Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Jean-Michel 

Elle avait beau faire ses exercices de yoga tous les matins pour se décontracter et se concocter une tisane aux herbes essentielles dont elle avait le secret, elle ne parvenait pas à l’oubli de tout ce qui venait de se passer. Cela avait été si traumatisant… Cet homme surgi de nulle part, qu’elle avait perdu depuis tant d’années et qui soudain venait lui réclamer son dû. Il avait été si arrogant, brutal. Ses propos semblaient incohérents et le ton de sa voix si cassant qu’elle aurait préféré fuir, effacer toute cette histoire.Et pourtant, elle savait pertinemment qu’un jour viendrait où elle se verrait dans l’obligation de dépoussiérer son passé : un nouveau printemps ne se fait jamais sans un hiver préalable. Si elle voulait profiter de la richesse de la vie, elle devait réapprendre à gérer ses émotions.Mais cela ne pouvait pas se faire par une rediffusion en boucle des événements qui l’avaient fait chuter : elle devait surmonter tout cela avec panache ! Oui, elle voulait profiter d’un abonnement à la joie de vivre, se débarrasser de ce boulet qui la handicapait.C’est alors qu’elle accepta enfin de s’en ouvrir à d’autres, de ne plus garder pour elle ce terrible secret qui la hantait. Et de ce jour, les mimosas commencèrent à refleurir, la nature reprit son cours et elle retrouva un second souffle… Une véritable renaissance s’opéra !  

De Brigitte 

Dans l’oubli de l’automne
Au petit matin après ta tisane
Tu pars sur ton vélo cross
Dépoussiérer les chemins. 
Tu affoles les lézards
Tu avales les bosses,
Sur ton vélo cross
Tu sautes les ornières avec panache
Et franchis les rivières. 
Seul un hérisson flâneur
Et dans la sempiternelle rediffusion des jours t’immobilise
Alors tu lui dis : montre-moi un peu
Comment tu vas gérer ta mise en boule
Et je te laisse passer !
Aussitôt l’animal lui déclare :
Retourne à ton yoga
Laisse-moi retourner à la richesse
De mes jours sans abonnement.  

De Catherine M (proposition d‘écriture N° 185)  

Désillusion 

Ce matin, la météo a brusquement changé d’avis, mais Inès s’en fout.Soleil ou pluie, qu’importe ! Dans son petit pavillon de banlieue, Inès n’a qu’une préoccupation : s’attaquer au Rien. Oui mais par quel bout ? Le même qu’hier ? Et au fait le Rien, ça compte combien de bouts ? Elle n’en sait Rien. Rien à faire, Rien à dire. Elle a pourtant essayé de faire connaissance avec ses voisins, mais comme elle n’avait Rien à raconter, ils l’ont snobée.Elle s’en fout.Elle les voit tous s’agiter dès le matin, courir après leur destin et le soir, ils courent encore car ils ne l’ont pas trouvé. Elle les voit fatigués, devine leurs traits tirés sous la lumière tamisée de la demi-lune. Inès préfère rester en tête à tête avec le Rien qui ne lui demande Rien et n’attend Rien.Mais ce matin, le téléphone a sonné. Il était 9h 32. Elle a décroché.- Inès Donatien ?Personne n’avait prononcé son nom depuis des lustres. Elle n’a pas répondu tout de suite, troublée par cette voix chaude, si chaude.C’est à elle qu’on s’adresse ?- Inès Donatien ?Se pourrait-il que … Cette voix chuchotée qui coule dans son oreille. Après s’être engouffrée dans le silence, elle revient à la réalité.- Oui, c’est moi.Sa voix blanche, comme un cri étouffé. Comme un demi-secret soufflé à mi-voix. Sa main qui tremble. Cette soudaine intimité.- Quelqu’un de la mairie va passer vous voir …Inès se « réveille », elle a cru, elle a espéré …- Non merci, je n’ai besoin de RienEt elle a raccroché.  

De Catherine M 

Amélie 

Elle a raté son émission préférée « Yoga pour ne pas devenir gaga ».Amélie en a bien besoin car ces temps-ci elle oublie tout ! Ses clefs, ses lunettes, ses grigris, ses rendez-vous, ses émissions préférées et bien sûr ses bonnes résolutions de début d’année.Tenez, par exemple, dépoussiérer et ranger le grenier, pas fait.Gérer ses comptes bancaires régulièrement, pas mis en place.Boire une tisane détox chaque soir, pas achetée.Renouveler ses multiples abonnements, pas commencé.La liste est longue…Amélie oublie.Mais elle le fait avec panache !D’ailleurs elle parle de procrastination, jamais d’omission. Elle évoque avec malice un manque d’attention. Été comme hiver, elle prône la légèreté, la facilité, l’insouciance.Amélie oublie, certes, mais toujours rebondit comme une chatte tombée de tout là-haut.Amélie aime la vie et toutes ses richesses.La tête un peu dans les étoiles mais le cœur plein d’allégresse.Elle a raté son émission ? Soit. Mais il y a des rediffusions, non ?  

De Danielle B  

C’est l’hiver. Janvier est là et je tourne au ralenti. Mes pensées ne se rassemblent plus, elle se diluent dans la tisane des jours sans lumière. Je n’aime pas trop cette rediffusion de la mauvaise saison, avec tout ce froid, ce givre et les routes souvent impraticables qui paralysent le moindre projet. C’est curieux, lorsqu’arrive l’hiver, je ne le savoure pas vraiment, je me morfonds plutôt en attendant le retour du printemps. Mais que faire et comment gérer et apprivoiser cette impatience ? 
Pour essayer de dépoussiérer mon esprit, je retrouve le plus souvent possible mon refuge fait de mots, de musique aussi. Il y a d’abord les mots des autres, avec cette pile de livres à lire qui ne désemplit jamais. Il y a aussi les chansons françaises écoutées en boucle et qui viennent caresser mon âme de leurs douces mélodies. 
Tout est là, comme des outils rassemblés autour de moi pour venir combler mon ennui de ces jours sans soleil et sans panache. J’aime cette richesse précieuse des livres, ceux que l’on sirote dans l’oubli de tout ce qui nous accable. J’aime aussi m’octroyer le temps et le besoin de ne pas toujours être joyeuse, d’être parfois assaillie par des vagues de tristesse incontrôlables. A quoi bon vouloir toujours tout contrôler et même son hypersensibilité ?  Et puis, il y a aussi tous ces mots, ceux qui naviguent au fond de moi, qui ne demandent qu’à sortir pour aller jouer sur le blanc de la page. Tous ces mots extirpés de ma rêverie, de ce monde idéal que je peux rejoindre grâce à la magie de l’écriture. C’est, là aussi, un réel bonheur. Je ne m’en lasse jamais ! Oui, j’aime tellement ce temps pour moi et devant moi, ce tissage de mots qui viennent et débarquent à l’improviste, prennent en otage pour mettre noir sur blanc tout ce que je n’ose pas vraiment dire. Par écrit c’est tellement plus facile ! 
Alors bien sûr, ballotée dans toutes ces ambivalences, dans mes propres incohérences, je me sens parfois un peu ridicule. Il faut aussi bien sûr relativiser pour en revenir au réel. C’est l’hiver, mais je ne suis pas à plaindre … 
Voilà donc un nouvel hiver pour un nouveau travail sur soi, sur moi ? Pourquoi pas… Les idées trottent encore, elles s’effleurent à peine dans l’espace intersidéral et parfois sidérant de mon esprit. Et si j’en venais à pratiquer la méditation ? Pour calmer le flux de mes pensées, les chasser ?  
Peut-être que je devrais prendre un abonnement à la salle de yoga? Alors là, il fallait insérer ce mot yoga” dans le texte, et j’avoue qu’au sujet de cette pratique, c’est une idée qui me traverse très rarement l’esprit. Je pense sérieusement que je manque cruellement de souplesse de corps, et d’esprit, pour parvenir à réaliser les fameuses postures.
C’est l’hiver. Janvier est là et je tourne en rond avec moi-même pour une sempiternelle valse qui n’a plus vraiment de temps. J’ai le temps, rien ne presse. Lorsque j’aurai terminé ma ronde, cette exploration intérieure, je sais que je serai prête à sortir de ma bulle pour aller vers le monde.  Et puis, je lancerai, depuis mon coeur émerveillé, une nouvelle salutation au soleil.  

De Gérard 

Le poète a toujours raison : « Tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide ».Alors qu’elle était en train d’effectuer la posture du chien tête en bas lors de son cours de yoga, une forte idée s’invita et commença à germer dans la tête de Florence.La veille, la XIème rediffusion des « Bronzés font du ski » en ce début d’hiver, avait été la goutte d’eau de trop, faisant déborder un vase personnel déjà plein à ras-bord.Elle décida d’aborder la nouvelle année avec de vraies et bonnes résolutions.Après avoir résilié son abonnement à NETFLIX, elle retourna le poste de télévision géant à écran plat vers le mur, le noyant dans une composition de cadres et affiches de différentes tailles, pour un résultat décoratif surprenant et épatant.Avec un panache certain, Florence venait enfin de décider de dépoussiérer sa vie, de se reprendre en mains, de gérer à nouveau son quotidien elle-même.Finie la routine, l’abrutissement des média, l’oubli de soi.Place à la richesse intérieure ! De Louisiane Cher Elliot, mon petit-fils préféré, (j’aime bien  cette blagounette puisque tu es le seul !) Je réponds tardivement à ton petit mot, pardon mon Pioupiou.J’ai l’impression que l’hiver n’a pas de fin. Je n’aime pas les saisons extrêmes, l’été l’hiver, trop rudes, surtout depuis le dérèglement du climat. Je préfère les saisons intermédiaires, le printemps l’automne, plus nuancés, avec le panache des couleurs que prennent les arbres et la nature en général.Je continue mes séances de yoga qui me font du bien au corps qui vieillit lentement. Le meilleur moment pour moi est, après l’effort, la récompense de la tisane très chaude que nous buvons toutes ensemble à la cafétéria. Je renouvellerai mon abonnement l’été prochain. Ces séances de yoga sont une richesse pour mon corps et mon esprit.Lorsque je rentre à la maison, j’ai du courage pour le grand ménage de la semaine. Dépoussiérage, aspirateur, lavage du sol, machine à laver et repassage. Je n’oublie rien. En fin d’après-midi, je m’allonge dans le canapé, Daisy en fait autant, en allongeant ses pattes entre les coussins et moi, me transmettant sa chaleur. Je regarde un DVD ou une rediffusion d’un documentaire ou d’un film ou en lisant. Tu vois mon chéri, je gère mon temps de retraitée très occupée, c’est une journée dans la vie de ta grand-mère à la retraite. Heureusement qu’il reste des jours pour les parties de tarot, de scopa, et d’atelier d’écriture, et d’autres encore, où je vois mes amies. Et j’ai au moins trois films en retard !Ci-joint les deux mangas que tu m’as demandés, tome 4 et 5, que j’ai trouvés chez le bouquiniste près de chez moi. Dis-moi si tu veux la suite, la série se compose de 12 tomes !!Je t’embrasse très fort mon chéri, à bientôt.Mamie. 

D’Agnès 

Que puis-je me souhaiter pour cette nouvelle année 2024 ?Le plus classique, la reprise du sport comme la marche active ou la natation que je pratique régulièrement, sans passer nécessairement par un abonnement à une salle de sport.Il est vrai que la température extérieure de l’hiver n’incite pas à se plonger dans une eau froide de piscine, alors que je ne rêve que de spa, de détente, de plages immenses et désertiques. La marche en effet me semble plus évidente à mettre en place. Et pourquoi pas m’essayer à un sport d’intérieur comme le yoga, à condition que j’arrive à m’affranchir de ma pensée limitante que le yoga est réservé aux corps minces et souples.Dépoussiérer mes armoires pour me désencombrer du superflu, de l’inutile selon la méthode de Marie Kondo, dont il faudrait d’ailleurs que je m’achète le livre.Prendre du temps, ralentir – ce qu’actuellement je suis incapable de faire – savourer la lecture d’un bon roman au coin de sa cheminée dans un fauteuil confortable, une tasse fumante de tisane à la menthe posée sur la table basse attenante.Fréquenter de nouveau les salles de cinéma que j’avais un peu délaissées ces derniers temps pour redécouvrir des rediffusions de vieux films culte ou encore de bonnes séries pour ma culture personnelle.Apprendre à mieux gérer mes émotions ou les accepter tout simplement et lâcher prise avec elles.Déguster du fromage ou des petits mets gustatifs, si délicieux en bouche, avec parcimonie pour mieux les apprécier et également pour le bien-être de mon corps.Sortir de ma zone de confort pour oser, tenter, prendre des chemins de traverse, me tromper de route, mais en en retirant la satisfaction intérieure d’avoir au moins essayé et d’apprendre de mes erreurs.Ne pas rechercher à tout prix à amasser la richesse pécuniaire, mais prendre conscience de sa richesse intérieure, du panache de ses ressources cachées, de ce que l’on a, sans toujours vouloir courir après ce que l’on ne possède pas, ou envier les autres.Poursuivre mes ateliers de théâtre commencés l’année dernière pour lutter contre l’oubli de mots qui s’insère si facilement dans mon cerveau et se faire plaisir quelques instants dans la peau d’une autre, loin de celle que je suis.Continuer à créer du lien, rencontrer de nouvelles personnes, échanger sur tout et rien, se satisfaire de sujets de conversation improvisés ou basiques qui mettent du baume au cœur.Continuer à lire et à écrire parce que les deux sont étroitement liés, de laisser surprendre par la lecture de nouveaux auteurs, et par sa capacité à se laisser guider par son inspiration spontanée, à laisser éclore sa créativité à travers les mots.Et pour conclure, l’essentiel, être heureuse et sereine. 

