Pour la proposition d’écriture N° 108, il fut intéressant de lire un peu de vous, un moment secret et sacré de votre vie. C’était un moment …enchanteur et privilégié!

Entre celles et ceux du matin, d’autres du soir, d’autres pour qui le moment sacré de la journée est à l’extérieur.. chacun a son moment et c’est bien là le plus important! 

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.  

De Léna

Un jour, on me pose une question qui soulève bien des réflexions dans ma tête : quel est le moment de la journée que tu préfères ?
Trop souvent, nous n’accordons que peu de temps aux gestes et actions de notre quotidien. Pourtant, c’est ce qui construit chacune de nos journées. Alors, cette question m’a poussée à réfléchir mais aussi à être à l’écoute de mon corps dans ces actions quotidiennes. Alors, je me suis aperçue que la chose que j’aimais faire à chaque fois c’était… me brosser les dents.
J’aime ce moment où on ne parle plus, où l’on se regarde, soi, dans le miroir. On nettoie cette bouche qui a parlé toute la journée ou bavé toute la nuit. Je ris et je souris, rien qu’en y pensant. Je ressens une pleine complétude en me brossant les dents chaque jour. J’ai ce sentiment de bonheur en sentant le goût du dentifrice, sa fraîcheur. J’aime aussi les moments de partage que procure le brossage de dent en famille ou avec mon mari. Très souvent, nous rions aux éclats car l’un ou l’autre commence à philosopher sur une question cruciale de la vie, ou commence à danser ou chanter pour je ne sais quelle raison, la bouche pleine de dentifrice.
Se brosser les dents laisse en moi un goût de joie. J’apprécie me brosser les dents le matin après mon petit-déjeuner car j’ai l’impression que c’est le point de départ de ma journée. J’aime me brosser les dents le soir avant de me coucher, car sentir cette haleine fraîche avant de m’endormir c’est juste l’exaltation. C’est un acte auquel on apporte trop peu d’importance, quelque chose de banal. Mais je vous assure, lorsqu’on porte l’attention dessus, il révèle bien des choses agréables. Alors, vous tentez l’expérience d’un brossage de dent en pleine conscience ?


De Marie-Françoise

Cueillette de goyavier

Par un beau dimanche, il fait beau, un joli petit soleil, toute la famille, on part dans les hauts de la Réunion à la plaine des cafres, à la cueillette des goyaviers, ces petits fruits rouges, gorgés de soleil. Les baies sont succulentes, sucrées, hum ! Un délice
Sac, seau dans les mains, on y va, petite promenade en famille dans la nature, on respire l’air frais, on entend le chant des oiseaux. Un paradis sur terre , on passe par ci par là, on cueille, on déguste, on remplit son petit seau. La nature nous offre ce qu’elle a de meilleur, à nous d’en faire bon usage.
Une fois rentrés à la maison avec ces petits goyaviers, on les déguste, en confiture, en gelée ou en salade.



De Luc


Décrire un moment de son quotidien, dans la vie de tous les jours ou en vacances, il s’agit là d’une tâche difficile car que choisir ? Les moments se succèdent dans notre vie à un rythme effréné qui ne fait qu’augmenter avec l’âge. Pour un peu que nous soyons d’humeur optimiste, on les trouve presque tous formidables et porteurs de bonheur. Et concernant les quelques-uns dont nous nous passerions bien, eh bien ils sont porteurs d’expérience, car on dit que l’être humain ne s’accomplit que dans l’adversité. Bon, il faut bien choisir et rentrer dans le vif du sujet, alors après avoir hésité entre le moment de complicité souvent répété avec mon épouse qui se finit généralement en rires joyeux, le moment à scruter la rivière dans l’attente que la truite se dévoile en gobant un insecte, le moment hors du temps à gravir un col des Andes à vélo dans la furie des vents du Pacifique, je vais essayer de vous décrire une petite escapade en escalade en hiver, sur une paroi calcaire du sud de la France, comme j’en ai vécu tant, que je sois en vacances ou non. Et il s’agit d’une expérience vécue, complexe à décrire, où sensations en tous genres se succèdent et s’entremêlent de façon très marquée et se gravent en vous de façon durable, voire indélébile.
Alors l’hiver dans le sud de la France en Haute-Provence, il y fait froid le matin, même très froid. On y trouve de nombreuses plaques de verglas qui ne demandent qu’à vous faire tomber et précipiter du chemin. Mais pourquoi partir grimper dans ces conditions ? Vous allez comprendre. Il faut choisir une paroi au sud. Le miracle du soleil qui apparaît sur le rocher transforme l’ambiance. On enlève les bonnets, les gants et autres pullovers. Bien évidemment le lieu est désert, il ne s’agit pas de ce qu’on appelle une école d’escalade où les grimpeurs seront nombreux dans les cliquetis de matériel et les éclats de voix.
Non, vous êtes seul avec un camarade, venus pour vous fondre le temps d’une escalade matinale dans un monde minéral. Tout d’abord, le rite de l’équipement, chaussons, baudrier, le matériel que l’on agence de façon optimale, le casque et enfin l’encordement. Le nœud que l’on confectionne avec attention, parfois source d’accidents mortels lorsqu’il y a malfaçon.
Tout cela s’accomplit dans une luminosité qui s’intensifie en ce début de matinée. En levant la tête, le rocher calcaire au gris clair invite à l’action. Enfin, l’un des deux démarre en tête, concentré sur le geste initial qui va débuter une belle aventure. Les premiers pas demandent une vigilance particulière le temps que le corps et sa multitude de muscles soient échauffés et retrouvent leur souplesse naturelle. Alors, le miracle, à chaque fois renouvelé, se produit, les doigts qui se posent sur la roche. Le grain fin, voire inexistant du calcaire, donne immédiatement la sensation très sensuelle de caresser une peau fine dont on part à la recherche des secrets intimes. Les mains deviennent à la manière des moustaches du poisson-chat des organes tactiles en quête des aspérités, source de plaisirs intenses, afin de s’y accrocher. En effet, du bas, les yeux ne sont pas toujours à même de voir la minuscule goutte d’eau sculptée par l’érosion qui va permettre à un doigt de s’y loger. Ce jeu subtile et complexe des phalanges en harmonie avec l’infinie variété du modelage de la pierre va absorber une bonne partie de l’attention. Que d’émotions cela suscite, en fonction de la grosseur, de la position ou de l’éloignement ! Une relation se crée instantanément entre l’épiderme du bout des doigts, voire des paumes, et le cerveau. Ce dernier analyse rapidement la situation et transmet des ordres aux pieds, tout un intégrant un élément fondamental : la gravité. Ces derniers entrent en action et, à travers les semelles des chaussons d’escalade, une nouvelle intimité se révèle entre l’homme et la roche. Les perceptions là encore sont infinies, mélange d’adhérence, de blocage ou d’opposition forcée, toute la variété du jeu se développe. La tête en vigilance extrême mais avec sérénité cependant, un peu à la manière d’une pieuvre usant de ses ventouses, courtise la roche. Une danse fascinante s’instaure, faisant penser à de la Lorelei sur son rocher, coiffant sa chevelure d’or aux rayons d’un soleil d’hiver.
Il ne s’agit là que d’une infime palette de ce que l’homme peut ressentir dans cette activité. Une fois bien arrimé au relais, il fait venir son camarade. Tout en étant appliqué à l’assurer correctement, ses sens se laissent ensorceler par le lieu, là, perché au-dessus d’un vide amical. L’odeur du rocher laissée sur les mains suite à une étreinte fusionnelle, les senteurs de la végétation éparse qui s’insinue dans les rares fissures qui le lui permettent. Tout particulièrement l’arôme caractéristique du buis, cet arbuste centenaire, voire bien plus, procure la plus belle des émotions. Le grimpeur qui a passé la soixantaine garde intacte l’intensité de cette première découverte des parfums du calcaire et de son biotope découverts alors qu’il avait quatorze ans. Il y a des amours étranges et dangereuses qui gardent leur puissance au-delà des années, des décennies et pourquoi pas de par les siècles.
Voilà un moment décrit brièvement, maintes fois répété, dont le souvenir et aussi la promesse future permettent de vivre dans une éternelle jeunesse.



