.
– kidnapper une tortue des Galápagos au zoo de Beauval, mais là, question poids… je ne faisais pas le poids! Et je ne peux quand même pas risquer la prison pour une lubie !
– pêcher une cistude dans un étang de Brenne, ni vu ni connu. Elles étaient certes protégées, mais s’il en manquait une, personne ne s’en apercevrait.
Cette dernière possibilité est de loin la meilleure. Ça ne doit pas être compliqué d’en attraper une avec une épuisette. Ni une ni deux, me voici partie sur les routes de Brenne, au Pays des Mille Étangs, avec donc mille chances de réussir mon safari.
Je fais un détour par la maison du Parc Naturel Régional pour demander où je pouvais observer le fameux reptile à pattes et carapace : on m’indique la Réserve de Chérine. J’apprends, à l’occasion, que les cistudes hibernent dans la vase l’hiver, mais se dorent au soleil sur une branche ou un caillou à demi immergés au printemps ou en été. Je suis donc chanceuse puisque nous sommes fin avril et qu’en plus, il fait vraiment beau depuis plusieurs jours. Au niveau taille, elles font entre quatorze et vingt centimètres, les femelles étant plus grosses et plus arrondies que les mâles. Mon objectif est donc, tant qu’à faire, de jeter mon dévolu sur une femelle de vingt centimètres.
Parée de bottes en caoutchouc et de mon épuisette, me voici en chasse de bon matin avant l’arrivée des touristes en quête de nature, près de la dite Réserve de Chérine. Avancer à pas de loup pour ne pas effrayer ma belle ne me pose aucun problème. La détecter est plus ardu : allez repérer un gros galet posé au soleil sur une branche morte ou un quelconque promontoire dans l’étang ! La chance est encore avec moi, puisque je distingue enfin, grâce à un reflet de soleil sur sa carapace arrondie et mouillée, une magnifique cistude d’environ vingt centimètres : la tortue de mes rêves !
L’inconvénient est que, pour l’atteindre, il faut non seulement ne pas se faire remarquer, même si la belle semble dormir, mais aussi s’étirer au maximum au-dessus de l’eau pour espérer l’approcher. Je m’allonge donc au bord de l’étang, gagnant petit à petit du terrain sur l’eau, par reptation lente et assurée, jusqu’au point d’équilibre qui me permettra de tendre mon épuisette sous la branche solarium.
Au moment où je pense avoir atteint mon but en plaçant mon filet sous le point de chute éventuelle de la tortue alertée qui voudrait se sauver en plongeant dans l’eau, une grosse voix masculine se fait entendre au-dessus de moi, me faisant sursauter et plonger tête là première dans l’eau marronnasse et vaseuse de l’étang. Toute à mes occupations minutieuses, je n’ai pas du tout perçu l’arrivée du garde du Parc Naturel qui me surprend ainsi en flagrant délit d’atteinte à la faune locale. J’ai beau plaider ma cause en insistant sur le fait que j’aurais remise la tortue à l’eau après le mariage, il me sermonne et me verbalise sans aucun état d’âme. Dégoulinante, honteuse, rançonnée, dégoûtée et en plus bredouille, je rejoins ma voiture, condamnée à trouver une autre idée.
Tant qu’à faire, autant forcer le trait : les mariés voulaient des tortues, ils auront des tortues ! Je vais acheter un énorme aquarium et le garnir d’une multitude de ces horribles tortues de Floride, d’une taille ridicule par rapport à leurs cousines polynésiennes, qui envahissent les animaleries de la ville. Et, cerise sur le gâteau et cadeau de la maison, je vais déguiser mon cousin Kévin en Tortue Ninja pour faire l’animation ! Je décide aussi de ne pas en parler aux mariés pour leur faire la surprise !
 

