C’est un festival d’histoires et de poèmes magnifiques pour la 100e proposition d’écriture!

Merci à vous toutes et tous: vous avez célébré dignement l’existence de cet atelier et vous avez relevé le défi des 20 mots à insérer! 

Bravo à vous!

Sans plus attendre, voici vos textes. Je vous souhaite une belle lecture:


De Bernard

Existe-t-il un moment tranquille dans notre vie
Où on n’devra pas écrire sur Cuba ou bien l’Arcadie.
Plein de sujets qui ne nous touchent pas vraiment,
Comme les chats les chiens ou d’autres animaux vivants.
Utiliser des mots anglais : click and collect ou co-working
Lunch-box, crowdfunding ou no-smoking.
Tous ces termes qui nous paraissent bien inutiles
Qu’on n’aime pas, qui sont voilés ou bien futiles,
Qui donnent une écriture qui nous parait toute synthétique,
Comme mettre un mauvais diadème en plastique.
Se prendre pour un alpiniste qui est en pleine ascension
D’une montagne monstre que l’on monte sans raison.
J’ai l’impression d’écrire dans l’ombre, loin des lumières,
Dans un lieu qui n’est pas le mien, un hôtel sans atmosphère
Là où je ne ressens rien, un vieil endroit qui n’a pas d’âge.
Je noircis du papier, ligne après ligne sans partage.
Je préfère mes vérités, mes contraintes et ma liberté
Et regarder par ma fenêtre un beau soleil se lever.
Les jours de pluie où je vois un grand arc en ciel
Qui me fait penser que c’est un jour pluriel.
Ha les vingt mots de cet exercice cent,
Pour avoir du sens, en vingt lignes, il faut être sans jugement.

De Nathalie

Le jour de ses 40 ans, Noémie décide d’aller visiter l’Arcadie. Elle avait choisi cette destination de la péninsule du Péloponnèse plutôt que l’île de Cuba dans les Caraïbes, dont l’hôtesse de l’office de voyage lui avait pourtant si bien vanté la beauté.
Il existe en Arcadie un relief très montagneux. Cet endroit était le plus approprié pour elle. C’était une randonneuse expérimentée qui, ne faisant pas partie des alpinistes de renom, souhaitait faire l’ascension de cette montagne, le mont Lycée, là, où selon la légende arcadienne, Zeus serait né.
Elle avait choisi une chambre d’hôtel avec une vue imprenable sur la mer Égée. Toute sa vie, elle avait rêvé de ce moment. Elle était une inconditionnelle amatrice de la mythologie grecque et notamment celle de l’Age d’or. Elle était enfin là, dans ce paradis idyllique dont elle avait lu tous les ouvrages le concernant. Elle avait lu que Pan était une divinité de la nature, Dieu protecteur des bergers et des troupeaux et qu’ils n’avaient donc pas besoin de chiens.
Il ne s’agissait pas d’un paysage synthétique. Il était magnifique et bien réel.
Elle décida de partir un matin faire l’ascension du mont Lycée. Parmi les nombreux articles qu’elle avait parcourus, certains relataient que, selon la légende, le mont Lykaion était un endroit sacrificiel où des ossatures humaines, et non pas des monstres, avait été retrouvées. Des sacrifices secrets à Zeus auraient eu lieu sur cette montagne.
Le soleil était au rendez-vous. Il n’y avait jamais d’arc-en-ciel dans ce pays. Elle mit dans sa lunch-box le repas que lui avaient préparé les cuisines de l’hôtel et la voilà partie en direction du mont Lycée. Elle marcha de longues heures. Il n’y avait pas vraiment de coin d’ombre pour se reposer mais en vérité, cela lui importait peu. Son but était d’arriver au bout de son chemin, quoi qu’il en soit. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle arriva au sommet de la montagne. Là se trouvait un sanctuaire, en désuétude et partiellement démoli, à la mémoire du Dieu suprême (Zeus). Le ciel n’était pas voilé et elle avait une vue magnifique sur Arkadia. Elle fut impressionnée par la beauté et la majesté du site. Elle rencontra de nombreux archéologues qui recherchaient le trésor de Zeus. Les fouilles n’avaient pas pour but de retrouver des richesses telles que : calices en or, pièces en or ou encore diadèmes, mais simplement les restes de sacrifices d’animaux, d’humains.
La fin de son voyage se termina une semaine plus tard, des images plein la tête. Elle s’était fait le plus beau des cadeaux d’anniversaire.

Poème de Camille Loivier, « Eparpillements » proposé par Françoise T

un jour on rangerait et ce serait un grand jour
on rangerait tout et il n’y aurait plus rien
ce serait fini
on partirait de la terre on deviendrait
cosmonaute ce serait le grand envol
à quoi serions-nous attachés sur terre
il n’y aurait plus personne plus un brin
d’herbe ni même une pierre seulement
des scorpions et des rats plus une seule
tique plus une vache à lait

nous emporterions dans des cahiers aux feuilles réglées
des milliers d’espèces desséchées, tenues en apnée
un cahier de 90 grammes pour tout ce que nous aurions
pu sauver à partir de quoi
nous serions sensés (re)donner vie à une planète

on avait hypothéqué l’avenir et la radioactivité
avait fini par tout brûler nous n’étions plus que
trois êtres vivants : lui le circumtatoo moi la
primevère eux les poissons d’eau douce
les hommes avaient disparu

l’espèce hybride qui leur avait succédé
remplissait une feuille du cahier sans
pouvoir parler sidérée par la bêtise cruelle
sans limite de leurs ancêtres

(face aux pièces remplies d’objets
que l’on ne peut jeter)

Poème de Jenny Trolliet, « Aux anges », proposé par Françoise T


J
‘ai soif de gens vivants, de gens simples et aimants.
J’ai soif de gens amoureux, doux, tendres.
J’ai soif de gens qui ne jugent pas, qui aident et qui évoluent.
J’ai soif de gens qui pardonnent et qui rient.
J’ai soif de gens authentiques et qui s’en fichent du paraître.
J’ai soif d’esprits attentifs et profonds.
J’ai soif de gens qui s’aiment vraiment.
J’ai soif de rencontres folles et de gens qui s’amusent.
STOP aux habitudes qui n’ont aucun sens et des passés révolus qui nous tirent vers le bas.
STOP aux voix trop fortes et trop sérieuses.
STOP aux esprits malins et voraces.
STOP aux gens qui font mal parce qu’ils ont mal.
Je dis oui à l’amour, à la joie. Je veux rencontrer des âmes sensibles au cœur tendre et des gens qui ont les yeux qui brillent. Je veux rencontrer des enfants et des grands enfants qui voient la vie en couleurs.
Vive les cœurs et les âmes. Vive la sensibilité et la gentillesse. Vive l’imperfection. Vive la folie ! Vive l’Amour.

De Louise

C’était le 2e jour.
Il faisait un soleil d’enfer! Dans nos vêtements en synthétique, nous étouffions. Pas un coin d’ombre pour nous protéger. L’orage menaçait maintenant. Et pour dire la vérité, et ne pas se voiler la face, notre âge « avancé » ne nous aidait pas.
Nous avions organisé l’ascension du mont Lycée dans les montagnes d’Arcadie. Mais rien ne s’était passé comme prévu.

Hier, notre groupe d’alpinistes devait nous rejoindre à l’hôtel Cuba à 6 heures, à la fraîche. Je m’étais demandé pourquoi cet hôtel, en plein milieu du Péloponnèse, portait ce nom improbable.
A 10 heures, ils n’étaient toujours pas arrivés!
L’heure avançait, la température augmentait.
Par la fenêtre, je voyais bien que les chiens étaient énervés à cause de la chaleur, de véritables monstres!
Nous avions fini par partir-mais plus tard que prévu- après avoir préparé nos lunch-box.

Et maintenant, nous nous retrouvons au cœur d’un orage, sous des trombes d’eau. Le paysage est splendide: les montagnes sont auréolées d’un diadème mouillé!
Et tout à coup, à travers ce rideau de pluie, un arc-en-ciel apparaît!
Je me suis dit que dans la vie, il existe des choses bien merveilleuses!

De Françoise R

Petite pause entre ciel et mer.

J’avais réservé une chambre dans ce petit HÔTEL en bord de mer, juste pour quelques jours, histoire de m’éloigner du tumulte de la VIE quotidienne.
Mon ASCENSION professionnelle avait été fulgurante et si j’en étais ravie, en VERITE à mon AGE, je ne supportais plus la cadence des voyages qu’imposaient mes responsabilités… mes deux CHIENS, adorables petits MONSTRES, non plus, d’ailleurs…
Toujours entre mer et montagne, entre ciel et terre, de la France à la Suisse, de l’Italie à l ARCADIE, allant même jusqu’à CUBA, avec ou sans jet lag, perpétuellement entre 2deux avions, telle est ma VIE de directrice de ce réputé club d’ALPINISTES (chevronnés) qu’est le Club ARC En Ciel, et les sommets escaladés n’ont rien de SYNTHETIQUE, je puis vous l’assurer.

Par la FENETRE je devine le ciel se VOILER. Il est temps de sortir si je veux profiter de la douceur du JOUR. Dénichant une petite crique baignée d’OMBRE et de lumière, j’y creuse mon nid afin de savourer le calme et la sérénité dont je suis enveloppée. Je regrette de n’avoir pas emporté ma LUNCHBOX (il faudra que j’y songe la prochaine fois).
Je laisse mon esprit vagabonder et mes yeux balayer l’horizon tout auréolé de nuages dorés par le SOLEIL, tel un DIADEME posé sur la mer…
Qu’il est délicieux de savoir qu’il EXISTE encore des endroits comme celui-ci où il fait bon se ressourcer, se reconnecter à soi…

De Marina


Une vie bien remplie.