De Ania (proposition d’écriture N° 185) 

As-tu déjà écouté une chanson qui t’a à la fois fait mal au cœur et procurer du bonheur, mais pas parce qu’elle t’évoquait un souvenir ou un autre truck du genre ? Tout d’un coup, tu as les lèvres qui veulent esquisser un sourire mais tu te rends compte qu’elles tremblent. Et tu sens une brume qui s’abat sur tes yeux. Et tu sens que tu vas pleurer, mais ce n’est ni de la tristesse ni de la joie, tu sens juste qu’une sensation étrange, nouvelle et agréable t’envahit et que tu ne pourras pas l’éviter. Et tu sens que tu ne veux pas l’éviter.D’abord, il y a eu la guitare qui lança un appel au piano, ensuite rejoint par le violon et enfin par un tambour, je crois. Ils se sont lancés dans un rythme lancinant. Mon être participait à cette mélodie sans savoir comment. Peut-être était-ce dû au balancement de mon corps ? A gauche, à droite, symétrique au millimètre près de ma position initiale, telle l’aiguille d’un métronome. Brusquement, j’ai senti que l’on m’attrapait le cœur, on le pressait, délicatement comme pour mieux conduire ses battements. C’était douloureux mais c’était avant tout suave. Doux, sucré telle une étreinte vigoureuse. Cette étreinte, ce fut elle qui me la donna, Rosy.A l’instant où sa voix s’était élevée, le temps s’était figé. Les autres instruments avaient bien deviné qu’il fallait lui céder la place. Il fallait de l’espace à son charme et à sa poésie. En une seule note, elle s’imposa et le temps ne put reprendre son cours que lorsqu’elle la termina. Ce ne fut qu’après cela qu’elle donna la permission aux instruments de l’accompagner et au temps de reprendre son cours. A l’unisson, ils se remirent alors à jouer, du moins je le crois. Je ne les percevais plus vraiment, j’avais été envoûté par cette voix argentine qui psalmodiait dans je ne sais quel langage. Elle roulait les ‘r’ et tirait sur les ‘s’. Ses ‘a’ étaient presque toujours lancés dans une envolée lyrique. Son chant était ponctué d’interjections aux intonations péremptoires qui laissaient deviner une femme forte ; une sorte de matriarche qui, bien que sensible et aimante, abhorrait le laxisme et qui surtout, ne montrait jamais ses peines. C’était tout mon contraire, moi le timoré, moi le pleurnichard… Cependant, l’entendre m’enhardissait, ou alors était-ce le contraire ? Il me semblait qu’il en fallait de la témérité pour oser l’écouter. Elle ne chantait pas pour les lâches, elle. Elle, elle exaltait le guerrier et bravait l’audacieux. Elle toisait les dieux, elle. C’était donc cela que je ressentais, ce sentiment de fierté teinté de courage et de joie que l’on éprouvait en osant affronter ses peurs.Les yeux fermés, j’ai vu ces lèvres rosées et pulpeuses d’où s’échappaient les sons qui m’enivraient. Rosy me fixait avec un air de défi et je peinais à soutenir son regard. Mais je sentais que ce serait la décevoir que de faillir. Il me fallait gagner son respect. Je tins bon. J’en fus récompensé, elle s’approcha de moi, tout près, si près que je sentis son souffle, que je sentis ma peau vibrer sous ses notes, sous ses ‘r’ qu’elles roulaient, sous ses ‘s’ qu’elle tirait, sous ses ‘a’ qu’elle projetait. Elle continuait à me serrer le cœur et à le relâcher sur le rythme de la chanson. Je sentis sa poitrine se presser contre la mienne, ses doigts m’effleurer les cheveux. Je sentis son nez flirter avec le mien. Et lorsque j’entrepris d’imbriquer mes lèvres fiévreuses de désir avec les siennes, elle s’éloigna comme happée en arrière par le vide. Les bras tendus, je voulus alors la retenir, mais déjà nos doigts ne pouvaient plus se toucher et elle disparaissait, m’abandonnant dans une nuit sans lune.Je rouvris les yeux, la chanson était finie et une larme s’écrasait sur ma peau. 

De Françoise V 

En hiver, la vie est plus commodément à l’intérieur des maisons. Je suis plus apte à dépoussiérer qu’à la belle saison où je cultive l’oubli du ménage au profit des sorties dans la nature et dans mon jardin. Durant cette période froide, de gel, de neige, de tempête, j’use et j’abuse de rediffusions des émissions télévisées qui me font du bien au moral : je choisis les séries qui me font rire, car le rire est un antidépresseur nécessaire, je n’hésite pas à en profiter et à le cultiver. Il en va de même avec les réceptions et les invitations galettes chez les amis pour se soutenir le moral tout au long de la saison hivernale. C’est une façon facile de gérer mon emploi du temps, me laissant guider par dame météo à laquelle l’abonnement est au quotidien…celui-là est sain et gratuit.Ce choix de vie devient une richesse pour moi, voir un panache, car je suis le rythme des saisons tout en continuant à faire du yoga régulièrement et à boire ma tisane plusieurs fois par jour. J’avoue que j’ai la chance de n’avoir subi aucun dégât des colères du ciel et de la terre, me permettant d’apprécier ma douce vie telle qu’elle est, dans la paix loin des violences et de la guerre.  Que demanderais-je de plus ?  

De Michel 

Douloureuse addiction 

Christian, comme chaque matin, fréquentait le bistrot de son quartier. Il ne s’installait jamais au bar, préférant s’attabler au fond de l’établissement. Cette position lui permettait d’observer la file de clients s’agglutiner devant le comptoir pour l’achat de jeux les plus divers.Il avait connu cette habitude de gratter, gratter encore pour découvrir la case où invariablement s’affichait le mot « perdu ». Bien sûr de temps en temps, il gagnait une petite somme qui lui permettait, le croyait-il, de multiplier ses gains. Il achetait alors de nouveaux tickets.Il en vint à se quereller avec Marianne, sa meilleure amie, qui s’était permis de lui dire qu’il devrait cesser de jouer, du moins de modérer. Il était conscient qu’il était tombé dans une véritable addiction, mais ne pouvait s’en empêcher. Il lui devenait de plus en plus difficile de gérer les fins de mois. Il dût faire un choix douloureux. Il calcula que le prix de son journal représentait un bon nombre de tickets à gratter, alors il décida de résilier son abonnement. Cela ne suffit pas, loin s’en faut, pour le sortir d’une situation financière catastrophique.L’hiver dernier, une mauvaise grippe le cloua plusieurs jours au lit. Pendant cette période d’isolement, il eut le temps de réfléchir. Il réalisa que cette habitude compulsive, au lieu de lui apporter la richesse, l’entraînait au fond d’un gouffre, que cet espoir de fortune était illusoire. Il remplaça la case « perdu » par celle de « l’oubli », en mettant fin à sa mauvaise habitude.Depuis, enviait-il ceux qui avec des gestes frénétiques grattaient et grattaient encore ? La plupart d’entre eux, d’un geste rageur, déchiraient leurs tickets avant de les jeter dans la corbeille où s’agglutinaient des monceaux de cartons multicolores. Ce spectacle journalier, telle la rediffusion d’un documentaire trop souvent vu et revu, le confortait dans sa décision. Il n’en tirait cependant aucun panache, il n’avait pas vraiment eu le choix. Un brin de nostalgie souvent l’envahissait au souvenir de l’excitation qu’il éprouvait quand il avait encore l’espoir de gagner. Oui, sans doute était-il guéri, mais à quel prix ? Son café noir, serré comme il aimait à le commander, avait maintenant un goût de tisane trop longtemps infusée, celui de l’amertume d’un passé révolu.Plongé dans ses pensées moroses, il fut surpris en entendant Marianne qu’il n’avait pas vu entrer :- Bonjour Christian, alors tu tiens le coup ?- Comme tu le vois oui, j’ai fait le vide dans ma vie.- On ne peut faire place nette sans dépoussiérer les scories de son existence !- Jolie formule, c’est de qui ?- C’est de moi, alors comment vas-tu ?- Rien ne va mais toi, comment fais-tu pour rester si zen ?- Mais le yoga mon ami, le yoga !- Le yoga, joli mot en quatre lettres qui peut rapporter pas mal de points au Scrabble si on sait où le placer !- A la bonne heure, tu n’as perdu le sens de l’humour ! Si tu veux je passe te prendre à 17 heures, tu pourrais m’accompagner à ma prochaine séance.- Bof, le yoga, pourquoi pas.  

De Dominique  

LA MAISON 

Ce soir, dans l’obscurité de cette nuit glaciale, une tasse de tisane à la main, je respire l’odeur de souvenirs sans joie. Installée dans un vieux sofa sous la pergola, je sais que j’ai eu tort de m’infliger ces quelques jours dans cette maison sans âme. C’est une soirée d’hiver comme les autres pour ce coin perdu. Une nuit noire d’une épaisseur suffocante. Aucune étoile, pas la moindre lueur à l’horizon. Depuis environ deux mois, je m’attarde dans cette résidence familiale que j’étais venue dépoussiérer, quelques semaines après que mon père nous a définitivement quittés. La seule richesse que mes parents s’étaient évertués à conserver malgré mes conseils. « Toute une vie de labeur dans le seul but de te laisser quelque chose », aimaient-ils me rappeler, tandis que se dessinaient en moi les prémices d’une colère imminente. Car je n’avais jamais rien demandé, par peur justement de m’entendre reprocher la moindre chose que ces deux m’auraient octroyée. Je détestais depuis toujours cette bâtisse sans âme. Car mes parents savaient, comme moi, que si elle était la seule chose qu’ils m’avaient laissée, c’était pour la simple raison qu’ils m’avaient signifié dès mon premier salaire que je devrais participer à son financement. Je dus donc leur offrir chaque mois la moitié de mon appointement, afin qu’ils puissent venir à bout du crédit qu’ils avaient contracté sans me concerter. J’avais même cessé mes cours deyoga, n’ayant plus les moyens de les financer. « Après tout, ne deviendrais-je pas un jour l’unique héritière de la fameuse bâtisse ? Un projet qui n’aurait jamais abouti sans mon aide précieuse ». Avec panache et d’une régularité maniaque, je concédais mensuellement à mes chers parents, une somme considérable. C’est ma mère, qui avait à charge de gérer l’affaire. Mon père, bien trop lâche, mais conscient du manque de noblesse de ce marchandage, s’était mis en tête qu’un jour, cet abus audacieux tomberait dans l’oubli. Néanmoins, jamais, je ne m’étais rabaissée à leur offrir cette faveur. Je n’oubliais pas, bien au contraire et pris un abonnement au cercle des rancunes tenaces.Ce soir, engoncée dans un vieux plaid imprégné d’une odeur d’humidité, ma tristesse est immense. Comme une rediffusion de tous ces moments perdus à m’ennuyer dans cette vaste demeure où jamais rien ne se passait. Entre elle et moi, aucun lien ne s’était tissé. Pour beaucoup, la moindre évocation d’une maison d’enfance ravive de joyeuses émotions.  De Noëls au coin du feu, de batailles dans la neige. Des souvenirs de bonheurs familiaux, de tantes, oncles, cousins, cousines réunis autour de grandes tables lors de longues journées estivales. Mes souvenirs à moi se cognent, s’entrechoquent. Amers, ils sont de ceux qui hantent, bouleversent en venant raviver une sèche amertume. Il est temps que je rentre me réchauffer au coin du feu. Demain, je regagnerai mon appartement en ville. Nulles grandes choses à espérer. Cette maison ne m’évoque décidément rien de bon.  