De Lucette de France

Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte bonheur…
Mon amie Elisa s’est mariée en Septembre, ce mois-là a un sens, vous comprendrez pourquoi. Chaque invité est sur son « trente et un » comme on dit. La mariée ne ressemble à personne, elle s’est faite une identité bien à elle : quand elle arrive dans un endroit, sûr que l’on se rappelle d’elle, tant elle est excentrique. Ses cheveux sont roux, presque rouges, son maquillage est gothique, ses robes sont longues et très foncées. Elle est perchée sur des talons compensés, où, à chaque pas, on la voit se tordre les pieds. C’est une jeune femme douce et de forte corpulence, alors on se demande comment sera son mari. Aura-t-il autant de singularité que sa femme ? Et bien nous n’avons pas été déçus, il est bien à son image, ils se ressemblent dans leur originalité. Ils sont beaux, leurs regards ne trompent pas, ils ne sont qu’amour l’un pour l’autre.
La mariée arrive la première, sa robe de mariée est en dentelle noire avec des froufrous un peu partout, une belle fleur blanche rend sa toilette très “classe” ; on distingue une jolie petite tortue pendue à son cou. A quelques distances de là, le jeune marié arrive devant l’autel installé sur la plage, face à la mer. Et oui, nous somme à Tahiti. Lui est polynésien, magnifique dans son costume local. Il est imposant ce marié, elle, si frêle à ses côtés, et pourtant ils se bouffent les yeux dans les yeux. Leur religion est catholique, mais le rite n’est pas le même que chez nous en France.
Ayo est son prénom, arbore des tatouages sur ses bras et ses jambes musclés. Pour nous, ignorant leur usage, on admire sans comprendre, tous ces traits qui partent dans tous les sens. Mais quand on nous l’explique, on en reste « coi »…
Ils se sont dit « OUI » et nous voilà sur le sable, pieds-nus à chanter, à danser au son des ukulélés, des guitares, et d’autres instruments artisanaux, façonnés dans des bambous. Timidement, je m’approche du couple, ma curiosité sur les tatouages m’intrigue. Je salue très respectueusement Ayo, et suis très impressionnée par son regard. Je comprends mon amie Elisa d’être éprise par ce bel étalon. J’en arrive à lui dire tout l’intérêt que j’ai en admirant tout son corps, et je veux comprendre ce que veulent dire tous ces signes. Alors, il m’explique que ce sont des tortues enchaînées les unes aux autres, les unes par-dessus les autres, les unes imbriquées aux autres. Et que chacune a une explication. Chez eux, la tortue est vénérée, elle symbolise, « la mer source de nourriture, le couple, le mariage, l’énergie, la lenteur qui représente la persévérance, la stabilité » Etc.
Ayo nous découvre sa poitrine velue, on y admire une œuvre d’art sculptée dans un bois rare, faite de ses mains, c’est un magnifique bijou, qui représente une tortue. Je comprends alors qu’Elisa a la même en plus petit, elle représente la protection et l’amour. Elle l’a reçue d’Ayo, le jour de ses fiançailles. C’est un emblème très fort symboliquement.
Ils partent tous les deux dans des récits fabuleux, nous sommes tous « bouche bée », tant c’est beau à entendre. Dans leurs contes, on imagine des tableaux à travers les couleurs qui ont, elles aussi, un sens dans leur vie…
Tout à coup, silence total… Tout avait été bien pensé, on voit une tortue de belle taille sortir de la mer. Elle gravit péniblement le rivage, on la voit creuser des trous avec ses pattes, nous sommes médusés. Mais que fait-elle ? Et bien, elle pond ses œufs encore et encore, les recouvre de sable bien chaud, et repart tranquillement nager vers d’autres aventures…
La période d’incubation est entre 60 et 90 jours suivant la race de la tortue. Je ne vous parlerai pas du sort de ses « bébés tortues ». Je vous laisse deviner le guet des prédateurs qui, eux aussi, doivent nourrir leurs couvées… Très peu atteindront la mer, c’est la dure loi de la vie, mourir pour que d’autres survivent. Ainsi va la vie…
Alors, chers Elise et Ayo, nul doute que votre mariage sera heureux, rien n’a été laissé au hasard, toutes les énergies positives de ce jour-là étaient réunies. Je vous souhaite bon vent, beaucoup de fertilité dans votre d’amour. Vivent les mariés et Vive l’amour !!!
 