À la vérité, je ne sais plus où est ma vie. Je vécus longtemps dans mes montagnes chéries. Même si l’ombre y est plus présente en hiver que la luminosité, le soleil illumine beaucoup de belles journées. La preuve en est que la neige artificielle est souvent (beaucoup trop souvent à mon goût), utilisée pour satisfaire les vacanciers.
Il existe un hôtel en altitude dans lequel je me rendais souvent pour retrouver mes amis les alpinistes. Un tableau représentant la reine d’Angleterre avec son diadème trônait dans l’escalier. Nous n’avons jamais compris pourquoi il était là mais cela nous valut de beaux fous rires. Nous partions de bon matin pour l’ascension de la montagne voisine. Certains alpinistes étaient accompagnés de leurs chiens : de véritables monstres devant lesquels je ne pouvais m’empêcher d’avoir peur. Ce furent de belles années.
Pourtant, l’âge aidant, je ressentais de plus en plus le besoin de vivre au chaud. Je décidai un beau jour de partir pour Cuba. Le climat ne me convenant pas, je choisis une nouvelle destination.
Aujourd’hui j’habite en Arcadie. Je regarde par la fenêtre un voilier qui vogue sous le soleil. Un arc-en-ciel se dessine dans le ciel au loin pendant une averse, si rare dans ce pays. Je suis émerveillée devant la beauté du paysage. C’est décidé, je prends ma lunch-box, mon maillot de bain synthétique et descends m’installer sur la plage pour la journée.

De Catherine (proposition N° 99)

La ferme abandonnée

Je savais que ce chemin était communal, mais sa proximité du château faisait qu’on avait toujours l’impression de violer un territoire privé. Moi, j’aimais tellement cet endroit que je décidais de m’y infiltrer quand même, ce que peu de gens faisaient. Une petite route goudronnée, transformée bientôt en un large chemin, menait, dans mes souvenirs, entre des prairies humides fréquentées par des troupeaux de moutons, à une jolie forêt aux arbres gigantesques. Je stoppais ma voiture pour continuer à pied. J’avais oublié les habitats déchus de ce lieu, les deux fermes abandonnées, vraisemblablement depuis fort longtemps, qui lui rajoutaient un air mystérieux. J’osais bifurquer vers l’une d’elle, humble bâtisse basse surmontée, à la berrichonne, d’un chien assis qui devait accéder au grenier. Le bois des volets et de l’unique porte, grisé et rongé par le temps et les intempéries, renforçait le sentiment de pauvreté de ses habitants d’antan. La petite maison était prolongée par une soue à cochons et plus loin, tenait de guingois ce qui avait dû être une ancienne bergerie. Un vieux tracteur finissait sa vie sous un appentis au toit édenté de nombreuses tuiles.
Cet endroit respirait le labeur et le dur travail pour la survie d’une pauvre famille. Sans doute un père, une mère et pas moins de 2 ou 3 enfants avaient dû trimer ici, au bénéfice du château dont les propriétaires avaient une réputation d’exigence et de rapacité. Ici les terres étaient peu fertiles et l’élevage des moutons étaient privilégié. Le père devait sans doute s’occuper des troupeaux, tout en bûcheronnant pour les châtelains et en entretenant le parc du château, sans oublier le jardin familial indispensable pour nourrir la famille. La mère avait la charge des agneaux abandonnés, ainsi que des deux cochons et de la basse-cour, seuls biens personnels pour la consommation familiale et pour la vente au marché. Peut-être même qu’elle faisait le ménage ou la cuisine au château. Bref une vie ardue pour faire survivre une pauvre famille. Les enfants, eux, allaient peut-être à l’école du village située à 5 km, à pied par n’importe quel temps, les pieds chaussés de sabots ou de galoches. Enfin seulement quelques années, le temps d’apprendre à lire, avant d’être employés eux aussi, au bénéfice d’un château, ou loués pour une saison, à un riche propriétaire terrien des environs.
Mais j’aimais à penser qu’il pouvait y avoir eu du bonheur dans cette vie laborieuse : bonheur d’une famille aimante, bonheur d’apprécier les petits bonheurs, bonheur de se retrouver avec ceux de la ferme voisine pour des travaux partagés ou des veillées communes… Parce qu’il fallait bien imaginer un peu de douceur dans cette vie qui devait être si rude.
J’aimais cet endroit paisible, ponctué de quelques bêlements montant des pâturages avoisinants. Maintenant, plus de fermiers pour s’occuper des bêtes. Les châtelains n’en avaient plus les moyens : leur fortune se comptait en hectares et non en espèces trébuchantes. La roue avait tourné et les trois derniers habitants du château, sans héritiers directs, et vieillissants, assumaient tant bien que mal, la survie du troupeau. Auront-ils connu autant de bonheur que leurs pauvres fermiers ?

De Christelle

Sports d’hiver en Grèce

Comme d’habitude, deux couples d’amis du même âge se retrouvent pour passer la soirée ensemble. Ce soir est spécial : ils vont choisir leur prochain voyage.
Deux options : mer ou montagne. Chloé propose de partir à Cuba. Mélanie suggère d’aller aux sports d’hiver. Elle a lu une brochure sur l’Arcadie, région montagneuse du Péloponnèse, destination peu connue et donc moins chère que les autres stations de ski européennes. Après une heure de discussion, ce sera l’Arcadie.
Le vol en avion se passe bien. Les deux jeunes femmes ont choisi les places près des hublots afin de profiter du paysage.
Arrivée à destination en fin de matinée sous un soleil radieux. Quelques alpinistes, skis sur l’épaule, se dirigent vers la montagne.
L’hôtel est petit mais confortable. Seule ombre au tableau : le restaurant est fermé en raison de l’épidémie toujours menaçante. Ils devront manger dans les chambres. On leur indique la buanderie. Elle renferme des machines à laver où ils pourront laver leurs combinaisons de ski synthétiques.
Des fenêtres, on aperçoit la montagne enneigée : spectacle fascinant. Tout est calme, tranquille jusqu’au moment où une horde d’enfants pleins de vie sortent d’un immeuble à côté, certainement une colonie de vacances. Ces petits monstres se lancent des boules de neige et crient bruyamment.
Les couples se rendent à l’office de tourisme. Pas de problème : le personnel parle anglais. Il y a même une dame qui se débrouille en français. Elle leur donne des cartes de la région et leur explique les manifestations prévues prochainement : le lendemain, départ de chiens de traîneaux dans une vallée proche. Le jour suivant, retraite aux flambeaux par des skieurs chevronnés qui vont descendre la montagne. Il existe également des promenades en traîneaux. On peut bien sûr prendre des cours de ski avec des moniteurs.
Les amis louent des raquettes de neige dans une boutique. Ils sont fin prêts pour leur balade. Dans leurs sacs : lunch-box préparées par l’hôtelier, petites bouteilles d’eau et barres de chocolat. L’ascension dure environ deux heures avec des pauses pour contempler la vallée.
Vers 16 heures, le ciel commence à se voiler. Ils décident de revenir à la station. La pluie les surprend. La descente est laborieuse. Heureusement le soleil réapparaît. Au loin, on aperçoit un arc-en-ciel, en vérité un bon présage pour la suite du séjour.

De Claude

« Lunch-box » ? Quésaco ? Je suis obligé de faire appel à Google pour découvrir qu’il s’agit tout simplement d’un panier-repas, un casse-croûte pour les pique-niqueurs, les alpinistes ou pour tous ceux qui partent en excursion. J’ai pris une gamelle, mais moi, vous savez, les langues, ce n’est pas mon fort, comme dirait Nelson – non, pas l’amiral anglais !
– Qu’y puis-je ?
Je sais que l’honnête homme du XXIème siècle se doit de posséder, en plus de sa langue maternelle, au moins… l’anglais. Mais, j’ai beaucoup de mal avec la prononciation de cette langue. Et je suis sous le charme lorsque je l’entends parlée avec élégance par toutes ces têtes couronnées (de diadèmes incrustés de vrais diamants, et pas, comme certains le pensent, de zircone qui est un diamant synthétique. Ce qui est conforme à la sainte éthique de la famille royale britannique. Vous pouvez me croire : je l’ai lu dans « Voici ». Mais c’est quand même vraiment tiré par les cheveux !).
Et pourtant, que de mots anglais se sont introduits (et même englués) dans notre belle langue avec la complicité de l’Académie Française ! Prononcés à la française, bien sûr !
D’accord pour « business », « week-end », « coming out » (mais il ne faut pas me prendre au mot !), « burn-out », « bestseller », « challenge », ou « sponsor », qui se sont fait une place dans nos dictionnaires. Mais « dealer », c’est plutôt stupéfiant, non ?
Sans compter une foule de races de chiens parmi lesquels le Beagle, le Bull Terrier, le Bouledogue, le Jack Russell Terrier, le Setter anglais pour ne citer que ceux-là.
Je pense aussi à un mot très à la mode actuellement : « coach ». J’ai d’ailleurs l’impression d’être la mouche du « coach ».
Heureusement, de notre côté, on a réussi à leur fourguer une multitude de mots français faisant référence à la cuisine et à la gastronomie. Et pas des moindres ! Par exemple, «vinaigrette », « crème brulée », « croissant », « baguette » mais aussi « embonpoint ». Dans le registre de la mode aussi, avec « chignon », « coquette », « décolleté », « prêt-à-porter » ou encore « haute couture ». Et dans celui de l’amour : « coup de foudre », « femme fatale », « fiancée », « rendez-vous » ou encore, mais c’est moins romantique, «ménage à trois ».

Parmi les nombreuses expressions de la langue française ayant traversé la Manche et l’Atlantique, on retrouve aussi : « C’est la vie », « déjà vu » « cliché » ou « nouveau riche ». Remarquez, je vous parle de mes faiblesses en anglais, mais j’ai les mêmes problèmes en espagnol. Quand, il y a deux ans, j’ai passé mes vacances à Cuba, il ne m’était pas facile de communiquer avec les autochtones. Il est vrai que mon vocabulaire était on ne peut plus indigent. J’avais donc beaucoup de difficulté à me faire comprendre. Était-ce dû aussi à ma prononciation approximative ? A l’accentuation fantaisiste que j’appliquais aux mots ? Ou encore à mon débit qui décourageait toute conversation ? Voire à ces trois raisons en même temps. Toujours est-il que comme, au restaurant, les serveurs restaient sourds à mes demandes, je recourais, avec force gestes, à la langue des signes. Ce qui me dispensait de ma gymnastique quotidienne !
Néanmoins, je complexe quand je pense qu’en plus de parler ruche, les abeilles communiquent déjà par e-miel et font le « buzz » !
Je garde malgré tout un excellent souvenir de Cuba, présenté sur les brochures de voyages comme l’Arcadie des temps modernes, le pays du bonheur. J’en retiens pour ma part, son soleil radieux, ses champs de canne à sucre et de tabac qui s’étendent à perte de vue. Et surtout ses merveilleuses plages de sable fin que je pouvais admirer de la fenêtre de notre chambre d’hôtel.
Mon épouse et moi étions également fascinés par la beauté des couchers de soleil : tous les soirs, à l’horizon, une grosse boule rougeoyante, le plus beau des astres, descendait lentement vers l’océan qui, tel un monstre affamé, l’engloutissait voracement, déclenchant aussitôt dans le ciel et sur l’eau, une explosion de reflets arc-en-ciel.
Je dois dire aussi que nous avons été séduits par sa capitale, riche de maisons aux façades pastel, de voitures des années 1950 (beaucoup d’américaines d’un autre âge) et d’une architecture hispano-coloniale du XVIe siècle dans la vieille ville. Nous ne nous sommes pas privés non plus du plaisir de visiter les six gares de La Havane.