De Christine 

Nelly grelotte en rentant de son cours de yoga. Elle presse le pas. Il faut dire que l’hiver est bien installé depuis trois jours avec son lot de vent du nord et de neige. Il est dix-huit heures et le thermomètre de la véranda affiche déjà moins six degrés. Ça va piquer cette nuit. Son petit chat tigré Filou bondit de derrière le muret du jardin pour profiter de la porte ouverte.Elle se dépêche de refermer derrière elle, Filou sur les talons quémandant des croquettes. Le chien a un maître, le chat a un esclave, se rappelle-t-elle. C’est bien vrai. Après l’avoir nourri, elle se dirige directement sous une douche brûlante. Que ça fait du bien !Son mari Nicolas regarde une rediffusion du Clan des Siciliens sur la chaîne à abonnement qu’elle lui a offert comme cadeau de Noël. Un de ses films fétiches car il y retrouve tout le panache du cinéma français de la grande époque avec Gabin, Delon et Ventura. Que demander de mieux ?Elle préfère s’installer au coin du feu dans son vieux fauteuil râpé préféré, un plaid sur les genoux, un mug de tisane de mélisse et des petits biscuits à l’anis de sa fabrication à portée de main. Filou a fini sa gamelle et d’un bond souple, vient se pelotonner sur ses genoux. Elle soupire d’aise. Elle est bien là à regarder les flammes danser et elle pense à ceux qui n’ont pas de toit par cette nuit glaciale. Elle, elle a toute les richesses du monde, un toit au-dessus de la tête, une famille aimante et des douceurs à portée de main.Mais la journée n’est pas terminée. Elle s’était promis de reprendre l’écriture de son roman ce soir. Maintenant qu’elle est bien détendue, elle dépose Filou sur le tapis, mais il n’est pas d’accord et grogne de mécontentement. Du coup, il file direct sur les genoux plus accueillants de Nicolas. Désolée pour Filou, mais elle veut absolument relire son dernier chapitre pour le dépoussiérer, car elle le trouve trop chargé. Trop d’adjectifs et d’adverbes.  Elle risque de noyer son lecteur. En plus, il faut qu’elle arrive à gérer deux histoires en parallèle séparées de quelques années. Il est facile de faire un oubli et de perdre la cohérence.Une fois cette tâche terminée, il sera temps de dîner et ensuite elle pourra se replonger avec délice dans le dernier roman de Stephen King, son auteur préféré. Elle a tellement envie de connaître la suite de l’intrigue qu’elle serait bien capable de faire nuit blanche.Ah, si elle pouvait avoir le dixième de son talent…  

 De Saxof 

LES LIVRES

Descendante d’une famille d’aristocrates, la richesse a toujours fait partie de ma vie, et la gérer est un réel plaisir que je réalise chaque semaine, avec panache pour toute la tribu.  
Mon travail essentiel consiste à éditer des livres. Oui, je suis éditrice et ceux qui sont à mon nom sont préparés par mon frère, qui est donc mon nègre, mais sur les sujets que je choisis et que je lui soumets, je lui donne mes bases qu’il met en page et je prends en charge la suite, en relisant et modifiant quelques passages.  Le dernier sorti est le 3eme tome de la saga familiale, j’ai encore tant de choses à raconter qu’il y aura peut-être une dizaine d’ouvrages, au total.Je mets beaucoup de modernité dans mes récits, afin de dépoussiérer l’arbre généalogique et les différents sujets captivants. Je passe beaucoup de temps à charger le dictaphone de mes idées et trouvailles, pour Gérald, mon frère, qu’il écoute en rediffusion. Je suis aussi happée par les conférences multiples, les signatures de mes livres. Ma vie est un véritable courant d’air, entrecoupé de temps de pause trop courts, devant ma tisane préférée à la rhubarbe.L’hiver est toujours plus calme et me donne cette possibilité de vacances en station de skis sur une quinzaine de jours. Un séjour de plaisir que je partage avec mon complice, durant lequel il est interdit de parler travail. Quelques moments d’oubli et de détente qui nous ressourcent.
L’été, je ne me donne pas la possibilité de quitter mon job et je me requinque régulièrement par des cours de yoga à domicile pour lesquels j’ai pris un abonnement, afin de ne pas pouvoir abandonner au premier obstacle. Un rendez-vous hebdomadaire bénéfique.

Je jette un œil sur ma montre qui indique 2h10, il est temps de dormir, demain matin j’ai un rendez-vous important avec un écrivain qui me semble être une bonne recrue. 

De Séverine  

Il s’en était fallu de peu pour que la tasse lui échappe des mains. Elle inspira profondément, secoua la tête et se redressa. L’heure n’était pas à la maladresse ou quelconque rêverie. Elle but une gorgée de sa tisane, oubliée sur un coin de table, trop longtemps infusée et déjà froide, puis observa le ballet de l’hiver à travers la fenêtre. Un fin voile blanc recouvrait la table et les chaises en fer forgé, souvenir à peine perceptible de la gelée matinale. On n’entendait aucun bruit, le voile recouvrait même les faibles bruissements du jardin. On aurait dit un linceul au-dessus d’un corps meurtri. Vraiment, elle n’aimait pas l’hiver ! Que de pensées sinistres !Elle rinça sa tasse et la posa sur l’égouttoir. Il est l’heure de partir maintenant. Elle enfila son manteau, écharpe et gants et d’un geste souple, quitta le doux cocon de la maison. Elle traversa le jardin, les pas étouffés par la fine couche de neige et arriva sur le trottoir. Quelques rues la séparaient de la gare, mais ses bottes restaient figées sur le trottoir. Elle n’avait pas envie d’y aller, mais elle n’avait pas le choix. A quoi bon tergiverser quand on ne peut plus reculer ? Longtemps, elle avait rêvé à d’autres cieux. Elle s’était imaginée vibrante au cœur d’une capitale asiatique, attentive aux bords d’une falaise néo-zélandaise à observer les manchots à œil jaune, professeur de yoga à San Francisco, chef étoilé au cœur d’un vignoble sud-africain… Tout, sauf cette banlieue sans panache, sans histoire, sans lumière ni richesse. Son train entra enfin en gare et elle chassa de son esprit ces projets qui ne verraient jamais le jour. Aujourd’hui, sa vie c’était ici, et son futur dépendait sans doute de ce rendez-vous qui l’attendait, là-bas de l’autre côté des rails. Elle trouva une place et posa sa tête contre la vitre. Elle entendait encore sa mère lui invectiver : « Ne pose pas ton front sur cette vitre ! Elle est sale et sûrement pleine de microbes ! ». Elle sourit à l’évocation de ce souvenir. Sa chère mère, sa pauvre mère ! Si seulement elle savait toute la saleté, tous les microbes qui s’étaient accumulés depuis. Tout ce qu’il aurait fallu nettoyer, dépoussiérer, désinfecter ! Elle soupire encore. Plus que quatre stations, et elle arriverait à son point de rendez-vous. Quelqu’un vint s’asseoir près d’elle. Elle l’observa du coin de l’œil et sourit discrètement en se disant que cette personne lui faisait penser à Jacques Villeret dans « Le dîner de cons. Elle avait revu la rediffusion de ce film il y a quelques jours et avait ri comme elle n’avait pas ri depuis longtemps. Un rire simple, un rire franc, un rire exutoire. Il faudrait qu’elle songe à résilier son abonnement de chaînes satellitaires. Ça et encore bien d’autres choses à gérer encore. Si seulement… Si seulement, au bout de ces quatre stations (plus que deux à présent) il y avait un début d’espérance ou une main tendue, qui signifierait qu’elle ne serait pas seule. Qu’elle ne serait plus seule. Son voisin se leva en murmurant un faible au revoir. Aurait-il vu la petite larme qu’elle pensait imperceptible et qui s’était échappée de son œil ? Elle sourit encore en repensant à Villeret, à Lhermitte, à Juste Leblanc… La voilà à destination. Pour un autre voyage dont elle ignorait l’itinéraire. Elle sauta du train et avança comme une automate le long des couloirs, insensible aux bruits, aux odeurs, au monde autour d’elle. Elle sentait déjà qu’elle était en train de perdre un peu de sensibilité, d’humanité. Qu’en serait-il bientôt ? Aurait-elle tout perdu ?Une fois sortie de la gare, elle inspira longuement. L’air était frais, les flocons avaient du mal à tenir, et oscillaient entre glace et eau. Elle ne savait plus s’il neigeait ou s’il pleuvait. Elle se demanda si elle savait encore des choses, si elle savait encore qui elle était et ce qu’elle allait devenir. Elle inspira encore une fois profondément et poussa la lourde porte cochère.  

De Lisa 

Voici les infos du jour du Journal locale : 

-L’association des gymnastes souhaite démontrer du Yoga ce samedi. L’entrée est gratuite. L’ouverture est prévue de 09h00 à 18h00. Venez nombreux.-Au café de chez « Marcelline », la patronne veut dépoussiérer les habitudes de ses clients et offre aux 20 premiers entrants, une tisane orange/citron de sa production artisanale.-A la salle des fêtes du bourg, le club « cinéma » gère la rediffusion du film ET, qui est réservé aux abonnements.-La mairie souhaite rendre hommage aux soldats dans l’oubli de toutes les guerres de leurs enfants du village. -Pour finir, ayons du panache pour cet hiver , où cette neige est venue nous dire bonjour et a donné toute sa richesse de nous rappeler de rester au chaud. Merci « Madame » 

De Marine 

Un soir d’hiver comme les autres. 

Sans même m’en rendre compte, j’allume la télévision et vaque à mes occupations. C’est devenu une sorte d’habitude, de rituel au moment de rentrer chez moi, le soir, après le travail. Je le fais machinalement, comme sous hypnose, en état modifié de conscience. Je la laisse tourner en fond. Ça comble le silence ambiant. Ça m’aide à ne pas trop penser. À gérer mon stress, mon angoisse du vide.Je tombe sur la rediffusion d’une émission de télévision française. Une sorte de talk-show qui parle de sujets d’actualités, mais de façon assez vulgarisée, simplifiée. Ça me va très bien. Mon cerveau a juste besoin d’une pause de quelques minutes pendant lesquelles je sirote une tisane “relax” bien chaude.Pendant un instant, je déconnecte avec le monde réel. C’est ce que je recherche : un oubli de soi, une fuite de la Vie elle-même.Après quelques mouvement de yoga pour remettre mon corps en mouvement, je retrouve le panache nécessaire pour faire un brin de ménage. Au moins, dépoussiérer cette table sur laquelle s’est amoncelée la pile branlante d’un magazine dont l’abonnement arrive à expiration. Encore un achat compulsif qui comble une brèche qui, un jour je l’espère, sera colmatée, et que je retrouverai enfin ma Souveraineté, ma richesse intérieure. 

