Je dois avouer que, pour la proposition d’écriture N° 111, l’image n’allait pas de soi. Elle a dérouté certaines et certains habitués.

Quand écrire vous paraît difficile, laissez venir quelques mots et brodez autour! Il faut juste s’accorder le droit d’être créatif et d’imaginer un univers…que personne ne jugera!

Nous avons été quelques-unes à avoir imaginé une situation autour de l’arc-en-ciel. Voici vos textes:


De Huguette (proposition d’écriture N° 110)

Dans « L’étrange destin de Wangrin », j’ai lu ton extraordinaire histoire et tu es devenu le personnage fictif que j’aurais bien voulu rencontrer. Tu as habité mon imaginaire durant de longues années et encore aujourd’hui, tu alimentes mes valeurs. Puis, un peu plus tard, il y a eu le Roi Lion, cette histoire d’enfant certes, mais dont les riches enseignements me parlent, me nourrissent. Elle m’a permis de comprendre qu’il ne faut pas avoir honte de son passé, de vie, de sa réalité. Voilà comment ma devise de vie est devenue : « Ne jamais se comparer, s’accepter comme on est et assumer ses choix ». C’est vrai que si j’avais un pouvoir surnaturel, ce serait de changer les choses, chaque fois que cela me chanterait. Hélas, ce n’est pas possible, donc, j’assume !
C’est ainsi que parfois mon entourage est fatigué de ma tendance à être franche, car c’est ma principale qualité. Elle ne m’apporte pas que du bonheur, ni même du calme. J’ai appris à mes dépends que la franchise tend à devenir un poison dans ma vie face à ce monde où le fait d’encenser tout le monde à vent et à contre vent permet d’être tranquille. Il vaut mieux mentir pour faire plaisir que de dire ce que l’on pense. J’ai ainsi fait de nombreuses formations en développement personnel pour savoir comment formuler mes avis et ainsi ne pas choquer. Mais, j’en rigole encore, car la nature revient souvent au galopJ. Mon impatience me pousse à vite m’énerver, donc j’ai un peu de mal à tourner autour du pot. Souvent, on me reproche cela. J’assume, car il faut se connaitre et s’accepter. Comme tu peux l’imaginer, vu que je suis franche, je déteste le mensonge. Evidement ! Voilà comment ma vie est une lutte folle entre mon attachement à la franchise et ma détestation du mensonge. On me rejette et je rejette. Quelle énergie je déploie pour trouver mon bonheur ! A force, la vie risque de devenir une navigation qui rame et tourne sur elle-même.
Voilà donc comment au bout d’un moment j’ai compris que si ce que je préfère c’est voyager, il me faut faire le deuil de tout contrôler et de penser que les gens sont obligés de faire comme je veux. J’ai appris que j’ai le pouvoir de me changer et d’évoluer, mais je ne peux pas changer les autres. J’aime voyager pour voir des choses et des personnes diverses et pour y arriver, je n’ai pas besoin de tout posséder. Si je visite l’Egypte et ses déserts, oui, c’est mon rêve, il me suffira de prendre l’essentiel, ce qui signifie ne pas s’attarder sur ce qui n’est pas utile à mes objectifs. Ce qui peut me sembler indispensable c’est une couverture, rouge de préférence. Me couvrir est plus important que tout. C’est comme lorsque je suis dans un lieu désert, il me suffira d’avoir une couverture, d’avoir de l’eau et une poudre pour éloigner les serpents. C’est ma manière de survivre. Bien sûr c’est toujours le cœur serré que je quitte Kanel chaque fois que je dois partir. J’aime beaucoup les chats, ils sont câlins et indépendants en même temps. Quand je pars, c’est souvent à ce moment que la pire idée, celle de disparaitre par la mort surgit. Je me dis qu’à ce moment-là que nous pouvons nous manquer pour toujours. Pour me consoler, je me noie dans l’art, car j’ai longtemps voulu être artiste. Mais comme je n’ai pas pu y arriver, je me contente de bien faire la cuisine, je fais l’art culinaire et je prépare mon plat préféré, les haricots à la sauce tomate et la viande de porc. 


De Catherine

Dans les étoiles ou dans les choux ?