Mais il ne faut pas se voiler la face, il y a cependant une ombre au tableau. Car derrière cette joie de vivre exprimée notamment par la salsa, tout n’est pas rose dans ce pays, et la censure existe.
La vérité c’est qu’on a fermé toutes les églises à Cuba, le jour même de l’Ascension ! Sous prétexte que les fidèles cassent trop.
Il n’y a que des cons cubains pour prendre de telles décisions !

De Marie

Oui, ils l’ont fait ! Les voici de retour au camp de base de l’Everest après 14 jours d’une expérience inoubliable. Ces cinquante et une heures de marche les ont épuisés. Pour ces deux copains alpinistes chevronnés dans la force de l’âge, cette ascension sur le toit du monde était leur pari fou, eux qui aimaient aller jusqu’au bout d’eux-mêmes pour que leurs vies vaillent la peine d’être vécues.
Ils avaient tout laissé avant de partir pour réaliser leur rêve : travail, amis, confort, même leur chien qui d’habitude les accompagnait dans toutes leurs aventures. Ils avaient fait fi des réticences de leurs familles qui en silence devaient se dire « le risque existe pourvu qu’ils ne finissent comme tant d’autres dans ce lieu si joliment appelé la vallée arc en ciel ». Ainsi nommée à causes des vêtements multicolores de ceux qui n’en sont jamais revenus.
Leur aventure vient de prendre fin dans ce camp aux jolies tentes multicolores. Il est temps de dire adieu à leurs sherpas qui les ont si bien assistés et avec lesquels ils se sont liés d’amitié. Il est temps aussi de se ressourcer avec une douche chaude, de retrouver le plaisir de déguster les fameuses galettes chapatis et des plats népalais qui les accompagnent. D’avoir une petite pensée pour les yacks qui montent les marchandises si vaillamment. C’est aussi le temps des rencontres, du partage, des réflexions et des grandes idées.
Un dernier regard au glacier Thumbu et ils attendent avec impatience l’avion qui leur fera quitter Lukla . Encore trente minutes pour retrouver le berceau du Népal, la ville royale et la verte vallée de Katmandou.
L’expérience vécue dans ce paysage minéral tout là-haut, à plus de 5464 mètres d’altitude au départ, leur a laissé des traces. Le soleil qui vous brûle les yeux et le visage, qui vous laisse la marque blanche de vos lunettes pour vous faire ressembler à un semblant de monstre, le froid de l’ombre glaciale qui vous fait grelotter, et le manque d’oxygène ne laissent pas indemne.
A peine arrivés à l’hôtel, malgré le bruit infernal de la ville, la pollution qui cette fois fait étouffer mais pas pour la même raison, les deux amis s’effondrent morts de fatigue sur leurs lits. Mais voici que dans leur demi-sommeil, une autre fenêtre d’aventure s’ouvre pour eux. Cette fois, plus de grimpette mais un rêve de mer bleue, d’un voilier qui vogue sur l’océan, direction Cuba. Maillots de bain, tongs, paréos, et quelques lunch box dans les sacs à dos, ils s’imaginent déjà passer sous les arcades de la place de La Havane et danser une samba endiablée aux cotés la reine du carnaval émoustillante dans son habit de lumière avec son diadème de diamants synthétiques.

De Lucette

C’est le weekend de l’Ascension, ensemble on veut changer d’air. Partir loin, respirer l’air marin, admirer la mer démontée, sentir les rafales de vent nous fouetter le visage, qui emmêlent nos cheveux. Enfin vivre quoi !
Après avoir cherché, nous avons trouvé un petit hôtel dans un « coin perdu ». Je peux vous assurer que ça ne ressemble pas du tout à Cuba, tout juste à un lieu idyllique pour se retrouver en amoureux.
Nos valises sont prêtes, le taxi rouge (pour passer incognito) nous attend. Le chauffeur s’impatiente un peu, car oui j’ai oublié de vous dire que nous allons fêter nos Noces de Diamant (60 ans de mariage), alors les jambes sont un peu rouillées pour mon mari.
Ceci dit, le bonheur existe, si on a la volonté de le faire exister, peu importe l’âge, c’est juste un d’état d’esprit positif. Certes, notre vie n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, mais il y a 60 ans, le jour de mon mariage, fut le plus beau jour de ma vie…Ma photo de mariage trône dans notre chambre, dans ma belle robe blanche, mes cheveux retenus par un diadème. Ah ! oui c’était la plus belle journée de ma vie à ce moment-là…
L’avion, maintenant il faut l’éviter, le cœur n’aime plus trop les secousses. Mais l’envie de soleil est plus forte que tout. Notre chien Félix nous accompagne. Il nous regarde, ses yeux remplis d’angoisse. Je le rassure, je lui explique qu’il va courir sur la plage dont il raffole. Je suis sûre que des souvenirs vont lui revenir.
Après un long périple, notre train arrive enfin dans notre « petit coin perdu en gare de Biarritz ». Excusez du peu… Montres en mains, nous avons mis 11 heures, avec les changements, les attentes, les aléas sur les rails. J’entends mon voisin dans le wagon dire et répéter à son épouse, « tu ne m’y reprendras plus ». Je me retiens, mais j’ai envie de dire à cette femme dans le creux de son oreille, juste entre elle et moi, « Ne l’écoutez pas, et profitez, profitez, on ne sait pas de quoi demain sera fait ».
Qui est déjà allé sur le rocher de la Vierge ? Certains y ont prié, car ce rocher rappelle des souvenirs dramatiques ou heureux. Il est surtout là pour préserver les pêcheurs tellement c’est escarpé et dangereux à cet endroit. Pour d’autres, c’est le rocher des pleurs, qui veut se supprimer, saute, et c’est l’éternité…Pour ces désespérés, il n’y aura aucun miracle, on ne revient jamais d’une mer aussi musclée, qui justement insuffle une telle énergie, une force, un courage sans pareil. Il y a tellement de gens heureux sur cette furie, tous les surfeurs, les baigneurs, les voiliers. Quand il faut grimper sur les mâts, même si on n’a jamais été alpiniste, il faut du cran, et cet océan en a lui. Alors on doit lui montrer que l’on peut-être presque « son égal » en réussissant la manœuvre. Mais ce coquin sait attendre, il peut tendre d’autres pièges encore plus sournois…
On se retrouve dans une jolie chambre, et à l’instant où on y pénètre, un magnifique arc-en-ciel nous accueille. Toutes ses belles couleurs irisent le ciel. De notre fenêtre, ce spectacle est féerique, on est en extase, on a 20 ans, main dans la main…
Doucement, l’ombre du soir envahit peu à peu notre chambre. Nos beaux habits tout neufs nous parent, chacun se sent fier dans le regard de l’autre. Pour lui, c’est du lin. Pour moi, c’est un tissu synthétique avec de jolies couleurs qui me donnent un teint de gamine. Oui, je sais j’exagère, je peux plaisanter quand même. Au fond de moi, j’ai 30 ans de moins, alors je peux me permettre une petite fantaisie rien que pour me faire du bien.
Nous avons commandé une lunch-box dans notre chambre. Servis sur le grand balcon, on entend les cris joyeux de la jeunesse. Quel bonheur que de vivre ça encore une fois. On trinque au champagne, en se promettant encore longue vie à tous les deux, et en se remémorant notre vie qui est passée si vite…
Ce voyage me rappelle notre expédition en Arcadie, nous avions toute l’innocence, la verdeur de nos 20 ans. C’était hier…
Conclusion : être aimé, c’est plus qu’être riche, car c’est être heureux. Toutes les richesses du monde ne pourront jamais acheter l’amour. Cette vérité est d’une évidence on ne peut plus criante.
Aimer un être, c’est accepté de vieillir avec lui. Alors, OUI ! Je l’affirme haut et fort, j’ai aimé au-delà de l’inimaginable, et aucun regret du tout…

De Jacques

Voyage imaginaire

Doux printemps qui s’imagine déjà en voyage
Une valise prête, pleine comme une boîte à lunch
Je m’hôtel comme désir de changements
Et je pars dans ma tête pour un peu la quitter

Voir par mes doigts la Cuba merveilleuse
Qui chantonne et existe
Tels des alpinistes qui grimpent vers le bonheur
En passant par des chemins de nouveaux savoirs
Dans un lieu d’art ouvert par une fenêtre
Sur Cuba, la terre fertile, la coabana
Hublot d’une terrifiante saveur
Un lien temporel lié à la mémoire du jour
Celle des Ciboney et des Taïnos
Ceux-là disparus dans un décor d’Europe

Peu à peu ma cabèche se vide
Espace vierge comme voiler
Voile, le pont, l’alliance de l’arc-en-ciel du soleil et de la pluie
Cette filiation entre la vérité, l’âge et l’imaginaire
Où se dessinent les monstres de l’humanité
Et leurs valeurs changeantes
Pareil à l’ombre des nuages sur le paysage
Un fondu au noir à la rencontre d’une autre vie

Le noir empyrée
Le ciel pleurait sur le sort des disparus, abandonnées, sacrifiés
De l’Arcadie échevelée par les vents
Partant d’Orchomène,
Se profile en montagnes, en falaises et baignée d’Égée
Village sur village par la main ouverte de Zeus
Qui caresse le printemps des alpages
Gardés de vaisseau et de chiens
L’ascension, regards de pâturages
Fort travail des bergers, riant d’herbes folles et de vie simple
Et l’églogue et ses amours simples de vérité
Loin des diadèmes
Et des faux pouvoirs de la gloire
Et des espoirs synthétiques.

