Quel bonheur de vous lire à nouveau après 2 mois de trêve!

Vous êtes au rendez-vous et je vous remercie sincèrement de rester fidèle à mon blog.

Le rendez-vous du samedi a manqué. Mais, j’ai beaucoup lu, regardé des séries aussi (en anglais), réfléchi et écrit. 

Le format papier de mon ebook “299 conseils pour mieux écrire” est en cours. Il va falloir encore patienter quelques semaines pour qu’il soit disponible. Bien sûr, je vous en ferai part.

J’ai profité de mon été et de la météo passable pour écrire un nouvel ebook de développement personnel: “mieux se connaître en 10 étapes”, qui sera bientôt disponible en français et en anglais. 

Assez bavardé, voici vos textes sans plus attendre:


De Rachel

L’AMITIÉ

Adrien vient de terminer l’écriture, à son agenda, de tout ce qui doit être accompli en ce deuxième jour de septembre 2021.
Il adore le mois de septembre , pour lui septembre c’est la rentrée. Depuis qu’il a débuté à la petite école, ce mois provoque chez lui une sorte d’excitation, un renouveau , un début de quelque chose. Cette année n’y échappe pas.
Malgré la pandémie qui est loin d’être terminée ,certains assouplissements aux mesures sanitaires lui permettent d’ouvrir sa librairie qui était fermée depuis neuf mois.
Il finit de ramasser les derniers effets qu’il doit apporter à son commerce. Cette librairie, c’est toute sa vie. Adrien à 60 ans, n’a ni partenaire ni enfants. Une relation houleuse s’est terminée il y a de cela vingt ans et Adrien n’est jamais entré en relation amoureuse depuis ce temps. Il a certes beaucoup d’amis mais sa passion est sa librairie.
Comme il se prépare à partir, il regarde l ‘heure, 6 heures, en même temps le téléphone sonne, il reconnaît le numéro , c’est Gisèle sa voisine au premier étage.
-‘Adrien, s’il vous plaît, pouvez-vous venir tout de suite ´dit Gisèle en pleurant.
-Mais que se passe-t-il Gisèle, vous êtes toute bouleversée.
-C’est Gustave, répond-elle, il est fiévreux, il tousse, il a de la difficulté à respirer, pouvez-vous m’aider.

Adrien, reconnaît dans ces symptômes, ceux de la COVID 19. Bien qu’il soit doublement vacciné il sait que ces voisins et amis Gisèle et Gustave ont toujours refusé le vaccin .
Adrien a une certaine hésitation, il sait que s’il amène Gustave à l’hôpital et que celui-ci a un test positif au corona virus, c’est foutu pour sa librairie, il ne pourra ouvrir aujourd’hui ni dans les prochains quatorze jours. Toute sa publicité avise ses clients que la réouverture est pour le 2 septembre. Il a même appelé ses meilleurs clients pour leur faire part de cette bonne nouvelle. Il devra leur signifier que l’ouverture est retardée à cause du COVID 19. Il sait que les clients auront des hésitations même après quatorze jours de confinement. La majeure partie de sa clientèle se retrouve parmi les gens les plus vulnérables, ceux du troisième âge.
Quel dilemme!
Gisèle sent l’hésitation d’Adrien et elle comprend.
-Je sais à quoi vous pensez Adrien, dit -elle .

Adrien ne sait que répondre, il lui dit qu’il descend vers son auto déposer les effets qu’il apportait à son travail, et qu’il va arrêter chez elle. Il raccroche , descend , ouvre lentement la valise de l’auto et revient vers l’appartement de ses amis. Gisèle l’attend à l’extérieur.

-Allez Gisèle , rentrons voir Gustave ,nous allons le préparer et je vous conduis à l’hôpital.
-Adrien, je sais que c’est la grande ouverture de votre librairie et je ne peux vous demander cela.
-Gisèle, ce qui est important présentement, c’est qu’on l’amène à l’hôpital le plus vite possible.
Adrien se dit que la librairie sera encore là dans quatorze jours, par contre pour son ami Gustave, chaque minute compte. Adrien fait tout en son pouvoir pour que Gustave reçoive tous les soins le plus rapidement possible. Peu importe les conséquences que cela entraînera sur la librairie.
‘L’amitié est la chose que les hommes doivent sauvegarder plus que tout’ -Dona Maurice Zannou.

De Bernard

A huit heures j’dois être chez l’notaire
Et à dix heures 13 rue Voltaire.
Mais à six heures, ce p’tit malin
M’appelle et me joue son refrain.
Il est tout seul, il a que moi,
Il demande « j’peux compter sur toi ».
La visite doit s’faire ce matin
Car tu comprends y’a grève des trains.
Cet appart n’partira jamais
Déjà qu’les murs sont pas très frais.
C’est la vie d’l’agent immobilier
Qu’a l’agenda hyper booké.
Il demande aussi d’voir la Boissière,
La vieille bicoque face au cimetière.
J’peux pas vendre un truc aussi vieux
Où juste en face c’est pas sérieux.
La nuit c’est une vraie invasion
De types qui s’droguent et des pochtrons.
Sans compter que juste à côté
Y’a une caserne de pompiers
Qui déboule toutes sirènes hurlantes.
Pour vendre ça, faut qu’j’argumente.
C’est la vie d’l’agent immobilier
Qu’a l’agenda hyper booké.
A quatorze heures j’revois la brune
Celle-là, elle est pétée de tunes.
J’vais lui placer un chouette logement
Ma commission c’est important.
A dix sept heures y’a les taudis
Pour les étudiants démunis.
Si le patron n’me rappelle pas
J’pourrai tenir mon agenda.
Il est toujours à m’faire courir
Voilà l’métier où faut mentir.
C’est la vie d’l’agent immobilier
Qu’a l’agenda hyper booké.
C’est la vie d’l’agent immobilier
Qu’a l’agenda qui va s’vider.

De Françoise V

Paulo est sculpteur professionnel…. Nous allons pénétrer dans son atelier. Un lieu où est rangé par boîtes, rayons, étagères de toutes sorte, des outils, des modèles en plâtre, des constructions de mise en œuvre du genre petit « échafaudage ». Cette pièce haute de plafond est éclairée d’une grande baie vitrée donnant sur la rue étroite. Plusieurs plans de travail s’alignent et montrent l’ampleur des ambitions de l’artiste.
Il habite sur les hauteurs de la ville. Tous les matins depuis des décennies, Paulo 75 ans, descend d’un étage de son logement jusqu’à son atelier pour travailler l’argile. L’étape de la cire perdue se fait chez le fondeur pour finir en bronze. Tous les matins, après sa douche et son café, le rituel guide sa journée, l’amenant à de multiples satisfactions pour sa passion : créer une œuvre à partir d’argile pour en faire un bronze patiné, incluant parfois une pierre.
Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres.
Installé depuis 5 h à son établi, son téléphone sonne à 6 h pétantes, laissant échapper une mélodie de Bach.
– Allo ? Paulo, c’est Guillaume.
Les mains pleines de terre, Paulo peine à appuyer sur la touche de l’IPhone.
– Oui, Guillaume, que se passe-t-il ?
– Ah, Paulo j’ai besoin de toi…. Excuse- moi de te déranger, mais je ne peux plus rentrer chez moi…hier soir j’ai refermé ma porte en laissant les clés à l’intérieur… J’ai dû retourner dormir chez ma sœur à qui j’ai rendu visite car en revenant chez moi à 20 h j’ai réalisé que mes clés étaient restées à l’intérieur de la maison. Je sais que tu as une échelle et que tu as fait de l’alpinisme. Je pensais que tu pourrais dégager des tuiles du faîtage, et ainsi pénétrer dans la maison par le grenier.
Paulo n’en revient pas ! Quelle nouvelle si tôt le matin, cela ne l’arrange pas du tout. Il pense immédiatement qu’un serrurier ferait l’affaire. Cependant il réfléchit. Guillaume de son côté, aimerait bien avoir un service de son ami. Après tout, il lui a sauvé la vie un jour, pendant une partie de pêche. Paulo avait glissé de la barque, et le courant l’avait entraîné jusqu’au barrage. Guillaume avait plongé pour le rattraper et le ramener jusqu’à la berge. Sans lui, Paulo serait mort noyé dans le rapide. Ce fut une épreuve de force , un combat entre le courant et lui.
Notre sculpteur se remémore ce tragique évènement, et cette reconnaissance infinie le ramène au présent.
– Oui, bien sûr Guillaume, je vais t’aider. Laisse-moi le temps de préparer l’échelle et de me chausser correctement.
Paulo devait finaliser sa sculpture, elle était presque prête pour l’emmener chez le fondeur avec qui il avait rendez-vous. Pas de chance ce matin, il devra conserver l’œuvre dans un état d’humidité jusqu’au prochain rendez-vous. Et c’est une commande. Rien ne va plus ! Il ne sera pas dans ses dates de livraison, il ne pourra pas terminer « L’oiseau ».
Toutes ses réflexions tournent dans la tête et lui donnent le vertige. Ce challenge qui s’annonce l’inquiète, le contrarie. Mais Paulo a bon caractère, et a l’esprit de reconnaissance. Il maugréé sur le moment puis il réalise combien il doit à son ami qui lui a sauvé la vie. Sans lui, il ne serait plus là. Paulo se ressaisit. Il couvre sa sculpture et s’apprête à enfiler ses chaussures de sécurité, puis sort son échelle. Il la cale sur la façade, et commence à grimper sur les barreaux métalliques. Au faîtage, il déplace les tuiles, déchire l’isolant noir plastifié, découpe la deuxième couche d’isolant puis s’introduit dans le grenier et saute sur le plancher. Et là, une odeur atroce lui monte à la gorge. Des cadavres de loirs gisent à même le sol. La puanteur le pousse à déguerpir le plus vite possible. Mais autre chose l’intrigue : derrière la porte d’une armoire entre-ouverte, une forme humaine inerte et recroquevillée se dessine.
« Non, non, se dit-il, « ce n’est pas possible, c’est un cauchemar ! ». Paulo s’approche, touche la forme. Elle est rigide, elle est sans vie….
Son corps se glace, il frissonne, il n’en croit pas ses yeux : c’est un enfant !
De ce fait et dans l’affolement, il se précipite pour quitter les lieux afin de rejoindre l’escalier l’amenant jusqu’à la pièce principale. Enfin, tout pâle ,il atteint la porte d’entrée…. Là où l’attend Guillaume.

