Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Florence

Le conjoint, le dentiste, l’épicier

Par cette froide journée d’automne, Fred était parti faire son jogging quotidien. Il avait quitté la maison plus tard qu’à son habitude, espérant que l’épicerie serait alors ouverte sur le chemin du retour pour quelques courses. Après de nombreuses années de mariage, il était toujours très attentionné pour que je sois libérée des activités ménagères lors de mes jours de repos. Je restais bien au chaud à rêvasser devant ma tasse de thé fumant. Que me préparait cette journée ? Quels en seraient les évènements marquants ? Comment chaque jour parvenait-il à être si différent du précédent ? La sonnerie du téléphone m’arracha à mes réflexions, peut-être Fred avait-il oublié la liste de courses.
« Allô ? ». C’était du démarchage, une vente d’encart publicitaire pour un magazine, non merci ! Aujourd’hui je ne travaillais pas, mais l’envie me prit de finir de me préparer pour voir ce que ce 21 novembre avait concocté pour moi.
Vêtue de mon manteau fourré couleur aubergine et d’un chapeau en feutre vert, je mis le nez dehors et trouvais que finalement il ne faisait pas si froid. Bonne nouvelle ! En moins de deux, je me trouvais devant l’épicerie de quartier, et me pris à penser que j’aurais pu proposer à Fred de faire les courses. L’épicier était vêtu de son éternel tablier bleu, et avait comme toujours glissé son crayon à l’oreille. Il était absorbé dans l’arrangement des fruits et légumes à l’extérieur.
« Vous semblez bien joyeux aujourd’hui » lui dis-je. En effet, je ne l’avais pas vu sourire depuis le décès de sa femme, elle avait eu une grave infection et était partie en quelques jours. L’homme s’approcha de moi pour me glisser à l’oreille : « J’ai eu des nouvelles de ma femme ! Je sais que vous pouvez comprendre ». Tout ouïe, je lui fis un signe de tête d’approbation et il poursuivit : « Elle m’a dit que tout allait bien pour elle, qu’elle me voyait de là-haut, elle m’a dit de profiter plus de nos petits-enfants et de regarder les étoiles la nuit, c’est là que nous serons réunis lorsque ce sera mon tour de partir ». Son sourire éclairait son visage, l’ombre de la mort avait laissé la place à la lumière de la vie. C’était une bien belle journée ! Pour l’occasion, j’achetai des kakis bien mûrs et me régalais à l’avance. L’épicier, quant à lui, reprit l’arrangement des fruits et légumes en sifflotant.
Je poursuivis ma route en direction de la ville. Arrivée au rond-point de la cascade, je m’émerveillais devant les décorations de Noël fraichement installées quand je vis une femme d’âge mûr assise sur le banc en pierre de l’arrêt de bus, blanche de douleur, sa main gantée de velours appuyant fortement sur sa joue. Je m’approchais d’elle et compris vite qu’elle souffrait des dents, mais aucun dentiste ne lui donnait de rendez-vous. Elle avait pris des antidouleurs, rien ne la soulageait.
C’était mon jour de congé, j’étais en mode aventure et je n’avais pas la moindre envie d’ouvrir le cabinet. Mais, je n’eus pas le cœur de laisser cette femme souffrir plus longtemps, sans solution. Après tout, si elle se trouvait sur mon chemin, sans doute était-ce pour que nous partagions quelque chose. Je l’invitais à me suivre et nous arrivâmes rapidement devant une porte sur laquelle était apposée une plaque « Seo-ah Dubourg, chirurgien-dentiste, diplômée de la faculté dentaire de Busan, Corée du Sud ».
J’enfilais ma blouse, le bonnet, les gants, le masque, les lunettes. Alors que je commençais les soins, les pensées se succédaient dans ma tête, cherchant dans tous les sens d’où je connaissais le nom de ma patiente d’un jour. Eurêka ! Une professeure homonyme à l’Université était le meilleur souvenir que mon mari avait de toutes ses années d’études. Longtemps après avoir quitté sa vie d’étudiant, il continuait de louer les qualités de cette enseignante hors pair. Elle me confirma qu’il s’agissait bien d’elle, avec un sourire malgré sa condition souffrante. Elle se souvenait de lui et était heureuse d’avoir de ses nouvelles. J’envoyais un message à Fred : « Tu devrais passer au cabinet, une surprise t’attend !». Lorsqu’il arriva, il reconnut de suite sa professeure, et après quelques instants de timidité, très vite les deux comparses échangèrent de nombreux souvenirs. La femme se retira, soulagée de sa douleur et étonnée par la rencontre, tout en promettant de donner des nouvelles.
Fred me regarda, amoureux, alors que dehors, les flocons de neige commençaient à tournoyer doucement et à former un délicat tapis blanc, me rappelant le jour où nous nous étions rencontrés au pied de la tour Namsan à Séoul.

