Le pauvre Hibernatus, ce n’est pas facile de s’adapter à notre monde. Comment ferions-nous si nous retournions, nous, 100 ans en arrière ou plus? Bonne question…Je vous laisse y réfléchir…

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Jean-Michel

Soudain, il se réveilla… Il ne reconnaissait plus son environnement. Il se rappelait juste s’être endormi, il y a près d’un siècle, après une longue maladie qui l’avait fait passer aux yeux de ses proches, pour mort. Ainsi tout le monde l’avait cru. Seuls quelques scientifiques connaissaient la vérité : son corps avait été subtilisé et un autre avait été embaumé à sa place, avant d’être exposé, en grande pompe, dans un mausolée sur la Place Rouge, à Moscou. Lui-même avait été congelé dans un bloc de glace en attendant la suite…

Cent ans plus tard, la glace nost était arrivée pour Lénine ! Mais Vladimir Illitch n’y comprenait rien : comme disait l’autre « Ils sont devenus fous ! ».

La « tsar academy » avait bel et bien disparu, mais, apparemment, un autre tsar, version 2024, tenait les rênes du pouvoir. En se promenant autour du Kremlin, il apprit, insidieusement, que l’URSS avait cessé d’exister et que le parti communiste n’était plus que l’ombre de lui-même : plus de prolétaires pour se soulever, c’étaient toujours et encore les capitalistes qui tenaient le haut du pavé. Le pays, ô surprise, était en guerre contre son voisin ! Mais pourquoi donc ? L’Ukraine avait toujours fait partie de l’empire russe !

Mais que se passait-il donc, à la fin ? Tous ces efforts déployés, la Révolution d’Octobre aurait-elle servi à rien ! Tant de morts pour rien ! Non, c’était un cauchemar ! Il préféra donc se recoucher plutôt qu’imaginer un tel scénario…

De Gérard

  • Kevin MARTINEAU?

Kevin se lève péniblement, et se dirige vers le bureau où l’attend l’officier d’état-civil.

  • Bonjour Monsieur, vous êtes bien Kevin MARTINEAU ?
  • Oui…
  • Né le 28 février 1985 à Saint-Herblain ?
  • C’est exact.
  • Nous sommes le 1er mars 2070, vous avez donc depuis hier 85 ans, et comme vous ne l’ignorez pas, c’est le grand jour ! Nous allons donc enregistrer vos décisions et vos choix, mais auparavant, et comme il en est d’usage, nous allons regarder ensemble votre dossier de citoyen. Alors, voyons tout d’abord votre consommation d’eau : j’observe que vous avez consommé cette année 118 litres par jour.
  • Si vous le dites!
  • Ce n’est pas moi qui le dis, c’est votre compteur connecté : 118 litres, c’est-à-dire que vous avez dépassé de 13 litres par jour le nouveau montant maximum pour une personne seule, fixé par la municipalité à 105 litres. Vous vivez bien seul ?
  • Oui, avec mon chien, mon épouse est décédée l’an dernier.
  • Toutes mes condoléances pour le décès de votre épouse. En attendant, vous avez donc un dépassement annuel de 13 litres multiplié par 365 jours, soit 4745 litres à 0,50€, d’où une amende de 2372,50€.
  • C’est-à-dire que je ne suis pas seul, puisque je suis avec mon chien et…
  • Il est déclaré votre chien ?
  • Oui, oui, vous pouvez vérifier.
  • C’est bon, je vois que vous avez réglé la taxe canine. Vous n’avez pas de chats, par hasard ?
  • Moi non, mais je m’occupe des fois des chats des voisins ou du quartier qui se baladent, je leur donne à boire…
  • Pas de problème, vous faites ce que vous voulez, moi je suis juste là pour dresser les comptes, voyez-vous, je suis à votre service, voyons maintenant votre consommation d’électricité … Je lis 2223 Kwh !!! Mais c’est insensé, vous en êtes resté au niveau des années 2020. Comment pouvez-vous consommer autant ?
  • Je ne sais pas, je fais pourtant attention. Il est vrai que je suis insomniaque, alors je regarde la télé ou internet la nuit.
  • Vous n’avez pas de panneaux solaires ?
  • Si, mais ils sont trop vieux et je n’ai pas assez d’économies pour en acheter des neufs, alors leur rendement n’est pas formidable, vous comprenez ?
  • Je comprends surtout que je vais être obligé de vous appliquer à nouveau un malus. 723 kwh supplémentaires à 4€ du Kwh, cela fait 2892€.
  • C’est le rechargement de la voiture et de tous les objets électriques qui coûte cher.
  • Vous conduisez encore???
  • Non, non, je n’en ai plus le droit et j’ai arrêté comme tout le monde à 80 ans, mais j’ai une voiture que je prête à mes petits-enfants qui m’emmènent en courses ou chez les médecins…
  • Pas de problème, vous faites ce que vous voulez, moi je suis juste là pour dresser les comptes, voyez-vous, je suis au service de la collectivité, voyons maintenant le service des ordures ménagères et du recyclage. Vous faites du compost avec vos déchets organiques ?
  • Ben oui, puisque c’est obligatoire.
  • Mais vous n’avez fourni que 11 kilos cette année alors que votre quota est de 40, comment expliquez-vous ce chiffre dérisoire ?
  • C’est-à-dire que je donne beaucoup de déchets à mon chien et aux chats du quartier, et aussi un peu de compost à mes voisins pour leurs plantes…
  • Vous faites ce que vous voulez, moi je constate et je facture pour notre région et notre pays 29 kilos manquants à 8,50€, soit 246,50€, ce qui nous fait un grand total de 5511€ pour l’année écoulée.

Mais venons-en à la grande question du jour puisque vous avez atteint – et je vous en félicite – l’âge respectable de 85 ans qui est l’âge limite pour le versement de vos pensions de retraite. Aussi dois-je vous poser la question : est-ce que nous arrêtons le versement de vos pensions ou est-ce que nous le prolongeons et dans ce cas comment comptez-vous nous régler ?

  • J’y ai bien pensé, et à vrai dire je n’en dors plus depuis des mois, je suis bien incapable de vous régler avec des économies que je n’ai pas, déjà que je dois régler mes amendes de surconsommations annuelles et que je me demande bien comment…
  • Mais vous avez bien du capital quelque part ? Une maison? Un appartement?
  • Ben oui, celui où je réside.
  • Comme vous le savez, vue la dette colossale de notre pays et vu que plus personne ne veut nous prêter d’argent, le gouvernement a dû limiter l’âge de versement des retraites, entre autres mesures.

Mais, pour ne pas mettre nos concitoyens à la rue, nous vous proposons une solution simple : cédez-nous votre logement en viager et nous continuerons à vous verser votre pension de retraite jusqu’au terme de votre existence. C’est un contrat gagnant-gagnant !

  • Ben, et mes enfants?
  • L’héritage, c’est fini. C’était une insupportable source de discrimination sociale. Il fallait bien que notre état se renfloue, et nos gouvernements ont choisi la méthode la plus juste pour y parvenir de manière crédible. Tenez, vous n’avez plus qu’à signer ici en bas à droite, et vous serez soulagé, et il n’y aura aucune interruption de versement de vos pensions de retraite.
  • Mais, et le paiement des amendes que vous venez de dresser ?
  • Ah ça, vous verrez avec votre banquier, il vous accordera bien un petit crédit ! Au revoir, Monsieur MARTINEAU ! Au suivant !

            Kevin Martineau se réveilla en sueur, hébété. Quel horrible cauchemar ne venait-il pas de faire !      Rassuré, il alluma comme chaque matin sa radio préférée pour écouter les nouvelles de ce printemps 2024 : la dette française dépassait les 3000 milliards d’euros, les Marocains, les Espagnols, et les Catalans français manquaient d’eau, le réchauffement climatique battait chaque mois un nouveau record, la guerre en Ukraine n’en finissait pas, Gaza était bombardée, les Chinois menaçaient Taiwan, … rien que de banal en somme. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, le vilain cauchemar était oublié.

De Jacques

Trouver un trouvère

À la télévision nationale, une banale nouvelle a attiré mon attention. Le titre du reportage était : Nous avons trouvé un corps gelé. Il aurait été retrouvé dans le grand nord de la république du Québec. Comment peut-on se retrouver gelé dans le frette du nord? Le reportage se poursuit en montrant le corps du personnage dans une cage de verre. Drôlement fagoté le personnage. Il a l’air en parfait état de marche… tel un vieux char qui pourrait encore rouler plusieurs centaines de kilomètres. Le journaliste tire ses conclusions et le reportage se termine là. C’est bizarre autant qu’étrange. La curiosité m’a piqué comme un maringouin aurait pu le faire en été.

