Cela faisait bien longtemps que je n’ai pas envoyé de newsletter avec vos histoires. c’est avec un grand plaisir que l’atelier d’écriture de LA PLUME DE LAURENCE reprend en ce début d’année.

Pour cette proposition d’écriture N° 118, nous accueillons de nouveaux auteurs et de nouvelles autrices, que nous félicitons pour avoir osé franchir le pas d’être publiés. 

Le défi proposé vous a enchanté et certains personnages ont pris de sacrées résolutions.

Je vous souhaite une belle lecture. 

Voici vos textes:

De Jean-Noël

Douze mois qui s’annoncent : quels projets, quelles décisions, quelles priorités pour moi ?
Voilà bien deux heures que je suis dans le grenier de mes parents à fouiner un peu partout, à ouvrir tous les cartons, à feuilleter tous les cahiers épars sur la grande étagère, quand je tombe soudain sur un vieux cahier de l’École Publique tout rose, avec la semeuse en page de couverture et l’inscription République Française tout en haut ; il y est écrit “mes enfants”, c’est un de ces calepins à gros carreaux, relié au fil, il est jauni, bien sûr, la poussière et le temps ont fait leur œuvre. Ah, nous en avons rempli, à profusion, quand nous étions à l’école, mes frères et sœurs et moi. Je le prends délicatement dans mes mains en m’installant, assis par terre, contre la vieille commode de ma grand- mère.
Le cœur battant, j’ouvre la première page et la belle écriture calligraphiée de ma mère apparaît, une puissante vague d’émotion me submerge alors : j’ai compris que c’est le journal de maman : elle y notait tous les moments, grands et petits, de ses enfants.
Je reste quelques minutes sans bouger puis je referme le cahier. Je me lance le défi de noter sur une feuille de papier tous mes souvenirs d’enfance, histoire de voir si je n’ai rien oublié et si les notes de notre mère correspondent à ce que j’ai retenu de mon enfance…
Un bref instant, je me fais la réflexion que c’est certainement stupide, puis après un haussement d’épaule, je me décide.
Mon stylo glisse sur la feuille blanche qui perd rapidement de sa virginité, je remonte le temps sans effort, tout revient du fond de ma mémoire, naturellement, comme si c’était la semaine passée ! Cela m’amuse et, au fur et à mesure des pages que je noircis, j’y prends un plaisir grandissant.
Cela faisait longtemps que je me demandais si j’aurais cette capacité à remonter cette horloge de ma jeunesse et jusqu’à quand…
Plus j’écris, plus les choses se précisent, plus mes souvenirs deviennent nets ; la facilité avec laquelle je parviens à mettre en place le puzzle de ma jeune existence m’étourdit et cette réminiscence me stimule encore davantage. Je ne m’arrête plus, je suis pris dans une chronique sans fin, où tout s’accélère, je tombe dans un tourbillon vertigineux, mes mains sont moites et mon cœur s’emballe !
J’avais deux ans quand j’ai attrapé les oreillons, je vois encore mon lit de bambin tout blanc ceint de lattes de bois et monté sur des roulettes. J’entends le léger grincement des roues qui me berce… puis plus rien, je suis parvenu à l’aube de mon existence, celle dont je me souviens, du moins.
Je relis les pages que je viens d’écrire, il me faut maintenant vérifier si je n’ai rien omis !
Posant mes feuilles par terre à côté de moi, je reprends le cahier de maman et me plonge dans les feuilles jaunies pour lire ce journal de famille.
Tout y est ! Oh, il y a bien une ou deux anecdotes qui m’ont échappé, bien sûr, mais… oui, j’ai relevé mon défi avec succès ! J’ai réussi à remonter dans le temps jusqu’à mes deux ans !
Le soir, quand je fais part de mon expérience à ma femme, elle a cette réflexion : “faire remonter ses souvenirs jusqu’à ses deux ans, c’est extrêmement rare, en principe on ne va pas en deçà des trois ans. Ton enfance a dû être heureuse et sereine pour arriver à te rappeler de choses survenues quand tu avais à peine deux ans.
Avoir pu revivre tout un pan de ma vie d’enfant fait maintenant de moi un autre homme, une certitude s’insinue en moi, qui me donne cette force intérieure : rien ne s’est effacé, je peux regarder ma vie telle que je l’ai vécue sans réticence ni tabou. Cette vie m’appartient, elle est moi.
Ma mère nous avait donné tout son amour et sa force pour faire de nous de belles personnes, elle n’avait pas failli à sa mission. Et, désormais, nous avons le témoin dans nos mains, il ne nous reste plus qu’à pérenniser cela. Moi aussi, Je vais tenir le journal de bord de ma famille et je le transmettrai plus tard à mes enfants et petits-enfants, ma vie ne s’arrêtera pas quand je serai parti…

D’Estelle

Gaëtan n’avait jamais pris de bonnes résolutions au Nouvel An, jamais. Il avait même plutôt tendance à se moquer de ceux qui le faisaient et surtout, de ceux qui rataient. Arrêter de fumer, se mettre au régime, reprendre le sport… Il n’est pas besoin d’attendre une nouvelle année pour mettre ses projets sur pieds, seules la motivation et la volonté importent.
Pourtant, en 2022, tout avait changé pour lui. Il avait pris une bonne résolution, il s’était lancé un défi. Il était désormais prêt pour le challenge de sa vie. Dans le silence, dans le secret, loin du regard des autres qui auraient été les premiers à juger sa réussite ou sa défaite.
Cette année, Gaëtan avait décidé d’aller mieux. D’aller bien, tout simplement. Après tant d’années d’errance, de solitude, de déceptions, de perditions et d’autres mauvaises surprises de la vie, il avait enfin dit stop ! Le malheur, bien que réconfortant à sa façon, n’était plus un compagnon qu’il avait envie de côtoyer. Il voulait goûter au bonheur, au bonheur des choses simples : un café, un rayon de soleil, un rire, une journée shopping… Il voulait retrouver le sourire et la joie de vivre qu’il avait perdus depuis si longtemps. Il désirait surtout, plus que tout, avoir la maitrise de ce petit vélo mental hyperactif qui ne cessait de l’agiter par de nombreuses questions, d’innombrables doutes et de profondes remises en cause. Il voulait vivre, merde !
Gaëtan, reconnu pour son esprit et son courage, s’était lancé dans ce projet avec de l’appréhension, certes, mais avec une grande détermination et une grande force. Il était aussi énergique que le vent qui souffle en tempête. Il était prêt à affronter tous les obstacles et à se battre pour obtenir ce qu’il voulait. Rien ni personne n’aurait pu l’arrêter. C’était un guerrier.
Il avait d’abord tâtonné, ne sachant pas dans quelle direction aller. Il avait ensuite connu une période confuse, ne sachant pas ce qu’il voulait réellement. Et il était entré en conflit avec lui-même, ne sachant pas qui il était véritablement. C’était difficile, inconfortable, pénible mais jamais l’abandon ne lui avait effleuré l’esprit. Il avait continué à se concentrer sur ses objectifs et il avait ainsi poursuivi sa quête au plus profond de lui-même. Il avait appris à se regarder avec honnêteté, à apprécier ses réussites, à observer avec tendresse ses échecs. Il avait gagné une assurance incroyable. Il n’en avait pas encore tout à fait conscience, il ne voyait pas encore que le charme opérait sur son entourage. Mais il n’en avait que faire : il venait de réaliser qu’il s’aimait. Il avait découvert l’estime de lui-même et c’était bien supérieur à n’importe quel compliment qu’il aurait pu recevoir d’une personne extérieure.
Gaëtan effleurait, à ce moment-là, du bout des doigts, la liberté. La liberté d’être lui-même pleinement et entièrement. Il y trouvait même un sentiment de puissance qui le rendait capable de réaliser tous ses rêves. Très lucide, il savait que son chemin ne serait pas un long fleuve tranquille mais il avait la confiance et les capacités pour aller au bout de tout ce qu’il entreprendrait.

De Michel (hors proposition d’écriture)


Les 10 mots à placer : Tire-bouchon, polystyrène, monde, jardinier, train, carquois, charbon, jaune, plénière, et impatience

Couleurs en stock

La grande salle du château se remplissait lentement. De nombreuses chaises demeuraient libres encore. Sur une estrade, assis sur son trône, un homme de petite taille observait l’assemblée. L’impatience se lisait sur son visage. Il sortit une montre à gousset de son gilet, consulta l’heure, la remit dans sa poche en maugréant puis s’adressa au jardinier qui se tenait immobile à l’entrée :
– Ne vous avais-je pas dit d’alimenter suffisamment le poêle en charbon ?
– Oui Sire. J’attendais que le dernier participant soit arrivé.
– Cela aurait dû être fait auparavant, nous en reparlerons plus tard !

Le dernier héritier du château était connu pour son caractère ombrageux qui le poussait souvent à des actes de grande cruauté. Son père, le roi de Coeur, fut attristé à la naissance du premier de ses fils aussi difforme et disgracieux que le benjamin, le valet de Trèfle, rayonnait d’une beauté resplendissante. Depuis longtemps, sans doute à cause de son teint cireux, l’aîné fut affublé du surnom de « nain jaune » chuchoté avec la plus grande
discrétion possible.
Tout le royaume s’inquiétait pour l’avenir lorsque le roi viendrait à disparaître. Certains conseillers avaient envisagé de faire empoisonner le nabot. Malheureusement, le roi trouva la mort lors d’une mauvaise chute de cheval au cours d’une chasse à courre avant que cela ne puisse se réaliser. Sa mère, la Dame de pique, la mort dans l’âme, fut dans l’obligation d’asseoir sur le trône celui qui, par le droit d’aînesse, devait être intronisé.
Dès la cérémonie, toutes les craintes du peuple réuni à cette occasion furent confirmées quand le nouveau roi fit son discours d’investiture. Sa première décision fut de faire arrêter son frère cadet qu’il accusa de comploter contre lui puis il décida de doubler les impôts. Le fantasque Président de la Présipauté du Groland sut le convaincre de jumeler leurs capitales respectives par le biais de sa passion de l’hélixophilie en lui offrant régulièrement des tire-bouchons en provenance du monde entier. Le nouveau roi s’allia ensuite avec le duché de
Franquinie par l’intermédiaire d’un homme d’affaire sans scrupules, Mr De Mesmaeker, qui lui fit miroiter des profits mirobolants en investissant dans une entreprise de fabrication de polystyrène.
Que cela se fasse dans une province étrangère, qui de plus ne figurait sur aucune carte, ne l’inquiéta pas du tout ; sa cruauté n’avait d’égale que sa naïveté et son incompétence dans les affaires. Le peuple se désespérait de se voir ainsi dépouillé de gains si durement gagnés.
Pour sa sécurité personnelle, ce roi sans pitié engagea, pour diriger sa garde rapprochée, un mercenaire connu pour sa férocité, le colonel Moutarde. Il se débarrassa par la même occasion des deux capitaines de son père, les frères Carreau pour les envoyer dans les mines de fer. Chargés depuis de la conduite du train collecteur du minerai, les deux officiers savaient combien l’espérance de vie à ce poste pourrait être de courte durée.
Un léger sourire se dessina sur le visage du roi quand il vit arriver la dernière personne attendue, Madame Pervenche, sa favorite mais surtout sa meilleure espionne. Elle murmura à l’oreille du despote avant d’occuper la chaise restée libre au premier rang.
La voix de fausset du nain retentit alors :
– Silence ! La séance plénière de ce jour va commencer.

