Que vous êtes nombreuses et nombreux d’avoir repris votre plume pour offrir sur le blog des textes incroyables pour cette proposition d’écriture N° 98. 

Je vous en remercie du fond du cœur! 
Quelle reprise mes amies et amis! Incroyable mais vrai!
Vous m’avez fait parvenir de chaleureux messages après cette pause de quelques semaines.  J’ose espérer, vous lectrices et lecteurs, que vous allez toutes et tous bien. 

 Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.  

D’Abdelhamid


“Quelle impunité, quelle insouciance, quel égoïsme!

Autrefois, j’étais maître des arbres. Mon feuillage brillait de splendeur, et mes branches rivalisaient de taille.

Maintenant, à cause de minables visiteurs, je me vois anéanti, achevé.

Mes belles feuilles qui resplendissaient autrefois se voient maintenant mélangées à un vulgaire tas de fumier. Mes longues et délicates branches ne sont maintenant qu’un insignifiant fagot de bois attendant d’être brûlé pour assouvir la faim destructrice des hommes.

Je préférerais la mort à ce supplice, l’inexistence à ce châtiment.

Comment vais-je dorénavant discuter avec mes congénères, sans être sans cesse emprisonné par la honte d’être jugé à cause de mon apparence.

À bas ces humains, qui ont profité de mes délicieux fruits pour ensuite élaguer allègrement mon beau et fin branchage, sans peine ni remords.”


De Mina

Mon arbre adoré,

Ce matin, en ouvrant mes volets, et après avoir bien dormi donc bien reposée, en forme , quoi…
Je regarde autour de moi, et mon arbre préféré me fait un petit signe tristement…il est quasiment nu!
Et là, me dit-il, j’ai la sensation d’avoir perdu mes membres…cela me fait trembler d’émotion.
Quoi !
Les autres arbres se dandinent, virevoltent, et toi, triste, tout seul, au milieu d’eux, tu ne bouges plus?
Et là, il me répond : « je n’ai rien pu faire, des hommes chapeautés, au regard noir, et avec de gros engins, sont venus et bing, en 3 minutes, j’étais handicapé … »
Le regard des amis de mon arbre : le bouleau, le charme, les chênes et les pins, me pénètre…que pensent-ils ?
« Ah » dit le pin, « tu ne vas plus me gêner pour le soleil du matin. »
« Ben moi, » dit le bouleau, « j’aimais tes caresses soyeuses. »
Voilà qu’il faut attendre l’année prochaine pour ces douceurs.
Mon arbre leur répond : « je reste votre ami, mais je pense que je rajeunis et ne soyez pas tristes , je serai simplement différent, mais dame nature me promet de me remplumer, et là , je serais vigilant envers cette société qui détruit tout au profit de ces mécréants… »
Je suis allée le voir , l’entourer de mes bras et nous nous sommes réconfortés l’un et l’autre.


De Lucette

L’élagage d’un arbre

Mes propriétaires ont eu la belle idée de planter un arbre pour chaque enfant et petit-enfant.
Les années passent, ce qu’ils n’ont pas prévu, c’est que nous allions tous grossir et avoir besoin d’espace, besoin de respirer, besoin de trouver notre place parmi les différentes essences.
Autour de moi, il y a un cerisier tout chétif, un pin qui leur a été vendu comme nain, et moi, le bouleau pleureur, magnifique en photo, mais plus malingre que moi, ça n’existe pas. Comment vais-je m’y prendre pour m’épanouir au milieu de mes comparses, qui au fil des années sont devenus immenses, magnifiques. Tout le monde les admire, et moi je pleure, personne n’en prend grief, « pleureur c’est mon identité ».
A chaque printemps, il faut les voir grimper dans le cerisier s’empiffrer de ses merveilles. Les petits les pendent aux oreilles, d’autres se remplissent plus la panse que le panier, mais ma maîtresse veille, en pensant à la tarte aux cerises, au clafoutis, au confiture. Alors S.V.P pas trop de gâchis. Tous font semblant d’obéir, mais continuent leur petit manège dès qu’elle a le dos tourné.
Enfin l’heure est arrivée, « j’entends » le goûter est prêt… Tous accourent, car il y a toujours de bonnes choses à déguster pour leurs « quatre heures. » Moi, je suis un peu secoué par une risée qui frôle mes branches rachitiques, dotées d’une parure verte qui ne vaut guère mieux. Je me contente comme je peux, un jour… un jour je serai grand et beau !!!
Le pin nain à l’achat est devenu immense, alors lui, il sait s’imposer ce prétentieux, il bouffe tout l’espace, le cerisier et moi, on se serre pour avoir moins froid, moins peur, mais non, ce prétentieux continue à prendre ses aises. Jusqu’à quand, telle est la question…
Quinze ans sont passés, l’élagueur est déjà venu deux fois couper des branches de mon voisin très gênant, mais il s’en fiche jusqu’à empêcher de recevoir les ondes nécessaires pour que mes « patrons » regardent la télévision. Plusieurs spécialistes sont venus, à chaque fois le même discours, si voulez que tout fonctionne « le pin gêne ». Oh ! Ai-je bien entendu « le pin gêne ». Malgré tout, il aura encore du sursis, mes patrons ne peuvent se résoudre à l’abattre. Cet arbre fait référence à l’un de leurs enfants. Comment va-t-il le prendre ? Puis, les mois passent, et les gourmands sont encore là avec leurs cerises. Ils se délectent avec toujours la même voracité, et d’un coup j’entends « Oh, venez voir, il y a des vers dans les cerises ». Non, personne n’y croit, ils en ouvrent une, puis deux, puis dix, et toutes étaient véreuses. Je ne l’ai pas montré, mais je riais intérieurement.
Après avoir bien palabré sur ce qu’ils peuvent faire pour remédier à ce fléau, après avoir tout tenté, mes patrons décident enfin de leur mort à tous les deux. Je reconnais que rire de la mort d’un arbre, ce n’est pas glorieux, d’ailleurs mes patrons en ont longtemps été chavirés…
Les saisons sont passées, me voici comme un pacha sur son trône, j’ai pris une ampleur, une beauté dont je ne suis pas peu fier. Je m’épanouis, sans doute un peu trop, puisque des branches ne ploient plus comme elles devraient le faire, elles s’érigent vers le ciel, et j’entends les commentaires, « c’est dommage, avec ses branches rebelles, ça le gâche ». J’en frémis d’avance, que vont-ils décider ? Pourtant ma noble carrure orne tout ce jardin qui est mon « fauteuil royal ». S’il vous plaît, ne me blessez pas, laissez-moi vivre ma vie. J’ai tellement souffert avec mes imposants voisins, je n’ai rien dit de mal contre eux. Bon d’accord, je me suis réjouis de leur mort, mais je vous en prie, ne me faite pas subir le même sort. Ma toison verte comble tous ceux qui m’admirent, je suis un des premiers à la retrouver dès les premiers rayons du soleil. Je sais me faire discret, j’embellis chaque jour un peu plus, je me débrouille tout seul en ne demandant jamais rien à personne…
Mais le couperet tombe, je vois arriver une grande échelle, des engins qui font un bruit infernal, et les voilà qui me grimpe dessus. Aie, laissez -moi tranquille, s’ils pouvaient eux-mêmes tomber…
Moi, le bouleau pleureur, oui je l’avoue, je pleure en voyant tomber par-ci par-là les branches qui me déparent. Les voilà partis ces bourreaux, et je pleure et je pleure. Rien ne sert de s’apitoyer, je vais cicatriser mes blessures. Au fond, je suis encore beau, enfin je fais semblant de le croire…
Quelques mois sont passés, je renais de mes souffrances, et je n’y comprends rien, je suis encore plus majestueux. Certes, je n’ai ni pommes de pin, ni cerises à proposer, mais j’ai un charme fou…
J’ai cru mourir de leur barbarie, j’ai vaincu ma peur, aujourd’hui je vis un conte de fée. Chaque jour, des chants mélodieux émanent de mes branches m’accompagnant du matin au soir.
Quelle belle récompense, merci à mes maîtres qui ont su prendre leurs responsabilités contre mon gré. Je suis le plus heureux des arbres de la terre et ma vie continue…


De Jacques


Gueule cassée

Ça y est,
Ils sont passés
En m’esquintant
En enlevant mes liens vers le ciel
Pour passer des fils
Pour que je ne les touche pas
Je ne suis pas nu
Je me sens comme les gueules cassées
Comme ceux de 14
Que je voyais passer,
Marchant vers la place du village

On les prenait pour des monstres
Pourtant, ils avaient connu la géhenne
La trachée des tranchées
Eux les braves

Je suis eux
Regardé, jugé
Je suis le tératologique
Même la rue rit

Il aurait fallu que ma face soit mon dos
Et de l’autre côté j’aurais dû être
Moi, le chêne, le noble arbre.


De Marie-Claire

 Une œuvre d’art

Je les avais entendus discuter plus d’une fois. Ils n’étaient jamais tombés d’accord, elle et lui.

