Que je me suis amusée en lisant tous vos textes. J’ai bien voyagé, partagé les aventures des uns et des autres, cherché à découvrir certains secrets bien gardés…C’était génial! Un grand merci à vous toutes et tous pour ce fabuleux partage! Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Dominique

Le précepteur de Lina lui avait longuement parlé des Cathares : les invasions, la destruction, la reconstruction, leur évolution. A présent, tous ces mots résonnaient dans sa tête. Enveloppée dans son manteau de laine, elle aspirait goulûment l’air venu des montagnes. Elle suivit l’allée couverte d’un tapis de graviers qui crissait sous ses pas. Serrant sa poupée chérie toute contre elle, elle suivit l’entrée du bois. Elle huma le parfum des pins, un peu étourdie, rêvant déjà de se lover dans le creux de l’un d’eux. Elle raconterait à Myriam, sa poupée, les histoires qu’elle avait apprises durant ses leçons. Alors qu’elle pensait se reposer au pied d’un gros pin, elle remarqua un dos tout de vert vêtu, penché dans le creux de celui-ci. Lina fit un léger bruit en posant son pied sur les aiguilles de pin.

Un petit homme aux cheveux blancs et à la longue barbe se retourna ; il portait de grosses lunettes de vue et ses yeux clignaient sans cesse, comme si il était aveuglé par quelque lumière trop forte.

-Qui êtes -vous ? lui demanda Lina, en petite fille curieuse.

-Hum, hum… Je suis l’ermite qui vit plus loin dans la forêt et j’avais décidé de m’éloigner un peu de chez moi pour ramasser quelques champignons pour me faire une bonne omelette, et je crois que je suis allé un peu trop loin. Mais je vois dans le creux de cet arbre des langues de bœuf et je pensais …
– Des langues de bœuf ??? Quelle horreur !! Vous êtes un vilain bonhomme !!!
-Euh, non ! Je voulais juste cueillir quelques champignons mais je me suis fait mal aux lombaires, dit le vieil homme en se tenant le dos.

La petite fille faisait la moue et semblait se demander de quoi parler ce petit homme tout de vert vêtu qui ressemblait au lutin de ses livres.

-C’est quoi les lombaires ?

-Les vertèbres qui sont dans le bas du dos.
– J’en ai aussi ? demanda Lina.

-Oui … écoute, je suis un peu pressé …je vais devoir rentrer, dit le lutin, car oui c’en était un ! Au revoir petite fille. Peut- être nous reverrons-nous un jour. 

-Au revoir Monsieur.

Lina reprit le chemin de la maison. Le temps se rafraîchissait et la tempête faisait déjà rage dans la montagne. Elle pressa le pas en entendant le gong qui annonçait le goûter. Bientôt elle raconterait sa gentille rencontre à Maman.

De Michèle

L’impréparation

Je décide de partir faire une balade bucolique dans la Montagne Noire, je chemine le long de cours d’eau farouches, traverse des bois denses et touffus. J’avance confiante, sur un tapis de feuilles mortes et m’amuse à soulever mes pieds pour les faire s’envoler, un jeu de mon enfance qui revient lors des balades automnales.

Abritée par les grands arbres, je ne vois pas le ciel s’obscurcir. Les premières gouttes de pluie commencent à tomber et soudainement une tempête s’abat sur la forêt. J’accélère le pas, maudissant mon inconscience et mon imprudence. La pluie rend l’avancement difficile, masquant le paysage, la Montagne Noire porte bien son nom.

Je suis trempée et la panique m’envahit très vite. Je ne sais pas comment sortir de ce bois, n’y voyant pas à deux pas. Je n’ai pour seul équipement que le sifflet que j’ai toujours sur moi. Peu de chance que quelqu’un m’entende au milieu du fracas de l’eau qui s’abat en trombes.

Ne pas désespérer et essayer de me signaler, mais quel chemin choisir ? Devant moi, deux possibilités, je préfère suivre le chemin en pente. J’accélère le pas, la pente est de plus en plus abrupte et la racine qui serpente au milieu est dissimulée sous les feuilles. La chute n’en est que plus dure car, aveuglée par la pluie et les larmes, je ne peux me raccrocher à une branche et tombe lourdement sur le sol mouillé. Mon sifflet toujours accroché à mon cou -merci la vie- je réussis à me relever mais une douleur dans le bas du dos m’arrache un cri. Je comprends vite que mes lombaires ont amorti le choc et protestent.

Il faut que tu continues, il le faut. Tu ne peux pas rester dans ce bois toute la nuit. Forte de ce mantra que je me répète sans cesse, je reprends mon chemin, tout en continuant de siffler encore et encore. Je suis perdue, je suis perdue, je suis perdue. Cependant, le vent s’est un peu calmé et la tempête a cessé, c’est le moment de siffler encore et encore. Siffle, siffle…

Je rêve… ou j’entends un son grave et répété ? Je m’arrête. Je siffle. Encore. Et là, je l’entends bien distinctement. C’est sûr, quelqu’un répond à mes appels. Je siffle, le gong. Je siffle encore, le gong. Avance, avance encore et toujours vers ce son providentiel, tu ne dois penser à rien d’autre, qui t’appelle, qui t’attend peu importe, avance. Au détour d’une allée de sapins, je le vois. Effrayant par la taille, il se tient debout, le gong à ses pieds, devant une cabane improbable, en bois, au milieu de nulle part. Je m’immobilise saisie par la peur. Son sourire et sa voix chaleureuse paraissent réconfortants. Ai-je le choix ?

Cette rencontre est improbable, insolite. Que fait cet ermite ici, dans cette cabane qui me semble d’un autre âge ? Il me salue sans se départir de son sourire et se moque gentiment de mon allure dépenaillée et me félicite ironiquement de ma légèreté. Je dois ressembler à une poupée désarticulée, à qui on a broyé les os. Il m’invite à venir me réchauffer dans la cabane et me propose un thé chaud. Mon angoisse s’envole et j’accepte sa proposition. Ai-je le choix? J’ai tellement froid, tellement mal que je ne pense même pas à lui demander le chemin pour rentrer. Je pénètre dans une cabane incroyable, rudimentaire certes, mais avec l’essentiel pour y vivre au long cours.

Les doigts crispés autour d’une tasse de thé brûlant, un plaid épais sur mes épaules, je balaie des yeux la petite cahute. Mon regard s’immobilise sur une étagère croulant sous le poids de livres entassés les uns sur les autres. Je m’approche, curieuse, et me rends compte, étonnée, que ces livres ont pour seul thème, l’épopée cathare. Cathare du fait de mon lieu de naissance, j’entame avec lui une conversation sur ce choix de lecture.

Au bout d’un moment, en confiance, j’ose lui poser la question qui me brûle les lèvres depuis notre rencontre : pourquoi vit-il ici ? Ma question semble l’interloquer, l’amuser même mais il ne répond pas.

La nuit est tombée. Mon hôte se propose de me raccompagner à ma voiture.

J’accepte le bras qu’il me tend pour m’aider à me mouvoir. Je grimace de douleur mais je continue d’avancer, j’avance et là surprise…. ma voiture est garée à quelques centaines de mètres de là, à la lisière de la forêt. Sa cabane n’est donc pas si isolée. Je m’en étonne ce qui fait sourire « l’ermite ».

« Quand rien n’est prévu, tout est possible… »  Antoine de Maximy

De Corinne

L’ermite vit au-dessus d’un petit village du pays cathare, au pied de la montagne que la neige a recouverte cette nuit d’un élégant tapis blanc. Il est immobile dans le froid et le vent glacial, devant la cabane qu’il a construite bien au-delà de la dernière allée menant à l’enceinte du château en ruines.

Il soutient ses lombaires de ses deux mains placées en éventail de chaque côté de sa colonne vertébrale, cherchant à soulager la douleur qui irradie dans le bas de son dos. Il se sent comme une poupée vaudou percluse de centaines d’épingles maléfiques. Mais la douleur physique et les questions métaphysiques qui l’assaillent ne l’empêcheront pas de sacrifier à son rituel méditatif quotidien, dont il a plus que jamais besoin.

D’un pas mal assuré, il s’avance pour faire face au gigantesque gong doré, rapporté d’un de ses voyages au Tibet, puis s’apprête à le frapper par trois fois du bout de bois taillé et sculpté dans le grand hêtre de la forêt voisine. Il se concentre, se recentre, inspire longuement, expire plus lentement encore …. Dans un mouvement ample, fluide et harmonieux, il lève graduellement son maillet artisanal, puis en percute le gong. Un, deux, trois. Trois coups successifs se rapprochant du centre du disque de métal et dont le son cascade en échos vibrant decrescendo à ses oreilles, jusqu’à ce que le silence emplisse de nouveau tout l’espace sonore.

La neige tourbillonne, ses yeux papillonnent…Il entre dans cet état second qu’il affectionne. Son esprit, allégé de toute pensée parasite, s’envole, libérant d’un coup sa poitrine, ses poumons, son cœur de la chape de plomb coulée par cette angoisse qui sourdait en lui, comme une menace. Ses lombaires sont maintenant légères comme l’air. Il a enfin réussi à se délester de son propre passé et du lourd héritage historique de ses ancêtres hérétiques.

Immobile devant le gong doré, il se tient maintenant debout, ancré dans le présent et la tempête, bras levés très haut de part et d’autre du torse, pieds et jambes pareillement écartées, croix des Cathares personnifiée.

Sa solitude redevient sa plénitude.

De Brigitte

Le retour

Quand il passa près de la grotte de l’ermite, Lancelin Du Vallon, revenant de croisade, savait que sa maison et sa belle Yselda n’étaient plus qu’à une lieue. La saison des tempêtes avait commencé avec son cortège de pluies incessantes et de vent glacial, il était descendu par des monts cuirassés de glace. Transi de froid et plein d’une faim féroce, son cheval, un puissant Akhal Teke aux reflets de métal, le ramenait depuis de longs mois en son pays Cathare. 

Lancelin s’enfonçait doucement dans le bois sur une allée couverte d’un tapis de feuilles qui amortissaient le bruit des sabots. Il ne forçait pas l’allure pour ménager les lombaires de sa monture, mais aussi les siennes, alors que le gong de son cœur battait fort dans sa poitrine, enfin il allait retrouver sa belle aux yeux immenses et son petit enfant brun. Allait-elle reconnaître l’homme affamé tout couturé  de guerres, passé plusieurs fois pour mort, qui allait se présenter à elle en murmurant son nom ? Il distinguait maintenant le haut du toit de chaume de sa maison, il avança au trot de sa monture, puis arrêta son cheval et l’attacha devant le puits. Son cheval soupira en battant ses flancs de sa queue. Il entra dans la maison, la pièce était vide, des braises rougeoyantes confirmaient la présence de quelqu’un, mais il ne voyait personne. Il appela « Douce toute Douce Yselda, es-tu là ? ». Sur un chevalet, il y avait une peinture inachevée d’un intérieur de maison où traînaient des poupées abandonnées au sol par un bébé qui tapait sur un tambour.

Une porte s’ouvrit prudemment, le visage de sa femme apparut et s’épanouit de surprise et de joie mêlées : 

-Nous t’attendions, dit-elle en poussant l’enfant devant elle.