Le brouhaha ambiant cessa subitement. Le jardinier choisit cet instant pour sortir discrètement de la salle. Ce qui suivit ne surprit même pas l’assistance. Comme les fois précédentes, le budget du royaume était déficitaire, les investissements en cours tardaient à procurer des bénéfices. Informé par son espionne qui lui confirma que sa mère complotait contre le pouvoir en place, celle-ci se vit condamnée à se retirer dans un couvent. Au
moment précis de cette annonce, alors que toute la salle commençait à manifester son mécontentement, les deux frères Carreau pénétrèrent dans la salle en criant : « A bas le tyran !»
Toute la salle comme un seul homme scanda à tue-tête « A bas le tyran ! » sans discontinuer. La garde débordée ne put voir le valet de Trèfle qui venait de franchir la porte d’entrée. Il sortit une flèche de son carquois, banda son arc et cloua son frère sur le trône, le tuant sur le coup.

De Michel (hors proposition d’écriture)

Coup de foudre

Avec les deux hommes, arrivent le bruit et la poussière faisant fuir en un instant l’écureuil qui paisiblement s’était installé dans le haut de ma frondaison. Les cris des corbeaux d’ordinaire si bruyants se fondirent dans le tintamarre qui maintenant envahissait notre havre de paix. Telles furent les premières sensations de cette journée qui à jamais resteront gravées en moi.
Il faisait beau ce matin-là. Le ciel, pourtant d’un bleu éclatant, me parut soudainement plus menaçant encore que le dernier orage qui avait dévasté mon vieux compagnon. Touché par la foudre à la fin de l’été dernier, il aurait peut-être chuté au sol s’il n’avait pu s’adosser contre moi. Il devait maintenant être très difficile de différencier nos branches respectives étroitement entrelacées. Au début, cette situation me parut inconfortable même si, contrairement à lui, je n’avais que très peu souffert de cet orage. Oh, bien sûr, j’avais bien quelques petites branches abîmées mais mon tronc lui n’avait en rien souffert. Le sien, par contre, avait été fendu sur plusieurs mètres. Cette profonde cicatrice le laissait depuis désarmé face aux parasites de tout poil et les pluies incessantes de l’automne n’arrangèrent rien, bien au contraire. Il y eut cependant un avantage à cette situation nouvelle. Alors que nos échanges auparavant se faisaient principalement par nos racines, nous fûmes surpris de pouvoir communiquer différemment par contact direct de notre feuillage.
Certes, nous pouvions déjà le faire à distance avec les différents chênes aux alentours. Quand l’un d’entre nous est attaqué par des insectes, nous pouvons émettre des messages par feuilles interposées mais le toucher offre maintenant beaucoup plus de facilité et de richesse dans nos échanges.
Contrairement à mon compagnon d’infortune, la douceur du début de l’hiver me permit de
conserver plus longtemps mes feuilles, ce qui ne le rassura pas sur son état. Le printemps arriva après trop peu de gelées, ce qui accéléra encore le mauvais état de mon congénère.
Mousse et lichens commencèrent à envahir l’intérieur de sa blessure béante, ce qui immanquablement allait accélérer le pourrissement. Alors que mes bourgeons déjà éclataient pour laisser apparaître mes premières feuilles, je constatais qu’au sommet de mon voisin, bon nombre de ses branches resteraient mortes.
C’est alors que ces hommes commencèrent à grimper le long de mon tronc se servant de moi comme support afin d’élaguer mon ami. Le bruit était assourdissant ; sans égard pour moi, ils n’hésitèrent pas à me priver d’une branche qui devait les gêner. Plus tard, je sentis soudainement mon copain le chêne frémir, ses plaintes étouffées me laissèrent interdit puis, dans un dernier râle et grand fracas, il chuta de tout son long à mes côtés. Le lendemain, tout avait été dégagé, des seuls signes de l’abatage subsistait une épaisse couche de sciure recouvrant un tapis de jonquilles piétiné.
Je me retrouvais à l’orée d’une large clairière pouvant observer une belle prairie que je découvrais pleinement pour la première fois. A 360° à la ronde, devenant le plus vieux chêne des lieux, je dominais dorénavant toute la forêt.
Quelques jours plus tard, je frissonnais une fois encore lorsque des hommes grimpèrent le long de mon tronc. Je sentis des coups frappés sur mon écorce et diverses pointes s’enfoncer dans mon bois. Délesté de quelques branches, je fus paré d’un mirador qui, je le compris un peu plus tard, sert maintenant pour les chasseurs. A chaque coup de fusil, je garde l’espoir qu’un autre orage vienne fracasser mon tronc quand ces maudits chasseurs se servent de moi pour tuer impunément.

Poème de Marie-Françoise (pour bien commencer l’année 2022)

Trouve le chemin de sagesse.,
Et ta vie sera riche de promesses
Les plus beaux yeux
Ce sont ceux qui vous regardent avec amour

Une belle amitié, c’est un immense trésor
Nulle envie de perdre
Faut bien la conserver

Un vieillard dit, je vis entre deux mondes, je suis comme un poisson
Je nage je nage
Mais je sais qu’un jour
Je n’atteindrai plus l’autre rivage

Vivons aujourd’hui
Soyons heureux
Car demain n’existe pas

Meilleur Aujourd’hui
Mieux que hier
Bien demain

De Luc

Cette année 2022 se termine, le grand rêveur vagabond vient de boucler son défi. Il ne lui reste qu’à s’adonner par la pensée à tout ce qu’il a vécu dans cette période où les déplacements étaient plutôt contrariés par les vagues de variants Covid qui se succédèrent à un rythme accéléré. Mais content, il a su y échapper, certes par le rêve, mais un rêve éveillé. De plus, c’est là sa fierté, il a réussi à emmener dans son sillage tout une kyrielle de personnes de toutes conditions physiques, très sportives ou pas du tout. Elles ont, avec lui, échappé aux contraintes sanitaires et sont parties, pour des voyages fabuleux, embarquées par des narrateurs passionnés au style de vie un peu décalé.
Quel était ce défi ? Dans cette période de morosité, où la peur avait tendance à cloîtrer les gens chez eux, comment garder le contact humain, indispensable à tout un chacun. Le garder, pas pour simplement ne pas rompre le lien, ce qui est déjà pas mal, mais pour faire oublier ces temps obscurs et se projeter par-delà les contraintes des contrôles et des peurs.
Comment a-t-il fait ? Tout simplement la radio. Comment ça la radio ? Oui, le grand rêveur vagabond grâce à son réseau de voyageurs à vélo au long cours a décidé d’inviter certains d’entre eux à raconter leurs expériences. Et comment les partager au mieux et les distiller au plus profond de chaque foyer de cette vallée des Vosges ? Bien évidemment, par le biais d’une émission régulière tout au long de l’année.
Outre la possibilité de permettre à tous les auditeurs de s’échapper vers des contrées lointaines, lui aussi a chevauché des rêves fous. Au cours de ces interviews, son esprit s’envolait très loin. Là, il s’agit de toute la magie du très loin, car un bon conteur en vous parlant du tour de son département à vélo vous transporte à des années-lumière de votre quotidien.
Cette idée l’a transporté. Facilement il a su convaincre la radio de lui octroyer un créneau mensuel d’une heure et, voilà comment est née l’émission « Un pays vu par un cyclo-voyageur ». Maintenant que le cadre était fixé, y’avait plus qu’à ! Il ne savait pas si ces êtres insaisissables, les arpenteurs de planète à vélo, adhéreraient au projet. Il les contacta, à vrai dire pour l’année, il en avait besoin de douze, un par mois.
Quelle ne fut pas sa surprise et son bonheur de voir qu’ils furent nombreux à adhérer au concept. De ces fous épris de liberté à bicyclette, il y en avait de tous les styles, des couples, des hommes seuls, des femmes seules, qui vinrent raconter les plus belles et plus improbables histoires de voyage à vélo. Une constante chez tous ces accros de liberté dans la rusticité de l’effort face aux aléas de la nature, la passion qui les transcendait.
Il n’est pas possible de faire une synthèse de ces douze récits, mais simplement d’en aborder certains de façon succincte. Cette jeune Belge qui de Bruxelles, sur son deux-roues, rejoignit Montpellier en surfant sur les frontières du Luxembourg, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Italie. Ce couple italo-français, Isabelle et Antonio, parti de Tallin pour 18 mois en direction de la Russie puis de l’Asie, via la Chine, l’Inde et une traversée de l’Himalaya, pour finalement, se faire bloquer par la pandémie en Thaïlande. Ce cycliste parti en pleine pandémie pour un an, lancé dans une traversée de l’Europe et de certains pays d’Asie, il en a étonné plus d’un. Cette femme et cet homme qui relatèrent leur expérience extraordinaire, avant Covid, de traversée de l’Australie sur un tandem en un mois et 3000 kilomètres. Là aussi le rêve entra dans les foyers et au diable le vilain virus. Et cet individu, qui pour se prouver qu’à 70 ans on n’était pas pourri, s’est lancé dans un immense trajet de 15 000 kilomètres à travers l’Europe, puis l’Asie en six mois. Et il ne s’agissait pas d’un athlète de très haut niveau, loin de là. Au départ, il pesait 102 kilos, mais voilà le moral dans l’aventure c’est le moteur. Là, une fois de plus dans les foyers, tout le monde s’est tout à coup trouvé jeune. Et puis encore, Brigitte, qui la semaine suivant sa retraite, enfourcha son vélo pour une invraisemblable descente des Amériques de l’Alaska à la Terre de feu en 20 000 kilomètres. Elle souleva les enthousiasmes les plus fous. Oui la retraite, c’est un renouveau et à chacun de savoir renaître. Et puis, Amandine deux ans sur la route, avec son compagnon Dja Li, un gros chien noir, qu’elle traînait derrière elle dans une remorque normalement faite pour les enfants. Son récit fut tellement stupéfiant qu’elle anima deux émissions.
Voilà au cours de cette année maussade, un immense rayon de soleil rentrait chaque mois dans les foyers de la vallée de la Moselotte, et éclairait chacun d’une belle bouffée d’espoir. Oui, son pari fut réussi, faire rêver les autres, en plus, des rêves que chacun peut réaliser, même à l’automne de sa vie, si on ne le laisse pas s’échapper l’enthousiasme.