De Catherine

Une journée de m…

Jonas éteint la télévision et s’apprête à aller se coucher. Dernier acte avant la salle de bains : consulter son agenda pour le lendemain. Journée très chargée, comme d’habitude : ça commence par un rendez-vous avec Mme Chaussemy dont le mari est incarcéré pour faux et usages de faux, puis il devra aller au Palais de Justice pour une convocation du procureur ; midi il déjeune avec son ami Léon, puis il lui faudra préparer sa plaidoirie du surlendemain, avant de rencontrer son client à la prison de Fresnes… Encore une journée marathon ! D’y penser accentue ses bâillements et le précipite vers ses ablutions du soir avant de s’enrouler dans sa couette bienfaitrice. Sa femme passe une semaine chez ses parents : sa nuit sera calme et réparatrice.
Mais elle n’aura pas la durée escomptée ! À six heures du matin, il entend des coups martelés sur la porte d’entrée de son coquet pavillon de banlieue. Ses grognements agacés ne calment aucunement les ardeurs de la violence faite à sa porte, et il doit s’extirper du lit , entre énervement et incompréhension. Qu’est-ce que ça peut être ? Quel taré s’acharne sur son vantail ? À tâtons, il trouve son peignoir qu’il enfile sans l’attacher, et descend tout débraillé, aveuglé par la lumière du couloir qui lui trouble un instant la vue.
Derrière la porte vitrée protégée d’arabesques en fer forgé s’agite Gilles, son voisin, qui persiste dans son tambourinage intempestif. Jonas ouvre :

— Gilles ? Mais qu’est-ce qui se passe ? T’es pas devenu fou de faire un tel boucan à cette heure ?
— J’ai tué Martha, Jonah ! J’ai tué Martha !
— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu as bu , c’est ça ?
— NON ! J’ai tué Martha ! Il faut que tu m’aides !
— Attends ! Attends ! Je vais avec toi : on va voir Martha !
— Ecoute-moi … Je ne voulais pas … mais elle est morte !
— Suis-moi ! Tu délires complètement !

Jonah connaît bien son voisin et sa femme : un couple charmant et sans histoires , d’une cinquantaine d’années. Il pense que Gilles est ivre et qu’il délire complètement. Il noue son peignoir et, chaussons aux pieds pour une expédition qu’il imagine … expéditive. Il sort dans la rue et tourne à droite vers le pavillon d’à côté où Martha devait être aux quatre cents coups. Toutes les lumières sont allumées et, Gilles comme un toutou sur ses talons, il frappe à la porte et l’entrouvre.

— Martha , tu es là ? C’est Jonah ! Je suis avec Gilles !

Dans son élan, il entre dans la maison, tout en interpelant sa voisine. Dans le salon, il bute sur une grosse valise renversée en travers du chemin. Derrière la valise, allongée face contre terre, Martha baigne dans une mare rouge, le manche d’un long couteau de cuisine dépassant sur le côté. Un instant tétanisé par la scène, il se ressaisit soudain puis se penche vers le corps pour chercher un hypothétique signe de vie dans les pulsations du cou ! Rien ! Plus rien ! Il se retourne alors vers un Gilles complètement hébété qui balbutie :

— J’voulais pas ça, j’te jure ! J’voulais pas !
— Non mais … tu te rends compte de ce que tu as fait ? Il faut appeler la police ! Je vais appeler la police ! Toi, tu restes là, je reviens !
— Tu m’aideras, dis ? Tu m’aideras ? Je voulais pas qu’elle s’en aille. J’lui ai promis d’arrêter de jouer, mais elle ne m’a pas écouté ! J’voulais pas qu’elle s’en aille ! Qu’est-ce que je deviens si elle s’en va ? Je suis foutu, tu comprends ?
— Reste là ! Je vais chercher mon portable, j’appelle la police et je reviens !

Quand la police arrive, Jonah est assigné à résidence chez son voisin en qualité de témoin principal qui va subir maints et maints questionnements de deux inspecteurs tatillons. Exténué par les circonstances, il voit les minutes puis les heures s’écouler, son premier rendez-vous raté sans qu’il ait l’autorisation d’appeler sa secrétaire pour lui expliquer la situation. Quand il peut retourner chez lui , il est midi et il accède enfin à sa salle de bains, prémisse d’une libération prochaine, du moins après qu’on aura pris sa déposition au commissariat, où on devrait lui rendre son portable.
Une fois toutes les formalités remplies, on lui signifie que Gilles l’a désigné comme son avocat et qu’il doit assister à son interrogatoire dans l’heure qui suit. Le cauchemar continue donc ! Seule consolation : il peut enfin téléphoner à sa secrétaire au summum de l’inquiétude. Puis il se rend dans la salle d’interrogatoire où siège lamentablement un Gilles effondré qui le reçoit comme un sauveur… Journée de m… !!!

De Jacques

Lisbonne

Le jour se lève enfin
Courte nuit, prolepse étrange
Pensée drônant voyage
Choisir la date
Déterminer les secondes, même
Les écrire presque
Les aimer sûrement
Choisi le lieu, imagine l’heure
Espérer le départ…
Lisbonne, elle la belle…
Ce nouveau départ

Pourtant le son,
À la porte, le voisin à l’étoile
Celui qui nie, celui qui crie
Le droit crochet, le capitaine
Le voisin, son insigne
Sa voix, sourde, choquée

La vie de ma vie
Le sang de mon sang
Battue, abandonnée
Je m’effondre
Cœur alarme
Sorte d’explosion, exit le rêve
Sortie d’espoir