De Jean-Michel

Il avait bon dos, le professeur de sport quand il m’avait demandé de remuer mes lombaires… La tempête n’avait pas tardé à se déclarer sous la forme d’un lumbago carabiné qui m’avait mis au tapis. Je ne pouvais pas m’imaginer, empruntant l’allée qui menait au gymnase, que j’allais me retrouver aussi fragile qu’une poupée de porcelaine. Et, quand le gong avait retenti, je m’étais écroulé comme un château de cartes. Le professeur a eu beau dire qu’il ne fallait pas en faire une montagne, et qu’avec un peu de courage je saurais faire feu de tout bois, je préférai m’isoler tel un ermite, plutôt que de ruer dans les brancards en jouant les Cathares hérétiques…

De Catherine M

Mademoiselle Suzy

Mademoiselle Suzy habite à Fourtou. Elle y est née et n’a jamais envisagé de quitter son village en pays cathare. Seule exception, ses études secondaires faites à Carcassonne, de l’autre côté de la vallée. Collège, lycée, université, des années grises où elle essayait, tant bien que mal, de se fondre dans le décor.

Mademoiselle Suzy est blogueuse littéraire, figurez-vous. Elle adore cette activité qui lui permet de vivre loin de toute agitation, presque en ermite,dans une minuscule maison au bout d’une allée que peu de gens empruntent. Seul le facteur fait crisser les roues de sa bicyclette plusieurs fois par semaine et par tous les temps. Pluie, vent, canicule, verglas ou tempête, le jeune homme vient livrer à la vieille dame des paquets de livres à s’en casser les lombaires !

Car Mademoiselle Suzy va bientôt fêter ses 80 ans. Bon pied, bon œil et bon jugement.

Elle est une célébrité dans la blogosphère littéraire avec des milliers de followers. Et elle en est fière ! Dans sa maison de poupée, les placards, étagères, guéridons et tapis, sont dédiés aux livres. Des montagnesde livres.

Quant à son lit aux montants en bois,combien de temps va-t-il encore supporter ces milliers de pages ? Rien ne saurait distraire sa locataire en pleine lecture si ce n’est, peut-être, le bruit d’un maillet frappant rageusement un gongchinois. Mais la probabilité que cela ne survienne est si infime qu’il vaut mieux la laisser à sa passion.

Chut ! Ses abonnés attendent son verdict à propos du dernier opus de Monsieur X, le chouchou de ces dames !

De Francoise V

L’ermite que je suis sort enfin de sa tanière. Caché dans le bois de la Montagne Noire, je suis affamé par le manque de nourriture. Cela fait plusieurs jours que je n’ai rien avalé. Je me suis réfugié là pour fuir le peuple cathare qui veut m’endoctriner. Il fait régner la terreur sur notre terre en paix. De nombreux massacres ont eu lieu. J’ai échappé à leurs violences, à leurs tueries.  Quand donc seront-ils jugés, quand cela va-t-il cesser ?

J’ai eu peur. J’ai pu vivre quelques jours dans une grotte. Mais, mes lombaires me font atrocement souffrir, dû à ma position courbée et forcée. Empêché de sortir pendant ce temps de tempête dans la vallée et sur la crête méditerranéenne, je n’ai pas pu cueillir les fruits dont je me nourris, ni chasser le lièvre pour subvenir à mes besoins. J’ai faim, j’ai froid. Maintenant que le vent a cessé, j’aspire au calme. En observant le tapis de feuilles qui jonchent le sentier au pied des rochers, je retrouve une poupée salie et démembrée. Mais qu’est-ce qu’elle fait donc là ? Tout de suite, je songe à l’enfant qui a dû être martyrisée ou peut-être tuée. Elle s’est cachée ou bien vais-je retrouver son corps ?

Mes pensées et mes réflexions sont interrompues par la résonance du gong dans le village lové au creux de la vallée. J’aperçois de loin l’alignement de jarres, sûrement destinées à la population. Ce mauvais temps nous a privé d’eau potable. J’ai bien compris qu’il s’agit d’un appel à la population pour recevoir de quoi nous hydrater. Mais ne serait-ce pas un piège aussi des Cathares pour retrouver ceux qui ont fui le massacre ?  Je reste prudent. J’attends de voir si des villageois se présentent.

D’Agnès

La montagne ou la plage me procure une détente infinie que j’assimile à un bonheur simple. Une simple évocation suscite chez moi, un émoi immédiat. La montagne, belle, bien ancrée dans le sol qui traverse les saisons et que l’on prend plaisir à gravir ou juste à visualiser me renvoie à un havre de paix.

Observer les versants pointus d’une montagne, sa massivité, sa magnificence, sa cime majestueuse recouverte de blanc immaculé l’hiver, m’invite juste à ralentir, ressentir la fraîcheur, respirer, me poser, jouer les ermites quelque temps, me retirer du monde, faire taire la tempête qui gronde intérieurement. Je savoure ce spectacle en le contemplant des heures et des heures et en méditant. Mes pensées et émotions se canalisent.

Je visualise avec délectation cette montagne puissante alors que je suis installée à parcourir un ouvrage sur les chevaliers cathares, une tisane fumante à la menthe poivrée à mes lèvres, assise dans mon fauteuil douillet, les jambes recouvertes d’un plaid chaud. Mes pensées s’adoucissent.

Observer l’océan est un processus d’apaisement similaire. Commencer par piétiner l’allée qui mène à la plage, les pieds effleurant le sable tiède pour offrir ensuite à la contemplation une vaste étendue d’eau dans laquelle se reflète le ciel bleu sans nuage est un pur ravissement. Les vagues, dans le mouvement de va-et-vient, laissent une traînée d’écume quand elles viennent s’échouer sur le sable mouillé et m’invitent à respirer en conscience et me rendent sereine. J’hume avec plaisir cette odeur d’iode qui emplit mes narines. Je m’imagine alors allongée, confortablement, à plat ventre sur un tapis jonchant le sable, détendue telle une poupée de chiffon face à ce spectacle vivant, entourée de bois flottés venus s’échouer çà et là sur le sable de la plage hors saison. Le son des vagues m’apaise, le cri des mouettes me rassure, une légère brise vient caresser mon dos que réchauffe timidement le soleil et détend mes lombaires endolories. Quelques bribes de voix au loin ne suffisent pas à altérer cette sensation unique de bien-être qui se dégage de moi. Mon corps entier s’oxygène, vit et se délecte de cette volupté. Je me reconnecte à moi-même.

La fin de journée vient sonner le gong du retour à la réalité, je m’étire comme un chat et m’installe lentement dans la douceur d’une soirée reposante et me laisse happer tout doucement par le sommeil qui me gagne.

De Saxof

DIFFICULTES IMPREVUES

Un jour de grande tempête, les arbres ployaient sous le vent, la montagne grondait, je n’en menais pas large dans mon chalet en bois, loué pour une dizaine de jours, afin de bien visiter la région en suivant la ligne des châteaux cathares. J’ai eu beaucoup de mal à rester calme, j’écoutais mon coeur battre la chamade et si c’était une tornade?
Je regrettais presque d’avoir voulu vivre en ermite quelques jours, en refusant que Paul ne vienne, mais j’avais besoin de réfléchir, de prendre du temps pour moi. Mes pensées vagabondaient dans tous les sens, lorsque j’ai entendu un bruit, comme un bruit long et profond de gong… J’ai ouvert la porte avec méfiance et précaution pour scruter l’allée, avec ma lampe, au plus loin que je pouvais, mais je ne voyais rien, ni personne, à part les branches qui se secouaient avec furie. Je refermais précipitamment la porte  en pensant que ce devait être le gros carillon métallique que j’avais aperçu dans l’après-midi sur la branche basse du chêne.
En réfléchissant, je me suis empiergée dans le tapis, dont un coin s’était relevé sans que je m’en aperçoive et j’ai roulé sur le sol. Je me suis relevée avec une grosse douleur dans le dos et surtout au niveau des lombaires. J’ai pris un anti-douleur en attendant le lendemain. Je me suis couchée aussitôt pour ne pas risquer d’accentuer le mal. On verra demain, ai-je dit en prenant dans mes bras Lisa, qui me suivait partout, la poupée de chiffon de mon enfance, contre laquelle je me suis endormie.

De Christine

Comme d’habitude, Mélanie lui avait laissé une liste de travaux à faire avant leur départ, mais Laurent n’était pas trop pressé de s’y coller. Il était bien là dans son hamac sous le grand saule du jardin avec Lila. Mélanie était au travail et il profitait de ces quelques jours en solo avec sa fille.

La petite était installée sur un tapis de sol à côté de lui. Elle babillait en jouant avec sa nouvelle poupée. Elle n’arrêtait pas de l’habiller et de la déshabiller, tout en lui racontant un tas d’histoire. Une vraie petite maman. Le chat Fripouille était allongé de tout son long près d’elle, la tête à l’ombre et le corps au soleil. Pas folle la guêpe. Laurent, lui, rêvait de leurs futures vacances en Occitanie. Ils avaient décidé de suivre le circuit des châteaux cathares, Aguilar, Quéribus… Il faudrait qu’il prépare minutieusement leur itinéraire pour en voir le plus possible. Avec la petite, certains ne seraient pas facile à atteindre, mais ils trouveraient bien une baby-sitter sur place pour quelques heures. Ainsi, Mélanie et lui pourraient gravir les sentiers dans les montagnes en toute quiétude. Il avait trouvé des photos sur Internet qui donnaient vraiment envie.

Il aurait aussi adoré rencontrer José Dupré, le fameux ermite cathare dont il avait lu quasiment tous les écrits, mais ce dernier était décédé récemment. Laurent était fasciné par ce visionnaire, épris de liberté et d’écologie. Mais, en attendant, au boulot. Il consulta sa liste. En pole position, nettoyer les allées du jardin. Ils n’avaient pas encore eu le temps de ramasser tout le bois que la tempête avait saccagé la semaine précédente. Des branches avaient cédé sous les violentes rafales et envahi leur jardin. Ils n’avaient pas connu un vent pareil depuis dix ans qu’ils étaient installés dans la maison.

Il alla chercher la vieille brouette stockée dans l’appentis. A chaque tour de roue, un grincement lui vrillait les oreilles. Comme aurait dit son père, ce sont les gouttes d’huile qui se cognent. Évidemment, Lila vint voir ce qu’il faisait, attirée par le bruit et voulut l’aider. Elle ramassa des brindilles dans sa brouette miniature, pendant que lui sciait les plus grosses branches. Au bout de deux heures d’effort, le jardin était nettoyé. Mélanie serait contente.

Ensuite, quelles étaient les réjouissances :  gratter la mousse de la terrasse. Lila voulut bien sûr participer. Elle farfouilla dans la cabane de jardin pour en sortir tout son attirail de jardinière. Nous frottions tous les deux quand le carillon de la porte d’entrée retentit. Sauvés par le gong !

Entre les grosses branches évacuées et le nettoyage de la terrasse, les lombaires de Laurent criaient pitié. Il fut donc tout heureux d’accueillir son frère Paul et en profita pour faire une pause avec une bonne bière fraîche et une glace pour Lila. Mais, Paul était venu le chercher pour décharger un meuble de sa camionnette. Laurent se demanda dans quel état son dos allait finir la journée. Vivement les vacances !

De Annie

L’histoire commence au premier son du gong. Jusqu’au plus profond, il ressent ses vibrations ; il est temps de se mettre en route. L’enfant décide de ne plus se retourner et de faire comme si la tempête qui laboure son crâne n’était qu’un souffle léger. Tony, c’est son prénom d’emprunt ; son identité officielle, il n’en a pas eu droit. C’est un être maigrichon, sans consistance. Il a perdu sa naissance, comme on se jette d’une montagne ; un grand saut dans le vide d’un puits sans fond. Sa peau couleur d’ébène blanc, bois de l’arbre de ses racines, le fait invisible. Ça l’arrange, lui qui disparaît d’entre les vivants quand le jour se prononce.