– Il se porterait mieux avec quelques kilos de moins, c’est sûr.
– Tu crois ? A son âge, c’est normal qu’il ait pris du poids. Tu le vois, maigrichon comme s’il avait dix ans ?
– Non mais, regarde-le ! Trop, c’est trop, une opération s’impose. C’est pour son bien.
– Une opération ! C’est pour le moins radical.
– Tu verras, à son âge il peut encore la supporter. Si on attend encore, il risque de mourir.

Ils voulaient décider sans même penser à me demander mon avis. Je leur aurais dit, moi, que je
refuserais tout net qu’on me charcute, qu’on m’estropie, qu’on me défigure. Je les aimais bien,
je n’avais jamais pensé qu’à leur faire plaisir et ils allaient me jouer un tour de cochon ! Pas seulement
lui car elle est finalement aussi coupable puisqu’elle a cédé et qu’elle a laissé faire.

Ils ont fait venir un spécialiste, même deux qui ont tourné autour de moi, qui m’ont tâté, palpé, tapé du
plat de la main pour mesurer ma résistance. Ils ont pris du recul, on a parlé de chiffres, de dates. Même
les oiseaux se taisaient pour écouter.

Quand je les ai vus débarquer avec tout leur matériel, le jour n’était pas encore tout à fait levé.
Les oiseaux, affolés, se sont dépêchés de déguerpir et je suis resté tout seul avec eux, face à leur scie
qu’ils faisaient rugir dans l’air avant de me toucher, pour faire du bruit, pour m’effrayer. Puis ils ont
entamé ma chair, mes muscles, ils ont scié jusqu’à l’os pour me démembrer. Ils faisaient tellement de
bruit que, si j’avais crié, personne ne m’aurait entendu. A quoi bon se plaindre ? Je voulais rester digne.
Elle et lui, ils devaient être honteux parce qu’ils ne se sont pas montrés, j’ai juste aperçu leurs visages
derrière la fenêtre.

L’hiver est arrivé, mes plaies cicatrisaient tant bien que mal et j’avais peu de visites. Je souffrais
en silence, pas seulement à cause de mes moignons à vif que de l’angoisse de ne plus leur plaire.
Au printemps, les oiseaux m’ont délaissé, je n’avais rien à leur offrir. Puis l’été a chanté d’un coup sous
le soleil. Il a sorti le barbecue, le parasol, elle a astiqué la balancelle et les sièges en rotin et leurs amis
ont débarqué avec leurs rires et le rosé tout frais.

– Comme c’est changé, ici ! a remarqué Jean-Pierre, quelqu’un qu’ils invitent souvent.
– Nous avons hésité longtemps mais il a bien fallu nous y résoudre, c’était une question de vie ou de
mort et nous ne voulions pas le perdre.

Tous ont renchéri : oui, ils avaient bien fait. Il y avait plus d’espace, les rosiers fleurissaient mieux et ils
observaient déjà sur moi les signes d’un regain de santé : des branches fines où pouvaient éclore des feuilles
d’un vert tendre du plus bel effet.

– Et regardez cette architecture ! s’est exclamé le cousin Paul. Sans le superflu, on admire mieux
l’ossature parfaite, l’équilibre que donne la maturité. Ah ! oui, vous avez maintenant une oeuvre d’art
dans votre jardin !

Le cousin Paul est architecte, il sait de quoi il parle et quand il parle, tout le monde acquiesce.
Ils sont venus me toucher, me caresser, me parler. Leur amie Jeanne m’a même pris dans ses bras en
disant « Comme il me fait du bien ! » et ils se sont placés à côté d’elle pour la photo souvenir.
C’est Jean-Pierre qui l’a prise. Il est photographe au National Geographic, Jean-Pierre, et il est sûr
que nous ferons la couverture d’un prochain numéro. Ça valait bien la peine de souffrir un peu !


De Bernard

Y’a longtemps que je voulais me refaire une beauté.
Y’en a qui préfèrent le coiffeur, moi c’est l’élagueur.
Faut dire que toutes ces branches, c’est pas facile à couper,
Il leur faudra des heures et y mettre de l’ardeur
Et si je veux vraiment grandir, il me faut être bien élagué.
J’avais sûrement peur de tous ces jours de grand vent,
Des champignons, des branches mortes ou bien cassées
Et il faut être élégant, penser à son épanouissement.
Etre en pleine forme pour repousser et s’étaler.
Mes branches, mes feuilles bourgeonnent et repoussent.
Qu’elles fassent de l’ombre et puissent abriter les nichées
Et les amoureux, les coquins qui viendront en douce
Qui cherchent le secret et des lieux pour se cacher.
En quelques mois, une seule saison, je redeviens majestueux
Je fais chanter les vents et reprends ma place des soirs d’été,
Et on viendra pour m’écouter, les gens en sont respectueux.



De Martine


Pauvre de moi! j’ai froid, je suis tout nu.
Mais qu’est ce qu’ils ont ces humains à me déshabiller ainsi ? Que font-ils de ma pudeur?
Pour qui se prennent-ils? Je ne leur ai rien demandé, j’étais bien avec mes branches et mon
feuillage. J’étais grand, imposant, je voyais loin et je pouvais admirer le paysage au loin. J’offrais
mes branches à tous les animaux qui venaient se mettre à l’abri du vent, du froid. Maintenant,
je suis nu et seul. Plus personne ne me regarde en m’admirant. Si par hasard maintenant,
quelqu’un porte son regard sur moi c’est pour se moquer, pauvre tronçon de bois que je suis.

Je vais souffrir du regard pendant quelques semaines mais bientôt je remettrai un habit
verdoyant et apporterai une belle ombre à tous ceux qui y viendront s’asseoir et se reposer.
Là, de nouveau je pourrais écouter les conversations, je serai le témoin de belles choses.
Si je pouvais parler, je vous en raconterai de bien belles histoires mais comme je suis quelqu’un
de confiance, je serai muet comme un morceau de bois.


De Nathalie


Depuis quelques jours, je voyais un humain tourner autour de moi. Nous sommes à la fin du printemps, le
soleil commence à chauffer. Je me suis dit qu’il venait se mettre un peu à l’ombre. C’est vrai que je l’ai trouvé bizarre dans son accoutrement. Il a fait le tour de mon tronc et à la fin, il a fait une grosse croix avec de la peinture. J’ai rien compris.
Et voilà, aujourd’hui, je suis tout nu ou presque. Ils ont tout enlevé. Les feuilles, les branches, les glands. Je ne verrai plus les écureuils. Il ne me reste que quelques moignons par-ci par-là. Soit disant, il fallait m’élaguer, je prenais trop de place. Je gênais mes congénères. Mais là, ils m’ont carrément tondu. Je vais mourir…..
Pourquoi moi et pas les autres ?
Lui à ma droite, le Hêtre, qui profite de ma hauteur pour grandir tranquillement à l’ombre. En plus, il commence à me dépasser et me fait de l’ombre, ombre que je n’apprécie pas du tout. En plus de ça, il a vraiment une drôle de tenue avec ces mycorhizes, beurk !!! Il aurait pu finir en contre-plaqué, en meubles ou en jouets.
Ou l’autre à ma gauche, le Charme avec ses branches longues et grêles, et son fruit volant, l’akène. Regardez son tronc, on dirait de longs muscles. Il n’a rien d’élégant. Il aurait pu finir en pâte à papier, ou en bois de chauffage.
Ou lui, en face, l’Erable, le faux-platane. On dit de lui que ces graines peuvent être transportées sur des distances considérables par le vent. On dit qu’il prend de magnifiques teintes en automne. C’est pas une raison. De toute façon, il n’en a plus pour longtemps. Il a déjà 140 ans. Il aurait pu faire un bel ustensile de cuisine.
Ou encore lui, le Frêne. D’abord, il devient beaucoup trop haut avec son tronc qui ressemble à une peau de crocodile. C’est un paresseux avec ces feuilles lancéolées. Ces grappes pendantes qui ressemblent à des « langues d’oiseau ». Encore un qui aurait pu finir dans une cheminée, ou en article de sport.
Moi, on m’appelle sa majesté le Chêne. Je sais, je suis très vieux mais pas encore assez pour mourir, je vais bientôt avoir 1000 ans. Mon écorce est très crevassée, mais je reste très dur en vieillissant. Moi qui symbolise la force et la majesté, je ne ressemble à plus rien.
Je me souviens des amoureux qui venaient s’asseoir à mes pieds. J’aimais les regarder s’embrasser. Il me grattouillait le tronc pour graver leurs initiales. Je me souviens de ce petit garçon qui venait se réfugier à mes pieds pour échapper à une fessée. Je me souviens du temps des druides, des celtes, eux ils ne m’auraient jamais fait de mal.
Plus personne ne viendra m’enlacer, chuchoter au creux de mon écorce, partager avec moi ce qui leur tient à cœur. J’étais devenu leur ami, leur confident. Plus personne ne viendra me câliner. Maintenant, je vais devoir attendre des mois, peut être des années avant que l’on ne vienne se recueillir autour de moi. Je ne ressemble à plus rien. Bientôt je finirai en tonneau, en cercueil, en pilotis ou en bateau.
Eureka, j’ai compris. En fait, ils ont coupé toutes mes branches à cause des cocons remplis de chenilles processionnaires qui s’étaient allongées le long de mes branches. Je vais pouvoir encore vivre 1000 ans.