De Louisiane

Les rêves de Jonathan

A la mort de son père John, Jonathan Sutter avait repris la scierie familiale, qui battait de l’aile déjà du temps du père. C’était dans l’ordre des choses. Mais enfant, Jonathan avait déjà de grands rêves. Il avait été à l’école quelques années et savait lire et compter, tout comme Gloria Müller dont il était amoureux. Ce n’était pas dans sa Suisse natale qu’il ferait sa vie. Jonathan voyait grand, tout comme Gloria, à qui il s’était déclaré vers l’âge de quinze ans.
Il avait lu dans un journal qu’on parlait de la ruée vers l’or en Californie, ouverte à tous. Depuis, cette information résonnait comme la promesse d’une vie comme ils en rêvaient, Gloria et lui. Il fit sa demande au père Müller, qui était saoul du matin au soir. Il y voyait une bouche de moins à nourrir « Bon vent ma fille » ! Mariés, Jonathan et Gloria Sutter avaient pris la route pour Southampton, en carriole, réunissant le peu d’argent et de biens qu’ils avaient.
Le voyage avait duré un mois. De là, ils devaient traverser l’Atlantique pour New York, ce qui représentait déjà la moitié du voyage. Habiles de leurs mains, le couple rendait des services pour quelque argent afin de se nourrir. Après avoir quitté Southampton sur la Cunard line en 1839, Gloria avait été prise de nausées très handicapantes. Tous deux pensaient qu’elle finirait par s’habituer au mal de mer. Mais quand son ventre commença de s’arrondir, Jonathan, tel un cabri, sautait de joie chantant « je vais être papa » sur tous les tons. Les autres immigrants les félicitaient et leur offraient de menus cadeaux. Entre deux hoquets et deux tempêtes, Gloria priait le ciel pour que ce soit un garçon. « Mais oui ce sera un garçon qu’on appellera August », disait son mari !!!
Débarquant à New York, il fallut trouver un médecin et un chariot bâché attelé. Heureusement, Jonathan voyant toujours les choses en grand, avait eu une chance incroyable aux cartes, et gagné de quoi faire le voyage aisément durant quatre mois environ. Seulement si Gloria pouvait se retenir d’accoucher avant ces quatre mois, ce serait plus confortable pour elle et le bébé … « Jonathan Sutter tais-toi, tu ne sais rien de ces choses-là », lui avait hurlé Gloria. Une colonne de chariots était partie pour l’Ouest, chantant et la peur au ventre.
Chaque soir, à la lampe à pétrole, Jonathan, sur la carte qu’il s’était procurée, marquait au rayon rouge, le chemin parcouru, ce qui leur donnait du courage pour le lendemain. Leur amour était grand, fort et solide. Ils ne regrettaient pas la Suisse, ni les difficultés du voyage. Ils se projetaient vers l’avenir. Les paysages qu’ils traversaient étaient splendides, grandioses, impressionnants, à la taille de leurs rêves. A Colonna sur la carte, une petite ville d’une seule rue, où passait une rivière entourée de bois, Gloria ressentit les premières douleurs avec un petit mois d’avance. Jonathan était parti à la recherche d’une femme pour aider Gloria à mettre leur bébé au monde. N’ayant trouvé qu’une vieille sorcière sale et pouilleuse, il était revenu bredouille au chariot. Gloria avait mis au monde seule leur petit August déjà au sein. Elle indiquait à Jonathan, devenu gauche, ce qu’il avait à faire. Avant de s’endormir, Gloria dit à Jonathan qu’elle et son fils n’iraient pas plus loin et qu’il avait intérêt à faire de même.
Dix ans plus tard, la scierie Sutter’s Mill installée sur les hauteurs de Colonna, fournissait en bois tout ce dont les chercheurs d’or avaient besoin pour construire les mines. Jonathan Sutter employait huit ouvriers et, sur une idée de Gloria, fabriquait même les meubles et les cercueils.
Monsieur et Madame Jonathan Sutter habitaient un joli chalet suisse, non loin de la rivière, avec leurs trois fils, August, Ernst et James. D’autres couples s’étaient installés non loin de la rivière. Tous avaient leur propre jardin dans lesquels poussaient légumes et fruits à foison. Et Gloria Sutter faisait l’institutrice aux plus grands. August s’intéressait à la scierie, ce qui faisait la fierté de son père qui lui enseignait le travail du bois, la plus noble matière qu’il connaissait, plus noble encore que l’or. C’est lui qui reprendrait la scierie. C’était dans l’ordre des choses.
Les années passaient, florissantes. Colonna s’agrandissait. Le shérif John Marshall et son adjoint avait dû agrandir la prison qui jointait le saloon. Ernst Sutter avait repris l’épicerie du vieux Dawson et proposait aux dames des coupons de tissu venant de Londres, des rubans et des chapeaux de Paris. Il songeait à ouvrir un salon de thé pour dames, comme sa mère lui avait dit avoir vu à New York. Ernst avait ouvert un salon moderne de barbier, coiffeur, et de soins dentaires depuis qu’un représentant en prothèses en or lui avait proposé des modèles différents, dents du haut, dents du bas.
Gloria et Jonathan vieillissaient heureux, avec un rêve d’avance. Ils projetaient de faire un voyage en train pour rejoindre San Francisco et voir l’océan Pacifique. Ils l’avaient bien mérité. Ils en parleraient à leurs enfants dimanche au déjeuner.
Gloria avait préparé leur plat préféré, le poulet grillé au gratin dauphinois, terminé par une tourte Forêt-Noire. Jonathan, servi le premier, avait poussé un gémissement de douleur en se tenant la joue. Effarée, Gloria, connaissant Jonathan dur au mal, s’était précipitée auprès de lui. Et lui se raidissait dans son fauteuil, l’air ne passant que par le nez, puis ouvrant soudain la bouche d’où un os planté dans la mâchoire du bas jaillissait. Pris par une danse de saint gui, Jonathan se tenait la joue criant, gémissant. Ernst l’avait arrêté « P’pa, viens je peux t’arranger ça ! » Et Jonathan « Honhonhon ». C’était presque risible sauf pour ce pauvre homme. Tous les cinq avaient pris place dans l’attelage de James et fouettaient les deux chevaux toujours bien traités.
Devant la boutique d’Ernst, habituellement fermée le dimanche, un attroupement s’agglutinait aux sons des cris et gémissements de douleur et du brouhaha qui en sortait. « M’man, August, tenez-le par les bras, James par le cou, P’pa bouge pas ! Tenez le bon sang ! ». Ernst agitait une pince devant le visage de son père et finit par l’entrer dans sa bouche et de l’en sortir pinçant une dent piquée d’un morceau d’os extrêmement pointu, du sang gicla en gouttelettes sur chacun, puis Jonathan s’affaissa, évanoui. « M’man , le whisky, passe-moi le whisky ! ». Tandis que Gloria soutenait la tête de Jonathan, Ernst s’assurait qu’il n’y avait plus de morceau de la molaire arrachée ni d’os dans la mâchoire. Il plaça un morceau d’ouate imbibé de whisky dans le trou et fit un bandage pour maintenir le pansement.
Jonathan mit un moment avant de se remettre tout à fait. Gloria bannit le poulet entier de ses repas, elle n’en garda que les blancs. Ernst renforça sa notoriété de dentisterie dans Colonna, mais ne proposa jamais de dent en or à son père. Il utilisa le chloroforme dix ans après son apparition en Amérique. Jonathan, qui lisait toujours les journaux, s’en aperçut en le lisant mais n’en dit jamais rien à son fils.

De Francis


Les Saveurs de l’Amour

Sophie est photographe indépendante dans notre petite ville. Elle est de toutes les manifestations. Elle est connue de tout le monde. Mariée depuis 10 ans à Thomas, le dentiste, ils habitent un petit pavillon coquet. Leur vie est confortable et comme tous les couples, leur relation connaît des hauts et des bas.
Un jour, Sophie est chargée de la couverture photo d’une soirée de bienfaisance de collecte de fonds. A cette occasion, Sophie rencontre Alex, le charmant épicier du quartier. Elle a déjà eu l’occasion de l’apercevoir en allant faire quelques courses chez lui et n’a pas été sans remarquer le charme qu’il dégageait. Il aurait fait un beau modèle.
Alex est le fournisseur bénévole de l’association. Pour Sophie, c’est l’occasion de vérifier son intuition. Elle approche l ‘épicier, engage la conversation, lui propose une photo. Ensuite, leur conversation tourne autour des événements de la soirée, mais au fur et à mesure, petit à petit, ils découvrent qu’ils partagent des goûts communs et particulièrement sur l’art et se promettent de se revoir à la prochaine manifestation du genre.
Au fil des semaines, Sophie et Alex commencent à passer plus de temps ensemble, partageant des conversations et des rires sincères et ils se rendent compte qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre. Leur aventure débute avec une série de moments volés, des rendez-vous furtifs entre les séances de photographie de Sophie.
Malgré son désir ardent d’aimer et d’être aimé, la pression de son passé familial le maintient prisonnier. Alex porte un lourd secret. Il n’est pas aussi libre qu’il le laisse paraître. Une obligation familiale complexe le retient, et il ne peut pas s’engager pleinement dans une relation.
Sophie prend conscience de cette situation. Elle continue à aimer Thomas et elle redoute qu’il apprenne son infortune par une indiscrétion dans son cabinet dentaire. Elle ne souhaite pas qu’il soit humilié et met fin à son aventure. Alex réalise que c’était la seule chose à faire pour préserver le mariage de sa maîtresse et son propre bien-être émotionnel.
La rupture fut douloureuse. Sophie décide de tout avouer à Thomas. Il est profondément bouleversé et meurtri. Le choc de la révélation est terrible. Il aime son épouse et ne sait pas quelle décision prendre. En définitive, il finit par comprendre la complexité des relations humaines, les remises en question et son amour est le plus fort. Il décide de pardonner à Sophie et de reconstruire leur vie ensemble.
Le couple entreprend un voyage de redécouverte mutuelle. Ils renforcent leurs liens, rétablissent la confiance et apprennent à se comprendre à un niveau plus profond. Thomas, malgré la douleur initiale, réalise que l’amour authentique est forgé à travers les épreuves et les erreurs. Ils reviennent à leur vie normale, plus forts qu’avant. L’expérience difficile renforce leur relation, et ils décident de consacrer plus de temps à cultiver leur amour et à construire un avenir solide ensemble.
C’est ce que l’on peut appeler les Saveurs de l’Amour.