De Michelle

Ce 1er janvier 2022, comme tous les ans, Marc se lance un défi. Il y a pensé pendant plusieurs jours avant de se décider pour celui-ci
« Je décide de ne plus regarder les journaux télévisés, ni aucune info pendant un mois, ni d’en parler avec d’autres. Blocus complet de ce côté-là ».

Il a décidé ce défi puisque la situation actuelle devient anxiogène autour de lui. Les uns discutent vaccins, les autres, politique aberrante. C’est une guerre intestine, même avec la famille qui lui reproche de ne pas être vacciné. Il ne veut plus en parler et surtout ne plus rien entendre de leurs absurdités.
Réussir à rester dans sa bulle sans recevoir toutes ces informations et reproches qui le minent.
Il sait que ce ne sera pas évident, puisque Laure sa femme, curieuse, les regarde et aime les commenter. Il commence par lui annoncer
« Laure, à partir de ce soir, je prendrai mes repas dans mon bureau pour ne pas subir les journaux télévisés ou autres débats. Je ne veux plus entrer dans cette guerre sournoise. »
Laure le regarde croyant ne pas avoir bien entendu. Marc lui sourit en ajoutant
« C’est mon défi jusque fin janvier, ensuite j’aviserai. »

Il a un atout de taille, il est comptable à son compte et travaille de chez lui. Il sait que le 15 de ce mois, les passeports vaccinaux seront obligatoires. Mais, il a supprimé depuis déjà presque 2 ans tous ses loisirs : plus de piscine, ni de tennis, plus de restaurants, ni même un café au bar chez Alain, son copain. Il ne se sent pas malheureux, c’est son choix, bien qu’il en veuille à tous ces manipulateurs.
Même si ce mois de janvier est celui des bilans, il trouvera des solutions pour ne pas aller là où les non-vax sont rejetés. Il fera venir les intéressés chez lui, ou ira chercher les documents à la porte sans entrer chez les clients et leur rendra les papiers sur le même principe.
Laure a subi le chantage, puisque son employeur l’a obligée sous peine de licenciement. Marc en est révolté.
Ce soir, il emporte dans son bureau, son plateau tout prêt, pour le déguster sur un fond de jazz qui lui procure du bien-être.
Mais après 6 jours de ce régime d’isolement, il propose une autre solution, car être seul n’est pas l’idéal. Il tournera le dos au téléviseur et mettra ses écouteurs dans les oreilles, juste le temps du JT, surtout le soir et les w-e, car le midi, Laure ne rentre pas déjeuner.
Heureusement ils n’ont pas encore d’enfants. Laure a proposé de ne pas regarder les infos le midi pendant le weekend. Marc est enchanté.
Son frère l’appelle tous les deux jours et il a fallu qu’il comprenne qu’aucune discussion sur la situation sociale ne serait le sujet. Finalement tout se passe assez bien.
Mais, le jour où sa mère l’appelle parce que son père a eu un malaise suite à la 3eme injection, il se sent perdu. Il file chez eux, à 100km. En arrivant il apprend la terrible nouvelle: son père est hospitalisé et il ne peut pas aller le voir sans vaccin.
Il ne veut pas polémiquer sur le sujet qu’il connaît trop bien, et entoure sa mère de tendresse. Il l’emmène à l’hôpital pendant 3 jours, et rentre avec son père le 4eme.
Il s’inquiète de la santé de son papa, sans répondre à aucun des arguments avancés par ses parents sur le sujet qu’il a refusé d’aborder dans ce défi. Et heureux, il entend :
« Nous ne ferons pas une 4eme dose ».
Un bonheur immense pénètre dans son coeur

Il les quitte, rassuré, car le travail l’attend, leur promettant de les appeler pour prendre des nouvelles.
Il lui reste 9 jours jusqu’au 31. Marc continue à rester dans sa stratégie lorsque la TV est allumée sur les médias. Il profite des jeux, des films et ne fait aucune réflexion quand un animateur ou la pub, fait de la propagande. Il crée une bulle d’amour autour de lui, pour que rien ne s’échappe de ses lèvres. Son père va beaucoup mieux et a repris ses activités de jardinage, ce qui le rassure.
Demain c’est le dernier jour, il se sent fier de lui d’avoir réussi à ne pas invectiver, polémiquer, discutailler…Il a tenu bon, jusqu’au bout. Ses séances de méditation journalières qu’il avait abandonnées depuis très longtemps, ont remis de la chaleur en lui et beaucoup de positivité, et l’ont ancré dans sa foi intérieure.
Le 1er février, il ose regarder un journal et se rend compte que toute peur a disparu en lui et qu’il n’a plus besoin de râler, d’expliquer. Que tout ce qu’il entend ne l’atteint plus, puisqu’il sait que ce n’est qu’une mascarade qui va bientôt être dévoilée.
Chacun est maître de ses opinions, de ses partis pris, l’essentiel est de les assumer.
Il sait qu’au-delà de ses choix, il ne discutera plus pour rien, pour convaincre. Marc n’acceptera plus les injonctions des autres sur lesquelles il fermera son esprit et ouvrira son coeur.
Il est fier car il se sent grandi, comme un sage qui a atteint une certaine lumière, prêt à vivre la suite avec toujours des solutions d’amour et de paix.

De Zouhair

Je venais de passer une semaine de ski dans une station de Haute Maurienne, comme chaque année, juste avant Noël. Je redescendais au volant de ma voiture en faisant défiler les souvenirs de ces six jours d’insouciance partagés avec mes amis.
A l’approche de la première grande ville, je commençai à ressentir le stress , mon corps se tendait, une petite boule se formait insidieusement dans ma gorge, les pensées se bousculaient dans ma tête.Comment vais-je faire face à la somme de travail qui m’attend ?
Comment serai-je accueilli par mes collègues ? Oh le beau bronzage ! Il y en a qui se la coulent douce, hein ?Et il faudra faire bonne figure. Ne pas prendre ces remarques pour de la jalousie ni même pour de la provocation.
Certes, j’ai un poste enviable. Je suis cadre supérieur dans une petite entreprise à la pointe de la technologie des nano-conducteurs. Je n’ai pas de femme ni d’enfants, contrairement à la plupart de mes collègues. Je n’ai donc à me soucier que de moi-même.
Alors, pourquoi ce stress me direz-vous ?
Je reviens à mon enfance. Dernier d’une famille de huit enfants, il fallait que « je fasse ma place », comme on dit.
Je me suis mis alors à me fixer des défis : être le premier de la classe , être le plus beau , être le plus intelligent, bref, être le préféré de mes parents. Hélas, d’autres étaient passés par là et avaient occupé la place .
On aurait pu penser qu’avec le temps, cette exigence d’excellence et ce désir d’être toujours devant allaient s’atténuer, voire disparaître, que nenni. C’est toujours là et les questionnements sur ma valeur, ma compétence ou mon « look », sont omniprésents.
La décision fut subite, venue d’on ne sait où, comme une révélation . Avec le recul, je me suis dit qu’elle avait sûrement due être déclenchée par le panneau d’affichage lumineux de l’autoroute dans laquelle je venais de m’engager.
On y lisait : FAITES UNE PAUSE, avec l’image d’un SMS sur l’écran d’un téléphone portable. Moi j’y ai lu immédiatement : « FOUTEZ-VOUS LA PAIX »!
Et si c’était le défi que je me posais en cette nouvelle année ?
Mais quel est le mode d’emploi pour se « foutre la paix » ?
Me revint en mémoire un dossier lu il y a quelques temps dans Psychologies Magazine : foutez-vous la paix, pratiquez la Méditation de Pleine Conscience.
Dans ce dossier, un psychologue célèbre indiquait comment s’initier à la méditation, sans maître à penser, sans croyance et sans prédisposition particulière. Il suffisait, d’après lui, de s’asseoir sur une chaise ou sur le bord de son lit, le dos bien droit, de poser ses mains sur ses genoux et de relâcher ses épaules. Il suggérait de fermer les yeux, ou pas, et de laisser son souffle aller et venir sans essayer de le contrôler.
Ensuite, il fallait laisser défiler les pensées qui venaient, sans les retenir, et à chaque fois qu’on se laissait entraîner malgré soi par une pensée, revenir à son corps, à sa posture et à son souffle.
Voilà peut-être la solution. Et pourquoi pas commencer tout de suite, dans ma voiture ?
Je redressais le siège, posais mes mains avec douceur sur le volant et me mis à l’écoute de mon souffle. Certes, je ne pouvais pas fermer les yeux, mais je regardais au loin, sans rien fixer de particulier. Je laissais défiler mes pensées, comme les voitures qui me doublaient et comme les paysages qui se renouvelaient.
Au bout de cinq minutes environ, je commençais à ressentir une détente que je n’avais pas connue depuis longtemps. Mon corps s’enfonçait dans le siège alors que ma tête devenait légère et que des images positives, notamment celles de ces merveilleux moments de glisse sur une neige immaculée, défilaient.
Je ne voyais plus la grisaille du ciel et des bâtiments à l’entrée de la ville. Je n’imaginais plus les centaines d’employés entassés dans des « Open-Space » qui n’étaient pas si ouverts que cela. Surtout, je ne m’imaginais plus arriver dans mon bureau, appréhendant aussi bien la charge de travail que l’image qu’allaient se faire de moi les collègues.
J’étais Zen et j’allais essayer de le rester toute l’année.