De Sonia

Oh mon dieu, que se passe-t-il, quelqu’un s’approche, j’entends un drôle de bruit, que font-ils, ils m’enlèvent certaines de mes branches, qui se raccourcissent, c’est un supplice, que vais-je devenir ? Pourtant, il y a quelques années, j’avais déjà remarqué qu’il se passait quelque chose dans les environs puisque j’avais entendu ce même bruit mais ce n’était pas sur moi. Et en voyant le résultat sur mes voisins, je m’apercevais que ce n’était que du bonheur puisque qu’après, ils devenaient majestueux. Comme j’étais jeune, ils ne pouvaient pas le faire mais maintenant c’est à mon tour, je suis en âge d’être élagué, donc après qu’ils auront fini, je deviendrai un des plus beaux qu’on n’aura jamais vu dans les environs. Dès que mes branches renaîtront, ils m’apporteront la joie, le bonheur de pouvoir recevoir, sur elles, mes amis oiseaux ou même ceux qui grimpent ainsi que donner du réconfort auprès des personnes qui m’enlaceront. Chaque année, ça sera ma nouvelle évolution dans ma vie.  

De Mireille

Une vie d’arbre au XXIème siècle

Je ne fréquente pas les hautes écoles, je n’ai pas l’honneur d’avoir des diplômes, qui soit dit en passant sont matérialisés avec ma chair. Je ne me déplace pas, je ne participe pas à la dégradation du climat.
Autrefois, vos ancêtres me respectaient. Ils savaient entendre ma voix, qu’elle vienne de la caresse du vent, de la bise cinglante, ou de l’orage qui quelquefois me blessait. Combien d’entre eux se sont abrités sous ma ramure, certains également y ont été pendus haut et court. Les bovidés venaient se protéger du soleil ou de la pluie. Mon feuillage les caressait délicatement.
Et le génial écureuil filant de branche en branche, tous les insectes pollinisateurs qui au printemps se gorgeaient du nectar de mes fleurs, les chenilles, les coccinelles, les araignées aux artistiques toiles, dignes de vos tableaux enfermés dans les musées, ou pire dans des réserves. Avez-vous vu la chouette cachée au creux de mon tronc ? Entendez-vous le pic qui martèle ce coffre qui s’offre à lui ?
Tout cet univers que vous pourriez découvrir si vous aviez le courage de laisser vos gadgets. Vous pourriez même sentir l’énergie de mon corps, qui se diffuse dans le sol le long de mes racines, de tout un réseau sur l’ensemble de notre planète : LA TERRE.
Vous croyez que ce lieu vous appartient, que vous en êtes les propriétaires, que tout doit vous obéir. Pauvres fous, vous n’avez rien compris, vous êtes vivants parce que nous vous le permettons, parce que nous vous apportons les éléments essentiels, pas le contraire !
Vous venez de me dénuder, me dépouiller au nom d’un concept design, qui consiste à installer des maisons entre mes branches, sans tenir compte de ma réalité, de ma place auprès de mes congénères qui tremblent de me voir ainsi. Je sens une baisse de ma vitalité, je vous demande instamment de réfléchir à vos actes.
Oui je sais que vous avez un plan B. Est-ce bien raisonnable de sacrifier une planète pour courir après une inconnue ? Avant que vous ne continuiez votre massacre, lisez cette histoire vraie.
Une femme âgée de votre monde est venue se reposer à mes pieds. Elle semblait sereine comme le sont les anciens, mais triste. Je l’ai bercée et dans son rêve, voici ce qu’elle m’a dit :
« Demain un homme prendra le chemin de l’espace. C’est sa deuxième participation et cette fois-ci, il a le commandement de l’expédition. Donc ce matin, ces messieurs les journalistes faisaient feu de tout bois pour mettre le sujet en avant, trouver les bonnes personnes, celles qui vont pouvoir argumenter sur cet exceptionnel évènement, essentiel pour l’humanité ! Ces êtres veulent de toute force nous persuader qu’ils détiennent la solution et que l’humanité ne trouvera d’équilibre qu’en exploitant l’espace, les énormes ressources, comme ils disent… Soudain, un mot s’installe dans mon oreille de quidam humanoïde autodidacte, âgée et suprême tare femelle. Ce mot extraordinaire, je vous le livre : JEU.
Eh oui messieurs les savants, scientifiques de tous bords, vous ne faites que jouer comme des gosses, quelques soient les conséquences, que vous cassiez votre jouet et tout ce qui l’environne. Tout doit être nouveau, dès que l’objet est brisé, vous vous en désintéressez, comme de notre terre.
Son état nous montre bien qu’il ne faut surtout pas vous faire confiance. Messieurs, journalistes, éditorialistes, savants etc…, allez-vous coucher sans manger ! Il est temps de vous éduquer, vous ne devez plus être en première ligne en négligeant les humbles. »
Je ne peux que vous remercier d’avoir lu mon histoire, il y a un mot que j’aime dans votre langage, le voici : ESPOIR. Peut-être continuerons-nous le chemin ensemble…
Protégez l’équilibre du vivant, pour vos enfants !


De Claude


L’ARBRE QUI GÂCHE LA FORÊT ?

Ce ne sont pas les propriétaires de chiens qui manquent dans mon secteur. Tiens, j’en vois un qui se penche sur son basset. Et un autre qui arrive avec ses gros cabots !
Mais depuis quelques jours, ce sont les forestiers qui rôdent dans mon coin de forêt où trônent de majestueux chênes centenaires (j’en fais partie, mais surtout, n’y voyez aucune prétention !), et cela ne laisse rien augurer de bon. J’en ai même vu un faire une croix rouge sur mon tronc. Pourquoi moi ? Mon abattage serait-il programmé ?

Les voilà qui arrivent, équipés pour une exécution. Ils ne résinent vraiment pas sur les moyens ! Pour résister à la douleur, j’aurais besoin de hasch (chiche !) ! Ça sent déjà le sapin !
Bien implanté dans ma terre, je me retiens de toutes mes forces à mes racines et ce n’est pas un boulot facile ! Ils s’attaquent à ma branche principale. Je sens qu’elle peut plier à tout moment. C’est fait !
Elle pend pitoyablement, puis soudain se détache de moi et bascule dans le vide en poussant des cris à vous déchirer le cœur. La douleur est atroce. J’ai beau hurler, les bûcherons restent insensibles à mes souffrances et poursuivent méthodiquement leur « travail ».
De loin, je vois ma branche s’échouer au ras du saule, alors qu’hier encore, je l’observais de si près. Puis une deuxième et une troisième viennent la rejoindre. Perdre en si peu de temps autant de membres de ma famille ! De la branche cadette à la branche ainée ! Cela ne s’est pas vu depuis la révolution de 1789 !