De Bernard


C’est à quatre heures ou vers cinq heures
C’est vrai c’est tôt, mais c’est mon heure.
Je me suis doucement réveillé
Et sans jamais me bousculer,
Je descends chercher un bon thé.
Quelques biscuits, je vais remonter,
Là, bien installé sur un lit,
Grand bol de thé et mon ordi.
Maintenant, je recherche mes notes
Juste une phrase, une anecdote.
Des fois ça part ou bien ça bloque
Il est rare que je n’ai rien en stock.
Je me rajoute une contrainte,
Parfois même, j’écris des complaintes.
C’est mon moment de solitude
Je suis content de cette habitude.
Chaque matin j’écris quelques lignes
Sur un mot ou bien sur un signe.
Un vrai régal c’est le jeudi
Où j’écris souvent l’après-midi.
Ma boîte mail a une proposition,
Comme à l’école je fais ma leçon.

De Nicole

UN MOMENT DE GRÂCE

Dans le matin endormi, elle descend l’escalier.
Ses pas délicats la mènent au salon.
Elle aime profiter de ce moment de solitude.
Parfois traîne l’odeur des plats mijotés la veille.
Dans l’évier, une vaisselle à faire. Plus tard !
De l’eau chaude, du Ricoré, elle s’installe dans le fauteuil Voltaire un peu usé.
Elle regarde par la fenêtre en sirotant sa boisson.
Un paysage de jardins de ville.
Les cours de récréation des écoles voisines sont encore silencieuses.
Adelante le chat saute sur ses genoux, avide de caresses.
Elle se sent à la fois molle du sommeil enfui mais vive.
Ses pensées s’envolent vers le ciel, les nuages sont des paysages, montagnes, personnages éclairés de soleil.
Les contrails des avions l’emmènent voyager.
Ses pensées du matin sont agréables et la portent vers les petits bonheurs, contrairement à celles des nuits, plus sombres.
C’est un moment refuge où lâcher les armes, les larmes.
C’est déposer son sac, rêver d’utopies.
C’est respirer en grand.
C’est l’art de la joie.