Jusqu’ici, la représentation se passe bien, et je dois dire que je suis vraiment très satisfait de ma prestation. Je ne peux pas en dire autant de ma partenaire, une vraie gourde, qui a raté plusieurs arabesques et son dernier entrechat. Elle s’est arrangée pour que le public ne s’en aperçoive pas, mais moi, j’ai l’œil, et le bon ! Je sais à quel point elle s’est vautrée, comme d’habitude. Bien fait pour elle , et tant mieux pour moi : j’en sortirai encore plus grand aux yeux de mon public. Je vois d’ici les articles de presse : « Lui grandiose, elle, insipide et maladroite ! »
Quand je l’ai croisée tout à l’heure, au début de l’entracte, je ne me suis pas privé de lui faire remarquer sa nullité et lui faire comprendre le risque qu’elle faisait prendre à toute la troupe, soucieuse de notre succès, et plus particulièrement du mien. Elle s’est mise à pleurer et à trembler comme une feuille, comme à chaque fois. De toute façon, elle ne sait faire que ça, chialer à tout bout de champ. Mais moi, je n’en ai rien à foutre de ses états d’âme. Si elle était une si grande danseuse que ça, ça se saurait. Moi, je suis au firmament, et si on fait salle comble à chaque fois que je danse, ce n’est pas un hasard. Moi je brille, et elle restera toujours dans l’ombre.
Il faut que je me prépare pour le dernier tableau. Le chorégraphe a choisi de nous mettre en scène dans une lumière multicolore sur le fond de laquelle nos silhouettes se détacheront en noir, comme dans un théâtre d’ombre. Cela met en valeur ma grâce légendaire et ma technique irréprochable. Je croise les doigts pour que ma partenaire se donne à fond pour l’artiste que je suis. Ce soir, je vise l’apothéose, et je serai reconnu star parmi les stars !
Voilà la fin de l’entracte qui sonne. Je dois rentrer côté cour et elle, côté jardin, mais en décalage avec moi, quand la flûte traversière le lui signifiera. Je l’aperçois de l’autre côté de la scène, guettant mon entrée après les trois premières mesures de l’orchestre. Ça y est, je m’élance , je suis prêt à rayonner ! Je sillonne l’espace scénique de petits pas sautillé suivis d’une série d’entrechats, du saut de la biche, de la cabriole, puis pas chassés précédant le grand jeté, lui-même suivi par des pas de mazurka qui annoncent la flûte traversière.
Les notes légères s’égrènent et je continue à « mazurker » sans que l’autre ne daigne faire son entrée. Je fais durer ma balade sautillante, et dès que je le peux, je la cherche du regard côté jardin. Elle y est plantée là, un large sourire crispé aux lèvres, et quand nos regards se croisent, elle me fait un vigoureux bras d’honneur, et fait demi-tour dans les coulisses, me plantant là, silhouette noire sur fond étincelant des couleurs de l’arc-en-ciel, agité de pas disharmonieux qui ne suivent plus ni tempo ni mélodie, lamentable et ridicule pantin articulé qui tente de meubler l’espace de soubresauts maladroits. Quand le public , restant sur sa faim, en a assez de ce désolant spectacle, il manifeste son mécontentement et sa déception par des huées à mon encontre, alors que tout ça, c’est de la faute de l’autre conne.
Mais j’ai confiance en mon public ! Demain, la critique sera de mon côté et elle va prendre cher : «Le grand danseur étoile lâché en pleine représentation par sa partenaire ! » Ou alors : « Honteusement lâchée par sa partenaire, le grand danseur Vladimir Perrin a tout fait pour sauver le spectacle ! »
A moins que ce ne soit : « À travers son abandon sur scène hier soir, Sabrina Viard dénonce publiquement le harcèlement qu’elle subit depuis trop longtemps de la part du danseur étoile Vladimir Perrin ! » ou encore : « Vladimir Perrin, virtuose du harcèlement, fait craquer sa partenaire en pleine représentation ! ».

De Françoise V

Je vois sur cette affiche, de la couleur ! Des bleus, des verts, des jaunes, des rouges…. Et c’est bien moi qui vole dans tout cet univers insaisissable piqué de lumières astrales, au milieu d’une palette colorée remplie de joie, d’espérance, de confiance. Mais où vais-je donc en courant ainsi, moi qui ne peut plus courir depuis l’âge de 22 ans ?

Cet arrêt sur l’image pérennise un état qui a existé, qui a été vécu …. mais dans mon rêve ou plutôt celui que l’on m’a proposé.

Et c’est bien un rêve que j’ai vécu là. Un rêve dans les étoiles. Celles que j’ai tant regardées, accompagnée de la lune…. il y a …. de récentes années. Ce rêve m’avait été offert, et je l’avais accueilli par opportunité, par passion. Un rêve d’artiste !
Ce rêve tout éveillé m’avait emmené sur les chemins d’une amitié profonde, rêve qui me faisait croire que je pouvais changer de vie, et rencontrer l’amour, le soutien, la dualité, la complicité, la poésie, l’accord avec moi-même. Aller devant en lâchant prise, sans m’occuper qui je quittais, qui j’abandonnais. Mais était-ce bien raisonnable ? Bien sûr que non, puisque c’était un rêve, une idéologie irresponsable, impardonnable.

Ce rêve était un lâcher-prise, une désinhibition qui m’avait transportée dans un espace confortable où je retrouvais ma vraie personne, celle qui ne raisonnait plus, celle qui appréciait la vie en couleur, avec des émotions à partager, à faire vibrer. Ce rêve proposait une vie à savourer à travers les mots, les poèmes, la peinture. A ce moment-là, ma plume a couru sur ma feuille. Je me suis mise à écrire beaucoup, beaucoup. On ne reconnaissait plus celle qui intériorisait tout sans jamais parler, sans jamais exprimer ses maux avec ses mots. Mes amies s’étonnaient de me voir gaie, souriante, détendue, pleine d’entrain et d’initiative. J’avais rajeuni de dix ans.
Cette vie-là, à laquelle je croyais profondément et avec conviction était un rêve heureux. Et ce rêve m’a montré de quoi j’étais capable, jusqu’où je pouvais aller et je me suis étonnée moi-même, il m’a fait avancer dans la création, et la conviction de qui je suis.

Alors que la raison me cadrait, me limitait pour être en phase avec les autres, le lâcher prise, la libération des sentiments me portait au-delà de mes limites, et m’épanouissait. Mon cerveau était incroyable. Il avait des ressources inimaginables. Il était même capable de me redonner confiance, de montrer ma vraie valeur.
Cependant, tout rêve a une fin. La toile de couleur se déchira, les lumières s’éteignirent.

Quitter les étoiles était une autre affaire. Oublier les couleurs fut une douleur. Sortir du rêve fut une torture. La vie offrait ses aléas, ses évènements que je devais bien accepter pour continuer mon chemin, en courant ou non.

Ce qui est resté de ce rêve, ce qui est resté des prémices d’une vie épanouie fut une amitié indéfectible, qui m’aida toujours à m’accomplir.

Pour un problème, il existe une solution : la toile peut être reconstruite dans un autre tissage. Les lumières peuvent changer d’intensité. Et on peut marcher au lieu de courir. Tout cela n’est qu’une question d’adaptation, en sachant que la passion qui animait mon âme s’était éteinte.
« Puisqu’on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles »…. et savoir s’en satisfaire.