De François

Dans le rêve des Constellations

Il lui fallait partir, le temps était au beau fixe, la mer calme et le vent favorable. Sa course en solitaire avait pris tout son sens. Il laissa son reste de lunch-box aux chiens de l’hôtel. De sa fenêtre il voyait, amarré au quai, son bateau qui l’attendait, un super voilier récemment acquis. Il quitte l’hôtel à la pointe du jour, la Baie de Santiago de Cuba lui laissait une image floue. Il voulait rejoindre l’Europe. Mais au bout du troisième jour le temps se gâta, le soleil disparaissait derrière de gros nuages noirs et l’arc-en-ciel sombrait dans une mer de plus en plus agitée, cette mer où s’élevaient des monceaux de flots d’écumes grises. Les voiles se tordaient les drisses se tendaient dangereusement en criant et en lançaient de sinistres plaintes.
La nuit laissa la place au jour, une vague énorme, plus puissante et vengeresse que les autres le clouèrent sur le pont. Il perdit connaissance. Le bateau vogua à l’aveuglette pendant un temps. Le clair de lune vint à lui et le sortit de sa torpeur. Les étoiles, les constellations semblaient danser dans le noir de la nuit. Il se redressa et à sa grande stupeur il vit un ours, un ours brun gigantesque, un ours aux yeux de feu, le front ceint d’un diadème d’émeraudes. Un monstre d’un autre temps
Il recula la bête s’approcha,
— N’aie pas peur marin, je ne te veux aucun mal. Je viens vers toi pour que tu me ramènes en Arcadie ?
— Quoi ? Qui es-tu ? Et pourquoi en Arcadie ?
— Je vais t’expliquer.

Et l’ours s’approcha plus près encore, il s’assit d’une manière bizarre, comme s’il s’agissait d’un être humain. Il prit un petit tonneau comme siège.
— Écoute, voilà l’histoire. Je m’appelle Arcas. Regarde haut dans le ciel, est-ce que tu vois la Grande Ourse ?
— Oui !
— C’est ma mère.
— Quoi ?
— Oui, ma mère Callisto, elle a été abusée par Zeus et je naquis de cet outrage. Héra la femme de Zeus, fâchée, transforma ma mère en Ourse. Alors mon âge venu, je partis à la chasse et je vis cet Ourse, je tendis mon arc et décochai une flèche. Mais Zeus, par pitié ou par amour, détourna ma flèche pour lui sauver la vie. Je reconnus ma mère et Zeus ne voulut pas que nous soyons séparés. Il nous plaça dans le ciel, elle, Grande Ourse et moi Petite Ourse, nous sommes ainsi devenus des constellations. Voilà l’histoire.

Notre naufragé n’en croyait pas yeux et pensait se trouver en plein rêve, pas encore en cauchemar, mais.…
Du ciel, il vit venir une forme fluide et ondoyante, comme un rayonnement synthétique.
— Ah ! Mon fils tu es là !
— Oui Mère, je voudrais retourner en Arcadie pour retrouver Lycaon.

Du ciel encore un éclair déchira l’horizon. Arcas se blottit contre sa mère.
— Zeus descend, sa colère sera terrible.
— Que vois-je, Arcas et Callisto ?
— Oui, nous voulons retourner en Arcadie.
— Bien ! Je vais faire le nécessaire.

Mais un halo de lumière se répandit sur le pont du bateau.
— Héra, toi ici ?
— Oui, il est hors de question qu’ils retournent, je m’y oppose.
— Bien, dit Zeus, retournez en constellations et les humains pour les siècles des siècles, connaîtront votre histoire.
— Et ton infidélité, lança Héra.
Le ciel s’ouvrit pour cette ascension grandiose.
La mer s’agita de nouveau, puis les cieux devinrent plus sereins.
Au firmament, pour un instant la Grande Ours et la petite Ours scintillaient, par complicité, sans doute.
— Si le courage me prenait, je gravirais les nuages, tel un alpiniste prophétique et j’irai les rejoindre, mais…
Le bateau reprit sa route.
Notre marin fouilla dans ses affaires dans la cabine et prit un livre. On pouvait lire sur la couverture ; « Ovide, les métamorphoses ».
— Oui, je sais qu’il existe en ses flancs l’histoire de Callisto et d’Arcas et bien d’autres encore… 

De Nicole

CUBA, QUESTION DE GENERATION

Les actualités au cinéma: 1959, un jour de soleil, j’ai vu descendre des montagnes entourant La Havane à Cuba de drôles d’alpinistes, barbus, les barbudos et leur leader Fidel Castro. Des hommes tout en puissance, vêtus de kaki, barbus, fourbus et pourtant d’une allure martiale.
Ils ont renversé le gouvernement de Fulgencio Batista et ses chiens du pouvoir.
La Havane, une ville à l’ombre des Etats-Unis, aux hôtels luxueux, aux casinos flamboyants et à la misère d’un peuple.
Dans les rangs des gens de gauche, on salue cette révolution. La vie s’allège.
Fidel Castro, Che Guevara deviennent des icônes.
Commence une période de grâce, un nouvel âge. Redistribution des terres agricoles, démantèlement des grandes propriétés terriennes, éducation, enseignement gratuit, couverture médicale…
Filmée, mitraillée par les photographes, La Havane livre au monde des images de liesse populaire.
Certains cubains fuient vers la Floride avec des voiliers de fortune.
Les Etats-Unis décrètent un embargo, un blocus économique, financier, et commercial en 1962 après des nationalisations de compagnies américaines. Il dureront jusqu’en 2020.
Le tourisme “politique” prend son essor, les lunch-box encombrent les plages.
Le fantasme des cigares roulés sur les cuisses des belles cubaines existe dans la tête des machos de tout acabit.
Une idée synthétique de soleil, de sueur, de liberté des mœurs, les bourgeoises de gauche en perdent leurs diadèmes et leur vertu.
Cette fenêtre sur le monde cache bien vite une vérité plus cruelle.
Cette utopie d’une Arcadie fait long feu, une dictature s’est installée.
Un pouvoir de fer crée toujours des dissidents, des arrestations arbitraires, des disparitions, des exécutions, des monstres.
En 2021, Fidel Castro mort, Raül Castro prend sa retraite à 89 ans, remplacé par un communiste plus jeune, Miguel Diaz-Canal, favorable au mariage homosexuel.
Emmènera-t-il le pays vers un arc-en-ciel ?

De Catherine

Chat échaudé…

Mes amis sont des monstres ! Ils n’ont aucune pitié pour moi qui n’ai pas le même entraînement qu’eux ! Ils ne daignent même pas regarder en arrière pour voir si je suis bien.
Pour dire la vérité, ils m’avaient prévenue que ce serait difficile pour moi qui passe ma vie enfermée dans un bureau à longueur d’année, mais j’ai insisté encore et encore, leur assurant qu’ils pouvaient me faire confiance et que je n’aurais aucun mal à les suivre : j’avais le même âge qu’eux tout de même ! Et puis, on n’allait pas non plus faire l’ascension du Mont-Blanc : je ne me serais jamais risquée à partir avec des alpinistes ! Ce n’était que le tour de l’Aubrac, après tout ! Pas de quoi pavoiser non plus !
Mais je n’avais pas prévu que ce serait aussi pénible : manque de souffle, manque de muscles, trop d’ampoules ( merci les chaussettes en synthétique !), équipement peu adapté… Mon sac à dos me cisaille les épaules et semble peser des tonnes. Et ça monte, et ça descend, et ça remonte… Et je ne parle pas de la météo, qui alterne plein soleil (surtout dans les endroits arides, sans aucune ombre possible), froid avec vent glacial, et pluie, tout ça parfois en un seul jour.
Larguée loin derrière, je passe mon temps à rouspéter après tout : le temps, les autres qui oublient que j’existe là quelque part derrière, le terrain inhospitalier à mes yeux, le fait que je me sois embarquée dans cette galère, en suppliant de m’emmener en plus… Je sais que c’est beau les petites fleurs que nous foulons sous nos pieds. Oui, j’ai bien vu l’arc en ciel sur les hauteurs. C’était sans doute magnifique, mais mes souffrances me font occulter toute cette beauté.
Que n’avais- je choisi un autre type de vacances ? Cuba, ça aurait été plus cool et plus chaud. Et dormir à l’hôtel et contempler la mer depuis ma fenêtre, plutôt que dans des gîtes ou des refuges sordides. Même l’Arcadie me fait envie ! Même le Pas-de-Calais … C’est dire ! Bref, tout plutôt que cette montagne qui m’en veut et qui n’en finit pas de me torturer. Il ne faut pas que je me voile la face : les grimpettes ne sont pas faites pour moi. Je suis tellement harassée que même avec des chiens lancés à mes trousses, je ne pourrais pas avancer plus vite, quitte à me laisser dévorer pour en finir plus vite.
Quelle idée d’avoir quémandé de les accompagner. Je suis vraiment la reine des idiotes ! Tiens, je pourrais me faire un diadème avec toutes les fleurs que je piétine, comme ça, tout le monde saurait ma suprématie dans le royaume des nulles!
Mon lot dans cette aventure, c’est souffrance et solitude, puisque les autres ne m’attendent pas. Mon seul plaisir dans la journée : la pause déjeuner avec ma lunch box bien garnie pour me sustenter et reprendre des forces. Et aussi, un lit pour allonger mon corps endolori chaque soir. C’est sûr que je ne ferai pas la même bêtise deux fois : l’an prochain, ce sera les orteils en éventail sur une belle plage de sable fin !