Quelques recherches sur cette façon de s’habiller m’amènent à croire que ce n’est pas un corps ordinaire. Une petite recherche sur Internet me dit qu’il s’agit d’un trouvère. Mais qu’est-ce qu’un trouvère? On trouve tout sur Internet. Un trouvère est un poète-jongleur de la France du Nord, s’exprimant en langue d’oïl. Plusieurs semaines plus tard, le même journaliste refait surface à la télé en disant que le personnage s’est réveillé et qu’il parle bizarrement. Dans le reportage, on l’entend chanter :

…Dame, quant je devant vous fui Et je vous vi premièrement, Mes cuers aloit si tressaillant Qu’il vos remest, quant je m’en mui. Lors fui menez sans raençon En la douce chartre en prison Dont li piler sunt de talant Et li huis sunt de biau veoir Et li anel de bon espoir…

À l’écran, le journaliste ne peut contenir son excitation. Il faut creuser la question. Le reportage va en profondeur. Mais, comment se faire comprendre? Évidemment, il ne parle pas le même français que nous. Après plusieurs demandes et démarches, il obtient la permission de le rencontrer. À caméra et micro cachés, il entre dans la salle stérile. Parler en langue oïl n’est pas facile mais, pas plus que parler anglais (rire). Le journaliste, pour casser la glace (tiens donc), lui demande quel était de titre de la chanson entendue. Le trouvère répond : Chanson du roi de Navarre. Loin d’être avare (ajouter le N) le trouvère continue (traduction Google):

J’étais en pleine tournée internationale lorsqu’en Suède, j’ai été enlevé par des barbares. On m’a jeté dans le coffre arrière d’une drôle de gondole. En route, les barbares me donnaient à manger : du poisson. Je sentais qu’ils arrêtaient parfois dans les commandes aux gondoles (drive-in) pour commander de la bouffe (pizza, hamburger, etc.) ou du café pour la route. Un jour, ils m’ont sorti du coffre pour que je prenne l’air. Pour m’éventer, en fait! J’ai tenté plusieurs fois de m’évader, mais ils me rattrapaient tout le temps. J’ai fini par réussir. J’ai couru, couru, couru plusieurs jours. Le froid et la neige. De plus en plus froid. De plus en plus de neige. Je suis tombé. Trop gelé pour poursuivre. Je me suis réveillé ici. D’ailleurs, où suis-je?

Du personnel de la Commission d’archéologie vivante (nouvellement créé par le gouvernement de la République) entre en scène. Le reportage se termine sur:

…Li reaumes de Surie Nos dit et crie a haut ton, Se nos ne nos amendon, Por Deu! que n’i alons mie: N’i feriens se mal non. Dex ainme fin cuer droiturier ; De teus [genz] se vuet il aidier, Cil essauceront son non Et conquerront sa maison…

Aux dernières nouvelles, le trouvère serait retourné en France pour recommencer sa tournée. Il est invité sur plusieurs plateaux de télé. Une chanson interprétée en direct (en live) sur sa chaîne Youtube s’intitule Du coup.

De Christine

L’homme s’éveilla. Il était au fond d’un ravin. Comment était-il arrivé dans ce trou au cœur de la montagne? Il voyait dans le ciel clair des petits points brillants se déplacer. Soudain, il entendit un bruit bizarre et une énorme libellule vint stationner au-dessus de la crevasse. Des hommes descendirent le long d’un filin jusqu’à lui. Ils l’attachèrent dans une espèce de civière et voilà qu’il se retrouvait dans les airs, transporté par la libellule. Il pouvait voir le Pic du Midi et toute la vallée de Chamonix. C’était magique, il volait.

La libellule géante, qui n’en était finalement pas une, le déposa au pied de la montagne, et une drôle de voiture arriva pour l’emmener. On aurait dit une caisse en tôle sur roue. Son oncle Henri l’avait déjà emmené dans sa Citroën Torpédo. C’était une belle voiture décapotable, rien à voir avec ce tas de ferraille. D’ailleurs, sur la route, il y en avait partout, de toutes les formes et de toutes les couleurs. D’où sortaient-elles? En plus, elles roulaient à une vitesse folle!

Arrivé à l’hôpital, nouveau choc. Le bâtiment tout neuf ne ressemblait en rien à celui qu’il connaissait bien.

  • Mais sur quelle planète sommes-nous? demanda-t-il à une infirmière qui s’affairait auprès de lui.
  • Vous êtes sur Terre. Vous étiez tombé au fond d’une crevasse. Vous ne vous souvenez de rien?
  • Vaguement. Mais ça fait si longtemps.
  • Le médecin va venir vous examiner.

L’homme regardait avec curiosité tout autour de lui. Ce n’était pas possible. La Terre avait été envahie par des extra-terrestres. Il voyait partout des gens bizarrement habillés. Les femmes et les hommes portaient des pantalons en grosse toile bleue. Une jeune fille habillée d’un short passa près de lui avec des petits appareils dans les oreilles qui diffusait une drôle de musique. Elle avait un anneau dans le nez. Bon sang, où était-il? Les infirmières étaient sans arrêt en train de taper sur une espèce de machine à écrire plate, reliée à un écran de télévision. Elles auraient mieux fait de s’occuper des malades. Il attrapa par la manche, une jeune femme qui passait à côté de lui et lui demanda ce que c’était que cet engin.

Celle-ci le regarda avec des yeux hallucinés et partit en courant.

  • Bonjour Monsieur, lui dit le médecin en arrivant vers lui.
  • Bonjour Docteur.
  • Pourriez-vous me donner vos nom et prénom?
  • Alex Lecornu.
  • Et votre date de naissance?
  • 30 juin 1888.
  • Vous voulez dire 1988 ?
  • Non. 1888. Je connais encore ma date de naissance tout de même!
  • Et votre adresse?
  • J’habite ici à Chamonix. Je suis télégraphiste.
  • De mieux en mieux, marmonna le médecin.

Il le fixa, effaré. Sur quel énergumène était-il tombé? Est-ce que sa chute dans la crevasse lui avait fait perdre la raison? Il décida d’appeler la gendarmerie pour obtenir plus d’éléments sur les circonstances de sa découverte. Il sortit son portable et composa le 17. Le patient le regarda avec des yeux ronds comme des soucoupes. Il se pencha en avant pour mieux voir cet appareil qui servait apparemment à téléphoner. Mais où était le fil? Comment cela pouvait-il fonctionner?

Pendant ce temps, le médecin avait réussi à contacter un gendarme de sa connaissance.

  • Dis donc André, un certain Alex Lecornu dans les trente-cinq- quarante ans, ça te dit quelque chose? Tu n’aurais pas un signalement de disparition à ce nom?
  • Tu veux parler de l’homme que l’hélico a descendu ce matin? Ce sont des randonneurs qui l’ont aperçu.
  • Oui, il m’a l’air un peu désorienté.

Le gendarme lança une recherche dans la base des personnes portées disparues mais ne trouva rien.

  • Inconnu au bataillon.
  • Remarque, je ne suis même pas sûr que ce soit son vrai nom. Il prétend être né en 1888.
  • Ah oui, quand même. On n’est pas rendu. Ce nom m’évoque un souvenir mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Je fais une recherche et te rappelle.
  • Merci André.

Le médecin retourna à son patient et décida de lui faire un check-up complet. Prise de sang, scanner de la tête et du tronc pour déceler d’éventuelles lésions qui expliqueraient son état confus. Un brancardier le véhicula dans un chariot roulant en radiologie. En entrant dans la salle de scanner, l’homme prit peur.

  • Mais qu’est-ce que c’est que cet engin? Il est hors de question que je rentre là-dedans.
  • C’est un scanner Monsieur, vous ne risquez rien.
  • Mais bon sang, que se passe-t-il ici?
  • Rien, absolument rien. Tout est normal.
  • Normal? Vous voulez rire. On me parle de scanner, je ne sais pas du tout ce qu’il en retourne. J’ai déjà passé des radiographies pendant la guerre de 14, alors on ne me la fait pas.
  • La guerre de 14? 1914?
  • Ben oui, vous en connaissez une autre?
  • Celle de 1939-1945, entre autres?
  • Mais en quelle année sommes-nous?
  • 2024, Monsieur.
  • Bon sang, je rêve, ce n’est pas possible. Pincez-moi.

Le manipulateur radio décida de procéder à une légère anesthésie pour calmer ce patient récalcitrant et réussir à lui faire ses examens. Le patient un peu groggy regardait les images défiler sur un écran.

  • Drôle de cinéma que vous avez là.
  • C’est votre cerveau.
  • Mon cerveau? Mais vous êtes fou. Vous allez me tuer.
  • Mais non. Regardez. Tout va bien. Aucune lésion!
  • Tout va bien, tout va bien, il faut le dire vite. J’ai l’impression d’être enfermé dans un asile.

De retour vers le médecin, il apprit qu’il était en parfaite santé.

  • Je le savais déjà, sinon, je n’aurais pas attaqué l’Aiguille du Midi.
  • L’Aiguille du Midi?
  • Ben oui.  J’ai dévissé et je me suis retrouvé au fond d’une crevasse. Je m’en souviens maintenant. Mais après, c’est le trou noir, jusqu’à aujourd’hui.

Le téléphone du médecin se mit à vibrer. C’était la gendarmerie.

  • C’est André. Dis donc, j’ai retrouvé un Alex Lecornu, alpiniste dans les années vingt qui avait disparu.
  • Et ben, je crois qu’on l’a retrouvé. Je ne sais pas comment il a survécu jusqu’à présent. Sûrement congelé. Mais il est en parfaite santé. Le réchauffement a dû faire fondre le glacier qui l’emprisonnait. C’est un miracle qu’il soit encore en vie.
  • Quelle histoire! Digne d’un film! J’ai retrouvé son arrière-arrière-petite-fille qui vit dans la vallée. Elle a trente-six ans comme lui. Elle va venir le récupérer.