Son voyage, il veut le faire seul, en ermite ; l’autre, il ne le veut pas, il ne le supporte pas. Lui personne n’a jamais voulu le porter. Pourtant, il en crève de sa solitude. Plein de haine et de rancœur, il veut ne jamais plus avoir affaire à quiconque maintenant qu’il s’est défait des aiguilles de toutes ces poupées vaudou qui l’ont exclu, expulsé de force, sans sommation. Il part…La nuit vient de tomber, son pas se fait plus lent, il cherche un coin pour dormir. La lune est grosse comme un ventre rassasié, ses reflets lui montrent le chemin vers une petite grotte. Assez d’allées et venues pour aujourd’hui ; il se couche et sans perdre le nord, il s’endort… Alors, un autre voyage commence ; il devient le maître de son monde où tout est possible. Chevauchant un tapis volant, il fait fi des principes cathares et défiant le mal, il se lance dans sa dernière quête, naître.

De Elie

Les Cathares au piège de leur ascétisme.

Les Cathares, nés à partir du dixième siècle de notre ère en France, étaient convaincus de leurs doctrines, quoi que cousues de quelques pièges théologiques à la vie. Ils se sont donnés comme défi la fidélité à la propagation de leurs doctrines chrétiennes et sociales. Se rendant comme missionnaires, les Cathares servaient Dieu avec un style de vie qui les caractérisaient.

Ils enseignaient leurs doctrines et se plaisaient à se maintenir dans la pauvreté et la chasteté. Toutefois, les Cathares pensaient que Dieu était le fondateur de l’univers. Ils vivaient en ermites afin de consacrer leur vie à l’adoration et à des services touchant à la sécurité sociale. Par ce style de vie, les Cathares se sont donnés pour mission de faire courir leurs plumes sur les feuilles afin de répandre leurs croyances, le fondement de la foi qu’ils défendaient avec tant d’énergies.

Par moments, ils traversaient les forêts et les montagnes à la conquête des bois, puis profitaient des richesses et la beauté des végétations. Il faut le reconnaître. Parmi les Cathares se trouvaient des philosophes, des biologistes, des historiens et des chercheurs de renom au sein de leurs contemporains. Ces hommes, connus de tous, pour leur détermination, ne ménageaient aucun effort à s’investir dans l’émancipation et les recherches scientifiques, chaque jour que Dieu faisait.

Dès lors, les Cathares ont commencé par brûler d’émancipation grâce à la lumière des hommes cultivés qui travaillaient au sein de leur communauté. Il surgit donc une aurore de l’éveil des consciences dans la vie de plusieurs d’entre eux. Ils avaient une devise qui traduisait leur vision. Cette devise était mise en poèmes et en chants par les amoureux de lettres au sein des Cathares. Ces habitués des lettres chantaient et récitaient en toute occasion leur devise scandée par le gong et l’art oratoire d’un griot. Ce dernier psalmodiait la devise des Cathares aux oreilles de quiconque les côtoyait, à la quête du savoir. C’était fort de cette ambition que les amoureux de la science ne cessaient de répéter à nos oreilles cette devise dans les termes suivants :

 ‘‘Chaque jour qui nous est donné 

Est un précieux don de Dieu.

Il faut investir chaque minute

Qui s’écoule dans les recherches scientifiques et la foi en Dieu.

C’est le moyen sûr pour répandre le savoir dans les tourments de l’ignorance.

C’est le défi du quotidien pour sortir l’homme

De l’ordinaire pour l’extraordinaire.

Par cela, les générations futures sortiraient de la misère.’’

La vie des Cathares s’illustrait bien dans le domaine de l’éducation. Sur les façades principales des locaux étaient ficelées de magnifiques poupées donnant lieu à arracher quelques sourires, voire des réflexions. Nous pouvons nous imaginer la philosophie qui sous-tendait la pensée des Cathares. Ils vivaient selon des agendas classiques pour les réjouissances et les enseignements.

Lors des manifestations officielles, des tapis rouges étaient dressés en l’honneur des personnalités. Et pour la circonstance, des allées et des parterres géométriques étaient décorés puis réservés aux théâtres. Les invités d’honneur étaient installés dans leurs fauteuils, qui inspiraient aux spectateurs la dignité et le prestige qui leur étaient dus.

Ces autorités se sentaient heureuses au cours de ces assises qui avaient duré plusieurs heures, car les fauteuils s’adaptaient à leur bien aise. Par conséquent, leurs lombaires ne souffraient d’aucun dommage.

Les Cathares, au-delà de toute considération, n’avaient pas manqué de souffrir des conséquences de la folie de leur ascétisme. Une tempête de guerre les frappa au point de les anéantir au temps du roi Philippe-Auguste. La doctrine de tout mouvement, de quelque nature qu’elle soit, doit avoir pour socle le bien-être et visant l’équilibre de la composante tripartite de l’homme.

De Marie

Perclus de rhumatismes et de douleurs lombaires, l’ermite n’avait pas quitté son abri de bois depuis bien longtemps. Pourtant, même la vieillesse ne lui donnait pas l’oubli. Moins il bougeait et plus son esprit semblait s’envoler de par les chemins et les allées.

Fidèle à ses origines cathares, il n’avait foi qu’en ses croyances quasi-païennes où le pape et ses fidèles dépravés n’avaient pas leur place. Il avait tant cherché la paix et le pardon de ses frères dans le passé. Parcourant seul et à pied ses somptueuses et périlleuses montagnespour trouver la paix.

Il avait fini sa course là, dans une cabane improvisée où il vivait depuis bien des années.

Pourtant, les souvenirs revenaient toujours à lui, et rien ne servait de les chasser, c’était immuable. Un jour, il avait abdiqué. Il préférait maintenant se remémorer ce passé qui l’avait torturé pendant une si grande partie de sa vie. Il laissait alors le passé remonter jusqu’ à lui, s’avouant que cela lui procurait un certain plaisir.

Il revoyait alors sa belle Aléane, avec ses long cheveux épars, étendue sur un tapis natté de soie sous la tente et le dais. Telle une poupée, elle était allongée sur le côté, il ne voyait que son dos et sa magnifique chevelure. Seul un drap de satin la recouvrait en partie, et il se revoyait, enlacé et transi d’amour. Ils auraient pu vivre leur histoire si seulement elle n’avait été l’épouse du maître. Leur idylle avait pris fin un soir de tempête, lorsqu’ils furent découverts et que le gong retentit. Il dût fuir sans même pouvoir lui dire adieu. Il n’avait même jamais connu le sort de sa bien-aimée, ni même si elle avait survécu à cet horrible drame.

Depuis, le remord l’assaillait chaque nuit. Certains jours, il se reprochait d’avoir fui, puis pensait, le lendemain, que sa mort n’aurait rien changé. Il attendait donc la fin, pour, peut-être, la rejoindre.

De Francis

Surprise, surprise !

Cher client,

Nous avons été saisis d’une réclamation du propriétaire de l’appartement que vous nous avez récemment loué. Après enquête dans la copropriété, il a appris qu’il aurait servi pour une fête d’anniversaire animée que vous avez organisée. Nous avons effectué un constat de l’état de l’appartement. Nous comprenons que les célébrations peuvent parfois être tumultueuses, mais nous tenons vous à rappeler les termes de la charte que vous vous êtes engagé à respecter et en particulier les obligations concernant le voisinage et le bien loué.

Les traces de la soirée sont visibles dans chaque recoin de l’appartement. Les tapis sont éparpillés et tachés, les allées obstruées par des monceaux de bouteilles vides et de débris de toutes sortes. Il y a des confettis partout. Une poupée désarticulées aux lombaires brisées semble avoir élu domicile sur le canapé. De plus, un gong mystérieusement installé dans le salon ne manque pas d’éveiller notre curiosité nous laisse penser à l’ambiance qu’il a créé.

En parcourant les lieux, nous avons également constaté que la tempête de la fête a laissé des traces sur les meubles et les murs. Des éraflures et des marques témoignent de l’animation de la soirée. De même, un mystérieux monticule, pour ne pas dire une montagne de bois a été découvert dans un coin de la salle de séjour, suggérant peut-être une tentative de créer une ambiance de campagne au sein de l’appartement.

Un ermite, peut-être, de la soirée semble avoir trouvé refuge dans la cuisine, où des restes de nourriture jonchent le sol et les comptoirs. Nous allons être dans l’obligation de restaurer complètement l’appartement  pour que toutes les surfaces soient nettoyées et que les déchets soient correctement éliminés.

Pour terminer, nous avons été alertés par les voisins concernant un étrange rituel de Cathares dans la cour commune. Tout comportement dérangeant pour les autres résidents est inacceptable. Vous comprendrez que dorénavant, il ne nous sera plus possible de vous compter parmi nos clients.

Nous vous ferons parvenir prochainement la facture de remise en état des

lieux.

Nous restons à votre disposition pour toute question ou précision complémentaire.

Cordialement,

xxx

De Sylvie

Venez avec moi…

Confortablement installée, un coussin calé sensé soulager mes lombaires, harassées par le poids de mon ventre, je rêvasse, anesthésiée par huit mois et demi de grossesse. Posées sur le tapis, deux choses énormes, deux choses enflées, difformes, agrémentées de dix petites saucisses cocktail : mes pieds. D’ailleurs, depuis quelques temps, chaussons et chaussures, refusent obstinément l’entrée à ces lourds pâturons.

Dehors, le vent balaie les feuilles de l’allée, les champs et les bois encore verts, et siffle sa rage en tempête de quitter l’été. Mon compagnon, calme, serein, semble satisfait de vivre pas tout à fait en ermite, mais presque, dans la Montagne noire du Pays Cathare.

Un sifflement strident… Un battement sourd, puissant, palpite et fait vibrer mon corps en le traversant. Ce vacarme provient du mur qui gonfle et dégonfle telle une bulle prête à exploser remplacée bientôt par une spirale hypnotique.

 Une voix grave, caverneuse nous interpelle :

« Venez avec moi …

Pourquoi vous avez fait ça ?

Vous n’avez pas la vie que vous méritez…

Je vous promets un avenir riche de découvertes, une vie riche de voyages, sans souci financier, sans souci de santé une vie heureuse pour votre fille…

La vie éternelle… 

Entrez dans la spirale… Entrez dans la spirale… Entrez dans la spirale… Entrez dans la spirale… 

Venez avec moi… »

La voix insiste encore et encore. Le phénomène est tellement inexplicable. Terreur, curiosité.

Déjà vu ça, oui, mais dans des émissions qui essaient de nous faire croire au paranormal.

– Dis donc, c’est tentant ! On fait quoi ? On y va ?

– T’es fou, on a l’essentiel : une vie simple, un toit sur la tête, un bébé qui arrive. On est heureux comme ça… On s’aime.

– Oui tu as raison … On n’a pas besoin de tout ça…

Contre toute attente et avant que j’aie pu esquisser le moindre geste, mon compagnon se jette, seul, la tête la première dans la spirale prometteuse. Un bruit de gong et il s’effondre telle une poupée de chiffon le long du mur, groggy…

De Manuela

Un bruit court qu’un ancien château cathare resterait encore introuvé. Mais pour l’instant, ne serait-ce pas que des « on dit » ? Mon amie Laurence et moi-même avons décidé de nous lancer dans cette quête. Départ fixé pour le 15 octobre, car nous sommes toutes les deux à la retraite.

Le pays cathare est en grande partie situé dans le sud, dans l’Aude et les Pyrénées orientales principalement. Nous avons établi un planning pour nos marches à venir.

  • 1 ère étape sur 2 jours : visite de la ville de Carcassonne – logement sur place
  • 2ème étape sur 2 jours aussi : visite de 3 abbayes (St Hilaire, Lagrasse avec son abbaye et sa cité médiévale ainsi que l’abbaye de Fontfroide).