De Lucette


Mon anniversaire approche, et déjà la cinquantaine se profile à l’horizon…
J’ai élevé mes enfants du mieux que j’ai pu. Comme tout parent, j’ai fait des erreurs, mais voulant donner une éducation autre que celle que j’ai reçue, « éducation » je devrais dire « dressage ». Élevée sans amour dans une famille nombreuse, sans beaucoup d’argent où on manque de tout. Mais surtout, le plus terrible c’est qu’avec le recul, on finit par comprendre que nos parents nous ont retiré toute ambition, toute curiosité. Nous vivions en milieu clos, notre façon de vivre, bien sûr qu’on la remettait en question, mais la majorité était à 21 ans…
Donc, mes parents « paix à leur âme » ont eu eux aussi une enfance encore pire que la nôtre. De ce fait, puis-je les incriminer, Non ! Ils ont fait avec leurs moyens intellectuels de l’époque. Mais nous interdire d’apprendre un métier, c’est vraiment faire preuve d’une grande ignorance à notre égard.
Quand j’entendais mon père me dire « Nina, tu ne feras jamais rien de ta vie », tu n’es bonne qu’à travailler en usine. Voilà, mon destin était tout tracé…
C’était sans compter sur ma détermination à sortir de cette médiocrité, après avoir accompli mon rôle de maman, mes oisillons ayant quitté le nid, je voulais donner un sens positif à ma vie.
J’ai fait un peu de bénévolat, très heureuse de donner de ma personne. Je leur apportais un peu d’espoir dans mes paroles et mes gestes, mais, eux, à leur contact, m’ont encore plus enrichie. Du coup, ma vie manquait de sel quand je rentrais chez moi.
Tout en continuant ma mission auprès des plus défavorisés, je cherchais un moyen encore plus altruiste qui pourrait encore plus m’épanouir. J’ai longtemps cherché, jusqu’à un jour voir un reportage à la télé, qui mettait des familles à l’honneur pour leur dévouement.
J’ai pris les coordonnées, et je me suis lancée…
Après maintes interrogations, maints rendez-vous avec divers organismes de toutes sortes, j’ai eu le feu vert pour recevoir un enfant africain ayant une malformation cardiaque. Ces enfants sont pris en charge par le chirurgien Alain Deloche, grand professeur à Paris. Ça s’appelle « La chaîne de l’espoir ». Un groupe de chirurgiens bénévoles se chargent d’opérer gratuitement des enfants venant d’Afrique, mais il fallait trouver des familles d’accueil disponibles pour les rendez-vous dans les hôpitaux avant et après les opérations.
La Nina un peu gauche de mon enfance, je peux vous dire qu’elle s’est forgée une carapace de guerrière et en avant pour le défi que je me suis lancée…
Premier gros stress, « mon premier patient est Inaya ». Je l’attends à Roissy, j’y habite à quelques kilomètres, ensuite Paris n’est pas si loin. Je la vois arriver avec une hôtesse, les yeux bien trop grands qui nous montrent la peur dans ce regard de petite fille. Je l’accueille avec un beau doudou, elle le serre aussitôt dans ses bras, et ne l’a plus quitté pendant des jours. Le jour où elle l’a posé, elle s’est sentie en sécurité, malgré la barrière de la langue et nos manières de vivre à l’européenne. Quels changements pour Inaya, dormir dans un lit bien moelleux, être entourée de livres avec de jolies histoires de petite africaine, française, enfin de tout ce qui fait notre monde. Inaya avait un sourire permanent, à croire qu’elle avait eu une greffe de sourire. Elle était belle à voir, et quand deux petites mains se glissent dans les vôtres, et que vous sentez l’émotion vous envahir, il n’y a pas de plus grand bonheur.
Après voir fait toutes les visites prévues à l’hôpital, le jour « J » arriva. J’avais aussi peur pour elle que si elle était ma propre fille. Je lui souris quand elle partit sur le brancard, mais je pleurais à l’intérieur. Je lui dis en pensées, « Je suis avec toi, tout va bien se passer ». Je lui transmettais mon espoir et ma foi dans la réussite de cette opération, et j’ai attendu, j’ai attendu des heures… C’est long, très long.
Au bout de cinq heures d’attente, une infirmière est venue à ma rencontre pour me dire que tout s’était bien passé. Inaya était trop fatiguée pour ma visite, on me demanda de venir le lendemain.
Après quelques semaines de soins chez nous, Inaya reprit l’avion pour retrouver ses parents, sa famille. Elle me serrait très fort dans ses petits bras, ses yeux noyés de larmes, les miens se retenaient de les imiter. Ils ont déversé leurs flots une fois sa petite silhouette disparue avec l’accompagnatrice…
Quatre années sont passées, et mon défi pour 2022, est d’aller dans son pays, accompagné de mon conjoint. Nous sommes restés en relation, mais tout est difficile, leurs campagnes ne sont pas les nôtres.
Nous nous sommes renseignés pour les vaccins, la meilleure saison, les prix sur place, et l’hébergement… Nous avons hâte de revoir ce petit bout de femme qui nous a tant apporté, savoir comment elle va, partager le quotidien avec sa famille.
Mais, nous ne l’abandonnerons pas, nous sommes déterminés à l’aider financièrement pour qu’elle apprenne un métier pour son bien-être personnel, et pour aider sa famille et son pays.

De Annie

Sauf pendant les confinements, on ne moisit pas dans la vie moderne. Toujours se lancer des défis, changer, évoluer, avoir du mordant. Voilà ce qu’est une carrière réussie. Pas question de s’essouffler dans le train-train du quotidien sans saveur, alors je viens de postuler pour manager une équipe de téléphonistes chez C1C, un très grand call center de prospection commerciale. Vous ne connaissez pas ? Mais si. Ce sont eux qui vous emmerdent au téléphone pour vous vendre des fenêtres dont vous n’avez pas besoin. En voilà un défi ! Je suis celui qui va vendre, vendre, vendre, par exemple un logiciel à quelqu’un qui n’a pas d’ordinateur. J’ai un peu d’expérience !
C’est dur ce boulot mais je ne recule devant rien. Je sais mettre en place un P.A.T. (un plan d’appel téléphonique) efficace et pertinent. Je sais motiver une équipe même tiède ou réticente. Alors je postule, simple défi pour mettre en œuvre mes compétences. Je suis d’ailleurs immédiatement sélectionné pour le stage de qualification et convoqué à Moustiers Sainte Marie tous frais payés. Pourquoi pas ? Je vais leur montrer mes talents sans dévoiler mes plans.
On est une bonne dizaine de candidats ce matin dans le bus qui nous emmène sur le lieu de l’épreuve du jour. C1C n’a pas lésiné. Centre d’accueil trois étoiles et paysage en rapport. Aujourd’hui les organisateurs nous font une surprise, ont-ils dit. Un petit plus. Je me laisse bercer par les virages de la route souvent étroite dans la pierraille. Rivière, vallée, plateau. Superbe. Je ne connaissais pas ce coin. Mais ce n’est pas les vacances.
Le bus s’arrête sur un parking et tout le monde descend.
-« On est arrivés. Chers collègues voilà maintenant le défi majeur de votre stage de qualification. Seuls seront acceptés ceux qui réussiront avec brio. »
Et voilà nos accompagnateurs qui sortent d’énormes sacs et nous conduisent au bout du parking. Non ! Je rêve ! Je cauchemarde ! La vue sur le Verdon est grandiose, spectaculaire, remarquable, ver-ti-gi-neuse! Je crois que j’ai deviné le challenge.
Un animateur sort les baudriers, les jambières et tout un équipement de cordes et de mousquetons. Un deuxième prend la parole :
« – Nous sommes au pont de l’Artuby, 182 m. Cet inoubliable saut à l’élastique est gratuit pour vous. Dans notre entreprise, nous avons besoin de managers exceptionnels. Vous êtes déterminé, intrépide, audacieux ? Prouvez-le. C’est ce que nous recherchons. »
Nous, les stagiaires, on se regarde. Pas bavards. L’un demande :
-« Il y a des toilettes dans le coin ? »
Moi aussi j’ai besoin.
Mon voisin marmonne : -« Je vois pas le rapport avec le management. »
Un troisième se précipite vers le baudrier.
-« Allez Messieurs-dames, on se prépare. » La voix est entrainante et un peu gouailleuse, je trouve.
Défi ? Défi. A huit heures du matin. Sans préparation. Sauter dans les gorges. 182m ! Je commence à douter. J’ai l’impression de voir un rien d’amusement dans les yeux du moniteur qui me tend le baudrier. J’aimerais bien lui faire avaler son chapeau.
Je vais y aller ou pas ? Pas le premier. Les animateurs plaisantent. Certains d’entre nous répondent. Font-ils semblant ? Moi oui. Je vais y aller ou pas ? Je n’arrête pas de me poser la question. J’ai mal au ventre. Ça sert à quoi de se faire peur pour convaincre ? Ce n’était pas dans mon PAT (plan d’appel téléphonique).
Le premier qui saute pousse un grand cri quand il s’élance. Il croit que c’est finaud de hurler ? Ça me stresse mais je me tais et je regarde d’un œil le gars qui pendule au bout de l’élastique, tout petit, avant que le treuil le dépose près du Verdon 182m plus bas. Dans la file des candidats on fait silence. Compétition exige. Pas question de flancher.
Vraiment cette entreprise ne fait pas les bons choix. Elle ne mérite pas que je m’intéresse à elle, ce n’est pas comme ça qu’on va…
« Allez, le suivant ! »
Mais je vais sauter quand même. Je serai 5ème. J’espère que j’aurai le temps de calmer les battements de mon cœur et mon envie de faire demi-tour.

Finalement, j’ai sauté. Les yeux fermés. Je ne sais pas à quoi ressemble le Verdon quand on saute. Je m’en fous. Ils ont pris des photos de moi et de tous les autres, des vidéos même. Ils ont noté mes yeux fermés. Bande de Ploucs! (Et je pense autre chose). Ils ont délibéré au retour. On se demande bien sur quoi.
-« J’ai sauté, ai-je dit.
-Oui… mais… ont-ils répondu…»
Et ils ne m’ont pas embauché, alors que, j’en suis sûr, j’avais le meilleur P.A.T. Tant pis pour eux. 


De Lisa 

Lisa vient de perdre son « Beau-Père » par procuration.
Son défi est de lui écrire des lettres, mis dans une boîte à chaussures.
On sait qu’il ne lui répondra jamais, vu qu’il vient de nous quitter. Mais elle s’est promis, en cette nouvelle année qui commence mal de tenir cette promesse. Le fera-t-elle ? Des spécialistes conseillent de faire ce genre de thérapie. Un mois après, elle continue à lui écrire comme un anti-dépresseur, vu qu’elle le considérait comme un deuxième papa.
Voici la première lettre :

Cher Beau-Père,

C’est un mot que je ne prononcerai jamais
Mais dans mon coeur vous y serez à la clé
Cher Beau-Père
Dois-je me taire devant cette beauté

Vous, qui m’avez vue grandir
Vous, qui connaissez ma façon de vivre
Cher Beau-Père,
Dois-je me taire
Devant votre fils
Qui aurait pu être mon homme
Cher Beau-Père,

Si vous croisez mon père
Parlez-lui de la guerre
Parlez-lui du jardinage
Remontez-lui le moral
Comme un frère d’Arme
Transformez ses larmes en cristal

Parlez- lui comme un père
Expliquez son métier d’enfer
Car son coeur est prisonnier, désormais

Parlez-lui comme un père
Dites-lui que sur la Terre
Que leurs coeur seraient solitaires

Cher Beau-Père
C’est un mot que je ne prononcerai jamais
Mais dans mon coeur vous y serez à la clé
Cher Beau-Père
Que dois-je faire devant la « sorcière »
Qui éclate son coeur en poussière.

De Françoise V

Astrid a décidé de se lancer un défi en début d’année, un challenge qui pourra lui mettre une certaine pression dans sa vie, mais pour avancer elle sait qu’il faut se fixer des objectifs
Astrid se met dans les starting-blocks, réfléchit. Elle a décidé de se rapprocher d’une célèbre citation « Viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles » – Oscar Wilde.

Ses points faibles : l’impatience, le manque de confiance en elle, croyant que les autres ont raison, le découragement accompagné d’inquiétude. Son challenge : faire des relations humaines une qualité pour mieux communiquer.