De Marie-Josée

Jour de visite

Maman tourne pour la énième fois les pages d’une revue, en lisse méticuleusement chacune et promène son doigt sur les légendes des photos d’un voyage à Cuba que je lis à voix haute. Je commente les images pour rompre le silence et le seul moment où j’entends le son de sa voix est quand elle se met à compter les palmiers qui bordent une plage de sable blanc. Le regard implorant de deux chiens errants lorgnant la lunch-box d’un touriste qui y plonge une fourchette synthétique ainsi qu’une publicité clinquante pour un hôtel de luxe la laissent indifférente. Elle revient systématiquement aux palmiers et après un petit moment je prends le risque de poser la question :
-Tu veux bien qu’on tourne la page ?
Pas de réponse, mais elle ne manifeste pas de résistance lorsque je lui enlève la main. Je continue de feuilleter le magazine et les images vues et revues se succèdent. Son doigt s’arrête sur celle qui représente une cordée d’alpinistes en pleine ascension du Mont Rose. Elle les compte et recompte jusqu’à ce qu’une averse vienne laver les carreaux en face d’elle et capte son attention. Rien n’existe désormais en dehors de l’orage inattendu qui la terrorise. Elle se cache les yeux, sursaute à chaque coup de tonnerre et mes paroles rassurantes restent sans effet. Je caresse doucement ses cheveux blancs et l’oriente à nouveau vers la revue, lui faisant compter les colliers, les bracelets et le diadème d’une page de publicité pour bijoux. Mes tentatives de lui rappeler un passé où perles et diamants la faisaient rêver restent peine perdue. Elle repousse le magazine et désigne une fenêtre.
-Tu es fatiguée ? Tu préfères regarder les géraniums du balcon ?
Pas un son ne sort de sa bouche mais je devine à son regard que la réponse est oui. Son grand âge et les monstres qui grignotent inexorablement ses neurones l’ont privé des mots et des pas. Je me place derrière le fauteuil-roulant et l’installe devant la grande baie vitrée. Il ne pleuvait plus. Absorbée par le comptage des fleurs, elle ne se rendit pas compte des larmes qui venaient voiler mes yeux et étrangler ma voix. La vue de l’écharpe irisée qu’avait tissée le mariage du soleil et de la pluie me mit un peu de baume au cœur. Contrairement à toute attente, elle parvient à nous unir quelques instants avant qu’elle ne replonge dans un monde auquel je n’avais pas accès. La vie se résume désormais à un kaléidoscope dont elle ne parvient plus à saisir ni à définir les couleurs.
On frappe à la porte et l’aide-soignante, avec un grand sourire, nous demande :
-La visite s’est bien passée ? Sans attendre la réponse, elle enchaîne en s’adressant à maman:
– C’est bientôt l’heure du gouter ! Un bon gâteau au chocolat et du café vous attendent. Je sais que vous aimez ça. Vous allez vous régaler !
Elle s’empare du fauteuil et le pousse vers la sortie. Je les accompagne jusqu’à l’ascenseur et comme chaque fois, elle s’agrippe à mes mains et je répète quasiment les mêmes paroles :
– Je reviendrai un autre jour, alors nous irons nous asseoir dehors.
Ce n’est qu’à la vue des boutons illuminés qu’elle lâche prise et commence à les compter. Concentrée sur les numéros, elle m’a oubliée avant que les portes ne se soient refermées.
En quittant les Jardins d’Arcadie, je me suis souvent demandé pourquoi l’ EHPAD portait un nom aussi poétique. Sûrement pour rassurer les familles et dissimuler la vérité. Le dieu Pan n’y a jamais joué de la flûte et ce n’est que l’ombre des résidents qui danse dans les couloirs. Le ciel bleu a effacé l’arc-en-ciel comme la démence a gommé les souvenirs des temps heureux.

De Danièle

C’est un pays étrange baigné de soleil, d’ombres furtives, de nuages floconneux.
C’est un pays insolite bordé de montagnes pourpres, de forêts bleues, de rivières dorées.
C’est un pays étonnant avec de maisons de paille, de pierre, de bois ; usines, hôtels, centres commerciaux n’y ont guère leur place.
C’est un pays surprenant peuplé d’enfants, de poètes, de monstres égarés, de papillons éternels, de chiens, de chats, d’oiseaux de toutes sortes.
C’est ici, en Arcadie que Luna a vu le jour.
Luna est une jeune fille à la chevelure rousse retenue par un diadème en forme de croissant.
Elle porte des robes de tulle, de mousseline, d’organdi de couleur violette.
Sa voix est mélodieuse et de sa bouche les mots en rimes sortent en cascade.
Elle aime gambader dans les bois, flâner sur les sentiers bordés de fleurs sauvages, se baigner dans l’eau des rivières. Jamais elle n’est seule, chiens, chats, oiseaux l’accompagnent dans ses escapades bucoliques.

En allant ce matin dans le grenier de sa maison de paille, Luna a trouvé un vieil atlas; curieuse, elle tourne les pages, scrute les contours des pays, s’émerveille des noms qu’elle récite en chantonnant :

« Algérie Chambéry, Canada Jakarta, Japon Besançon, Soudan Milan, Vietnam, Amsterdam … »

L’oiseau perché sur son épaule s’envole et sautille à pattes jointes sur le bleu de la page, puis se met à picoter une à une les lettre du mot Cuba.

« Dis donc mon ami,
Que signifie cette parodie ?
Cela veut-il dire qu’il est temps que je prenne mon envol
Et qu’enfin je décolle ? »

L’oiseau repart dans un joli bruissement d’ailes.
Le soir venu, Luna a du mal à s’endormir, elle ouvre grand sa fenêtre et admire les montagnes dans le lointain :

« Existe-t-il une vie
Différente de celle d’ici ?
Existe-t-il là-bas
Une vie avec des hauts et des bas ? »

Luna décide alors d’aller voir le poète :

« Mon ami le poète
Toi qui a plein d’idées en tête
Que dois-je faire ?
J’en ai marre de me balader sur cette terre
J’en ai assez de cette vie paisible
De ce surcroît de temps libre. »

Le poète l’écoute attentivement :

« Ainsi donc, tu ne savoures plus de ce monde la beauté,
Tu ne goûtes plus tes moments de liberté,
Tu penses qu’ailleurs l’herbe est plus verte.
Tes propos me déconcertent ».

Luna reste silencieuse…

« Pars donc en voyage, route ou petit chemin
Tu les parcourras sans souci du lendemain,
Mais prends garde, ouvre grand les yeux,
Ecoute ton coeur fougueux
Ne te voile surtout pas la face
Lors de rencontres fugaces. »

Et c’est ainsi que Luna décide de partir. Oui, la route sera difficile, bien qu’elle n’ait jamais fait d’alpinisme, elle sait que l’ascension de la montagne sera dure, mais elle y arrivera.
Le lendemain, elle est fin prête, habillée en exploratrice, chaussée de bottes, une lunch box à la main, l’air conquérant elle s’en va vers un nouveau monde. Luna jette un dernier regard…un arc-en-ciel vient juste de s’inviter.
Quelle vérité Luna trouvera-t-elle au-delà des montagnes ?
Quel monde nouveau va-t-elle découvrir, un monde aux jugements synthétiques ou naturels ?
Nul ne le sait à ce jour.

De Cécile

Le salon de thé

Cinq cent kilomètres : j’avais parcouru tout ce chemin sans m’arrêter, tantôt sous la pluie, tantôt sous le soleil. Un arc en ciel m’avait accompagnée sur une partie du trajet. Maintenant, le jour commençait à décliner. La nuit s’installait, grignotant l’ombre des arbres de la forêt vosgienne. Le ruban de route interminable ne semblait mener nulle part.
Il fallait que je m’arrête, mes paupières ne m’obéissaient plus, elles menaient leur vie et menaçaient sérieusement la mienne. Faire une halte au prochain endroit habité devenait une question de survie. Hors de question de dormir dans ma voiture, ce n’était plus de mon âge. Et je croyais aux légendes et aux monstres. Ma chatte, Arcadie, installée sur la banquette arrière dans son panier, commençait à manifester son impatience. Elle s’agitait et ses petits miaulements plaintifs m’informaient qu’elle en avait plein les pattes elle aussi. Je n’avais pas prévu de l’emmener avec moi dans ce voyage imprévu. Victorine, ma voisine, s’offrait habituellement pour la garder. Mais Victorine était partie en vacances. Elle avait gagné un voyage à Cuba et en ce moment, elle se prélassait sûrement dans un hôtel, sous le soleil.
Il fallait que je m’arrête. Je pris une petite route sur la droite dès que je vis un panneau indiquant un nom de village sûrement. Le GPS était muet et mon téléphone portable ne donnait plus signe de vie. L’accès au réseau, possible par intermittence, s’était mis aux abonnés absents. J’aperçus avec soulagement quelques maisons. La lumière perçait au travers des volets en bois. Je me décidai à frapper à une porte pour demander où je pourrais passer la nuit. Des chiens se mirent à aboyer. Je reculai et m’apprêtai à faire demi-tour, quand une petite fille, un diadème sur la tête, ouvrit avec prudence la porte. Une jeune femme blonde, l’air interrogatif, s’encadra dans la porte et se campa entre la fillette et moi. Elle tenait à la main une robe en voile synthétique sur laquelle elle surpiquait les manches. J’en déduisis qu’elle confectionnait un déguisement qui allait de pair avec la tiare de l’enfant. Méfiante, la jeune femme écouta les explications sur la raison de ma présence. Il existe bien un hôtel, me dit-elle, mais à vingt-cinq kilomètres du hameau. Mon air dépité, mon visage défait lui firent baisser la garde. Elle m’invita à entrer quand je lui dis que j’avais mon chat dans la voiture. Cela contribua à la rassurer. Elle me conseilla d’aller chercher Arcadie pendant qu’elle enfermerait ses deux chiens dans la cuisine. La petite fille fut charmée par ma petite boule de poils mais ce ne fut pas réciproque. Arcadie sauta sur le bord de la fenêtre et entreprit l’ascension des rideaux comme les alpinistes celle du Mont Blanc. Je réussis à la prendre dans mes bras et à la contenir. Elle sentait la présence des chiens et cet endroit inconnu lui était manifestement hostile. Mon hôtesse m’offrit un thé accompagné d’une part de gâteau au chocolat fait maison. Cet arrêt me requinqua quelque peu et après avoir pris soin de me rafraîchir dans la salle de bain de mon hôtesse, je repris la route avec Arcadie. Je fis sans peine les kilomètres qui me séparaient de l’hôtel indiqué par la jeune femme. Je payai la chambre avec ma carte bancaire. L’endroit était propre, simple, chauffé. Il ne m’en fallait pas plus. Arcadie fit le tour du propriétaire. Aucun danger en vue. Elle s’étira, et puis se mit en boule sur le lit. Une lunch box sur la table de nuit semblait avoir été oubliée par l’occupant précédent. La nuit fut calme, aucun bruit ne vint troubler mon sommeil.
Je me réveillai tard dans la matinée. Il me restait une centaine de kilomètres avant d’arriver sur le lieu de ma destination. Je me rendis directement à l’Eglise où étaient célébrées les funérailles de mon oncle Paul. J’arrivai au moment de la quête. Je sentis les regards sur moi, mêlés d’agacement et de curiosité. Je pris mon portefeuille avec l’intention de déposer un billet de dix euros dans la corbeille. J’avais retiré cent euros au distributeur bancaire proche de chez moi avant mon départ. La poche à billets était vide !!! Le porte-monnaie ne contenait plus la moindre piécette !!! La colère prit le pas sur la gêne.
Me voiler la face n’était plus possible, la vérité était là, évidente. J’avais payé cent euros une part de gâteau au chocolat et un thé !!!!