 
 
De Martha de France
 
 
Le jeune homme et la tortue.
 
« Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte chance….
Eh bien, c’est exactement le contraire qui s’est produit ! »
Assise sur un banc du Jardin du Casino de Monte Carlo, Jeanne-Marie se tourne vers son discret et silencieux voisin, qui semble ouvert à écouter son histoire et son besoin de s’épancher.
« J’ai 61 ans, et voyez-vous, je me suis mariée pour la première fois l’année dernière. Oui, je sais, cela peut paraître un peu tard 60 ans. Mais il y a eu la conjonction de deux facteurs : la mort de ma mère dont je n’ai jamais su m’éloigner, certains de mes amis me jugeaient sous emprise de celle qu’ils appelaient la mégère, et surtout le coup de foudre pour Enzo. Ce fut quelque chose de fulgurant, de part et d’autre ! Je l’ai rencontré dans la salle de sport où je me rends trois fois par semaine. Il était charmant, attentionné, me conseillant pour les machines de musculation. Et un regard noir de velours ! Des muscles fins et fermes, une peau de méditerranéen très hâlé. Un corps magnifique, et un accent…ah l’accent italien ! Irrésistible, je vous dis !
Enfin, bref, de fil en aiguille, de la proposition de partager un café à une coupe de champagne, puis une autre….nous sommes devenus inséparables. Passionnément inséparables !
Bien sûr, certaines de mes amies, les mêmes qui traitaient ma mère de mégère…des jalouses j’en suis certaine, me disaient qu’un jeune homme de 28 ans ne se jette pas durablement au cou d’une sexagénaire, sauf à en vouloir à son pactole ! Eh bien, je vous le dis clairement : non ! Ce n’est pas parce que je suis la fille unique de la troisième fortune de France que je n’ai pas le droit d’être aimée pour qui je suis !
Voyez-vous, c’est le genre de rencontre amoureuse exceptionnelle avec les réactions de frustrations et de rivalités qu’elle suscite, qui invite à faire du tri dans ses relations et aller vers l’essentiel, c’est-à-dire l’Amour !
Ce que j’ai fait ! Je n’ai plus écouté que ma petite voix intérieure qui m’encourageait à faire un bilan complet avec mon chirurgien esthétique. On pourrait me rétorquer que l’Amour ne nécessite pas ce genre d’ajustement… et d’ailleurs Enzo me conseillait de ne pas envisager ce type de dépenses. Mais bon, je crois qu’il faut être concret quand même. Nous avions une petite différence d’âge, et je voulais qu’elle se devine le moins possible.
La date de notre mariage fut fixée rapidement, aussi rapidement que nous nous étions épris l’un de l’autre…en tenant compte toutefois des délais de cicatrisation du lifting que j’engageais avec un repulping des lèvres, une remontée des seins gonflés vers un 95 E ainsi qu’une petite liposuccion du ventre et de la culotte de cheval.
Mon Enzo chéri, dans un acte d’amour généreux encore et toujours, a signé à mon profit la veille de notre union légitime, un contrat d’assurance vie pour un capital de deux millions d’euros. Bien entendu, sur ses conseils, pour que je ne me sente pas en dette – quelle délicatesse cet homme – j’en ai fait autant de mon côté. Même si notre mariage en le rendant de fait mon légataire universel le mettait à l’abri pour le restant de ses jours, et même les vies suivantes. Mais voyez-vous j’ai pris cette proposition comme un acte romantique.
Et voilà qu’en me rendant à la Mairie dans cette robe fourreau ivoire qui avec l’aide d’un corset apprêté transformait ma silhouette en liane juvénile, je vois Arthur courir vers moi dans un élan amoureux que beaucoup de femmes ont dû envier à ce moment-là. Imaginez un film romantique : deux amoureux se précipitent l’un vers l’autre, comme aimantés par un amour indéfectible.
Mais… »
Jeanne-Marie essuie une larme.
« Le destin, effroyable destin. L’Amour de ma vie, tout à la joie de me prendre dans ses bras, n’avait pas remarqué cette tortue qui traversait méthodiquement et silencieusement devant lui. Son pied a involontairement pris appui sur l’animal, entraînant mon ange Enzo dans une débauche de mouvements désordonnés ; et dans une ultime tentative ratée de retrouver l’équilibre, mon Amour s’est écrasé violemment au sol, sa tête fracassée contre le rebord du trottoir ».
Jeanne-Marie pleure à chaudes larmes.
« A peine mariée, déjà veuve. Ne croyez-vous pas que cette tortue soit plutôt annonciatrice d’une terrible malchance ? »
– Ca dépend de quel point de vue on se place… »
 