De Nicole 

Les pensées d’un Yogi Yogi Shama Takur dans sa tenue traditionnelle est frileux.L’hiver grelotte.Les abonnements yoga se font rares à cette saison.Il sirote sa tisane dite du « Sans Souci ».Un délice de bien-être.La méditation et le Hatha Yoga l’aident à gérer ses émotions et s’unir, raconter, renforcer sa connexion avec l’univers.Alors, le yogi dépoussière l’oubli de ses vies intérieures.Il retrouve les richesses de son âme transmigrante,comme une rediffusion du Samsara, encore et encore.L’éternité se fait longue, avant d’atteindre avec panache le Nirvana… 

De Chantal 

L’hiver s’installe doucement dans ce coin reculé de montagne. La neige a profité de la nuit pour recouvrir en catimini l’herbe auparavant roussie. Les arbres tendent leurs membres amaigris aux flocons qui continuent à flotter doucement dans l’air gelé. Annelise s’installe devant la fenêtre, sa tisane à la main. Chaque année, les premières neiges l’hypnotisent, la clouent devant l’écran de cette nature qui se métamorphose, comme la rediffusion d’un film qu’on ne se lasse pas de regarder encore et encore. Pourtant, depuis toutes ces années, elle devrait être blasée. Quatre-vingts ans qu’elle vit ce moment magique qui annonce Noël et surtout l’arrivée de ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants. D’un coup, sa solitude s’abolit pour faire place à des volcans en pleine éruption. Les plus petits surtout déboulent avec l’impatience de l’enfance : « Mamie, Mamie, viens, on va faire un bonhomme de neige, Mamie, Mamie, c’est quand que tu fais ton gâteau si bon qu’on mangera avec les confitures de mûres qu’on a fait avec toi cet été ? Mamie, Mamie, c’est quand qu’il vient le Père Noël ? ». Chacun choisit sa chambre, il y a de quoi faire dans cette grande maison. Les cousins, petits et grands ne se posent pas de question, il y a la chambre des ados, celle des plus jeunes. Les bébés dorment encore avec leurs parents, mais ça ne durera pas. D’ailleurs, Annelise n’a pas oublié qu’elle va faire la connaissance du petit nouveau, un petit garçon né il y a trois mois. Elle a hâte de le rencontrer, de le prendre dans ses bras, de le cajoler. Ils vont devoir s’apprivoiser l’un l’autre et ça, c’est sa richesse à Annelise, ces liens forts qu’elle a su tisser avec ses enfants, puis avec toute la tribu, malgré l’éloignement, le temps qui passe, les divergences parfois. Malgré son époux, que Dieu, s’il existe, ait son âme, qui lui, ne savait pas bien gérer tout ce qui avait trait aux relations humaines. Taiseux, volcanique, pourtant pas vraiment méchant, plutôt maladroit… Ah, il avait fallu qu’elle déploie des monceaux de patience et de négociations entre lui et les enfants. L’adolescence des uns et des autres ne s’était pas toujours déroulée comme un long fleuve tranquille. Mais avec le recul, lorsqu’elle dépoussière ses souvenirs, elle trouve qu’elle a traversé la vie avec panache. En aucun cas, elle ne ferait le chemin à l’envers, non, mais elle n’a aucun regret, sa vie s’est déroulée avec ses hauts et ses bas, bien sûr, mais une bonne fée a dû se pencher sur son berceau pour lui concéder un abonnement à vie à la joie de vivre, à l’amour des autres. Il est sûr que le yoga, la méditation, la sophrologie l’ont aidée à garder le cap. Elle a eu la chance de découvrir ces disciplines alors qu’elle était encore très jeune, avant qu’elles ne soient à la mode. Mais peut-être a-t-elle su l’apprivoiser, la chance, à chaque fois qu’elle s’est présentée.  Annelise pose sa tisane, s’arrache à ce magnifique spectacle. En attendant les enfants, il y a bien des choses à faire !  

De Francis  

Les ‘SANS’ 

Depuis quelques temps il existe des journées, des semaines, des mois ‘SANS’. Aujourd’hui 21 décembre, au cœur de l’hiver, j’ai décidé que ce serait ma journée « sans emploi du temps ».Une journée unique, complète, sans gérer quoique ce soit, où je vais dépoussiérer mon quotidien. Durant cette journée, je vais piloter à vue. Ce sera le calme complet, l’improvisation totale, celle du vivre décontracté avec douceur, avec les sensations, le parfum du yoga. Pas une seule contrainte, la richesse de la liberté incommensurable du laisser-aller, au diable le téléphone, la télévision, les journaux, haro sur les abonnements.Et pour clore cette journée, une tisane auprès de la cheminée où les bûches vont crépiter  et si l’envie me prend, regarder une rediffusion où le héros triomphe avec panache.Ma prochaine journée sera celle du « sans penser au passé ».

De Corinne  

L’avent et Noël sont déjà loin derrière nous, la Saint Sylvestre s’en est allée ; nous voilà déjà à la mi-janvier, nichée au cœur de la saison d’hiver. La liste des bonnes résolutions de début d’année, à peine écrite qu’aussitôt oubliée, contenait sans surprise, l’abonnement au yoga et la promesse de stopper les soirées télé aux sempiternelles et soporifiques rediffusions.Mais il flottait dans l’air comme un parfum de nouveauté. Début décembre, un tout premier atelier d’écriture, aussi rafraîchissant qu’enthousiasmant, avait ouvert la porte vers de nouveaux horizons. Quelques clics plus tard, lors de recherches sur la toile afin de préparer un atelier que j’avais envie de proposer à notre club de lecture, le hasard ou les algorithmes, peu importe, me guidèrent vers le blog de Laurence.Des courriels bienveillants m’ont ensuite invitée à lire les textes écrits par les personnes inscrites sur le blog et ce fut un enchantement : éclectisme, variété et richesse infinies des thèmes, styles, sensibilités, le tout soutenu par une solide trame de valeurs communes, respect, envie de partage, l’humain, comme fil conducteur, tout simplement.Alors oui, c’est décidé, une seule excellente résolution pour cette nouvelle année, rejoindre le cercle des plumes de Laurence et me lancer avec vous dans la grande aventure de l’écriture !Le temps de dépoussiérer de vieux cahiers d’écolier et d’y laisser caracoler en simple et fidèle coursier mon crayon à papier, confortablement installée devant un inspirant et chaleureux feu de cheminée, une tasse de tisane à portée de main, me voilà partie pour une séance où l’oubli doit permettre de me retrouver. Car oui, des contraintes naît la liberté, gérer tout en laisser-aller, tout un équilibre à trouver et la magie commence à opérer. Bien loin du panache éphémère où se consument les égos surdimensionnés, je ne recherche même pas un succès d’estime, je suis simplement heureuse de vous rejoindre dans le cocon douillet des plumes de Laurence. Je me doute bien que l’expérience sera parfois plus difficile, la plume écorchée sera trempée d’acide, l’encre aura la couleur des ténèbres, mais le souffle créatif en sortira toujours vainqueur, j’en suis sûre. Merci de m’accueillir parmi vous et bonne année avec ou sans bonne résolution ! .….       

De Claudine 

UNE JOURNEE PRESQU’ORDINAIRE

L’hiver semble s’éloigner à petits pas. Dans quelques semaines, l’incroyable palette de couleurs qui fait la richesse des lieux explosera dans quelques semaines en gerbes multicolores. Il faut un certain courage pour mériter ce lieu enfoui dans la campagne profonde, lové entre une rivière et une forêt de peupliers, planté au milieu de nulle part. Lieu endormi depuis des décennies que Livia et son mari ont sorti de l’oubli à grands renforts d’amour et de travail acharné. Pour Livia, ce fut un retour vers son enfance. Cette enfance heureuse entourée par la chaleur tendre de sa grand-mère aujourd’hui disparue.Allongée dans la véranda, une tasse de tisane de thym posée près d’elle, elle se remémore ces temps heureux ou les rires emplissaient la maison. Elle regarde le jardin et ne peut s’empêcher de plonger dans la nostalgie. Il faut gérer tes émotions, se dit elle à chaque fois qu’elle revient à « La Cachette ». Elle a décidé de dépoussiérer un pan de l’histoire familiale, pour ses enfants et petits-enfants en écrivant l’histoire de ce havre de paix. Elle se repasse quelques vidéos, histoire de se rafraîchir la mémoire. Malgré les nombreuses rediffusions de ces instants à jamais disparus, elle pense que tout est encore bien clair sur l’écran. Elle sourit en regardant grand Ma s’affairer dans cet espace où tout respirait le bonheur. Grand Ma avait un don pour faire tout pousser, elle chantait en désherbant, en plantant, en binant, d’une voix pas très juste, qui résonnait jusque fond de l’immense jardin. Livia enfant n’aimait que moyennement le jardinage, seul le plaisir d’être avec sa grand-mère et de profiter des fleurs, des papillons, des oiseaux, lui donnait l’envie d’être là. Le jardinage n’était pas sa tasse de thé.-Ma poussinette, tout est une question de patience ; tu feras des erreurs, tu auras des échecs, mais il faudra toujours persévérer. Pour le jardin, mais aussi pour tous les moments de ta vie.Jardiner, c’est aujourd’hui pour Livia comme une séance de yoga, pas besoin d’abonnement dans une salle. Elle passe beaucoup de temps à observer ses plantations qu’elle réussit désormais ; ce qui se passe sous ses yeux est un plaisir de chaque instant. Elle connait presque tous ses arbres par leur nom.
Oui Mamie tu avais raison pour jardiner, il en faut de la patience et de la persévérance avant d’obtenir une réussite dans un potager.Et ensuite quel plaisir de se poser après le labeur, une bonne tasse de thé fumant sur la table. Livia regarde voler tous ces oiseaux qui peuplent les lieux ; ah leur chant ! Je ne me lasse pas d’écouter ces mélodies qui ont chacune leur particularité. Bizarre, les corneilles semblent aboyer. Ses yeux s’arrêtent longuement sur le parc planté par son grand amour, Stéphane, qui a géré avec maestria cette friche. Elle ne veut pas que ce lieu tombe à nouveau dans l’oubli. Seule désormais, elle sait qu’arrive son hiver à elle et que bientôt ses yeux reverront tous ses amours. Quelle richesse a été ma vie, se dit elle et c’est l’heure de sortir de la scène avec panache.  

De Marie-Josée  

La menace 

Christelle rangeait soigneusement sa tunique blanche et le thermos vide dans son sac. Elle avait fait goûter sa dernière création à ses élèves et les échantillons de sa tisane « hiver douillet » avaient vite trouvé preneur. Elle savait qu’elle pouvait compter sur eux pour en faire la promotion sur les réseaux sociaux et leurs commentaires élogieux boosteraient la vente.Elle n’était pas seulement professeur de yoga, mais elle proposait également des séances de constellations familiales et de guidance. Elle enchaînait les salons, les stages, les dédicaces de son livre, les interviews. Elle avait toujours été attirée par les spiritualités orientales et elle surfait sur la vague. Son voyage en Inde et son séjour dans un ashram auprès d’un obscur sage avaient fait l’objet d’un livre qui, contrairement à toute attente, cartonnait. Les abonnements sur sa chaîne YouTube avaient triplé et les séances de yoga étaient pleines à craquer. De plus en plus friands de toutes les pratiques soi-disant de bien-être et de spiritualité, les gens étaient prêts à dépenser sans compter pour leur bien-être, faisant ainsi la richesse de personnes parfois mal intentionnées. Elle se passionnait depuis peu pour les voyages astraux et avait fait un stage récemment. Elle avait enregistré un podcast à ce sujet et le proposait en rediffusion à tous les internautes, espérant encore gagner en visibilité et agrandir sa communauté. Finie l’époque où elle tirait les cartes à son entourage pour des clopinettes, maintenant, elle se faisait payer à prix d’or. Des noms prestigieux figuraient dans son carnet d’adresses et elle était fière qu’ils fassent appel à elle pour des séances de relaxation ou des tirages de tarot.Plus une minute à perdre. Son train pour Paris partait dans une heure. Elle avait juste le temps de se changer, de prendre ses bagages et filer à la gare.Elle avait quitté la capitale il y a quelques années et rien que l’idée de devoir y retourner lui donnait le tournis, mais son envie de participer au Festival du Livre avait eu raison de ses appréhensions. Sa séance de dédicaces était prévue le deuxième jour, elle avait donc réservé une chambre d’hôtel à proximité, elle pouvait désormais se le permettre. Elle n’avait pas du tout envie de retourner dans son ancien quartier, ni de revoir des personnes qu’elle avait côtoyées dans sa jeunesse. Elle avait rangé les souvenirs trop douloureux dans le carton « oubli » et ne comptait pas le dépoussiérer et encore moins l’ouvrir. Au fil du temps, elle avait appris à gérer ses angoisses et se croyait à l’abri des assauts émotionnels.Le train se mit en branle. Confortablement calée dans son siège, elle regardait défiler le paysage en un premier temps, mais ne résista pas à l’envie de se connecter aux réseaux sociaux. Un commentaire sur Instagram de l’un de ses followers l’intrigua un peu. Évidemment, la personne se cachait derrière un pseudonyme, mais n’avait-elle pas fait de même, voire pire ? Elle avait changé son nom, et même son apparence. Elle camouflait ses magnifiques yeux verts par des lentilles couleurs marron et sa chevelure rousse par une perruque blonde. Elle avait pris l’habitude de zapper les commentaires désagréables, mais elle décela une menace dans celui-ci. Il y avait des similitudes avec celles que Chloé proférait et qu’elle tentait désespérément d’effacer de sa mémoire. Par moments, elle y parvenait, mais ce commentaire faisait tout remonter à la surface.Chloé était son amie d’enfance et c’est grâce à elle ou à cause d’elle qu’elle a commencé sa carrière sur Internet. Elle était quelque peu perchée, comme la qualifiaient leurs amis, attirée par les pratiques et les rituels divers et variés. C’est elle qui lui fit découvrir le yoga et l’initia au Tarot. Elles commencèrent à faire des vidéos qui eurent un certain succès, mais le caractère instable de Chloé qui sombrait dans l’alcool et les drogues fit capoter leur blog. Christelle tenta de l’aider au début, mais voyant que c’était peine perdue, elle s’était éloignée d’elle. Christelle partit en Inde pendant un an. Elle n’avait plus de nouvelles de Chloé qui semblait s’être volatilisée. À son retour, elle changea de quartier et donna des cours de yoga en ligne, via une nouvelle chaîne qu’elle avait créée. Le succès ne se fit pas attendre, Chloé la contacta par ce biais et c’est là que le cauchemar avait commencé. Jalouse de sa réussite, elle commença par lui demander de l’argent. N’en obtenant pas, elle la bombardait de commentaires haineux et diffamatoires, puis elle passa à la vitesse supérieure en proférant des menaces. Christelle se fit agresser un soir en rentrant chez elle par un individu cagoulé et ce n’est que grâce à l’arrivée de deux joggers qu’il prit la fuite, ne la blessant que légèrement. Elle avait beau porter plainte, rien n’y fit, le harcèlement continua sous d’autres pseudos. Christelle n’osa plus sortir seule et sa chaîne fut envahie par des trolls qui déversaient des insanités à longueur de journée. Elle se résigna à arrêter sa chaîne, quitta Paris et changea même d’identité, l’unique moyen de lui échapper. Chloé sombra de plus belle et Christelle eut connaissance de son décès via les médias qui avaient titré : une fin sans panache pour une ancienne blogueuse devenue braqueuse. Cette nouvelle la soulagea, enfin, elle allait pouvoir tourner la page et continuer à vivre sans peur.Elle passa une nuit agitée et, les traits tirés, elle se rendit à la séance de dédicaces. La longue file de ses admirateurs et l’échange chaleureux avec ses lecteurs la rasséréna.-Décidément, je deviens paranoïaque se dit-elle.Peu avant la fermeture du salon, une jeune fille se présenta avec son livre et lui dit :-Tu es démasquée ! Chloé est de retour ! De Roselyne Quand se lit la tristesse sur ton visage,    Quand celle-ci s’installe comme un nuage,Prend une pause, va dépoussiérer ton espritDélecte-toi d’une tisane dans ton abri.Puis, d’une posture de yoga que tu aimesOubli tout chagrin, écris un petit poème.L’hiver neigeux t’enroule dans un panacheDe flocons laineux, douce crème ganacheVolupté en rediffusion, dans ton âmeOublie tout instant à gérer et acclameLa beauté et la richesse de la Terre.L’Homme, il le sait n’en est que locataireSeul, un abonnement lui est autoriséIl doit être honnête, et ne pas en abuser. 