De Karine

Par cette journée de l’Ascension, Victor était heureux de retrouver son petit fil Louis. Cela faisait un grand moment qu’ils ne s’étaient pas vus.
Louis est un jeune homme de 17 ans et demi, frais, ravissant, plein d’espoir et de vie. Sa peau douce, son teint légèrement halé subliment son visage souriant et enchanteur. Son Spring Head band qu’il porte tel un diadème donne un style artistique à sa magnifique chevelure angélique, blonds dorés. Musclé, sensuel, bien taillé, il en fait tourner des têtes aux demoiselles, avec son corps de rêve ! Un beau gosse charmant. Une vraie gueule d’ange! L’incroyable finesse des traits de son visage le rend si séduisant que certains le traitent de gonzesse ou de petite pédale. À cet âge, les jeunes sont souvent bêtes, méchants et cruels, ils ne se pardonnent pas grand-chose entre eux.

Victor, le grand-père de Louis, sait bien que Louis est différent de la majorité des petits gars. Il sait que son petit-fils aime les autres garçons. Il le sait depuis très longtemps, avant même que celui-ci ne le comprenne. Il l’aime et l’aide à accepter la vérité.
Victor a été marié, il a eu deux enfants, Pierre et Charlène, la maman de Louis. Puis il a divorcé, il a changé de vie, puis tout quitté pour partir en mer sur son voilier faire le tour du monde en solitaire. C’est là, un jour, qu’il avait compris et admis enfin, qui il était. Il s’était forcé à aimer une femme par rapport à la réputation, l’honneur de sa famille, qui considérait l’homosexualité comme une maladie. Mais depuis toujours ou presque, il aimait François secrètement au fond de son cœur. C’est en rentrant de son tour du monde que Victor est sorti de l’ombre et a accepté son amour avec l’homme qu’il aimait tant. Ils décidèrent avec François, d’assumer, de vivre ensemble heureux, amoureux, une vie douce et libre. François était devenu le grand-père de Louis par alliance. Dans sa jeunesse, il était alpiniste et depuis quelque temps, il s’était mis à la peinture et l’écriture de livres pour enfants.

“Marc BATARD, dit ” le sprinter de l’Everest” se prépare à repartir à la conquête de l’Everest. Lui qui a grimpé sur le toit du monde en moins de 24 heures et sans oxygène quand il avait 36 ans. Il a décidé d’y retourner pour fêter ses 70 ans en 2022.”

En entendant cela à la radio, François se mit à chercher un livre. Paru en 2003 ” La sortie des cimes”, Marc BATARD chahute les esprits machistes et prudes de la communauté alpiniste. Il y révèle qu’il est homosexuel et qu’il souhaite désormais passer à autre chose que la montagne pour se consacrer à la peinture et l’écriture. François adorait cet alpiniste, il avait des points communs avec lui. Il voulait partager en donnant à Louis ce très bon bouquin.

Victor lui avait mis déjà de côté, “La Condition Des Homosexuels” livre écrit par André BAUDRY, ainsi que quelques vieux numéros de 1978 et 1979 de la revue littéraire et scientifique Arcadie du Mouvement homophile de France. Homophile, pour ceux qui ne connaissent pas, désigne toute personne qui se comporte de manière bienveillante, tolérante et dans une position d’acceptation et de compréhension envers les homosexuels. Cette personne est éventuellement solidaire et militante des droits des homosexuels sans qu’elle ne le soit. Aujourd’hui, les jeunes disent “gay-friendly”.
Arcadie était à la fois une revue littéraire qui compta jusqu’à 30 000 abonnés et une association conviviale, dont les soirées au local de la rue du Château d’Eau à Paris ont rythmé la vie gay de la capitale pendant de nombreuses années et dont le fondateur était André BAUDRY. Il avait une approche assez conservatrice de l’homosexualité, il n’employait d’ailleurs pas le terme d’homosexuel, mais « d’homophile ». Il critiquait régulièrement, lors de ses discours devant les adhérents de l’association, sur l’obsession des homosexuels pour le sexe, ce qui lui valut souvent d’être critiqué par certains groupes d’homosexuels. Il n’en resta pas moins un pionnier, qui est intervenu plusieurs fois à la télévision, à une époque où peu de gays osaient s’afficher publiquement.
Victor était fier que Louis lui ait demandé des renseignements, qu’il s’informe sur les différents mouvements. Il était enchanté de partager une partie de son histoire, lui qui avait participé à ce mouvement aux côtés d’André BAUDRY.

Louis arriva avec un gros sac et un super tee-shirt. Ses grands-pères lui dirent :

– Super ton tee-shirt, Louis. J’adore l’arc-en-ciel.
– Moi, j’adore la phrase : “J’peux pas, j’ai Gay Pride”.
– L’arc-en-ciel, c’est le sigle des LGBT, papi.
– Les LGBT ? J’en ai entendu parler, mais c’est quoi déjà exactement ce sigle ?
– Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres. Hé ! Papi, il faut vivre avec son temps, mais toi à la page.
– Ah ouais ! Tu as raison, tu vas nous moderniser Louis. Et nous, on va t’apprendre l’histoire. François t’a trouvé un livre d’un alpiniste qui fait son coming out et moi, je t’ai retrouvé quelques numéros de la revue Arcadie, comme je t’avais promis la dernière fois que l’on s’est vu, avant le confinement.
– Cool !
– Au fait, la Gay Pride ?
– Il y en a une cette année ?
– Oui, j’ai vu le 3 mai, sur Internet que la fédération d’associations inter-LGBT s’est expliquée via un communiqué : “Parce qu’il nous faut encore marcher en 2021 ! Parce qu’il est important d’être visible ! Parce que nous devons toujours revendiquer des droits ! Parce qu’il y a encore du chemin à parcourir ! Parce qu’il était temps de se retrouver enfin ! Nous vous donnons rendez-vous le 26 juin 2021 pour la Marche des Fiertés LGBT+ de Paris/Île-de-France!” Le lieu de rendez-vous du cortège n’est pour le moment pas précisé, ni le parcours.
– Je ne sais pas si on viendra cette année, on se fait vieux, tu sais. Mais si on est en forme, on défilera, évidemment, suivant les conditions sanitaires à ce moment-là. En tout cas, une chose est sûre, ce n’est pas ton père qui t’accompagnera…dit Victor en riant.
– Tu es drôle, papi ! Ça, c’est sûr. Il est tellement homophobe, qu’il ne comprend pas pourquoi on existe. Limite si on ne devrait pas être piqué comme des chiens galeux ou gravement malades. On est des monstres à ses yeux. Je ne comprends pas, comment, maman peut rester avec un connard pareil. En tous cas, je suis bien content d’avoir quitté la maison. Je voulais vous remercier de m’avoir payé la caution pour l’appartement. J’emménage avec Grégory dans deux semaines et je vais quitter l’hôtel. Ça va être cool ! D’ailleurs ça, c’est pour vous.
– Une bouteille de champagne, une somptueuse tarte aux fraises, une belle bougie de chez Durance aux senteurs de Fleur de coton, comme on adore et un cadeau chacun. Rien que ça ! C’est gentil Louis. C’est trop, tu nous gâtes.
– Allez, ouvrez !
– Un Roméo et Juliette ! C’est adorable, tu es vraiment trop gentil.
– Un Montecristo N°4, mais tu es fou. C’est mon préféré, tu me connais bien là. Tu es bien mon petit-fils. Mais tu es fou, ça coûte cher !
– C’est Grégory, qui les a ramenées directement de Cuba. Je lui avais donné les marques de vos cigares préférés, il s’est chargé du reste.
– C’est gentil à lui. Comment va-t-il d’ailleurs ?
– Ça va, il travaillait, mais il devrait venir me chercher ce soir si tout va bien.
– Génial ! Allez, mets la table, gamin, que l’on prenne l’apéro et qu’on commence le barbecue!
Louis, pris la nappe en synthétique et l’installa sur la table dans le jardin. Puis, il demanda à François de lui passer les couverts, les assiettes, les verres, les serviettes par la fenêtre. Il savait que le soleil n’était pas très bon pour l’hypertension de Victor, alors il installa le parasol, car il cognait fort aujourd’hui. Aucun nuage à l’horizon pour voiler le ciel comme l’avait annoncé Météo France, pour une fois qu’ils avaient raison, tant mieux ! Il était super content, car aujourd’hui, il allait manger à une vraie et belle table, bien dressée, ça le changerait de sa lunch-box habituelle.