 
De Caroline de France

“Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte chance”
 
Voici la phrase qui conditionne ma vie. Je me sens responsable de la longue vie d’un mariage et je ne vous dis pas le poids que ça me met sur les épaules. Mais attendez, je n’ai pas d’épaule moi en plus, quelle histoire.
Bref, je vais tout vous expliquer.
J’ai à mon actif huit mariages et dix divorces ; autant vous dire que ça ne me convient pas du tout comme résultat. Je me console en me disant que je n’ai que 25 ans.
Cependant, pour que vous compreniez bien dans quel pétrin je suis, je vais vous raconter depuis le début.
Pendant mon enfance, mes parents me berçaient avec des musiques à l’eau de rose, jetaient
des confettis le jour de mon anniversaire et parfois balançaient un bouquet de fleurs dans les airs sans aucune bonne raison. C’est bien plus tard que je compris la supercherie.
Ensuite, à l’adolescence, comme j’avais du caractère, ils m’ont laissé tranquille.
A dix-huit ans, ce fut le début de la réalité, de la vraie vie comme ils disent.
Je t’avais prévenue, Caroline, me disait ma mère. Elle m’avait appris à bien me tenir ; certes, seulement ça ne fait pas tout. Montrer le meilleur de moi même, à quoi bon, j’allais bientôt le comprendre.
Je commençais la première des trois années d’internat pour me former au métier de porte chance de mariage, la blague. Je ressortis de l’école avec la mention carapace d’argent, une grande fierté pour mes parents. Malheureusement, cela ne fait pas tout mon score actuel me positionnant au rang des tortues médiocres, je devais trouver une solution ou un miracle.
Du coup, j’eus une idée, rendre visite à la vie pour lui demander conseil.
Une fois l’adresse trouvée, il ne me restait plus qu’à prendre mon courage à quatre pattes.
-Bonjour la vie, entamais-je.
-Bonjour tortue, me répondit-elle. Quel bon vent t’amène ma belle ?
-Et bien, je ne suis pas à la hauteur, j’ai de mauvais résultats, ça me rend malheureuse.
-D’accord, voici quelques conseils pour toi, mon enfant. Agis sans en faire une affaire personnelle,
fais de ton mieux, ne fais pas de suppositions et tu verras …
-Ah merci.
Je n’osais pas en demander plus, il était temps pour moi de partir et de comprendre ce message.
Le premier conseil était d’agir sans en faire une affaire personnelle.
La vie avait raison, je n’étais pas responsable de la séparation de ces personnes et en y réfléchissant encore et encore, ça enlevait un poids sur les épaules que je n’avais pas.
Faire de son mieux, il est vrai que quand j’allais dévorer les laitues de mon voisin, je ne faisais pas de mon mieux mais bon ce n’est pas méchant. On va dire que ça ne compte pas, hein.
Dernier conseil, ne pas faire de supposition mais attendez et vous, vous y croyez à la tortue porte chance?
 