La patience sera à travailler pour réagir aux messages qu’elle reçoit par internet ou par sms. Attendre que l’émotion décante, attendre que la raison lui amène sérénité et non l’emballement. Réagir posément serait une victoire pour elle. Changer son état d’esprit, le faire mûrir afin de ne pas donner une réponse trop vite car mal réfléchie. Faire tomber l’émotion lui permettra d’aborder le sujet avec calme et réflexion. Les mots de son interlocuteur ont-ils la même valeur que les siens ? Prudence ! Tout le monde ne s’exprime pas comme elle.
« La patience est l’art d’espérer » nous dit Luc de Vauvenargues. C’est beau ! Non ?

Dans son jeune temps, Astrid, aimait jouer au tennis. Ce sport lui permettait de décupler son énergie et de répondre rapidement dans la pulsion du geste. Cependant avec l’âge, Astrid ne peut plus se défouler autant. Elle doit faire dériver son énergie et ses impulsions d’une manière plus intellectuelle.
La patience, c’est aussi observer posément une situation, l’analyser objectivement sans décupler un tas d’idées négatives au risque de se décourager.
A cela s’ajoute, la détermination de se faire respecter, de ne plus tomber dans la gentillesse mais dans le « être vrai ». A quoi donc cela lui sert-il qu’elle soit gentille et généreuse ? Veut-elle se faire aimer de cette façon ? Elle n’aime les gens que s’ils sont vrais et sincères. Ce sentiment est sans doute aussi dans l’autre sens se dit-elle. Il faut donc qu’elle se fasse confiance et qu’elle croit déjà en elle pour croire aux autres. Astrid réalise qu’en se respectant elle-même elle respectera par conséquence les autres.

« La non-écoute de soi mène à la non-écoute de l’autre ». Thomas d’Asembourg ».

Astrid se souvient qu’un jour un Australien, accueilli chez elle pour apprendre le français, lui avait fait remarquer que le planisphère affiche l’Europe en hémisphère Nord et l’Australie dans l’hémisphère Sud : « Pourquoi donc ? Sur quels critères les « bien-pensants » avaient-ils imaginé certains pays dans un hémisphère plutôt que dans un autre ? Tout simplement parce que les Européens avaient voulu donner de l’importance à l’Europe, en la plaçant en haut sur la carte. Ainsi, elle serait mieux considérée, plus visible, plus importante aux « yeux du monde ». Ce sujet développé et réfléchi pourrait être remis en question du fait des puissances économiques naissantes. Personne n’a donc raison, seul l’intérêt de chacun fait basculer le raisonnement. Nous pourrions mettre la Chine dans l’hémisphère nord du fait de son développement économique prospère.
Le challenge que Astrid se fixe, ne sera une réussite que par sa persévérance et sa détermination : croire en elle et se faire confiance en se disant que personne n’a raison.
Si Astrid atteint ses objectifs, elle aura fait évoluer sa personnalité. Mais le naturel revient toujours au galop, dit-on. Ce défi ne doit donc pas être seulement un objectif mais une évolution pour son développement personnel. En cas d’échec, ce défi la ramènera toujours à réfléchir et se poser les bonnes questions. De toute façon, si la lune n’est pas atteinte, les étoiles sont là pour lui dire qu’elle aura fait des efforts qui lui serviront pour sa vie en général. Tout échec fait germer un changement positif. Astrid ose y croire.

De Lisa (proposition d’écriture N° 117)

L’histoire est basée sur le conte « la Belle et la Bête » mais avec du changement. Le thème est sur la bipolarité où l’homme est victime. Sortez vos mouchoirs !!! et Bonne Année à tous !
C’est l’histoire d’un marchand riche qui vit dans un village en Ecosse près d’un château célèbre.

Il élève seul sa fille, Maryabella qui est belle comme de la porcelaine. Cette demoiselle est douce, gentille et honnête. Elle privilégie sa famille et surtout elle n’oublie pas sa maman, décédée brutalement.
Un jour, il découvre qu’il ne se sent pas bien et se rend compte que son âge n’arrange pas les affaires. Alors, en trouvant une excuse, il décide d’aller à ce fameux domaine perdu dans ce « désert » de verdure.
Il arrive à l’entrée, et des chiens de chasse se mettent à aboyer comme des fous. Il s’avance près de l’escalier principal où il dépose par terre une lettre écrite de ses mains.
Le message précise qu’il va mourir et que sa fille ne le sait pas. Il souhaite que le propriétaire de ce lieu l’épouse car elle a une beauté intérieure qu’aucun homme ne peut refuser.
Il termine en précisant qu’un abri serait le bienvenu.
Soudain, un chien lui saute dessus et là une bête venant de nulle part, demande de partir avant qu’un malheur lui tombe. Avant de partir, le vieillard précise sa venue et le « Monstre » veut bien un échange à condition qu’elle se condamne à vivre à côté de lui.
Le Monsieur lui demande le pardon mais le Maître des lieux déteste les flatteries mais il aime les gens qui disent leurs pensées claires et nettes. Il promet de tenir sa promesse de condamnation.

Il se rend compte qu’il a fait pire que mieux et qui punit sa petite fleur à ce monstre pour toujours. Arrivé chez lui, il pleure et explique toute l’histoire. Maryabella ne montre rien aux apparences et accepte la proposition.
Elle part au château et arrive à l’entrée où la porte s’ouvre et s’installe à la table principale où la nourriture est la Reine de la soirée.
Tout à coup, la Bête arrive et demande si la demoiselle est venue de son plein gré. Toute tremblante, elle répond que son coeur lui fait comprendre de privilégier la famille et le respect.
Il précise qu’elle est gentille, maline et intelligente. Sa première nuit, à sa surprise, elle la passe dans un appartement où son nom est inscrit à la porte.
Tout à coup, elle fait un drôle de rêve d’un ange qui lui parle et lui confirme qu’elle a bien les qualités que le Maître des lieux a dit. Elle rajoute qu’elle doit être courageuse pour se préparer à la mort de son père.
Le lendemain matin, devant le miroir, elle voit l’enterrement de son paternel sous la neige et pleure. Eh oui ! Le pauvre est sous terre en hiver, le jour de Noël. Elle sort de la chambre et se dirige vers la porte en face. Elle découvre une grande bibliothèque remplie de romans et en prend un au hasard où le monstre lui avait écrit qu’elle était sa princesse et son coeur respire le bonheur qui « danse » de joie.
Elle reprend ses esprits et, comme tous les jours, se dirige à la grande salle où le repas est servi. La bête s’installe au bout de table et comme à leur habitude, discutent de tout et de rien. Maryabella profite de parler de son rêve et du message sur le livre.
Il explique qu’il croit aux anges et confirme le rêve. Il ne comprend pas, en revanche le message car il n’en est pas l’auteur. Tous les deux se regardent et sans se parler, comprennent que l’ange n’est pas là par hasard.
Il profite à son tour de poser une question sur sa beauté. A son franc parler, elle lui précise qu’à la seconde, son coeur a failli exploser et rajoute qu’il a de la bonté et de la gentillesse. Sans oublier, elle précise qu’aucun homme est à sa hauteur car ils ont aucun respect avec eux-mêmes et leur entourage.
La bête ne montre rien en apparence mais confirme au fond de lui-même qu’elle est son âme-sœur. Mais, il met carte sur table en précisant qu’il est fou d’elle. Elle lui répond qu’elle est sincère et le mensonge ne fait pas partie de son quotidien. Elle l’aime comme il l’imagine mais veut aller à petit pas.
Tout à coup, un des chiens « serviteurs » entend toute la conversation. Et quelques instants plus tard, une Dame laide (qui n’est pas l’ange) comme un pou, apparaît en se présentant être la princesse des lieux et de partir rejoindre sa demeure, de laisser cette bête comme son objet de propriété. Elle lui rajoute qu’il est son homme avant d’être ce monstre. En le transformant en cette chose, elle serait sûre que sa jalousie, sa colère, ses coups de canne ne refassent plus surface. Grâce à la présence de la Belle, il sera condamné à mourir à petit feu d’humiliations, de coups, d’isolement avec l’extérieur, de famine. Il devra être soumis à ses pieds comme toute princesse qui se respecte. Elle termine en lui précisant qu’elle lui laisse un quart d’heure pour lui faire ses adieux et disparaît.
Maryabella pleure car elle l’aime mais la bête lui tourne le dos et demande de quitter les lieux car il est condamné à mourir dans les griffes de cette sorcière. Il pense que le chien « serviteur » n’est autre que leur fils qu’ils ont eu avant qu’il soit son prince, beau comme le soleil.
Maryabella quitte le château en courant et ne mets plus les pieds. Elle continue sa vie tout en récupérant le deuil de son paternel. Quelques temps plus tard, elle apprend que son « prince » souffre de maltraitance comme a promis la sorcière.

Poème de Delphine Burnoid, « L’avenir est aux gens qui se taisent », proposé par Françoise T


Il paraît que plus l’on possède de mots, plus l’on est en paix. J’ai donc décidé hier de limiter mon vocabulaire à 70 mots, le temps de vérifier cette hypothèse.

Dans la boulangerie, l’exercice s’est avéré facile – mais fatiguant – j’ai simplement désigné ce que je souhaitais tout en répétant en boucle les mêmes formules de politesse.

Pour répondre à un passant qui cherchait une boulangerie justement, je me suis rapidement rendue compte que je n’avais d’autre choix que de l’accompagner – ma description potentielle contenant trop de mots. J’ai donc marché cent mètres aller, cent retour et j’ai souri bêtement plusieurs fois faute de pouvoir soutenir une conversation. Le sourire et l’agitation des bras et des pieds sont un don de la vie.

Par la suite, constatant que je dépassais allègrement les 80 mots dans toute discussion primaire, j’ai décidé de me taire jusqu’à la nuit tombante. Ce choix m’est apparu extrêmement reposant et m’a donné une paix intense – je ne relis d’ailleurs pas ces mots à haute voix en vous écrivant maintenant – tout se passe comme si je sortais de l’atelier du mime Marceau après un stage de sept mois. Mes gestes, mes yeux ont exprimé mille directions, désigné cent choses et me voici le corps détendu par tant d’action et la langue heureuse d’avoir embrassé mon chéri plutôt qu’un panorama des actualités les plus chaudes du moment. La chaleur a ses priorités qu’il faut parfois choisir. Je choisis celle du regard, du geste, du baiser, le mot peut bien attendre.

NB 1 L’avenir est aux gens qui se taisent, qui aiment et qui écoutent.

NB 2 Je n’ai tué personne mais il est vrai que j’ai failli mourir de plaisir.

De Catherine


Pas d’pot

-Première porte à droite !
-Merci beaucoup ! Ah oui, c’est là : JANVIER !