DENEPICON

Nous avons dans notre ville une vie municipale qui peut paraître bizarre, un peu agitée, surprenante, complexe. On peut y voir un tableau politique social et personnel digne d’un roman.
Notre maire est dentiste. Il a su gagner la confiance des habitants par son charisme. La qualité de ses soins ne doit pas être oubliée. Il est marié à Camille, elle-même conseillère municipale engagée, supportrice de l’action de son mari.
Tout irait pour le mieux si notre épicier qui dirige « LE BON BEC », apprécié pour ses qualités commerciales et connu pour ses produits, ne s’était présenté aux élections sur la liste d’opposition. Il a raté d’une courte tête la majorité et il s’est retrouvé dans l’opposition municipale. Ironie du sort, il a uni sa destinée à une infirmière prénommée également Camille, très engagée politiquement et membre de l’opposition municipale.
J’aimerais être une mouche et assister aux dîners familiaux où les débats politiques au sein de ces deux foyers doivent certainement être riches en rebondissements. Les conseils municipaux sont particulièrement animés. Quand Camille A prend la parole, elle est aussitôt contredite par Camille B et vice versa. Le secrétaire de séance, chargé de consigner par écrit les débats houleux du conseil, s’arrache les cheveux pour retranscrire et attribuer à la bonne personne les arguments avancés par Camille A et contrés immédiatement par Camille B, dilemme kafkaïen qui crée un patchwork d’émotions et de perspectives difficiles à décrire de manière concise.
Ainsi va la vie de notre ville au milieu de ces relations croisées, entre dentiste, épicier et conjointes. Dans l’ombre de ces scénarios comiques et dramatiques, elle poursuit son chemin, entre rires, querelles politiques et préoccupations municipales. Une tragi-comédie locale où chacun joue son rôle, et où la réalité dépasse parfois la fiction.


De Lisa

Georgette et Marcel, notre couple favori, se fait remarquer chez l’épicier « du Vieux François » au Havre…
« Salut tout le monde », crie Georgette.
-Bonjour ! Madame Desbière.
-Oh ! Le tutoiement. Le vouvoiement ! c’est pour les vieux !
-Tu n’es pas vieille, précise Marcel
-Mais je t’emmerde ! Je rigole !
-Bon ! Les jeunes ! Je vous ai commandé par internet des spéculoos comme vous aimez.
-Tu es au courant que mon petit va se marier ?
-Lequel ! Car vous avez trois fils.
-L’aîné, de 62 ans, brigadier-chef de cuisine en retraite, je précise.
-Il a travaillé dans le même restaurant que son frère, et a trouvé une charmante dame de 18 ans de différence et vont se marier l’année prochaine, raconte Marcel.
-C’est super ! dit le patron.
-Oui ! Un sacré changement ! Elle est gentille, douce, et, en plus, je la connais depuis sa plus tendre enfance. J’habitais dans le même quartier que son père, un copain tout simplement. Alors on est une famille, désormais !
-Le monde est petit !
-C’est une personne sérieuse, ma future belle-fille et moi aussi, je l’ai vu grandir. Je sais qu’elle donnera beaucoup d’amour à mon petit, rajoute Marcel.
-Je souhaite tout le bonheur pour ce couple, et je vous attends pour vos biscuits belges. Je vous offrirai un café, vu que vous êtes fidèle. J’ai hâte d’avoir d’autres histoires croustillantes.

De Louisiane (proposition d’écriture N° 180)


Le bal du 14 juillet

Ils s’étaient rencontrés au bal du 14 juillet 1946 à Saint Malo. Tous dansaient avec joie, oubliant les années de guerre et de privations, les pompiers, les jeunes les vieux, les jeunes femmes et les femmes plus âgées, les hommes ensemble, les amoureux d’un soir ou ceux pour toujours. Les bolées de cidre tournaient sur les plateaux comme les jupes des filles.
Maurice avait trouvé un endroit en sécurité chez les pompiers pour y poser sa valise. Son chien César veillait à côté. Le bal était déjà bien avancé. Maurice, toujours en retard, avait repéré Marie-Josée, qui ne lâchait pas un marin en uniforme. C’était celle-là qu’il voulait. Maurice avait fendu la foule, lui avait pris le bras lui disant avec son accent du midi très prononcé, « hé la prochaine c’est pour moi » ! Marie-José avait déjà bien bu, malgré les injonctions de son frère, et à cet accent, elle était partie d’un éclat de rire inextinguible. Maurice avait pensé que c’était un atout. Ils avaient dansé, dansé, jusqu’à ce que les musiciens s’arrêtent et que la pointe du jour se lève.
Ils s’étaient revus le lendemain, le surlendemain, en s’embrassant à bouche que veux-tu. Marie-Josée était plus sage, surveillée par son père et son frère. Elle habitait au-dessus d’une des crêperies de la grande rue du Mont Saint-Michel. Maurice avait trouvé une chambre à louer non loin de là à un prix d’usurier, à cause de son chien César. Il avait laissé sa 4 CV sur le continent. Il s’était mis en retard. Il aurait dû partir au moins la veille. Elle lui avait demandé ce qu’il trimballait dans sa valise qu’il ne lâchait pas des yeux. « Pardi mon gagne-pain ! », puis solennellement, je suis représentant en dessous masculins, toujours avec son accent. Marie-Josée ne savait plus si elle tombait amoureuse de Maurice ou de son accent. « Je pars sur Carentan et Cherbourg et je reviens sur Saint Malo, tu m’attendras dis ? » Pff ! Où veut-il que j’aille, s’était dit Marie-Josée.
Tandis qu’elle vendait des cartes postales et des crêpes en soupirant, son Maurice faisait l’article à Cherbourg sur les chaussettes en fil d’Ecosse et fixe-chaussettes, caleçons longs et courts, mouchoirs de Cholet et tricots de corps pur coton à manches longues ou sans. Avec son accent et son bagout, Maurice était un sacré vendeur, bien meilleur en Bretagne qu’à Marseille, où tous les représentants avaient le même accent.
Marie-Josée se montait le bourrichon seule, dans sa chambrette, devant le miroir de sa petite armoire. Et si Maurice était sa bouée de secours ? Il lui semblait qu’il avait parlé de Paris quand ils dansaient ; alors, quitte à vendre des crêpes, des souvenirs et des cartes postales, autant les vendre à Paris plutôt que sur cette île dominée par les marées, qui, si elle écoutait son père et son frère, avait scellé son destin.
Ils s’étaient revus avec la même assurance et la même envie en se cachant. Pas de doute, ils se plaisaient. Maurice était un homme soigné, gominé, parfumé, manucuré. Le corps de Marie-Josée rendait fou Maurice à chaque étreinte. Elle prenait à la lettre les conseils de son homme pour se coiffer et se maquiller. A chaque retour de tournée, leur plan de fuite s’élaborait. Le père de Marie-Josée lui avait dit un soir : « Qu’est-ce que tu mijotes ma fille, il y a un homme là-dessous ! ». Et in petto : je t’ai à l’œil.
Maurice voyait au loin se dessiner en noir sur le ciel couchant les découpes inimitables et crépusculaires du Mont Saint Michel, son chien César assis sur le sable sans bouger, dans la même attente inquiète que son maître. La marée serait bientôt haute et le vent du Nord soufflait de plus en plus. Maurice savait qu’il était en retard mais de si peu. Et cela Marie-Josée ne le supportait plus. Il tenait encore son parapluie comme s’il le protégeait encore de la pluie, sa valise à la main, en costume de ville, ses beaux souliers de cuir prenant l’eau.
Il était convenu que Marie-Josée arriverait avec la marée. Mais la marée, qu’elle fut montante ou descendante, dans la baie, durait six heures. Maurice ne cessait de reculer vers la terre tout en constatant que la première vague était de plus en plus haute. Avait-elle eu un empêchement de derrière minute qui aurait retardé son départ ? Marie-Josée était une personne de confiance, enfin c’était ce qu’il voulait croire. Des preuves, elle le lui en avait donné. Paris les attirait tous les deux. C’était la chance de leur vie.
Il ne voyait ni barque ni bateau. « Allez César, on reviendra demain, cette mer- là, c’est pas la Méditerranée ! On n’est pas du coin ».