Une fois la conversation téléphonique terminée, le médecin regarda son patient avec un autre œil. Voilà un cas que la science allait pouvoir observer.

  • Vous avez un drôle d’engin pour téléphoner?
  • Oui et vous n’êtes pas au bout de vos surprises. En un siècle, il s’en est passé des choses. Il va falloir procéder à une sérieuse mise à jour. Heureusement, il y a Internet.
  • Internet. C’est quoi cette bête?
  • Vous verrez, c’est un outil qui répondra à toutes vos questions. D’ailleurs, regardez, je vais faire un test.

Le médecin tourne son écran d’ordinateur vers le patient et tape dans la recherche Google : Alex Lecornu.

  • Regardez, il y a votre nom dans wikipédia. On sait tout de vous et que vous avez disparu en montagne le 12 avril 1924.
  • Incroyable.
  • Vous n’allez pas être au bout de vos surprises. Croyez-moi. La télévision va vouloir vous interviewer, peut-être faire un film sur votre histoire.
  • La télévision?
  • C’est un peu comme du cinéma à la maison.
  • J’ai un sacré retard à rattraper.
  • Vous allez peut-être regretter l’ancien temps.

De Catherine M

La mer, qu’on voit danser …

Goutte à goutte, l’étau qui l’enserrait fondait et se rétrécissait. Il venait de s’éveiller, comme sorti d’une longue nuit et ses pensées étaient diverses. Les questions fusaient dans sa tête et malheureusement aucune réponse ne s’imposait à son esprit. La paroi était devenue si mince qu’il put enfin la briser et s’extraire de sa prison glacée. Maintenant assis, il restait comme immobile dans cette position et observait les paysages alentours.

De la glace, partout …, des étendues de glace interminables. Pourtant, il n’avait pas froid. Il était devenu comme insensible. Longtemps, il réfléchit, sans comprendre. Soudain, alors que le soleil semblait encore haut à l’horizon, il entendit des bruits. Infimes au début, ils devenaient de plus en plus limpides et distincts. Des hommes certainement, mais un langage inconnu. Des chiens jappaient maintenant joyeusement autour de lui, et les hommes approchaient. L’agitation qui l’entourait désormais l’étourdissait. Il avait l’impression d’être la Belle au Bois Dormant, sortant de son sommeil profond.

Rapidement, il fut pris en charge, transporté en hélicoptère dans la ville la plus proche, et hospitalisé. Il se rendait bien compte qu’il était un mystère pour tous, une sorte d’énergumène sorti d’on ne sait où … Il semblait dépassé par tout ce qui l’entourait, ne reconnaissant rien des lieux, des manières, des véhicules qu’il avait croisés, et même des repas qu’on lui servait. Il a fallu attendre de nombreux mois de recherches avant qu’on l’informe que sa disparition avait été signalée …. Plus de cent ans auparavant !!!

Pris en charge par les services sociaux, il entama alors une nouvelle vie. Il était seul car, visiblement, il ne restait aucun survivant de son « époque ». Il arpentait les rues, apprenait à chaque tournant, à chaque pancarte. Il n’était pas nostalgique, non, mais il était dans un monde totalement inconnu où il devait tout apprendre. Il se faisait l’effet d’un tout petit garçon et s’émerveillait devant tout ce qui l’entourait.

Un jour, son périple l’amena près de la mer. Oh la mer ! Voilà quelque chose qu’il reconnaissait et qui n’avait pas changé. En fermant les yeux, Il retrouva le bruit des vagues qui roulent jusqu’au sable. Leur mélodie était toujours la même, ressemblant à une musique parfois douce, parfois violente. L’odeur qu’il perçu lui sembla bien reconnaissable : les algues, l’odeur iodée de l’eau marine …Trempant son doigt dans l’eau, il fut transporté par ce goût salé.

Il se rappelait, oui, il se rappelait ….

Et sous ses pieds, les galets éparpillés sur le sable doux et chaud. Des sensations lui revinrent à la mémoire. Des images de chaleur, de vacances, de joie … Sans le savoir, il avait retrouvé les éléments familiers qui l’aideraient à se souvenir …..

A la radio (une vraie nouveauté pour lui !), il entendait des informations qu’il tentait d’enregistrer. On parlait beaucoup de réchauffement climatique, de cette météo bouleversée et des saisons qui ne ressemblaient plus à ce qu’elles devaient être … Il ne comprenait pas tout, mais dans ses réflexions, il se dit quand même que, sans ce fameux réchauffement climatique, il serait toujours dans son bloc de glace et il en fut ravi !

De Brigitte

1895/ 2024 … Etiennette arrive…

La petite Etiennette n’en menait pas large, elle venait de sortir de son pain de glace et découvrait l’étrangeté du monde. Elle avait laissé sa charrette de tripaille à côté de la cuisine et le bon Sylvain devait la ranger à la grange. Au lieu de tout cela, elle découvrait une autre planète. Des bruits inhabituels avaient surgi, elle voyait des gens qui regardaient sans arrêt des sortes de miroir parfaitement identiques, et parlaient seuls dans la rue. Puis les chevaux avaient disparu, pas de crottin, ni de cocher pour crier gare ! Mais, des cubes en métal sur des roues qui se déplaçaient sans cocher.

Des femmes portant des tenues d’homme et mettant à leur bouche des cylindres blancs qui finissait par un bout tout rouge, les hommes se promenaient main dans la main, parfois il y avait des femmes qui couraient, mais personne ne les poursuivait. Elles couraient presque nues en culotte avec des bracelets et une bouteille qui semblaient être en verre mou. Les bâtiments étaient transparents, on voyait tout dedans et le plus étonnant, c’est qu’il y faisait froid dedans comme en hiver alors que l’été était là. 

Les chiens avaient des chaînes qui se déroulaient et qui se remettaient dans l’autre sens, ça alors ! Surtout les gens ne la regardaient pas quand elle demandait où était la grange et Sylvain, ils ne s’arrêtaient même pas pour répondre et la toisaient. Elle avait honte parce qu’elle avait les mains sales et du sang plein son tablier forcément la tripaille, c’était pas bien propre.

Et puis, il y eut comme une sirène, affolée elle se cacha dans le bas de l’escalier et les gens ne faisaient pas attention à elle. Soudain, elle vit une chose rouge qui allait comme un cheval au galop, il y avait quelque chose qui tournait de bleu sur le toit de la chose. Personne ne regardait. Elle cherchait toujours son Sylvain, mais ne voyait personne qu’elle connaissait, même pas la Fernande qui vendait à côté d’elle ses choux fleurs et qui braillait tout le temps.             

Elle pensait comment faire pour retrouver son monde d’avant et surtout son P’tiot. Elle vit un enfant sur quelque chose d’incroyable : une selle avec des roues et il avançait comme ça très vite, il avait un chapeau rond sur la tête, elle rit car elle pensait que son petit à elle, pourrait peut-être bien essayer cette chose qui roule. Ça avait l’air très amusant. 

Elle appela doucement le nom de Sylvain en disant : -viens me chercher mon Sylvain, je voudrais emmener le P’tiot ici. Elle vit à ce moment-là des lumières en haut des poteaux, c’est très joli ça changeait souvent, ce n’étaient pas des becs de gaz, mais c’était beau quand même, puis elle sentit un grand choc et tout s’arrêta net…

Quand on la ramassa, elle était sale et n’avait aucun papier, on la prit pour une sans domicile, on l’emmena à l’hôpital, où les médecins découvrirent alors qu’elle avait une petite bourse en cuir avec des piécettes d’argent inconnues. 

D’où venait-elle ? Qui était-elle ? Personne n’a réclamé sa dépouille, on l’a mise dans une fosse commune, la Petite Etiennette. Le Petiot grandit plein de questions auprès de Sylvain qui lui apprit un jour à monter à vélocipède. 

De Saxof

Albert est né en 1898. C’était un garçon curieux qui démontait et remontait tout ce qu’il avait sous la main pour en comprendre le fonctionnement. Il a failli bricoler le moteur de la Panhard de son oncle Louis, alors qu’il avait 14 ans. C’était une des seules voitures du coin et il voulait en fouiller le moteur. Il aimait quand son vélo crevait, car il pouvait démonter et réparer la chambre à air.
Pour le laisser délirer, il avait reçu de Louis un microscope, objet rare qui l’accompagnait dans toutes ses balades en forêt. Il scrutait ainsi les insectes, les feuilles, les gouttes de rosée. Albert était heureux jusqu’à ce qu’en 1914, il se vit refuser de s’engager pour aller à la guerre. Son père avait décliné la signature du document qui lui aurait permis de partir. Il n’avait que 16 ans, et à 18 ans il s’engagea. Comme il avait démarré des études scientifiques, il avait été admis comme radio de sa compagnie.
En 1918, il reprit ses études et chercha à créer des tas de choses et de systèmes. Il soigna sa mère par la cryothérapie, qui a fonctionné alors que c’était complètement inconnu. En 1924, il lui prit l’envie d’utiliser cette méthode du froid pour se conserver et se réveiller plusieurs années plus tard. Il créa son caisson, programma le réveil, au grand dam de sa mère qui pleurait à l’idée de perdre son seul enfant, son mari étant mort à la guerre. Albert l’embrassa avec beaucoup de tendresse, lui promettant de revenir vite et mit son projet en route avec son ami Paul qui ferma le caisson et déclencha le système, mal synthétisé.
Les années passèrent, sa mère mourut, son ami aussi, catastrophé de l’avoir aidé dans sa folie, alors qu’Albert était toujours dans son caisson en fonctionnement, qu’il ne pouvait stopper.  
Un jour d’été de 2024, un jeune couple, Karine et Yan, se promenant dans une forêt de l’Ariège, s’enfoncèrent dans une grotte. Après avoir nettoyé l’entrée de ses nombreuses ronces, ils se dirigèrent vers un bruit qui les avait attirés. Ils adoraient explorer les endroits qui semblaient interdits. A peine avaient-ils parcouru 50 mètres qu’ils entendirent plus précisément ce bruit bizarre, comme un ronronnement de moteur avec des ratés. Ils découvrirent un drôle de caisson.