De Marie-Josée,

Au pays des couleurs

Baptiste est bien embêté. Amandine l’a invité pour son anniversaire et il n’a toujours pas trouvé le cadeau qu’elle lui a demandé d’apporter. Amandine a tout. Sa chambre ressemble à un magasin : s’y entasse pêle-mêle poupées, peluches, livres, jeux du plus grand au plus petit. Elle va souffler ses 6 bougies demain en compagnie de ses petits amis dont Baptiste, son « amoureux » depuis deux semaines.
Très fier de ce nouveau statut, il lui a donc demandé tout naturellement quel cadeau lui ferait plaisir et elle lui a répondu du tac au tac :
___ « Je veux que tu m’apportes un arc-en-ciel »
___ « Un arc-en-ciel ? Mais ça ne s’achète pas ! » lui dit-il interloqué.
___ « Débrouille-toi pour en trouver un. Je veux un arc-en-ciel, sans ce cadeau, inutile de venir à ma fête ».
Il était interloqué. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui parle de cette façon. Il bredouilla qu’il ferait de son mieux pour en trouver un. La date fatidique s’approchait et toujours pas d’arc-en-ciel. En trouver un s’avérait être mission impossible. Que faire ? A qui demander conseil ? A ses parents ? A ses copains ? Inutile, au mieux ils hausseraient les épaules, au pire ils se moqueraient de lui de vouloir réaliser le désir de cette « petite peste », comme sa grande sœur qualifiait Amandine. Moustache se frotta contre ses jambes quand il entra dans le couloir et l’accompagna jusqu’à sa chambre. Baptiste s’assit à son bureau et dit à voix haute:
« Où pourrais-je bien trouver un arc-en-ciel » soupira–t-il , en s’adressant à son chat :
___ « Tu as de la chance Moustache, ta copine ne te demande pas de lui apporter un cadeau impossible. »
___ « Bien sûr que si » répondit celui-ci. « Elle est comme toutes les demoiselles. La semaine dernière, elle m’a demandé de lui apporter une souris rose. »
___ « Une souris rose ? Comment tu as fait ? D’abord , depuis quand les chats parlent ? »
___ « Les chats parlent depuis toujours mais les humains ne les entendent pas. »
____ « Ah bon ! Moi je t’entends pourtant. »
____ « Tu m’entends parce que tu es petit, mais quand tu seras grand, toi aussi tu oublieras que je sais parler. »
____ « Jamais ! Je te promets. Mais, pour la souris rose, comment tu as fait ? »
____ « Fastoche ! Je suis allé au Pays des Couleurs. »
____ « Je ne savais pas qu’il y avait un pays des Couleurs. »
____ « Si tu veux, je t’emmène. Tu n’auras qu’à ramasser du sable coloré, le mettre dans la fiole magique et ce que tu veux se réalisera »
____ « Une fiole magique ? Je demande à voir. D’ailleurs il fait déjà nuit, on ira demain matin. »
____ « On peut seulement y aller de minuit à 5 heures, après le passage s’efface. »
____ « Tu me racontes ça pour faire ton intéressant. Personne ne peut faire un arc-en-ciel sauf le soleil et la pluie. Amandine est bête si elle croit que je peux lui apporter ce cadeau. Je n’irai pas à son anniversaire et elle n’aura qu’à choisir un autre amoureux. »
____ « C’est toi qui es bête, je voulais seulement t’aider. »

Vexé, Moustache sauta sur le lit, se mit en boule et s’adonna à son activité favorite : une bonne sieste. Baptiste l’entendit ronronner et se dit qu’il avait dû rêver : un chat qui parle, un Pays des Couleurs, une fiole magique, que des sornettes. Après le repas, il regarda un livre d’images et quand arriva l’heure d’aller se coucher, il prépara néanmoins son sac à dos, y mit des vêtements chauds, des gâteaux, des bonbons et du chocolat. Moustache le surveillait du coin de l’œil, s’étira, se dit qu’il n’était pas encore l’heure et se coucha sur ses pieds en disant :
____ « Alors, c’est d’accord pour cette nuit ? »
____ « C’est toi qui as raison » lui répondit-il. « Excuse-moi, je ne voulais pas te faire de peine. Je veux bien aller avec toi au Pays des Couleurs. »
____ « Bien, fais comme moi, dors un peu, je te réveillerai quand ce sera l’heure de partir. »