De Claude

NOCES DE PERLE

Yves et Monique tenaient à marquer leur trentième anniversaire de mariage par un beau voyage dont ils garderaient longtemps le souvenir.
Leur histoire avait commencé sur les bancs de la faculté et après une année de vie commune et de passion partagée, ils avaient héroïquement décidé de passer devant monsieur le maire, le 26 décembre 1974. Au lendemain de Noël. Pour prolonger la fête.
Leurs moyens d’alors ne leur permettaient qu’une réception modeste, mais ce fut un beau succès.
Comme pour compenser la simplicité de ces noces, et pour contredire l’adage qui veut que les coups de foudre ne font pas des mariages du tonnerre, ils s’étaient fait la promesse que tous les dix ans de mariage seraient marqués par un évènement extraordinaire. Ainsi avaient-ils déjà séjourné trois jours dans un relais-château sur les bords de la Loire, goûté au luxe d’être servis à toute heure du jour ou de la nuit au bord de la piscine par un personnel stylé, et dégusté maints repas gastronomiques aux prix astronomiques…
Ce fut ensuite un weekend à New York, avec visite de la ville dans une interminable limousine blanche, l’incontournable montée au dernier étage de l’Empire State Building, d’où la ville n’est plus que pointillés, un magnifique spectacle à Broadway, suivi d’un souper dans un restaurant aux antipodes d’un Mac Donald. Bref, un weekend idyllique …
Il fallait faire encore mieux !
Se dorer sur une plage australienne et se baigner dans les eaux bleu turquoise de la grande Barrière de corail ? Dommage que les fréquentes attaques de requins (pas ceux de la finance!) abondamment relatées par la presse, aient refroidi leur enthousiasme ! Merci, Monsieur Spielberg !
Partir à la découverte de la civilisation aztèque – l’occasion de manger de la bonne viande ? (Ah ! ah !) –, un peuple aux rites secrets, aux écrits sibyllins, qui, comme les Mayas, vénérait le dieu « serpent à plumes », les avait aussi un temps tentés. Avec le risque de turista. Des amis leur avaient dit avoir passé plus d’une semaine bloqués dans leur hôtel, ratant toutes les excursions au programme. De plus, l’hôtellerie ne correspondait pas à leurs attentes. Il est vrai qu’à leur âge, il était loin le temps du sac à dos et de la tente à la belle étoile ! A présent, c’est plutôt la valise à roulettes et le trois-étoiles (au moins) ! En fait, ils n’étaient pas sur la bonne longueur d’Andes !
La directrice de l’agence de voyages, une jolie brune grassouillette, leur mit alors sous les yeux une pile de prospectus dont les couvertures grouillaient de pousse-pousse, de pagodes, et de temples bouddhistes. L’Asie, pourquoi pas ?
La Chine, peut-être… L’exotisme par excellence ! Que de fois avaient-ils succombé à l’achat impulsif de meubles et de tapis chinois, de lampes, de vases en porcelaine ornés de dragons aux couleurs éclatantes, sans parler des inutiles bibelots qui trônent sur le buffet de leur salle à manger ! Ils avaient même le calendrier en bambou avec un tigre prêt à bondir, que leur restaurateur chinois préféré leur offrait en fin d’année. Penser que des millions de gens, ne vivant que de thé au riz, s’échinent jour et nuit pour fabriquer autant de chinoiseries !
Mais en raison de la situation politique, l’agence leur conseilla de reporter ce voyage, car à Pékin comme dans les provinces les plus reculées, il y avait des manifestations de mécontentement, voire des grèves. Comme en France. Alors non ! Les plages plutôt que les grèves !
La Thaïlande faisait des offres promotionnelles qui ne les laissèrent pas indifférents.
Ce dont ils rêvaient avant tout, c’était de dépaysement. La Grande-Bretagne aurait été une solution de facilité.
Mais fallait-il pas lâcher la proie pour Londres ?
La Thaïlande devint alors leur principal sujet de conversation. Ils avaient dévalisé tous les rayons « voyages » de la bibliothèque et des librairies de leur ville. Et rien de ce qui concernait ce pays ne leur était plus étranger. Ils avaient même acquis « Le Thaï sans peine » (façon de parler !) pour pouvoir échanger quelques mots avec la population locale.
Le jour du départ, ils refaisaient leur « check-list » pour être bien sûrs de n’avoir rien oublié : billets, passeports, guides, maillots de bain, appareil photo, … Ils cochaient, avec entrain et volupté, et se réjouissaient à l’avance du programme fastueux qui les attendait .
Ils se voyaient déjà découvrir Bangkok en tuk-tuk, (bateau traditionnel) visiter le Grand Palais, résidence pendant de nombreuses années des souverains de Thaïlande avec sa chapelle royale du temple du Bouddha d’Emeraude. Ou le Wat Arun, un Prang (une tour) de plus de 82 mètres de haut entièrement recouvert de petits morceaux de porcelaines colorés. Ils se régalaient du cours de cuisine avec un chef thaïlandais, ainsi que de la séance de méditation avec un moine bouddhiste.
Mais le plaisir suprême, c’est que chaque journée (épuisante, à n’en pas douter) se terminait invariablement par un massage des pieds d’une heure et à la demande, d’un massage du corps, une expérience, promettait-on, inoubliable car on est étiré de partout, parfois dans des positions bizarres mais on en ressort relaxé, quoique un peu courbaturé au début !
Il devait être six heures du matin lorsque le téléphone sonna. Leur voisin (et ami) venait d’apprendre par la radio qu’un tsunami avait détruit les hôtels de la côte thaïlandaise…
A cet instant-là, il leur sembla que la terre s’était soudain arrêtée de tourner : le mot « tsunami», leur était certes inconnu, mais les mots (« maux », devrait-on dire) qui suivirent :
« tremblement de terre », « inondations » et « catastrophe » se livraient sous leur yeux à une danse macabre, qui préfigurait la fin d’un beau rêve…
L’agence de voyages les recontacta très vite pour leur proposer d’autres destinations, mais le cœur n’y était plus ! Ils étaient déçus de ce contretemps et désolés pour les populations touchées par ce désastre.
Ils ajournèrent donc ce voyage « anniversaire », avec l’espoir d’en faire un plus beau encore.
Trois mois plus tard, un magnifique poster de la Louisiane les décida à partir, au mois d’Août à la découverte du pays cajun, du bayou et de ses alligators, du « French Quarter » de New Orleans, de Bâton-Rouge et de tant d’autres lieux inoubliables.
Ce fut un enchantement.
L’ouragan Katrina les manqua d’un souffle.
Il y a de quoi frémir en pensant à ces noces de perle à rebours !
Mais ne dit-on pas que l’amour résiste à toutes les tempêtes ?

De Nicole

Un agenda bousculé

Antoine Rigodon, Senior Investment Officer, s’occupe de capitaux privés et publics qui financent et ont pour mission de créer des opportunités pour des entreprises et de pénétrer davantage les marchés africains.

Demain son agenda est chargé :
07H30 Réunion discrète petit-déjeuner avec le Secrétaire d’État du Ministre de l’Economie d’un pays d’Afrique centrale ;
10H30 Visite de la ville
12H30 Déjeuner avec le patron de l’entreprise d’investissement et le Secrétaire d’État ;
Après-midi consacré aux opportunités de cofinancement d’une mine de coltan et d’une mine de cobalt, si utiles à nos smartphones.
La soirée sera dédiée aux divertissements.
En prévision de cette journée importante, Antoine Rigodon se couche tôt.
Réveil à 6H.
Mais voilà à 6H ce matin-là, en amont de la ville, une rivière déborde, conséquences des orages et des pluies diluviennes de ces derniers jours qui se sont abattues sur la région.
A 07H30 l’eau monte dans le garage, la nouvelle BMW X5 se noie.
A 10H30 Antoine Rigodon monte à l’étage ses ordinateurs et son matériel électronique.
A 12H30 Antoine Rigodon a faim, rien dans le frigo par ailleurs débranché et sous l’eau.
L’après-midi Antoine Rigodon appelle les secours, la rivière emporte tout sur son passage, voitures, bois, charpentes, parties de maison, boue.
Il monte sur son toit, il craint pour sa vie
Dans la soirée, Antoine Rigodon aperçoit un Zodiac, des bénévoles le voient, les manœuvres d’approche sont difficiles.
A minuit, Antoine Rigodon est sauvé, en pleurs, il a eu le temps de repasser sa vie au ralenti, de voir l’inanité de sa vie de trader.
Réfugié dans la salle de sport, il aide les autres rescapés.
Il ne se gausse plus du changement climatique, il plaint enfin les mineurs africains exploités.
C’est un changement de cap pour le Senior Investment Officer.
Tout est à refaire dans sa vie…

De Marie-Josée

Superman Cyril envoya les dernières consignes à son stagiaire, désactiva la fonction réveil de son téléphone et l’éteignit. Maintenant il était en vacances. Son avion décollera demain à 17 heures de St Exupéry pour les Maldives, où son copain Olivier le rejoindra à condition que cette tête de linotte n’oublie pas son passeport. Cette étourderie l’avait privé d’un voyage à Madrid, il avait été refoulé à l’aéroport lors de l’enregistrement.
Il ralluma donc son portable et par mesure de précaution lui envoya un mss pour lui rappeler de prendre ses papiers et sa carte bancaire par la même occasion, c’était plus sûr. Il était une heure du matin, ce qui pour lui était relativement tôt. Il se couchait rarement avant deux ou trois heures, son travail accaparait le plus clair de son temps et son perfectionnisme le poussait à enchaîner les heures parfois au-delà du raisonnable. Il s’était néanmoins accordé trois semaines de vacances et son premier jour commencerait par une grasse matinée, genre onze heures, allons soyons fou, midi. Il aura encore largement le temps de faire ses bagages, de sauter dans un taxi et être vers 16 heures à l’aéroport. Les dernières semaines étaient particulièrement stressantes et avaient mis son organisme à rude épreuve. Il profiterait donc de ces vacances pour se refaire une santé, manger sainement et faire du sport.
A propos de sport, il se rappela qu’il avait oublié ses baskets chez ses parents lors de sa dernière visite et ne s’était pas pris le temps d’en acheter une autre paire. Il faudra donc aller au centre-ville ou en acheter sur le lieu de vacances ou laisser tomber le sport. Il avisera demain, éteignit la lumière et s’endormit instantanément. Une sonnerie le tira de son sommeil, par reflexe il saisit son portable qui affichait 6H30. Il était certain de l’avoir éteint et mit quelques secondes à réaliser que c’était la sonnette de la porte d’entrée. Il se retourna dans son lit, pensant que c’était une blague mais ça ne s’arrêta pas. Il finit par se lever, ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec un homme qui tenait un enfant endormi dans les bras et un autre par la main qui semblait avoir le doigt collé sur la sonnette.
Il lui dit d’une traite :
-« Excusez-moi, j’ai un gros problème, ma femme est sur le point d’accoucher, il faut que je l’emmène à l’hôpital et je n’ai personne pour garder les enfants. J’aurais besoin de votre aide le temps que leur mamie arrive.»