 
 De Laurence de France
 
Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte chance…”, repensa Ludivine plusieurs jours après son mariage. Elle n’avait jamais entendu cet adage-là. Elle savait que chaque pays avait ses propres coutumes et traditions, voire ses superstitions. Mais, la tortue n’était pas un animal sauvage par chez elle, à moins d’en rencontrer une au zoo. Certes, c’était sans doute une tradition charmante, censée protéger les mariés du mauvais sort.
Alors, Ludivine avait eu la curiosité de rechercher sur internet les coutumes pour souhaiter bonne chance aux futurs mariés, au foyer en devenir, aux deux familles qui s’unissaient en ce si beau jour. Elle ne savait pas si elle préférait la tortue aux autres rites, comme celui des Egyptiens, par exemple, qui pincent la mariée pour lui porter chance le jour de son mariage.
Cela aurait-il été plus efficace dans son cas !
Elle, elle aurait préféré un mariage tranquille, heureux dans la simplicité, sans tralala, ni décorum, ni invités. Son mariage à elle, selon l’adage, devrait être heureux, puisqu’il s’était déroulé sous la pluie ; « mariage pluvieux, mariage heureux », dit-on par chez nous.
Sauf que Ludivine, au lieu de dire ‘oui’ devant Monsieur le Maire, s’était retrouvée aux urgences, plâtrée du pied droit à la hanche, calée dans un fauteuil roulant, avec sa robe de mariée qui s’ébouriffait de tous les côtés. La cérémonie commençait bien. Pourtant, elle avait été fin prête, à l’heure. Mais, au moment de descendre les marches de l’escalier, menant de sa chambre de jeune fille au palier du chalet de ses parents, n’ayant pas l’habitude de marcher avec des talons aiguille, elle s’était pris le talon dans le tapis recouvrant la marche du haut.
La robe de mariée lui avait servi de toile de parachute, en quelque sorte ! Mais, elle n’avait pas pu tout amortir. Deux mois de plâtre, voilà les résultats de l’opération. Elle avait quand même dit ‘oui ‘ à son futur mari, un peu plus tard, le maire ayant été très compréhensif. Impossible de décaler le jour J : tout le monde était venu de si loin, les frais étaient engagés de longue date. Le mariage commençait sous des auspices contraires. Il aurait fallu à Ludivine plutôt une recette pour conjurer le mauvais sort : elle ne comprenait pas ; pourtant, elle arborait un voile, dans sa tenue de mariée, qui aurait dû la protéger de ce coup du sort funeste, comme les Grecs le pensaient dans l’Antiquité. Elle qui ne s’était jamais rien cassé !
Puis, après la cérémonie, son mari, croyant bien faire et pour respecter la tradition provençale de sa famille, avait glissé du sel dans son plâtre. La tradition habituelle voulait que l’on jette du sel dans les chaussures de la mariée. Mais, décontenancé car sa chère et tendre n’ayant plus qu’une chaussure à son pied, enfin une charentaise, il avait glissé quelques grains de gros sel de l’île de Ré dans le plâtre, pas encore tout à fait sec. Cela avait démangé Ludivine pendant un long moment ; elle pestait déjà contre son mari, à peine unie à lui.
De plus, plus question que son mari la porte dans le lit nuptial ; elle ne devait pas trop bouger dans son état. Adieu les acrobaties éventuelles de la nuit de noce. Son mari allait bien la porter au lit, mais uniquement parce qu’elle ne pouvait plus marcher seule, ni se déshabiller seule. Elle était une jeune mariée impotente pour plusieurs longues semaines. Il allait falloir réfréner les ardeurs de chacun.
Le ciel avait pleuré de joie le matin même : il se moquait d’elle à l’avance, pour sûr! Sa vie maritale ne commençait pas vraiment épanouie. C’était certain que cela ferait de supers souvenirs : la mariée en fauteuil, sa robe un peu déchirée et tâchée par le vin qu’elle avait renversé sur elle, peu habituée à se mouvoir dans cet engin à deux roues. La robe, c’était le cadeau de ses parents pour leur fille chérie en ce jour béni ; quelques milliers d’euros partaient littéralement en lambeaux sous les yeux de la centaine d’invités.
Ses parents avaient fait le signe de croix quand leur fille avait fini la bouteille : peu importait, elle était déjà mariée, elle n’allait pas encore se marier dans l’année ! Ah oui, et la tortue, Ludivine n’en avait pas vraiment vu une, sauf la peluche que son frère lui avait offerte pour son mariage. Ce nid à poussière qu’il avait ramené des Antilles où il coulait des jours heureux était énorme. Il était content de lui. Trop. Pourtant, il avait du avoir du mal pour la ramener dans sa valise. Ludivine détestait les peluches. Elle détestait son frère de lui avoir offert un cadeau si ridicule qui ne trouverait jamais sa place dans son appartement du centre de Lyon. Tout le monde avait bien ri à la blague, d’ailleurs. Sauf elle.
D’autres invités lui avaient offert un pendentif avec une petite tortue verte. D’autres, une tortue qui indiquait le temps : elle coassait quand le temps devenait trop humide. Elle avait la désagréable impression que tout le monde s’était donné le mot pour lui offrir quelque chose en rapport avec cet animal. Pourquoi ? Pensaient-ils alors, déjà, avant le mariage, que celui-ci ne durerait pas plus longtemps qu’une lune pour lui offrir un symbole de chance le jour du mariage ?
La tortue était certes un animal mignon, mais STOP, Ludivine n’en pouvait plus. Son foyer s’était transformé en une nurserie pour objets ayant le petit animal vert en commun. On lui en avait trop offert, voilà pourquoi son mariage avait été une catastrophe ! Elle en voulait à tous de lui avoir sapé le plus beau jour de sa vie…soi-disant ! Si elle avait su tout cela dès le départ, elle aurait revêtu un costume de Tortue Ninja … ou alors, elle aurait pu coudre sur sa robe de mariée toutes les amulettes possibles et les gris-gris de l’ancien temps… elle aurait pu peut-être au moins éviter la jambe plâtrée !