Baptiste s’endormit en serrant le sac à dos contre lui. Quand les douze coups de minuit sonnèrent, Moustache, s’étira, le réveilla d’un coup de patte, et munis d’une lampe de poche et du sac à dos, ils se glissèrent en dehors de la maison.
Ils traversèrent la rue, contournèrent l’église et s’introduisirent dans le jardin du presbytère. Moustache disparut derrière les buissons de rhododendrons, Baptiste se fraya un passage entre les branches, vit la queue du chat, s’y agrippa et tous les deux se retrouvèrent dans une grande clairière. Une brume laiteuse qui se dissipait dévoilait un chemin de pavés multicolores bordé par des arbres dont les branches ressemblaient à des bras. Moustache grimpa sur l’un deux et en quelques secondes il devint d’un blanc étincelant, se mit en mouvement et les guida vers une forêt dont tous les arbres étaient d’un noir d’encre, dépouillés de leurs feuilles. A l’entrée se trouvait une cabane gardée par un corbeau géant :
« Qui va là ? » croassa-t-il menaçant .
« Maître Corbeau, seulement un chat et son ami Baptiste à la recherche des couleurs de l’Arc-en-Ciel. Ils sollicitent la fiole magique et les clés pour accéder aux royaumes rouge, orange, jaune, vert, bleu et violet si vous daignez bien les leur donner » lui répondit l’arbre étincelant avec emphase.
« Que me donnent-ils en échange ? »
Baptiste ouvrit son sac à dos et montra le contenu à l’arbre étincelant. Il en fit un rapide inventaire et dit :
« Dommage, point de fromage. Maître Corbeau, en est très friand. Sans fromage, point de passage et il se retourna pour partir. »
« Qu’y a-t-il d’autre ? » demanda le corbeau en quête de nouvelles gourmandises.
« Du gâteau, du chocolat, des bonbons » risqua Baptiste
« Je me laisserai bien tenter par le gâteau, est-il au moins bien gros ? »
A ces mots, l’arbre revint et lui tendit un morceau de gâteau au chocolat en lui disant :
« Regardez si celui-ci peut vous convenir, il me semble être bien moelleux. »
Le corbeau le prit dans son bec et scruta les alentours, inquiet il dit :
« N’y a-t-il point de renard dans les parages pour me le voler ? »
« Que nenni, La Fontaine n’est pas à tous les virages, vous pouvez donner la clé et la fiole sans dommage. »
Rassuré, le corbeau leur remit les précieux objets et s’en retourna dans sa cabane pour se délecter de cette manne inattendue.
L’arbre étincelant se posta à côté de la cabane en recommandant à Baptiste et à Moustache d’être de retour pour rendre la clé avant que l’ombre n’atteigne son tronc. Dépassé ce délai, il ne serait plus étincelant et ne pourrait plus les guider pour quitter ce lieu. Ils seraient transformés en arbres couleur noir d’encre et deviendraient des sentinelles du corbeau comme tous ceux autour. On ne trompait pas le corbeau impunément.
Baptiste devint livide à ces mots, mais le chat le rassura :
« Ne t’inquiète pas, nous serons de retour avant l’heure. J’ai l’habitude, je viens souvent ici au cours de mes escapades nocturnes, parole de félin. Il ne reste plus qu’à suivre la flèche rouge pour accéder au premier royaume et prendre un peu de sable. »
Moustache avança fièrement sur le sentier tracé et au fur et à mesure de leur progression tout se teinta de rouge. Aux arbres, les feuilles devenaient rouges, des pommes écarlates faisaient plier les branches, des vignes folles chargées de raisins obstruaient le passage. Ils se frayèrent un chemin au milieu des ronces dont les mûres s’écrasaient sur les jambes de Baptiste. Son pantalon taché, ses bras écorchés lui donnaient une allure de guerrier qui aurait vaincu une armée d’ennemis quand un dragon surgit en crachant du feu. Moustache fit le dos rond, montra ses dents, prêt à attaquer tandis que Baptiste tétanisé regarda, horrifié, ce monstre s’avancer vers eux.
« De quel droit avez-vous pénétré mon territoire ? » dit le dragon en crachant de plus en plus de feu.
« C’est Maître Corbeau qui nous a donné la clé pour prendre du sable rouge » dit Baptiste en tremblant comme les feuilles rouges des arbres.
« Ah si c’est Maître Corbeau, alors vous êtes les bienvenus. Suivez-moi. »
Il se retourna et balaya le chemin avec sa longue queue jusqu’à une grande porte. Baptiste mit la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit sur un jardin magnifique avec des fleurs, des fruits au rouge vermeil carmin et écarlate. Baptiste ramassa un peu de sable, referma le flacon et ils traversèrent le territoire du dragon en courant jusqu’au sentier fléché en orange.
« C’était chaud ! » remarqua Moustache qui reprit un peu de prestance en s’engageant sur le chemin vers le royaume orange.
« Moustache, tu m’as berné. Je vois que tu ne connais pas grand-chose du Pays des Couleurs»
Honteux, Moustache, répliqua :
« Au fait, je n’étais qu’au royaume Rose, il n’y avait pas de dragon mais une jolie chatte qui me faisait les yeux doux. J’y retourne de temps en temps et comme ma copine ne m’a pas demandé de souris d’une autre couleur, je ne me suis pas aventuré dans les autres royaumes. »
Ils arrivèrent devant une grande porte orange. Baptiste mit la clé dans la serrure quand un immense potiron lui tapa dans le dos en disant :
« Que fais-tu ici, bonhomme ? »
« Je, je, je viens chercher du sable orange, c’est Maître Corbeau qui m’a donné la clé » bredouilla-t-il.
« Bon, alors tu peux entrer et emmener un peu de sable de l’allée principale , suis-moi. »