Yan, curieux de nature, essaya de l’ouvrir, en vain, et se chargea d’éteindre le moteur. A ce moment, le couvercle s’ouvrit tout seul, laissant apparaître un homme jeune, allongé, habillé comme un paysan. Karine prit peur mais Yan la rassura. Ils contemplèrent le réveil de l’homme qui leur sourit en disant « ça a marché. Avez-vous vu mon ami Paul ? ».
Albert sortit de son sarcophage en disant « J’ai faim ». Karine lui tendit un sandwich au jambon qu’Albert engouffra en disant « C’est drôlement bon ça ».
Ils se mirent à discuter, à essayer de comprendre, les uns, pourquoi il était là, l’autre en quelle année était-on ? Où était Paul ?
Le couple voulut conduire Albert chez le médecin, ce que ne comprenait pas très bien le rescapé. Albert fut pris de panique lorsqu’ils atteignirent la ville, les voitures arrivant de nulle part, semblaient faire n’importe quoi d’après lui. Il fut soudain pris de vertige. Et cela ne s’arrangea pas lorsqu’il comprit que Karine parlait dans une petite boite très plate, à quelqu’un qui n’était pas présent et se tournant vers lui, dit « Mon médecin vous attend », en lui tendant une mini bouteille d’eau qu‘Albert faillit laisser tomber, tant elle lui semblait molle. Le feu rouge qui les bloqua lui permit de descendre de voiture, il avait besoin de prendre l’air, mais celui-ci était tellement vicié qu’il remonta illico dans le véhicule en disant : « S’il vous plait, ramenez-moi dans ma grotte, je veux rentrer chez moi » .

De Lisa

Inspiré de la chanson de Jean-Jacques Goldman « Né en 17 à Leidenstadt »

S’il était présent en 2024

Sorti de sa caverne de « la préhistoire »

Aurait-il été meilleur ou pire que ces gens ?

En tant que Brigadier-chef de son temps

Voyant de la souffrance et autres

Aurait-il supporter cette violence ?

Aurait-il donner sa démission ?

En tant que Brigadier-chef de son temps

S’il avait grandi dans les rues parisiennes

Avec sa brigade du Tigre en rappel

Aurait-il la force ou la faiblesse envers les siens

De trahir ou continuer le chemin

S’il devait prendre une décision en tant que chef

Surtout il ne connaît rien à Internet

Il avait le papier et la plume comme bagage

En tant qu’écrivaine, je vous laisse être en face

On saura jamais à la place du peuple

Comme à la place de la Brigade

Personne ne peut juger ce moment

Surtout quand on vient d’un autre temps

Serions-nous aussi courageux que cet homme ?

Qui a la force de voir une autre histoire

De Sylvie

Pergélisol

Une faible lueur s’immisce entre mes paupières et je sens la chaleur d’un soleil bienfaisant caresser mon visage. Un battement sourd et continu reprend dans ma poitrine qui se soulève pour me donner à nouveau le souffle de la vie. Mes yeux s’ouvrent sur l’immensité qui m’entoure. Un bouillonnement furieux commence à envahir tous mes membres, chassant l’engourdissement douloureux qui me maintenait paralysé.

Depuis combien de temps suis – je étendu sur ce lit de glace ? Comment suis-je arrivé ici ?

Tous mes sens commencent à s’éveiller et mes oreilles me renvoient un bruit assourdissant, de violents courants d’air balayant le sol, faisant voleter une poussière de neige aveuglante. Le vacarme s’approche, battant l’air de spasmes effrayants. Quelle machine peut engendrer un pareil bruit ? Rien de ce que je connais ne ressemble à ce vrombissement diabolique.

Enfin, le rythme des battements de l’engin ralentit et s’arrête dans un sifflement assourdissant. Le silence. Un glissement métallique puis des pas feutrés par la fine couche de poudreuse. Au-dessus de moi apparaît la tête d’un homme casqué, d’une sorte inconnue, comportant à l’avant une sorte de bulle irisée aveugle.

Il est vêtu d’une combinaison orange et s’adresse à moi :

« Ne bougez pas, on s’occupe de vous… »

Mon cerveau n’est pas encore tout à fait en ordre de marche et je ne me souviens de rien de ce qui m’est arrivé. On me dégage très longuement et délicatement de ma gangue de glace. On me hisse sur une civière que je n’ai jamais vue. On me charge dans l’aéronef du diable dont les pales reprennent leur balai infernal…

LE GABOTEUR/ Sciences et vie

Un homme retrouvé dans la glace

Une incroyable découverte dans la Province de Terre-Neuve- et- Labrador crée la polémique dans les milieux scientifiques. Un homme que l’on croyait disparu depuis une centaine d’années vient d’être retrouvé vivant par un hélicoptère des Forces armées Canadiennes en mission de routine.

 Une tache inhabituelle

C’est le 23 mars 2024, lors d’un vol de routine que le CH  149 de la Force Régulière de l’Aviation Royale Canadienne (SAR) repère une tache inhabituelle sur la banquise attirant l’attention des pilotes qui alertent immédiatement le Central de sauvetage.

« On aurait pu croire que c’était un morceau de tissu de la longueur d’un homme » précise Brenden MacDonald. Il respire ! »

Atterrissant au plus près, les deux sauveteurs découvrent le corps d’un homme à demi enfoncé dans la neige auquel ils prodiguent les premiers examens. L’immense surpriseest à venir car l’homme respire, une fine brume blanche sortant de sa bouche.  Vêtu d’une tenue que l’on peut attribuer approximativement aux années 30, il semble totalement amnésique.

Transporté de toute urgence à l’hôpital Charles S. Curtis Mémorial, il est pris en charge par le service du docteur Sonia Abréo.

100 ans dans la glace

Maintes investigations et recherches ADN ont enfin permis de connaître l’identité et le parcours de l’homme retrouvé après une centaine d’années passées dans la glace.

Il s’agirait du célèbre biologiste ClarenceBirdseye, père des techniques de conservation des aliments par le froid, inventeur du premier surgélateur à doubles courroies, qui se serait égaré en 1934 lors de ses dernières expérimentations sur la congélation.

Certains milieux scientifiques expliqueraient son retour à la vie, par le phénomène de dormance hivernale, plutôt attribué aux amphibiens. D’autres, réfutant cette hypothèse, pencheraient pour la théorie des anciens astronautes suggérant une intervention extraterrestre !.  

Sienna  Kendall

De Louisiane (proposition d’écriture N° 190/ 10 mots à insérer)

Le syndrome de Diogène

Elle m’avait pris ma chambre. J’avais 14 ou 15 ans je crois. D’autorité, ma mère m’avait chassée de ma chambre, de mon lit, de mon bureau, de mon refuge. Je ne pouvais prendre la sienne. Atteinte de syllogomanie, en plus de sa schizophrénie, avait diagnostiqué notre bon docteur Caplain, il faut l’interner, ma chère amie, mes grands-parents avaient laissé couler comme d’habitude.

Depuis des années, petit à petit, des strates de montagnes de choses innommables et puantes de tabac froid encombraient la sienne. Grand-Mère n’était pas étonnée, elle avait vécu deux guerres, dont la seconde avec deux handicapés sur les bras. Le soir-même, elle me dit « Installe-toi dans la salle à manger ». Mais cette salle à manger servait à toute notre malheureuse famille. On y mangeait, on y lisait, on s’y réchauffait et Grand-Mère y donnait ses cours contre le bégaiement. C’est ainsi que nous survivions et pouvions garder la tête haute. Je devais y faire et défaire mon lit matin et soir, sur le divan de bois et de rotin tressé. Mes lombaires en ont pris un coup. Ma mère vivait la nuit, entre la cuisine dont elle avait squatté une partie de la table en formica, et la salle à manger. Au petit matin, elle allait se coucher dans mon ancien lit, entre des feuilles du Figaro, car dans les draps, il y avait des bêtes, et comme une ermite, se retirait du Monde.

Il fallait encore que je trouve cela normal. Une tempête sous mon crâne s’était levée. Je n’avais personne à qui en parler, à qui le crier. J’en sortais épuisée. Je devais mettre un terme, un stop, un interdit à cette situation. Je n’étais pas une poupée que l’on pouvait reléguer dans un coin et l’oublier. Je ne supportais plus, la nuit, les monologues de cette folle qui m’avait enfantée. Qu’elle aille au diable avec sa secte cathare !