Encore à moitié endormi, Cyril se dit qu’il est en train de rêver, qu’il va se réveiller et qu’il n’y a personne devant sa porte. Il bredouilla :
-«Désolé, je n’y connais rien moi, aux enfants, je ne peux pas m’en occuper et j’ai un avion à prendre. »
Il voulut fermer la porte mais l’inconnu insista
-« Il décolle à quelle heure votre avion ? »
-« A 17 h. Je n’ai pas le temps. Il faut que je fasse mes bagages, que j’achète des baskets. Demandez à quelqu’un d’autre. »
Son interlocuteur ne renonça pas :
-« Il n’y a personne d’autre, ils sont tous partis en vacances. Il est encore tôt et ce ne sera que pour deux ou trois heures au plus.»
Il n’eut pas le temps de répondre, une femme descendit péniblement l’escalier et dit :
– « Jérôme, il faut qu’on y aille, les contractions se rapprochent de plus en plus. »
« J’arrive chérie, j’ai essayé de convaincre ce monsieur mais il part en voyage et n’a pas le temps. Il va falloir qu’on emmène les enfants. »
A ces mots, Cyril se ravisa, après tout, il n’était pas aussi égoïste que tout le monde prétendait.
« Attendez ! Si ce n’est que pour deux, trois heures ça peut aller. »
Un large sourire éclaira le visage de la femme, elle fit un bisou à la petite fille, lui recommanda d’être sage et d’écouter et faire ce que ce gentil monsieur lui dirait jusqu’à l’arrivée de mamie. Jérôme lui mit l’enfant toujours endormi dans les bras et se confondit en remerciements. Sa femme s’appuya sur lui et ils descendirent lentement l’escalier. Cyril resta sur le pallier les regardant partir, débordé par les événements, ce qui n’échappa pas à la petite :
« Qu’est-ce qu’on fait ? On reste planté là ? »
Le ton impertinent de la gamine le ramena à la réalité et il lui répondit sèchement :
« Entre dans l’appartement et ferme la porte derrière moi, tu vois bien que j’ai les bras chargés. »
Elle s’exécuta et fit le tour du deux pièces en s’exclamant :
« C’est petit chez toi et mal rangé »
Elle ramassa une chaussette qui trainait par terre, la posa sur une chaise remplie d’une pile de livres et alla s’asseoir sur le lit défait. Cyril avait couché l’enfant qui dormait toujours sur le sofa et s’assit à côté de lui, réfléchissant à ce qu’il y avait lieu de faire en pareille circonstance.
« C’est comment ton nom ? «
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et enchaîna : « Moi c’est Lucie et lui c’est Raphaël» dit-elle en désignant le petit garçon qui était en train de se réveiller » et le bébé qui est dans le ventre de maman c’est Clément, j’ai même vu sa photo. Mon papa s’appelle Jérôme, ma maman Elise, ma mamie Charlotte et notre chat Ebène »
« Tu m’en vois ravi » répliqua-t-il de mauvaise humeur. « Je m’appelle Cyril et ce serait super si ta mamie Charlotte se pointait le plus vite possible. »
« Tu n’es pas content qu’on soit là ? »
Il n’eut pas le temps de répondre, Raphaël s’était mis à pleurer en se rendant compte qu’il était dans un environnement inconnu. Lucie sauta du lit et alla le rejoindre. Elle le prit dans ses bras et tenta de le rassurer. Il s’agrippa à elle et ne la lâcha plus. Elle lui expliqua ce qui s’était passé et il se calma peu à peu.
« Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? Moi j’ai faim et soif ! Tu fais quoi pour le petit-déjeuner ? » demanda Lucie.
« Rien, moi je ne prends pas de petit-déjeuner, seulement un café. Très bonne idée. D’ailleurs je vais en faire couler un illico, il faut bien ça pour tenir le choc. Va voir dans le frigo s’il reste du jus d’orange, moi je vais m’habiller, j’en ai pour deux secondes. »
Lucie trouva un frigo quasiment vide. Il restait un fond de vin blanc, une barquette de beurre, deux tomates et un peu de fromage râpé mais pas de jus d’orange. Elle haussa les épaules et rejoignit son frère sur le canapé en attendant que Cyril revienne. A son retour, Cyril demanda distraitement, en jetant un coup d’œil à son téléphone,
« Tu as trouvé ? » pas de messages du boulot, c’est déjà çà. Il pourra partir tranquille pour une fois.
« Il n’y a rien pour le petit déjeuner, alors on fait quoi ?»
« Alors on s’en passera »
« Chez nous il y a tout ce qu’il faut. On n’a qu’à aller chercher. »
« T’es maligne, toi. On n’a pas la clé et à part casser la porte, je ne vois pas comment faire. » « T’es bête, toi. La clé est dans la boîte à clé. Il y en a toujours une, c’est pour quand ma mamie vient. »
« Mais il faut un code pour l’ouvrir, la boîte, et moi je ne le connais pas. »
« Moi, je le connais. Viens, on y va »
Elle le prend par la main et Raphael les suit en pleurnichant :
« Attendez-moi, je veux pas rester tout seul »
Cyril, le prit dans ses bras et monta les deux étages quatre à quatre.
« Alors ce code ? » lança- t-il
« Fastoche » lui répondit Lucie quand elle arriva à sa hauteur. « C’est : 1, 2, 3, 4. »
« Pas très malin » dit-il en ricanant mais efficace constata-t-il quand il récupéra le précieux sésame. Effectivement, il y avait tout ce qu’il fallait pour faire un petit-déjeuner digne de ce nom. Ils remplirent un panier de pain, de confiture, de beurre, de nutella, de lait, de corn flakes et d’un paquet de pains au chocolat. Ebène, le chat noir tiré de son sommeil par ce remue-ménage, s’étira sur le canapé et vint se frotter contre les jambes de Cyril. Lucie ordonna à Raphaël de prendre le chat et de ne pas le lâcher, celui-ci avait tendance à s’échapper quand l’occasion se présentait. Cyril poussa un soupir, il ne manquait plus qu’un chat pour faire son bonheur mais s’abstint de tout commentaire. Ils remirent la clé dans la boîte et descendirent les deux étages. Arrivés devant la porte, Cyril constata avec effroi qu’elle s’était refermée et qu’il n’avait pas pris la clé. Il posa le panier par terre et réfléchit un moment, un serrurier, il faut un serrurier, c’est la seule solution.
« Pourquoi, tu n’ouvres pas la porte ? » s’impatienta Lucie
« Parce que je n’ai pas la clé. La porte s’est sans doute fermée quand Raphaël est sorti et la clé est à l’intérieur. Voilà pourquoi je n’ouvre pas la porte. Contente ? »
« T’as qu’à prendre celle de la boîte à clé.»
« Je n’ai pas de boîte à clé » dit-il dépité.
« Pas très malin » répliqua-t-elle et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?
« On retourne dans votre appartement, j’appelle un serrurier et on prend le petit-déjeuner en l’attendant. Allez, ouste, on remonte. »
Aidé par Lucie, Cyril prépara le petit déjeuner. Heureusement qu’il était encore tôt ; si comme promis, le serrurier venait le dépanner vers 11 heures et si la mamie était là au plus tard pour midi, il aurait le temps de ranger l’appart, faire les valises et être à l’aéroport à 16h. Son moral remonta lorsqu’il vit une super machine à café qui trônait sur le plan de travail. Il se détendit enfin en dégustant un expresso qu’il qualifia de divin et parvint même à rire en voyant la confiture dégouliner le long des joues de Raphaël. Lucie n’arrêta pas de bavarder lui racontant en long et en large sa vie de petite fille de 6 ans, plutôt de grande fille, vu qu’elle allait rentrer au CP en septembre. Après le petit déjeuner il se laissa convaincre de jouer aux voitures avec Raphaël et aux petits chevaux avec Lucie. Le temps passait et toujours pas de mamie pour prendre la relève.
« Elle en met du temps pour venir votre mamie ! Au fait, elle habite où? »
« Loin, loin au bord de la mer, comme moi je m’appelle» répondit Raphaël, fier de participer à la conversation.
« Tu veux dire St Raphaël ? C’est une plaisanterie j’espère. Elle vient comment ? En avion, en train, en voiture. ? »
Ils haussèrent tous les deux les épaules. Il calcula rapidement le temps de trajet St-Raphaël-Lyon et quel que soit le moyen de transport, ce n’était pas gagné. Lucie ne voulait plus jouer et proposa de regarder un dessin animé. Après d’âpres débats avec son frère, elle réussit à imposer la Reine des Neiges et ils s’installèrent tous les trois sur le canapé. Le chat bondit sur les genoux de Cyril lui signifiant ainsi qu’il l’avait adopté. Il ferma les yeux en se disant que c’était un cauchemar, se retrouver sur un canapé, avec deux mômes et un chat en train de regarder la Reine des Neiges, ça ne pouvait être qu‘un cauchemar. La sonnerie de son téléphone le sortit de sa torpeur et il poussa un cri de soulagement en entendant le serrurier l’avertir qu’il était devant sa porte. Il recommanda aux enfants de se tenir tranquilles et alla rejoindre son sauveur. Une fois la porte déverrouillée, tout le monde se retrouva dans son appartement et Lucie proposa de jouer « à ranger l’appartement et faire les bagages ». Elle savait y faire, elle aidait toujours ses parents quand ils partaient pour St Raphaël. Cyril n’y trouva pas d’objection. Raphaël allait jouer à ramasser toutes les chaussettes tandis qu’elle grimpa sur une chaise et lava les verres et les tasses qui se trouvaient dans l’évier. Cyril mit une machine en route, au moins il aura du linge propre à son retour et empila les vêtements qu’il voulait emmener sur le lit.
« On mange quoi à midi ? » s’enquit Lucie.
« Très bonne question. Le frigo étant vide, je propose de commander des pizzas. Ça vous va?»
En guise de réponse, Lucie lui sauta au cou et déclara :
« J’adore les pizzas ».
« Elles arrivent dans une demi-heure si d’ici là vous n’êtes pas morts de faim » plaisanta-t-il. « On peut attendre, moi je n’ai pas faim » rétorqua Raphaël et alla jouer avec Ebène sur le balcon.
Lucie s’était assise au milieu du lit et Cyril fit l‘inventaire de tout ce qui y était éparpillé. Il commença à remplir une valise sous l’œil expert de la petite qui ne cessa de faire des commentaires :
« T’as pas bien plié, je suis sûre que tout va pas rentrer »
« Tais-toi un peu, je vais finir par oublier l’essentiel si tu continues à me perturber » lui intima-t-il.
La sonnette de la porte les interrompit et Lucie s’exclama :
« C’est les pizzas, va vite ouvrir »
Il soupira et alla à la porte flanqué de Lucie et de Raphaël. Quand il ouvrit, Raphaël s’écria : « Tatie Stella » et sauta dans ses bras. Cyril resta interloqué. Une jeune femme aux longs cheveux blonds, avec un sac de voyage dans la main gauche se trouva en face de lui.
« Je viens vous libérer de ces deux petits monstres »déclara-t-elle
« Je commençais à m’y faire » dit-il lorsque le livreur de pizzas arriva.
« Les pizzas, les pizzas, chantonna Lucie en sautillant.
« Calme-toi un peu » dit Stella « vous avez assez dérangé ce Monsieur, allez on y va. »
« En fait, j’ai commandé des pizzas pour ces deux morphales et je ne vais pas pouvoir les manger tout seul. On pourrait les partager si vous n’y voyez pas d’inconvénients.»
« Mon frère m’a dit que vous partiez en voyage et comme on ne sait pas à quelle heure maman va arriver, je prends le relais en attendant, Grenoble c’est plus près que St Raphaël mais on ne voudrait pas vous déranger plus longtemps ».
« Vous ne me dérangez pas, mes bagages sont presque prêts, grâce aux conseils avisés de mademoiselle, j’ai donc largement le temps de me rendre à l’aéroport. »
« Dis oui, dis oui, » insista Lucie en tirant sur sa robe.
« Bon d’accord, mais après on monte. »
Tout le monde entra et s’installa autour de la table quand Lucie dit :
« Ebène ne mange pas de pizza, il faut lui chercher ses croquettes »
« Bougez pas, j’y vais » proposa Stella « D’ailleurs, il est où ? »
Ils firent le tour de l’appartement, pas de chat. Raphaël se mit à pleurer à chaudes larmes et Lucie le consola :
« T’en fais pas, Cyril va le retrouver, Ebène. Tu sais, Cyril c’est comme superman. Il va le chercher et le retrouver »
« Il a sûrement profité de l’occasion pour filer quand le livreur de pizza est sorti. C’est pas la première fois qu’il s’échappe .Il a l’habitude d’aller au square en face pour chasser les oiseaux. » expliqua Stella.
« Tu vas le retrouver, hein Cyril, » insista Raphaël en le tirant par la manche.
« Oui, t ‘inquiète pas. Il n’est sûrement pas très loin. Je vais faire un tour au square. »
« Je viens avec toi, je sais où chercher » décréta Lucie. Ils retournèrent chaque buisson quand enfin ils entendirent un miaulement en haut d’un arbre. Ils eurent beau l’appeler, le chat ne bougea pas.
« Il faut aller le chercher, il ne descendra pas tout seul. » dit Lucie
« Moi, grimper sur l’arbre, même pas en rêve, je ne suis pas superman » répliqua Cyril
« Mais c’est un tout petit arbre et toi tu es grand » insista-t-elle
« Bon, je peux essayer, mais je ne te promets rien »
Il s’agrippa à une branche et réussit tant bien que mal à se hisser à la hauteur du chat. Il s’empara d’Ebène et le remit dans les bras de Lucie après avoir sauté par terre. Ils firent une entrée triomphale et rendirent le chat à Raphaël qui ne douta plus un seul instant que Cyril ne fut pas superman. La dernière bouchée avalée, tout le monde participa au rangement et ils prirent congé en remerciant chaleureusement « superman » pour sa gentillesse. C’est presque avec regret que Cyril ferma la porte derrière eux et l’appartement lui parut tout d’un coup bien vide. Il termina ses bagages, finit de ranger l’appartement et prit une douche. Il s’apprêta à commander un taxi quand on sonna à la porte. C’était Stella qui lui dit d’un air embarrassé :
« Excuse-moi de devoir encore te déranger. J’ai un petit problème. En arrivant, maman a constaté que la roue avant de ma voiture était à plat et je me demandais si tu pouvais m’aider. »
« Alors là, je ne sais pas comment. Je n’ai pas de voiture. Je n’ai jamais changé une roue de ma vie. Je ne suis pas superman et j’ai un avion à prendre »
« Ça ne prendra que quelques minutes, je ne te demande pas de la changer, je sais le faire. Je te demande juste de m’aider à desserrer les boulons et après je te laisserai tranquille, promis »
« Bon, je veux bien essayer. »
Il accompagna Stella à la voiture et les boulons cédèrent après trois tentatives. Il la regarda d’un œil admiratif manier le cric et mettre la roue de secours en place. Il se proposa néanmoins à donner un coup supplémentaire aux boulons par mesure de sécurité et chargea la roue crevée dans le coffre.
« Tu vois, même pas un quart d’heure et le tour est joué. Il ne reste plus qu’à la déposer au garage pour la faire réparer. Au fait, ton avion décolle à quelle heure ?»
« A 17h. Il faut que j’y aille, le temps que le taxi arrive, ça va être chaud. »
« Oublie le taxi, je t’emmène, ça ira plus vite. Cherche tes bagages, je monte me laver les mains et on y va. »
Le long du trajet, ils commentèrent cette folle journée, échangèrent leurs numéros de téléphone au « cas où » et pouffèrent de rire. Le trafic était dense ce vendredi, ils arrivèrent néanmoins 5 minutes avant la fin de l’enregistrement. Quand il claqua la portière, elle lui lança un joyeux « bon voyage superman » et démarra en trombe. Bien attaché dans son siège, il fut soulagé quand l’avion décolla. Désormais, plus personne ne viendrait l’embêter. Il sentit vibrer son téléphone et quand il le ralluma, il vit une photo d’un bébé avec la légende : dans la famille des casse-pieds, je te présente un nouveau membre ; il s’appelle Clément, pèse 3 kilos et aimerait recruter superman comme parrain. L’aventure te tente ? Il répondit : Je ne sais pas si superman sera à la hauteur de la mission mais accepte volontiers et il signa avec quatre cœurs. 