La porte s’ouvrit et à l’intérieur des centaines de potirons courraient dans tous les sens. Ils alimentaient d’oranges et d’abricots de grandes fontaines d’où coulait un jus qui semblait délicieux. Le grand potiron leur en proposa et ils acceptèrent volontiers car ils avaient très soif. Ils devinrent orange au fur et à mesure qu’ils en buvaient. Ils se regardèrent horrifiés mais le Grand Potiron les rassura en leur expliquant que la couleur disparaîtrait quand ils auraient quitté le royaume.
Rassurés, ils ramassèrent le sable et trouvèrent enfin la sortie après s’être perdus dans un dédale de carottes.
L’heure tournait, il fallait se dépêcher. Ils coururent le long des flèches jaunes et à leur grande surprise pas de porte. Des citronniers, des champs de tournesols à perte de vue et personne aux alentours. Ils ramassèrent du sable et quittèrent le royaume sans encombre.
Après un moment d‘hésitation ils trouvèrent les flèches vertes et une forêt vierge leur barra le passage. Ils n’osèrent pas y pénétrer, elle était sûrement peuplée de serpents et autres bestioles peu sympathiques. Baptiste ramassa un peu de sable au bord et Moustache ne put s’empêcher d’attraper une petite souris verte qui s’était aventurée en dehors et qu’il mit dans le sac à dos avec l’intention de la déguster quand ils seraient revenus de leur périple. Ils la contournèrent jusqu’aux flèches bleues. Une étendue d’eau les empêcha d’avancer. Impossible de la contourner et pas de trace de sable bleu. La seule solution était d’emprunter une des barques amarrées dans un petit port. Ils s’en approchèrent et Moustache sauta dans l’une d’elle quand une aigrette bleue les interpella :
« Qui vous a permis d’emprunter cette barque ? »
Confus, Baptiste répondit :
« Maître Corbeau, au royaume noir, nous a donné une clé. Nous sommes à la recherche de sable bleu et il n’y en a pas ici. Nous avons pensé qu’il y en aurait peut-être de l’autre côté. »
« Il y a une belle plage de sable bleu sur l’île au milieu du lac. Je peux vous y emmener si vous avez de quoi payer le droit de passage. »
Baptiste ouvrit son sac et lui proposa des bonbons et du chocolat qui bien entendu n’étaient pas à son goût à moins que la souris verte pourrait lui convenir. Après d’âpres négociations, elle accepta la souris verte et les emmena sur l’île. Il faisait chaud. Baptiste lava son pantalon taché, barbota parmi les grenouilles bleues tandis que Moustache se roula voluptueusement dans le sable chaud. D’ailleurs, il ferait bien une petite sieste mais hélas il n’en était pas question. Ils remercièrent chaleureusement l’aigrette quand ils sautèrent à terre sur l’autre rive et lui firent de grands signes d’adieu. En regardant la barque s’éloigner, Baptiste se rendit compte qu’il avait oublié de ramasser du sable bleu. Découragé, il s’assit par terre. Pas de sable bleu, inutile de continuer. Moustache sauta sur ses genoux pour le réconforter et en le caressant ses mains étaient remplies de sable bleu. Il aida Moustache à nettoyer son pelage et les précieux grains recueillis allèrent rejoindre ceux de la fiole.
Il ne restait plus que le sable violet à trouver. Après quelques pas, les flèches apparurent et les guidèrent jusqu’au royaume violet. Il était entouré d’un immense mur de lilas, de glycines, de pruniers et aucune porte ne semblait y donner accès. La queue de Moustache se mit à frétiller :
« Chouette, il faut grimper aux arbres pour entrer. »
« Tu n’y penses pas. On va encore se faire attaquer si on y pénètre sans autorisation. »
Un cri fendit l’air et un perroquet violet vint se poser sur l’épaule de Baptiste.
« Que faites-vous ici ? » demanda-t-il d’une voix nasillarde.
« Nous venons chercher quelques grains de sable violet pour faire un arc-en-ciel. C’est Maître Corbeau qui nous a donné une clé mais il n’y a pas de porte ici. »
« Bien vu. Ici, il faut savoir voler ou grimper pour entrer et interdit de chasser les oiseaux et les papillons » dit-il à l’encontre de Moustache.
« Promis, je n’y toucherai pas. Je ne les regarderai même pas. »
Le perroquet poussa un grand cri et un aigle immense aux ailes chatoyantes qui reflétaient toutes les nuances de violet de la plus claire à la plus sombre, atterrit à côté d’eux. Ils prirent place sur son dos et en quelques secondes il les déposa de l’autre côté du mur. Ils se retrouvèrent au milieu d’un beau jardin avec des bosquets, des bâtiments de fleurs, des oiseaux et des papillons qui virevoltaient autour d’eux, au grand désespoir de Moustache, qui avait promis de ne même pas lever une patte. Ils trouvèrent du sable sur le parvis d’une cathédrale d’anémones, d’ancolies, de bougainvilliers, d’asters, de crocus et de tant d’autres dont ils ne connaissaient pas le nom. La lumière déclinait doucement et Baptiste fut pris de panique :
« Moustache, il va bientôt faire nuit, nous ne serons jamais à l’heure au Royaume Noir et nous serons transformés en sentinelles de Maître Corbeau. »
« Ne t’en fais pas, on n’a qu’à demander à l’aigle immense de nous y emmener. »
« Il ne voudra jamais, on n’a rien à lui offrir en récompense. »
« Il ne voudra peut-être pas de récompense, le Royaume Violet, n’est peut-être pas comme celui des humains. On peut toujours essayer. Laisse-moi faire. »
Moustache alla vers l’aigle et lui murmura quelque chose à l’oreille. Il fit signe à Baptiste de venir et ils s’envolèrent tous les trois vers le Royaume Noir.
Le dernier rayon de soleil éclaira l’arbre étincelant quand ils arrivèrent à destination. L’aigle les déposa au pied de leur guide et celui-ci les accompagna jusqu’à la sortie du Pays des Couleurs. Le Passage secret s’effaça derrière eux quand ils eurent traversé le jardin du presbytère. Il faisait encore nuit noire quand, éreinté, Baptiste se glissa entre les draps de son lit et que Moustache se coucha sur ses pieds.
Le lendemain, une pluie battante le réveilla. C’était le jour de l’anniversaire d’Amandine. Baptiste sauta de son lit, fouilla son sac à dos mais n’y trouva que du gâteau, des bonbons et du chocolat. La fiole magique avec le sable des couleurs de l’arc-en-ciel avait disparu. Etait-elle tombée du sac dans la précipitation du retour ? L’avait-on volée ? Questions sans réponse , en tout cas, Moustache ronronnait comme à son habitude et n’avait pas l’air de vouloir ouvrir les yeux.
Que faire ? Il se résigna à prendre des sucettes et des bonbons multicolores, de faire un dessin représentant les Royaumes des Couleurs reliés par un arc-en-ciel et de les y emballer en guise de cadeau.
A deux-heures, il sonna à la porte d’Amandine. Celle-ci lui ouvrit, le visage en feu, tellement elle était excitée à déballer les cadeaux.
« Viens voir, les cadeaux que j’ai reçus ! » lui dit-elle en l’entraînant à l’intérieur. Il lui souhaita un Joyeux Anniversaire en lui donnant le sien. Elle déchira le dessin et distribua les sucettes et les bonbons aux petits convives qui les dévorèrent aussitôt et retourna jouer avec ses copines.
Déçu, Baptiste ramassa les morceaux, elle avait oublié qu’elle lui avait demandé un arc-en-ciel et elle n’en avait rien à faire de son dessin. Voyant sa déception, Emilie, la petite sœur d’Amandine, s’approcha de lui et le consola :
« Ne t’en fais pas, je collerai les morceaux sur du carton et on en fera un puzzle. »
« Elle voulait un arc-en-ciel, mais je n’en ai pas trouvé et la fiole magique avec toutes les couleurs a disparu alors j’ai fait un dessin mais mon cadeau ne lui plaît pas. »
« Moi, j’aime ton cadeau. Quand il sera recollé, on appellera le puzzle : Arc-en-ciel et on y jouera chaque fois qu’il pleut, même si ma couleur préférée est le rose. »
« Moi, je préfère le bleu », répondit Baptiste, « mais si le rose est ta couleur préférée, Moustache peut t’emmener au Royaume Rose avec sa copine Lizzy, elle aussi aime le rose. »
« Je veux bien, il est où ce Royaume ? »
Baptiste lui raconta son périple et quand Amandine et Emilie le raccompagnèrent à la fin du goûter, le soleil éclairait un immense arc-en-ciel qui se dissipait peu à peu.