De Anne

Souvenir d’enfance

Dans les années 1970, nous habitions un quartier qui abritait des familles bourgeoises et ouvrières. Notre appartement résidentiel se trouvait près d’une épicerie.
Le couple d’épiciers, qui tenait cette boutique, était représentatif de la société d’alors. Lui, vêtu d’une blouse grise stricte en nylon, le visage barré d’une moustache. Elle, en blouse de nylon blanc, lunettes cerclées d’or, l’œil aguerri au risque de vols éventuels, et les doigts bagués, alertes à taper sur la caisse enregistreuse pour annoncer d’une voix aiguë : « Cela fait 10 francs, ma petite ».
Mon amie Dominique se retenait de « pouffer de rire » en me regardant, l’œil malicieux. En sortant toutes deux, nous laissions nos rires exploser joyeusement du haut de nos 12 ans. Car cette épicière avait une voix haut perchée, que mon amie avait surnommée «l’opérette».
Les poches remplies de bonbons, nous enfourchions nos bicyclettes, celle de Dominique, pourvue de grandes roues, la mienne était un mini vélo blanc alors. Et nous nous lancions par les chemins alentours dans une course effrénée.
Enfin, lasses de pédaler, nous nous arrêtions dans un coin tranquille pour savourer nos friandises. Dominique me confiait sa frustration en me révélant l’atmosphère qui régnait au foyer, entre son père, dentiste, personnage sévère et distant, et sa mère sans chaleur et conformiste. Alors, ces moments d’amitié, que nous partagions étaient précieux. Et les friandises contribuaient à nous donner à nouveau l’envie de rire et de plaisanter.
Le moment venu de nous séparer, je rentrais retrouver ma mère et son conjoint qui apportait chaque jeudi, jour sans école, de délicieuses pâtisseries. Je pensais que j’aurais aimé partager ce moment avec mon amie, mais la sévérité de ses parents ne lui permettait pas de prolonger notre escapade.
En plongeant dans mes souvenirs, je me dis que j’ai eu la chance de partager cette amitié qui nous liait, elle et moi. Ces moments de gaieté, d’enthousiasme et de rire qui compensaient ses angoisses. Je ne sais ce qu’elle est devenue, nous nous sommes perdues de vue à l’approche de la majorité. J’aimerais la revoir.
Je finirai sur une note étymologique : Dominique est un prénom épicène, sans vouloir paraître triviale, car je n’use pas de ce registre, j’espère que « Domi» a fait la «nique» à ses parents en se moquant de leur comportement vis à vis d’elle.


De Saxof


Instant difficile

Kamel tient l’épicerie du coin de la rue, proche de l’appart où je vis avec Julien. Je vais souvent y faire mes emplettes de fin de semaine. Ce jeune épicier est adorable, toujours souriant, avec un mot gentil pour chacun qui entre chez lui. Il me donne souvent un ou deux légumes en plus, des soi-disant légumes moches ou avancés. Il aime me raconter une blague à chacune de mes venues. Je suis un bon public qui rit facilement, mais ce sont toujours des histoires plutôt fines !
Ce soir, je vais préparer une salade grecque, un pad thaï et pour terminer, une mousse au chocolat. Je m’attelle au travail de chef de cuisine qui me plait bien en attendant l’arrivée de Julien et de Charly, son ami dentiste qui est devenu aussi le mien.
J’ai rencontré Charly lors d’une réunion entre copains dont les femmes étaient aussi invitées. Il est devenu non seulement mon dentiste mais aussi, un ami. Alors que je terminais la cuisson de mon plat principal, j’entends des cris, des bruits inhabituels. Je me penche de la terrasse mais je ne vois rien, alors que les cris se font plus puissants. J’aperçois un homme qui regarde du côté de l’épicerie. Il doit se passer quelque chose lorsque Kamel sort, un chiffon sur le visage et montre à l’attroupement formé rapidement, une direction.
Puis, je vois Charly qui court et prend Kamel par le bras et l’entraine dans l’épicerie.
Je ferme tout et je descends quatre à quatre pour rejoindre mes amis. Je trouve Charly qui pose, je ne sais quoi, sur la dentition abondamment saignante de l’épicier, en me faisant un clin d’œil en signe de bonjour.
-Il vous a bien amoché, dit le dentiste en m’expliquant qu’un homme a voulu voler la caisse, et Kamel a reçu des coups au visage en voulant s’interposer. Heureusement, ses cris ont fait fuir le délinquant.
Puis, s’adressant à Kamel, il lui donne sa carte de visite en lui disant :
– Je vous attends demain à 8h à mon cabinet pour voir ce que nous devrons faire pour vous rendre votre sourire.
Il file dans le coffre de sa voiture pour lui donner quelques anti douleurs pour la nuit.
Nous restons encore quelques temps dans le magasin pour remettre tout en ordre, chasser les curieux, et fermer l’épicerie pour permettre à Kamel de reprendre ses esprits.
– Heureusement que je suis arrivée pour stopper l’hémorragie, mais je n’ai pas vu l’agresseur, m’explique Charly.
Après avoir sécurisé le magasin, comme deux joyeux lurons, pourtant choqués pour le pauvre épicier, nous repartons vers le dîner qu’il va falloir réchauffer pendant un apéritif bien mérité. Julien doit être rentré. La discussion promet d’être animée.


De Pierre


René, cadre technique dans la région parisienne, approchait de la retraite. Il décida avec sa femme Armelle de fuir la capitale et toutes ses nuisances pour aller vivre dans un petit village à une centaine de kilomètres de Paris, aux confins de l’Oise et de la Somme. Ils eurent immédiatement un coup de cœur pour un endroit qu’ils venaient de visiter et n’eurent aucun mal à y trouver une maison, la maison de leurs rêves, accolée à un splendide jardin. Ils l’achetèrent et ils s’y installèrent progressivement, le temps d’assurer les formalités administratives, leur installation et sur un plan professionnel, le temps pour René de se libérer de ses activités salariales. L’achat conclu, Ils passèrent leurs week-ends à des travaux de première nécessité afin de rendre la maison habitable dès leur installation. Ces week-ends leur permettaient aussi de bien s’intégrer dans le « tissu » local.
Le village, situé en bordure d’une petite rivière et d’une forêt, avait tout son charme. Cinq cents habitants y vivaient en permanence dont de nombreux retraités, ainsi que des citadins propriétaires de résidences secondaires. L’activité économique tournait autour d’une petite exploitation forestière, située en périphérie, employant une dizaine de salariés et de deux fermes de relative importance. Le calme régnait dans le village qui était à l’abri des bruits et fureurs de la grande ville.
L’activité commerciale du village pour les produits de première nécessité était assurée par le passage régulier de commerçants ambulants et aussi par la présence en son centre d’une épicerie/supérette faisant office de café et de tabac, l’épicier étant également Maire du village. Cet endroit était le centre névralgique, le rendez-vous des chasseurs où tout le monde ou presque se connaissait.
A la différence de René, Armelle était parisienne depuis son enfance. Elle avait de nombreux amis à Paris et en banlieue, ainsi que sa vieille maman résidant à Paris et elle craignait une fois installée définitivement, un certain isolement dans ce village, même si elle donna son accord à René sur le projet et même si l’endroit lui plaisait. Les jours passaient et le moment fatidique du déménagement et de l’installation approchait. Armelle angoissait ; elle ne savait pas comment l’exprimer à son mari, car elle ne voulait pas contrecarrer son projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. Toutefois, comme ils devaient garder un certain temps leur appartement de proche banlieue, elle proposa à son mari d’y aller régulièrement, ce qu’il accepta. Ils avaient deux enfants et des petits enfants. Leur fille Emma vivait à l’étranger et il ne la voyait qu’une fois par an en fin d’année. Leur fils David, dentiste, exerçait sa profession à Paris et y vivait. Il envisageait lui aussi d’aller vivre à la campagne à la satisfaction de sa mère qui lui suggéra de s’approcher d’eux. L’emménagement se déroula comme prévu sans problème, David semblait apprécier le nouveau logis de ses parents et vint leur prêter main forte dans cette opération.
Le printemps pointait son nez, la végétation était en pleine mutation, la campagne était belle. L’été qui suivit fut chaud, mais de manière modérée. Enfin l’automne, avec ses grisailles, ses pluies et ses jours courts donnait au village et ses habitants cloitrés chez eux un caractère sinistre. René avait de quoi s’occuper dans la maison, il ne voyait pas les heures passer, de même qu’il ne voyait pas sa femme Armelle se morfondre au fond de son canapé et son état de plus en plus dépressif, même si elle avait de quoi s’occuper.
N’ayant fait aucun voyage depuis des années, René, inquiet de l’état de sa femme lui proposa un voyage à la Réunion, une île qu’il avait connue dans sa jeunesse. Elle accepta d’emblée l’idée de changer de cadre de vie, même provisoirement et ils partirent quelques jours plus tard laissant en attente maison et travaux.
A leur retour de voyage, il neigeait abondamment sur le village, une neige pure, propre recouvrait maisons et chemins. C’était très beau, un vrai paysage de carte de fin d’année et comme leur maison était belle sous la neige… A l ’intérieur, il faisait très bon, un voisin, devenu leur ami, avait mis le chauffage en route avant leur arrivée. Noël approchait, les enfants et petits-enfants seraient tous là pour le fêter, René et Armelle étaient heureux d’être de retour chez eux, la vie était belle.