De Lucette

Tout d’abord j’ai « une drogue » depuis au moins 50 ans, les mots fléchés. J’ai toujours été intéressée par tous les jeux de lettres. Au départ, c’était « force 1 », m’accorder plusieurs heures par semaine, puis tous les jours, je me consacre à cette passion. Quand j’ai trouvé un mot à partir d’une expression qu’il faut prendre au 2ème ,voire au 3ème degré, c’est un délice, qui vaut tous les desserts du monde. J’exulte ! Bien sûr, mon dictionnaire est mon livre de chevet. Il ne se passe pas une journée où je ne tourne et retourne les pages pour essayer de trouver le mystère qui se cache derrière cette case. Maintenant, j’en suis « force 4 ». Certes, je ne réussis pas tout, mais je n’en suis pas loin, car je m’acharne pendant des heures, il n’y a que les passionnés pour me comprendre…
Après, c’est concocter des petits plats pour mes enfants et petits-enfants. Passer des heures et des heures dans ma cuisine, chercher des nouvelles recettes, goûter des nouvelles saveurs, respirer les bonnes odeurs de grillades au feu de bois ou un festin pour le réveillon de Noël dans la cheminée, sous l’œil averti de mon mari. C’est déjà un merveilleux cadeau, que de voir se rôtir une superbe volaille, un gigot ou tout autre chose, grâce à ce magicien de Père Noël.
Mais, ce que j’aime le plus, c’est accompagner mon mari dans des promenades dès 7 heures du matin l’été, ou l’après-midi l’hiver. Après maints de soucis de santé, il a besoin d’aide. A sa droite, il tient un bâton de marche qui vient de Biarritz, et à gauche, mon bras s’installe sous le sien. Il perd le sens de l’équilibre, il marche très doucement et son soutien c’est moi. On a la grande chance d’habiter un merveilleux village en bord de mer près de Royan depuis notre retraite. On a beaucoup sué pour avoir ce bien, mais à chaque fois que nous arrivons dans nos « coins de paradis », là-haut sous les pins parasols, assis sur un banc de bois, on admire la mer et le bruit de la marée qui va, qui vient, qui repart et qui revient.
Tout est désert à cette heure-là, on rencontre des chiens avec leurs maîtres avec qui on fait un brin de causette. Au bout de 5 minutes on repart, et nous voici arrivés à un autre point de vue magnifique, où il a des grottes qui furent habitées par des pauvres pêcheurs pendant des millénaires et jusqu’aux années 1920. Maintenant, les vacanciers en recherche de nouveauté peuvent en visiter certaines. Une autre est un restaurant renommé, et toutes les autres ont été réhabilitées par des riches propriétaires venus de partout, qui ont une vue directe sur l’océan. Ce sont des grottes troglodytiques très prisées par les touristes.
Quand c’est possible pour lui, on longe la mer, et on arrive sur le port, avec ses restaurants, où les pêcheurs vendent leur pêche dès qu’ils arrivent sur le quai. Tout ce brouhaha, ces mouettes et leurs cris perçants, tous ces bateaux qui rentrent avant la marée basse, c’est un régal pour les yeux. Et manger ce bon poisson frais grillé dans un des restaurants, j’en ai encore la salive qui me titille.
L’été seulement, il y a un petit marché, avec les habitués, les locaux toute l’année, et tous ces marchands de fringues, de colliers ou bracelets, des cochonnailles qui nous font envie. Pendant 2 mois, on a le plaisir d’avoir une rue piétonnière pour se mélanger aux badauds, fouiller du regard, déguster un gâteau, une rondelle de saucisson…
Quand mon mari est en forme, ce parcours fait 5kms500, on rentre chez nous avant les grosses chaleurs et nous sommes heureux d’avoir encore partagé tous les deux, chaque coin, chaque recoin de notre « eldorado » qui nous rend toujours aussi heureux qu’au premier jour, le jour où on a découvert toutes ses falaises creusées par les vagues en furie lors de tempête. C’est un décor naturel qui enchante tous ceux qui le découvrent et qui savent apprécier en faisant l’effort de marcher pour ravir leurs sens, c’est-à-dire : la vue, l’odeur de l’iode et des pins, et tous bruits confondus qui annoncent que nous sommes en vacances…