De Lucette

Ce n’est pas un arc-en-ciel, bien que toutes les couleurs y soient. Alors que vois-je à travers tous ces volutes féeriques suivant la vision que l’on en a ?
Déjà, cette silhouette noire qui semble en apesanteur, ce n’est pas Thomas Pesquet hors de sa capsule, sinon les journalistes en aurait fait un vrai buzz…
Alors, d’après les récits que j’ai déjà entendus, j’imagine une personne dans un coma, à la suite d’un trauma important, ou un A.V.C. ou tout autre chose de grave.
Beaucoup de tous ceux qui ont retrouvé la vraie lumière ont décrit avec beaucoup de précision qu’ils se sentaient légers, heureux de planer en se sentir partir. Ils ne ressentaient aucun stress, ils parlaient à leurs proches, bref, ils étaient tellement bien qu’ils ne voulaient pas revenir parmi les vivants.
Ma mère a été dans cette situation en fin de vie, elle nous a relaté toutes les belles couleurs qui l’entouraient.
Voici son récit.
« J’ai traversé des nuages, roses, bleus, verts, vu des étoiles dorées de toutes les grosseurs, j’ai même pénétré dans un nuage tout blanc, qui dès mon arrivée s’est dispersé en multitude de cristaux plus brillants les uns que les autres. Et sans comprendre pourquoi, ces cristaux de sont transformés en neige. J’avais froid, malgré mes tremblements, je voulais aller jusqu’au bout de mon périple. Enfin découvrir ce mystère qui m’a toujours intriguée. Que se passe-t-il là-haut » ? Mais cet homme en noir, que va-t-il annoncer ? Avec sa voix d’outre-tombe, il m’interpelle, « Que viens-tu faire ici » ? Hésitante, je ne sais quoi lui répondre, je m’entends lui répondre timidement, « Je n’ai rien demandé, je suis propulsée sans pouvoir arrêter. Je me demande où va s’arrêter ce beau voyage, qui illumine ma vie. D’ailleurs, suis-je toujours en vie ? J’ai vu tellement de choses insensées, inimaginables, impensables, que je ne sais plus quoi penser de cette vie terrestre. Revoir mes aïeux, des êtres chers avec qui je suis en paix maintenant puisqu’on a réussi à dialoguer. Dans la vraie vie, ce n’était pas possible, mais là, tout est limpide, transparent. Plus de haine, de jalousie, je ne reçois que de l’amour, et j’en offre aussi au maximum de mes possibilités »
Il me dit « Viens donc voir chez moi ». Curieuse, je le suis sans conviction, tout en écoutant ma petite voix, qui me dit d’être méfiante, il ne m’inspire pas. Au fur et à mesure qu’il me traîne, car je refuse son hospitalité, j’entends des murmures, des blouses blanches, des hommes qui parlent de coma, j’entends aussi des pleurs.
Mais où suis-je ? Un ton grave me dit en me secouant « Réveillez-vous, votre famille vous attend, vos enfants vous réclament » …
J’ouvre un œil, mes paupières sont très lourdes, je distingue dans le flou un remue-ménage qui s’affaire autour de moi, je ne suis pas encore totalement réveillée, mais je me rappelle de ce magnifique voyage en pensant « Mon Dieu, si c’est ça aller au ciel, alors je suis prête à repartir »
Je suis rentrée chez moi, dès qu’une amélioration s’est fait ressentir. On m’a expliqué que à la suite d’un A.V.C très grave, on m’a endormie pour ne pas souffrir.
Epilogue de ce récit : Dans ce texte, j’ai beaucoup brodé pour enjoliver le voyage de ma mère, mais ce qui est vrai, c’est qu’elle l’a vécu. Elle s’est vue dans un grand tunnel, des couleurs magnifiques l’entouraient, elle était aspirée, sans vouloir revenir …
Ça m’a surtout permis de refaire un bout de chemin avec elle, en la faisant revivre, en lui faisant dire des paroles que peut-être elle aurait aimé me dire ? J’ai revu son visage, j’ai entendu sa voix, je lui ai parlé, et ça, ça n’a pas de prix…