De Marie-Josée

L’après-midi de congé

Il reconduisit Monsieur Laporte à 14 heures. Sa femme Annie lui dit sur un ton de reproche :
-Tu es incorrigible ! À force d’accepter des patients sans rendez-vous, tu vas finir par rater le train pour Paris. D’ailleurs, ce n’est plus la peine d’y aller.
-Je sais, je sais, mais une rage de dents ne se programme pas à l’avance.
-Tu es bien trop gentil, à ta place…
-Eh oui, l’interrompit-il, on ne se refait pas. Désolé, il faut que j’y aille, avec un peu de chance, je choperai le train de 14 h 30. Ne m’attends pas pour dîner, je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer, dit-il en dévalant l’escalier.
Soulagé d’avoir échappé aux semonces de sa femme, Pierre accéléra le pas et réussit à monter dans le train de justesse. Ces escapades hebdomadaires étaient une bouffée d’oxygène et il ne remercierait jamais assez sa tante Rosalie de lui fournir un si bon alibi. Il aimait sa femme, du moins le croyait-il, mais avec le temps, leur relation s’était essoufflée. Son cabinet dentaire tournait à merveille, mais son enthousiasme du début s’était éteint et il s’y sentait prisonnier.
Sa vie était réglée comme une horloge, il n’y avait guère de place pour des imprévus et quand bien même sa femme en avait horreur. Elle prévoyait et planifiait tout et le moindre grain de sable dans le rouage la mettait hors d’elle.
Sa tante était devenue sa confidente, il avait pris l’habitude d’aller la voir tous les mardis après-midi. Un jour, sur le trajet du retour, son regard fut attiré par une enseigne : Love Store, il ne l’avait jamais remarqué auparavant. Intrigué, il s’approcha, jeta un coup d’œil à travers la vitrine, mais n’osa pas y entrer. La semaine suivante, il resta planté un bon moment devant le magasin à observer les gens qui entraient et sortaient. C’étaient des gens lambda, en quelque sorte des gens comme lui. Il avait reçu une éducation assez stricte et rien que l’idée de fréquenter un lieu de perdition de la sorte le mettait mal à l’aise, sans compter la réaction de sa femme si elle apprenait que de telles pensées traversaient son esprit. Le mardi suivant, il demanda à sa tante si cela ne la gênait pas qu’un tel magasin se trouvait dans sa rue. Malicieuse, elle lui répondit :
-Pas du tout, d’ailleurs, les conseils avisés de Géraldine, nous ont permis à ton oncle et moi de vivre une vie de couple épanouie jusqu’à son décès. Géraldine est même devenue une amie et comme toi, elle vient me rendre visite une fois par semaine. Tu sais, ce n’est pas parce que je suis vieille, que je suis née de la dernière pluie.
Pierre écarquilla les yeux ! Ça alors, tante Rosalie et oncle Paul fréquentaient un sex-shop ! Il n’en revenait pas. En rentrant, il en parla à sa femme et comme prévu, elle s’en offusqua et il changea rapidement de sujet.
Cette histoire de sex-shop lui tournait dans la tête. Au bout de deux semaines, sur le chemin du retour, il prit son courage à deux mains et entra. Il fit le tour du magasin et repéra tout de suite Géraldine qui discutait avec un client. À sa grande surprise, il reconnut la voix de Monsieur Laporte, l’épicier de sa rue. Il avait beau connaître sa bouche presque par cœur, jamais il n’aurait soupçonné qu’il puisse fréquenter un tel endroit. Il se planqua derrière un rayon de lingerie, nul doute, c’était bien lui. Décidément, il allait de surprise en surprise. L’épicier parti, Géraldine vint à sa rencontre et lui proposa ses services pour le conseiller. Il refusa poliment, lui expliquant qu’il était uniquement entré par curiosité et parce que sa tante, qu’elle connaissait aussi, habitait dans cette rue. Une cliente en quête de renseignements interrompit leur conversation et il regretta aussitôt d’avoir décliné son offre. Sur le chemin du retour, il n’arrêta pas de cogiter à propos de tante Rosalie, de l’épicier, de sa femme et surtout de lui. Et si tante Rosalie avait raison ? Si les conseils de Géraldine pouvaient donner une nouvelle impulsion à son couple ?
L’épicier revint le consulter pour un détartrage et il brûlait d’envie de lui dire qu’il l’avait vu au sex-shop acheter des dessous féminins coquins. Monsieur Laporte n’était pas marié et, à sa connaissance, vivait seul. Pour qui diable avait-il bien pu acheter de la lingerie ? Il menait sûrement une double vie, cela tombait sous le sens. Il s’en garda bien d’en parler à quiconque et le mardi suivant, il retourna au sex-shop. Géraldine lui fit un grand sourire et cette fois, il se renseigna sur différents objets du magasin. Il poussa même l’audace d’acheter une guêpière rouge qu’il avait l’intention d’offrir à sa femme pour leur anniversaire de mariage. Il fut étonné de ne pas trouver sa femme à la maison en rentrant et il eut tout loisir de planquer son paquet sans avoir recours à des stratagèmes. Il lui manquait sûrement quelque chose pour le dîner, elle était certainement allée chez l’épicier comme elle le faisait souvent.
Le temps passa et sa femme ne revint pas. Il consulta son téléphone, il n’y avait pas de message. Il tenta de l’appeler, mais il tomba sur le répondeur. Il se décida à aller chez l’épicier, mais il trouva le rideau baissé et sur la porte une pancarte : à vendre pour cause de déménagement.
Il retourna chez lui en espérant qu’elle était rentrée entretemps, mais elle n’était toujours pas revenue. L’inquiétude commença à s’emparer de lui. Il appela plusieurs de leurs connaissances, mais personne ne savait où elle pouvait bien être. Ce n’est qu’en allant se servir un verre d’eau qu’il vit l’enveloppe sur la table de cuisine. Il ne douta pas un instant de ce qu’elle pouvait contenir. Les mains tremblantes, il l’ouvrit et dans une longue lettre, elle expliquait qu’elle le quittait et qu’elle allait refaire sa vie avec l’épicier.


