Dans mon métier d’enseignante, je constate souvent que les élèves mettent rarement de majuscules aux mots propres (y compris leur nom de famille) ou après des points.

Sans faire vieux jeu, je trouve cela choquant de ne pas respecter certaines règles minimales.

Pour écrire cet article, je me suis largement inspirée du livre de Jean-Pierre ColignonLa majuscule, c’est capital, aux Editions Albin Michel.

 

 

J’ai trouvé ce livre en fouinant à la médiathèque de ma ville. Ma première réaction en le lisant fut de me dire que les cas étaient nombreux où nous devions insérer une majuscule, et que parfois, cela frisait une étiquette stricte.

Je me suis rendue compte que la langue française est particulièrement riche sur ce point grammatical.

Si ces règles d’usage de la majuscule sont parfois, voire souvent, négligées, elles sont néanmoins importantes et peuvent donner lieu à des erreurs d’orthographe.

Je ne pourrai pas évoquer tous les cas où la majuscule est utilisée, tellement il y en a. Je vais donner les cas principaux.

Pourquoi faut-il mettre des majuscules?

 

Quand vous respectez les majuscules, cela apporte un confort de lecture pour le lecteur, qui pourrait être désorienté si elles étaient absentes. Le lecteur suit mieux le texte.

Par contre, insérer des majuscules partout désoriente aussi le lecteur. Car cela amène des faux sens et des contresens dans la compréhension des textes.

Du temps de mes parents, et quand j’étais à l’école primaire, on nous apprenait à écrire les majuscules en lettres cursives. C’était assez proche de la calligraphie.

Nous écrivions ces lettres avec des porte-plume et de l’encre que nous allions pomper dans un encrier!

Je n’ai connu cela que jusque vers mes 7-8 ans. Je trouve cela esthétique et beau, mais qui forme encore ses majuscules ainsi? Nous avons appris à les écrire sous formes de lettres d’imprimerie.

 

 

La langue française fait bien la distinction entre les lettres majuscules et minuscules. C’est une affaire de bon sens et d’esthétique. Cela permet d’éviter de fâcheuses confusions avec les mots homonymes.

La majuscule s’apparente à un code.

Les majuscules ouvrent les phrases ou les mots.

Elles apportent de l’harmonie et donnent de la force au texte.

Elles insufflent de la rigueur ou de la fantaisie à la succession des mots.

Les majuscules sont capitales. Elles sont utilisées dans les domaines du livre, de l’imprimerie, de la presse.

Mettre des majuscules en début de phrase, en début d’alinéa, après un point ou pour des noms propres fait partie de l‘orthographe d’usage – si peu respectée de nos jours.

 

 

Cependant, il faut lutter contre la ‘majusculmania ‘ qui consiste à insérer des majuscules partout et à tout propos.

 

Quelques exemples déboussolants

 

“Ils ont perdu le nord”: les personnes sont-elles déboussolées? Qu’entend-on exactement par cette formule?

“Ils ont perdu le Nord”: les soldats ont été battus pendant une bataille et ont perdu cette région.

Vous constatez par vous-même de l’importance de mettre ou pas une majuscule!

 

 

“Le bas Rhin”: c’est la partie du fleuve proche de l’embouchure aux Pays-Bas.

“Le Bas-Rhin”: c’est un des départements français.

“La langue française”: ‘française’ est un adjectif, donc la majuscule ne s’impose pas. Ce n’est pas un nom propre.

On ne met pas de majuscule aux jours de la semaine (mais on en met aux jours en anglais…), sauf s’ils commencent la phrase.

Les noms de famille étant des noms propres, ils prennent la majuscule.

“L’Assemblée nationale”: l’adjectif ‘nationale’ est placé après le nom, donc il ne prend pas de majuscule.

La Haute Assemblée”: c’est à dire le Sénat. L’adjectif est placé avant le nom, donc il prend une majuscule.

 

Les cas obligatoires de la majuscule

 

Il est obligatoire d’insérer une majuscule en début de texte. Cela permet d’articuler les phrases et fait partie de la syntaxe.

La majuscule est obligatoire après un point; cela va sans dire!

Dans une citation placée entre guillemets et précédée de 2 points (:), la majuscule se place sur le premier mot de la citation.

Les points d’interrogation et d’exclamation terminent une phrase. Le mot qui commence une autre phrase après ces signes de ponctuation prend une majuscule, sauf quand un personnage parle et enchaîne ses idées, même après un point d’interrogation si cela ne va pas à la ligne suivante.