 De Catherine M 

JOUR DE NEIGE

Si vous n’habitez pas au fond d’une grotte, tel un ours en hibernation, il ne vous a pas échappé que la semaine dernière, la neige est tombée en abondance. Quand je dis «abondance» c’est bien sûr relatif … mais depuis plusieurs années, pas le moindre flocon n’était venu blanchir notre belle campagne. Alors là, une dizaine de centimètres, c’est la panacée …. Enfin un hiver digne de ce nom !
Après avoir admiré la beauté des paysages et le calme ambiant, il fallait biense rendre à l’évidence : impossible de s’aventurer sur les routes sans risque deglissade. Par prudence, Mélie décida donc de recourir au télétravail.
Gérer le quotidien à distance n’était pas un problème … Elle y parviendrait avecpanache ! En réalité, cette journée s’avérait plutôt un prolongement du week-end, et elle comptait bien en profiter. Après avoir dépoussiéré rapidement quelques dossiers urgents, elle décida de s’octroyer un peu de temps pour elle. Elle garderait son magnifique pyjama « roi lion » toute la journée, ainsi que ses pantoufles chaudes et douillettes en fourrure. Les cheveux, le maquillage … ? Ils pouvaient bien attendre demain, quelle importance ! Elle se prépara une
tisane brûlante et s’installa sur son gros fauteuil pouf en velours rose, bien calée, un plaid douillet sur les genoux. Elle prit soin de bien faire face à son écran afin de ne pas rater un mail urgent qui arriverait et pour bien prouver qu’elle « travaillait ».
Elle se plongea dans la lecture d’un magazine de cuisine, dont son mari luiavait offert un abonnement pour son dernier anniversaire. Rapidement, elles’assoupit dans la douce tiédeur de son logement …. Un instant d’oubli, c’étaittellement rare et tellement revigorant!
Il fallait qu’elle reste vigilante, ne pas s’endormir, vérifier ses messagesrégulièrement, et entendre son téléphone s’il sonnait. Alors, elle attrapa sa tablette pour regarder un de ses Disney préférés. Pocahontas peut-être ? C’étaitune rediffusion mais peu importe car elle l’avait déjà vu au moins dix fois. Dèsles premières minutes, elle s’immisça dans le rôle du personnage principal :cris, rires, pleurs …. Le ridicule n’était pas au programme puisqu’elle étaitseule dans son appartement, les doubles rideaux tirés, la protégeant du regard
indiscret des voisins ; elle pouvait se lâcher.
120 minutes de bonheur …. Elle jeta un coup d’œil rapide à son écran : toujoursrien ! Elle pouvait donc poursuivre son programme cocooning de la journée parune séance de yoga. Elle n’avait pas vraiment l’habitude, alors elle fouilla dansla grille des programmes et dénicha un cours en ligne. La richesse de l’enseignement était soulignée dans les avis, alors il n’y avait pas à hésiter. Elle commença à se contorsionner comme sur la vidéo, dans différentes postures : la montagne, la chaise, le lézard … sans oublier le papillon ! Évidemment, en pyjama, ce n’était pas toujours très confortable, mais qu’importe.
L’heure du déjeuner était arrivée …. Un petit plateau recouvert de tout ce queMélie avait trouvé dans son réfrigérateur. Pas de couverts, elle mangerait avecles doigts. Les interdits, les mauvaises manières, le manque de savoir-vivre …quand on était seule, on pouvait tout oublier.
S’en suivrait une bonne sieste avec de bons gros ronflements, et la journée serait parfaite. Puis, une paupière qui se souleva, l’autre, une oreille qui vibra,l’autre, quelqu’un parlait et ce n’était pas un rêve. Son mari était peut-êtrerentré ? Mais non …. Un cambrioleur ? Mais non … Alors ? Elle se guida du sonpour se rapprocher de la voix. Elle était maintenant juste devant son écran etc’est à cet instant qu’elle s’aperçut qu’elle n’avait pas pensé à éteindre la
webcam.
Bravo, son responsable avait pu ainsi partager son excellente et efficace journée de télétravail ! 

De Serge (hors proposition d’écriture)  

ASSIS SUR LE PERRON 

J’suis assis sur le perron mes pensées tournent en rond
Dans la nuit sombre ma vie défile devant mes yeux
Dans le froid matinal chantent les oiseaux malicieux
Dans l’air mélancolique la cloche sonne  ding dong
Des larmes coulent sur mon visage triste sont mes yeux perdus 

Un rai de lumière dans la pénombre dessine un visage dans la nuit noire
Dans la semi-lumière ce dernier souriant rempli d’humanité me regarde
Ma muse ma tendre mon ange croise mon regard
Sa présence me rassure chasse mes idées noires 

J’suis assis sur le perron mes yeux scrutent les environs
Les gouttes d’eaux scintillent tombent sur le balcon
Elles virevoltent brillent dans la nuit funèbre
Mes yeux effarés essaient de percer les ténèbres
Des larmes coulent sur mon visage triste sont mes yeux perdus 

Un rai de lumière dans la pénombre dessine un visage dans la nuit noire
Dans la semi-lumière ce dernier souriant rempli d’humanité me regarde
Ma muse ma tendre mon ange croise mon regard
Sa présence me rassure chasse mes idées noires 

Je suis assis sur le perron le poing sous le menton
J’attends le moment où tu viens me chercher
J’attends le moment où tu me dis je suis là
J’attends le moment où s’éteint le bûcher
Des larmes coulent sur mon visage triste sont mes yeux perdus 

Un rai de lumière dans la pénombre dessine un visage dans la nuit noire
Dans la semi-lumière ce dernier souriant rempli d’humanité me regarde
Ma muse ma tendre mon ange croise mon regard
Sa présence me rassure chasse mes idées noires 

Je suis assis sur le perron le monde semble ne pas tourner rond
Des joies des peines des regrets des espoirs remontent à la surface
J’ai peur des ombres le monde m’angoisse je me fais du mouron
Les pensées embuées de larmes les idées noires me pourchassent
Des larmes coulent sur mon visage triste sont mes yeux perdus 

Un rai de lumière dans la pénombre dessine un visage dans la nuit noire
Dans la semi-lumière ce dernier souriant rempli d’humanité me regarde
Ma muse ma tendre mon ange croise mon regard
Sa présence me rassure chasse mes idées noires  

De Marie-Laure  

En ce début d’année, c’est décidé, Josette commence le yoga. Elle a pris son abonnement à la MJC locale et pour une somme assez correcte, elle peut faire deux séances de yoga par semaine, alterner avec du Pilâtes, ou de la gym tonique. Son objectif est assez simple, disons que durant toute la période d’hiver, elle envisage une séance hebdomadaire.Voilà une des fameuses bonnes résolutions du début d’année, me direz-vous, certes ! Chacun sait que cela nous donne bonne conscience quelques jours, mais il est notoire que personne ne s’y tient vraiment. C’est peut-être pour renforcer sa motivation que Josette a annoncé avec panache son inscription au yoga à ses collègues de bureau, de la sorte le challenge est lancé et comme elle a horreur de perdre la face ! Certaines, avec un petit sourire en coin, lui disent que ça ne peut faire que du bien pour apprendre à gérer ses émotions. D’autres argumentent que ce n’est pas franchement un sport qui permette de brûler quelques calories, mais pour retrouver un peu de souplesse c’est bien quand même !Josette trouve ces remarques peu encourageantes, désuètes et elle ne se laisse pas abattre, au contraire cela renforce sa motivation. Dans l’idée de clouer le bec aux futurs commérages devant la machine à café, elle décide de se plonger dans la philosophie qui accompagne cette pratique. Elle passe la soirée devant son écran, à chercher une rediffusion d’un magazine santé où il serait question des bienfaits et de la richesse de cette pratique. Il y a en a pléthore et elle n’a que l’embarras du choix ! Il est beaucoup question de méditation de pleine conscience, de l’importance de la respiration, des chakras, du yin et du yang. Jusque-là plutôt assez réfractaire à tout ce qui peut graviter autour des techniques de développement personnel, elle découvre cette pratique qui vise à harmoniser le corps et l’esprit avec tout de même un brin de scepticisme. Disons qu’elle souhaite bouger un peu, dépoussiérer ses articulations et sa colonne, à ce stade cet objectif lui suffit amplement.Elle se sent un peu plus armée pour son premier cours. Elle est gentiment accueillie par la prof, qui lui souhaite la bienvenue sans trop lui poser de questions. Elle veut juste savoir si elle a déjà pratiqué ou si c’est sa première découverte. Voilà, deux ou trois petites phrases, puis elle l’invite à s’installer.Josette est impressionnée par la concentration qui règne dans la salle, pas un bruit, mais des sourires à droite et à gauche chaque fois qu’elle croise un regard. Au fur et à mesure, la prof lui donne quelques précisions tantôt pour s’installer dans une posture, tantôt pour mieux maîtriser son équilibre. Chaque phrase se finit toujours par un « fais du mieux que tu peux aujourd’hui, en respectant ton corps ». Remarque qui, intérieurement, la fait sourire, elle qui dans ses jeunes années a fait de la danse. La prof disait « demain vous aurez des courbatures, c’est normal, c’est que vous aurez bien travaillé ! ». Visiblement avec le yoga, elle est dans un autre monde et cette simple notion de respecter son corps est déjà une grande découverte pour elle.Déjà trois semaines qu’elle pratique, point d’oubli, elle attend même avec impatience ce moment. C’est comme une parenthèse enchantée pour elle. Elle a l’impression d’être plongée dans un autre monde, ici point de challenge, pas de notion de dépassement de soi, pas d’étiquettes ni de cases à cocher ! Josette découvre sa respiration qui peut être bien plus ample qu’elle ne se l’imaginait. Exécuter un mouvement en ayant la pleine conscience de ce qui se passe dans son corps, pour elle c’est comme découvrir une nouvelle cartographie. Elle aurait envie de tout savoir, de tout comprendre tout de suite pour accéder à un stade ultérieur. Elle se rend compte qu’il faut qu’elle se déconnecte de ses habitudes qui ont forgé son quotidien depuis tant d’années. Elle comprend qu’il ne s’agit pas de tout maîtriser de suite, il ne s’agit pas d’apprendre comme on lui a demandé maintes fois de réciter une leçon. Ici, il s’agit de vivre son corps et sa respiration, de ressentir l’énergie qui circule et qui apaise le mental.Au bureau, elle n’entend pas les réflexions devant la machine à café. Et pour cause, elle s’est mise à la tisane, elle apprend maintenant les plantes qui lui font du bien. Finalement, on pourrait dire que tout se passe comme si elle instaurait de nouvelles règles de vie envers elle- même, mais ça pour sûr, elle ne pourra pas en parler devant la machine à café !  