De Laurence D

Un saut dans l’espace, marcher, lumière, soleil, étoiles, nuit, jour, avancer, sauter dans le vide.
Voilà ce que m’évoque cette illustration. C’est maigre. Décidément, je reste sèche et dubitative devant ce type d’image. C’est vrai que je ne lis pas de science-fiction, ni de fantasy. Je n’accroche décidemment pas à ce genre de littérature. Je ne me vois pas écrire sur des petits hommes de la couleur que l’on veut, échappés de leurs planètes, voyageant dans des engins intergalactiques, sillonnant l’espace intersidéral à la recherche de nouvelles contrées à coloniser.
« Allez, petit homme lumineux qu’as-tu à me raconter ? Pourquoi cette allure ? Tu sembles te lancer un défi, avec ta main ouverte devant toi ? Visiblement tu as appuyé sur tous les interrupteurs de l’univers car te voilà entouré de bien des lumières ! Viserais-tu le paradis ? Non ?! Pas encore ?! Alors ?! Un amour fou t’envahit et tu as eu envie de le crier à tous les mondes connus et inconnus ? Quelle nouvelle as-tu à transmettre ? Qu’ici-bas les hommes ont retrouvé leur lucidité et cessent leurs combats stériles et destructeurs ? Pardonne-moi, si c’est ton message, tu es un grand idéaliste et je ne te crois pas.
Ah non ?! Tu préfères marcher vers un avenir loin de tout le cirque des humains ? Quelle est donc cette ardeur qui te porte ? » t’ai-je demandé petit bonhomme en te voyant si plein d’énergie.
« Tu sens que tu as les moyens de changer le cours de ta vie ? Tu connais ce que je pense de cette question. Evidemment que tu le peux, tu es le seul d’ailleurs à pouvoir le faire : choisir quelle direction tu veux prendre. Ce n’est jamais simple de le faire, je te l’accorde mais ce n’est que de cette façon que tu avanceras. A ce propos, l’autre jour il m’est arrivé une drôle de mésaventure qui aurait pu mal se finir, la personne qui roulait devant moi a pilé en plein milieu d’un carrefour giratoire. C’était moins une que nos véhicules ne se télescopent. Visiblement, elle a dû se demander au dernier moment où elle devait aller et quelle était la route à suivre sans se soucier le moins du monde des autres. Un manque de réflexion qui a failli causer un accident…Alors, si tu le peux, anticipe, cela te permettra de partir dans les meilleures conditions possibles. Allez, je m’égare, je te laisse à ton chemin. »
Bon, je n’avais pas grand-chose à en dire de cette image et pourtant…

De Laurence S  

« Laurence, reviens sur ton tapis, la séance est finie ! » dit Natacha de sa voix douce habituelle.
« Comment ça ‘finie’ ? J’étais si bien… » répondis-je d’une voix lointaine. Au début de ce cours hebdomadaire de yoga, ma professeure Natacha nous a fait installer dans la position du lotus pour une méditation de 20 minutes. Sa voix douce me fait souvent décrocher lorsque nous commençons un balayage corporel par la visualisation. Mais, pour cette séance, elle nous a demandé de nous imaginer dans un endroit verdoyant, si possible l’été, dans le cadre de notre choix, avec des gens qu’on aime bien ou seule.
Alors, mon cerveau a complètement décroché et je suis partie dans mes délires yogiques. Je me suis vue en train de danser dans le ciel bleu, heureuse et légère. Je ne me sentais plus vivante, mais au-dessus de tous les tracas et vicissitudes de la vie quotidienne. Je me sentais flotter, je me sentais bien, si bien, que mon esprit entendait à peine les explications de la professeure.
Elle nous expliquait, toujours aussi doucement, la symbolique des chakras, en association avec la couleur qui représente chacun d’entre eux. Je tentai de me reconcentrer un peu et j’avais déjà raté les deux premières explications sur les chakras :

« Le jaune rappelle le soleil ; il représente l’énergie, l’intelligence, la créativité, le dynamisme et la puissance. Le 3eme chakra est le chakra du plexus solaire représenté par cette couleur. Il est bien sûr le centre des énergies et vous sensibilise à votre entourage… ».

Il existe 7 chakras dans la tradition du yoga, mais je n’entendis rien d’autre que le 3e. Je suis partie, ailleurs, bien loin. En fait, je me trouvais dans (ou sur ??) un arc-en-ciel. J’étais seule : personne ne m’avait suivie, et je n’apercevais aucun avion. Je devenais couleur. Tout le spectre de couleurs de cet arc-en-ciel s’offrait à moi, qui s’étendait du rouge au violet. Je n’étais aucunement mouillée par les gouttelettes qui composaient cette étrangeté de la nature. Le soleil me réchauffait, c’était l’été éternel. Je me situai au milieu de la boucle de cet arc-en-ciel. Serait-ce que j’allais apercevoir Dieu ? Représentait-il un pont vers le Paradis ? Allais-je découvrir un trésor comme dans les anciennes croyances ? Un chaudron d’or pouvait être laissé là par hasard par un leprechaun issu du folklore irlandais? Ou un serpent géant, selon la mythologie africaine ? Etais-je encore en vie ou en route vers un autre ailleurs ?
Je n’étais plus qu’un rayon de lumière, je m’estimais chanceuse de vivre cela…quel bonheur infini !

« Laurence, tout va bien ? s’enquit Natacha.
« J’ai du mal à revenir sur Terre, tu ne peux pas imaginer ce que j’ai vécu pendant cette séance de méditation », commençai-je à répondre à ma professeure, en haletant quelque peu, le corps tremblant.

Tant qu’on n’a pas vécu une telle expérience, elle est tout simplement indescriptible !