Me voilà amputé, putain ! (Pardon, c’est la douleur qui me rend vulgaire). Je suis démembré. Un arbre en kit. Façon Ikéa. Oui, c’est possible !
Il est vrai qu’avec des scies, on pourrait mettre Paris en bouteille !
Je ressens comme un mélèze. Ma sève m’abandonne. Au bout d’une heure d’un travail acharné, des bûcherons, moi qui étais branché, je ne suis plus qu’un squelette !
Je ne comprends pas que les gens du château veuillent briser leurs chênes.
Je me sens tout nu à présent. Comment vais-je pouvoir surmonter ma pudeur maladive ?
Ma ramure, c’était mon armure. Je ne me reconnais plus ! Je ne suis plus que l’ombre de moi-même, un arbre gêné au logis, et ma crainte maintenant, c’est d’être la risée de la forêt.
J’ai certes été épargné cette fois-ci, mais pour combien de temps encore ? Un mort-vivant, voilà ce que je suis !
Ils auraient mieux fait de m’abattre tout de suite plutôt que de m’élaguer !
J’ai cru entendre mon voisin d’en face, un charme qui n’en a aucun d’ailleurs, faire cette remarque tout à fait incongrue : « Bienvenue aux handicapés ! Il est pas moignon, notre chêneau ! ».
Vous trouvez ça drôle ? Alors que j’expire. Ou presque.
Hêtre ou ne pas être, c’est bien là la question !
Je pique un coup de sève, mais cela s’arrête là. A quoi bon ? Je devais être comme eux quand j’étais jeune !
Une pluie violente freine la mission des bûcherons.
Paix aux ormes de bonne volonté !
Je remarque que depuis que mes membres reposent sur un tapis de feuilles mordorées (peut-être leur dernier lit, là), j’ai changé ! Je ne regarde plus les choses de haut. C’est peut-être parce que j’éprouve des sentiments plus terre à terre.
Mes branches, du moins celles qui me restent, ne me semblent plus assez couvertes pour affronter les rigueurs de l’hiver. Cet abattage effréné les a aussi effeuillées.
La première nuit de ma nouvelle vie ébranchée a été bonne, malgré tout : j’ai dormi comme une souche. Mais si l’irréparable devait se produire, j’aimerais vous communiquer mes dernières volontés :je souhaiterais, avant de rejoindre mes ancêtres, écouter un requiem de Rameau ou encore une chanson de Dutronc. (Non, surtout rien de Maxime Le Forestier, s’il vous plaît !)
Les derniers ifs plantés ont été rasés hier, ce que j’ai appelé : « le moment des six ifs » (oui, ils étaient bien six !).
Pour moi, on pouvait même les qualifier d’abjects ifs. Ils ont d’ailleurs été très vite remplacés par une haie de six troènes.
Je n’allais tout de même pas m’apitoyer sur le sort de ces effrontés qui me saluaient tous les jours d’un ironique : « Alors, comment ça va, vieille branche » ?
La question qui me taraude, c’est : « pourquoi veut-on m’éliminer, moi, après tant de siècles de bons et loyaux services ? ». Est-ce que je fais trop d’ombre à mes nouveaux congénères ?
Je m’interroge : en quoi ai-je démérité ? J’ai fourni chaque année des glands en quantité, bien qu’il n’en manque pas, des glands, au château.
J’ai produit un bois de qualité pour sa restauration.
A moins qu’à présent, ce bois ne soit destiné à la reconstruction de Notre-Dame de Paris…
Serait-ce parce que, bien malgré moi, j’ai été le témoin de certains rendez-vous galants et souvent coquins ? Ou que j’ai surpris des conversations très confidentielles, et des secrets compromettants qui menaçaient la sécurité de l’Etat ?
Pourtant, ils savent que je serai muet comme une tombe !
On m’avait prévenu : « Prière de stère ! ».
Seule mon écorce peut encore révéler par ses gravures profondes, les sentiments et les tourments d’amoureux très « Peynet ».
Pourtant, le maître des lieux se plaît à me montrer à ses invités prestigieux, indiquant avec fierté que j’ai connu Napoléon au temps de sa gloire. Mais Il oublie toujours de dire que j’ai connu aussi deux guerres mondiales et que j’ai assisté, il n’y a pas si longtemps encore, à l’exécution de résistants d’abord, puis de collabos ensuite. Une vraie bocherie !
J’y pense maintenant : peut-être croit-on, au château, que je ne suis plus assez futé. Mais, depuis le temps, cela se serait remarqué…
Le sourire narquois des « nouveaux », je parle des arbres récemment plantés, m’agace. Ils sont si jeunes, si insolents, et… si minuscules !
Ça leur passera avec l’âge !
Bien que je sois dur de la feuille, je perçois le vrombissement d’une déchiqueteuse. J’ai peur, je tremble comme une feuille. Je sens que ma fin est proche.
Vais-je finir en compost ?
Est-ce là que mon automne s’achève ? Dans une poubelle pour déchets verts… ou dans une cheminée. Après un arrêt obligatoire dans un abri bûches ?
Ah ! Les ordures ! Les ingrats !
D’autant qu’en cette saison, les feuilles mortes se ramassent à l’appel !
Mais si la fin de mon histoire vous intéresse, il vous faudra attendre.
Ce sont mes « rejetons » qui vous la raconteront !
Ou alors, lisez les bonnes feuilles de votre journal local !


De Maddy

Quel rafraîchissement me disent mes congénères, il a coupé court ….
Arrêtez de me regarder ainsi !!
Votre tour viendra.
Je me sens nu, plutôt fébrile. Le propriétaire du terrain s’occupe bien de moi, il me rend service en m’élaguant.
Il est venu me parler en m’expliquant que j’étouffais avec le lierre et les autres plantes saprophiles, de me préparer au bruit de la tronçonneuse …
Les vibrations de cette dernière pénétraient jusqu’à mes racines, j’en tremble encore …

Ceci dit dans quelque temps, j’entendrai…
Les nouvelles branches où les oiseaux se percheront, pour une halte ou un refuge. Mes feuilles les mettront à l’abri des prédateurs ils pourront y faire leur nid …la vie …
Les amoureux des arbres viendront caresser mon tronc comme pour panser leur blessure. Ils l’entoureront de leur bras pour se ressourcer et capter une énergie positive …
Du bonheur je leur donnerai parce que je serai beau et fort à nouveau …
Ne vous moquez pas !
Même si je suis nu en ce moment je sais que le meilleur est à venir on m’admirera on s ‘ émerveillera …

Patience , patience …


De Catherine

Alerte sabotage

Mais pourquoi ? Pourquoi m’avoir fait ça à moi, le vieux sage implanté ici depuis plusieurs générations ? Qu’est-ce qui les dérangeait tant dans ma belle prestance ?
Le fait que mes feuilles risquaient de salir le nouveau revêtement aseptisé de l’allée ? Maintenant, seules les crottes des deux chiens de la maison rempliront cet office, ce qui est pire que mon désagrément automnal !
Ou alors, c’est parce que je dépassais de moitié chez la voisine ? Mais elle, je sais combien elle m’aime et appréciait mon ombrage et mes productions tisanières. J’ai vu sa profonde tristesse quand, après une période d’absence, elle a ouvert ses volets sur moi, les yeux écarquillés de surprise et la bouche bée de désappointement. J’ai ressenti sa douleur pour moi de me voir dans cet état, réduit à presque néant, mon ramage raccourci à ras du tronc. Jamais, au grand jamais, elle n’avait vu une telle mutilation !
Finies, les balançoires accrochées à mes branches pour amuser les enfants de mon ami René ! Finies, les siestes à l’ombre sur le vieux banc de pierre, vestiges d’une cheminée d’antan, que l’on a fait lui aussi disparaître ! Finies, pour un très long temps en tous cas, mes tisanes bienfaisantes !
On tente de tuer un géant ! Peut-être aurait-il mieux valu me scier le tronc à la base, pour être vraiment sûr qu’aucune vie ne puisse rejaillir de mes racines. J’ai pourtant donné le maximum pour m’ancrer au plus sûr, allant jusqu’à franchir le muret de la voisine et m’abreuver dans le drain qui cerne sa maison, là où je savais trouver de l’eau. Elle n’a jamais rien manifesté contre, ma grande majesté offerte quotidiennement à ses yeux valant plus pour elle que mes petits délits de beuverie.
Que j’étais fière de mon port altier ! Je régnais sur cet univers, et le vieux sapin, vestige d’un Noël quadragénaire, me dominant en hauteur, pâlissait d’envie devant mon imposante chevelure. Au lieu de parader maintenant que je suis autre et si moindre, il commence à craindre pour son sort et resserre ses branches d’angoisse.
Que vais-je devenir ? Ce n’est pas que la honte m’étreigne, car je n’ai pas d’énergie pour de telles fadaises. Simplement, je me demande comment je peux me sortir d’une telle sauvagerie destructrice. Aurais-je assez de force pour faire renaître des branches, puis des branchettes, puis des bourgeons, puis des feuilles et des fleurs, puis des fruits odorants et mellifères ? Est-ce que ça vaut le coup de tenter la vie, ou serait-ce les prémisses d’une mort annoncée ? Est-ce que je décrète de vivre ou de mourir ? Et eux, qu’attendent-ils de moi ? Que je renaisse plus beau et plus majestueux , ou est-ce tout simplement qu’ils n’ont pas fini leur travail de mise à mort ?
Au fond de moi, je sens une énergie de vie qui bouillonne, mais, à mon âge, c’est un travail colossal pour recouvrir mes moignons de bourrelets antiparasitaires, car avant de renaître, il me faudra panser toutes mes plaies. Je mérite de renaître, de finir ma vie parce que mon temps serait naturellement fini, et non parce que je dérange des humains encore trop jeunes pour mesurer le bénéfice de me garder. Si je pouvais croiser mes feuilles ou mes brindilles, comme les humains croisent leurs doigts en symbole d’espérance, j’émettrai un vœu de résistance à la barbarie, pour pouvoir retrouver ma prestance d’avant et un jour encore très lointain, décider par moi-même de tirer ma révérence.


De Marina

L’arbre

Mais que m’arrive-t-il ? Je me sens tout nu. Hier encore, j’étais grand et fort, je dominais cette forêt de minables là-bas. Mon ombre les empêchait de trop pousser pour qu’ils ne me dépassent pas.
Des pantins ont décidé que j’étais trop important et dangereux. Alors ils sont venus s’attacher autour de moi avec des cordes, me grimper dessus. Ils ont apporté des machines bruyantes. Ils ont coupé mes magnifiques branches dont j’étais si fier.
J’ai l’air de quoi maintenant avec mes moignons ? Ça les fait bien rire les petits au loin. Je les imagine : « Tu l’as vu l’autre ? Ah il fait moins le malin ! On va enfin pouvoir profiter du soleil. »
D’habitude j’impressionne tout le monde. Même les humains s’extasient et me prennent en photo ou essaient de m’entourer de leurs bras minuscules.
Mais ce qu’ils ont tous oublié, c’est que mes branches vont repousser de plus belle. Les feuilles si vertes vont réapparaître avec le printemps. Je serai à nouveau le roi et tout le monde m’admirera.