De Lucette

Dans une semaine c’est la rentrée. Alexis Dufour, architecte d’intérieur, est très pointilleux, parce qu’en fait, très anxieux. Il travaille dans un cabinet avec plusieurs collègues, et les idées, les plans, les mesures finissent par l’empêcher de dormir sereinement.
Ce matin, ce sera un devis à faire pour des futurs acquéreurs d’une maison à rénover totalement de l’intérieur. Il sera accompagné d’une stagiaire qui apprend le métier et qui par la même occasion lui sert de faire-valoir devant ses clients. Ça lui donne une certaine importance de donner des ordres, alors qu’il sent au fond de lui qu’il n’est pas prêt. La semaine dernière s’est mal passée. Deux de ses devis n’ont pas été acceptés, ses plans étaient trop sophistiqués et n’ont pas eu l’approbation escomptée. D’où cette grande incertitude, ce doute qui le ronge depuis un certain temps…
Demain, il reçoit un artisan maçon pour parler d’un autre projet intéressant mais casse-tête au possible. Déjà, il m’envoie sans cesse des mails, enregistrements urgents, bref, il ne me laisse pas de répit. Il vient juste de reprendre le travail, j’appréhende dans 6 mois. Rien que d’entendre sa voix, j’ai envie de fuir, de le laisser se débrouiller. Son agenda est surbooké pour les trois prochains mois. A ce rythme, il m’entraînera avec lui dans un burnout. Il est à cran, il me met à cran, rien ne va jamais à son idée. Il est insupportable…
Alexis se lève toujours aux aurores, il a besoin de prendre son temps pour se préparer, relire son agenda, préparer son attaché-case. Tout est à sa place, un petit café, après une douche revigorante, et pense-t-il, en route pour l’abattoir. Avouez que ses pensées sont positives ?
C’était sans compter sur l’imprévu. Il est 6 heures du matin, le téléphone sonne. Il sursaute, se demande qui ça peut bien être.
« Allo ! Monsieur Dufour »
« OUI » c’est moi. Qui êtes-vous ? Comment ? Monsieur comment ? Monsieur Lacoste ? Je ne vous connais pas, présentez-vous S.V.P. »
« Je suis votre voisin de pallier, ma femme est alitée, elle hurle de douleur, il faudrait l’emmener à la clinique, car elle est en train d’accoucher. Elle a deux mois d’avance, mais elle vient de perdre les eaux. Il n’y a plus une minute à perdre. Le temps que les pompiers arrivent, nous ne serons plus très loin de l’adresse. »
« Mais, Monsieur Lacoste, j’ai un travail, qui plus est, très urgent pour ce matin, je ne peux pas me permettre d’être absent ».
« Monsieur Dufour, je vous en prie, si vous n’intervenez pas dans les minutes qui suivent, et qu’il arrive un malheur à ma femme ou au bébé, je porterai plainte pour non-assistance à personne en danger. »
Alexis serre la mâchoire, et bon gré mal gré, se décide à rendre ce service à contrecœur. Tout le long de la route, ce ne sont que des cris de la future maman. Alexis panique tant le mari lui dit d’aller plus vite.
« Je ne vais quand même pas griller un feu rouge »
« Vite, vite », lui dit-il une fois de plus, « je crois que la tête va sortir. »
« Ah ! il ne manquait plus que ça »
Enfin ils arrivent aux urgences de la maternité. Aussitôt prise en charge de la patiente. Ouf ! Alexis, complètement vidé, repart chez lui pour prendre une nouvelle douche qui devrait lui faire revenir la tête dans son travail… Il est d’une humeur exécrable en arrivant au bureau. Ses collègues remarquent qu’il n’est pas dans un bon jour, mais personne ne pose de question, connaissant son caractère bougon.
La journée ne s’est pas passée du tout comme prévu. L’artisan était en retard, donc, perte de temps. En faisant le poireau, un orage mémorable s’est déclenché, juste comme il devait faire 300 mètres, n’ayant pas trouvé de parking plus proche. Pour clore le tout, il s’est fait éclabousser par un chauffeur de camion, qui a pris un plaisir vraiment mesquin. Mais pas de chance, c’est tombé sur lui. Il rentre chez lui à 19 heures, les pieds trempés depuis le matin, bref, pas à prendre avec des pincettes…
Il ouvre sa boîte aux lettres, y trouve une petite enveloppe qu’il ouvre, voici ce qu’il lit : « Monsieur Dufour je vous remercie de votre bonté de ce matin. Grâce à vous, tout s’est bien passé, nous avons un magnifique garçon, qui se prénomme « Léon ».
« Léon, il répète Léon, quel drôle de prénom ».
Il balance la carte, et finit par se décontracter un peu. Il se délasse, et d’un seul coup une pensée surgit, et enfin il se pose une question qui peut lui changer sa vie
« Et si c’était ça vivre, avoir un enfant à la campagne, avec ma fidèle compagne qui m’attend depuis 3 ans, et surtout avoir un nouveau travail moins bien payé, mais Ô combien moins stressant ».
Ça y est l’idée germe dans son esprit, il se donne 2 ans pour aboutir…
Ils se sont acheté une vieille ferme en Normandie, tous les deux relèvent les manches pour rénover, et leur nouvelle vie est bien en vue, et enfin vivre, vivre, vivre !!!