Pendant ces quatre jours, nous glanons un maximum de renseignements auprès des habitants, des commerçants. Les bars et les marchés sont aussi une riche source d’informations. Avant de partir à l’aventure, une collecte d’indice nous sera une aide précieuse car nous ne connaissons absolument pas la région. Le pays cathare est vaste, très vaste. Il nous faut encore continuer notre quête dans les hôtels et les restaurants, ainsi que la mairie et le syndicat d’initiative. On nous annonce une tempête très violente pendant les deux prochains jours. Confinés dans notre chambre, nous étalons la carte de la région sur notre lit, et nous mettons à profit ces heures pour organiser la suite de notre voyage. Tout indique que les vestiges du château seraient situés dans des bois denses, fournis et sombres, donc toujours restés inaperçus par les êtres humains. La zone se rétrécit. Nous savons tous que les forteresses étaient construites dans des lieux difficiles d’accès.

Nous nous dirigeons maintenant vers la ville de Maury, au sud du département. Nous avons trouvé une belle ferme auberge pour les jours à venir. Il nous faut nous chausser correctement, nous munir de bâtons de marche, prendre de bons sacs à dos remplis de biscuits secs, de bouteilles d’eau, un nécessaire de survie ainsi que des vêtements chauds. Sur le dessus, nous y mettons un duvet.

Départ tôt le matin. Direction le nord, vers la ville de Cucugnan. Nous longeons le haut d’une ligne de crête. La vue est magnifique sur les Pyrénées et le Massif central. La nuit tombe vite au milieu des bois. Nous nous installons sommairement avec duvet, réchaud, et une bonne soupe en sachet. Courte nuit, mais nous voulons que notre aventure continue au plus vite. Le deuxième jour, nous marchons toujours la crête vers l’ouest. Et comme on dit, à l’ouest rien de nouveau. Troisième jour, le moral est en baisse, le froid commence à se faire sentir ainsi que la fatigue. Vers quinze heures, Laurence, avec sa vue perçante, crie à qui veut l’entendre – c’est-à-dire moi, je suis seule avec Laurence à des kilomètres à la ronde

– Regarde mon amie, au loin vers la pointe de la crête, il me semble apercevoir une tâche couleur pierre.

-Qu’en penses-tu ?

-On y file dès maintenant, car il y a encore quelques kilomètres à franchir.

Arrivées sur place, les ruines sont vraiment en très mauvais état. Le froid commence à se faire sentir. Il nous faut trouver un lieu pour nous protéger. Nous franchissons les vestiges de portes anciennes, bien cachées dans les arbres. Laurence, plus courageuse que moi, avance d’un pas rapide et découvre ce qui pourrait être l’entrée d’un souterrain. Nous allumons nos lampes torches et descendons au fond d’un pas lent, le chemin est en bien mauvais état. C’est un véritable labyrinthe. Nous avançons, nous reculons, nous tournons à droite puis à gauche. Il nous faut deux heures d’exploration.

Nous apercevons une grotte ou une cache qui pourrait être un logement : sol recouvert d’un vieux tapis poussiéreux, quelques vêtements féminins, un gong apparemment d’origine bouddhiste et d’une poupée toute défraichie. Il semble qu’une personne vive ici. Mais qui ? Une angoisse monte en nous. J’ai envie de repartir. Un sans domicile fixe, un échappé de la prison…

Une douce voix parvient à nos oreilles,

-Bonjour mesdames, que faites-vous ici ?

Bonjour madame, nous avons entendu parler d’un château oublié dans la région et nous sommes à sa recherche.

-Je suis, comme on dirait, une ermite. Je vis ici depuis de nombreuses années. La vie au calme me plaît énormément et je compte y rester encore de nombreuses années. La dame aux cheveux blancs, vous me semblez souffrir du dos.

-Pouvez-vous nous indiquer le médecin le plus proche ? Nous allons vous quitter et nous allons nous y rendre au plus vite. Nous allons vous quitter.

-Comment vous appelez-vous la dame aux cheveux blancs ?

-Laurence, pourquoi ?

-Donc, Laurence, il vous faut rester en ma compagnie. J’ai quelques pouvoirs pour guérir les maux dont vous souffrez : pouvoir par les mains, pouvoir avec des décoctions de plantes, et le son de mon gong ne pourra que vous apaiser.

-Nous ne pouvons accepter une telle offre car nous n’avons plus de nourriture, ni de boisson.

-Laurence doit rester là, car la douleur s’intensifie. Elle restera allongée le temps pour vous de vous rendre au village faire le plein de nourriture, d’eau et d’anti-douleur. Comptez une bonne journée pour ce long trajet. Suivez l’allée ou plutôt le chemin qui vous conduira au village de Cucugnan.

Les habitants du village sont surpris de me voir seule, une femme seule en montage n’est pas chose courante. J’accomplie mes emplettes à la supérette. Un homme, habillé d’une longue soutane noire, sans doute le prêtre de la paroisse, m’observe, me suit du regard. Je trouve ça étrange. Je repars d’un pas soutenu. La nuit est tombée quand je retrouve Laurence. Ses lombaires la font beaucoup moins souffrir ; les pouvoirs de l’ermite commencent déjà à faire effet. Deux jours et surtout deux bonnes nuits nous serons nécessaires avant de reprendre le chemin du retour.

L’ermite nous a beaucoup parlé de cet ancien château dit de « Cucugnan », mal situé pour la défense de la zone, donc démoli bien avant les guerres contre les Cathares. Elle nous a aussi parlé de ce curé, appelé curé de Cucugnan, devenu un ami pour elle. Il lui apporte toutes les semaines tout ce dont elle a besoin, sans jamais rien lui demandé en retour. Une bonne âme, diront certains.

Le matin du départ commence par de longues poignées de main, de nombreux remerciements. L’année prochaine, si nous pouvons revenir, nous lui rapporterons de nombreux cahiers et stylos pour qu’elle puisse écrire son histoire. Une petite table de camping serait aussi la bienvenue.

-Au revoir, mesdames, nous crie-t-elle d’un ton un peu triste. Elle retourne maintenant à son isolement.

De Lisa

Publicité locale « le repos dans les montagnes »

Si vous avez des problèmes lombaires, et autres, venez dans notre auberge, qui est restée intacte, en bois. Vous serez accueillis comme sur un tapis rouge qui traverse l’allée jusqu’à l’entrée du lieu.

Venez déguster, après chaque gong, le seul bruit de votre séjour, les produits locaux faits comme au Moyen-âge par des moines réputés.

Prenez le temps sans portable et les problèmes du quotidien comme un ermite de la secte des Cathares.

Même une tempête ne viendra pas nous gâcher le séjour car on trouve toujours des choses à faire dans le silence qui est la clé de la réussite.

 La montagne est notre seule paysage. Laissez tomber les voitures, la maison et autres.

Repartez avec des souvenirs de notre mascotte la poupée.

NB : les achats ne se feront qu’à la fin du séminaire.

Merci de votre compréhension.

De Catherine M

LE TEMPLE DES 1000 BOUDDHAS

Avez-vous déjà tenté cette expérience : passer quelques jours dans un temple bouddhiste et vivre comme les résidents habituels ? Si ce n’est pas le cas, je vous invite à y remédier très vite car, au-delà de toute croyance, c’est un séjour hors du temps et ressourçant. Vivre un peu comme les ermites, dans la montagne, au milieu des bois, le temps d’un week-end par exemple.

Vous commencez par parcourir l’allée qui mène aux bâtiments abritant les chambres, spartiates, on peut le dire. Elles sont si petites qu’on se croirait dans une maison de poupée.

Ici règne le calme. D’ailleurs, certains sont en cure de silence. Assis sur leur tapis, huit heures par jour pendant des jours et des jours, en silence. Et ceci n’est pas une punition, mais une pratique ancestrale de méditation censée purifier le mental pour permettre d’atteindre le nirvana de la sérénité et du bonheur.

A six heures, le matin, résonnent le gong et les cris du paon, animal sacré. Il est temps pour vous de passer en salle de restauration. Vous vous servez, vous déjeunez en silence, vous débarassez, vous faites votre vaisselle et vous repartez. Personne ne vous demande rien, personne ne vérifie que vous avez réglé vos repas. C’est la totale confiance ! D’ailleurs, il ne viendrait à l’idée de personne de tricher. On est pris dans l’ambiance, comme dans un jeu. Et ici c’est le respect qui est roi !

Puis vient le moment des formations. On vous explique le bouddhisme, son histoire, ses traditions, son but, d’une voix douce et lancinante, presque endormie. Et vous êtes déjà dans un autre monde, calme, apaisé.

Ici, vous êtes près d’Albi, en pays cathare, mais partout ailleurs, vous trouverez des temples identiques où l’enseignement du bouddhisme vous permet de peaufiner votre culture.

Bien calé sur vos tapis, vous écoutez, vous pensez … les jambes croisées, dans la posture du lotus, vous méditez à votre tour. Un calme immense vient vous envahir, apaisant la tempête intérieure qui vous agite bien souvent.

L’environnement vous permet de conserver ce bien-être pour le reste de la journée. Dans ce lieu, pas de télévision, de radio, pas de réseau pour votre téléphone, à peine quelques journaux. Par contre, la bibliothèque est bien fournie en littérature adaptée. Un thé, un livre …. et puis, si vous avez envie, une petite randonnée dans les environs, tranquillement, habité par la sérénité acquise au cours des heures précédentes.

Puis c’est le retour au temple pour l’office du soir. De nouveau assis sur un coussin, jambes croisées, vous écoutez les chants, les prières ….

Tentez l’aventure …Vous vivrez à coup sûr quelques jours merveilleux de détente. Mais attention à ne pas prolonger trop votre séjour car la posture n’est pas habituelle et votre dos pourrait bien vous rappeler à l’ordre. Aïe, aïe, aïe, vos lombaires !

De Christine

Une légende raconte qu’il y a dans les Cathares, un château rempli de mystères. On raconte que les personnes qui y pénètrent en ressortent complètement transmuées. Je me prénommais Octave, j’avais quitté New-York il y a trois jours et par curiosité pour mon métier

de journaliste, je décidais de me rendre en ces lieux chargés d’histoires, les plus affreuses

qui aient existé.

J’arrivais donc en Ariège, dans le sud de la France, où j’avais hâte de trouver ce fameux château, le château de Montségur plus précisément. L’accès se faisait à pied en empruntant un sentier comme on en trouve dans les montagnes. On était à la fin de l’automne, il faisait frisquet, mais avec la marche j’allais vite me réchauffer. La montée était épuisante et plus j’avançais, plus l’ambiance devenait lugubre, je n’étais plus très rassuré. Je me ressaisis aussitôt en me disant à moi-même que toutes ces histoires n’étaient que des potins après tout. Au bout de vingt minutes, j’arrivais enfin devant cette immense forteresse, très bien entretenue toutefois. Je ressentais une vive douleur dans les lombaires, je n’avais qu’une

Envie, c’était de me reposer dans un bon fauteuil. Le temps commençait à s’assombrir, des bourrasques de vent s affalaient sur moi, me faisant presque perdre l’équilibre, la tempête n’était pas loin. Un épais brouillard s’était installé, ce qui rendait la visibilité quasi nulle.

J’aperçu cependant une silhouette, qui me semblait être un homme, c’était un vieillard.

Il me faisait penser à un de ces ermites qui vivaient dans des endroits désertiques. Puis, soudainement, sans que je m’y attende, on me saisit le bras en m entrainant dans l’allée qui menait à l’entrée de l’édifice. Brusquement, un gong assourdissant, la grande porte ne bois s’ouvrit dans un grincement insupportable.

A l’intérieur, de grands tapis ornaient les sols, quelques flammes émanant d’un feu de cheminée éclairaient la pièce. Soudain, elles étaient là et se tenaient debout devant moi en m’encerclant, puis je perdis peu à peu connaissance.