Je frappe à la porte et entre dans une pièce toute blanche et froide. Un seul bureau, blanc lui aussi, derrière lequel est assis un homme de belle taille, costume immaculé et longue barbe de même couleur. Un monde givré ! Une chaise blanche que me désigne le curieux personnage.
-Bonjour, Monsieur, asseyez-vous !
-Bonjour, Monsieur Janvier.
-Monsieur ..?
-Dominique, je m’appelle Dominique.
-Que me vaut l’honneur de votre visite, Monsieur Dominique ?
-Hé bien, voilà, Monsieur Janvier. Le premier de votre auguste mois, j’étais …, enfin…, je n’étais pas dans mon état normal, et j’ai fait une promesse dont je voudrais me désister !
-Hum, hum ! Vous êtes tous les mêmes ! Ça pavoise avec trois verres dans le nez, et après ça regrette ses engagements ! De quoi s’agit-il ?
-Ben, ma résolution était de ne plus manger de viande !
-Parfait, parfait, tout ça ! Je vous félicite !
-Oui, mais c’est trop dur ! C’est impossible à tenir pour moi ! Ça fait deux semaines que ma vie est un enfer !
-Pourquoi donc, Monsieur Dominique ?
-Les odeurs, Monsieur Janvier, les odeurs ! C’est trop cruel de vivre au milieu de toutes ces odeurs de cuisson de filet de bœuf qu’on marque à la poêle, d’osso bucco qui mijote doucement dans son bain tomaté agrémenté de vin blanc et de toutes ces herbes qui sentent bon, de filet mignon à la moutarde, d’escalope milanaise frétillant dans le bon beurre…
-STOP ! Ce n’est parce que des odeurs vous titillent les narines que vous devez vous jeter sur cette nourriture qui vous est désormais interdite ! Mangez légumes et autres céréales en leur associant tous ces arômes et le tour est joué !
-Que nenni, Monsieur Janvier ! Impossible de faire un tel transfert ! Mon cerveau est formaté de longue date. Et, en plus, pour mon malheur, j’habite au-dessus du meilleur restaurant de la ville ! C’est trop cruel : je mastique mes immondes galettes au quinoa en sachant tout ce qui se passe sous mon plancher. C’est un vrai supplice de Tantale ! Ma vie est un enfer, Monsieur Janvier, un enfer, vous dis-je !
-Je vois, je vois … Mais vous savez qu’une résolution est une résolution et qu’on ne peut s’en dėfaire comme ça, en claquant des doigts , ou en venant pleurnicher dans mon bureau.
-Je comprends, Monsieur Janvier, mais …
-Je n’ai pas fini de parler, Monsieur Dominique ! Ce que vous devez savoir, c’est que toutes les bonnes résolutions du premier MOIS, prises dans le monde entier, sont mon unique gagne-pain. Pas de résolutions et Janvier est dans la dèche et ne sert plus à rien ! J’en ai plus qu’assez des écervelés comme vous qui changent d’avis comme de chemises ! Ce n’est pas sérieux, ça, Monsieur !
-Je suis vraiment désolé, Monsieur Janvier, mais il n’y aurait pas moyen quand même…?
-Non, je ne crois pas ! … A moins que…
-Dites, Monsieur, je ferai tout ce que vous voudrez !
-Eh bien, il y a peut-être une solution ! Alors, voilà : si…

DRIIIINNNNG ! DRIIIIIINNNNNG!
OH NON ! Pas ça ! Juste au moment où…
Je donne un vigoureux coup de poing sur mon portable qui sonne le réveil en grandes pompes , et le balance à travers la pièce. Mes narines frissonnent par-delà ma rage et mon dépit : c’est sûr, aujourd’hui, au menu du restaurant , il y aura un bon pot-au-feu ! OOOOHHH NOOONNN !

De Mac


Marie somnolait dans son fauteuil. Ouf ! Les fêtes de fin d’année étaient passées, les enfants et petits-enfants étaient repartis chez eux. Ce n’est pas qu’elle ne les aimait pas. Bien au contraire, ils étaient tout pour elle. Mais leur présence pendant une semaine complète, générait une agitation qu’elle avait, avec l’âge, du mal à supporter. Les repas interminables, les odeurs de cuisine, le capharnaüm qui régnait dans toutes les pièces, lui étaient insupportables.
Depuis que son cher Jean était parti brutalement il y a quinze mois, emporté par un Covid foudroyant, elle avait perdu goût à la vie. La brutalité de sa maladie et son décès l’avaient anesthésiée, puis elle avait subi le contrecoup. Désormais seule, elle s’était repliée sur elle-même, refusant toute sortie, et ne prenant même plus la peine de quitter sa robe de chambre pour s’habiller. Ne voulant pas accroître l’inquiétude de ses enfants à son égard, elle avait pris sur elle pour paraître enjouée pendant les fêtes. Mais à présent qu’elle se retrouvait à nouveau seule, elle pouvait enfin laisser libre cours à sa mélancolie. Une petite voix, tout au fond d’elle-même, lui disait de se ressaisir. La plupart du temps, elle la faisait taire. Elle savait pourtant qu’elle n’avait pas le choix : elle devait poursuivre sa vie.

Le moment était bien choisi. N’est-ce pas en début de l’an qu’on prend habituellement des résolutions positives ? Comme tout le monde, chaque premier janvier, elle décidait d’acquérir de bonnes habitudes : manger équilibré, faire du yoga, arrêter de fumer, suivre des cours d’anglais ou de madison, dépenser moins, lire plus. Rarement ces bonnes intentions dépassaient le cap du premier mois et jamais celui du second. C’est dire ! Pourtant, aujourd’hui la situation était différente. C’était une question de survie. Dans la gamme des activités qu’elle pouvait entreprendre à son âge, elle en chercha une, simple, naturelle, peu contraignante et suffisamment agréable pour ne pas lâcher prise au bout de quelques semaines. Ce dernier point était essentiel.
Une marche quotidienne accompagnée de sa petite chienne Nina, un bichon frisé de deux ans, lui sembla une excellente idée. Ce n’était ni un challenge extravagant, ni un défi qui lui demanderait un effort prodigieux. Marcher une heure par jour était non seulement possible, réalisable, mais lui ferait le plus grand bien physiquement et moralement.
Après s’être fixé cet objectif, Marie se sentit mieux, mais n’attendit pas le lendemain pour mettre son projet à exécution. « Avec des « si », on coupe du bois, et rien d’autre » se dit-elle. Aussi, par peur que son projet ne meurt avant d’être né, elle enfila vite son manteau et coiffa un chapeau.
Nina comprit immédiatement ce qui se tramait et manifesta bruyamment sa joie par des jappements intempestifs. Il ne faisait pas froid, mais plutôt humide. Elle opta pour une promenade au centre-ville. Les vitrines des commerçants étaient encore décorées de boules de Noël, de guirlandes lumineuses. Chez le fleuriste, des sapins blancs embellissaient la large devanture. La boulangerie avait fait peindre sur sa vitrine, une scène de Noël. Elle suivit la musique qui provenait de la place et arriva à la patinoire. Noire de monde, la musique y était assourdissante. Originaire du Jura, cela lui rappela son enfance. Elle avait beaucoup patiné sur les lacs gelés de haute-montagne. Patiner en pleine nature, dans un décor composé de sapins, de montagnes, procure un bien-être incommensurable. C’est en patinant qu’elle avait connu son mari. Elle ferma les yeux et se remémora son village aux toits recouverts de neige où ils avaient vécu jeunes mariés. Oui, elle avait été heureuse avec lui.

Sur la route du retour, elle croisa une connaissance, qu’elle n’avait pas vue depuis de nombreuses années. Elles firent un bout de chemin ensemble, se racontant l’une et l’autre des épisodes de leur vie. Marie l’invita à prendre le thé le lendemain. Elle rentra chez elle un peu étourdie, mais heureuse de cette bouffée d’oxygène et de cette marche qui lui avait été bénéfique. Elle se sentait un peu euphorique car elle avait l’impression d’avoir fait des choses extraordinaires. Elle pensa à cette phrase de Jacques Salomé : « La porte du changement ne peut s’ouvrir que de l’intérieur, chacun en détient la clé ». Pour elle, c’était fait !
Le lendemain, elle s’activa dans sa maison, l’aéra suffisamment longtemps comme pour en faire sortir toute la tristesse qui s’y était accumulée depuis de nombreuses semaines. Elle choisit sa tenue avec soin et prit grand plaisir à la compléter d’un sautoir et d’un foulard en soie. Depuis ce jour, Hélène et elle se revirent régulièrement. Elles marchaient régulièrement. Deux fois par semaine, elles pratiquaient la marche nordique en forêt. Elles y rencontrèrent d’autres personnes qui exerçaient le même sport. Au gré des rencontres, le cercle s’agrandit.
Les jours passèrent, les semaines aussi. Ainsi entourée, Marie se sentait mieux de jour en jour. Sa vie avait changé. Son mental aussi. Seule, elle aurait sans doute abandonné ses sorties, surtout les jours de mauvais temps. Mais son groupe d’amis était là et ils se soutenaient les uns les autres. Et puis, leur bonne humeur était contagieuse.
A la fin du mois de février, les bourgeons commençaient à poindre laissant présager l’approche du printemps. Dans les massifs, les hémérocalles, sortaient déjà de terre. Les fleurs du camélia étaient joliment ciselées. Marie avait planté des jacinthes, des primevères et des pensées dans le petit massif devant sa porte d’entrée. Des tulipes rouges et jaunes seraient du plus bel effet : il faudra qu’elle y pense en novembre. Le mois prochain, elle s’était promis de s’attaquer aux rosiers qui avaient besoin d’une taille sévère.
La vie reprenait doucement le dessus. Certains soirs toutefois, elle ressentait plus durement la solitude car son mari lui manquait. Comment pouvait-il en être autrement après quarante ans de vie commune ? Elle chercha des yeux le recueil de poèmes de Paul Éluard, son poète préféré. Quelques vers lui vinrent immédiatement à l’esprit :

« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu,
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseau du vent, sourires parfumés
Ailes courant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs ».