« Fous-moi la paix ! J’ai besoin de dormir ! ». Mais elle rallumait la lumière que je venais d’éteindre. Et on s’étonnait de mes notes ! Les jours se suivaient et se ressemblaient. Un dimanche, je fis l’effort d’entrer dans sa chambre. L’odeur vous prenait à la gorge, une allée ou plutôt un chemin tortueux de trente centimètres de large permettait tant bien que mal de parvenir à la fenêtre aux volets fermés depuis des lustres. Une armée de journaux, de magazines, de vêtements, de papiers, de boîtes, d’objets, de cintres couronnés de gongs m’arrivait à la taille. Il aurait fallu une benne et quatre Forts-des-Halles pour rendre cette pièce nettoyable. En sortant je me pris les pieds dans un pli d’un tapis et faillit tomber

au milieu de ce taudis. Il y avait de quoi devenir une herbe folle. Ce que je faillis devenir.

Des décennies plus tard, un homme à l’accent des îles me téléphona un matin très tôt et m’annonça le décès de ma mère. Je devais apporter des vêtements à l’hôpital dans la journée pour le cercueil.

Tout était taché de rouge à lèvres. Je trouvai un manteau et des chaussures potables. Sa concierge m’a ouvert la chambre de bonne qu’elle occupait dans cet élégant immeuble de l’avenue de Suffren, au pied de la tour Eiffel. C’était bien elle, ça ! La même odeur de tabac froid m’a prise à la gorge en pénétrant dans ce gourbi, fait de couches et de couches de choses immondes. De retour de l’hôpital, dans la journée, j’ai empli avec une rage

automatique , une même haine et vélocité, trente-deux sacs de poubelles de 150 litres donnés par la gardienne, que j’ai empilés sur le trottoir. Je me fichais totalement de l’amende que je risquais. J’avais trouvé la force d’exécuter le travail de quatre Forts-des Halles.

De Louisiane (proposition d’écriture N° 191/ célébrer le printemps)

Anatomie d’une renaissance

J’attends le bus pour aller au cinéma MK2 Quai de Seine à la première séance de 10 heures.

J’aime commencer ma journée par un bon film. Je me suis mise au soleil du printemps naissant. Je préfère les demi-saisons plutôt que l’hiver ou l’été, plus dur, plus cru. Quelques feuilles jaunes et mouillées jonchent le sol, elles seront ramassées dans la journée. J’écoute d’une oreille deux vieilles biques assises sur le banc qui parlent de leurs maux. Cela m’agace. Je m’éloigne de la lumière et de la chaleur que dispense le soleil de ce début de printemps. Le bus arrive enfin. Je file au fond pour trouver une place. Pas de chance, les deux vieilles me suivent arrimées à leurs caddys et s’assoient face à face. Et ça continue, les genoux, le dos, les mains, l’arthrose, les médocs, le docteur machin, l’hiver et blablabla et blablabla … Je soupire. A la station d’après, un homme d’environ mon âge s’assied. Je rentre un peu mes genoux. Va-t-il se mêler de leur conversation ? Le bus longe les Buttes-Chaumont dont on aperçoit la cime des arbres.

Du rose du blanc du vert se mêlent. Sur les branches des bourgeons se forment pour un futur

luxuriant. Je ne m’en lasse pas. J’ai le souvenir de cet été où la verdure se mêlait au jaune paille des pelouses grillées par le soleil. Mes voisines ne voient rien et continuent leur discours. « Admirez ce paysage de renaissance Mesdames, vous n’en avez plus pour longtemps ! » dit l’homme en souriant. Elles sont surprises un tout petit instant et reprennent de plus belle haussant les épaules. « Vous me l’avez enlevé de la bouche ! » m’adressant à lui. Avec un large sourire, il me dit : « Désolé, mais ce discours m’assomme, elles ne s’écoutent même pas ! ».

« Exactement ! Cela fait plus de vingt minutes que je les supporte. Heureusement je descends à la prochaine !! ».

– Ah, vous me quittez déjà ?

– Je vais au cinéma.

– MK2 ?

– Oui, MK2 quai de Seine.

– Puis-je vous accompagner ?

– Si vous voulez, je vais voir « L’anatomie d’une chute »

– Ce n’est pas d’actualité !

– Pas encore… Le printemps montre le bout de son nez, il faut être patient ? Il sourit.

De l’arrêt du bus au cinéma, il y a environ dix minutes de marche. Et de concert nous badinons. J’avais déjà remarqué que je lui plaisais. Lui est bel homme. J’envie ses cheveux blancs épais et bouclés de Père Noël. Il sent bon, Jickie ou Habit rouge, du Guerlain sûrement. Et ses yeux pétillants bleu délavé me plaisent. Légèrement voûté, il marche d’un pas léger, les mains dans les poches de son imperméable. Le soleil nous éblouit. Il est à l’aise et moi aussi.

– Oui je vais souvent à ces deux cinémas, Quai de Seine et Quai de Loire. Et vous ?

– J’habite à Gambetta près du Père-Lachaise, il y a aussi un MK2 mais les fauteuils sont plus

confortables ici. J’y vais surtout quand il pleut.

– Alors cet hiver vous avez fait le plein !

– Non, pas du tout, j’étais en randonnée dans le Vercors.

– Moi je suis restée à Paris pour affaire. Vous ne trouvez pas que le titre du film est une

curieuse coïncidence ?

– La chute des feuilles vous voulez dire ? Maintenant elles poussent, j’aime le printemps et

toute cette renaissance.

– Oui, moi aussi.

Après le film de presque trois heures, nous avons pris un verre en terrasse au café d’à côté, et parlé du film que nous avons trouvé excellent, c’était obligé.  « Ecrit dans le marbre » a –t-il dit.

– Que faites-vous d’autre dans la vie ?

– Des tas de choses. Je sors, je vois des amis, je vais au cinéma souvent, je lis, j’écris, je joue au tarot. Voulez-vous faire partie de mon groupe ?

– Oui, pourquoi pas.

Je lui explique. « Alors à vendredi, métro Jourdain ».

Il n’est pas venu. Nostalgie … vite oubliée avec l’arrivée en douceur d’un nouveau printemps.

De Catherine S

Franck avait reçu un appel de son oncle, éminent scientifique, lui demandant de le rejoindre au plus vite au centre de recherche dans lequel il travaillait. Aucune précision mais une excitation palpable dans le ton de sa voix présageait d’un évènement hors du commun.

– Entre et ferme la porte, ce que j’ai à te dire est pour le moment confidentiel, je te demande donc la plus grande discrétion que tu acceptes ou non la mission que je vais te confier »

– Je t’écoute, de quoi s’agit-il ?   

Des confrères ont découvert deux corps congelés dans un glacier des Alpes. Le plus âgé des deux n’a pas survécu, mais le second, plus jeune et plus résistant, a été transporté dans notre laboratoire pour y être examiné. Nous ne pensions pas pouvoir le ramener à la vie, mais l’incroyable s’est produit, il est bien vivant et nous dit avoir chuté avec son ami lors de l’escalade du glacier en….   1924 !!! D’un point de vue scientifique, c’est inespéré, il a subi de multiples contrôles médicaux : IRM, prise de sang, contrôle cardiaque, encéphalogramme, tous les organes vitaux sont intacts, c’est fou ! Par contre, il a du mal à reprendre pied dans notre monde en 2024 et semble confus, inquiet. Pour le moment, rien n’a « fuité » au niveau de la presse, mais ça ne saurait tarder. Pour compléter notre étude du sujet et lui permettre de s’intégrer dans de bonnes conditions, nous avons pensé à toi. Tu es un sociologue reconnu, possédant de plus une solide expérience en psychologie, acceptes-tu de l’accompagner dans sa découverte du monde actuel ? 

Enthousiaste, Franck se leva d’un bond.

– Je suis ton homme ! Où puis-je le rencontrer ?

– Ne doutant pas de ta réaction, je l’ai déjà prévenu de ta venue, il t’attend dans sa chambre à l’étage. Vas-y doucement, il n’est préparé à toutes ces innovations techniques, je le crains. 

Je frappai à sa porte et pénétrai dans sa chambre. Assis bien droit dans un fauteuil, il me tournait le dos.

– Bonjour je suis Franck, le neveu d’Henry, enchanté de vous connaître. 

Il me fit face et me regarda, un peu sur ses gardes.

Je m’appelle Edmond, je suis, paraît-il, en bonne santé, mais je n’ai plus de repères, pas d’amis, plus de famille, le monde entre-aperçu par cette fenêtre me semble bien inhospitalier. 

-Si vous m’acceptez comme guide, je vais vous chaperonner dans cette société plus vieille de 100 ans, un voyage dans le temps qui vous réserve bien des surprises.

Je m’approchai, le sourire aux lèvres, la main tendue.  Edmond se leva pour seller d’une poigne vigoureuse notre entente.

-Je vous ai apporté des vêtements qui vous permettront de passer plus inaperçu, la mode a changé que voulez-vous ! Enfilez ça :  jean, ceinture, tee-shirt, blouson et baskets.