De Laurence D

Ce matin, Hugo a reçu un curieux coup de téléphone de son voisin Martin. Celui-ci était très agité visiblement. Il était totalement confus. Hugo ne peut pas tirer grand-chose de ses paroles. C’est pourquoi, il décida d’aller se rendre sur place voir de quoi il retournait. Leurs
deux maisons n’étaient guère éloignées l’une de l’autre. Sur son chemin, il croisa le tout jeune facteur qui remplaçait son vieil ami Jules, parti à la retraite depuis quelques mois. Ils se saluèrent sans échanger un seul mot. Hugo regrettait le temps où il connaissait tout le monde et où tout le monde se connaissait. C’était une autre époque. Il chassa de son esprit la nostalgie qui l’envahissait par intermittence. Là présentement il avait une tâche urgente à
accomplir : savoir comment allait son autre compagnon.
Lorsqu’il arriva chez Martin, il remarqua tout de suite qu’il se passait quelque chose d’anormal : le portail était grand ouvert, ce qui ne ressemblait pas aux habitudes de son
voisin. Celui-ci veillait scrupuleusement que tout soit bien verrouillé chez lui. Il avait même fait installer un système ultra perfectionné d’ouverture et fermeture automatiques, digicode
et caméra vidéo.
Hugo se moquait de sa paranoïa, comme si leur petit village de campagne pouvait être un repère de terroristes. Mais là, il était bien en peine de cacher sa stupéfaction, toutes les portes de la maison étaient grandes ouvertes et nulle trace de son propriétaire. Le
téléphone traînait par terre, il n’avait pas été remis en place sur son socle. Quand il rentra dans la cuisine, régnait une pagaille indescriptible, la salle de séjour et le salon avaient subi le même sort. A l’étage, les deux chambres ne valaient guère mieux.
Hugo prit son téléphone portable dans la poche de sa veste et appela la gendarmerie. Il était maintenant très inquiet. Son ami Martin avait disparu et ce qu’il avait entendu au téléphone auparavant ne le rassurait absolument pas.
Qu’était devenu Martin ? Où se trouvait-il ? Qui avait saccagé sa maison ? Y-avait-il un lien
avec leurs activités passées ? Mais non, c’était impossible ! C’était il y a trop longtemps, cette période de leurs vies à tous les deux étaient révolue et pourtant Hugo ne pouvait totalement l’écarter. Peut-être bien…

De Laurence S

Bernard est un lève-tôt. Il aime bien se retrouver au calme dans sa cuisine à six heures chaque matin pour remplir son agenda avec une grande attention. Il a horreur de commencer une journée sans la planifier.
Mais, ce matin-là, le téléphone sonne à six heures précisément. Comme c’est bizarre !

« Oui, allo. Bonjour ! » prononce Bernard d’une voix calme, intrigué par ce coup de fil inhabituel, qui vient perturber son rituel matinal.

« Tu peux pas la fermer ta gueule le matin ! T’en as pas marre de faire chier le monde ! Y en a qui veulent dormir ! T’as pas autre chose à faire que de roucouler avec ces abrutis de pigeons sous ta fenêtre. Y en a qui braillent comme des mouettes, mais monsieur roucoule ! Je t’en foutrai moi des roucoulements à 5 heures du mat ! Si tu la fermes pas rapidos, je fais venir les gendarmes, espace de taré, je vais les bouffer moi tes pigeons ! ».

La journée commence bien. Bernard, complètement ahuri, repose le combiné et ferme son agenda. Aujourd’hui, celui-ci restera vierge d’activité. Il écrit juste : « coup de fil de Martin à 6 heures. Il a l’air en colère. Très en colère ».
Il est pantois Bernard. Il ne comprend pas l’appel colérique de son voisin, avec lequel il entretient des relations houleuses depuis son installation.
Bernard habite à la ville, dans une cité et il aime par-dessus tout communiquer avec les animaux. La nature lui manque terriblement.
Un grand nombre de pigeons cohabitent dans le voisinage. Il sait que son voisin, Monsieur Martin, essaie de les chasser avec tous les moyens dont il dispose. En effet, ils libèrent leurs fientes sur sa voiture de façon régulière, ce qui lui fait pousser des hauts cris quand il s’en aperçoit, du haut de son étage. Après tout, il a un garage : pourquoi laisse-t-il sa voiture sur le parking? Monsieur Martin préfère manger ces volatiles que de les admirer voleter au-dessus de chez lui, qui plus est pour encrasser son balcon et tout le reste. Cet homme n’aime pas les humains, alors les animaux…
Bernard a pris l’habitude, l’été principalement, d’ouvrir la fenêtre et de roucouler pour dialoguer avec les oiseaux. Il est matinal comme eux. Il est réveillé par leur chant. Face à lui, se dresse un acacia de toute beauté. Les pigeons adorent y faire leurs ablutions, tapis parmi les nombreuses branches et le feuillage dense.
Il commence tôt Bernard. Dès 4 heures du matin en plein été. Les colombes sont déjà là, sur le qui-vive. Il a appris, au fil des mois, à parfaire son cri de pigeon. Il a écouté avec attention leur dialogue. Au début, les oiseaux s’enfuyaient. Mais, maintenant, ils le prennent pour un des leurs. Il aime leur offrir du pain rassis. Il les attire sur le rebord de sa balustrade, installé confortablement sur son balcon. Il aime attirer les oiseaux, surtout les pigeons. Qu’ils sont voraces ! Il ne pense pas à mal ; c’est un de ses rares plaisirs dans sa vie solitaire. Il ne peut commencer sa journée sans parler à ses amis. Ils sont devenus un point de repère pour commencer sa journée, avant de remplir son agenda.
Bernard aime ses petites habitudes. Elles le rassurent. Il n’a personne à qui parler ou avec qui discuter. Les voisins travaillent ou restent cloîtrés chez eux pour les autres. Il vit dans cet immeuble comme une ombre. Sans but, sans pourquoi. Juste remplir son agenda à 6 heures du matin. Et roucouler avant. Il donne l’impression de vivre sa vie par procuration. Il n’est pas le seul dans ce cas-là !