De Claude


AH ! LES GROS, MA NON TROPPO*

« Cela ne peut plus durer ! C’est insupportable ! ».
En ce début d’année 2020, je me lamente sur mon sort.
Je n’arrive plus à supporter les regards apitoyés, quand ils ne sont pas moqueurs, des gens que je croise. Je reconnais que je suis plutôt bien enrobée, oui, je sais, on peut dire aussi rondelette, replète, potelée, empâtée… comme il vous plaira. On dit même, pour éviter d’être trop blessant, « en surcharge pondérale ».
Et le confinement n’a rien arrangé. Je ne suis pas magicienne mais je peux faire disparaître une boîte de chocolats. D’ailleurs, qu’y-a-t-il de mieux que les sucreries pour calmer l’angoisse et le stress ? Une (et même deux) barres de Mars et ça repart ! Et vous ai-je dit que mon péché mignon, ce sont les hamburgers (les « maxi ») arrosés de Coca ?
Je me suis donc lancé un défi : maigrir, pour ne plus avoir à acheter de la nourriture en gros et ne plus faire du shopping uniquement dans les boutiques pour femmes rondes. Et aussi pour éviter de souffrir en permanence.
Il faut dire que toute jeune déjà, je devais essuyer les railleries de mes camarades de classe qui prononçaient mon prénom, Sandy, (sous-entendu : kilos, bien sûr !) avec dérision, ou m’appelaient, selon leur humeur, « bouboule », « boulotte », « mère dodue » voire pour les plus cruels, « motte de saindoux » ou « grosse truie ». En dépit de mon port royal.
Pardon de me vanter. Il faut bien que je trouve quelque chose de positif dans ma personne !
Mon mari m’a toujours affirmé qu’il aimait les grosses. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il s’agissait des grosses… fortunes ! Mon père, en effet, dirige un groupe, spécialisé dans les produits de luxe. Vous connaissez peut-être HMVL ?
Antoine, mon époux, me trompe effrontément avec sa secrétaire particulière et je dirais, de façon générale, avec tout ce qui porte jupon et se trouve dotée d’une taille de guêpe. J’ai fermé les yeux sur ses frasques jusqu’à présent. Mais mon amour-propre et ma confiance en moi en prennent un coup ! On me répète à longueur de journée, que je devrais perdre du poids, mais je suis une gagnante, je n’aime pas perdre ! J’en plaisante moi-même parfois, disant à qui veut l’entendre, que vu mes rondeurs, quand je tombe du lit, je tombe des deux cotés ! Ou que j’ai du mal à fermer mon album photo. Heureusement, ça passe mieux sur mon smartphone !
Mais c’est décidé, il faut que je prenne le taureau par les cornes : j’ai déjà essayé toutes sortes de régimes, notamment le régime pamplemousse qui consiste à consommer uniquement des pamplemousses (ou de l’ananas) à tout moment de la journée pendant une ou deux semaines.
Aussi inefficace que le régime de bananes !
Mais je ne me décourage pas.
Pendant que mon cher époux, lui, consomme de la nana à volonté. Il est vrai que la différence entre une épouse et une maîtresse, c’est environ trente kilos ! Et puis j’en ai assez d’endurer la voix robotisée de ma balance parlante qui, avant d’annoncer mon poids, répète systématiquement : « Une seule personne à la fois ! ».
On m’a recommandé Weight Watchers. Puis Comme j’aime, qui me promettait de perdre 6 kg dès le premier mois. En fait, j’ai pris six kilos supplémentaires, car j’étais si affamée après avoir consommé les repas qu’on me proposait que je me jetais sur tout ce qui était comestible, y compris sur les croquettes de mon chat. Chaque fois, j’espérais, J’y croyais. Je pensais perdre, comme c’était promis, des kilos à la pelle. En fait, la seule chose que j’ai perdue, c’est mon argent. Et mon temps.
J’ai même fait, tous les matins, comme mon coach me le conseillait, deux heures d’équitation, mais c’est le cheval qui a perdu vingt kilos !
Ce qui m’est le plus insupportable, c’est que mon fils ait à supporter les remarques grossières de ses copains comme : « Ta mère est tellement grosse qu’elle fait de l’acupuncture avec des aiguilles à tricoter ». Ou encore : Elle est tellement grosse que quand elle passe devant le soleil, tout le monde croit à une éclipse !!!
J’essaie désormais d’éviter tout ce qui fait grossir : la balance, le miroir et les photos. Et j’ai décidé de ne plus passer mes vacances en Grèce.
Mais malgré tous mes efforts et les piles de méthodes pour maigrir qui encombrent ma cuisine, l’aiguille de ma balance s’affole toujours dès que je monte dessus. J’ai bien tenté de relever ce défi, qui n’est pas mince, il faut bien l’admettre, mais je l’avoue aujourd’hui, j’ai échoué lamentablement, j’ai fait un bide, comme on dit. Peut-être parce que je ne faisais pas le poids.
Pour mon quarantième anniversaire, Antoine m’avait promis quelque chose qui allait de 0 à 100 en quelques secondes. Je pensais à la Porsche Carrera que nous avions vue ensemble au dernier Salon de L’Auto. J’ai eu droit à la place, à une balance électronique. Pour la dixième fois. J’ai honte de le dire, mais j’envie ces femmes sveltes et élancées qui ne se privent de rien, et surtout pas des bonnes choses, et qui ne prennent pas un gramme.
Moi, tout me profite. C’est ma nature, qu’y puis-je ? Pourtant, j’ai remarqué une chose, c’est que je m’aigris quand je maigris. Alors, quel est l’intérêt ? C’est un argument de poids, non ?

*Allegro ma non troppo : indication sur une partition musicale précisant le temps, l’intensité et l’expression à respecter pour interpréter fidèlement un morceau.
Traduction : rapide et gai mais sans exagération

De Tavana


Le renouveau

Voilà dans quelques minutes, le monde entier va dire adieu à 2021 et moi je suis là sur cette terrasse en pleine nature. Tous mes amis sont à l’intérieur bien au chaud. Ils attendent avec impatience les 12 coups de minuit pour se souhaiter enfin une bonne année et oublier tous les tracas de l’année passée. Moi, je préfère un petit peu m’isoler d’eux pour pouvoir me recentrer sur moi-même avant l’arrivée de cette nouvelle année.
Je prends une grande inspiration , l’air de la montagne est frais et vivifiant, cela fait du bien. Au-dessus de moi, devant mes yeux admiratifs, j’ai la chance de pouvoir admirer un ciel immaculé de milliers d’étoiles . Certaines personnes trouveraient ça angoissant de se sentir si petit devant l’immensité de cet univers, pour moi c’est tout le contraire, c’est un bonheur de faire partie de lui et de pouvoir l’admirer.
Je tremble un peu, j’aurais dû plutôt attraper un manteau à la place de ce châle qui couvre à peine mes épaules et ne me protège en rien du froid. Mais tout ça m’est complètement égal car ce soir je dois dire au revoir à 2021, à tous ces moments difficiles qui ont jonché cette année et surtout enfin te dire adieu à toi, toi que j’ai aimé au plus profond de moi.
À la même heure, il y a presque un an de ça, j’avais eu l’espoir comme toi, que toutes les difficultés que nous avions rencontrées jusque-là allaient enfin disparaître, que nous allions pouvoir vivre notre amour sans peur du lendemain et surtout sans toutes ces contraintes qui jusque-là nous avaient si souvent séparé. Mais malheureusement, le mal, si on peut l’appeler comme ça , à la place de disparaître s’est renforcé et a fini par nous déchirer. Depuis une douleur atroce s’est logée tout au fond de moi puisque tu as préféré fuir que de combattre.
Tu m’as souvent répété que j’étais une femme forte, que je trouvais dans chaque situation toujours quelque chose de positif , cette fois-ci je ne te contredirai pas, car malgré toutes ces déceptions et difficultés, je considère que ce que j’ai partagé avec toi a été plus bénéfique pour moi, même si certaines personnes pensent le contraire. Alors, je décide, que cet amour que l’on a partagé, de le garder en moi.
Et la devant ce ciel étoilé, je me fais la promesse de croire en l’amour, et pour cela je dois apprendre à prendre le temps de vivre chaque instant des années à venir avec passion et être en capacité de m’aimer pour pouvoir donner de l’amour sans rien demander en retour. Voilà mes résolutions pour l’année qui arrive et cette larme de tristesse qui coule sur ma joue je veux que ce soit la dernière.
J’étais dans mes pensées quand tout à coup, je ressens sur ma joue comme une caresse toute douce qui essuie cette larme. Ma meilleure amie me prend la main et sans dire un mot m’entraîne à l’intérieur où les 12 coups de minuit résonnent. C’est dans ce brouhaha de musique, de cris de joie et embrassades que je me dis que la vie même sans toi sera toujours belle et remplie de moments merveilleux. Je sais que tout ça ne dépend que de moi car après la pluie vient toujours le beau temps et ce soir le beau temps, je l’ai en moi.

De Dominique

J’aime Renaud, pas le constructeur automobile quoique, écouter du Renaud dans ma Mégane ne soit pas pour me déplaire. L’autre jour, en assurant le covoiturage de mon ami, partageant le même service et bureau de travail que le mien, j’écoutais le chanteur Renaud. Les notes de, “j’ai embrassé un flic” résonnaient dans l’habitacle. Mon camarade qui entendait ce refrain pour la première fois me dit : « Il faut oser faire ça ! ».
Bien entendu, je n’ai pas manqué de lui rappeler le contexte de cette chanson et l’hommage que voulait adresser Renaud, lui l’anarchiste notoire, aux forces de l’ordre, héroïques face aux tristes événements de “Charlie hebdo”.
« Il n’empêche, me dit-il à nouveau, il faut oser ! » Et là, Je ne sais pas ce qui m’a pris mais, dans une boutade non réfléchie, je lui rétorquais ; « ben moi je pourrais le faire car j’ai toujours rêvé d’embrasser ce corps de métier ! ».
Un peu étonné, il me regarda de cette façon bizarre qui disait: « Qu’est-ce qu’il me raconte ! ». Puis, il éclata de rire quand il comprit le sens de mon mauvais jeu de mots.
Tout à la conduite attentive de mon véhicule, je lui lançais quelques “œillades amusées”, tandis que lui, tout sourire, s’imaginais la scène. « Chiche, me dit-il ! Je te prends au mot, tu embrasses un flic, je prends une photo de vous et je l’expose au bureau. Si tu réussis ce défi, je t’offre un restaurant gastronomique chez “Monsieur Jean “. » Intéressé par l’idée de me payer du bon temps sur le compte de mon pote et, sans trop réfléchir je lui lance ; « OK, dès qu’une opportunité se présente à moi, j’embrasse un flic. »
Arrivé au bureau, mon camarade s’empressa d’aller raconter aux collègues l’énormité de notre stupide pari. De mon côté, tout en prenant connaissance des dossiers à traiter, je réfléchissais à la stratégie à mettre en œuvre. Inutile de vous préciser que je ne m’étais pas jeté dans cette “fanfaronnade” à l’aveuglette, mon jeu comportait quelques atouts que je m’étais bien gardés de lui révéler. À ce stade du récit, ne comptez pas sur moi chers amis lecteurs pour vous en dire davantage. La première des difficultés à venir sera de trouver un “flic” disposé à jouer le jeu. Il est vrai qu’avec la multiplication des caméras, feux tricolores et ronds point, l’agent de circulation ne court plus les rues. Certaines mauvaises langues disent même qu’il ne court plus du tout. Travaillant dans un service municipal des sports, ma mission du lundi était de lire la presse pour en relever les résultats sportifs locaux. Après cette tâche exécutée, je pouvais parcourir les autres informations. Un gros titre attira mon attention ; « Ce vendredi, une campagne de prévention d’éclairage des automobiles est organisée dans votre ville. En cette fin d’automne, la durée des jours diminuant, soyez prudent et faites contrôler le réglage des phares de vos voitures. ».
Je tenais là l’opportunité de tenter l’embrassade souhaitée. Il me suffisait d’être à l’heure et au jour dit et de choisir le “roussin” le plus apte à comprendre le sens de mes intentions amicales. Celui qui aurait le caractère de police (en quelque sorte) le plus à même de permettre la narration de cette aventure. Qu’il me fut doux d’imaginer cette délicieuse satisfaction de voir mon collègue sortir son carnet de chèque pour régler la note du restaurant. Mais, ne mettons pas la charrue avant les bœufs, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir occis et ne mettons pas un flic dans sa poche avant de l’avoir embrassé! Tout en fredonnant « La tactique du gendarme » et répertoire téléphonique en main, je cherchais le compère qui pourrait devenir le garant de mon effusion victorieuse.
Nous y voilà, le jour J est arrivé, comme chaque matin de la semaine “ouvrable”, j’arrête ma voiture devant le domicile de mon collègue. Avec promptitude, il prend place dans mon véhicule. En le regardant d’un air malicieux, je lui annonce très sûr de moi; « Prépare ton carnet de chèque, ce soir on dîne chez “monsieur Jean”.
D’un sourire narquois, il me répond, « taratata, par Saint Thomas je ne crois que ce que je vois. Je lui répliquais tout de go : « Par Saint Martin, les dés sont dans ma main. »
Sur la place municipale, les voitures sont sur deux colonnes face aux appareils de mesure. Deux fonctionnaires en tenue de mécaniciens effectuent les contrôles. Je m’engage sur le parking et je repère l’hôtesse d’accueil. Elle est en tenue de service et je comprends très vite que le flic à embrasser pourrait se transformer en une “fliquette”, la mission en devient tout à coup plus agréable. Je gare la voiture à un endroit stratégique depuis lequel mon collègue pourra observer la scène et prendre sa photo. Il comprend que je vais oser l’acte et se délecte à l’avance de l’effet que fera son cliché sur les collègues de travail. Avant de me diriger vers mon objectif et d’un grand sourire un peu niais, il me dit ; « J’espère pour toi que ton flic aura la” peau lisse”. Quelle blague à “deux balles” pensais-je ! ». Allez, concentre-toi sur l’essentiel j’y suis ! Essayons de ne pas faire trop de compliments sur son joli sourire ou ses jolis yeux, elle sentirait trop la combine ou penserait à un plan drague. Après avoir engagé quelques négociations et palabres introductifs, elle accepte. Me voilà dans les bras d’Isabelle, c’est son prénom, qui me laisse l’embrasser amicalement sous les yeux médusés de mon pote complètement abasourdi par mon culot.
Le soir même je savourais chez “Monsieur Jean et avec délectation les plats gastronomiques et ma belle victoire. Bien entendu, mon ami ne sut jamais qu’Isabelle était ma sœur et qu’elle était fonctionnaire de police depuis plus de dix ans.
“Et j’ai vu, et j’ai vu, Le long du trottoir un flic, Qui avait l’air sympathique
Alors je l’ai approché Et j’ai embrassé un flic.” Chanson de Renaud écrite en 2016, bien avant l’arrivée de la covid 2019 qui ne permettrait plus aujourd’hui, de réussir ce genre de défi.