Les interjections (Ah! Oh!) sont des phrases en elle-mêmes suivies d’un point d’exclamation : le mot suivant prend une majuscule.

 

 

Dans la correspondance, après la formule d’appel, (M.le Maire), le titre prend une majuscule.

En poésie, chaque vers commence par une majuscule.

Les patronymes ou noms de famille sont des noms propres invariables en français et prennent obligatoirement une majuscule: Les Durand!

Le prénom est un nom propre et prend une majuscule.

Les noms et prénoms de personnages de la littérature, du théâtre, des B.D, du cinéma prennent une majuscule et ils ne s’écrivent pas en italiques ni entre guillemets.

 

 

Les symboles, les allégories, les forces naturelles divinisées ou personnifiées, comme la Raison, la Justice,  prennent une majuscule.

Les noms d’artistes employés pour désigner leurs œuvres s’écrivent avec une majuscule: deux Picasso. Cela s’apparente à une ellipse (on emploie un raccourci au lieu de dire deux œuvres de Picasso).

Les livres désignés par le nom de l’éditeur ou par l’auteur prennent une majuscule: le Petit Robert.

Les abréviations de termes de civilité utilisés devant un patronyme, un titre ou une fonction prennent une majusculeMme de Sévigné.

Dans la correspondance, les formules de politesse prennent une majusculeMonsieur le Député.

Les noms de monuments prennent une majuscule, mais pas le nom de l’édifice pour les désigner: l’église Saint Michel, rue Saint Jacques.

Tous les noms pour désigner Dieu prennent une majuscule, ainsi que les personnes sacrées des religions, les dieux et déesses des différentes mythologies : le Père Eternel, le Tout-Puissant, le Christ, la Vierge, Zeus, Apollon, Minerve.

Les majuscules et l’histoire

Les époques marquantes de l’Histoire prennent une majuscule: le Moyen-Age, la Renaissance, le Front Populaire.

Les noms de guerres prennent une majuscule, mais pas le mot ‘guerre’ quand il est suivi d’un complément: la guerre de Cent Ans. Mais on écrit “la Seconde Guerre mondiale”: l’adjectif ‘mondial’  ne prend pas de majuscule, car il définit l’étendue du conflit, alors que le mot “Guerre” définit ici l’événement historique.

Les noms de dynastie sont considérés comme des noms propres et prennent donc une majuscule: les Bourbons (on met le pluriel quand le nom dynastique est d’origine française; autrement, cela reste au singulier;  on dit ‘les Romanov’ puisque c’est d’origine étrangère).

Mais on ne met pas de majuscule quand le nom de la dynastie est utilisé comme adjectif: les monarques bourbons.

Les surnoms prennent une majuscule: la Pucelle pour Jeanne d’Arc.

Les surnoms composés prennent deux majuscules quand l’adjectif est placé devant le nom: le Grand Timonier (surnom de Mao Tsé Toung).

Les adjectifs associés à des surnoms prennent une majuscule: Louis le Pieux.

Les surnoms attachés à des personnalités politiques prennent une majuscule: M.Sécurité Routière.

Les significations particulières prennent une majuscule: l’Histoire (l’histoire de l’humanité), l’Etat (le pays, la nation), l’Hexagone (en évoquant la France).

Les mois de l’année ne prennent pas de majuscule, mais les dates historiques, oui: la nuit du 4 Août, le 18 Brumaire.

 

Les majuscules et la géographie

 

Les noms de sommet prennent la majuscule sur le sommet: le mont Blanc,  mais on dira le massif du Mont Blanc.

On dira le cap Vert pour désigner le cap africain, mais on écrira Cap-Vert pour désigner l’archipel et l’état.

De manière générale, les noms propres géographiques prennent une majusculel’Asie, la France.

Les noms génériques comme (lac, fleuve, golfe, etc.) sont des noms communs et ne prennent pas de majuscule, exception faite du Mont Saint Michel , puisque c’est le nom du monument et du lieu historique.

Les pays, les provinces, les départements, les villes, les circonscriptions électorales prennent une majuscule et un trait d’union: Joué-les-Tours, Digne-les-Bains. 

Les noms français de villes composés d’un article défini prennent une majuscule dans leur appellation complète: La Rochelle.

Les adjectifs de nationalité désignant les habitants du pays prennent une majuscule, car ils sont considérés comme des noms propres: les Français. Mais, “il est français” ne prend pas de majuscule.