Je me réveillais trois jours plus tard, transformé en poupée fagotée tel un ermite. Je sortais et errais tout autour, en attendant un nouveau visiteur. Ainsi, je terminais mon parcours, pris au piège de ma curiosité, ignorant les légendes qui quelquefois existent réellement.

De Catherine S

Comment dit-on déjà…. « Sauvée par le gong » !  C’est si soudain cette liberté toute neuve, je l’ai tant attendue qu’aujourd’hui encore mon corps tout entier frisonne à la seule évocation du mot « retraite ». Pour certains, c’est une fin en soi, pour moi la promesse d’une vie nouvelle, une porte ouverte sur tous les possibles. Excitée ? C’est peu de le dire ! Comme une gamine qui se reconnecte à ses rêves après des années d’hibernation. Je bouillonne d’un trop plein d’énergie et peine, je l’avoue, à mettre un peu d’ordre dans ces projets qui me traversent tels des météores.

« Allons, un peu d’organisation que diable ! ». Pour une fois, ne pas écouter la raison mais mon cœur. Vivre au gré de mes envies…. Tout un programme.

Aussitôt dit, aussitôt fait, je saisis un sac de voyage, y jette pêle-mêle, vêtements, produits de toilette, livres, chaussures de rando, appareil photos, sans oublier ma tablette. Un tour de clé, je descends l’allée d’un pas décidé, m’installe au volant…. C’est parti pour l’aventure. Destination ?  Mer ou montagne ? Trop de monde sur le littoral en cette période estivale, va pour les Pyrénées ! Je m’abandonne au plaisir de rouler, goûtant ce calme bienfaisant, cette joie pleine. Petit sursaut : l’hébergement ? Bah ! je trouverai bien quelque chose sur place ! Je souris à mon reflet dans le rétroviseur : exit la secrétaire habituée à tout planifier dans les moindres détails, place à l’optimisme, au lâcher prise.

Après plusieurs heures de voyage, je fais halte à Bagnères de Bigorre, quitte le centre en quête d’une pension de famille ou d’une chambre d’hôte en banlieue. Le jour commence à décliner lorsque j’aperçois, à moitié dissimulée dans le lierre, une affichette « chambre à louer ». La façade de la maison est propre, le paillasson « bienvenue » incite à la découverte. Bref coup de sonnette. La porte s’ouvre sur une femme entre deux âges aux yeux rieurs et au sourire avenant.

-Bonsoir ! C’est pour la chambre ? … Je vous fais visiter et vous me dites si cela vous convient. »

Je la suis le long d’un couloir, pénètre dans une chambre assez vaste au charme un rien désuet mais confortable. La porte-fenêtre s’ouvre sur une terrasse indépendante.

-Vous verrez, me dit-elle, dans la journée, elle est baignée de lumière et donne sur les Pyrénées. Vous y serez au calme. Je sers le petit déjeuner à neuf heures avant de rejoindre ma fille à la ferme.

-C’est parfait pour moi ! ».

Décidément toutes les planètes sont alignées.

Après une excellente nuit de sommeil, je rejoins mon hôtesse et son appétissant petit déjeuner. Elle m’a préparé plusieurs dépliants touristiques, circuits de rando, visite de grottes… et ajoute en regardant le ciel « le temps pourrait bien changer, c’est fréquent ici ! ». Je l’écoute distraitement, attirée par un titre prometteur « La Gourgue d’Asque, petite Amazonie des Pyrénées offre plusieurs circuits de randonnée le long des eaux de l’Arros, dans une végétation exubérante et insolite ». Sans rien dire de mes intentions, je souhaite une bonne journée à ma logeuse, prépare mon sac à dos et rejoins la voiture, direction Asque.

L’endroit est à couper le souffle !  Je marche le long d’une étroite gorge creusée par les eaux claires de l’Arros. On se croirait presque dans une jungle perdue. La végétation y est abondante, luxuriante, mes pas s’enfoncent dans les tapis de mousse qui recouvrent les arbres, les fougères et les lichens donnant l’impression d’une forêt tropicale. C’est magique ! Le sentier est bien tracé, facile d’accès. Je me reconnecte à la nature avec bonheur et m’enhardis jusqu’à rejoindre la forêt plus dense, plus mystérieuse aussi. Je m’éloigne, un peu, beaucoup. Il fait soudain plus froid sous la ramure, le vent se lève, malmène la cime des arbres, les branches craquent, tout devient plus sombre, plus angoissant. J’enfile un gilet et un k-way. La tempête enfle, siffle entre les feuilles, couche les fougères. Je tente en vain de m’orienter pour rejoindre le parcours balisé, la forêt se referme sur moi. Un grand silence, je retiens mon souffle. Brusquement, une averse de pluie s’abat tout autour, froide, cinglante. Je me retrouve rapidement trempée jusqu’aux os, grelottante, ne sachant pas où me réfugier. La panique me gagne peu à peu.

Est-ce un effet de mon imagination ? J’entends un son étouffé, quelqu’un approche. Faisant irruption comme un beau diable, un berger des Pyrénées surgit des fourrés et me fonce dessus, une poupée entre les crocs. Il se jette sur moi, me plaque au sol sans lâcher son jouet. Ça se confirme ma grande : « mauvais karma ! ». Un sifflement aigu, le chien se dresse aux aguets tandis que se profile entre les arbres une silhouette encapuchonnée dans un long manteau de pluie, vraisemblablement le maître du chien. Il s’approche, me tend la main pour me remettre sur pied et d’une voix autoritaire :

-Il ne faut pas rester là, suivez- moi ! 

Avais-je vraiment le choix ? Je lui emboite le pas, péniblement, alourdie par le poids de mes vêtements trempés qui me collent à la peau, réveillant une sourde douleur au niveau des lombaires. Nous arrivons à une hutte en bois, à moitié dissimulée par la végétation, l’homme me précède, bourru, taiseux.  A l’intérieur, un foyer assez imposant avec une grande marmite, faisant sans doute office de cuisine. Le strict minimum : une table, une chaise, un vieux fauteuil élimé, un matelas dans un coin.  Des plantes suspendues çà et là en train de sécher, un gros livre de botanique et au mur une reproduction d’un château cathare… surprenant !  J’hallucine, je suis chez un ermite…. Pas le moindre doute !

L’homme me rejoint, les bras chargés de bûches, il allume le feu avec des gestes sûrs, précis, avance le fauteuil devant l’âtre et ordonne : «Venez-vous sécher, je vous prépare une infusion de plantes ».  Le chien s’est lui aussi réfugié devant le foyer, sa poupée entre les pattes. Exténuée par ma mésaventure, je m’assoupis dans la chaleur enveloppante. A mon réveil, une soupe fumante m’attend sur la table.  Je me lève brusquement, ne pouvant retenir un cri de douleur, mon dos est en train de se bloquer.

Mon sauveur maugrée dans sa barbe « c’était à prévoir !  Tournez-vous, je vais essayer de vous soulager ». J’hésite un bref instant, ma réaction ne lui a pas échappé. Il m’observe, un sourire ironique sur les lèvres, réchauffe ses mains, s’empare d’un onguent sur l’étagère et me masse le dos avec application, cernant du bout des doigts le point stratégique de la douleur.  Serait-il aussi osthéo ? Décidément, cet homme est une énigme, une bénédiction du ciel. Peu à peu le dos s’assouplit, la douleur s’estompe, devient supportable.

-La pluie a cessé. Je vais vous accompagner jusqu’à l’orée de la forêt, de là vous pourrez rejoindre le sentier balisé et votre point de départ avant la nuit.

Je me tourne vers lui, confuse : « Je ne connais même pas votre nom, comment puis-je vous remercier ? »

-En étant plus prudente à l’avenir, ma petite Dame. Quant à mon nom, qu’importe, je préfère l’anonymat et fuis la notoriété (sourire amusé). C’est bien ainsi.

Une fois sur le sentier je me retournai une dernière fois, le temps d’apercevoir sa longue silhouette entre les arbres et m’assurer que je n’avais pas rêvé.

De Catherine G

Pourtant, que la montagne est belle…

Elle gisait là, au pied de la falaise, sur un tapis minéral hérissé de cailloux, poupée désarticulée, et sans vie. Ce n’était pas un accident qui avait sonné le gong final de ses aventures terrestres. Non, c’était juste son choix, celui d’une fraction de seconde, où le « ça suffit », à moins que ce ne soit autre chose, prit le dessus sur tout le reste.

Sa randonnée en pays cathare était censée la ressourcer, recharger ses batteries trop usées, arrêter la série inéluctable des catastrophes véhiculées par un mauvais karma. Elle voulait marcher encore et encore, jusqu’à l’épuisement de ses forces, pour stopper les tempêtes à l’intérieur de sa tête. Elle avait suivi sans réfléchir les petits sentiers tracés sur la montagne, comme sur une allée qui devait la guider vers  son salut, des petits chemins serpentant sur les versants pentus que les bois avaient désertés de longue date.

Mais la tempête en elle continuait à faire rage jour après jour, lui laissant parfois quelques répits bienheureux qui hélas ne duraient pas assez longtemps. Elle avançait encore et encore, les lombaires endolories par l’effort, lui rappelant qu’elle était bien vivante et devait trouver une issue.

Et puis, elle était arrivée en haut de ce promontoire vertigineux et avait embrassé une vue sidérante sur les montagnes alentours. Et elle s’était sentie d’un seul coup heureuse. Heureuse d’être là, d’embrasser la nature les bras grands ouverts en direction du ciel, hurlant au vent son bonheur retrouvé que seul un ermite aurait pu espérer saisir dans ces contrées reculées. Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit qu’elle était arrivée au bon endroit. Elle eut envie de faire corps avec cette nature gigantesque, avec ce ciel immense qui l’appelait, et cet aigle planant et tournoyant au-dessus d’elle, qui semblait l’inviter à le rejoindre.

Alors, oui, elle voulut voler comme lui, s’élever dans les airs, dans une légèreté retrouvée le temps de quelques instants. Et elle s’élança, embrassant l’air qui aurait dû la porter s’il avait su, mais l’avait laissée tomber.

Qu’importe, elle avait été enfin heureuse, le temps de son envol, dans une montagne toujours si belle.

De Nicole

Avis de tempête

La montagne se fâche, vent, pluie, grêle, bourrasques de neige.

Une écharpe de brume l’enserre.

Dans le jardin de Victor, le tapis de feuilles mortes s’envole, elles viennent encombrer

l’allée du garage et se recouvrent de givre.

Les routes bloquées, fermées à la circulation, un désert de vie commence.

Le château de Montségur, dressé telle une sentinelle de la foi cathare, enneigé, disparaît dans l’épais brouillard. Le petit bois à l’arrière de la maison craque de toutes parts, les branches en furie claquent sur le toit d’ardoises.

Victor tente de dégager un sentier jusqu’à l’entrée, il lui permettra l’accès à ses réserves de victuailles et autres conserves. De quoi tenir un siège.

Il rentre au chaud, ses lombaires le font souffrir comme chaque hiver.

Dans l’entrée, le gong résonne de sa musique de bols et flûtes thibétains.

Dans le salon, la poupée de Marie, sa petite fille, abandonnée, sur le divan dort.

Elle ne la reverra qu’au printemps prochain.

En attendant, il vivra comme un ermite sans le froid et la faim.