De Sylvie  

Après une journée bien remplie, Océane se laisse aller contre le dossier du fauteuil et pose les yeux sur le sablier posé à côté de la photographie de ses enfants. Ce sablier semble dérisoire et bien inutile au milieu des dossiers empilés sur le bureau. Elle qui court en permanence et qui ne voit jamais le temps passer, qui a l’impression que les journées sont toujours trop courtes. Pourtant, elle y tient beaucoup, c’est un cadeau de sa maman. Celle-ci lui a offert quand Océane lui a annoncé qu’elle serait bientôt mamie.Océane est avocate, elle est passionnée par son métier. Elle se sent utile lorsqu’elle accompagne ses clients. Certaines histoires sont lourdes et difficiles à porter, alors elle prend sa part et espère ainsi les soutenir à sa manière dans les épreuves de la vie.Cet après-midi, elle a découvert les éléments d’un nouveau dossier. En réalité, elle entre dans l’intimité d’une famille, avec des personnes ordinaires. Elle pense souvent que cela pourrait être sa famille. Chaque affaire à gérer est différente. En réalité, ce ne sont pas des affaires, ce sont des histoires d’hommes, de femmes, d’enfants. Ces témoignages lui rappellent que le chemin de la vie est jonché d’écueils. Parfois, ils pourront les contourner pour poursuivre leur route. Aujourd’hui, elle sait qu’elle va devoir les préparer et les guider pour franchir une montagne.Océane a appris à prendre le recul nécessaire pour se protéger. Sans cela, elle aurait un cœur en morceaux et serait devenue l’ombre d’elle-même. Et surtout, elle n’aurait pas pu assister toutes ces personnes depuis trente ans. Pourtant, ce soir d’hiver, elle se sent lasse, tout lui paraît sombre et une vague de tristesse l’envahit. Alors, avant de retrouver les siens, elle prend une pause. Elle a besoin de reprendre son souffle.Pour ne pas se laisser submerger, elle commence un exercice de respiration comme elle a appris en pratiquant le yoga. Elle inspire et gonfle son ventre et laisse l’air envahir sa cage thoracique, ses côtes s’écartent, ses épaules se soulèvent lentement pour laisser son cœur s’ouvrir. Et elle expire doucement comme une vague qui se retire en emportant un peu de sa lassitude. Après quelques cycles, ses yeux se posent à nouveau sur le sablier.Son sablier mesure près de vingt-cinq centimètres de haut. Elle admire ses rondeurs, les deux ampoules ovoïdes sont unies par un anneau ciselé en laiton. Soudain, son regard se trouble, ce n’est plus un sablier mais deux cellules qui se séparent comme cela s’est passé en elle vingt-cinq ans plus tôt. Elle ne le savait pas encore, mais quand sa maman lui a offert le sablier, elle attendait des jumeaux. Aurait-elle dû y voir un signe ? Elle saisit le sablier par son cadre et souffle doucement pour le dépoussiérer.  Les deux ovoïdes sont en miroir, si elle le met à l’horizontal, le sable blanc se répartit à droite et à gauche. Elle le remet à la verticale, le sable coule doucement, la partie supérieure se vide doucement et remplit le globe inférieur. Elle comprend que c’est ce qui est arrivé à ses garçons. « Le syndrome transfuseur-transfusé », voilà ce que le gynécologue lui a dit. Elle en a une image tellement réelle, c’était sous ses yeux, tous les jours depuis si longtemps.Elle réalise que depuis tout ce temps, elle s’occupe des autres pour laisser ses propres souffrances dans l’oubli. Une larme coule lentement sur sa joue. Elle est chaude et douce. Le temps n’efface rien, il patine, il atténue mais il reste une trace, comme une cicatrice. Elle la chérit cette cicatrice, elle fait partie d’elle. Peut-être même que c’est sa plus grande richesse. La richesse de cœur, celle qui lui permet d’accueillir les autres et de leur tendre la main.Quand elle était plus jeune, Océane avait besoin de contrôler les choses, cela la rassurait. Elle se sentait plus en sécurité. Elle se voyait poursuivre sa vie en suivant une route bien droite sans embûches insurmontables. Les événements se sont chargés de bousculer son assurance.Pour mieux appréhender la suite de sa vie, elle s’est posée beaucoup de questions. Elle qui était pleine de certitudes, se retrouvent avec des doutes et des interrogations. Elle n’est pas paralysée par la peur pour autant. Elle ne cherche pas des réponses, elle cherche ses réponses. Elle ne sait pas comment commencer cette nouvelle aventure. Alors, elle découvre les podcasts. Elle aime ces nouveaux formats audio numériques. Grâce à son abonnement à Spotify, elle n’a pas besoin d’être au rendez-vous, la rediffusion lui permet de les écouter selon son humeur quand elle le veut. Il y a tellement de thèmes disponibles. Elle papillonne d’une émission à une autre. Parfois elle n’accroche pas, le sujet lui paraît loin d’elle ou éloigné de ses valeurs. Parfois, c’est la voix qui ne résonne pas en elle.  Elle fait aussi de très belles rencontres qui l’emmènent vers quelques réponses. Elle apprend à mieux se connaître et probablement un peu à se pardonner.Le soir descend envelopper la ville dans son châle sombre. Océane se lève et met de l’eau à chauffer dans la bouilloire, elle va boire une tisane avant de rentrer. Elle regarde à nouveau le sablier. Elle le retourne et regarde le sable couler. Elle le retourne encore et encore. Le sable glisse. Elle souffle sur le panache de vapeur qui s’échappe de sa tasse. L’infusion de mélisse lui fait du bien. Elle caresse le sablier et soudain elle comprend que ce qu’elle voit, ce n’est pas le temps qui passe au milieu des grains de sable. Non, car à chaque fois qu’elle retourne le sablier, c’est un recommencement.  

De Pascale  

A l’aube de la nouvelle année, ce n’est pas la grande forme !Sur le chevet, son téléphone vibre au son des messages qui l’envahissent. Ce sont sans doute ces bafouilles conventionnelles qui souhaitent avec panache santé, joie, richesse et tant d’autres choses pour l’an nouveau.Foutaises … Ils n’ont pas encore compris que le temps file inéluctablement, apportant son lot de bonheurs et drames et qu’il nous appartient de les accueillir et les gérer quoi qu’il en soit.Comme chaque année, elle ne répondra pas, les laissant lentement s’enfoncer dans l’oubli.Fébrile, le corps aussi meurtri que s’il était passé sous un rouleau compresseur, une irrésistible envie de rester lovée sous la couette l’envahit.Ce matin, elle se sent bien incapable de s’apprêter pour assister à sa séance hebdomadaire de yoga. Une petite voix intérieure lui murmure de se bouger, se faire violence, mais la tête enfouie sous l’oreiller, elle chasse très vite cette idée, n’écoutant que son envie de s’isoler.Derrière les volets entrouverts, elle perçoit la faible lueur du jour qui pointe. La lumière étrangement pâle qui tente de pénétrer dans la chambre lui indique que l’hiver va marquer la journée de sa rudesse. Raison de plus pour ne pas se bousculer et savourer la douceur des plumes d’oies qui la réchauffent. Morphée l’éloigne peu à peu de la douloureuse réalité. Elle ne sait depuis combien d’heures elle a accepté ses bras…Qu’importe !De longs frissons l’extirpent maintenant de sa léthargie. Elle sent que le peu d’énergie qui l’habitait encore il y a quelques jours l’a maintenant abandonnée. Elle voudrait remonter le temps, réécrire l’histoire, changer le cours des évènements. Mais elle sait que l’impossible n’est pas réalisable… que l’irréparable a eu lieu et qu’elle n’a d’autre choix que de survivre avec !Sous les yeux d’Aurélie, lovée sous un plaid, un mug de tisane bouillante entre les mains, les images défilent.-Mais NON ! Ils devraient dépoussiérer leurs programmes et nous proposer des rediffusions plus légères un Premier Janvier!Devant une fiction aussi déprimante, elle saisit la télécommande et zappe aussitôt sur la chaîne de son abonnement musical. Sa playlist résonne alors dans le salon au son des « démons de minuit ». Une envie irrésistible de danser fauche tout son corps … Loin de lutter, elle se déhanche en chantant ! La joie qu’elle dégage s’empare de la maison … la vie aujourd’hui sera douce quoiqu’il en soit ! 

De Manuela 

Ma femme est partie faire une longue formation au Kerala – province située au sud-ouest de l’Inde. Elle va intégrer la très prestigieuse école de Yoga – créée en 1924 par le Grand Maitre Yogi : SRI TIRUMALA KRISRACHARIA – décédé à l’âge de 101 ans en 1989.Marie-Thérèse, mon épouse, est partie mardi dernier pour New Dehli. Un avion l’emmènera directement dans la capitale. Après une nuit de repos dans un bien sombre hôtel pour se reposer, elle se déplacera en train pour un peu plus deux jours (3 000 kms environ). Il faut rajouter à ce périple un autre trajet, cette fois-ci avec des bus locaux pour se rendre dans l’école. C’est de la folie ce voyage – presque quatre jours au total. Une journée supplémentaire pour l’inscription, pour la prise de contact avec les locaux et prendre place dans la chambre (chambre partagée par quatre personnes).Quant à moi, je reste seul à présent. La solitude ne me pèsera pas. La semaine, je travaille en tant que responsable des caisses et des caissières au sein du supermarché de Soubise en Charente maritime. Les weekends, je retrouve mes copains au bar de la Chaloupe pour siffler quelques bières. Je meuble mes soirées avec des rediffusions de séries policières que ma femme m’empêchait de regarder. Il faut que maintenant j’apprenne à gérer cette année de vie de joyeux célibataire.Les semaines passent… Je n’ai plus de linges, plus de vêtements dans mon dressing, toutes les serviettes de toilette sont à laver ainsi que la totalité des torchons et des essuis mains. Il me faut faire des lessives. Mais comment ça marche cette engin avec pleins de boutons lumineux sur le dessus ? Je pousse tous les boutons mais rien ne se passe… Je débranche… toujours rien. Si Marie Thérèse y arrive, je dois y arriver aussi, j’ai fait plus d’études qu’elle, j’ai un poste à responsabilité, MOI. Je ne peux pas l’appeler pour lui demander des conseils et me rabaisser à son niveau.Que faire ? Un petit clic sur internet, il y a tout sur le net. Je tape ma recherche et voilà, je sais maintenant utiliser le lave-linge uniquement à 40°. Je me dis « t’es fort Bernard, tu maitrises internet comme un chef. » Tout n’est pas solutionné, j’appelle mon bon copain Marcel, lui aussi célibataire. Une longue discussion d’engage sur le rôle des hommes et celui des femmes aux foyers. -As-tu des idées pour effectuer toutes ces tâches ménagères ? Je ne sais pas par où commencer ?Marcel réplique :-Quelques semaines après mon divorce, je me suis abonné à une revue – revue féminine certes, mais très facile à comprendre : le mensuel de la parfaite ménagère.Je le remercie et je cours réallumer l’ordinateur de mon épouse. Je tape son code secret. Je me rends avec brio ou plutôt avec panache sur le site internet et souscris un abonnement au nom de Marie-Thérèse. Je ne veux pas avoir l’air ridicule si le facteur me livre cette publication à mon nom…  Je serais la risée de la bande du bar de ma chaloupe. Je connais maintenant le titre de la livraison : comment bien dépoussiérer votre intérieur. Dépoussiérer mon intérieur c’est simple… tout le monde peut y arriver. Parfait, c’est une partie de ce qu’il me faut. Je continue à scruter le site, j’y trouve de nombreuses revues en vente à un prix attractif :-Comment cuisiner sans trop d’effort,-Quelques conseils pour faire vos lessives,-Quelques conseils pour jardiner et entretenir vos plantes d’intérieures,-Faire vos achats sans difficulté.L’hiver pointe son nez. Plus de café dans les placards, enfin plus grand-chose d’ailleurs. Demain, je me contenterais d’une tisane « ventre plat » composé de gingembre, de fenouil et de menthe. Je n’ai pas besoin de ça, un peu d’embonpoint c’est tout, mais ce sera toujours une boisson chaude uniquement pour demain matin, car je prends mon cabas pour aller faire mes emplettes le lendemain à la débauche.Je remplis mon sac… je paie mes achats, je les mets dans le coffre et direction la maison. Je vide tous mes articles sur la table de la cuisine. Et zut, un oubli me saute aux yeux : le café. Un lot de gros mots sort de ma bouche !!! Il est préférable que j’écrive des listes pour les courses, les différentes tâches ménagères, les papiers à remplir. Choses pensées, choses faites.Les journées se passent de mieux en mieux, j’apprends. Mardi, journée aspirateur. Je n’ai même pas entendu la sonnette de l’entrée. René, mon copain banquier et lui aussi membre de la confrérie de le Chaloupe, est là devant la porte. Pourquoi est-il là ? Pour me parler de mes finances ? Je sais que j’ai un peu plus dépensé ces derniers temps avec le voyage de Madame (très coûteux) et mes sorties au bar de moins en moins nombreuses… Non, je ne crois pas. Je le fais entrer, il s’installe comme à son habitude sur le canapé. On engage la conversation:-Comment-vas-tu Nanard ? Les copains sont inquiets de ne plus te voir au bar ?-Ma vie est quelque peu chamboulée avec le départ de Marie-Thérèse, j’ai dû apprendre et faire énormément de choses pour entretenir la maison.-Ça se voit, ta maison est rutilante. Je voulais aussi te parler de Marie-Thérèse, une femme formidable, avec pleins de richesses au fond de son cœur. Elle aide toujours souriante les voisins pour les courses, pour la garde des enfants, pour préparer des goûters pour l’école… enfin pleins de choses. Elle anime un atelier jeux de société pour les anciens. Elle est très appréciée dans le quartier.-Quoi : ma femme ! c’est impossible. Ce n’est pas elle ?-Fais attention, Bernard, une femme comme elle se garde et se respecte. Au fait, quand rentre-t-elle ?-Elle arrive dans deux semaines.-Tiens-moi au courant. Merci et à bientôt.C’est maintenant le jour de son arrivée. Je suis tout excité. Quelqu’un frappe à la porte… C’est elle. Je l’enlace, je l’embrasse, je la caresse.Elle est très surprise de mon attitude, je n’avais jamais agi de la sorte. Je lui avoue que depuis un an, j’avais bien évolué, que j’avais pris conscience des journées de femme au foyer. Tout ça c’est fini… nous travaillons ensemble côte à côte, main dans la main. Plus de bistro, mais des marches avec toi au bord de l’eau, de longues soirées de discussion ou de jeux de sociétés. Enfin une autre vie. 