De Karine

Mardi 7 septembre
7 h 00 Footing
8 h 00 Douche
8 h 30 petit-déjeuner salle repas de l’hôtel
9 h 15 Mail + Topo avec mon assistante Annie
10 h 00 Entretiens embauche(en Visio)
11 h 00 Réunion avec clients Chinois contrat super important (5 milliards euros)
13 h 00 Invitation repas + signature du contrat
15 h 00 Réunion débriefing/Chiffres récap/Nouveaux objectif (en Visio)
19 h 30 Gala de charité
23 h 00 Train retour maison prévu à 01 h 50
5 h 50
SMS ” Jean-Robert, salut peux-tu me rappeler SVP, Christopher”
6 h 00
Dring, dring, dring… Je suis indisponible, je fais mon échauffement avant d’aller courir. Ce n’est pas le moment, j’ai une journée de dingue, aujourd’hui. Pas de contre temps, pas de dispersion. Restons concentré ! Il faut que j’assure, contrat de 5 milliards en jeu, je ne peux pas me louper. Allez, tu es le meilleur ! Oui, je suis le meilleur !
6 h 08
SMS “Urgent, rappelle-moi, merci.”
– Je sens la journée de merde…Mais là, je n’ai pas le choix, il faut que je le rappelle. Il a marqué Urgent !
– Allô, Christopher. Qu’est-ce qui t’arrive vieux, tu sais, je n’ai pas beaucoup de temps, j’ai un super contrat à signer aujourd’hui. Le contrat du siècle !
– Ah enfin, Jean-Robert !
– Qu’est-ce que tu as, tu as une drôle de voix.
– C’est Nadia.
– Quoi Nadia ?
– Elle a eu un accident, et c’est mon unité qui l’a prise en charge. C’est moi qui l’ai amenée à l’hôpital Cochin.
– Qu’est-ce qu’elle a ? C’est grave ? C’est arrivé à quelle heure ? Pourquoi tu n’as pas téléphoné plus tôt ?
– J’ai essayé, mais tu ne répondais pas…
– Oui, excuse-moi !
– Bon, son état est critique, son pronostique vitale est engagé, et celui du bébé aussi. Elle est dans le coma. Ils essaient de les maintenir vivants tous les deux. Je sais, tu ne peux pas revenir avant ce soir à cause de ton contrat, mais je voulais te prévenir au plus tôt.
– Et Baptiste, il est où ?
– Nicole s’en occupe, ne t’inquiète pas.
– Je m’arrange et j’arrive au plus vite.
– Et ton contrat ?
– Laisse tomber le contrat, il y a des priorités dans la vie, c’est dans ces circonstances qu’on s’en souvient. Je peux te demander de rester auprès de Nadia, et de prévenir sa sœur, le temps que j’arrive. Je te tiens au courant.
– Compte sur moi.
– Merci Christopher.
6 h 15
– Bonjour, Annie, ma femme est dans le coma, annulez la réunion de cet après-midi, faites le nécessaire pour le billet de train pour mon retour dès que possible et prenez un train pour Philippe, je lui téléphone, c’est lui qui va faire la réunion avec les frères Zhang-Chen et monsieur Ouyang. On se rappelle, faites au plus vite Annie, merci.
– Bien Monsieur.
6 h 18
– Salut Philippe, excuse vieux de te réveiller, mais c’est la merde. Annie est en train de prendre des billets de train pour toi, tu viens faire la réunion avec les clients chinois.
– Tu rigoles, Jean-Robert ?
– Non, absolument pas. C’est le contrat du siècle ! Je compte sur toi. Moi, je rentre à Paris, ma femme a eu un accident, elle est dans le coma. Contrat du siècle ou pas, ma femme et mon futur enfant d’abord.
– Et Baptiste ?
– C’est la voisine qui s’en occupe.
– Ok pas de soucis. Je me prépare, laisse les dossiers, le powerpoint, et les contrats dans ta chambre.
– Merci vieux.
– C’est normal. Merci de ta confiance, Jean-Robert.
6 h 32
– Monsieur LEPLEE,
– Oui Annie. Je vous écoute.
– J’ai un gros problème. Grève SNCF, surprise, suite à une agression de personnel. J’ai prévenu Philippe, il prend de suite la voiture, il devrait arriver à 10 h 45.
– Putain de merde !
– Alors, je me suis dit, tant pis pour la note de frais, et je vous ai commandé la voiture de l’hôtel qui va vous amener directement à l’hôpital Cochin.
– C’est parfait. Je ne vous le dis jamais, mais vous êtes parfaite, Annie.
– Merci Monsieur.
– Je vois la voiture, je vous laisse. Et encore merci Annie !
7 h 15
– Allô Christopher, comment va Nadia ? As-tu des nouvelles ? Je suis en route, une voiture est venue me chercher, car pas de train, ils sont en grève pour changer… Je devrais arriver vers 11 h 30 à Cochin.
– C’est stable pour l’instant. Je dois voir le médecin vers 11 h 30, si tu arrives à l’heure, c’est toi qu’il verra. S’il y a du changement, je te contacte. Essaie de te reposer, de te détendre un peu dans la voiture, tu auras besoin d’être en forme en arrivant.
– Très bien, je te remercie, vieux.
– Vous pouvez mettre un peu de musique classique en sourdine, il faut que je dorme un peu, merci.
– Bien monsieur, répondit le chauffeur.
11 h 28
– Allô, Jean-Robert, tu es arrivé ?
– Oui, je suis en bas.
– Fait vite, ils l’emmènent au bloc.
– Au bloc ! J’arrive !
Jean-Robert monte les escaliers quatre à quatre jusqu’au 6e étage. Il pousse la porte battante, il aperçoit le brancard, les infirmiers et une silhouette allongée. Trop tard, ils rentrent tous dans l’ascenseur, les portes se referment.
– J’ai essayé de les retenir, désolé. J’ai essayé.
– Ils vont faire quoi ? Pourquoi ils l’emmènent au bloc ?
– Ils vont lui faire une césarienne, pour essayer de sauver le bébé, sinon il risque d’y passer.
– Non pas Nina ! Il faut qu’il la sauve. Mais Nadia ? Elle, comment elle va ? Elle va s’en sortir Nadia, hein, elle va s’en sortir ?
– Je le souhaite de tout mon cœur. Allez, viens, on va boire un café et fumer un clope.
L’attente est interminable. Il marche, il y va et il revient. Il fait les 100 pas, non, les 1 million de pas.
14 h 02
Le médecin arrive, dans son uniforme vert, son regard est profond, il a un pas plutôt hésitant. Il relève la tête, et dit :
– Le bébé est sauvé. C’est une fille. Nous allons la garder pendant deux mois dans nos services, puisque c’est une grande prématurée. Quel prénom vous avez choisi ?
– Nina !
– Très bien. Vous allez pouvoir venir voir Nina dans 30 minutes, environ. Bon courage, Monsieur LEPLEE.
– Bon courage. Ça veut dire quoi ? Et ma femme ? Comment va ma femme ? Vous ne m’avez pas parlé de ma femme ? Où est-elle ?
– Moi, je m’occupe des enfants. Le médecin qui s’occupe de votre épouse va arriver.
– Ok d’accord. Mais elle va bien ? Non mais tu te rends compte, il n’a rien dit. Il n’a pas parlé de Nadia et il est parti.
14 h 19
– Docteur. Docteur, comment va ma femme ?
– Asseyons-nous un instant, s’il vous plaît.
– M’asseoir ! Vous médecin, vous voulez vous asseoir avec moi. Donc, c’est grave ! Elle est morte, c’est ça ? Non, non, Docteur. Elle est vivante ? Dites-moi qu’elle est vivante. Hein, elle est vivante.
– Elle a perdu beaucoup de sang lors de l’accident. Son cœur est faible, et un de ses poumons a été endommagé dans l’accident.
– Je veux la voir ! Je veux la voir !
– C’est impossible pour l’instant, nous l’avons emmené en REA.
– Je veux lui parler, il faut qu’elle m’entende, elle va se battre, je vous en prie, il faut que je lui parle.
– Je vous demande d’essayer de prendre sur vous. Je vous promets que dès que je peux, je vais faire tout mon possible pour que vous puissiez lui dire au revoir.
– Au revoir, non ! Non, elle vivra, Docteur !
– Je vous en fais la promesse, elle vivra. Je viens vous prévenir dès que possible.
14 h 33
SMS de Philippe :
“Salut, Jean-Robert, j’espère que pour ta femme et ton bébé, ça s’arrange. Le rendez-vous s’est bien passé, ainsi que le dîner. Les clients ont compris ton absence et ce changement de programme. Ils sont d’accord sur le principe, mais tu connais les frères Zhang-Chen, ils ne veulent signer qu’avec toi. Ils repartent à Guangzhou dans trois jours. Ils acceptent de signer sur Paris à l’aéroport avec toi le 15 septembre à 13 h 00 au Teppan, après le repas. Un problème de réglé. Moi, je rentre sur Paris et on se voit, je viens te soutenir, vieux. Quand tu le verras, embrasse mon filleul. Sois fort. “
14 h 40
L’infirmière vient me chercher pour aller voir Nina, cette petite créature qui commence la vie sur les chapeaux de roue ! Je demande à Christopher de venir me chercher si le médecin vient pour Nadia. L’infirmière essaye de ma rassurer en me disant que le médecin sait que je suis avec elle.
14 h 57
Voilà le médecin, je vais aller voir Nadia ! Il me laisse seul, mais je vois bien qu’il y a tout le monde qui jette un œil, qui surveille. Elle est là, inconsciente, mais toujours aussi belle que le premier jour où je l’ai vue. Je parle à Nadia. Je lui dis que Nina est très mignonne, qu’elle lui ressemble, qu’elle a une petite fossette sur la joue droite, comme elle et Baptiste. Je lui dis qu’elle doit se battre pour la voir grandir. Que je ne peux pas vivre sans elle. Que je l’aime. Qu’elle est ma raison de vivre, mon rayon de soleil, ma locomotive, que c’est elle qui m’entraîne dans le tourbillon de la vie. Que je l’aime de tout mon cœur, de toute mon âme ! Que je voulais des enfants d’elle, mais avec elle. Le médecin arrive et me dit qu’il faut qu’elle se repose. Que je pourrais revenir avant de partir, pour l’embrasser. Mais maintenant, il faut attendre de voir comment se passera la nuit.
Elle se passera bien, Docteur ! Puis la chanson de Phil Barney, me trotte dans la tête, alors je fredonne un peu le refrain en modifiant un mot :
… Avoir un deuxième enfant de toi
Ça faisait longtemps que j’attendais.
Le voir grandir auprès de toi
C’est le cadeau dont je rêvais.
Qu’il ait ton sourire, ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l’amour et tout l’espoir
Que j’ai quand tu me tiens la main…