Louis était radieux de pouvoir parler librement, de raconter sa vie, ses expériences, ses projets avec ses grands-pères. Il était ravi d’avoir connu Amandine, bénévole au Refuge, et content de lui avoir fait confiance. C’est elle qui lui avait conseillé de se rapprocher de ses grands-pères. Il était fier de lui, de leur avoir fait confiance, de leur avoir demandé de l’aide avant de commettre l’irréparable.
Victor et François se réjouissaient de pouvoir partager de tels moments de complicité avec leur petit-fils, et surtout d’être restés ouverts avec le temps et ne pas être devenus de vieux cons coincés.
Ils étaient comblés d’avoir ce point commun avec lui et d’avoir pu aider Louis à s’affirmer, à vivre normalement. Ils étaient heureux de l’avoir sorti de cet enfer, dans lequel il était tombé, de l’avoir soutenu pour son indépendance, et de l’avoir aidé à reprendre sa vie en main. Ils espéraient, maintenant, que Louis allait pouvoir oublier un jour, la souffrance, les coups, les insultes, les humiliations qu’il avait subis à l’école par certains de ses camardes, voire de ses professeurs, ainsi que par son père, homophobe incontestable.
Cet être abject qui tapait si fort sur son fils qu’il lui avait brisé une fois la mâchoire, une fois une clavicule et une autre fois deux côtes et le nez. Cet être abject qui lui disait qu’il lui faisait honte, qu’il ne méritait pas de vivre. Cet être abject qui ignorait son propre fils à certains moments, ou qui l’insultait à d’autres de sale pédé, de tarlouze, de fiotte, de tapette et qui voulait l’enfermer dans un hôpital psychiatrique, car, pour lui, Louis était malade, et devait se faire soigner.
Le fait d’avoir pensé au père de Louis, Victor avait besoin de lâcher un peu et dit :

– À notre époque, c’était difficile. Mais aujourd’hui, quand je vois que certains n’ont pas évolué ou si peu sur le sujet, ça me révolte. Je trouve cela navrant, et bien triste !
– Tu as raison Victor. Ce n’est pas gagné ! D’ailleurs, j’ai bien aimé une des phrases du communiqué de l’Asso “Parce qu’il y a encore du chemin à parcourir !
– C’est tellement vrai ! Ah non, excusez-moi, “Grave” ! Comme dirait, le p’tiot.
– Ouais, grave ! Papi, tu as raison, mais la vie continue et la vie est belle ! Bon allez les papis, on se fait une partie de quelque chose en attendant Grégory, que je vous mette la pâtée !

Les grands papas étaient contents que Louis ait rencontré Grégory et qu’ils soient si amoureux tous les deux, même s’ils n’avaient pas tout à fait le même âge. Grégory était un homme bon, gentil, travailleur, doux, attentionné qui avait eu la chance d’avoir des parents très ouverts sur le sujet. Il n’a jamais connu ce mal-être dont Louis avait été victime durant de nombreuses années. Il l’aidait à se reconstruire, et pour cela, Victor et François lui en étaient très reconnaissants.
Grégory finit tard et arriva vers 18 h 30. François dit :

– Tu dois être fatigué, Grégory. Il est tard, comme il y a le couvre-feu à 19 h 00, on n’a pas le temps de se voir vraiment. Plutôt que tu repartes dans un quart d’heure, je vous réserve un super programme ce soir ! Je vous propose de manger avec nous à la bonne franquette, d’écouter un bon disque de jazz, de déguster un petit cognac ou une liqueur de derrière les fagots, de coucher sur le canapé du salon et demain après le petit-déjeuner, vous pourrez reprendre votre petite vie tranquille. Qu’en dites-vous les amoureux ?

Grégory regarda Louis et dit :

– Si ça ne vous dérange pas, c’est avec plaisir que nous acceptons ! Je ne travaille pas demain, ça tombe bien. Merci François ! Merci Victor !
– Non, merci à vous. Ça nous fait plaisir et ça faisait si longtemps. Au moins, on profitera de votre visite. François a toujours de bonnes idées, c’est pour cela que je l’aime !

La soirée se déroula dans la joie, la quiétude et la bonne humeur.
Avant de se coucher, Victor et François se souhaitèrent une bonne nuit. Ils étaient satisfaits de leur journée avec Louis et Grégory. Juste avant de s’embrasser, Victor dit :

– Inviter des personnes qui nous sont chères et partager avec eux, ajouter un peu d’écoute, de bienveillance conjuguées à de l’amour et de l’humour agrémentés d’une bonne bouffe, d’un bon verre, d’une bonne musique et d’un cigare divin, voilà, une belle soirée réussie, rondement menée et qui a fait du bien à chacun. Au final, des fois, ce n’est pas si compliqué le bonheur.
– Il faut juste savoir apprécier les moments simples de la vie ! répondit François.

De Laurence S

Le jour où Gloria partit à la rencontre de ses ancêtres

Depuis longtemps, Gloria souhaitait entamer des recherches généalogiques pour connaitre réellement ses origines. Elle avait bien un patronyme se terminant en –os comme beaucoup de noms grecs d’ailleurs – Arkinopoulos. Elle se doutait qu’avec un tel nom, elle n’était point originaire de Cuba. A part ce détail, elle supputait plus qu’elle ne savait…Elle avait besoin de découvrir la vérité sur ses ancêtres !
C’était l’histoire de sa vie qu’elle désirait ardemment décortiquer. Aussi, après de multiples recherches, jour après jour, aidée par un spécialiste en la matière, elle se rendit an Arcadie. Tout le monde confondait cette région grecque avec l’Acadie, une ancienne province française au Canada. D’un point de vue historique, l’Acadie n’était qu’une ombre au regard de l’ancienneté légendaire et de la richesse mythologique de l’Arcadie.
Son enquête avait mené Gloria dans le Péloponnèse, dont faisait partie l’Arcadie. Elle prit une chambre dans un hôtel de Sparte où les fenêtres donnaient sur la campagne, où les vestiges historiques des temps anciens se faisaient concurrence. Sparte fut, en des temps antiques, la rivale de la grandissime Athènes.
Elle prit son temps pour sillonner la campagne arcadienne, en ayant soin de se préparer une lunch-box à chaque fois pour son repas de midi. En effet, elle n’était pas sûre de trouver un restaurant dans cette partie montagneuse du pays. Le soleil dardait des rayons intenses et offrait peu d’ombre à la pèlerine.
Gloria s’arrêtait dans chaque village, demandant aux villageois s’ils connaissaient des gens portant son patronyme. Elle s’exprimait avec difficulté en grec et personne ne parlait l’anglais dans cette région reculée de la Grèce, ignorée des touristes. Les vieilles dames qui lui répondaient paraissaient être des femmes sans âge, toutes ridées, vêtues d’une coiffe en dentelle qu’elles portaient tel un diadème. Elles arboraient néanmoins un sourire radieux. Ce sourire n’offrait plus que quelques dents mais irradiait en forme d’arc-en-ciel. Cela mettait Gloria en joie à chaque fois, car ses pérégrinations ne la menaient nulle part. Elle s’asseyait auprès de chaque villageoise, écoutait et tentait de comprendre le patois qu’elles utilisaient au quotidien, acceptait la tasse de café turc.

« Personne n’existe ici portant le nom de Arkinopoulos ? ».

A chaque fois, le ‘non’ qu’elle récoltait la ramenait au point de départ, comme ces alpinistes qui ne pouvaient jamais finir l’ascension d’une montagne enneigée. C’était décevant et elle ne se voilait pas la face. Comment poursuivre et trouver un être qui serait peut-être de sa famille ?
A chaque fois qu’elle arrivait dans un village, les chiens en liberté aboyaient fort et la poursuivaient, lui réservant le meilleur des accueils. Ce n’était pas des monstres, mais c’était toujours impressionnant.
Cette région de l’Arcadie que Gloria visitait ressemblait fort au Massif Central français, la sécheresse en plus. Elle se plaisait à imaginer comment les gens vivaient à une époque ancienne et quels animaux peuplaient ce pays, l’Arcadie signifiant « Pays des ours ». Elle avait une vision poétique des temps antiques, voyant des bergers paitre avec leurs troupeaux sur les plateaux rebattus par les vents. Elle entrevoyait des dieux se battant, ou naître comme Hermès dans une caverne du Mont Cyllène.
Gloria était déjà venue en Grèce pour ses vacances, mais avait visité les sites célèbres, envahis par les touristes l’été. L’Arcadie était une région bien différente, sauvage et montagneuse avec une population vivant paisiblement. Cette partie de la Grèce avait acquis ses lettres de noblesse par ses récits mythologiques et sa vie pastorale.
Durant les deux semaines que durèrent ses recherches, Gloria n’avait eu qu’une vue synthétique de la province, mais elle fut touchée au plus profond d’elle-même, plus qu’elle ne pouvait se l’avouer. De là à ce qu’elle quitte la France pour rejoindre le pays de ses ancêtres….

De Patrick

Ce Matin

Ce matin au lever du jour en regardant par la fenêtre, j’ai remarqué que le soleil avait l’air mutin en m’adressant un clin d’œil qui voulait dire ‘va flâner et rêver au fil des mots.’
Ce matin au lointain, des chiens d’arrêt errants aboyaient à des monstres échappés des ombres de la nuit.
Ce matin, descendant dans mon jardin, trois beaux marins, m’attendaient pour m’emmener naviguer vers des horizons lointain, non merci les copains ma vie est ici. Alors pour les remercier, je leur ai offert ma lunch box.
Ce matin, un peu plus loin, une future mariée en pleurs cherchait désespérément son diadème de princesse d’un jour qu’elle avait perdu. En l’aidant à rechercher son bijou d’amour, elle me trouva sympathique. Pour me remercier, elle m’invita à danser, car des musiciens cubains entonnèrent une salsa de Cuba endiablée. Après deux minutes trente-cinq de bonheur, je me suis arrêté, trop essoufflé, ce n’était plus de mon âge .
Ce matin, sortant de l’hôtel de Picardie, trois alpinistes un peu cubains et un peu marins se préparaient à partir pour l’ascension des montagnes du Péloponnèse et retrouver le bonheur avec les bergers d’Arcadie loin des pelouses synthétiques.
Ce matin, un peintre audacieux, pour faire briller nos yeux avec un peu d’épices du fond des cieux, a peint un arc- en- ciel..
Ce matin, un agent de la police d’écritures qui avait du caractère me dit mes quatre vérités concernant mon texte écrit avec des mots du hasard : « Jeune homme, vous auriez pu faire plus court ou un inventaire à la Prévert ou mieux vous inspirer de Cyrano ».
En vérité, je lui répondis « Si j’existe, c’est juste pour le plaisir d’écrire des micro-histoires sans queue ni tête. Fâché de ma réponse, il disparut en un point d’exclamation!
Ce matin, j’ai écrit un texte plus court avec les mêmes vingt mots.
En vérité, ce matin au lever du jour, en sortant de l’hôtel, des alpinistes de Cuba d’un certain âge prirent avec comme bagage leur lunch box un train, sorte de monstre synthétique pour une future ascension en Arcadie. Par la fenêtre, on entendait un chien aboyer et l’on admirait un arc en ciel, sorte de diadème jouant avec l’ombre et le soleil qui, lui, existe comme une source de vie non voilée.
Ce matin, j’ai pris deux aspirines à cause d’une histoire sans queue ni tête, mais qui donne mal à la tête.