De Sandra 

Quel panache d’hiver !Vêtu de son d’un tapis blancC’est le froid, la neige qui frivoleSous nos pas on attend des craquements Les branches sont givréesDes arbres se donnent au yogaAfin de gérer les tempêtesDépoussiérés par de grands ventsEt oublié dans une marmite de tisanesOui, c’est la rediffusionMais une richesse d’amour, de bonheur et de plaisirQu’on revisite saison après saisonBref, c’est comme un abonnement annuel.

De Cécile 

Je me dépêche d’arriver avant que les portes de ta demeure ne ferment. Le gardien me dit toujours quand il me voit arriver : « dur de gérer son temps ». Les derniers mètres je me mets à courir, j’arrive, essoufflée, et je singe en silence Monsieur César « dur de gérer son temps », car immanquablement, je vais entendre cette phrase récurrente, mais qui à la fois me rassure, comme un lien qui se serait installé entre nous, silencieusement, à notre insu. Un mot d’accueil bienveillant en quelque sorte dont la rediffusion me fait du bien. J’arrive près de toi.
– Désolée, ce soir mon cours de yoga s’est terminé un peu tard.
Tu restes muette.
Alors, je comble ton silence en racontant ma journée, ses galères, ses petites bonheurs.
– Tu sais, j’ai acheté la tisane que tu prenais quand tu ne pouvais pas dormir. J’ai réussi à trouver la même dans une vieille herboristerie. Avec ça, je tombe dans l’oubli dès que je suis dans mon lit. C’est l’herboriste qui me l’a assuré tout en me vantant, la revue « Comment faire ses tisanes ».
Vous verrez : les articles sont d’une rare richesse.
Et me voilà délestée d’une centaine d’euros pour le sachet d’herbes, et la revue dont j’ai payé l’abonnement annuel avec en cadeau un grand sachet d’infusions amincissantes offert par l’herboriste. Quel manque de tact, de panache.
Mais je souris, c’est vrai je me suis un peu enrobée…Qu’importe…
Je regarde autour de moi et je m’aperçois qu’il y a besoin de dépoussiérer les lieux. Il faudra que je contacte ma sœur. Nous sommes chargées de l’entretien à tour de rôle. Bon, je vais m’occuper de cela rapidement.
Tu restes toujours muette.
– Maman, je sais que tu ne peux pas me parler, mais s’il te plaît fais-moi un signe.
Je sens soudain un vent glacial qui s’engouffre dans tout mon être. J’ai froid, j’ai mal.
C’est triste un cimetière l’hiver 

De Pierre 


Ghislaine B, la cinquantaine, sortait de sa séance hebdomadaire de yoga. Elle se sentait bien après cette mise en forme car elle en avait besoin, elle qui venait de traverser une période très difficile. Ghislaine, belle femme, élégante et racée était fille unique, issue d’un milieu aisé avec un père financier, grand maître dans les opérations spéculatives et une mère médecin psychiatre. Elle n’avait jamais manqué de rien, que ce soit sur un plan matériel ou affectif. Elle fit des études médicales, mais décida d’arrêter après quelques années. Plus tard, elle se maria avec un proche collaborateur de son père qui était destiné à prendre un jour ou l’autre les rênes de l’entreprise financière. Le mariage fut de courte durée ; après la naissance de sa petite fille, Rachel, Ghislaine tira avec panache sa révérence et demanda le divorce. Son mari, bon prince, sur les conseils de son beau-père, lui accorda une pension alimentaire confortable et par son père, elle bénéficia d’une donation significative, de quoi la mettre à l’abri du besoin pour longtemps. Par ailleurs, elle obtint la garde de son enfant, ce qu’elle voulait.      Grâce à la « richesse » à sa disposition, Ghislaine fit l’acquisition d’un très bel appartement de 90 m2 dans le seizième arrondissement de la capitale et put se lancer dans une opération commerciale avec les conseils de son père. Elle créa ainsi une entreprise spécialisée dans la recherche génétique qui fut florissante durant quelques années, car la demande était soutenue mais malheureusement, un peu plus tard, la situation économique dégradée et l’épidémie de la Covid lui furent fatales et elle dût déposer le bilan. Le suicide de son père, ruiné après des affaires financières frauduleuses, entrainèrent l’écroulement de son « empire » financier. Pour couronner le tout, son ex partit à l’étranger et ne lui versait plus sa pension alimentaire. Sa maman, ne pouvant supporter de vivre sans son époux, décéda peu de temps après lui. Malgré cette avalanche de malheurs, surtout très affectée par le décès de ses parents, Ghislaine put conserver son appartement de Paris et en louer une partie à des voyageurs de passage, ce qui lui permettait de « boucler » ses fins de mois. Sa fille Rachel adolescente, la fierté de sa mère, avait obtenu une bourse et se trouvait étudiante à l’université, aux Etats Unis.Ce jour-là était un jour d’hiver, morne et froid. Malgré la séance de yoga, Ghislaine était triste, se sentait seule. Elle se fit une tisane, alluma son téléviseur qu’elle éteignit aussitôt du fait de la médiocrité des programmes et des rediffusions permanentes. Sa fille Rachel lui avait d’ailleurs recommandé de prendre un abonnement avec Netflix, mais elle n’en ressentait pas le besoin, elle préférait lire un bon livre tout en écoutant de la belle musique  Le téléphone se mit à sonner :-Allo qui est à l’appareil ? -Bonjour Madame B. Je suis Hector H, votre syndic et gérant immobilier.-Ah oui bien sûr, bonjour Monsieur, que désirez-vous ?-Voilà ma requête : il semble que vous n’avez pas acquitté vos charges de copropriété pour le trimestre échu.-Oh oui, ne vous inquiétez pas c’est tout simplement un oubli, je m’en occupe. Mais au fait, j’en profite pour vous rappeler qu’il conviendrait de dépoussiérer les parties communes en particulier les escaliers, ce n’est pas très propre.-Oui madame, merci pour cette remarque, nous allons y veiller, mais encore merci de faire vite pour votre règlement.La conversation prit fin. Il était plus de 12 heures, Ghislaine décida de sortir avec Pipo, son chien, et d’aller faire un tour au bois de Boulogne tout proche, le temps étant redevenu ensoleillé. En marchant, elle reçut un appel de Rachel lui annonçant qu’elle viendrait la voir quelques jours en février. Quelle joie pour Ghislaine, le soleil brillait, la vie était belle, les soucis s’étaient envolés. De retour de sa balade au bois de Boulogne, elle fut accostée par un vieillard voûté, sommairement vêtu, marchant à l’aide d’une canne. Le prenant pour un mendiant, elle sortit son porte-monnaie et lui tendit quelques pièces qu’il refusa. Il lui demanda simplement :   -Je m’excuse madame, je m’appelle Elie ; voilà, il se trouve que j’ai bien connu votre papa.-Comment se fait-il ? Savez-vous qu’il est décédé ?-Oui je l’ai su. Je voulais tout simplement vous dire que lui et moi étions gamins dans la même classe en primaire, nous étions de bons camarades. Plus tard, le hazard a voulu que je le revois dans un hôpital militaire en Allemagne où nous accomplissions notre service. Etant Infirmier militaire du fait de mon profil universitaire et votre père sortant d’un coma profond de plusieurs semaines à la suite d’un accident de voiture, je me suis occupé de lui et l’ai aidé à se reconstruire car il avait perdu tous ses repères.-Mon père parlait peu de cette période ; il ne voulait pas en parler.-Je comprends. Ensuite, nous avions gardé des liens amicaux et il m’avait même proposé un emploi afin de gérer une entreprise qu’il venait de créer mais partant vivre en Afrique, j’avais dû décliner son offer, mais je vous embête avec ces histoires du passé.-Non, monsieur, vous avez eu raison de me parler ; j’adorais mon père et tout ce qui le concerne m’intéresse au plus haut point. Juste une question comment avez-vous su qui j’étais ?-La ressemblance, la forme du visage, tout comme votre papa. Je vous ai déjà croisée, mais je n’osais pas vous parler.-Bon, lui dit Ghislaine, allons déjeuner, je connais un petit restaurant sympathique dans le quartier et nous serons à l’aise pour parler.-Volontiers. Ainsi, Ghislaine et le vieillard furent et restèrent de bons amis malgré leur différence d’âge et se retrouvèrent régulièrement pour échanger sur la vie, le temps qui passait. 

De Jasmine 

Ce soir, c’était la énième rediffusion de « Sissi ». Je savais qu’elle allait se poser dans son fauteuil et n’en plus bouger jusqu’à la fin du film. Et, malgré l’abonnement souscrit avec NETFLIX, c’était celui-là qu’elle voudrait voir.Alors, après quelques étirements de yoga pour me mettre en condition, j’ai commencé à balayer la pièce, dépoussiérer les étagères et son vieux fauteuil. Nous étions en plein hiver, la chaleur du poêle lui serait agréable avec une couverture sur ses genoux.J’avais préparé sa tisane préférée (verveine citronnelle) qui attendait dans la cuisine où seul un panache de fumée au-dessus du couvercle nous rappelait qu’elle était chaude.Je devais bien gérer l’heure afin qu’elle puisse arriver à temps pour s’installer et voir le générique. Elle prendrait son temps pour apprécier la première tasse bien chaude et prise par le film, l’oubli viendrait ensuite et la tisane refroidirait.La théière était posée sur un petit guéridon recouvert d’une dentelle ancienne qu’elle aimait beaucoup. J’avais posé à coté quelques macarons et un joli vase avec une rose du jardin. Son jardin où elle aimait passer le plus clair de son temps dès les premiers beaux jours.Même si je devais refaire la même chose jour après jour, je m’en moquais car elle est et restera ma seule richesse. Ma merveilleuse maman.  

De Yl2235 

Meurtre dans la basilique Notre-Dame de Fourvière.