De Nicole de Belgique

 

Ils m’ont dit que voir une tortue le jour de son mariage porte chance.
Aussi, notre mariage traditionnel fut organisé sur l’île aux tortues, l’île au mariage sur le fleuve
Teshio Gawa de Hokkaïdo. Elle porte bien son nom, les chéloniens y vivent en liberté.
Je suis Emiko – celle qui fonce, mon animal totem, l’hippopotame.
Mon doux fiancé Yukio – le garçon des neiges, animal totem Gazelle.
Concilier ces différences est une gageure.
Toute vêtue de blanc, symbole de pureté : un kimono aux manches longues, maintenu fermé à la taille par une large ceinture, une coiffure complexe, une sorte de chapeau-capuchon, un manteau par-dessus, des coques de bois, le visage fardé façon geisha.
Yukio porte une tenue sobre composée d’un pantalon large bouffant à la taille, d’une veste cintrée, de couleurs sombres, frappée des armoiries de sa famille.
Un mariage bourgeois, une cérémonie Shintô.
Une cérémonie un peu fastidieuse mais obligatoire dans notre milieu.
Ce matin-là, une neige légère recouvrait le sol sous les cerisiers en fleur.
Une tortue avançait vers nous, elle s’arrêta, nous regarda, puis, sans doute le froid, et se mit en mode “maison”. Quel présage nous donnait-elle, nous verrions bien…
Néanmoins, elle était un gage de bonheur et de longévité, à nous d’en profiter.
Yukio et moi allions passer aux joies de notre âge et laisser discourir les parents de notre avenir.
Yukio m’offrit un pendentif de Maneki Neko en or blanc, le chat porte-bonheur plus actuel.

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.

Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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