D’Emmanuel

Malentendus

Marchant d’un bon pas, plongée dans ses pensées, Nathalie mit un certain temps à réaliser que quelqu’un l’appelait. Stupéfaite, elle se retourna. C’était Thierry. Sûrement la dernière personne qu’elle voulait voir. Non qu’elle ne l’appréciât point. Au contraire, c’était devenu, au fil du temps, un ami. Mais, c’était également son dentiste. Tout le problème était là. Pourquoi ? A cause de ce qu’elle avait fait …
Si elle avait possédé un quelconque pouvoir, elle aurait certainement effacé de sa mémoire et de la surface du monde ce fameux mardi, où elle crut bon de prendre un rendez-vous alors qu’elle n’avait aucune dent douloureuse. Simple formalité ! C’était sans compter sur sa copine de lycée qui débarqua à l’improviste ce même jour. Dans l’euphorie des retrouvailles, elle oublia jusqu’à son rendez-vous. Elles avaient tant de choses à se raconter…
Lorsqu’elle s’en rendit compte, plusieurs jours s’étaient écoulés. Trop tard ! C’est alors, contre toute attente, qu’elle eut une brillante idée : faire l’autruche ! Réaction étonnante qui n’aurait pas déconcerté la jeune femme qu’elle avait été. Mais comment tolérer que la mère de famille respectable qu’elle était devenue ait pu agir ainsi !
« Ça fait longtemps dis donc ! » remarqua Thierry en arrivant à sa hauteur. Il l’embrassa chaleureusement. Embarrassée, elle se dégagea comme elle put de son étreinte.
« Oui c’est vrai, mais tu sais j’ai beaucoup de boulot ces derniers temps. »
Pourquoi éprouvait-elle le besoin de se justifier ?
« Toujours cet auteur anglais qui te donne du fil à retordre ? »
Nathalie approuva de la tête, émue à l’idée qu’il se souvienne encore du livre qu’elle traduisait.
« Et toi ? » s’enquit-elle.
« Comme toi. Assommé de travail. Dans un sens, je ne vais pas me plaindre. Ça veut dire que le cabinet fonctionne bien. Mais tu sais depuis le départ d’Élisabeth… ». Il s’arrêta net avant de lui demander : « Tu te rappelles elle ? C’était mon assistante ? »
« Bien sûr, bien sûr ! », s’empressa de répondre Nathalie qui s’attendait à trouver dans chaque réplique de son ami une allusion directe ou indirecte à ce mardi noir.
« Et puis il y a les patients fantômes, ce qui n’arrange rien. », soupira t’il.
« Les patients fantômes… » reprit Nathalie, les yeux écarquillés, le visage blême.
« Mais oui, Doctolib. Ça devait soi-disant révolutionner notre pratique. Tu veux que je te dise, belle foutaise, voilà tout. Les patients réservent leur rendez-vous pour se décommander juste après. Ça fait des trous dans mon planning. Catherine s’arrache les cheveux. C’est tout simplement ingérable. Mais… »
Il s’interrompit, pointa son index vers une cible imaginaire. Son visage s’était transformé. Un sourire se dessinait maintenant sur ses lèvres.
« J’ai trouvé la parade : faire payer à chaque patient un acompte. Ce qui les obligera à réfléchir à deux fois avant de prendre rendez-vous. Malin non ?
Nathalie était aux abois. C’était évident, il réglait ses comptes. Ne dit-on pas d’ailleurs que les subconscients communiquent ? Tout ce discours lui était adressé. Et pourtant rien dans son attitude ne venait confirmer cette hostilité feinte. Au contraire, il semblait réellement enchanté de la revoir. Chaque geste, chaque regard était d’une douceur et d’une attention sans faille. Mais alors ?
Cette situation devenait intenable. Il fallait trouver une issue et vite. Heureusement le hasard avait conduit leurs pas juste devant l’épicerie de Michel. Nathalie retrouva sa bonne humeur. Elle expliqua à Thierry qu’elle avait des courses à faire mais qu’il pouvait, s’il le désirait, l’accompagner. A sa grande surprise, Thierry déclina son invitation. Il était soudain pressé. Son visage s’était assombri. Il tournait déjà les talons quand Michel les aperçut et leur fit signe d’entrer. Acculé, Thierry indiqua à Nathalie de ne pas l’attendre. Il voulait auparavant fumer une cigarette. Nathalie le trouva brusquement changé comme si la présence de Michel l’angoissait…Toute cette histoire finissait par déformer l’image qu’elle se faisait de la réalité… mais comme elle était tellement heureuse de couper court à leur conversation, elle poussa, sans se faire prier, la porte du magasin.
Thierry aurait pu déguerpir. Après tout, il avait une vie jalonnée d’une myriade d’obligations. Nathalie ne lui en voudrait certainement pas, mais Michel…comment oublier cette commande passée quelques semaines plus tôt pour l’anniversaire de sa fille qu’il avait finalement dû annuler au dernier moment ? Furieux, il avait immédiatement sommé sa fille de s’en occuper. Du haut de ses seize ans, elle voulait qu’on la traite en adulte, elle devait donc se comporter comme tel et prendre ses responsabilités, et cela commençait par assumer les conséquences de ses actes. Il lui avait fait confiance. Mais l’adolescente rebelle s’était dégonflée, se révélant encore une enfant fragile. C’était trop tard. Sa colère n’y changerait rien. Alors, il s’était comporté en lâche : il avait interprété à sa façon le silence de son ami. Il n’avait vraiment pas le quart de sa grandeur d’âme. Au fond de lui, il ne pouvait se pardonner cette attitude. Il ne méritait pas son affection.
Derrière la vitre, Michel agitait ses bras. Manifestement, Thierry était attendu. La gentillesse de son ami contrastait avec sa propre fourberie. Cette situation ne pouvait plus durer : il allait tout lui expliquer.
« Salut » dit-il timidement en entrant.
« Ah ! je suis content de te voir ! » s’exclama Michel en le serrant vigoureusement dans ses bras. Il se renfrogna aussitôt. Il avait l’air préoccupé. Thierry ne trouva pas les mots pour le rassurer. Il restait devant lui, bras ballants, interdit. Michel repartit, tête baissée, derrière son comptoir où, il se mit à griffonner un papier avec une telle rage qu’il le déchira.
« Et merde ! »
Thierry interrogea du regard Nathalie qui venait, caddie en main, de s’engager dans un rayon, laquelle haussa les épaules en guise de réponse. Michel devait se rendre à l’évidence, il était dans le rouge. Il avait beau refaire les comptes, c’était toujours le même nombre exorbitant qui apparaissait sur l’écran de sa calculette. Depuis qu’il avait découvert cette pâte à tartiner avariée, il avait dû se résoudre à jeter tout le stock, ce qui avait creusé un trou énorme dans son budget. Mais, il n’allait pas en rester là, il se retournerait bientôt contre son fournisseur. Après tout, il n’était pas responsable et devait donc être indemnisé…mais il savait qu’il devrait au préalable entamer d’innombrables démarches. Avait-il le courage de se justifier encore et encore pour n’être pas sûr, au bout du compte, de récupérer son argent ?
Dans un premier temps, il devait se faire rembourser au plus vite les ardoises qu’il avait généreusement octroyées à ses plus fidèles clients, dont Nathalie et Thierry faisaient partie. A cette pensée, son cœur se serra. Il leva la tête, les regarda tendrement, l’un soupesant un légume dont l’aspect le fascinait, l’autre hésitant entre deux paquets de pâtes. Il n’avait plus le choix. Sans ça, il serait peut-être contraint de mettre la clé sous la porte.
Nathalie fut la première à se présenter à la caisse. De temps à autre, elle se retournait et jetait un œil inquiet, derrière elle, en direction de Thierry. Elle devait impérativement trouver un moyen de s’esquiver au plus vite, sans éveiller ses soupçons. Au moment de payer Nathalie demanda à Michel combien elle lui devait exactement. Les fêtes de fin d’année approchaient, mieux valait ne pas accumuler trop de dettes. C’est alors que le visage de Michel s’empourpra. Quelle odieuse pensée venait de le piquer ?
Il quitta son poste, pris soudain d’une furieuse envie de bouger, jeta son dévolu sur un rayon, où il se mit à déplacer nerveusement des articles pour les remplacer par d’autres, sans aucune logique apparente. Inquiète, Nathalie le suivait des yeux.
« Je ne suis pas pressé, tu sais. Tu devrais peut-être garder ton argent pour gâter tes enfants et me rembourser plus tard. Ça ne me dérange pas ! »
Nathalie ne voulut pas insister, elle craignait de le vexer en refusant sa proposition. Tout en rassemblant ses affaires, elle aperçut Thierry qui venait d’achever ses courses. En le voyant se précipiter vers la caisse, elle sentit son estomac se nouer. Sans plus attendre, elle remercia Michel, s’engagea vers la sortie et sans se retourner, lança à Thiery : « Désolée, faut que je file. On s’appelle ! ». Bouche bée, mains tendues, ce dernier fixa désespérément la porte d’entrée dont les battants se balançaient maintenant dans le vide. Il aurait tant aimé qu’elle reste.
Michel souffla. Il se rappelait avec certitude avoir vendu quelques jours plus tôt une de ces pâtes à tartiner à Nathalie. En réalité, elle ne souhaitait pas régler ses dettes, mais clôturer son compte et ne plus jamais mettre les pieds dans un établissement à l’hygiène douteuse…
Se tournant vers Thierry, dont le visage se décomposait, muni d’un papier recouvert de chiffres, Michel lui indiqua d’une voix sèche la somme à payer à laquelle il avait ajouté l’arriéré.