De Karine

Je me souviens quand je me suis payé mes premières vacances, une semaine pour découvrir Paris, j’avais dix-huit ans. Avant de partir, je regardais des photos, j’ai dressé une liste des choses que je voulais voir absolument. Je m’imaginais visitant Paris et j’essayais de deviner, le visuel, le bruit et les odeurs. Ces sensations seraient certainement différentes de celles des vacances campagnardes habituelles que je passais chez mes grands-parents.
Je pensais aux pelouses fraîchement tondues dégageant cette substance volatile des feuilles lorsqu’elles subissent l’agression physique des tondeuses tandis que les Parisiens n’entendent même pas ces bruits tant ils sont habitués aux décibels. Nos narines trouvent très agréable cette odeur d’herbe fraîchement coupée, nous l’associons généralement au printemps. Je songeais aux vapeurs musquées et fraiches de la rosée du matin aux Jardins des Tuileries.
Je visualisais les limousines, dégageant des fragrances aux senteurs luxueuses. Je rêvais à l’arôme délicat et délicieux de la grande cuisine qui émanait des grands palaces et à la bonne odeur de térébenthine des parquets encaustiqués des appartements Haussmanniens.
J’imaginais aussi l’haleine de vase émanant de la Seine un jour chaud d’été, le parfum des petits rosiers qui fleurissent sur les balcons et qui évoquent l’amour passionnel. J’entendais le bruit des klaxons, des moteurs accélérant ou décélérant, de roulements continus sur les pavés parfois glissants. Je me projetais humant la ferraille utilisée pour la tour Eiffel, le Grand Palais et certains ponts de Paris, ou l’or des toits des Invalides ou du pont Alexandre III, flairer quelques notes cuivrées de sacs à main et d’escarpins de luxe.
Je rêvais du Sacré Cœur embaumé par les encens d’église. Je me laissais transporter par cette note d’amande et légèrement fleurie qu’apportent le benzaldéhyde et le 2-éthylhexanol qui contribuent à donner cette odeur si particulière aux vieux livres, qui au fil du temps finissent par jaunir. Ces bouquins qui trouvent une énième vie auprès des bouquinistes, véritables symboles des quais de Seine depuis le XVIe siècle.
Sachant que c’était une grande ville, je soupçonnais aussi quelques odeurs beaucoup moins agréables ou romantiques, comme les pots d’échappement, le bitume, l’odeur charnelle des voyageurs toujours pressés, l’odeur de poussière pénétrante du métro, qui était pour moi un lieu inconnu.
Paris me voilà !
J’avais imaginé que Paris était bruyant, mais c’est impressionnant, le bruit, quand on est dans la Capitale et que l’on vient de sa paisible province. Paris a un niveau sonore moyen de 68 décibels sachant qu’à partir de 40 dB, les effets extra-auditifs du bruit se font ressentir et qu’à partir de 85 dB, si l’exposition est chronique, les pertes auditives surviennent, d’après l’OMS.
Sur la terre, la ville est bruyante, mais sous terre, le métro ne donne pas sa part au chien. Le métropolitain de Paris, c’est beaucoup de bruit qui se trouve dans les couloirs comme les paroles, les bruits de pas, l’escalator, les musiciens. Le boucan le plus important est à l’arrivée des rames où le niveau sonore peut atteindre 90-100 dB. Le roulage, le ralentissement, l’ouverture des portes, la sortie et l’entrée de personnes, les annonces, le signal, la fermeture des portes puis l’accélération, combinés aux discussions en français et en langues étrangères, les musiciens et leurs guitares, accordéons et saxophones, les chanteurs bons ou mauvais, les mendiants et les fameuses communications téléphoniques constituent ce gigantesque barouf que je découvre. Mais dans le métro, parfois, ce raffut incessant, disparaît presque étonnamment au profit du silence suivant les heures, les jours, les saisons et les lignes.
Dans la Capitale, j’ai retrouvé toutes les odeurs que j’avais imaginées, mais celle du métro, je n’avais pas réussi à l’imaginer correctement. C’est impossible, et c’est la plus Parisienne qui soit !
J’entre, je prends un ticket, descends l’escalier : l’horreur ! Mes narines sont agressées par une palette de mauvaises odeurs, les plus subtiles de l’univers, que je vais découvrir au fur et à mesure de mon voyage.
La première odeur que je renifle est l’urine acide, mélangée à celle du détergent et du cambouis ou des huiles utilisées pour les rouages. En attendant, sur le quai, je reconnais une odeur, mais je m’étonne de la retrouver ici, dans le métro, la crotte de souris. Je la reconnais, bien qu’un peu différente, car ce sont des souris des villes, moi, je connais mieux celles des champs. J’avance un peu pour arriver à l’avant du train. Je sens une puanteur qui me lève le cœur et qui me retourne l’estomac, je regarde sur la droite et je vois une superbe peau de renard, laissé dans la nuit par un passager qui n’avait visiblement plus soif.
Le métro arrive. Je rentre, mais l’odeur du vomi qui a envahi mon nez reste encore. Évidemment, à 17 h 30, la rame est pleine à craquer, je reste debout, on est les uns contre les autres, tout le monde a chaud et transpire. Je suis petite en taille et ma tête arrive sous les aisselles du grand bonhomme d’à côté. Une exhalaison s’échappe de ses dessous de bras. C’est immonde ! Cela me rappelle la soupe de poireaux, pommes de terre, oignons que ma grand-mère faisait, sauf que sa soupe était appétissante alors que là, c’est plutôt, écœurant et ça m’empêche de respirer.
La prochaine station arrive, il descend, ouf ! Beaucoup de passagers descendent, c’est une grande station. Je trouve à m’asseoir. Le métro redémarre. Je suis à côté d’une femme, d’apparence très “prout, prout”. Elle a dû se perdre pour se retrouver là. Bonne nouvelle pour moi, elle ne devrait pas sentir le poireau ! Pas de chance ! Elle pas n’a mis un pschitt ce matin, mais elle a nagé dans une baignoire de parfum tellement elle cocotte, la bourgeoise. En plus, de la migraine, elle m’a offert un décapage nasal gratos. Je me retourne pour repérer une place, c’est trop fort pour moi, je ne supporte plus. Je ne vois rien, mais elle descend à la prochaine. Chouette !
Un vieux monsieur aux cheveux blancs, enfin plutôt blanc jauni, s’assoie sur le siège devant moi. Il a l’air gentil. Je détecte dans la rame une nouvelle odeur, âcre et tenace de tabac froid. À voir les doigts jaunes du vieux monsieur, j’en déduis que c’est lui. Le métro continue d’avancer.
Puis soudain, le cauchemar, une odeur pestilentielle, fétide et puissante tuant toutes les odeurs précédentes. Elle est indéfinissable, un mixte de chaussettes puantes, d’œufs pourris, d’excrément, d’urine sèche, de vinasse, bref plus toxique que le nuage de Tchernobyl. Les portes se referment. Je suis coincée, prise au piège dans la rame. Je me pince le nez, heureusement, je change à la prochaine station, de toute façon, je serais descendue. La personne se présent et c’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Gérard le clochard, une icône de la ligne 8.
Je marche dans les couloirs pour prendre ma correspondance, et c’est reparti pour un tour. Dans la rame, une odeur de chien mouillé s’estompe, le voyage se passe bien, ça ne peut pas être pire, enfin, je l’espére.
À la station suivante, lorsque les portes s’ouvrent, une odeur de poulet, d’épices et de graisse cuite entre dans la rame. Le KFC ne doit pas être loin. Mais cette odeur de poulet est mélangée à une odeur de colle, bizarre, non cela s’explique, car un type change les affiches des panneaux publicitaires.
Puis tout à coup le métro s’arrête brutalement, une annonce nous demande de descendre immédiatement par la sortie au fond du quai. En descendant, je me souviendrai toute ma vie de cette odeur de freins qui a chauffé, mélangée au sang du bonhomme qui vient de se suicider.
Je sors du métro choqués, fatigués, anxieuse et triste, certes, il y a ce pauvre homme, mais les mauvaises odeurs rendent de mauvaise humeur.
Je quitte le monde souterrain pour rejoindre la surface de la terre. Je m’assois à la terrasse d’un bistrot. Le fumet plaisant, délicieux et puissant de l’arabica torréfié à l’instant envahit mon nez. Cette odeur de kawa combinée aux senteurs aromatiques de celles des croissants et de la baguette bien chaude que déverse la boulangerie d’à côté, me permettent de me détendre et de profiter de cette ville magique qu’est Paris !
J’aime la chanson d’Enrico Macias : Paris, tu m’as pris dans tes bras. Que c’est vrai ! Paris m’a prise dans ses Bras. Je suis tombée amoureuse de cette ville, et j’y ai même trouvé l’amour !
Tel un touriste, j’arpente ses quartiers populaires ou touristiques, toujours émerveillée.
À travers, les rues ou les avenues de la capitale, résonne un air familier, un panorama de carte postale, un mouvement perpétuel, gardant les traces vivaces de son histoire.
Je me suis enamourée de Paris.
Pour ses monuments, la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, le Louvre, le Sacré Cœur, la Statue de la Liberté, Notre-Dame de Paris qui font rêver les voyageurs des quatre coins du globe. Pour ses mini villages, comme la Butte-aux-Cailles à Montmartre qui semblent figés dans le début du siècle. C’est un endroit où l’on peut se ressourcer.
Pour ses grands magasins, ses galeries de Noël, ses passages emblématiques datant du 19ème et du début 20ème où l’on se réfugie lorsqu’une averse décide de pointer le bout de son nez !
Pour ses nombreux musées, que ce soit le Louvre, le plus grand, ou le musée de la vie romantique qui est d’un bucolique et d’un raffinement exquis tout en étant le plus petit.
Pour ses galeries d’art, ses expositions. Pour son architecture, ses ponts, ses péniches, ses innombrables balades, ses hôtels particuliers où il ne faut pas avoir peur des pousser leurs portes pour découvrir des merveilles.
Pour ses médecins et ses hôpitaux.
Pour ses touristes, ses stades, ses concerts, sa culture, son histoire. Pour ses foodtrucks et bars éphémères, ses transats, ses piscines, le rosé en été le long de la Seine. Le coucher de soleil sur les toits de Paris vaut le détour, voilà pourquoi, depuis quelques années les “rooftops parisiens”, je préfère “bar en terrasse” font tant la joie des Parisiens. On y admire Paris à la tombée de la nuit, un cocktail à la main. Il faut reconnaître qu’il y a pire dans la vie.
J’aime Paris, pour ses fontaines Wallace, ses colonnes Morris, ses chaises ou confidents verts des Jardins du Luxembourg ou des Tuileries du Palais-Royal qui font partie intégrante du patrimoine parisien. Pour son Robinier (faux-acacia) venu d’Amérique du Nord planté en 1601, aujourd’hui reconnu comme étant le plus vieil arbre de la ville identifié et daté, à deux pas de Saint-Michel et de l’Île de la Cité, dans le square Viviani. Pour ses amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, comme chantait Brassens, pour son romantisme, pour sa gastronomie, ses vignes, ses vieux cafés, ses lieux chargés d’histoire, son effervescence culturelle, sa source d’inspiration pour le cinéma, sa littérature, ses bouquinistes, ses peintres et ses croqueurs, sa musique. Paris est une muse qui ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Pour les rencontres improbables et magnifiques que l’on peut faire, pour la liberté d’être soi, sans être jugé, sans choquer. Pour ce “melting pot” incroyable.
Certes, la pollution, le stress, la vitesse, les Parisiens au sourire rare, il y en a quand même, les incivilités rebutent les moins entreprenants à venir découvrir la plus belle ville du monde !
Attention à ne pas renoncer un peu à soi, avec ce magma grouillant d’âmes tendues et stressées, cela peut être dangereux. Reste à chacun de trouver la clé pour ré-enchanter Lutèce, de ne pas se laisser envahir par le quotidien et le tourbillon de la vie, de redonner la magie et le charme à la cité de l’amour, en ayant toujours un regard bienveillant.
Je vous ai décrit ce qui a été mon quotidien pendant une semaine de vacances. À cet âge, je voulais vivre à Paris, j’ai donc passé un concours et je suis venue vivre dans cette ville magnifique et magique. Aujourd’hui, cela fait 26 ans que Paris est mon quotidien ! Je l’ai délaissé un peu pour accompagner l’amour de ma vie, jusqu’au bout de la sienne. Mais, maintenant que je suis seule, bien que mon amour soit toujours là avec moi, je compte bien rechausser mes baskets, partir ensemble pour comme dit la chanson : aller le long des rues…, croiser les terrasses des cafés qui me tendront leurs fauteuils…, m’asseoir sur les quais de l’île Saint Louis…, car dans la ville de pierre, où l’on se sent étranger, il y a toujours du bonheur dans l’air, pour ceux qui veulent s’aimer…