D’Ariane

Ça faisait un bon moment que je ne les avais pas revus les petits hommes verts de la forêt avec leur pull à bande blanche, au moins 20 ans je pense. Oui je me souviens c’était en 2001.
La dernière fois, ils étaient passés comme ça vers le mois de septembre, ils m’avaient regardé sous toutes les coutures, enfin sous toutes les branches, ils avaient discuté un bon moment et puis ils avaient tracé un signe sur mon fût. Ils étaient revenus en plein hiver.
Là j’ai bien l’impression que ça va recommencer.Ils ont fait le tour de mes amis les chênes, les châtaigniers, les hêtres et ils ont dit que c’était bon, ils m’ont fait une marque comme la dernière fois et ils sont repartis. Mes feuilles dorées, orange, brun clair étaient déjà tombées en grande partie. Ça me tenait chaud aux racines, je sentais qu’elles allaient bientôt former un épais tapis qui se décomposerait doucement et me nourrirait tout l’hiver.
Ah ! Voilà ! J’avais raison, ils reviennent avec leurs engins stridents, certains portent des harnais, des cordes : on dirait des parachutistes ! Comme celui qui était tombé une fois sur le chêne d’en face ! Oh il y a un paquet de temps de ça ! Je dirais bien plus de soixante-dix ans ! Qu’est-ce qu’on avait ri avec les copains ! Il s’était entortillé le parachute dans les branches et il avait même passé une nuit entière accroché comme ça en l’air ! Enfin il avait fini par se libérer et était parti je ne sais où.
Bon, ça y est : ça commence. Les trois petits hommes verts ont sorti leur matériel. Il y en a un qui commence à me grimper dessus. Il fait un froid de canard. J’ai un peu la trouille quand même : pourvu qu’ils me laissent vivre.
Je l’aime ma forêt moi ! Quand les saisons s’enchaînent, les couleurs que nous prenons tous en octobre, la lumière d’hiver, le doux soleil de printemps au moment où l’on s’ébroue, sentant cette force vitale qui remonte des racines et cette sève délicate qui glisse et frissonne jusqu’au bout de nos branches, et quand nos petites feuilles tendres commencent à s’ouvrir ! Ah ! Quel bonheur tous ces moments de débourrage partagés !
Mais là, je n’en mène pas large, mes copains m’envoient des signaux à travers le sol, ils m’encouragent, ils sont un peu inquiets aussi.
Le grimpeur lance sa machine qui hurle et entame ma plus haute branche. Ça pique un peu mais c’est supportable, il y va doucement, il taille en biais.
Dans un bruit sourd qui fait trembler le sol, ma branche se retrouve par terre. Mes amis frissonnent autour.
Mais ils continuent de m’envoyer des messages de soutien sous le sol par leurs racines entremêlées aux miennes.

Le petit homme descend en s’appuyant sur mon tronc et s’attaque à la branche du dessous.
Oh pourvu qu’il me laisse encore vivre ma vie d’arbre !
Allez on se calme, il n’a pas complètement coupé ma branche, il l’a juste un peu raccourcie, c’est bon signe !

Il procède comme ça de la même façon sur toutes mes plus vieilles branches qui une à une dans un mouvement lent dégringolent, culbutent et s’affalent par terre avec un bruit dense comme accablé.
Je suis pétrifié maintenant. L’acrobate est redescendu, les autres inspectent le travail et dégagent mes branches. Je ferme tous mes sens, je ne veux plus savoir ce qu’ils vont faire maintenant.
Vont-ils s’attaquer à mon fût si beau que j’ai mis des années à constituer anneau après anneau ? Cercles de bois tendre longuement façonnés qui m’ont apporté la rudesse et la force, qui m’ont protégé des petits malins qui sortaient leur canif pour graver des cœurs avec des lettres dedans, des pics verts qui cherchaient à manger avec leur bec pointu comme une aiguille ?
Quand je reprends connaissance, il n’y a plus personne.
Ils sont partis les petits hommes des bois.

Donc… euh… donc ? Je suis vivant ! VIVANT ! Hey tout le monde ! Je suis vivant,

Au printemps il sortira des feuilles vert clair de ces moignons pas très esthétiques !
Je serai remis à neuf les amis ! Oh mais comme je suis content !
Toute la sylve alentour semble se serrer contre moi, je ressens toutes les déclarations d’amitié de mes chers voisins, ils me congratulent, se réjouissent, me complimentent sur mon futur printemps !

Oh les amis « Je serai le plus beau du quartier ». Nous partons tous d’un rire tonitruant à la hauteur de l’épouvante et de la panique que nous avons tous ressenties !

Dans le village un peu plus loin, la Mauricette qui ramassait les feuilles dans la cour raconte à qui veut l’entendre qu’elle est formelle, sûre et certaine ; elle a entendu tout à coup comme des éclats de rire qui venaient de la forêt. Personne ne la croit bien sûr.

Seule la petite Ondine de trois ans, assise au bord du lavoir est venue chuchoter à l’oreille de grand-mère « Oui, Mamé, tu as raison, ce sont les arbres qui étaient heureux mais, tu sais, il n’y a pas que les fées qui savent les entendre ».


De Marie

Le vieil arbre

C’est une chanson triste
Celle d’une mémoire envolée
Avec mes branches protectrices
Trop fier de ma ramure
J’ai connu péché d’orgueil
Moi, l’ancêtre du jardin

Un beau matin d’automne
En guise de punition
Ils m’ont déshabillé
Privé de mon feuillage
Je ne suis plus que tronc
Du goudron pansent mes plaies

Je me sens inutile
Les reverrai-je un jour
Les tendres bourgeons de mai
Et quelle humiliation
De subir les railleries
Des jeunes arbrisseaux
« L’avez-vous vu ce vieux tout nu
Ils auraient dû l’abattre
Il ne sert plus à rien ».

Bien faire et laisser dire
La leçon est comprise
J’apprends l’humilité
Mais n’ai pas dit mon dernier mot
Mes racines sont solides
Elles communiquent avec les anciens
Il faut savoir écouter
Je ne crains pas le vent
L’eau profonde peut m’abreuver
Je verrai à nouveau le printemps
Et le vent chantera dans mes branches
La famille à nouveau se réunira sous mes ombrages
Ces jeunes fanfarons peuvent-ils en dire autant ?


De Laurence D


« La vie ne fait pas de cadeaux ».
« La vie ne fait pas de cadeaux », aimait répéter mon cher père.
Mais alors là, elle n’y est pas allée de main morte. Ils ont osé, les bougres. Moi qui tenais ma place, année après année, qui avais à cœur de fignoler, peaufiner ma tenue, tous les printemps, saison après saison ; voilà ce qu’ils ont fait de moi ! Ah les ingrats ! Moi qui n’ai eu de cesse de leur offrir été après été mon ombrage aux heures les plus chaudes, voyez à quoi j’en suis réduit aujourd’hui ? Cette fraîcheur ô combien bienvenue, que je leur offrais. Ce banc, à mes pieds et compagnon d’infortune, pourrait plaider en ma faveur. S’ils nous avaient laissé le temps de raconter que de nombreux passants ont pu en bénéficier, s’asseoir là, un moment, à l’ombre …
Mais non, il a fallu couper, élaguer, tronçonner pour je ne sais quelles raisons, raisons « médicales », ont-ils expliqué … Suis-je aussi malade ? C’est bien ce qu’ils ont l’air de dire. Mais peut être arriverais-je à me relever ? Peut-être que cet été avec mon cher ami le banc, aurons-nous encore la possibilité de garder cet oasis de fraîcheur, d’écouter les confidences de nos amoureux en herbe, d’abriter leurs baisers encore timides, de proposer à nos aînés un moment de répit, se reposer du soleil, à l’ombre de mon feuillage ? Et cette mère, elle aussi, aura bien besoin de se poser ?! Ah non, je refuse, je ne renoncerai pas. Ma tâche n’est pas terminée, il me faut repartir, encore trois mois à me refaire une santé. Cet été, mon feuillage sera là ! N’en doutez point ! Nous nous reverrons, je vous en fais la promesse.


De Nicole


UN ARBRE EN PERIL

Le jardinier diabolique a encore frappé.
La magnificence de mon port, les courants magnétiques qui parcouraient mon corps des profondeurs de mes racines jusqu’à mes branches aux feuilles luxuriantes, comme des doigts pointant vers le ciel.
J’ai tout connu les hivers glacials, recouvrant de neige mes membres gelés, les montées de sèves printanières, les bourgeons, les feuilles, les fleurs odorantes, je suis un tilleul, les étés flamboyants, la soif intense, le dessèchement de ma parure et la chute de mes chères feuilles, les pluies et les vents automnaux.
Et maintenant, je suis là blessé, amputé, la risée de mes congénères. Le chat mon ami ne sait plus où se blottir.
On appelle ça une taille radicale, la porte ouverte aux insectes xylophages, je les entends déjà me déchirer de leurs bouches voraces dans un bruit infernal.. Les champignons risquent d’envahir mon tronc de leurs excroissances vertes, grises et feutrées.
Dès le printemps, je devrai tenter de compenser cette perte en réalisant des rejets foliaires, c’est une galère dont j’espère sortir vivant.
Passantes, passants si tu aimes la nature, dénonce bien haut les tailles sauvages.