De Marie-Laure

Le drapeau de la paix


Attablée à une terrasse, devant son petit noir du matin, Thérèse observait avec attention son marque page. Depuis quelque temps, ce flyer flirtait avec les pages de son roman du moment, « Le labyrinthe des esprits » de Carlos Ruiz Zafon. Trop absorbée par sa lecture, elle n’avait vu dans ce morceau de papier que son aspect fonctionnel. Et pourtant …
Comment ne pas être attirée par le pas décidé de cette silhouette ? Comment ne pas laisser aller son imagination face à une telle explosion de couleurs ? On dirait qu’on a sous nos yeux un fondu enchaîné du drapeau de la paix, sous une kyrielle de flocons scintillants.
C’est alors qu’elle sortit de son sac à main son petit carnet de moleskine, témoin de quelques croquis, quelques haïkus, fidèle compagnon lorsqu’une envie d’ écrire surgissait.
Hé oui, voilà, c’est bien ça, le drapeau de la paix s’étale sous mes yeux, se dit Thérèse. Et pourquoi aujourd’hui ? Y aurait – il ici un signe, une synchronicité ? Et cette silhouette qui semble à la fois décidée et guillerette, est-ce un homme, une femme ? Est-ce tout simplement l’humain, dans son opposition aux Dieux ?
Et si c’était moi, nimbée dans ces couleurs de l’arc en ciel, marchant vers mon destin ? Car, oui, l’arc en ciel tient lieu de message : « vous êtes au bon endroit, au bon moment ». Thérèse avait l’habitude de s’arrêter dès qu’un arc en ciel faisait son apparition, c’était comme si quelqu’un lui susurrait « ressourcez-vous, contemplez la variété de mes couleurs et ma lumière, vous êtes sur le bon chemin ». Pour elle, c’était toujours un heureux présage.

Le drapeau avec l’arc en ciel, était connu de par le monde comme symbole de paix et il avait refait surface avec force et conviction sur son balcon, lors de la guerre contre l’ Irak. C’était aussi un symbole de la tolérance et de la diversité, emblème de la gay – pride.
Toutefois aujourd’hui, à contempler ces couleurs, Thérèse se remémore le drapeau de Cuzco et son voyage au Pérou. Elle avait assisté à la grande fête qui célébrait la fertilité de la terre. Tous les villages défilaient et convergeaient vers la place centrale de Cuzco dans une explosion de couleurs et de rythmes. Les danses transcendaient le lien à la nature et à la Pachamama. Thérèse avait dégainé son appareil photo, mais submergée, elle n’avait pris que quelques clichés, trop happée par l’ambiance si particulière. Là devant ses yeux, dans son cœur, il s’était passé quelque chose.
Elle en avait perdu la notion du temps et par là même aussi ses amies qui avaient continué leur visite. Le cœur battant, prise de panique, elle avait posé le problème : une foule énorme, seule, ne sachant vers où étaient parties ses amies, que faire ? Ne pas s’affoler. Courir dans tous les sens ne servirait à rien. Rester sur les lieux, trouver un petit promontoire d’où elle serait plus facilement repérée et attendre. La voici bien installée sur le parvis de l’église, point stratégique car c’est là que le groupe s’est séparé. Il se trouve que d’où elle est, elle a un point de vue génial. L’occasion de faire de belles photos. Derrière l’objectif la panique cède vite. Essayer de saisir la ferveur de cette fête, capter les couleurs des costumes, il n’ y a pas eu de temps mort, le ravissement a emporté la panique initiale.
De loin, elle entend son prénom, ses amies sont autour d’elle, elle se fait un peu sermonner car elles ont eu du stress. Petit conciliabule, quelques explications de part et d’autre, puis le groupe se dirige vers un restaurant. C’est du cochon d’Inde qui est au menu ! Une sacrée journée et de grands souvenirs à partager.
Aujourd’hui elle connaît par cœur la symbolique des couleurs : rouge c’est la vie, le cœur qui bat ; orange comme la guérison, jaune comme la lumière du soleil, vert comme mère nature, bleu comme la sérénité, violet comme l’esprit. Là devant son petit café, elle se sent comme entourée par toutes ces couleurs, ça lui parle. Cette silhouette lui évoque comme un regain de motivation, un encouragement à aller de l’avant. Elle range soigneusement son petit carnet où elle a consigné ce souvenir et ses émotions actualisées. Sa journée sera belle !

Poème de Radmila Popovici, « Au diable les anges gardiens élus », proposé par Françoise T (hors proposition d’écriture)

il y a tant de tristesse
autour de nous
qu’on a honte
de se réjouir

on a honte de rire
d’être serein
on a très honte
de montrer le visage

il y a tellement de tristesse
que le soleil semble désaxé
dans son éclat
et le ciel fou de pâleur

il ressemble à un rideau
derrière lequel s’écrivent
les plus sombres
scénarios

ce serait bien
que les feuilles tombent
toutes d’un coup
et que le roi reste nu

que le décor ne nous embrouille plus
que les sirènes des ambulances
hurlent comme bon leur semble
qu’on sache à quoi nous en tenir

qu’on renvoie noël aux calendes grecques
qu’on annule toutes les fêtes
devenues depuis des lustres
des excuses faciles pour le bonheur

ce serait bien de ne plus se faire avoir
avec des mythes et des immortelles
de renoncer aux rêves et d’être réalistes
jusqu’à la perte de la réalité

de ne plus chanter ou jouer au théâtre
de ne plus écrire des poésies
de ne plus peindre
de ne plus aimer

de se dédire
de ce que nous sommes
au nom d’un futur
pris en flagrant délit

il y a tellement de tristesse
autour de nous
que la mort souhaite
vivement

Pensez aussi à envoyer vos textes de la proposition d’écriture N° 112, à l’adresse mail suivante avant le vendredi soir:

https://contact@laurencesmits.com

A la semaine prochaine! J’ai hâte de lire vos créations!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE

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Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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