De Claude


JUSTE UN BRUIT DOUX !  


Mollement assis dans un fauteuil dans mon jardin, je médite.
Il est vrai qu’à défaut de m’éditer, j’adore méditer.
Gymnastique de l’esprit, plaisir des yeux, enchantement de l’odorat, bref, les sens (raffinés) exultent, prélude à une orgie de sensations voluptueuses.
Savourer une tasse de thé à la cannelle, à la menthe ou à la réglisse, au jasmin ou à la bergamote tout en s’enivrant de fragrances de fleurs et d’herbes aromatiques est un pur bonheur. De même qu’écouter le bourdonnement discret de nos amies les abeilles, ces hydres à miel, qui font le buzz, surtout depuis qu’elles sont sur internet et ont un e-miel !
Si j’avais dû élever des bêtes, nul doute que j’aurais été un apiculteur heureux, et que j’aurais parlé ruche !
Je reconnais aussi que je bois beaucoup de thé (mes dix thés ?). Comme les Anglais. J’en bois de toutes les variétés, vert, noir ou blanc J’ai même acheté du thé pour mincir ; c’est délicieux avec des petits gâteaux !
Ayant passé beaucoup de temps en Angleterre, je me suis d’ailleurs longtemps demandé pourquoi ils commençaient et finissaient leur journée par une tasse de thé, sans compter celles qu’ils prenaient dans la journée !
Et un jour, j’ai goûté leur café.
Je sais, vous allez me trouver un brin provocateur, mais ce que je préfère, c’est le silence. Je ne vous épate pas en vous rappelant qu’Anouilh disait déjà : « Quelle musique, le silence ! ».Et puis, j’aime l’oxymore. Moins cependant que la confiture de mûres. Mais ne parle-t-on pas de silence éloquent ou même assourdissant ?
Sans lui, comment apprécier le clapotis des vagues sur une plage déserte, le mugissement du vent dans les arbres, le frémissement du feuillage dans la forêt, la douceur onctueuse du désert – d’ailleurs, pourquoi faudrait-il se priver de désert ? – ou le chant mélodieux des oiseaux ?
Il est la condition sine qua non à l’accès à tant de jolis bruits. Il est si précieux, qu’on cherche parfois à le garder, à l’imposer même, lorsque l’on tourne, voire à l’acheter.
Ecouter le silence, s’extraire du tumulte de la ville et de sa pollution atmosphérique et sonore, cela me semble impératif. A titre indicatif, c’est un kit de survie.
Je suis loin d’être un contemplatif (tout dépend à quel bout on prend le mot), mais mon ambition n’est pas de vivre en ermite, loin des cieux, loin du chœur. En revanche, je pense que s’éloigner du tapage médiatique et de toutes ces machines à bruits que sont aspirateurs ou robots ménagers est déjà, en soi, une véritable bénédiction.
Si télé notre bon plaisir, bien sûr !Je serais même prêt à m’imposer un jeûne. Mais un jeûne sonore, à la manière de Johnny, l’idole des jeûnes. C’est cela qu’on appelle le culte de la personne Halliday. Lui pourtant, ne se privait pas de son… tout en se faisant du blé.Pour résumer, une conversation sans paroles avec mon épouse reste pour moi un moment exceptionnel. Se regarder en silence (une épreuve pour elle !). Rendre tout mot inutile. Oui, je suis persuadé qu’une cure de silence, c’est une cure de jouvence. Mais je comprends Jules Renard qui disait : « Si l’homme a été créé avant la femme, c’était pour lui permettre de placer quelques mots!».
Je vous quitte donc sur la pointe des pieds, sans bruit.