De Martin

Après

Après le mutisme, après le déni, après leur plan B
Après le cynisme, après l’ironie, après être tombé
Après le mensonge, après la survie, après leurs médailles
Après jours éponges, après le mal assouvi, après le sale travail
Après les discours, après la piétaille, après les bravos
Après la mort du jour, après les batailles, après Sarajevo
Après Saint-Michel, après la violence, après tous les moyens
Après qu’ils furent du ciel, après vengeance, après les poings
Après les blessures, après les tatouages, après la bouteille
Après les coups durs, après le courage, après les jours d’éveil
Après l’appel du clairon, après Verlaine et ses violons, après nous
Après la leçon, après nos jours longs, après Mogadishu
Après les efforts, après les veuves, après Knin
Après les forts, après les épreuves, après la Mefloquine
Après la peur, après l’artillerie, après le gel des sens
Après l’horreur, après leurs cris, après l’envol d’innocence
Après indomptable veilles, après l’ivrognerie, après la rémission
Après nous faits pareils, après la connerie, après six missions
Après l’affront, après l’injure, après la vengeance
Après le front, après les coups durs, après l’atonie des sens
Après elle, après les honneurs, après le lever du jour
Après Compostelle, après somme de nos heures, après l’amour
Après leurs discours, après le coup d’éclat, après la dissidence
Après les détours, après l’homme qu’on abat, après l’indifférence
Après les coups, après les horreurs, après leurs parades
Après les licous, après le fossoyeur, après leurs salades
Après la suite, après la mascarade, après leurs rangs
Après la fuite, après les jérémiades, après avoir vu couler le sang
Après l’écho des balles, après les cicatrices, après le brancard
Après somme du mal, après la perte d’un fils, après l’étendard
Après mèche de ses cheveux, après nous, après l’anglaise pourtant
Après les Dieux, après l’à genoux, après les soupirs du temps


« Il restera de toi ce que tu as donné » de Simone Weil, proposé par Françoise T


Il restera de toi ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné, en d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.

Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.

Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert en d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.

Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé en d’autres germera.
Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.


Poème de Milène Tournier, « Je t’aime comme un petit hôtel » proposé par Françoise T


Je t’aime comme un petit hôtel.

Je t’aime comme un petit hôtel de ville et pas ceux où on arrive par l’autoroute, on n’avait pas prévu tant de trajet. Je t’aime comme un petit hôtel de ville complet.

Je t’aime comme est faite la chambre du petit hôtel, table dressée.

Je t’aime comme une ou deux nuits dans le petit hôtel de ville, serré entre deux immeubles d’habitants.

Je t’aime comme les nuits chaudes d’août et pas la clim, on dormira fenêtres ouvertes.

Je t’aime comme les fascicules dans le hall, ce que nous promet le petit hôtel de la grande ville, croisière sur fleuve et tour insolite en charrette.

Je t’aime comme une serviette d’hôtel, pliée pour faire comme si on était les premiers, comme si on était les seuls.

Je t’aime comme le réceptionniste du soir est venu prendre la relève de celui du jour.

Je t’aime comme souffle le léger mistral dans la chambre d’hôtel, qui fait trembler le rideau doucement.

Je t’aime comme la télé crucifiée au mur de la chambre d’hôtel comme dans les chambres d’ado les posters.

Je t’aime comme se pencher sur la ville depuis la chambre d’hôtel.

Comme regarder vivre d’autres grands animaux.

Je t’aime comme la ville entre dans la petite chambre d’hôtel entre deux volets cassés, comme passe sous les portes un rai étroit de lumière.

Je t’aime comme refermer les petits volets de bois de la chambre d’hôtel, comme remettre un sourire.

Je t’aime comme faire le noir dans la chambre d’hôtel et laisser le jour dehors, comme on laisse une ville.

Je t’aime comme j’ai voyagé jusqu’au nu du grand miroir de la petite chambre d’hôtel.

Je t’aime comme le ventilateur gagne la course contre
le micro-ondes, dans la petite chambre d’hôtel.

Je t’aime comme avoir retiré ici sa montre, l’avoir rangée dans le petit tiroir vide de la table de nuit d’une seule nuit.

Je t’aime comme une dernière nuit d’hôtel.

Et demain, laisser le lit et la chambre comme le lit et la chambre de déjà quelqu’un d’autre, avec pas du tout la même lumière qu’hier la nuit.



De Maïla

Le châtiment du printemps

Comme à son habitude, à peine sa valise posée, Thérèse était partie faire le tour de son jardin. Certains diraient faire le tour de sa propriété, d’autres diront fouler ce sol pour retrouver ses racines. Qu’elle n’a pas été sa surprise quand elle a vu la taille infligée à ses arbres fruitiers. Certes, elle ne parvenait plus à attraper les fruits tant les branches étaient hautes et elle avait demandé l’intervention d’un homme de métier, mais tout de même, elle était scotchée !
Elle était restée plantée face à son cerisier. Un doute l’assaillait : avait – elle donné la consigne de tailler cet arbre aussi ? Trente ans qu’il trônait dans le jardin, éblouissant au moment de sa floraison et toujours garni de ces cerises aigres qu’elle aimait tant. Incroyable, il ne restait que les grosses branches ! Elle était meurtrie et se sentait coupable et impuissante.
De ses quelques branches encore vaillantes, le cerisier regardait Thérèse droit dans les yeux, on eut dit qu’il voulait lui faire passer un message. Il avait envie de hurler, proférant des menaces de tondre sa crinière rousse, comme ces hommes lui avaient tailler sa chevelure folle qui surplombait en couronne ses grosses branches.
Il y a quelques jours de ça, il avait été terrifié et s’était senti comme parachuté dans le thriller «massacre à la tronçonneuse » . Il avait bien essayé de crier, mais les hommes portaient un casque sur les oreilles, eux savaient se protéger. Ils portaient aussi des lunettes pour se protéger les yeux. Ainsi équipés de pied en cap, hermétiques, ils pouvaient accomplir leur besogne sans être perturbés.
Alors que depuis tant d’années, il avait été le fier chevalier annonciateur du printemps avec ses mille fleurs blanches, en deux temps trois mouvements, il s’était retrouvé nu comme un ver ! Le petit nichoir qui jadis était caché entre ses feuilles et hébergeait des mésanges, se trouvait exposé à tout vent et avait perdu toute hospitalité. Seules quelques pies venaient à jacasser à côté de lui, ce qui l’agaçait prodigieusement car toute sa vie, sur ses frêles branches, il s’était dévoué pour abriter les petits oiseaux. Pour sûr, cette année, il n’aurait qu’une dizaine de fleurs et guère plus de fruits. Il rêvait à sa splendeur passée et se sentait humilié.
Dans son grand désarroi il perçu le bruissement du mirabellier, lui aussi avait subi la main de l’homme et n’était guère plus vaillant. Ensemble, ils se remémoraient les bons moments, des frêles bourgeons du tout début à leur port altier, chacun posté comme en sentinelle du jardin, garants de tout ce petit monde végétal qui s’organisait. Ils étaient tellement abattus, saccagés dans leur être, qu’en dehors de végéter ici, sans but, au fil des prochaines saisons, ils n’avaient même plus l’énergie de se battre.
Au fil des jours, nos deux compères avaient remarqué que Thérèse s’affairait à leurs pieds comme si elle voulait se faire pardonner. Le cerisier se vit entiché d’une clématite qui avait pour mission de lui redonner quelques couleurs. Le mirabellier se vit offrir un simili dépaysement avec à ses pieds une potiche de bambous. Que d’efforts pour balayer d’un revers de main le mal qu’on leur avait fait !
Il en était ainsi de l’homme qui agissait, brutal, sans réflexion, sans s’appuyer sur le passé, sans respecter l’aide des petites mains du monde végétal. Eux sauraient se montrer plus subtils, plus patients, ils resteraient là à veiller sur le jardin, ils garderaient leurs racines profondément ancrées en attendant des jours meilleurs … pour peu qu’on les laisse s’épanouir !