Coup d’œil gêné :

– Ce sont des vêtements de travail ?, suivi d’un soupir discret : l’élégance à la française n’est plus ce qu’elle était…

– Nous allons prendre le tram, cela vous permettra d’observer tout autour et vous pourrez me poser toutes les questions que vous voulez, n’ayez crainte, je ne vous lâche pas, c’est ok pour vous ?

– Je vous suis.

Premier choc sur la rue : la circulation dense, la vitesse, le bitume, le bruit, les feux clignotants, l’agitation. Edmond se cramponne à mon bras.

– C’est un champ de course en pleine ville ? Où sont les rues pavées, les réverbères publics, les bugattis que j’admirais tant ? Ces voitures sont bien plus grandes, plus puissantes, elles sentent mauvais aussi… Mais…. Les femmes conduisent ces bolides !!!

– Et oui, mon cher, la femme s’affirme, se libère, travaille, fini la femme au foyer, elle s’émancipe !

Mine dépitée d’Edmond, son idéal féminin en prend un coup. Sourire en coin amusé de ma part.

– Les rues ne sont pas sûres ? 

– Pourquoi me demandez-vous cela ? 

– Il y a des voitures qui sont attachées par un câble à des blocs en …pierre ? 

– Ce sont des voitures électriques qui se rechargent en électricité grâce à ce câble relié à la borne. De même le tram que nous allons prendre est alimenté électriquement soit par le sol, soit par voie aérienne.

– C’est fou, c’est, je l’avoue, fabuleux, mais cela doit consommer beaucoup d’énergie, n’est-ce pas ? Ce qui m’a beaucoup impressionné c’est le tube médical qui permet de voir à travers tout le corps, comment l’appelez-vous, déjà, l’IRM ! Quels progrès fantastiques dans le domaine de la santé !

Nous montons dans le tram et nous nous frayons un passage pour pouvoir s’asseoir, Edmond donne des signes de faiblesse, c’est beaucoup d’émotions à la fois pour un premier jour. Mais sa curiosité prédomine.

– C’est pour se prémunir du bruit que les gens ont des protections sur les oreilles ? Je les comprends, tous ces sons, cette agitation, ça tourne la tête et agresse les tympans ! La preuve, ils sont stressés et tapent sans cesse sur ces drôles de boitiers. Regardez, ils ne se parlent pas, ils ont tous les yeux fixés sur leurs boîtiers. A quoi servent-ils ?

-Ce ne sont pas des protections pour les oreilles, Edmond, mais des écouteurs pour profiter de la musique ou des informations sans déranger personne. Quant au « boîtier », c’est un instrument de communication, un téléphone moderne qui permet de joindre n’importe qui, n’importe où. Il diffuse de la musique, c’est une source d’information et de recherche à la portée de tous. Demain, je vous montrerai un ordinateur, vous pourrez le manipuler et lui demander ce que vous voulez. Mais je vous sens fatigué, nous allons faire une pause dans un café, je vous ramènerai ensuite à l’institut, nous avons encore plusieurs jours passionnants devant nous.

Je choisis une table tranquille un peu à l’écart et commandai deux cafés. Plusieurs jeunes s’installèrent à la table voisine. Le regard d’Edmond s’attarda, incrédule et réprobateur, sur les jeans troués des deux garçons aux cheveux longs rassemblés en queue de cheval pour l’un et sur la jupe ultra courte de la fille qui les accompagnait. Joyeux, ils échangeaient bruyamment. Edmond ne perdait pas un mot de la conversation.

– Salut frère, tu prends un pot ? Yes, mais le serveur refuse de nous servir de l’alcool, je vais prendre, vite fait, un coca, j’ai pas trop l’ temps, j’ai un date avec ma meuf.

– T’es toujours avec Manon, demande la belle blonde aux courbes sculpturales.

– Non, j’ai cassé, trop prise de tête cette fille. Elle m’a saoulé, grave !

– J’ai échangé avec Lola sur les réseaux, elle est marrante, elle aime la moto, le ciné et en plus elle est bien roulée, Ça a matché direct entre nous.

– Les réseaux, c’est chouette, c’est branché, répliqua la blonde. J’ai conseillé à ma mère de s’inscrire sur un site de rencontres, elle est overbookée. Si tu continues comme ça, je lui ai dit, tu vas finir seule, sans mec. A 40 ans c’est la loose, quoi !

Les deux autres approuvèrent. Edmond se pencha vers moi, effaré.

-Je ne comprends rien, ils parlent quelle langue ? Et puis ces tenues !!! la jeune femme a des atouts certains mais est-il bien nécessaire de les exposer autant ? Les femmes savaient davantage se tenir de mon temps et entretenaient un certain mystère qui forçait le respect et incitait à leur faire une cour assidue. C’est quoi un site de rencontres ?

Je soupirai, mi-amusé, mi-soucieux, ce pauvre Edmond n’avait pas les codes, serait-il en mesure de s’adapter à ce monde si différent du sien ? Ma tâche se révélait mal aisée.

Soudain, un portable sonna. La blonde fouilla dans son sac et dans sa précipitation tomba l’appareil aux pieds d’Edmond. Celui-ci se pencha pour le ramasser et le lui tendit en s’inclinant légèrement : « Mademoiselle… ».

Elle le regarda, surprise par cette galanterie aussi inhabituelle que désuète et lui adressa, en retour, un sourire ravageur.

-Eh bien, mon cher, pour reprendre le langage des jeunes : « vous avez un ticket ! ».

Inutile de traduire, Edmond avait bien compris, voilà qui le rassurait sur son pouvoir de séduction et lui redonnait confiance. Lorsque nous quittâmes le café, il se sentit un peu étourdi mais un sourire flottait sur ses lèvres.

– Je trouve que l’air est saturé, j’ai un peu de mal à respirer.

– Normal, nous avons un pic de pollution aujourd’hui, vos poumons ne sont pas habitués. Rentrons, pour plus de sûreté mon oncle va vous examiner.

– Franck ?  

-….  Oui ?   Merci pour cette journée. J’apprécie votre patience et votre présence.

Il me serra chaleureusement la main.

-A demain !

J’avais gagné sa confiance et j’étais sûr que nous avions beaucoup à apprendre l’un de l’autre.  

De Marjorie (proposition d’écriture N° 192/ problème avec l’administration)

Ma chère mutuelle

Comment décrire ce que je ressens quand je parle de ma mutuelle. Mon coeur s’emballe, des gouttes de sueur commencent à perler sur mon front et les poils de ma nuque se dressent dans un frisson.

Pour la petite histoire, je suis une jeune divorcée, ma fille est sur la carte vitale de mon ex-mari et sur ma carte de mutuelle. Je pourrais essayer de trouver une situation plus complexe, mais non. C’est uniquement cela qui pose problème. Pourtant, tout avait bien commencé entre ma mutuelle et moi. Notre relation au début était idyllique, je payais et quelques jours après j’étais remboursée. Je téléphonais et il me répondait immédiatement. C’était vraiment une belle période et puis un jour, le feu incandescent du début s’est transformé en quelques braises.

Tout cela a commencé en avril 2023. Ma fille, comme tout bon ado qui se respecte, a la merveilleuse idée d’avoir un appareil dentaire. Qui dit appareil dentaire dit une jolie petite facture à régler tous les mois que l’on se fait, normalement rembourser, tous les six mois.

La bonne blague.

Le premier trimestre de soin dentaire se passe normalement et je suis remboursée rapidement. C’est à partir du second trimestre que ça s’est dégradé. Ils ont mis du temps à me rembourser, mais après quelques coups de fil et après avoir répété une bonne dizaine de fois la situation, j’ai pu avoir mon remboursement.

Mais le dernier semestre, c’est l’horreur. Comme le semestre précédent, le remboursement se fait attendre. J’appelle et là, la conseillère me dit que le document transmis ne correspond pas aux critères pour obtenir le remboursement. Bien sûr, c’est le même document que j’avais envoyé les précédents semestres et avec lequel j’avais eu les remboursements. Bref, je lui demande, gentiment, quel document je dois fournir, elle me donne le renseignement, je m’exécute et je leur envoie le fameux document. Qui, soit dit en passant, ressemble beaucoup à l’autre.

J’attends patiemment 10 jours, c’est le délai de traitement des demandes. Après cette période, je n’ai toujours pas de remboursement. Je rappelle ma mutuelle, et là je commence à avoir du mal à les joindre. Après avoir bien insisté, je réussis à les avoir, et là la conseillère me dit qu’il faut un autre document. Une attestation signée de la main de mon ex-mari certifiant qu’il n’avait pas de mutuelle. Je pose la question de savoir pourquoi j’ai besoin de ces documents maintenant alors qu’avant je n’en avais pas besoin pour me faire rembourser. La conseillère me certifie que c’est impossible, que je n’ai pas pu avoir de remboursement. Après vérification, elle se rend bien compte que j’ai déjà eu des remboursements.

Je demande cette fameuse attestation à mon ex, qui me la fait rapidement, je la renvoie à ma mutuelle et là depuis statut quo. Plus de nouvelle, ni mails, ni courriers et quand j’essaie de les avoir au téléphone, ils ne répondent plus. Je crois qu’ils ont décidé de pratiquer le no-contact avec moi. Tristesse. Tout est fini entre nous.

C’est quand même un remboursement de 400 € donc je ne vais pas les lâcher comme ça. Ils ne savent de quel bois je me chauffe. La suite au prochain épisode.