De Catherine

En descente libre vers le Douro que nous apercevons enfin, entre deux hautes maisons colorées d’azulejos, nous avons l’impression de toucher notre Graal du jour. Nous traversons la dernière avenue envahie par un flot ininterrompu de voitures dont les roues résistent bruyamment aux pavés. Une dernière ruelle en pente aboutit sur les quais de Ribeira. Là trône le majestueux Ponte Luis 1 dont je me dois absolument de croquer l’armature type Eiffel dans mon carnet de voyage.
Il est midi passé depuis longtemps et une forêt de parasols blancs nous accueille avec une carte alléchante. On choisit la meilleure table pour satisfaire mon projet pictural. Une commande rapide : pizza portugaise pour l’un, un plat plus typique pour l’autre. S’attaquer au pont Luis est une ambition démesurée pour une amatrice de mon acabit et je dois vraiment rester concentrée pour ne pas faire trop honte à son architecte. Du coup, j’oublie tout autour de moi : les goélands criards, les passants de toutes nationalités et les vendeurs à la sauvette de lunettes de soleil , nettement moins volubiles que les gitanes qui vendaient des parapluies la veille. Seules les odeurs de cuisine me titillent les narines.
Le pont résiste toujours à mon crayon quand nos plats arrivent. Pour moi Franceshina, croque-monsieur à portugaise, création d’un cuisinier qui aurait eu une histoire particulière avec une française : 2 tranches de pain légèrement toastées, fine tranche de steak, saucisse fraîche en rondelles, jambon, sous un épais jupon de fromage fondu , le tout encerclé jusqu’à mi-hauteur d’une moelleuse sauce à la tomate… mais pas que. La dégustation donne plus qu’un aperçu de l’histoire originelle du plat : copieux, dense, varié en textures et saveurs, moelleux, velouté et surtout … très épicé. Le piment de la sauce rouge m’engourdit les papilles.
Soudain, un haut-parleur envahit nos oreilles et on a la surprise d’entendre Zaz et sa gouaille parisienne accompagner notre repas. Au début, le niveau sonore nous agresse, puis le plaisir des textes et des mélodies l’emporte et nous poursuivons nos gourmandises. À côté de nous, un couple et une femme cinquantenaire très volubile qui alterne ses interventions entre portugais, italien ou anglais, selon qu’elle s’adresse au serveur avec lequel elle se montre exagérément familière, ou à ses hôtes, timides touristes italiens. Elle a pour mission de leur faire goûter les spécialités locales et partage chaque plat en trois portions, accompagnées d’un grand pichet de sangria rouge qui sera suivi d’un autre grand pichet de sangria blanche où nagent avec volupté feuilles de menthe, rondelles de citron vert et d’oranges et quartiers de fraises. La voix de cette guide est typiquement portugaise, grave, gutturale, parfois nasale et chuintante, avec un zeste de sonorités éraillées dues à l’abus probable de cigarettes. Elle est gaie, pétillante et extravertie, eux sont effacés, dociles, polis et attentifs.
Pendant cet intermède de voisinage, Zaz est entrée malgré elle en compétition avec un saxophoniste en chair et en os, positionné dans mon dos. Il joue très bien mais ne s’est pas mis d’accord avec la chanteuse française, et leurs tempos se heurtent et agressent les oreilles. Finalement le musicien soliste sera déclaré vainqueur, car Zaz s’efface et disparaît, à la merci d’un simple bouton sur une machine.
Au-delà de la forêt de parasols, sur les plus basses marches en granit d’un escalier menant à une petite ruelle, un SDF d’un certain âge, cheveux mi-longs et gras, visage buriné, blouson de velours côtelé malgré la chaleur et jean élimé, tête avec délectation, à même le goulot de la bouteille en carton, son litre de vin rouge bon marché. Inoffensif bonhomme, il renouvelle sa tétée jusqu’à plus soif ou jusqu’à manque de liquide, puis croque un mini burger sans doute chiné au comptoir du restaurant.
Quant à moi, mes papilles se sont habituées à la saveur ultra piquante de mon plat que je termine avec satisfaction, heureuse de cette découverte gustative. Au sol, des pigeons trépignent en silence en ondulant du cou pour chercher pitance, tandis qu’en vol, les goélands ponctuent de leurs cris leur surveillance assidue des quais dont ils doivent s’estimer propriétaires.
Il est l’heure pour nous de poursuivre notre découverte de cette charmante cité de Porto toute en couleurs, commencée tôt ce matin.


De Marie-Josée

L’appel 

Tous les matins, Aurore suit l’appel
S’agit-il de son ange gardien ?
Ou tout simplement du ciel ?
Peut-être des étoiles qui brillent la nuit si loin ?
Peut-être des planètes qui gravitent autour du soleil ?
Mais en quoi pourraient-ils influencer son destin ?