De Patrick

L’ARBRE

Comment ils disent déjà ah oui « Elagage de printemps », les inconscients, ils ne se doutent même pas des dégâts collatéraux qu’ils provoquent.
C’était un beau mois d’avril qui s’annonçait, un parfum de printemps naissant embaumait notre verte campagne et moi j’étais comme un seigneur paisible dispensant mes bienfaits dans ce pré fraichement recouvert de son tapis verdoyant.
Ma sève toute en ébullition allait et venait de mes racines et de branche en branche jusqu’à la moindre petite feuille, l’activité de mon renouveau était à son comble.
Un jour, à la fraicheur du matin, ils sont arrivés, et puis des bruits de moteur .
Non ! Je n’ose y croire, voilà ces maudites tronçonneuses et aussi les scies les haches.
Tous ces outils cauchemar de nous les arbres.
Je suis comme sonné, que m’arrive-t-il, quelle est cette torpeur qui envahit mon tronc ?
Ils ont osé couper mes branches , envoler mes feuilles, détruire tous mes bourgeons d’espoir et mon tronc exsangue de sa sève.
Ils ont violé mon apparence , pillé, coupé, ébranché ,abîmé ,défiguré, ils n’ont pas respecté ma dignité de l’être végétal que je suis.
Mais ! De quoi je me mêle ? Ah , l’homme, faut qu’il coupe, taille ,élague , brûle .
Oh , combien de forêts de landes de pins, dévastées, d’arbres mutilés brûlés. Je pense à toi ma pauvre amazone poumon de notre terre et vous les haies jadis grouillant de vie refuge de tout un petit monde, tous victimes de l’homme et de sa cupidité, de son avidité, sa vanité et de sa stupidité.
Moi, l’arbre ébranché, je pense à ce que vont devenir tous mes amis du petit peuple des animaux :
les oiseaux qui trouvaient un abri entre mes branches et nous charmaient de leurs mélodies lors des belles journées de printemps et d’été, et puis aussi les malicieux écureuils sautant joyeusement de branche en branche et installant leurs petits au sein de mon tronc.
Lorsque le feu du soleil était à son zénith, j’étais généreux en dispensant mon ombre protectrice.
Au pied de mon tronc, animaux et humains vivaient des moments paisibles et profitaient d’une sieste régénérante sous la douceur de mon ombrage. Et puis, j’étais aussi le témoin muet du serment de jeunes amours naissantes, qui quelquefois gravaient leurs initiales sur l’écorce de mon tronc.
Voilà, tout cela est fini, une saison de gâchée, je suis nu, incapable d’assurer ma mission d’arbre protecteur. Des fois, l’envie me vient de partir , fuir sur une île déserte comme certains cocotiers ou palmiers encore que ces derniers souffrent d’une culture intensive et exclusive détruisant nombres de mes congénères ne produisant pas la fameuse huile.
J’ai un rêve secret , oh je peux bien vous le révéler je désirerais être un « Ent ». Oui un Ent, ces êtres de fiction de la terre du milieu de l’univers de JRR Tolkien.
Ce sont des esprits de la forêt, des créatures à l’apparence d’arbre. Il est vrai que l’on en trouve plus que dans la forêt de Fangorn.
Les Ents ne prennent pas des décisions rapidement mais, en colère ils peuvent devenir des adversaires redoutables : la colère vengeresse de l’Ent Sylvebarbe contre les méfaits de Saroumane et de ses troupes de l’Isengard a été terrible.
(Le Seigneur des anneaux, les deux tours)
Ah si j’étais un Ent, je me délecterais d’effaroucher mes ébrancheurs pour qu’ils me laisse pousser tranquillement.
« Aux arbres citoyens » comme déclamait un chanteur connu.


De Karine


– Maman, je vais voir Schubert.
– Tu vas encore grignoter entre les repas.
– Mais maman, j’adore le petit goût amer de ses cerises, et pour une fois qu’on est là quand elles sont mûres.
– Va, mais sois prudente. Ne reviens pas trop tard ! Princesse, donne-lui le bonjour et dis-lui que nous irons le voir tous bientôt !
– Oui, man’. À ce soir !

Princesse est un geai des chênes, une femelle âgée de sept ans. Elle est belle et elle est reconnaissable par son plumage bigarré aux couleurs vives : son dos est brun, tirant sur le rose, son croupion blanc, sa queue noire et surtout une partie de ses ailes est recouverte d’un bleu vif strié de noir et de blanc. Elle possède des plumes hérissées sur sa tête et une sorte de collier noir au niveau de la gorge. Son bec est noir et robuste pour casser les glands de chênes dont elle se nourrit principalement. Mais Princesse a un faible pour les cerises.
Elle prend son envol pour aller voir son ami, Schubert. Schubert est un Prunus Avium, un bel arbre rustique mieux connu sous le nom de merisier, ou cerisier sauvage ou cerisier des oiseaux. En avril, il est magnifique avec ses fleurs blanches qui deviennent roses par la suite, et laissent place à des petits fruits ovoïdes rouge devenant noir dont le noyau adhère à la chair. Les oiseaux en sont friands, mais les humains les utilisent pour fabriquer le kirsch, car ces cerises sont comestibles mais amères à leur goût.
Cela faisait longtemps que Princesse n’avait pas vu Schubert. L’année dernière, quand ils se sont quittés, Schubert avait un écoulement de sève d’aspect visqueux, jaune pâle, au niveau de l’écorce. On aurait dit qu’il avait la goutte au nez !
Princesse arrive. Mais où est Schubert ? Princesse regarde à droite, à gauche, elle ne voit pas son ami. Elle est sûre que c’est ici. Elle avait reconnu, Glandu le chêne, Pic Pic le châtaignier, Beau-gosse le charme, mais elle ne voyait pas Schubert.
– Schubert ! Schubert où es-tu ?
Elle se mit à cajoler, puis cajacter, et finit par cocarder si fort que Glandu lui dit :
– Arrête de me casser les oreilles Princesse, regarde derrière toi.
En même temps, qu’elle se retourna, elle entendit une voix faible.
– Je suis là, Princesse.
– Schubert ? C’est bien toi ? Tu as changé ? Mais que t’est-il arrivé ? Ça va ?
– Je suis heureux de te voir Princesse. Je suis tellement heureux, tu me remplis de joie. Comment vas-tu, et ta famille ?
– Ça va. Maman te donne le bonjour. Elle m’a dit de te dire que nous viendrons bientôt te voir tous ensemble. Je crois qu’elle veut manger quelques cerises.
– C’est mal barré, gamine. Tu vois, je suis nu comme un ver. Pas une seule branche, ni feuille et encore moins de cerise !
– Je vois ça, mais que t’est-il arrivé ? On dirait un têtard. Où sont tes membres ?
– Tu te souviens, l’an dernier, j’avais la goutte au nez quand tu es parti.
– Oui, je m’en souviens.
– C’était une gommose, ce n’est pas une maladie, mais plutôt un moyen de défense contre un agent pathogène. Une bactérie, des germes qui déclenchent une primo-infection.
– Et pourquoi Léon le garde forestier ne t’a pas donné un médicament, pour te soigner ?
– Il a essayé. À l’automne, les feuilles et les fruits qui restaient ont jauni et sont tombés. Il a préparé un badigeon à l’argile et de bouse de vache fraîche qui aide à la réparation des écorces. Il a malaxé en ajoutant un peu d’eau, d’huile d’olive, ajoutez quelques gouttes d’huile essentielle de sarriette qui a des vertus fongicides. Il a appliqué ce badigeon sur ma branche touchée au début de l’hiver. Comme si tu donnais un antibiotique, ou un anti-inflammatoire à un humain.
– Mais alors pourquoi tu es dans cet état ? C’est Léon qui t’a fait ça ?
– Non, c’est Philippe, l’arboriste. La potion de Léon n’a pas suffi. Ma branche est devenue de plus en plus malade, elle s’est affaiblie, et moi aussi d’ailleurs. Une autre branche a été touchée. II a fini par couper ma vieille branche, et l’autre par précaution, un peu comme une opération chirurgicale. Ensuite, il a appliqué sur la plaie de la bouillie bordelaise, puis colmatez avec du mastic cicatrisant, comme une immunothérapie. Mais je sentais qu’il y avait quelque chose de plus grave. Je ne sentais pas venir la pousse des bourgeons. Je n’étais plus si vigoureux. Il a attendu un peu et a essayé autre chose, un autre traitement. Il a pratiqué le “chaulage”. Il a badigeonné un lait de chaux sur toutes les branches qui restaient. Le lait de chaux a la particularité d’éliminer les germes des champignons. C’est plus fort que l’argile et la bouillie. C’est pour traiter le chancre. C’est comme une chimiothérapie. Car au final, un chancre, c’est des nécroses de l’écorce, il pousse comme un cancer avec des métastases ! Il a même essayé une décoction de prêle pour renforcer et de jus de consoude qui a des vertus cicatrisantes avec l’avantage de permettre la reformation d’une croûte. Mais c’était un peu tard, le chancre a gagné toutes mes branches, c’est pourquoi, il a tout coupé. C’est comme si j’avais perdu tous mes cheveux, mes poils et mes ongles ! Cette coupe radicale, c’est mon dernier espoir. J’espère que le chancre n’a pas envahi le tronc, sinon, je suis foutu pour de bon. Je suis comme on pourrait dire en soin palliatif. Heureusement, j’ai Glandu, Pic Pic et Beau-Gosse pour veiller sur moi, me protéger du froid et me tenir compagnie.
– Je suis désolée, c’est tellement injuste !
– Je suis désolé, pour ta famille, je vous cause des problèmes. Où allez-vous trouver de cerises cette année? J’espère que ça ira mieux, que je vais m’en sortir, et l’an prochain, vous pourrez picorer mes belles petites cerises.
– Arrête, ce n’est pas grave si on ne mange pas de cerises. Le plus important, c’est toi, ta santé. Tu ne nous causes pas de problème. Arrête de culpabiliser, tu n’y es pour rien. Pense à toi, bats-toi !
– C’est gentil. Mais j’ai peur, je n’ai plus le goût à grand-chose, tu sais. J’espère, je lutte, mais tout est fatiguant. Je veux que tu saches, si je meurs, je veux être brûlé. Incinéré comme disent les humains. Je ne veux pas pourrir sur place. Promets-moi que tu feras respecter cette volonté.
– Ne dis pas ça !
– Promets-moi.
– Je te le promets. Tu as mal, tu souffres ?
– Non, je ne souffre pas trop, j’ai un peu mal, mais je suis fatigué surtout. On dirait un vieux qui arrive au bout du chemin. J’ai plus de force. C’est pour bientôt, je le sens au fond de moi.
– Repose-toi. Ok, d’accord, je ferai respecter ta volonté. J’aurais tant voulu continuer ma vie à tes côtés. C’est tellement injuste. Je ne t’oublierai jamais, je t’aime Schubert.
– Moi aussi, je t’aime Princesse et je voudrais vivre encore avec toi. Je n’ai pas fait tout ce que je voulais faire. Il y a plein de choses qu’on pourrait encore vivre ensemble. Tu as raison, ce n’est pas juste.
– Si tu veux, je peux rester avec toi, tout le temps, cet été. On discutera, on se souviendra des bons moments, tu me raconteras tes souvenirs, des anecdotes, je te raconterai tous les endroits que j’ai vus. On se câlinera tous les deux. On sera ensemble, tous les deux. Tu veux ?
– Oui, je veux, bien. Je suis d’accord, car on ne peut pas rajouter des jours à ma vie, alors il faut qu’on rajoute de la vie à mes jours.
Les amis du merisier, la famille de Princesse sont venus voir Schubert durant une journée. Un très bon moment qu’ils ont partagé tous ensemble. Une journée merveilleuse, inoubliable, intense et riche en émotion.
– Merci beaucoup pour cette journée. J’étais très heureux de revoir tout le monde…
Une petite pause, un sanglot dans la voix, une larme qui coule toute seule, sans pouvoir la contrôler et Schubert continua de parler :
– Je te demande pardon de te laisser dans la merde. Tu vas te retrouver seule, après. Je suis désolé, Princesse.
– Ne te soucis pas de ça Schubert. Reste calme. Je gérerai, on verra ça plus tard. Profite de l’instant présent. Je t’aime.
– Je t’aime aussi Princesse. Je t’aime du plus profond de mon âme du plus profond de mon cœur.
– Moi aussi, je t’aime de tout l’amour qu’on peut aimer. Dors un peu, ça te reposera, je reste là.
– Merci, je t’aime, Princesse !
Princesse est revenue vivre dans le groupe familial, après la mort de Schubert au début de l’hiver. Tout le monde est venu lui rendre un dernier hommage. Elle a respecté sa volonté, il est retourné poussière comme il l’avait demandé. Depuis, il ne se passe pas un jour sans qu’elle ne pense à lui, sans qu’elle le voit. Elle l’entend, elle lui parle, elle le sent partout. Schubert n’est plus là où il était, mais il est partout, là où elle est !