De Michel

L’ermite de Cuguret

J’ai parcouru nombre de kilomètres en montagne, que ce soit dans les Pyrénées ou les Alpes. C’est au cours de l’une de ces randonnées en solitaire que j’ai rencontré un personnage haut en couleur. Ce jour-là, après une longue montée, je marchais sous un soleil accablant. Cela faisait deux heures que ma gourde m’avait abreuvé de sa dernière goutte d’eau, mon sac trop chargé s’obstinait à me labourer les lombaires. Au détour d’un col, juste avant de plonger vers la vallée de l’Ubaye, le sentier bifurqua sur la gauche pour se transformer en une allée d’herbe grasse bordée d’un tapis de petites gentianes.  Je découvris un vieux fort dont j’ignorais l’existence. Une pancarte rouillée en interdisait l’accès.

Je m’avançais, bien décidé à visiter le lieu qui paraissait abandonné. On y accédait au moyen d’un pont levis. Comment résister, il était baissé. Quand je fis le premier pas sur les tôles rouillées qui le recouvraient, j’eus l’impression d’avoir frappé avec force sur un gong. Le son métallique ainsi provoqué brisa le silence ambiant et déclencha une apparition pour le moins inattendue.  Un diable, semblant sorti de nulle part, jaillit comme un pantin retenu par un ressort au fond de sa boîte quand on soulève le couvercle… Un vieillard hirsute, telle une poupée vaudou, tête nue, cheveux mi-longs en bataille, qui aurait pu tout aussi bien débarquer d’un vieux rafiot après avoir essuyé une terrible tempête, se tenait devant moi. D’une voix rauque, il me dit :

« Vous n’avez pas vu le panneau propriété privée ? ».

Le vieil homme avait prononcé ces mots en agitant les bras comme s’il voulait brasser l’air autour de lui ; pas étonnant d’ailleurs car malgré la chaleur ambiante, il était vêtu d’un gros chandail en laine qui, il y a des années, devait être blanc. J’allais faire demi-tour quand il ajouta :

« Vous avez demandé à qui pour entrer ?»

Ce à quoi je répondis : 

« Je vous le demande ! ».

Cette brève requête à laquelle il ne s’attendait certainement pas lui fit dire :

« Et vous voulez quoi ? ».

Je me risquais, malgré son air très peu affable, à lui demander de l’eau.

-Attendez-moi ici, dit-il, je vais faire ma sieste et je reviens.

De retour au bout d’une trentaine de minutes, son visage buriné mangé par une barbe de plusieurs mois laissait cette fois apparaître un large sourire. Commença alors une amitié qui se prolongera de nombreuses années durant lesquelles je découvris Jean, ermite depuis une trentaine d’années, digne du « Désert des Tartares ». Avant qu’il ne se retire dans un petit village du Luberon, souvent je suis revenu l’aider à reconstituer sa réserve de bois pour les longs hivers pendant lesquels il restait isolé.

Ermite Jean ? Pas vraiment, il aimait la compagnie à condition de la choisir ! Au fil des années, je fus gratifié de quelques confidences. L’évocation de sa vie d’officier en Mauritanie laissait soupçonner l’origine de sa fortune. A l’âge de 60 ans, dans ce fort, il se fit artificier, maçon, menuisier, soudeur, conducteur de bulldozer, de pelleteuse mécanique pour entreprendre des travaux titanesques. Je pus réellement connaître l’homme quand il me fit lire le carnet de ses mémoires où des prénoms féminins étaient annotés de croix plus ou moins nombreuses ; son sourire malicieux en laissait deviner la signification. J’ai pu rencontrer deux femmes en ce lieu et l’une d’elles me confirma une anecdote plutôt cocasse : elle se laissa enfermer trois jours dans les souterrains pour laisser place libre à une autre femme en expliquant :

« Je veux que Jean soit meilleur dans sa vie future ».

Jean a rejoint depuis plus de dix ans d’autres sommets. Je conserve de lui l’image d’un vieil original semblable au chevalier Cathare retranché dans son fort pour en défendre l’accès. Il reste pour moi l’âme gardienne de Cuguret. Je ressens toujours sa présence en ce lieu quand j’y reviens tous les ans, mais désormais personne ne m’y attend plus.

De Sylvie C

Aujourd’hui, Axel part en vacances avec son Grand-Père Louis. Axel a eu peur que les vacances soient gâchées par la tempête d’hier soir. Des bourrasques de vent ont balayé la campagne, on aurait dit que le ciel se déchirait et laissait déferler des trombes d’eau. Heureusement, tout s’est calmé aussi brutalement que cela avait commencé. Peut-être que les prières d’Axel ont été entendues. Cette semaine est très importante pour Axel mais aussi pour Louis. Louis est si triste et si seul depuis le décès de son épouse Joséphine. La grand-mère d’Axel était une femme pétillante. Elle sentait bon le jasmin et la rose. Après son départ pour le grand voyage, Louis s’est éteint. Il s’est enfermé dans son chagrin. La dernière fois qu’Axel et ses parents sont venus lui rendre visite, Louis ressemblait à un ermite. Il ne voyait plus ses amis ni ses voisins. Il n’avait plus envie de poursuivre sa vie sans elle.

Axel, du haut de ses onze ans, s’est fâché.

« Et nous ? On ne compte pas ? Mamie ne serait pas heureuse de savoir que tu te laisses mourir. Elle qui aimait tant la vie. Tu n’as pas honte ? Maintenant ça suffit, nous aussi, elle nous manque. Et un jour, tu nous manqueras. Alors, il faut profiter du temps qu’il nous reste. On doit se fabriquer de beaux souvenirs. Quand je fais de la confiture avec maman, on est avec Mamie. Parce que c’est elle qui nous a appris. On cueillait les fruits ensemble et puis pendant qu’elles préparaient la confiture, je faisais de jolies étiquettes à coller avec du lait sur les pots. Et toi, tu venais pour le goûter manger une tartine de confiture toute fraîche. A chaque fois que je suis triste, je pense à ces moments-là et ça me fait du bien. Eh bien, moi, je veux aussi continuer à mettre des souvenirs dans ma tête. Et tu dois le faire avec moi. J’ai besoin de toi. »

Après cette longue tirade, Axel est à bout de souffle. Tout à coup, il a peur, peur que son grand-père soit en colère. Même si la colère sera toujours mieux que ce désespoir qui afflige Louis.

« Papa, Axel a raison, Maman n’aurait jamais accepté que tu te laisses aller.

-Grand-père, on doit partir à la découverte des châteaux pendant les vacances. On le fait tous les ans. Il y a tellement de châteaux en France et puis on doit aussi aller en Écosse. Tu me l’as promis. Il est temps de préparer notre prochain circuit. »

Louis a esquissé un sourire qui ressemblait plus à une grimace, mais c’était un début. A partir de ce jour-là, Louis a fait des efforts. Il a repris un peu goût à la vie. Et il a ressorti ses livres et à commencer à préparer leur semaine pour faire plaisir à Axel. Et peut-être aussi un peu pour lui.

Cet été, ils partent à la découverte des châteaux cathares, en Ariège, où les Cathares persécutés et pourchassés par le Roi de France et l’église catholique, ont trouvé refuge. Le grand-père d’Axel est un passionné d’architecture. Depuis ses plus lointains souvenirs, Axel écoute son grand-père lui parler de sa passion. Il lui parle plan, technique, conception mais aussi il lui parle d’Histoire. L’Histoire mais aussi les histoires qu’ils inventent ensemble. Ensemble, ils apposent leurs mains sur les murs et écoutent les murmures des pierres, elles ont tant à leur raconter.

Chaque année, Axel attend cette semaine de vacances avec impatience. Ils en ont déjà visité des châteaux, d’abord ceux situés près de chez eux le dimanche et lors des journées du patrimoine. Et puis les châteaux un peu plus éloignés pendant les vacances scolaires et c’est devenu un rituel, tous les ans ils vivent une nouvelle aventure pendant une semaine.

Ils sont sur le chemin qui les amènent aux portes de la Forêt de Belesta près de Montségur, le point de départ de leur visite. Ils logeront dans un gîte en bordure de forêt, tous les deux aiment le calme de la nature. Axel est heureux, il sait que son grand-père le laissera jouer à l’aventurier au bord de la forêt. Ils iront ensemble ramasser quelques fleurs et plantes sauvages qu’ils pourront utiliser pour parfumer leurs salades et leurs omelettes. Mais cette année est particulière, la semaine de vacances coïncide avec l’anniversaire de mariage de Louis et de Joséphine.

Louis et Joséphine ne sont jamais partis en voyage de noces, ce n’était pas à la mode à l’époque. Pour cette année, ils avaient fait le projet d’un voyage à Bali. Louis est heureux de passer cette semaine avec Axel, cela lui évitera de penser à sa tristesse. Il va se consacrer à son petit-fils et lui créer des souvenirs comme Axel le lui a demandé. Les années précédentes, c’était Joséphine qui s’occupait de la logistique. Pour aider Louis, Axel et sa maman ont proposé de s’occuper de l’hébergement.

Dans la voiture, Axel a du mal à calmer son excitation, il a vu sur internet des photos du logement. Il sait que son grand-père va être surpris. Louis se gare devant un portail fait de bambou et de bois. Axel espère que cela fera plaisir à son grand-père. Ils sont enfin arrivés. Quand ils vont passer le portail, ils seront de l’autre côté du monde.

« Ferme les yeux Grand-Père, je vais te guider jusqu’à l’entrée, il faut garder la surprise jusqu’au bout.

-D’accord, d’accord. Mais doucement, je n’ai pas envie de tomber le premier jour de notre semaine ensemble. Et puis, laisse-moi une minute pour m’étirer un peu, mes lombaires sont un peu endolories après ce trajet en voiture. »

Axel emmène Louis en lui serrant la main jusqu’au portail et en pousse doucement le battant.

« Un, deux, trois et voilà ! Tu peux ouvrir les yeux Grand-Père. »

Louis cligne des yeux. A l’entrée, deux statues de pierre accueillent les visiteurs. Ces sculptures semblent incongrues dans ce lieu. Ils dépassent l’entrée et ont l’impression de plonger au cœur d’une forêt tropicale. Des statues, semblant attendre des offrandes, sont nichées au cœur de la verdure. Une allée en zigzag, conçue pour détourner les esprits, conduit les visiteurs jusqu’à un pont qui surplombe un grand bassin de carpes koï. Le gîte ressemble de l’extérieur à un temple bouddhiste. Une terrasse suspendue offre une vue magnifique sur la montagne pyrénéenne.  Louis n’en revient pas. Il a l’impression d’être à l’autre bout du monde en étant juste à quelques centaines de kilomètres de chez lui.

« Où nous as-tu emmenés, Axel ? »

-Maman m’a dit que vous vouliez partir à Bali avec Mamie pour fêter vos cinquante ans de mariage. Je suis trop petit pour t’offrir un voyage à Bali mais je voulais que tu puisses vivre un petit bout de votre rêve. Alors, quand j’ai vu ce reportage sur les hébergements insolites, j’ai demandé à maman de réserver celui-ci. Comme ça, Mamie sera un peu avec nous. Tu veux bien ? Tu ne seras pas trop triste, dis ? On va vivre une semaine magique ensemble. »

Louis est ému, il réussit à contenir ses larmes mais son cœur est gonflé, gonflé d’amour pour ce petit garçon.

Axel prend la main de son grand-père et l’invite à entrer. La frontière entre l’intérieur et l’extérieur est discrète. A l’intérieur, tout est d’ombre et de lumière. L’ambiance invite au calme. La pièce principale est chaleureuse avec ses meubles en teck, les fauteuils en rotin et les coussins de couleur aux motifs balinais. Un tapis rond en jute naturel et macramé accueille un gong de bronze accroché à son pied en bois. Dans la chambre à côté, ils peuvent admirer deux marionnettes de théâtre, ce sont deux poupées en bois, sculptées et peintes. Les bras sont prolongés par des tiges qui servent à les manipuler. La salle de bain est équipée d’une douche qui semble être accrochée à la roche, une grande baie vitrée s’ouvre sur une terrasse sur laquelle est installée une baignoire.