Tarot des Anges ou de Marseille,
Des images inspirées de l’Egypte ancienne
Elle les mélange, les étale, s’en émerveille
En choisit une qui l’interpelle
S’imprègne des mots qui l’ensorcellent
Leur pouvoir serait-il universel ?

Elle aime leurs couleurs lumineuses
Leur format qui s’adapte à sa main
Le liseré doré qui les rend précieuses
L’énergie qui s’en dégage soudain
Bénéfiques ou pernicieuses
Elles l’accompagnent au quotidien.

Les humains ont depuis toujours
Consulté les oracles qui sont légion
Pharaons et empereurs y ont eu recours
Ont-ils influencé leurs décisions ?
Sont-ils d’un grand secours
Quand l’âme humaine se pose des questions ?

Ils ouvrent une porte sur un monde invisible
Peuplé d’êtres aux pouvoirs magiques
Pour certains tout ce qui est incompréhensible
Semble trouver une réponse dans l’ésotérique
Pour d’autres tout ceci est risible
Seul le tangible est véridique.

Les cartes l’accompagnent bon an, mal an
Fidèles, elles l’attendent dans leur écrin.
Etalées elles forment un arc-boutant
Lui veulent-elles du mal ou du bien
L’excitation s’empare d’elle en les retournant
Ce rendez-vous, elle ne manquerait pour rien


De Marie-Laure

C’est mon rendez – vous de fin de journée, entre chiens et loups, le petit moment où je me ressource, le temps d’une promenade dans le parc de mon petit village en compagnie de ma chienne. Ce parc abrite les ruines d’un château du Moyen- Age et une belle demeure du
19ème siècle avec ses jardins attenants.
Je ne sais combien d’ essences d’arbres ornent ses allées, mais il y a une grande diversité, dont un séquoia plus que deux fois centenaire. Si cette balade est fondamentale pour ma chienne, qui a gentiment patienté toute la journée en attendant la sortie du travail, au fil du temps je me suis rendue compte combien ce temps de pause était devenu important pour moi aussi. C’est devenu comme un rituel.
Je ne dirai pas que je connais chaque arbre du parc, mais il y a ceux qui m’attirent, contre lesquels j’aime poser ma tête le temps que ma chienne gambade librement dans la prairie voisine. C’est un moment précieux, sur quelques grandes respirations, enlacer l’arbre, me reconnecter à la terre et au ciel, me sentir faire partie intégrante de cet univers.
Et puis il y a ce chêne centenaire, majestueux au détour d’un chemin, je ne sais comment l’idée m’est venue, mais pour moi c’est l’arbre à histoires. Par beau temps, j’aime m’appuyer contre son tronc et me laisser imprégner de quelques histoires de sorcières modernes.
Nous remontons ensuite vers le plan d’eau, là j’avoue que ma chienne est de nouveau en laisse car l’appel de l’eau est irrésistible pour elle ! Je m’amuse à observer les canards, furtivement, car rester assise en bordure d’eau à regarder des canards s’ébrouer, c’est un véritable exercice de zénitude pour mon amie à quatre pattes.
Nous poursuivons notre promenade dans les sous-bois, c’est l ‘heure où les oiseaux viennent se cacher pour la nuit, c’est un concert de piaillement qui ne peut que mettre en joie et donner le sourire, ultime symphonie qui vient clôturer une journée bien remplie !


De Laurence D

Comme les enfants aiment dire que, pour eux le goûter c’est sacré, eh bien moi, le matin « c’est sacré ». Le tout début de journée commence tôt, voire très tôt, vers 5 h, 5 h 30. 7 h, c’est déjà presque une grasse matinée et j’ai la sensation d’avoir gaspillé 2 heures de vie à dormir.
En été, vers 5h30, le jour commence à poindre timidement. Une lueur à l’est que j’aime repérer pieds nus sur la terrasse de la maison. Sans doute une de nos 3 chattes m’accompagnera. La noire et blanche vraisemblablement. Elle ressemble à un fidèle soldat, qui, dès que je pose un pied hors du lit, va me suivre et quémander ses premières caresses quotidiennes. Dans un calme parfait, je lève les yeux sur les dernières étoiles qui ne sont pas encore éteintes. Il fait tout juste frais en été, froid en hiver. C’est un rituel que je pratique une fois que j’ai ouvert les volets de la baie vitrée de la salle de séjour.
Une faible lumière éclaire la pièce. Au moment des fêtes de fin d’années, j’allume d’abord les guirlandes clignotantes du sapin. Réminiscence de l’enfance où tout est facile à vivre, sans aucun doute. Ensuite deux ou trois bougies. Il fera nuit plus longtemps et je profite davantage de leurs lueurs. J’ai toujours eu un côté mystique que j’entretiens par de telles habitudes.
Ensuite, passons aux activités plus terre à terre. Les croquettes sont aussi « sacrées ». Mes fidèles amies à 4 pattes savent qu’elles peuvent compter sur moi. Le café, lui, a fini de couler et je me verse la première tasse de la matinée. D’autres suivront. Ça sent bon, j’aime cette odeur qui parfois se mélange avec les épices du repas de la veille, qui seront définitivement chassées par l’ouverture des fenêtres tout à l’heure.
Pour l’instant, je m’installe dans le canapé face à ma table basse que je transporte depuis maintenant 40 ans dans toutes les maisons et appartements où j’ai vécu. Sont posés carnets, cahiers, livres et stylos plumes. Carnets et cahiers n’attendent qu’à être rouverts afin d’achever l’écriture d’une histoire ou d’un récit, sortis de mon imagination. Une pile de livres patiente sagement. Le livre du moment, l’heureux élu, sait que je ne résisterai pas longtemps avant de le reprendre en main. Pendant ces moments de lecture et d’écriture, la chatte noire et blanche s’est installée à ma droite sur le canapé. De là, elle a une vue imprenable sur le jardin. Elle ne dort pas à cette heure. Elle veille. Là voilà qui s’en va. A plus tard, semble-elle me dire.
Parlons maintenant du silence qui m’entoure à cette heure de la journée. Il n’est ni pesant, ni angoissant. Il est tranquille et prêt à m’écouter. Ce sera le moment où je finirai d’écrire cette histoire commencée la veille. J’ouvre la page de mon carnet et je me mets à écrire consciencieusement, comme une bonne élève qui doit rendre son travail dans les temps. Si j’ai le temps, je lirai quelques pages du roman tout en avalant une ou une deux tartines.
Le temps a passé. Je me lève et quitte le canapé. Je retrouverai demain matin cet espace protégé et protecteur avec bonheur. J’ai plaisir à répéter, à qui veut bien l’entendre, que j’aimerais qu’il y ait plusieurs matins dans une journée.