De Françoise V

Sortie tout droit du congélateur, conservée depuis 1924, j’ai béni le fusible qui avait sauté provoquant une panne de courant. Je me suis réveillée en mars 2024 !

J’avais 20 ans à l’époque quand j’ai accepté une expérience scientifique, croyant à une recherche de courte durée.  Ce travail était dirigé par un groupe de chercheurs complètement fous… car ils m’ont oubliée. En ce jour de mars 2024, je me suis réveillée avec tout l’avenir devant moi, et pour mes 124 ans, je n’avais pas une ride. A 20 ans, je rêvais de voyager, d’être La vedette d’une recherche sur le temps et le cerveau, et je voulais que l’on parle de moi dans les journaux.

Encore toute froide de ce long séjour comateux, je me demande bien ce qu’il m’attend. J’ai quitté la préparation des Jeux Olympiques de 1924. J’apprendrai plus tard qu’elle est encore en pleine préparation pour l’été à 100 ans d’écart. Elle est pas belle la vie ? Mais ce n’était pas vraiment ma préoccupation. Il fallait que je m’adapte à toutes les nouveautés, surtout aux nouvelles technologies… et il y en avait un grand nombre. J’en ai découvert une en particulier, je vais vous raconter. 

Encore mal réveillée et en-raidie, je monte les escaliers intérieurs de la maison depuis la cave où j’étais endormie dans le congélateur. Depuis le haut de l’escalier, j’accède au salon. Une lumière éblouissante venant du jardin me surprend, m’agresse, me contrarie. Mes yeux n’y voient plus rien. Tout à coup, une vibration, une musique venue de nulle part, puis un gling, et une voix qui dicte un message « Salut France, on t’attend ici. La réunion a commencé. Que se passe-t-il ? Tu es dans les bouchons ? ».

Intriguée, je jette un œil sur cette boite plate posée sur la table et qui affiche le visage de « Papy Gilles ». Puis, une autre musique se met en route venant du même appareil, avec une autre identité, mais sans message. Un autre visage apparaît. Et juste après, encore la même musique résonne, un nouveau visage apparaît sur cette boîte posée à côté de moi.  Puis plus rien. Trois sonneries, c’est l’intrigue, le mystère … du monde dans une boîte qui parle ? On dirait une sorte de téléphone.

Apeurée, intriguée de cette intrusion, je me sens regardée, écoutée par cette petite chose plate. Ne voulant pas montrer ma présence, ma libération, ou plus exactement ma résurrection, j’ai peur qu’on me voie à travers cet objet inconnu qui me filme peut-être ? Alors, je le prends et je le balance par la fenêtre ouverte donnant sur le jardin. Au même moment, une femme d’environ 20 ans passe, et étrangement, elle me ressemble. Elle reçoit l’appareil en pleine tempe, hurle de douleur, est déséquilibrée par surprise, chavire et se renverse sur le carré de jardin orné de fleurs roses, des bergénias magnifiques. Je fonce à la fenêtre et je la vois allongée sur le sol, inanimée. Comme c’est bizarre, cette ressemblance. Vite, je fais le tour par la porte-fenêtre, lui parle, la secoue. Rien ne se passe. Un coup de sang fait le tour de mon corps encore froid. Ça réchauffe mais tout de même… ça me panique. Elle ne bouge plus et elle saigne, sa tête a heurté la bordure en béton. Mon Dieu ! Qu’ai-je fait ? Elle ne respire plus, son pouls ne bat plus….

Je ne peux pas la laisser ici. Alors l’idée me prend de la tirer par les pieds et de la descendre à la cave, là d’où je viens. Je l’enfouis dans le congélateur. Un fusible est à portée de main, je le remplace pour remettre en route le courant et je me sauve à grandes enjambées. Je croise une passante qui m’inspecte de haut en bas en faisant la grimace. Je réalise qu’avec mon accoutrement de 1924, j’ai tout à perdre pour rester discrète. Alors je fais demi-tour à la maison, je fouille dans une armoire pour m’habiller avec les habits de France, je lui vole ses papiers… elle me ressemble tant ! Et je disparaîs pour une autre vie.

De Dominique

Je me sentais « bizarre », comme engourdi. Je me souvins que j’étais sorti de notre abri, emmitouflé dans un énorme manteau, mon visage masqué par le pull tricoté par ma mère. Un pull que je trouvais « moche » avec ses grandes rayures arc-en-ciel mais tellement chaud. Je voulais avertir Louis que la plaque de glace semblait se fissurer du côté gauche de notre igloo. Il me semblait que nous étions là depuis une éternité, alors qu’avec l’équipe de Louis nous étions arrivés voilà deux mois.

Le vent cinglait mon visage et mes membres. Il me tardait de pouvoir retourner dans notre lieu de vie, copie conforme d’un igloo géant grâce à l’aide de nos deux guides Adrien et Chayton. Louis était encore perché sur un monticule depuis ce matin et il avait creusé un trou dans la glace pour en extirper une nouvelle éprouvette d’eau car il s’était persuadé qu’on y découvrirait des cellules encore inconnues. J’avais beau avancer vers l’endroit où j’étais sûr de le trouver, je ne voyais rien d’autre que l’horizon couvert de neige et de glace.

Je pensais à l’équipe formée par ces jeunes intrépides ingénieurs des mines ; qu’il s’agisse de Jeanne Herbert qui étudiait la résistance des corps humains dans les milieux extrêmes et que je voyais sortir en petite chemise en chronométrant le temps qu’elle pouvait rester dehors sans faire de malaise. Ou Marcel Potin et son acolyte Suzanne Jeantoi, les inséparables, qui travaillaient sur le plancton et les courants marins.

Je marchais toujours au milieu d’une tempête qui s’était déchaînée soudainement. Je pensais aux parties de fous rires et d’échecs avec le commandant de bord Larde Kolson qui restait avec nous jusqu’à la fonte des glaces, et le cuisinier Robert Monfort … Je ne voyais rien à dix pas … Je commençais à m’inquiéter pour Louis et je me demandais ce que j’allais faire quand je vis une sorte de lueur qui clignotait. J’avançais encore quand je tombais nez à nez avec un groupe vêtu d’une bien drôle de manière. Des grosses vestes de couleur vive. Ils portaient tous d’énormes lunettes que je n’avais encore jamais vues. J’essayais de leur parler mais ils semblaient ne rien entendre. Je ne comprenais pas pourquoi ils étaient là. Notre équipe était la seule au pôle Nord. Ils me tournèrent carrément le dos. …Je tapais sur l’épaule de l’un d’eux qui me fit signe de regarder. J’étais stupéfait.

Sous mes yeux, je pouvais voir une forêt fossilisée. Je voulais poser des questions. Et bien que je ne reconnaisse personne, je les suivis dans leur baraquement. Étonnant ! Je ne connaissais pas la moitié du matériel qu’ils utilisaient et j’écoutais, voulant savoir ce qu’était cette forêt : « ces récentes découvertes nous montrent que ces organismes sont liés aux changements climatiques et environnementaux qui entraînent l’extinction de masse de la faune et de la flore… ».

On me tendit une bouteille dans un matériau souple et une sorte de bâton dans emballage malléable. Tous croquaient dans le leur : « pas mauvais ! ». Pendant cette pause, je leur demandais s’ils connaissaient mon équipe. Quand je leur dis que j’étais à la recherche de Louis, notre représentant de la «National Society North and Co » , ils se regardèrent et me demandèrent depuis combien de temps j’étais là : « Nous sommes arrivés il y a deux mois, le 2 avril 1902 ». Et c’est alors qu’interloqués, l’un d’eux me répondit «  mais nous sommes le 30 Mars 2050 » . Et je m’évanouis.

De Nicolas

Une jeune femme sort de 100 ans de congélation et découvre le monde nouveau…

Oooooh j’ai mal partout… le réveil est dur… mais enfin, il faut beau c’est l’essentiel. Mais où suis-je en fait ? Ah ? je reconnais, je vois la « Bonne mère » je suis toujours à Marseille… Ma ville !  Mais Oh que fait-il celui-là ?  Il avance sur une roue ? et l’autre, là ? il file sur deux roues sans forcer ? Eh attention ! il y en a un qui a failli me renverser en volant avec des hélices… mais bon sang où suis-je ? et que se passe-t-il dans cette ville ?

– Eh vous s’il vous plait Monsieur, je suis bien à Marseille ?

-Oui mais vous d’où venez-vous habillée comme vous l’êtes ? vous sortez d’une pièce de théâtre ?

-Non je sors d’un très long sommeil…

Je suis manifestement le long du Vieux Port, du côté de ce qui était il y a longtemps, la Mairie? Je vais voir si mon copain Marius y est toujours…  Je me dirige vers la Mairie que je vois sur ma gauche, mais je ne m’y reconnais plus… Il y a des grands véhicules énormes avec des hélices sur le toit et plus de voitures…Vite, entrons dans la Mairie pour me retrouver…

-Eh Mademoiselle que faites-vous là ? Vous ne pouvez pas entrer ! C’est interdit !

-Si si, je vais voir mon pote Marius, c’est le Maire…

-Ah Non, il n’y a pas de Maire Marius ici, allez circulez.