Louis est impressionné. Il est parti ce matin avec Axel pour lui faire découvrir le pays Cathare et ses châteaux. Et là, c’est Axel qui lui offre Bali.

La vie est pleine de surprises. Ils vont passer une semaine à voyager ensemble et à découvrir ces deux mondes. C’est sûr, ils auront plein de souvenirs dans la tête à la fin de leur séjour.

De Luc

Il est des expériences qui marquent pour la vie, celle que je vais vous relater rentre dans cette catégorie.

Une randonnée au long cours sur les chemins cathares en hiver promet une belle confrontation à la nature, surtout en période de mauvais temps lorsqu’une forte dépression d’ouest est attendue. Ce fut une semaine en solitaire dans un pays austère avec en point d’orgue, la visite de la forteresse de Quéribus.

Durant sept jours, les vents furieux se sont joués de moi à la manière d’une poupée désarticulée bousculée en tous sens, mais l’heure passée dans l’enceinte du château me permit de vivre le paroxysme de la tempête. Au cours d’une matinée lugubre, la montagne soumise à la domination du vent, je progressais sur un tapis de neige de quelques centimètres d’épaisseur. Mes pas crissaient sur cette croûte légèrement durcie. Par moments, un bois coupait temporairement la violence d’Eole pour mieux m’y assujettir par la suite. Je marchais cependant allégrement, mon sac à dos chargé au minimum pour rester cependant en autonomie, ce qui soulageait mes lombaires dans cette marche au long cours.

Le chemin menait à une allée qui permettait l’accès à l’escalier qui conduisait à la porte d’entrée du château. Plus je m’élevais, plus le souffle de l’air se faisait puissant, déclenchant un terrible gémissement le long des hauts murs de l’ouvrage. Plus je m’approchais, par un large escalier aux marches de petite taille, de l’accès qui trouait l’immense muraille, plus la tourmente cherchait à me rejeter. Plié, afin d’offrir le moins de prise au vent avec opiniâtreté je résistais. Les derniers mètres je les fis presque en rampant, les genoux au sol.

Enfin, dans le bruit et la fureur, je m’approchai et franchis l’ouverture. Alors, l’impensable se produit, l’ouragan qui ne voulait pas me laisser passer, subitement me projeta vers le haut en sens inverse, au risque de me propulser par-dessus le parapet et précipiter une cinquantaine de mètres plus bas au pied de la forteresse. Impression étrange cette inversion très brutale du vent, comme si au coup de gong du passage de la clef de voûte la bourrasque changeait de tactique pour terroriser le seul intrus de la journée bravant la colère des éléments. En effet, depuis le matin, je n’avais croisé âme qui vive dans cette montagne martyrisée par le déchaînement de la planète.

Collé à la pierre enneigée, en proie à la peur, voire la terreur, d’être éjecté comme un fétu de paille, je progressais à la manière d’un serpent, cherchant à plat ventre à échapper au danger, attiré de façon paradoxale, presque fasciné par cette ambiance dantesque au sein de ce site au passé chargé de violence et de sang. Les combats et massacres perpétrés au cours des siècles, ne rejaillissaient-ils pas dans ce tintamarre ? 

J’atteignis la terrasse dominant la forteresse. Je m’approchai de la murette surplombant le vide. Je m’y agrippai fermement des deux mains et me mis debout. Dès que ma tête apparut au-dessus de la rambarde, alors je reçus comme une gifle, voire un coup de poing, percuté par des nuées propulsées à pleine vitesse en provenance de l’ouest. Que la vision de ce panorama sombre et sauvage, assailli de toutes parts par la brutalité des éléments était envoûtante.  Mais, mes sens restaient en alerte, mes doigts crispés sur les saillies de la pierre dans l’attente d’une rafale plus puissante qui me balaierait comme ces nuages et me projetterait à la façon de ces boules d’épines qui roulent dans les grands déserts. Je ne saurais dire combien de temps je suis resté ensorcelé face à cette scène farouche et assourdissante, sans doute pas très longtemps, bien que ma mémoire en reste marquée à jamais.

Précautionneusement, je me suis à nouveau couché à l’abri et entrepris d’amorcer un repli, plus couché que debout. Dans l’escalier, un petit replat me donna accès à un passage ouvrant sur une immense pièce de l’une des tours de cette citadelle du vertige. Là, sans transition, le calme s’abattit sur moi. Je m’assis, appuyé au mur, l’esprit un peu embrumé par l’incroyable expérience vécue. Dans cet espace immobile, j’écoutais le gémissement terrible du vent qui martyrisait ce titan de pierres taillées. Toute la structure, pourtant gigantesque et puissante, vibrait au rythme des coups de boutoir de cet air presque solide, lancé à l’assaut telles les troupes des temps révolus.

Mon équipement étant adapté, l’idée me vînt d’y passer la nuit. Il était dix-sept heures et l’obscurité n’allait pas tarder à s’installer. Mais, je n’avais plus d’eau et, après une telle journée, j’étais passablement assoiffé. Alors, je décidai de ne pas jouer l’ermite dans la tourmente et je repris ma descente, toujours avec l’appréhension de m’envoler. Plus le point d’entrée approchait, plus les démons du lieu cherchèrent à m’empêcher de sortir. Je me sentais en danger et, dès que j’eus franchi ce seuil à la recherche de ma libération, je fus précipité par une véritable poussée dans le dos dans l’escalier verglacé. Au moment de m’échapper, les esprits maléfiques du lieu auraient aimé me faire rouler et fracasser sur ces aspérités froides, dures  et tranchantes.

Depuis, je me demande si je n’ai pas rêvé cet épisode de ma vie de randonneur au long cours.

De Roselyne

Voyage

Adrian, après avoir fait une sacrée grimpette, se trouve enfin sur l’éperon rocheux où fièrement se dresse le Château de Quéribus, en plein cœur du Pays cathare. La vue qui lui est offerte est tout simplement inexprimable, c’est tellement magnifique, grandiose que jamais il ne pourra trouver un qualificatif qui corresponde à cette magnificence que lui donne cette nature prodigieuse, généreuse. Mais, tout comme l’homme elle est capricieuse, elle se déchaîne.

Alors, attention, la tempête activée peut faire des dégâts considérables et perturber la vie des humains mal préparés à toutes ces vicissitudes. Mais, aujourd’hui, tel n’est pas le cas, le ciel est azuréen, d’une pureté sans égal. Adrian est entouré par la montagne, c’est un pur bonheur. Il s’imprègne de toute la beauté environnante, emplit ses poumons de l’air vivifiant. Tout son corps entre en plénitude, tous ses sens vibrent en harmonie avec cet univers minéral.  L’hymne à la nature de Beethoven s’égrène dans sa tête, Adrian est aux anges. Mais, il va falloir qu’il amorce la descente et avant celle-ci, se restaurer est nécessaire. Il se cale contre un rocher et prend son pique-nique tout en admirant, encore et encore ce paysage fabuleux.

Pour poser ses basques et se reposer, Adrian a prévu une chambre d’hôtes à Cucugnan, mais oui, le fameux village du Curé dans les Lettres de Mon Moulin d’Alphonse Daudet. La descente vers le village se fait par une série de lacets qui lui permet d’avoir une vue magnifique sur le village, sous différents angles. Adrian se régale, ces derniers temps, il a vécu des moments un peu difficiles et cette virée lui donne un nouvel élan. Voilà Cucugnan, charmant petit village. Il se rend chez son hôte où il va pouvoir, se détendre, prendre une bonne douche et passer une soirée autour d’une bonne table.

Le lendemain, sac à dos bouclé et chaussures lacées, il repart sillonner cette montagne noire, couverte de chênes, de hêtres. Il est vrai, que vue d’un point culminant, cette forêt paraît impénétrable. Cependant, elle est traversée par des sentiers qui comme par magie s’ouvrent sur un coin de paradis. L’eau coule, elle fait le bonheur des randonneurs, des animaux vivant sous cette frondaison. Adrian se dit que peut-être un ermite a vécu dans les Grottes de Galamus et que parcourant cette sylve, il lui fallait bien vivre ou survivre. Mais pourquoi donc se retirer totalement du monde, alors que l’Ermitage de Saint Antoine à Bugarach accueillait certainement toutes les âmes perdues ? Après tout, à chacun son rêve. Lui, en tous les cas ne ferait pas une retraite dans une grotte, même si un bon tapis de mousse lui servait de couche. Il aime bien la solitude, mais tout de même !!!

Adrian, après sa longue marche dans la forêt, arrive à Nébias où il va pouvoir prendre un repos bien mérité. Ce soir, il a les lombaires un peu en compote. Il aspire à un bon spa, ce qu’il va aller faire de ce pas. Demain, il reste sur les lieux où il fera le sentier nature. Ce sera sa dernière journée, avant de reprendre son travail. Ce sentier ressemble à une allée non pas d’arbres mais de rochers posés, façonnés, peut-être par l’homme depuis des millénaires. Marcher dans leurs pas doit être quelque chose de magique. Il semble que l’on y rencontre multitudes d’arbres, de bois, de géants tortueux. Ce sont les locaux qui parlent de leur sentier comme un labyrinthe. Il a hâte de savourer cet instant et de se plonger dans l’atmosphère du site qui paraît être très particulière. Il est maintenant tout à fait détendu, son dos est moins douloureux, une bonne nuit et demain il n’y paraîtra plus rien. Effectivement, au réveil Adrian se lève frais et dispo pour cette petite randonnée. Le voilà sur place. Ce qu’il découvre est presque enchanteur. Un couloir bordé de rochers traverse une chênaie, plus loin des troncs tortueux se mêlent et s’entremêlent, semblent allonger passivement à travers le sentier. Le silence est total, mais si l’oreille est attentive, elle perçoit des milliers de petits bruits émanant de la forêt. Le temps est sûrement à la méditation, à un repli sur soi-même pendant un court moment, les sens sont en éveil, mais au ralenti. Adrian lui donne le nom du sentier du bien-être. L’invitation au voyage touche à sa fin. Adrian s’est laissé saisir par les paysages grandioses et époustouflants, par le minéral, par le silence, par la forêt dans son immensité, par les rencontres, par l’ascension du vol des vautours. Un sentiment de liberté, de sérénité et d’humilité surgit dans son esprit. Tout cela lui faisait grandement défaut depuis quelque temps. Mais, avant de partir il doit se rendre à Montolieu, village du livre et des arts.

Il arpente les rues de la petite cité. Il est fasciné par les livres anciens. Dans une vitrine, son regard tombe sur un livre de poupées anciennes. Il entre avec beaucoup de précautions, il feuillette l’ouvrage. Il discute le prix avec le libraire lorsque son portable sonne. Il prend la communication, il reste pantelant, son cœur donne des coups de gong à tout rompre. Il ne s’attendait pas à cette nouvelle …

De Pierre

Le jour se levait en ce coin désertique de Mauritanie à des lieux de toute civilisation. Ici, c’était le royaume des nomades, des voyageurs en quête d’un ailleurs, plus beau.                                                                              

Ali, agenouillé sur son petit tapis, se tournait vers l’Orient pour y faire sa prière du matin ; cette dévotion journalière lui était importante et lui permettait d’oublier les douleurs                                                                                                           lombaires qui l’assiégeaient en permanence. Ali, comme un cathare refusant toute subordination, était un homme dur et vivait seul en ermite avec pour seul compagnon son chameau, grâce à qui il pouvait se déplacer dans le désert. Ali avait vécu plusieurs décennies                                                                                                      où il fonda une famille malheureusement disparue dans un accident d’avion. Chercheur en                                                                                                       laboratoire, Ali rencontra beaucoup de gens au cours de sa carrière, mais il supportait mal le côté artificiel de la vie en Occident, reposant essentiellement sur l’accumulation de biens matériels.  Après la perte de ses proches, Ali prit donc la décision de rentrer chez lui, dans son pays. Le soleil était à son zénith, la chaleur accablante, au loin la petite fumée au-delà de la montagne était annonciatrice d’une tempête de sable qui se levait. Connaissant l’endroit                                                situé à proximité d’une oasis donc d’un point d’eau, Ali décida de s’y arrêter quelques heures et d’attendre la nuit. Le 4X4 qui était garé près du point d’eau appartenait à Bob Jansen, routard et commerçant hollandais qui venait de poser sa tente.