De Françoise V (hors proposition d’écriture)

Envie d’évasion…. Et envie de noircir mon petit carnet. 


C’est un après-midi où j’ai envie d’évasion, de quitter la maison, de quitte les soucis, d’oublier le présent, de rayer le passé. Je dois me distraire, voir autre chose que les arbres, les fleurs, mon jardin, mon ordi, mes peintures…. Et pourquoi pas, voir des peintures d’artistes en musée ? Tiens, donc, aujourd’hui Jeudi 20 mai, c’est lendemain de la réouverture des Musées ! Belle occasion, go, je prends ma voiture et je fonce… au centre-ville de Besançon.
Dès l’instant où je pénètre dans ce vaste musée Bisontin, la question normale se pose : de quel côté vais-je me diriger pour atteindre l’ascenseur avec le sens de circulation imposée dans le contexte de la crise sanitaire ? Je n’ai pas de plan, je me laisse guider par les flèches rouges qui m’emmènent d’abord au sein de la salle archéologie (que j’aime bien mais où je ne veux pas aller). Bon, patience, et je me dicte dans ma tête et derrière mon masque : « ma fille ne t’énerve pas, tu vas bien trouver cet ascenseur ! »).
De magnifiques et précieux objets datant de la préhistoire, de l’époque gallo-romaine, de l’époque égyptienne défilent sous mes yeux, car je marche à grands pas, feignant ne pas les voir, me cachant sous mon masque bleu. Je fonce droit devant à la recherche de cet ascenseur. Ouf, j’aperçois la porte de loin…. Mais je ne suis pas dans le bon sens de circulation. Regard à droite, regard à gauche… pas de gardien, j’enfreins le règlement, et je passe sous les banderoles-barrières pour arriver enfin à l’ascenseur. Je sue, je maugrée…. On ne m’a pas vue ! J’accède à la « boîte ascensionnelle » pour le deuxième étage réservé aux expositions temporaires.
Arrivée en une minute, je pénètre dans cette salle sombre. Juliette Roche expose ses toiles, ses dessins, sur les jardins, les parcs, la vie des rues, la vie des bars, la vie tout court, tout en s’appliquant à reproduire des portraits ou son portrait. Ses couleurs sont sombres, voir tristounettes, je n’aime pas beaucoup tout en gardant respect pour son talent. Aurait-elle eu âme nostalgique ? Ou bien envahie de tristes pensées ? Peintre, écrivaine, elle a vécu entre 1884 et 1980.
Elle fut influencée par les mouvements cubistes et dada. Son écriture moderniste fut influencée par le futurisme, et exprimée dans quatre livres sur le récit de sa vie. C’est en apprenant qu’elle avait écrit un monologue au Jardin d’acclimatation, que l’idée m’est venue de noircir mon petit carnet sur un banc public après ma visite culturelle. Et oui, pourquoi pas moi ?
C’est ainsi, qu’à la sortie de ce musée, je me suis installée au square Saint-Amour pour rédiger un récit beaucoup plus long que celui-là, en décrivant mes impressions de cette visite dirigée par la « flèche rouge : Suite de la visite » à chaque changement de salle. Puis je me suis dirigée vers le Parc Micaud. Face à la citadelle, j’ai crayonné rapidement un croquis, puis quelques lignes d’écriture, toujours sur mon petit carnet. J’ai ensuite observé les canards sur le Doubs. Mèche au vent, ils avaient fière allure à lutter contre le courant les uns derrière les autres, pour accéder royalement au fouillis naturel qui s’offrait à eux : des buissons dans tous les sens, rien que pour eux ! Un paradis de camouflage. Eux semblaient heureux, et ne prenaient pas garde au héron qui leur volaient le poisson…. puisqu’ils ne se nourrissent pas de poisson !
Ce parc public est magnifique et j’aime beaucoup m’y réfugier, pour écrire ou dessiner. La variété des arbres centenaires est une vraie ressource pour moi. Rien qu’en les regardant s’élever très haut, je ressens un sentiment de protection.
Mais ma balade se termine…. Je dois rentrer au « bercail » et me replonger dans ma vie de tous les jours, et garder ces images de liberté au plus profond de moi pour avoir envie d’y retourner.

De Laurence D

Dans le beau pays d’Arcadie, région de Grèce imprégnée de mystères, de mythes et de symboles, existe un hôtel, qui accueille les voyageurs curieux de cette contrée pleine de  mille et une histoires.

Un jour, deux compagnons, dans la fleur de l’âge, tous deux férus d’escalade, firent le projet de partir à l’assaut de la montagne, qu’ils pouvaient admirer de la fenêtre de leur chambre.

Bons alpinistes tous les deux, ils  ne craignaient pas la difficulté d’une ascension. Cette montagne était réputée pour être difficile d’accès avec ses flans vertigineux. Ce serait le moment de vérité de leur voyage. Y parvenir serait un bel exploit mais leur épopée avait également un autre but.

L’un des deux amis venait de Cuba. Il avait fait la promesse à sa grand-mère mourante de déposer en offrande aux dieux de l’Olympe, un diadème orné de pierres de jade et d’émeraude, qu’elle-même avait reçu de sa mère. Une lointaine histoire racontait qu’une descendante espagnole de la famille avait été enlevée et mariée de force à un prince grec ; pour pacifier leur union, celui-ci lui avait fait ce cadeau somptueux. On dit qu’ils auraient eu alors une vie longue et heureuse.

La grand-mère de notre jeune montagnard voulait restituer ce bijou afin de remercier les dieux de sa belle existence sur cette terre.

Cette tâche n’était pas forcément si simple. Il leur fallait trouver une caverne, situé à mi-parcours et à l’ombre d’un chêne-vert ; l’entrée n’était décelable qu’après une pluie d’orage, lorsque le soleil brillait à nouveau, qu’un arc en ciel prenait forme. La lumière se reflétait alors sur les gouttes d’eau des feuilles du chêne et  leur livrerait le passage pour entrer dans la grotte.

La première épreuve remportée avec succès, un ultime et dernier challenge les attendait : affronter les monstres, gardiens du tabernacle, où ils pourraient déposer l’offrande destinée aux divinités. Ces molosses étaient quatre fois plus gros que des chiens ordinaires et ils gardaient farouchement leur trésor.

La vieille grand-mère leur avait appris que pour les amadouer quelques bonbons les rendraient inoffensifs et doux comme des agneaux. Elle tenait cela d’une sorcière de son village, selon le bon principe qu’une friandise faisait fondre n’importe qui et  que la douceur venait à bout de n’importe quelles cruauté et méchanceté. Et bien sûr ce stratagème fonctionna ! Le diadème fut placé sur cet autel avec un petit mot de remerciement de la grand-mère. Ils savourèrent la fin de leur périple, car ils n’avaient pas voulu se voiler la face, mais dès le départ, ils savaient que leur entreprise était hasardeuse et dangereuse. Ils s’en étaient bien tirés.

Après toutes ces épreuves, nos deux compères décidèrent de s’octroyer une pause casse-croûte. Ils l’avaient bien méritée. Ils sortirent de leur sac une lunch-box, achetée sur l’autoroute à la hâte. Lorsqu’ils ouvrirent leur boîte, ils découvrirent une tranche de jambon assez semblable à une semelle en synthétique et un morceau de pain, digne d’un chewin gum Hollywood, seule nourriture à peu près comestible qu’ils aient trouvée sur cette aire d’autoroute. Mais la faim était trop grande et ils dévorèrent pain et jambon.

Ils reprirent leur route en sens inverse le cœur léger et le sourire aux lèvres, heureux.     


J’espère que vous vous êtes régalé en lisant tous ces beaux textes!

Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien et prenez soin de vous!


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE

Mon guide qui peut vous être fort utile…

Mon guide est pour l’instant en vente au format Kindle d’Amazon…la version papier arrive bientôt!

Vous avez eu envie l’an passé d’écrire un livre ?

Vous avez commencé à écrire un livre mais vous vous êtes arrêté en cours de route.

Faute de méthode, vous avez renoncé !

Vous avez tout arrêté, faute de croire suffisamment en vous.

Vous avez tout arrêté parce que vous ne vous sentez pas digne d’écrire.

Mais, au fond de vous, demeure l’envie irrésistible d’écrire des histoires et pourquoi pas l’envie d’écrire un roman.

Mais, vous n’osez pas.

Vous avez peur. Surtout du ridicule.

Votre entourage vous décourage ou pire se moque de votre envie.

Faute d’impulsion et d’encouragement, vous laissez tomber !

Vous n’arrivez pas à mettre en forme votre manuscrit sans parvenir à trouver votre style.

Vous ne voulez plus vivre ce sentiment d’échec au fond de vous que vous avez déjà connu par le passé.

Vous avez envie de vous sentir libre et léger par la pratique de l’écriture.

Vous voulez faire de l’écriture une passion. Votre passion !

Vous désirez aller jusqu’au bout de votre envie d’écrire, vous prouver que vous pouvez achever votre projet et que vous en êtes digne.

Alors, ne perdez plus votre temps.

Ne tournez plus en rond comme un hamster qui tourne en rond dans sa cage.

Ouvrez la cage de la créativité.

Ouvrez la cage de votre créativité !

Persistez et allez au bout de vos idées de livres.

Il est temps de changer quelque chose dans votre vie…

Mais vous ne savez pas comment faire.

Vous avez besoin de conseils simples qui ont fait leurs preuves auprès d’écrivains pour enfin saisir cette opportunité d’écrire. ENFIN !

Au fond de vous, vous savez à quel point il est important d’assouvir vos désirs et vos envies, à quel point vous avez besoin de ressentir ce plaisir infini que représente l’écriture à vos yeux.

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Faites de l’écriture un axe de votre vie.

Si vous croyez en vous, tout est possible !


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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