En cette froide soirée d’hiver, la cathédrale majestueuse de Fourvière à Lyon était enveloppée d’un silence de mort. L’atmosphère solennelle du lieu fut brutalement interrompue par la découverte macabre du corps d’une femme sauvagement assassinée. Le commissaire Grégoire et son adjoint Moulin furent dépêchés sur les lieux pour résoudre ce crime énigmatique.
Les enquêteurs commencèrent par interroger les témoins présents dans la cathédrale au moment du drame. Parmi eux se trouvaient des fidèles venus chercher la paix intérieure à travers une séance de yoga, ignorant encore le tableau macabre qui allait se dérouler devant leurs yeux. Le commissaire Grégoire, arborant sa ténacité habituelle, interrogea chacun d’eux avec minutie, espérant dénicher le moindre indice pouvant le guider dans sa quête de vérité.
Le corps de la victime fut découvert près d’un autel, entouré de cierges vacillants. À côté d’elle, une tisane à peine touchée reposait sur un banc de bois. Les détectives se demandèrent si cette boisson pouvait être liée au meurtre ou s’il s’agissait d’un simple oubli de la part de la défunte. Les caméras de surveillance furent contrôlées, et la rediffusion des images permit d’observer les allées et venues dans la cathédrale avant le drame. L’enquête mena les policiers à explorer et dépoussiérer les recoins mystérieux de la cathédrale, cherchant des indices parmi les sculptures et les vitraux. Un prêtre, détenteur d’une richesse d’informations sur les fidèles, fut interrogé. Grégoire et Moulin découvrirent que la victime était une femme discrète, régulière dans sa fréquentation des lieux, mais sans lien apparent avec des conflits.
Les enquêteurs se dirigèrent vers le quartier environnant pour interroger les riverains. Certains mentionnèrent avoir remarqué un individu suspect rôdant dans les parages ces derniers jours. Le commissaire Grégoire gagna en détermination, conscient que chaque détail pouvait être crucial. Pendant ce temps, l’inspecteur Moulin se mit à gérer les éléments recueillis, établissant une chronologie des faits. Les experts analysèrent les empreintes digitales, tandis que le légiste examinait le corps à la recherche de signes distinctifs. L’atmosphère pesante de la cathédrale contrastait avec l’urgence de résoudre ce mystère.
Alors que la nuit enveloppait Lyon, le commissaire Grégoire et son équipe se préparaient à une longue nuit de travail. Les échos des chants liturgiques résonnaient encore dans la cathédrale, tandis que l’enquête se poursuivait, entraînant les policiers dans les méandres d’une affaire où le panache du crime semblait rivaliser avec la spiritualité du lieu. Les éléments s’entremêlaient, formant un puzzle complexe que seuls les plus habiles parviendraient à assembler.
Le lendemain matin, une découverte soudaine laissa les enquêteurs perplexes. Un mystérieux abonnement à une revue ésotérique avait été expédié à la victime quelques jours avant sa mort. Les pages de cette publication renfermaient des indices cryptiques qui pourraient être la clé permettant d’élucider ce meurtre énigmatique. Le commissaire Grégoire comprit que l’affaire prenait une tournure inattendue, mêlant mysticisme et criminalité, dans les recoins sombres de la magnifique cathédrale de Fourvière. 

De Sylvie

Billet d’humeur

 Le yoga, ça m’endort, la tisane ça me donne tellement envie d’uriner que je dois étudier mes déplacements pour les jalonner de toilettes automatiques de préférence (c’est plus propre)L’hygiénisme, ça me gave, la sagesse, je m’en fiche, la modération, je m’en bats l’œil !Hiver comme été, je dois perdre du poids parce que ça ne va vraiment pas là et m’infliger la salle de sport parce que ça va me faire du bien à la tête et à mon pauvre corps qui rechigne sous la torture des abdos et autre body barre.Et si en toute conscience, on en n’avait pas envie hein ?Si en plus, on n’avait pas envie de mourir en bonne santé ?Si on n’avait pas non plus envie d’être centenaire ?D’ailleurs, pourquoi faire puisqu’il paraît d’après ma concierge que ça coûte une blinde ?Et même si c’était le cas, qui pense que je continuerai à confectionner une blanquette de veau (et oui de veau !) ou à dépoussiérer mes pêle-mêle sans effort et sans aide ?Non, non tout ça n’est pas sérieux …Il faut que les moraleux nous oublient, qu’ils nous laissent gérer notre vie car il appartient à chacun d’entre nous de trouver sa richesse (on peut peut-être dire Bonheur là non ? Ah bon pardon !) où il a envie de la trouver :  La Nature, la lecture, l’écriture, la méditation, la cuisine …(des fois les rediffusions sur Arte et France 5)Mourir, oui mais avec panache, en tenant à la main  le livre de Marcel Rouff : « La vie et la passion de Dodin Bouffant, gourmet »   

D’Amara 

LOLA 

L’hiver se termine doucement. Lola, cette jeune femme brune, pleine d’énergie, toujours souriante, est épuisée par cette saison qui paraît très longue. Les journées sont courtes. La lumière naturelle est quasiment inexistante en semaine. Elle travaille tôt le matin et rentre tard le soir, sauf le vendredi car elle a son cours de yoga, qui lui permet de décompresser et de prendre du temps pour elle. Ce week-end, elle a prévu de faire son ménage. Elle compte dépoussiérer les meubles et laver les sols. Les tâches ménagères seront rapides en raison de cette fatigue saisonnière. Après avoir fait son ménage samedi matin, elle s’installe avec son livre « la méditation » et sa tasse de tisane au thym. Elle commence à lire et très vite ses pensées s’agitent à nouveau. Elle pense à une personne qu’elle a aimée. Son cœur lui dit « oublie-le ». Mais elle n’arrive pas. Donc, elle sort la tête du livre pour allumer la télévision. Elle a un abonnement illimité pour voir les émissions en rediffusion. La télécommande à la main, elle réfléchit un moment. Et puis, elle abandonne ce projet de télévision. Elle a une autre idée en tête. Je vais plutôt gérer mes papiers administratifs qui attendent depuis des semaines dans la bannette. Elle se lève pour se diriger vers l’entrée, elle a vraiment du panacheLola quand elle marche. Cette démarche impressionne toujours sur son lieu de travail. Ses collègues lui avaient fait remarquer une fois à une réunion d’équipe. Lola avait ignoré ce compliment. En triant ses papiers, elle a souri. Je suis une richesse. Je m’aime. Et je vais oublier cette personne qui prend trop de place dans ma vie. 

 D’Anne-Françoise  

Tiens, il pleut, manquait plus qu’ça… Décidément, l’ambiance est raccord !Que faire dans cette maison sinistre et sombre ? J’ai fui la salle-à-manger où les adultes entre rouge et blanc, sont devant une énième rediffusion d’une série quelconque. Ah ça, ils l’amortissent leur abonnement à Netflix ! Á l’étage, j’entends mes cousins qui galopent et crient. Sans doute un jeu de cache-cache. Ils m’ont appelée, cherchée, mais ne m’ont pas trouvée. Marre de faire la baby-sitter.Cet automne est pourri, ce dimanche est pourri et mon amoureux est parti.J’ai envie de bercer mon spleen…J’ai trouvé refuge dans la vieille bibliothèque où personne n’entre jamais. Ma tasse fumante à la main, je respire le léger panache odorant de ma tisane de verveine. C’est apaisant.Les petits ont peur de cette vaste salle aux hautes fenêtres à demi cachées par de lourds rideaux de velours vert. Les gros meubles encaustiqués dessinent des ombres effrayantes dans les lueurs rasantes de cet après-midi pluvieux. La lumière verdâtre se réfléchit sur le carrelage noir et blanc. On se croirait dans un aquarium.C’était le repaire de mon grand-oncle, un peu historien, un peu écrivain, solitaire et passionné de légendes bretonnes. Á la fin de sa vie, il avait même écrit un petit recueil (fierté de la famille) sur la forêt de Paimpont : « Brocéliande, pays magique ».Le recueil est posé, en évidence, sur l’étagère centrale. Je n’ai nul besoin de l’ouvrir pour énumérer le lieux décrits : ”l’arbre d’or”, ”le chêne de Guillotin”, ”la fontaine de Barenton”, ”l’arbre d’or”, ”le miroir aux fées”… Cette forêt au sol orangé, aux fougères immenses, aux brumes flottantes existe-telle vraiment ou l’a-t-il imaginée ?Je l’ignore. Les livres sont le royaume de l’illusion…Presque tous les murs sont tapissés de livres, seule richesse de cette maison.J’aime les dépoussiérer en glissant mes doigts sur leurs tranches de cuir imprimées de lettres noires ou dorées. J’aime cette odeur de vieux papier et de poussière. Un parfum « Odeur de vieux livres », j’adorerais !Quel âge ont tous ces bouquins ? Depuis quand sommeillent-ils, serrés les uns contre les autres ? Que pensent-ils de nous, leurs lecteurs, lorsqu’ils nous voient les effleurer du regard, les sortir du rayonnage, les feuilleter distraitement puis les replacer ? Soupirent-ils parfois ?« Les livres sont une réserve contre l’hiver de l’esprit » a écrit Marguerite Yourcenar, mais un livre qui n’est pas lu, à quoi sert-il ?J’ai pitié de tous ces abandonnés…Face aux fenêtres se trouvent les plus beaux : les livres d’art. Les peintres sont rangés par ordre alphabétique, coincés loin de leurs ateliers, ne survivant que dans les photos de leurs toiles reproduites sur papier glacé.J’ai toujours aimé me promener dans leurs mondes colorés…La dernière étagère, près de la porte est celle de la poésie. Poètes anciens et modernes cohabitent courtoisement.Du moins, j’aime à le croire parce qu’avec certains, rien n’est moins sûr !Il y a mes préférés : Eluard et le temps qui déborde, Baudelaire et ses chats, Rimbaud et son visage d’ange aux yeux transparents. Je récite ”mezzo voce” le début de son poème ”Multicolore” et je passe au suivant, Néruda, incontestablement mon favori.J’ouvre « La centaine d’amour », au sonnet 2.Quand je lis les derniers vers, quelque chose se dénoue dans ma poitrine :”Dire que, toi et moi, nous devions simplement nous aimer, confondus avec tous, les hommes et les femmes, et la terre où l’œillet s’enracine et grandit.”Magie des mots accordée aux émotions. Douce libération.Je m’assieds sur le tapis usé, apaisée.Le soir s’installe à pas de loup. La pluie a cessé. Mon spleen s’est dilué entre les pages des livres, entre les mots et les images, entre les réflexions et les rêveries.« Il meurt lentement, celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas… ».Les livres me guériront de tout, même de la solitude, j’en ai la certitude. Ils sont la porte royale vers l’oubli.Mon amoureux reviendra. Ou pas.Je réalise que la nuit tombe, il faut allumer la lampe.On m’appelle. ”J’arrive !”. Je me relève en grimaçant. Depuis combien de temps suis-je en tailleur sur ce tapis ?”Hou là là, ça fait mal… Demain je reprends le yoga !”  
J’ai reçu cette semaine un courriel déplaisant d’une participante à l’atelier d’écriture – qui n’a d’ailleurs participé qu’une seule fois. Elle me reprochait d’avoir modifié son texte sur la voix et de quel droit je faisais cela. Je tiens à préciser que je gère le blog à ma façon ayant tous les droits et étant la créatrice.
Je paie 60€ par mois pour que tout le monde puisse recevoir les lettres d’envoi gratuitement, sans parler du reste, du nombre d’heures à répondre à vos messages, même succinctement, sans parler des heures qu’il me faut pour lire les textes. Avec toujours un plaisir renouvelé! Sans parler de l’écriture des articles du blog et des recherches nécessaires!
En effet, je me permets certaines corrections, car il y a souvent des fautes d’orthographe et de grammaire, de frappe ou d’oubli, des erreurs de ponctuation, des phrases trop longues, des textes commencés au passé puis continués au présent, sans aucune raison.
Je tiens à respecter la langue française et à y faire honneur dans mon blog. Je ne suis pas responsable de la mise en page des textes, car le site que j’utilise pour envoyer mes lettres d’envoi ne respecte pas ma mise en page. Je respecte vos textes car je ne change jamais les mots que vous avez écrits.
Alors, si cette rabat-joie ne veut plus écrire pour mon atelier d’écriture, tant mieux, cela fera une râleuse de moins! Je suis désolée, mais je ne supporte plus les gens qui ont la critique facile pour des broutilles. Il y a plus grave dans la vie, n’est-ce-pas? 

Je vous souhaite une belle semaine créative et je vous donne rendez-vous samedi prochain sur le blog LA PLUME DE LAURENCE pour de nouveaux textes. 

D’ici là, portez-vous bien, prenez soin de vous et gardons le moral ensemble. 

Créativement vôtre, 

Laurence Smits, LA PLUME DE LAURENCE  

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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