-Hello, lui dit Bob, un grand gaillard au visage cramé par le soleil. Vous aussi, vous êtes égaré dans ce coin paumé ? Je me présente Bob Jansen, je suis moi aussi un marchand, je vends de tout, du bois, des objets exotiques.

-Je m’appelle Ali, je suis né ici en Mauritanie, même si j’ai vécu longtemps en France. Du bois vous dites, que vous vendez ici, c’est bizarre et c’est pour faire quoi, des feux de bois, des barbecues ?

-Oui vous avez raison, le bois est indispensable, même ici. Allons prendre un verre et nous rafraîchir.

Un peu plus loin, une sorte d’allée avait été tracée. Elle menait vers plusieurs petites maisons en terre cuite et au milieu d’elles, un magasin semblable à un « général store » de l’époque de la conquête de l’Ouest. Il faisait bon à l’intérieur où un climatiseur tournait à plein régime. Plusieurs personnes attablées dont deux Européens. Bob semblait bien connaître les lieux.

-Vous voyez Ali, dit Bob, ces gens travaillent pour la mine de fer située à proximité ; cette mine est la ressource principale de la région.

-Je ne savais pas ; de mon temps la mine n’était pas encore exploitée.

-Oui répond Bob, elle est le résultat d’une coopération entre le pays et des industriels internationaux. Tout le monde y est gagnant, je pense.

Dans un coin de la boutique, une petite fille jouait avec une poupée un peu plus loin, un gong était fixé au mur.

Ali demanda à Bob d’où venait ce gong.

-Tu as l’œil Ali, c’est moi qui leur ai vendu lors de mon dernier passage, ainsi que la petite poupée. Tu sais, tout s’achète, tout se vend, même ici en plein désert : je suis hollandais et nous sommes depuis toujours un peuple de marchands.

Ali ne répondit pas. Ses convictions et sa sensibilité étant éloignées de ces considérations mercantiles. Il salua Bob et retourna vers son chameau afin d’y camper pour la nuit, la tempête redoublant de puissance.

-Ali, debout c’est l’heure, tu dois partir à l’école bientôt.

-Oui maman, mais tu sais j’étais bien dans mon rêve.

-D’accord, on n’a pas le temps de rêver, il faut y aller.

-Dommage !

Ali, petit garçon de neuf ans, vivait en permanence dans son monde, celui de son père qu’il n’a pu connaître. Dehors, le soleil brillait, c’était le printemps.

De Dominique L

Un fabuleux trésor.

Le vieil homme profitait de son « rocking-chair » en tirant sur sa bouffarde, face à lui un auditoire impatient attendait ses premiers mots, quand allait-il se lancer ? Le vieux, à qui la malice allait si bien, faisait exprès de retarder le début du récit. C’est qu’il en avait vu des choses dans sa longue vie, Jonathan.

Il prétendait être le descendant d’aïeux prestigieux depuis au moins dix générations. Un important secret était transmis de père en fils. Chaque samedi soir, le vieil homme racontait son histoire de trésor caché digne de l’abbé Saunières. Les différentes versions racontées ne se ressemblaient pas toujours, mais qu’importe, peut être que ce soir un indice essentiel serait livré. Tirant une dernière fois sur sa pipe, Jonathan se penchait en avant et cueillait les auditeurs en quelques mots :

— Il était une fois… Il y a très longtemps, un jeune garçon de quinze ans se promenait dans les boisenvironnant un imprenable château surplombant la colline. Qui de vous n’a pas entendu parler du fabuleux trésor remplissant ses caisses ? Ce trésor, je sais où il se trouve et je vais vous raconter son histoire incroyable.

Le grand-père, ménageant ses effets, laissa le silence s’installer.

— Le jeune homme s’appelait Julian. C’était l’un de mes lointains aïeux. Ce jour-là, Julian emprunta l’allée sauvage serpentant vers la montagne.

Pour renforcer son témoignage, le vieil homme pointa son index vers les hauteurs. Tous les regards se tournèrent en même temps dans la direction indiquée.

— Quand le damoiseau était las de sa vie de château, partagée entre les études et les temps de prière imposés par sa noble famille, il aimait avoir un instant de liberté. Il empruntait le passage secret connu de lui seul et partait pour une longue marche solitaire. Il savait qu’au retour du soir, il se ferait réprimander par ses parents mais, comme d’habitude, il ne piperait mot sur les chemins explorés et sur sa façon de sortir de la forteresse. Son père, le châtelain de Montségur, l’avait cent fois mis en garde contre ses pérégrinations mystérieuses et l’avait menacé de punitions sévères mais, l’adolescent s’en fichait. Il voulait profiter de ses quinze ans et aspirait à autre chose que de participer à des jeux de poupée avec sa sœur.

Les gens assis autour du conteur, opinaient du chef et approuvaient ses déclarations.

— Julian décida alors d’aller rendre visite à son ami lermite retiré au fin fond de la forêt. Cet homme solitaire pratiquait la réflexion spirituelle et la méditation. Nul ne savait comment il survivait mais, tout le monde le respectait. Empruntant un épais tapis d’aiguilles de pin, Julian marcha vers l’ascète. Le gong de la fin méditative avait sonné, Julian vint s’asseoir à ses côtés. Il aimait converser avec le sage et écouter son enseignement avec un grand plaisir. L’ermite n’était pas serein, il pressentait un grand malheur.

— Méfie-toi de l’inquisiteur, dit-il au jeune garçon, la fin de votre ordre est proche. Il faut que tu t’en retournes chez toi très vite.

Inquiet du discours de son ami, Julian reprit sa route vers le château. En redescendant la montagne, il vit au loin monter une colonne de fumée. La prédiction de l’ermite serait-elle déjà en œuvre ? Atteignant un promontoire naturel, Julian pouvait observer une scène dramatique. Une armée de soldats entourait la citadelle sur la défensive. Les canons ennemis tiraient à boulets rouges par-dessus ses murs. Les maisons brûlaient de partout. Une vision d’horreur remplissait ses yeux, les gardes, les femmes, les enfants se mourraient dans les flammes de l’enfer. Une tempête de projectiles divers pleuvait sur les bâtiments les animaux et les humains.

— Mes parents, vite, il faut que j’aille à leur secours.

Dévalant les chemins pentus, Julian retrouva son passage secret. Sa mère n’était plus, son père avait du mal à trouver ses mots et dans un balbutiement à peine audible il lui dit :

— Vite, sauve le trésor et pars avec lui très loin de la cupidité des hommes. Tu le trouveras dans les caves sous les tonneaux de poudre. Mais surtout mon enfant, protège le saint Graal. Personne ne doit s’en emparer. Tu es un Montségur et je compte sur toi…

Et l’homme ferma les yeux pour toujours.

Julian, aidé de quelques fidèles gardes dévoués, chargea l’essentiel du trésor dans un sac qu’il porta sur son dos. La charge lui écrasait leslombaires mais, il tint bon. Il emprunta pour la dernière fois le passage secret et disparut corps et biens à jamais.

-Mais alors Jonathan, le trésor il est où ?

— Je n’ai pas eu la chance d’avoir un enfant et le secret va disparaître avec moi. J’attends de voir lequel d’entre vous sera digne de protéger un tel secret, alors lui seul sera digne de le faire survivre.

À chacune de mes histoires, un indice est révélé. Alors soyez fidèle et peut-être que la semaine prochaine, quelqu’un connaîtra le fameux secret du fabuleux trésor des « chevaliers Cathares ».

De Claude

DÉSORIENTÉS

Nous étions tapis derrière un paravent dans ce monastère du mont Kailash,montagne sacrée du Tibet, et observions un ermite tibétain de nos amis (un lama, en fait, mais qui ne s’appelait pas Serge) attendant le coup de gong pour se lancer dans une profonde méditation.

Il s’agenouilla en prenant la peine de ménager ses lombaires douloureuses et en s’efforçant de mettre de l’ordre dans son esprit en pleine tempête. Devait-il céder à la tentation et déclarer ses sentiments à Cheva, une poupée aux yeux de braise rencontrée dans un restaurant chinois, qui avait l’art d’accommoder l’Everest ?

Elle était allée jusqu’à répondre à ses avances, nous avait-il raconté sans pudeur. Et Il faut dire qu’elle ne l’avait pas laissé de bois. Ou peut-être faisait-il une prière pour lama sacré.

On peut s’étonner qu’un lama drague ! On pense qu’un lama se rit de ces préoccupations terrestres. Et l’on a tort, car les lamas se marient, comme vous et moi. Et ils ne sont jamais à bout d’arguments pour vous démontrer qu’il ne faut jamais bouder son plaisir.

Au bout d’un long moment, notre ami se releva et fut pris d’une violente quinte de toux. Il n’arrivait pas à se délivrer de ce catarrhe (Tant pis pour l’orthographe !). C’est-y-bête, hein ?

Quant à nous, nous persistons à penser que les bons gongs font les bonzes amis.

Poème de Virgina Woolf, « Les vagues », proposé par Françoise T (hors proposition d‘écriture)

Il m’arrive parfois de penser que je ne suis pas une femme ;
que je suis le rayon de soleil qui éclaire cette barrière,
ce coin de sol.
Il m’arrive parfois de penser que je suis les saisons,
le mois de janvier,
le mois de mai,
le mois de novembre :
que je fais partie de la boue,
du brouillard
et de l’aube.

Vous avez vu, il y avait de quoi passer votre matinée du samedi en bonne compagnie, vu la météo maussade prévue dans certaines régions. 

En me promenant hier avec mon chien, j’ai eu le bonheur d’admirer un magnolia en fleur. Il était magnifique. J’adore ces arbres, à tel point que j’en ai planté un l’an passé, mais qui ne mesure que 1m50 pour l’instant. Quel âge aurai-je quand il sera aussi grand que celui que j’ai admiré hier? Je n’ose y penser!

Ce weekend, je participe aux journées portes ouvertes dans mon lycée. Je ne me sens plus vraiment concernée, la retraite approchant… Encore 15 mois… 

Je commence à réfléchir à mes futures occupations, en dehors de la marche et du sport. Je me vois bien entreprendre des études en espagnol, langue que j’apprends depuis 6 ans. 

Je pense aussi acheter un piano droit et me remettre à la musique que j’ai délaissée depuis plusieurs années. J’ai pris des leçons de guitare classique pendant 10 ans et j’ai fait un peu de hautbois. La musique me manque, toucher un instrument et me confronter à lui pour en sortir des sons mélodieux me manque aussi. J’ai pris des cours de solfège pendant de nombreuses années; je pense que ça reviendra vite. 

Je réfléchis à réaménager mon jardin, maintenant que j’ai fini tous les travaux intérieurs. Il me reste l’extérieur. Je vais finir par acheter une maison en ruines pour me remettre à l’agencement des travaux! Je ne fais pas les travaux, je suis l’architecte d’intérieur, l’organisatrice et je finance. En un mot, je fais l’inspectrice des travaux finis!!!

Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien, prenez soin de vous et accueillons ensemble le printemps!

Créativement vôtre,


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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