De Jacques

Rome et ailleurs, puis le rêve


De vert, de blanc, de rouge
Le goût, la margherita
Les voir sourire, gesticuler
Sur les zéros et les uns,
Mais les sentiments
Pour lire le monde
Voir le jour, soupirs de nuits
S’imaginer dans l’ailleurs
Provoquer la face, son livre
L’observance observée
L’enfance au soleil couché
Et les rires, mais les rêves
Quand s’imagine la venelle
Et s’imagine le musée
Puis recherche le regard
Le peintre, la toile, le trésor
La pensée de ceux toujours à voir
La rivière, le fleuve, la mer, l’océan
Les châteaux, des jardins
Un voyage au gré des libellules
Qui serpentent sur le sommeil
Partir encore, partir là toujours
Tourner de bastides en basses parties

Une musique, une sonate
Qui s’insinuent dans le songe
Et puis qui réveille
Parce que la petite, la fille de ma fille, s’agite
Pour l’école, pour l’avenir
Et mon espoir de la revoir
En après seize, en pleine fraicheur
Comme une auberge du travail à faire
Autour de cet univers
Sur le soleil levant et son marais
Y revenir les yeux ouverts
Car chercher l’ailleurs les yeux fermés doit attendre



De Laurence S

Depuis que je suis capable de lire seule, je perpétue ce moment de la journée, absolument indispensable pour la clôturer, pour me sentir bien et m’endormir dans des conditions idéales. Mes journées sont bien chargées, depuis toujours, je pratique ma séance de yoga aux aurores, je vaque à mes diverses occupations, mais dans un coin de ma tête, trépigne le moment tant attendu du soir. Le monde s’arrête, peut-être de tourner qui sait, la maison cesse de s’affoler, les animaux dorment apaisés, et moi, ENFIN, je peux me poser dans mon lit, bien calée sur mes oreillers, pour me délecter du livre en cours.
Lire est ma seconde nature, le sel de ma vie, une respiration indispensable. Je pourrai passer ma vie à lire. Mais, le soir, avant de m’endormir, c’est vital. Les bruits s’estompent, le silence règne en maître, je rentre dans ma bulle où personne n’a le mot de passe pour y pénétrer. C’est mon moment !
Mon lit n’attend plus que moi, il s’offre à moi pour un pur moment de bonheur, de délices à venir au fil des pages. Mon lit est mon partenaire de lecture, il accepte toutes mes mouvements, il épouse ma tranquillité en toute conscience et me laisse savourer ce moment de volupté.
Je peux lire entre trente minutes et deux heures, le soir, calée dans mon lit, selon ma capacité à m’endormir plus ou moins rapidement. Il est certain que si je ne lis pas, je ne peux sombrer dans les bras de Morphée. C’est ainsi. Quel que soit le lieu où je me trouve, en France ou ailleurs, à l’hôtel ou en camping. Je ne saurai déroger à mon plaisir du rendez-vous que je prends avec chaque auteur et chaque livre, qu’il fasse beau, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.
Je lis plutôt des romans, de toutes sortes, plus ou moins longs. Certains atteignent les 1500 pages pour chaque tome d’une saga que j’ai lue sur plusieurs mois en 2020. Ce que je trouve fascinant quand je lis, c’est que dès que je m’installe confortablement, que j’entre dans les aventures des personnages, je me souviens de ce que j’ai lu auparavant, quel que soit le nombre de pages. Je vis avec mes personnages du moment, je les approuve ou pas dans leurs choix ou pérégrinations. En un mot, je m’attache à eux au point d’éprouver une certaine mélancolie quand le roman ou la saga s’arrêtent. Il me faut un peu de temps ensuite pour entrer dans une nouvelle histoire. Pendant ce laps de temps, je lis des livres autres que des romans. Je me prépare pour de nouvelles aventures, en disant adieu à ceux que je viens de quitter. Ils sont devenus mes amis pour la vie. J’ai beaucoup d’amis de papier, les plus sûrs et les plus fidèles qui soient.
Je viens de vous délivrer mon secret de jouvence. Mon moment de liberté. Je suis persuadée que je ne dois pas être la seule lectrice à savourer ce petit moment nocturne. Un pur moment de grâce et de volupté, vous l’aurez deviné !


Poème d’Hélène Leclerc, « Entre deux ciels »- haïkus, proposé par Françoise T 

Randonnée matinale
encore un peu de nuit
entre les arbres

Route des Baleines
dans l’eau le dos rond
d’un rocher

Une usine
au bord du fleuve
fabrique des nuages

Quartier des affaires
au-dessus de mon reflet
des étages de ciel

Neige lourde
ce matin le grand pin
effleure mon épaule

En s’effaçant
le jour laisse du bleu
sur la neige

Coup de vent
des feuilles d’automne brûlent
un feu rouge

Pluie fine
le tic-tac de l’horloge
brode le silence

          
Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.

La proposition d’écriture N°109 a été proposé par l’une d’entre vous.

Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!

Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !
J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations à l’adresse suivante: 


 https://contact@laurencesmits.com 

D’ici là, je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!  

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE  




 

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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