De Laurence S  

L’acacia pleureur 

-Non, mais t’as vu ce que tu as fait de mon grandiose feuillage ! Et puis, le fric que tu as mis là-dedans, tu aurais pu faire autre chose, tu crois pas ! J’ai l’impression que je vais crever ! C’est une honte ! Et puis, j’ai l’air de quoi maintenant MOI face aux autres arbres, dénudé ainsi, sans feuillage, sans ramure pour la belle saison ! Je me sens tout honteux face aux autres que tu n’élagues jamais ! Tu m’aimes pas ou quoi !? Pourquoi moi… ????

Voici la plainte que Jade entendit de son acacia, après l’avoir fait élagué de manière radicale. Sur le moment, elle était plutôt contente, car cet arbre, planté trop près de la maison, se développait trop et ses branches et feuilles touchaient déjà la toiture.
Elle avait donc fait appel à un élagueur professionnel. Deux ans et demi après sa première visite. Radical ! Il ne restait plus que les grosses branches. Elle eut soudain peur que l’acacia ne meure par sa faute. Il est vrai qu’on aurait dit un cadavre. Un tronc et des grosses branches. Plus rien. Elle s’en voulait tellement.
Mais il était désormais impossible de revenir en arrière. Le jardin était purement et simplement délabré. La coupe avait été sauvage. Comme pour son mari qui avait décidé de se raser le crâne en cette nouvelle saison. Sauf que lui avait choisi sa tonture.
Cet acacia ne demandait qu’à pousser, qu’à vivre pacifiquement, en bonne entente avec la gardienne des lieux. Il donnait une si belle ombre rafraîchissante l’été, quand on daignait s’installer sur le banc placé sous son feuillage accueillant.
Certes, l’acacia est un arbre qui pousse vite, trop vite, se disait Jade, comme pour se donner bonne conscience. Cette année, les abeilles, qui d’habitude venaient butiner par milliers, ne viendraient pas. Quelle tristesse ! Elle se rassérénait, au fil des jours, en se convainquant que l’arbre victime pousserait quand même en prenant un peu plus son temps. Elle qui adorait son jardin et en était fière, elle n’en menait pas large depuis les protestations de Monsieur Acacia. Elle avait la fâcheuse impression d’avoir commis un crime et s’attendait, d’une minute à l’autre, à voir les gendarmes débarquer. Elle n’osait plus regarder cet arbre. Elle avait fait une erreur et se trouvait désormais sur le banc des accusés. Elle allait être jugée, à coup sûr, pour attentat à la pudeur ! Un coup fatal avait été porté au jardin et à son harmonie ! Jade sentait que les autres arbres du lieu étaient scandalisés et lui en voulaient. 

-Pourquoi me tailler ainsi alors que j’abritais des nids d’oiseaux, que j’étais un refuge pour les insectes, et surtout, que je laissais les abeilles travailler au printemps avec mes belles fleurs pour fabriquer ce que tu aimes tant : le miel d’acacia ! Je suis handicapé maintenant avec mes moignons. Tu sais bien, Jade, que moins on touche à un arbre, mieux c’est pour lui. Tu sais que tu m’as affaibli en me taillant de la sorte ? Je ne supporte pas d’être taillé ! Même en étant grand, je ne suis pas dangereux !

Jade se sentait mal car elle avait suivi les conseils vus sur Internet. Pourtant, elle aimait ses arbres, nombreux sur sa propriété. Elle n’avait pas imaginé sa souffrance à l’avance, ne l’avait pas écouté ni prévenu de ce qui allait lui arriver. Elle l’avait maltraité et s’en voulait. Elle mangeait de moins en moins, stressée par son acte.
A cette date, elle prit la décision de respecter encore plus ses arbres, comme tout autre être vivant. Jade dépérissait à vue d’œil et ne cessait de scruter des nouveaux départs de branches pour se rassurer. Elle ne dormait plus très bien non plus.
Elle écrivit à l’élagueur pour se plaindre de cette coupe drastique, qu’elle n’avait pas demandée. Elle était furieuse contre elle-même. C’était elle la sauvage. Pourtant, elle aimait enlacer ses arbres, elle leur parlait comme à ses animaux, leur offrait toujours un regard de tendresse. Elle ne pouvait expliquer ce qui lui avait pris ! Un coup de folie…
Elle savait qu’on ne l’y reprendrait plus à vouloir un élagage si radical !


De Marie-Laure

En hommage à Samuel Paty

Et aujourd’hui jeudi 29 Octobre 2020
Entre attentat et reconfinement
Partir de là où nous sommes,
Pour aller vers demain,
Mais qui pour éclairer notre chemin ?
Lumière, lumière…
 
Se tourner vers un quelconque divin,
Notre terre mère ou l’univers ?
Mère nature est déjà en transe
Il faudrait retrouver son tempo
Pour qu’elle reste dans la danse,
Chaud, chaud …
 
Pas de deux ou pas de trois ?
T’es avec ou contre moi ?
T’as dit quoi ? On a pas le droit chez toi ?
Interrogations, peurs à l’unisson,
On a perdu le diapason,
Slam, slam …
 
Ici on dit, je pense donc je suis.
On ose s’exprimer, caricaturer
Le président ou le clergé
De tout on ose rire
L’humour, nécessaire arme du philosophe
Fatal, fatal …
 
Quand tu as des craintes et des doutes,
Respire,
Quand rien n’est facile,
Respire,
Quand tu as le souffle court,
Respire petit homme,
Tom, tom
 
Tic, tac, bombe à retardement,
Qu’est ce tu attends,
De Voltaire à Rousseau,
Retrouve le sens des mots
Pour aiguiser ta réflexion,
Apprend, apprend …
 
Ce n’est pas une main qu’il faut armer,
Mécréant de la liberté de penser,
Tu me fâches et tu me mines.
Vers toi, je pointe mon crayon,
Quidam du lointain, as tu perdu la raison ?
Non, non…
Aujourd’hui je dessine,
Des fleurs et des oiseaux,
Je dessine,
Des paysages et des mots.
Je dessine
Par delà les langues, pour moi, pour toi, pour lui, pour nous
Dessine, dessine…
 
Je trace sur papier velours
Les lettres et les contours
D’un aujourd’hui où rien ne luit,
Vers un demain plus citoyen.
Il faut avancer, finie la récré,
Crée, crée…
 
Avec tes dessins, tes mots, tes chansons et tes gestes
Dis moi,
Invente ta mélodie,
Dis moi qui tu es,
Ouvre tes bras, entre dans la danse du tous ensemble
Je te regarde, dis moi
Apporte ta couleur, vers un monde meilleur
Dis moi : ….« à demain » !



J’espère que vous avez fortement apprécié la créativité et le talent de nos autrices et auteurs. 

Je vous donne donc rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures d’écriure… 

Au plaisir de vous lire!  


Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE 
 

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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