Thierry n’avait plus le courage de parlementer. Mieux, il compatissait. « On récolte ce qu’on sème » songea-t-il, en saisissant son chéquier pour y inscrire le montant exigé. Une fois dans la rue, il balaya une dernière fois du regard la façade de l’épicerie, tant il était convaincu que Michel ne voudrait plus jamais le revoir.
Pourtant, Thierry ne se doutait pas une seule seconde que deux semaines plus tôt, à peine déposée sur le comptoir de l’épicerie de Michel, la liste d’anniversaire de sa fille, profitant d’un courant d’air, avait glissé dans la poubelle, si bien que Michel n’en avait jamais pris connaissance.
Thierry ne savait pas non plus que Nathalie avait effectivement pris rendez-vous le mardi 2 octobre à 14h15, puisque le papier sur lequel Catherine, sa secrétaire, l’avait noté, était resté dans la poche arrière de son jean. Mettrait-elle la main dessus qu’elle ne le reconnaîtrait pas, la machine à laver l’ayant réduit en lambeaux.
Quant à Nathalie, elle ne découvrira sans doute jamais le pot de pâte à tartiner moisi, oublié au fond du sac plastique avec lequel elle avait fait quelques emplettes chez Michel et qu’elle avait déballé en hâte ce jour-là, car elle était pressée de passer, comme chaque vendredi, une soirée en tête à tête avec son bouquin préféré : petits malentendus sans importance…De ManuelaAujourd’hui est un grand jour. Je prends l’avion à Roissy Charles de Gaulle pour me rendre au Benin – aéroport de Cotonou – durée de vol huit heures. Le rendez-vous avec mes deux collègues qui doivent partager les quatre semaines à venir est fixé à six heures du matin devant les comptoirs d’enregistrement d’Air France. Mon conjoint m’accompagne, nous n’avons jamais été séparés si longtemps.
Les retrouvailles sont joyeuses, nous nous sommes en effet rencontrés à la formation de la Croix Rouge. Nous n’avons que très peu de bagages avec nous car le matériel professionnel, pédagogique et personnel a été expédié par container, il y a un mois. Le camion nous attendra à la sortie de l’aéroport de Cotonou pour nous emmener au centre de la Croix Rouge de Kerou, au nord du Benin (partie la plus pauvre du pays).
Un petit café, une viennoiserie et un jus de fruit pour détendre l’atmosphère. Appel pour l’embarquement… un voile d’inquiétude plane sur moi. Le vol devrait durer huit heures. Je m’endors… je me réveille au moment de l’atterrissage. Sortie de l’aéroport, direction le camion et le container qui nous attendent au loin sur le parking. Yanis, le chauffeur avec qui nous allons partager les douze heures qui suivent (minimum), nous invite à monter dans la cabine – spacieuse mais vieillotte, le bruit du moteur est assourdissant et l’odeur du gas-oil, entêtant. Malgré cela, je parviens à m’assoupir une nouvelle fois. Il fait nuit quand nous avec tous les membres de l’assemblée d’effectuer cette tâche supervisée par le chef Omoloto et Marcel, dès la fin de la réunion. Et moi, Sidonie, toute jeune diplômée de l’Education nationale française. Vais-je être à la hauteur de ma mission ? Former une jeune institutrice sans diplôme ? Il y a dans le village de plus en plus d’enfants, une nouvelle classe était donc nécessaire. L’année dernière, une nouvelle case a été construite en terre cuite avec son toit en chaume et son sol en sable, un bel ensemble dans les tons ocre/jaune.
La vie au village est basée sur la coopération : pour construire la classe supplémentaire, les hommes sont à la construction, les femmes à la réalisation des uniformes des élèves avec des pagnes de couleur bleue et de magnifiques motifs africains, les adolescents à la création des bureaux et des divers meubles de rangement.
La pause de midi est la bienvenue, repas composé de pâte de manioc (comme presque tous les repas) et aujourd’hui de viande de poule (la viande n’est pas au menu tous les jours – la région est pauvre et n’élève pas beaucoup d’animaux). Les repas se prendront à l’ombre du célèbre Iroko. A la fin du repas, les enfants nous rejoignent pour vider, avec les adultes, le container. Il faut faire vite car le camion doit repartir le lendemain très tôt pour un nouveau voyage. La journée est longue mais la mission est parfaitement accomplie. Encore une bonne nuit en perspective.
La double case à côté de la mienne est occupée par le médecin, l’infirmière et l’autre adjacente réservée pour le dentiste. Tout le matériel d’Hubert reste sur place à chaque mission. Il avons insisté pour que les niveaux soient mixtes (une maternelle et une pour le primaire – dans le village pas de collège). Il règne dans cet espace, une joie de vivre, des nuées d’enfants joyeux et vifs. Le travail avance bien, les journées sont longues et productives. Je leur apprends les maths, le français. L’autre institutrice, la géographie, l’histoire et les sciences. Les élèves, quant à eux, m’enseignent les musiques locales, ainsi que les instruments de la région et les chants locaux.
Mes collègues m’ont beaucoup aidée pendant le séjour. Je suis jeune et encore inexpérimentée. Des fous rires, de nombreux repas joyeux seront pour moi des souvenirs inoubliables. Des larmes ont
-Alors je vous écoute, que puis-je faire pour vous ?
-Je souhaite une livre de beurre, des briquets, et quelques bonbons au chocolat.
-Ça sera tout, belle dame ?
-Oui, ça sera tout.
Une fois le dernier client servi, Victor donna l’ordre à son jeune apprenti de prendre sa place, et prit sa voiture en direction du centre-ville. Il savait qu’à cette heure-là, Andrea, la femme de l’Amiral Arthur, traversait la grande rue Saint Michel. Il la suivrait afin de connaître sa destination. Victor Yuan, un homme d’origine asiatique, s’était épris de la ville de Toulouse et avait décidé d’y ouvrir son épicerie. Il vendait carrément de tout, voir des produits inimaginables … tels que l’alimentation africaine et asiatique, des racines de baobabs, le fameux Ginseng chinois, des gros poissons et serpents surgelées, etc.
Andrea était une jeune et jolie femme blonde, pleine d’entrain. Elle aimait les lieux mondains et les sorties entre copines, son mari avait cette habitude de souvent lui ramener de somptueux cadeaux. Ce dernier, bien que solitaire, était respecté par tout le monde. Lui qui avait fait des études de droit connaissait toutes les complexités que pouvaient engendrer les lois, et les jurisprudences en cours … il passait des heures interminables à en parler sans jamais s’ennuyer. Et comme il trouvait cette dernière peu attractive, et très peu prestigieuse, il opta pour une formation à l’école navale. Au moins, cette dernière lui permettrait d’avoir un train de vie plus aisé et plus élégant. Malgré son parcours assez brillant, Arthur était plutôt une personne introvertie, dogmatique et ennuyeuse. Il portait des lunettes de myopie tellement épaisses, que l’on ne voyait plus que ses deux petites yeux en guise de prunelles, ce qui faisait fuir tout la gent féminine qu’il rencontrait.
Tout d’un coup, Victor qui était dans sa voiture, vit apparaître une dame ressemblant étrangement à Andrea, accompagnée bras dessous bras dessus, d’un grand et jeune homme, habillé d’une façon assez décontractée. Ces derniers s’installèrent à la terrasse du café Le Parisien. Les deux amoureux ne se lassaient pas de se regarder et de chuchoter. De temps en temps, on entendait la jeune femme rire aux éclats comme si elle retrouvait soudainement sa petite enfance et l’insouciance de son adolescence.
Quelques minutes après, le couple se dirigea vers la rue Croix Baragnon, et se quitta. Le jeune homme s’introduisit dans un cabinet de dentiste. Victor, de son côté, se précipita derrière lui, et d’un pas ferme il s’engouffra dans le cabinet afin de ne pas le perdre de vue. C’est ainsi qu’il réalisa que l’amant d’Andrea était bel et bien un dentiste. Victor fit demi-tour et s’en alla retrouver son épicerie.
-Ah vous voilà enfin, Manon ! J’espère que cette fois ci vous me direz pas que vous manquez de temps ! J’ai des choses sulfureuses à vous dire ! Saviez-vous que votre meilleure amie Andrea sort avec un homme, et je peux même vous révéler son nom ainsi que son métier !
-Comment pouvez-vous tenir un discours pareil, Victor ! Je connais Andrea, elle file un parfait amour avec son mari Arthur !
-Oh vous savez bien Manon qu’Andrea, une si jolie fille, ne resterait pas avec un homme comme Arthur et je trouve même que c’est tout à fait normal qu’elle le trompe !
– Quel langue de vipère vous êtes Victor ! Allons ! Allons ! Victor, je comprends qu’à un moment donné vous avez eu un béguin pour Andrea, mais tout ceci fait partie du passé ! Car Andrea aujourd’hui est mariée, et vous ne faites plus partie de ses priorités. D’autant plus que cette femme est en voyage avec son mari, à l’instant même où je vous parle, ils sont à Miami. Ce qui veut dire que vous l’avez confondue avec une autre. Vraiment, vous me décevez Victor. Vous avez pignon sur rue en ce qui concerne tous les ragots et les diffamations qui existent, concernant les gens et les être de cette ville. Bref j’ai décidé de ne plus faire partie de vos clients.