De Laurence


Cette fois, Joséphine en a plus qu’assez. Elle n’en peut plus, depuis toutes ces années à rester en recluse chez elle, à se poser des milliers de questions « Vais-je y arriver ? Eh bien …Oui je vais y arriver ! »
Combien de fois avait-elle prononcé cette phrase ? Elle ne comptait plus les multiples essais ratés, tentatives qu’elle avait envisagées mais qui, hélas, s’étaient soldés par de cruels échecs, à chaque plus difficiles à vivre.
Mais là, elle le sentait, cette sensation, non mieux, cette lame de fond qui vibrait de plus en plus fort dans son être le plus intime la sortirait de ce dilemme.
Depuis leur dernière lettre, elle avait compris qu’un déclic s’était produit. Depuis toutes ces années qu’ils s’écrivaient, qu’ils échangeaient le moindre détail de leur vie respective, ce moment qu’elle redoutait et pourtant qu’elle souhaitait ardemment, elle ne pouvait plus le différer. Elle savait que c’était là le nouveau défi que la vie lui lançait et qu’il était temps de le relever.
Une date avait été fixée. Ce serait dimanche prochain, soit dans 5 jours exactement, à 11 h sur le parvis de l’église Saint Antoine, en haut à droite des marches. Signe de reconnaissance, leur livre préféré, « Les racines du ciel » de Romain Garry, tenu à la main. Le premier attendrait l’autre. Cela ferait précisément 6 ans 3 mois et 24 jours qu’elle n’avait pas franchi sa porte d’entrée. Depuis ? Elle n’arrive toujours pas à évoquer cette période sans frémir, la mort de son cher Pierre, assassiné dans des conditions horribles. Elle avait dû se réfugier, complètement paniquée là où elle est depuis tout ce temps. Malgré l’arrestation de l’assassin, rien n’y a fait ! Elle refusait de sortir de cet appartement.
Mais, cette fois, elle le savait, elle le ferait. Elle franchirait le pas. Elle rencontrerait ce nouvel amour que la destinée avait mis sur son chemin.
Elle rencontrerait Bruno.

De Marie-Josée


La photo

Cyril travaillait depuis quelques mois en Italie et avait fêté le Nouvel An avec des amis qu’il s’était fait là-bas. Il avait envoyé une photo de la joyeuse bande à ses parents les informant qu’il allait rentrer pour trinquer avec eux à la nouvelle année et à ses 28 ans par la même occasion. Après les effusions des retrouvailles, les souhaits traditionnels, la photo du réveillon n’échappa pas aux commentaires.

Sa maman voulait tout savoir à propos de ses nouveaux copains et son papa était intrigué par la fille serrée contre lui. Y aurait-il anguille sous roche ? Aurait-il enfin trouvé une copine ? Etre encore solo à son âge devenait suspect aux yeux de son père, qui lui à cet âge, je ne vous en cause pas. Pour couper court au récit de ses exploits passés et à ses conseils de Don Juan ,Cyril mit fin à la conversation en expliquant qu’ils étaient serrés pour que tous puissent rentrer dans le cadre. A ces mots, il se rendit compte qu’il prenait beaucoup de place, trop de place. Un ‘’sac de patates’’ parmi les ‘’spaghettis’’ faisait tache. S’il n’y avait que cela, il pourrait s’en accommoder ; certes, 95 kilos pour 1, 70m , ce n’est pas top, des taquineries plus ou moins malveillantes aussi mais là de gros, il était en train de basculer dans la catégorie supérieure dont le nom lui faisait peur . Il se souvenait comment la copine obèse de son cousin avait été accueillie dans la famille, ce n’était pas la grande joie d’autant plus que son état lui causait des problèmes de santé. Là on ne plaisante plus. Comme tout hypocondriaque qui se respecte, il avait fait des recherches. A chaque visite chez le médecin, la question du poids devenait récurrente mais son penchant pour la procrastination remettait cette question à plus tard. Il se rendait bien compte qu’il était essoufflé au moindre effort, qu’il devrait prendre l’escalier au-lieu de l’ascenseur, le vélo plutôt que la voiture et privilégier la piscine au cinéma les week-end. La photo ne le lâcha plus. Le lendemain, il essaya de la chasser avec un plat de ‘pâtes à la carbonara suivi d’un tiramisu. Maintenant qu’il s’était mis à la cuisine italienne, il n’allait quand même pas se priver de ses merveilles à cause d’une photo. Le jour de son anniversaire, sa filleule enfonça le clou lorsqu’en jouant avec elle après le gâteau, son pantalon ne résista pas quand il voulu s’accroupir.
 « Parrain, ton pantalon est trop petit, il faut changer de taille », lui dit-elle en riant aux éclats.
Sa maman en rajouta une couche en constatant les dégâts:
« Elle a raison, cette fois je ne pourrais pas le recoudre, tu devrais profiter des soldes pour refaire ton ‘’ garde-pantalon ‘’ » .

C’était comme un électrochoc , c’en était trop. Il mettait déjà du XL et passer au XXL n’était pas envisageable. Alors il affirma que l’année prochaine à cette période il mettrait du S. Les commentaires fusèrent de toutes parts, du genre, tu n’y arriveras jamais, les bonnes résolutions de janvier on sait comment ça finit, etc… mais c’était mal connaître ce capricorne. Sa maman savait à quel point il pouvait être opiniâtre, voire même extrémiste.
Le lendemain, il bouda les croissants au petit-déjeuner, résista au Riesling qui scintillait dans les verres de ses parents et renonça au dessert. Son père approuva sa décision et le défi de son fils inquiétait un peu sa maman. Quoi qu’il en soit, il repartit pour le pays des pâtes et des pizzas avec une détermination farouche de s’attaquer à ces satanés kilos.
Il se rendit vite compte que cela était bien plus difficile qu’il ne le pensait. Les sorties du week-end anéantissaient systématiquement les efforts de la semaine et l’idée de suivre un régime dont les médias vantaient les mérites le rebutait. Que faire ? C’est alors qu’un évènement planétaire vint à son secours, le corona virus débarqua dans sa vie et avec lui le confinement. Finis les repas au restaurant, il se lassa vite des livraisons à domicile de sushis, alors il ne resta que la solution de se faire à manger lui-même. Si déjà il devait se mettre à cuisiner, autant se mettre à la cuisine’’ healthy. ‘’. A son grand désarroi, il constata qu’il n’y connaissait rien, ni en produits bruts et encore moins comment les préparer.
Il se documenta donc sur internet, suivit l’un ou l’autre blogueur selon ses goûts et la difficulté des recettes. Il appela souvent sa maman à la rescousse quand il ne comprenait pas pourquoi il n’obtenait pas le résultat escompté, alors que selon la vidéo, même lui pourrait se mettre dans la peau d’un grand chef. Au bout de quelques jours il avait pris le pli, ne restait plus que le volet activité physique à régler. Là aussi, internet s’avéra être la solution. Entre le télétravail et l’intendance , il occupa le reste de son temps par des séances de sport et grâce à la régularité et à sa ténacité, les kilos fondirent comme neige au soleil. Toutes les semaines, il annonça fièrement à ses parents sa perte de poids progressive par téléphone et fin 2020 il avait atteint son objectif. Il ne pesait plus que 65 kilos, mettait du S et trinqua fièrement le 1er janvier 2021 à sa réussite.
Il a relevé le défi, il est devenu mince, quasi maigre mais dans sa tête, il est resté gros.
Sa vie est devenu un combat permanent, il traque le moindre gramme si la balance n’affiche pas le chiffre souhaité. Est-il plus heureux pour autant ? Il n’y a que lui pour répondre à cette question. Un jour, il relèvera peut-être le défi du juste milieu, mais celui-ci est l’affaire de toute une vie pas seulement d’une boutade de Nouvel An.

Vous avez de quoi occuper votre temps libre. Bravo à vous toutes et tous pour vos histoires!

Je vous souhaite une belle semaine créative et je vous dis à la semaine prochaine.

Portez-vous bien et surtout continuez à prendre soin de vous!


Créativement vôtre,


Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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