Les noms d’astres, de planètes, les signes du zodiaque prennent une majuscule; hors du domaine de l’astronomie, ces noms sont des noms communs et ne prennent pas de majuscule: la Terre tourne autour du Soleil, la lune luit la nuit.

Les points cardinaux sont des noms communs et ne prennent pas de majuscule, sauf le pôle Nord, le pôle Sud, comme la mer Rouge. Les points cardinaux prennent une majuscule quand ils sont employés seuls: les mers du Sud, car ils désignent une partie du globe, un pays ou une région (le Nord était connu pour son charbon) mais on dit: le sud de l’Espagne. (cela désigne la région suivie du pays).

On met une majuscule quand on désigne un groupe de pays: le bloc de l’Est, l’Asie du Sud-Est. Ils désignent des ensembles politiques.

Les noms de rue, avenue, boulevard, roue, place, etc.sont des noms génériques et ne prennent pas de majuscule: rue Jean Jaurès. Mais le nom de ‘rue’ prend une majuscule quand il fait partie du nom: 25, Grande-Rue.

 

En guise de conclusion

Je reconnais que la liste est exhaustive, mais il y a encore bien d ‘autres cas.

Pour vous y retrouver, je vous conseille le livre cité au début de cet article.

Sur Internet, vous pourrez trouver “le Guide complet de l’usage des majuscules en français”  par Nicolas Le Roux, publié le 16/09/2015. Voici le lien:

Le guide complet de l’usage des majuscules en français

Vous pouvez aussi visionner ce site qui vous donne des exemples concrets:

RÈGLES D’EMPLOI DES MAJUSCULES

ll faut avouer que c’est un domaine de l’usage assez complexe, vu le nombre de cas. Le choix reste cornélien. Il existe des milliers de règles typographiques.

Evidemment, pour continuer dans ce style, mettre les accents est une évidence pour éviter les mauvaises interprétations. Car, certainement sous l’influence de l’anglais, on a tendance à oublier les accents en français.

 

 

Mettre le tréma, la cédille appartient à notre code du français.

Pour écrire correctement notre langue, cela commence par respecter les règles de base de l’orthographe.

 

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

3 commentaires

lucette smits · 14 août 2018 à 15 h 12 min

Je suis retournée à l’école grâce à ton exposé, car j’y ai tout appris. J’ai revécu quelques instants avec ma chère Maîtresse. J’ai réentendu sa voix, et revu ses gestes, assise à mon pupitre, un vrai moment de bonheur.
Les accents, les majuscules nous coûtaient très chers dans les dictées si on avait les oubliés… Maintenant, qui s’en soucie encore vraiment? C’est dommage, le français est très complexe, mais tellement beau…

Brochard · 9 février 2020 à 16 h 50 min

Attention de ne pas créer d’ambiguïté en associant “majuscules” et “capitales”! Ne pas oublier la différence entre une majuscule et une lettre capitale (les majuscules ne sont pas des capitales). De plus, il y a des fautes dans votre texte, je parle des majuscules sans accent. On accentue les majuscules (voir les directives de l’Académie française à ce sujet), vous pouvez vérifier en prenant n’importe quel dictionnaire de n’importe quelle époque. Et puis, parfois, vous les mettez – RÈGLES d’EMPLOI DES MAJUSCULES – et au deuxième paragraphe de ce point, vous commencez par EVIDEMMENT au lieu de ÉVIDEMMENT, pour simple exemple parmi d’autres… Comme ÉCRIRE TOUT EN MAJUSCULES, où vous avez oublié l’accent! On emploie les majuscules pour des titres, effectivement, plutôt que pour l’entièreté d’un texte, depuis l’invention de la minuscule, mais on accentue, pour exemple, “LES AVOCATS SERONT JUGES” dont le sens diffère de “LES AVOCATS SERONT JUGÉS”. L’alphabet que vous présentez n’est pas bon non plus, surtout le “Q”. Amicalement, Pascal Brochard – Éditeur

    Laurence Smits · 9 février 2020 à 18 h 39 min

    Bonjour Pascal,

    Pour écrire cet article, je me suis référée au livre précité dans l’article en question. N’étant pas une spécialiste de l’édition, je vous remercie des remarques que vous partagez sur mon blog. Quant à la police d’écriture-l’alphabet- je fais ce que je peux, n’ayant pas le choix quand je tape mon texte.
    Amicalement,

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