De Roselyne

Les amisC’est jour de marché, les commerçants sont sur le pied de guerre depuis bien longtemps déjà. Les victuailles envahissent les étals. Une multitude de variétés de légumes, de fruits de saison et exotiques, les bancs de fromages, les fleurs donnent un tableau coloré et bigarré à cet espace vivant du centre-ville. C’est un monde, où des dizaines de personnes se côtoient chaque jour.
Dans les allées se pressent les clients venus de bonne heure, ceux qui savent vers quel marchand ils vont aller chercher de quoi se nourrir. Puis, il y a ceux qui se mêlent à la foule. Ils regardent, comparent, parcourent le marché en tous sens avant de s’approvisionner. Les touristes curieux s’agglutinent le long des étals.
Céline fait partie des gens qui sont pressés, mais aujourd’hui, pour son premier jour de congé, elle profite de cette ambiance bon enfant. Elle entre dans l’épicerie fine de Ghislain, un copain d’enfance.
-Tiens Céline, cela fait un bout de temps que tu n’es pas venue !
– Oh, tu sais avec mon boulot, les rendez-vous qui s’enchaînent, plus les urgences comme une dent cassée chez un môme qui est tombé par terre, les journées sont bien chargées. Je suis en congé depuis ce matin, alors je profite pour venir au marché, tu sais que je l’adore. Dis-donc, je te retourne ta question cela fait aussi un moment que je ne t’ai pas vu au cabinet !
– Ouais, je sais. Mais, je suis comme toi absorbé par le travail, à la recherche du produit nouveau qui fera plaisir à la clientèle. Dès que tu auras repris le collier, je téléphone pour prendre un rendez-vous, je serai l’urgence du jour !
– Rosalie n’est pas là ?
– Elle va venir un peu plus tard, sa mère l’a appelée pour un problème de frigo. Tu sais qu’elle est seule, alors Rosalie doit se déplacer.
– Bon au moins ce n’est pas grave. Je vais faire un tour au marché. A plus !
Céline n’a qu’à traverser la rue pour être au cœur de l’action. Elle se dirige vers son poissonnier.
-Bonjour, lui dit celui-ci qu’est-ce-que je vous sers ?
-Les soles me paraissent bien appétissantes.
-Certainement, elles arrivent tout droit du port de La Cotinière, combien je vous en mets ? – –Deux s’il vous plaît.
Céline continue à louvoyer parmi la foule, elle s’arrête ici et là. Elle goûte, achète, s’arrête à ce fabuleux banc de fromages exclusivement au lait de biquettes. Ces emplettes terminées, elle retourne chez Ghislain. Il est occupé avec une cliente.
Céline tu as oublié quelque chose ?
-Oui, aurais-tu de l’anis vert moulu ?
-Bien sûr, tiens voilà pour toi. Que vas-tu faire ?
-Une petite confiture à ma façon. Tu sais, que j’aime bien faire des essais et comme tu fais partie de mon club très fermé de goûteurs, tu me diras ce que tu en penses.
-Volontiers. Au fait Céline, j’ai quelques jours de libre la semaine prochaine. Comme nous sommes début octobre, de belles journées qui se profilent, cela vous dirait à toi et à Patrick de faire un tour de bateau le samedi si vous êtes dispos ?
-Oui, bonne idée, j’en parle à Patrick et je t’appelle.
Céline s’apprête à partir, lorsque le carillon de la porte se met à chanter. Dans l’encadrement, apparaît Rosalie toute fringante.
-Hé, Céline bonjour, tu vas bien ? lui dit-elle en lui claquant un baiser sur la joue.
-Oui, et toi ?
-Oui, ça roule. Ma mère avait un petit problème avec son frigo, je l’ai résolu. Alors maintenant au boulot, car d’ici peu de temps il y aura beaucoup de monde.
-Au fait, Ghislain a proposé une sortie de bateau pour samedi prochain, cela pourrait être pas mal !
-Super, on se tient au courant.
-Je vous laisse, salut tous les deux, bonne journée à bientôt.
-Merci ma belle, salue Patrick de ma part.
-Fais lui un gros « poutou », lui dit Rosalie.
-Ok, bisous
Céline repart tranquillement, ce moment partagé avec ses amis lui a fait un bien fou. De s’être noyée dans le brouhaha de la foule, d’avoir baguenaudé le nez en l’air pour admirer tel ou tel détail architectural des maisons autour de la place du marché, la perspective d’une sortie en bateau lui a mis du baume au cœur pour toute sa journée.

Quoi de mieux que de commencer le weekend avec des textes inventés par nos participants? C’est quand même mieux que de rester collé devant les informations déprimantes, non?
Depuis la pandémie en 2020, je ne regarde plus les infos à la télé, déjà que je les regardais peu. J’écoute les infos de loin le matin à la radio. Je me tiens au courant, mais je n’ai pas les images, ce qui me va très bien, en ces temps perturbés. 
J’ai déjà assez de la météo déprimante, je n’en rajoute pas avec des infos qui défilent, toutes plus alarmantes les uns que les autres! A quand une émission basée uniquement sur des des infos positives, sur des initiatives qui font avancer la vie quotidienne des gens? Cela serait fort utile, car je constate quand je me promène ou quand je vais dans les centres commerciaux, que les gens n’ont pas globalement un visage détendu. Je me sens agressée rien qu’avec leur regard ou leurs traits si tendus qu’ils me font peur. 

Je vous souhaite une beau weekend de détente.Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux textes de l’atelier d’écriture LA PLUME DE LAURENCE.

Je vous rappelle que l’atelier d’écriture fermera ses portes le samedi 23 décembre pour les derniers textes de l’année 2023.

 Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien, prenez soin de vous et gardez le moral!

Créativement vôtre,

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE 
 


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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