15 h 30
Christopher me propose d’aller voir Baptiste pour nous changer un peu les idées. Je ne voulais pas, j’avais peur qu’il arrive quelque chose pendant qu’on ne serait pas là. Mais il fallait que j’aille le voir ce petit bonhomme. Il devait être malheureux, et avoir peur aussi, même si Nicole devait le gâter comme jamais.
16 h 10
Quand nous arrivons, Baptiste me saute dans les bras en hurlant “Papa !”. Il saute si fort qu’il me fait tomber à la renverse. Il me demande :
– Dis papa, elle est où maman ? Et la petite sœur ? Elles ne sont pas venues avec toi ? J’ai été sage pourtant, papa ?
À ces mots, je craque. Je me mets à pleurer. Nicole et Christopher expliquent à Baptiste la situation, le temps que je reprenne mes esprits. Baptiste et moi faisons un gros câlinou et nous nous laissons aller dans le bras de Morphée tellement nous sommes épuisés.
19 h 30
Le téléphone nous réveille Baptiste et moi. C’est l’hôpital ! J’ai les jambes qui flageolent, une boule à l’estomac, la gorge qui se noue, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Qu’est-ce qui va me tomber sur le coin du museau ? Est-ce que Nadia m’a entendu et s’est réveillée, pour se battre de toutes ses forces ? Ou est-ce que la phrase de Saint-Augustin est de circonstance ? Cette phrase que Nadia aime tant : ” Ne soyons pas triste de l’avoir perdue, mais soyons heureux et reconnaissants de l’avoir eue”. Je décroche d’une main tremblante, j’approche le téléphone de mon oreille, j’entends un bip très désagréable, et une voix qui me dit ” Power off”. Plus de batterie, comme si c’était le moment ! Et en plus j’ai oublié mon chargeur dans la voiture de l’hôtel. Il y a des jours où rien n’est simple.
19 h 35
Christopher arrive en courant, entre dans la chambre sans frapper et me dit :
– Arrive, on y va. Ils viennent de m’appeler, tu ne répondais pas.
– Pour sûr, j’ai plus de batteries. Que t’ont-ils dit ?
– “Ça évolue, il faut venir !”
– Ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire, saute en bagnole, on fonce et on comprendra sur place.
– Papa va allez voir maman, tu restes avec Nicole. D’accord mon trésor ? Papa, t’aime très fort.
– D’accord, mais tu reviens avec maman ?
– Allez sois sage, mon cœur. Bisous.
20 h 07
– Où est le docteur de Madame LEPLEE ?
– Juste là, dit l’infirmier. Attendez, je l’appelle. Docteur MONTORCY…
Jean-Robert fonce, l’infirmier n’a pas le temps de finir sa phrase, que Jean-Robert questionne déjà le médecin.
– Docteur, docteur, je suis Monsieur LEPLEE, je suis le mari de Nadia LEPLEE, on m’a dit de venir. Que se passe-t-il ? Où est ma femme ? Comment va-t-elle ? Pourquoi on m’a demandé de venir ? Elle va mourir ? Répondez-moi docteur ?
– Venez à mon bureau, je vais vous expliquer.
– Elle est morte, c’est ça ?
– Non !
– Je veux la voir. Elle va mourir ?
– Calmez-vous. Elle ne va pas mourir. J’ai besoin de vous expliquer des choses, mais vous devez vous calmer.
– D’accord. D’accord. Je veux que Christopher vienne avec nous.
– Qui est Christopher ?
– Notre ami à Nadia et moi.
– Normalement, c’est la famille, monsieur LEPLEE. Uniquement la famille.
– Mais c’est le pompier qui a emmené ma femme. Je veux qu’il soit présent. Je me calme après, je n’y arriverai pas, sinon. Je suis désolé Docteur.
– Bon très bien, appelez-le.
Christopher entre, les présentations faites, Jean-Robert fait son maximum pour se calmer comme il l’a promis au médecin. Celui-ci commençe ses explications.
– Suite à l’accident, votre femme a eu une contusion pulmonaire, c’est un hématome qui entraîne un saignement et un gonflement. Elle peut développer un syndrome de détresse respiratoire aiguë. À vérifier. Elle est atteinte également d’une hémiplégie droite, c’est une paralysie du membre supérieur et inférieur côté droit. À son réveil complet, il va falloir vérifier si la zone de commande du langage est également touchée. Cela provoque des troubles du langage que l’on appelle « aphasie ». Il peut s’agir soit de difficultés pour articuler les mots, soit d’une difficulté à trouver ses mots. Elle risque d’avoir des douleurs physiques, mais également des douleurs morales, telles la tristesse, l’isolement, des pensées suicidaires, un manque d’appétit, des troubles du sommeil, à surveiller, car ces troubles peuvent être le signe d’une dépression.
– Tout cela à cause d’un stupide accident ?
– Non, Monsieur LEPLEE, votre femme n’a pas tout cela à cause de l’accident. Votre femme a fait un AVC de la partie gauche du cerveau, au volant. C’est à cause de cet AVC qu’elle a eu l’accident.
– Un AVC ? Mais elle va vivre ?
– Oui, elle va vivre. Mais votre vie va littéralement changer. Vous avez un bébé, votre femme va avoir un fauteuil, une aide à domicile, et elle va être prise en charge par divers professionnels de santé, comme les kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes. Sans compter les psychologues et les psychothérapeutes qui peuvent aider toute la famille, bien sûr. Après un AVC, on relève souvent une rupture avec le conjoint, des troubles des relations amoureuses dans les couples, et une modification du rôle parental. La communication, l’amour l’un pour l’autre sont vos armes pour surmonter cette épreuve. Mais surtout faites-vous aider. J’espère que vous allez avoir de l’aide dans votre entourage. Soyez fort et patient, Monsieur LEPLEE. Vous verrez mon confère de jour demain, qui vous guidera pour la mise en place. Reposez-vous.
– Merci Docteur.
Je ne peux rien dire d’autre. Il part, je suis laminé, éteint, occis, vidé. Je l’entends parler à l’infirmier, mais je ne comprends rien. Même Christopher, je l’oublie presque. J’ai l’impression d’être seul au monde. Je viens de me prendre une grande baffe dans la gueule, j’ai du mal à me remettre. Puis l’infirmier vient me dire que le médecin a autorisé une très courte visite à ma femme avant mon départ. Quel brave homme ! Je suis ce jeune homme en blouse blanche, rempli de compassion et d’attention, qui essaie de me remonter le moral. Comparé à la vie cruelle et dégueulasse et à la journée la plus merdique de mon existence, je suis heureux qu’il y ait des personnes comme cet infirmier, qui font un des plus beaux métiers du monde.
J’embrasse Nadia, de toute la tendresse que je peux lui offrir, je lui dis que je l’aime de tout mon cœur et de toute mon âme. Je lui fais la promesse que l’on se battra ensemble et que nous surmonterons toutes les difficultés ensemble.
Je passe voir Nina avec l’accord du personnel de préma. Ensuite, Christopher me ramène à la maison, je vais dormir chez lui avec Baptiste. Il est 23 h 00, je vais me coucher, je suis éreinté.
J’espère que la journée de demain sera meilleure, en même temps, ça va être difficile de faire pire. Mais bon, je repense à une phrase que Nadia aime et se dit souvent : “Il y a des jours avec et des jours sans…Et les jours sans, il faut faire avec !”

Poèmes proposés par Françoise T (en dehors de la proposition d’écriture)

Zaïneb Hamdi, « A quoi sert la poésie ? »

À quoi sert la poésie si elle ne peut s’insinuer
entre les mailles de nos sociétés ?
Si elle reste couchée sur le papier, à peine
déclamée devant une foule acquise ?

De Claire De La Chevrotière, « Ce matin-là, je me suis parlée »

Moi aussi, tu sais,
il m’est arrivé un beau matin
de devoir repenser ma vie.
J’en avais gaspillé plus de la moitié
dans l’oubli,
à ne penser qu’aux autres.

Tout comme toi peut-être,
je me souviens très bien du matin
où je suis entrée en conversation
avec moi-même.

Ce ne fut pas facile au début
de revoir ces images de ma vie
en lambeaux,
mais je voulais les regarder.
J’avais laissé tellement de gens
jouer avec mon cœur,
tellement de gens détruire mon âme
et me blesser !

J’avais du regret pour le mal
que je me suis laissé faire par eux et,
Ce matin-là,
c’était comme dans un rêve.
Plus j’essayais de me parler,
plus je me sentais étrangère
à ma propre vie.

Là, j’ai beaucoup pleuré
et j’ai osé pour la première fois
me regarder et m’écouter.
J’ai vu alors
la femme que j’étais vraiment,
et je me suis pardonnée

Pardonnée de m’être oubliée.

Toute ma vie,
je me suis sentie fragile et démunie.
C’est pour ça d’ailleurs que j’écris.

Je suis une rêveuse, une solitaire,
une petite femme éphémère.
Avec un cœur grand comme l’océan,
qui a aimé jusqu’au bout de son sang.

Il y a toujours des larmes dans mes yeux.
Ça, c’est pour toutes les fois
où je n’ai pas voulu baisser les armes.
J’aurais pourtant dû comprendre
bien avant,
qu’entre deux pays
il y a un océan.

J’ai passé plus de la moitié de ma vie
dans le rêve ; maintenant
je n’ ai plus besoin d’anesthésie.
Je veux vraiment parler
à la femme que je suis.

Ce matin-là, j’ai effacé de ma vie
tous les souvenirs amers,
les mauvais rêves,
et tout ce qui m’avait fait souffrir.
Je n’ai gardé que le merveilleux,
et c’est là que les larmes
sont revenues dans mes yeux.

Là, j’ai souri et j’ai compris
que je ne serais plus jamais seule
pour pleurer.

Je venais à peine de me rencontrer.  

J’espère que vous êtes ravis à la lecture de ces histoires, comme je l’ai été.

Je vous attends donc pour de nouvelles aventures d’écriture la semaine prochaine.

 D’ici là, portez-vous bien et surtout prenez soin de vous!

Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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