-Arrêtez cette galéjade ! je sais où je suis, j’étais la Maire adjointe…

-Vous vous arrêtez de suite ou j’appelle la Police !

-Mais Monsieur je connais mes droits, je sais que je peux y aller, c’est la maison du peuple ici!

-Ah ah ah Maison du peuple ! Vous plaisantez ! Il n’y a plus de maison du peuple… y a-t-il d’ailleurs encore un peuple à respecter ? Mademoiselle, je ne sais pas d’où vous venez avec votre accoutrement, mais sachez que maintenant, ici, à Marseille, comme dans toutes les villes du Monde, vous n’êtes plus libres d’aller où vous voulez… Avez-vous d’ailleurs votre passeport numérique mondial ?  Avez-vous votre QRCode vous permettant de circuler en ville ? Et êtes-vous en règle avec vos moyens de paiements numériques ? Montrez-moi votre smartphone.

-Mon quoi ?  Je ne comprends rien de ce que vous dites.

-Etes-vous en règle avec les nouveaux décrets du Gouvernement Mondial Sanitaire ?

-Mais monsieur, je ne comprends rien de ce que vous me demandez… Que se passe-t-il ici ?

-Mademoiselle, maintenant l’anarchie de la démocratie a enfin été éradiquée, et nous vivons beaucoup mieux. Nous n’avons plus rien, mais nous sommes heureux ! Nous sommes nourris industriellement, avec des larves pleines de vitamines, nous sommes logés dans des cages, ma foi assez confortables, dans lesquelles nous avons une fois par an l’autorisation de nous entremêler avec l’autre genre et nous sommes enfin libres de ne plus penser, de ne plus avoir d’envies, car nous sommes tous à la même enseigne. Grâce à notre gouvernement international de Davos, nous sommes enfin libres de ne plus être contraints à travailler dur pour vivre.

-Mais que dites-vous ? Je ne pige plus rien ! Excusez-moi, mais je me réveille d’un sommeil profond d’une centaine d’années…

-Oh mon pôvre… Vous êtes une ancienne femme, avec vos espoirs de bonheur, vos recherches de richesse, vos jalousies vis-à-vis des autres dont le champ est toujours plus vert… pôvre de vous…

-Nous étions libres au moins.

-Vous étiez libres de mourir, alors que nous sommes éternels, grâce aux pilules que nous donnent nos « maîtres » Nous ne connaissons plus la guerre ni la paix, nous sommes ! C’est tout ! Nous ne connaissons plus la jalousie, l’envie, la faim, la pauvreté, nous sommes tous égaux dans le monde en côtoyant les robots qui travaillent pour nous.

-Mais et la culture, la philosophie ?

-Quoi ? Vous parlez de quoi là ? Je ne comprends pas ? Je ne sais pas…

-Mais et l’humanité ?

-Arrêtez de parler de mots incompréhensibles… voire dangereux…

-Mais et l’humain ? La bonté ? La générosité ? L’amour ? Que sont-ils devenus ?

-Grâce à Davos, l’Intelligence artificielle et les transhumains, tout cela a disparu, je vous dis, nous sommes maintenant tous totalement égaux. Sauf, oui, à part quelques-uns qui sont sans doute plus égaux que nous…

-Vous vivez donc sans espoir, sans rêve, certes sans bagarres et sans mépris des autres ?

-Oui et cela fait un bien fou de pouvoir vivre tranquillement sans douleurs, on a à manger, on a nos heures de sommeil, une fois par mois on a droit à une heure de bonheur suprême avec l’autre genre, sans risque car les enfants sont maintenant tous clonés. Ils ont le bonheur de ne pas sortir du ventre de leur mère… ils viennent d’un tube qui leur apporte tout confort. Sans bruit, sans musique… Ils sont préparés pour être heureux.

-Quoi ? Oh Non ! Vous n’avez même plus le bonheur de la naissance ni de l’éducation ?

-Évidemment que NON ! Heureusement, nous sommes enfin évolués !

-OK je vois que l’on a dépassé Orwell… je m’en retourne dans ma congélation ! c’est trop atroce ici ! Allez Adieu !

De Francis

QUOI DE NEUF?  DOCTEUR!

Toute sa vie il l’a consacrée à la science. Sentant l’heure arriver, il a souhaité être cryogénisé et revenir dès que la science le permettrait. Le grand jour est arrivé, le voilà de nouveau parmi nous.

Aucune comparaison possible avec Hibernatus, il a pleine conscience de sa nouvelle vie et désire profiter au maximum des évolutions de la société. Il a conscience-que ce sera difficile et qu’il sera un cobaye, observé dans ses moindres mouvements, interrogé, sondé, accompagné, mesuré, testé etc. etc. Que de découvertes, que de surprises l’attendent. Nombreux seront ceux qui voudront écrire une thèse sur son cas. 

Des machines, des machines, scintillent, sifflent, s’allument, s’éteignent. Il ouvre les yeux sur un lit dans un local qu’il croit reconnaître comme la chambre d’un hôpital. Un vacarme épouvantable lui fait saigner les tympans. Il est entouré d’une armée d’hommes et de femmes en blouse blanche, un masque sur la bouche. Pourquoi se cachent-ils le visage?

Il est conscient, il réfléchit et commence à réaliser qu’il est revenu à la vie et qu’il va plonger dans un futur qu’il n’aura jamais imaginé.

L’homme se sent comme un étranger dans ce monde qu’il a déjà connu. Les merveilles technologiques qui l’entourent lui semblent à la fois fascinantes et effrayantes. Il va falloir redéfinir sa propre existence dans ce milieu en constante évolution et découvrir les progrès réalisés depuis son départ dans tous les domaines : la médecine, les communications, les transports.

Sur le moment, il est effrayé. Tout lui semble irréel. Les visages familiers ont disparu, remplacés par des inconnus. Malgré sa surprise et son désarroi, l’homme réalise peu à peu qu’il a une chance unique de repartir de zéro, de se réinventer dans ce nouveau monde qui s’offre à lui. Un comité éthique s’est réuni et a fini par décider que le revenant conserverait son titre de professeur. Il lui aura fallu quelque temps pour ne pas confondre qui est qui, faire connaissance de ses descendants, oubliant le passé et retrouver en eux les disparus.

Déterminé à s’adapter, il se lance dans un voyage de découverte et d’apprentissage. Il observe attentivement les interactions sociales, les mouvements sociaux, les normes culturelles les avancées scientifiques, l’urbanisme des villes, mais comment aborder toutes ces évolutions sans se brûler les ailes, toute une vie ne suffira pas.

Chaque jour, il est confronté à Internet, aux médias sociaux. Mon dieu, que cela lui paraît compliqué. C’est le règne du savoir, de la tromperie, de l’hypocrisie, de la méchanceté facile. Ça bouillonne dans sa tête. Que faire, quoi faire, mille questions, mille appréhensions. Il se décourage, reprend des forces. Il repart. Les bases, qu’il croyait intangibles, la famille, le mariage, le travail, la religion la diversité culturelle, les modes de vie ont changé, l’égalité homme femme, la sexualité tout a changé. C’est vertigineux.

Dommage que la famille se soit dispersée, que le respect des anciens, de la hiérarchie dans la société ne soient plus, le rythme de vie est devenu infernal, rien ne se fait sans l’ombre de la politique. Il découvre que l’exploration de l’espace a commencé, que l’astronomie a fait de gigantesques progrès et élargi notre compréhension de l’univers.

Malgré tout, il veut vivre, s’intégrer, avoir de nouveau une famille et des enfants. Au fil de son périple, il réalise cependant que même si ces visages ont changé et que les paysages sont différents, l’essence de l’humanité reste inchangée et lui laisse entrevoir une lueur d’espoir dans ce monde en perpétuelle mutation. Avec détermination et ouverture d’esprit, il embrasse ce nouveau chapitre de sa nouvelle vie, prêt à relever les défis et à profiter des opportunités que l’avenir lui réserve.

De Sylvie C

Les ailes de la passion

« Des ailes et des femmes », rubrique du journal du 24 mars 1924

Hélène a-t-elle perdue ses ailes ?

C’est vendredi à 15H10 (GMT) que l’aviatrice Hélène Dubland a quitté Mendoza en Argentine pour rejoindre Santiago au Chili. Les hauts sommets des Andes, balayés par les vents, ont-ils arrachés les ailes de la célèbre aviatrice ?

Hélène Dubland est née en 1892. Elle est une des premières femmes à obtenir son brevet de pilote en 1910. Petite fille, elle se passionnait pour la lecture des récits de voyage de Jules Verne et rêvait d’aventure et de pays lointains. Pendant la guerre, l’administration lui a refusé de voler au côté des pilotes parce que ce n’était pas la place des femmes. Après le conflit, c’est avec une volonté féroce qu’elle a enchaîné les défis. Après avoir traversé la Manche, c’est la montagne qu’elle voulait survoler.

Journal Sciences et espaces du 28 mars 2024

Incroyable découverte au cœur d’un glacier de la Cordillère des Andes. La résurrection d’Hélène Dubland !

En octobre dernier, une équipe de scientifiques a retrouvé un corps congelé au cœur d’un glacier de la Cordillère des Andes. Dans le plus grand secret, le bloc de glace contenant le corps qui semblait très bien conservé, a été ramené au sein du plus grand centre militaire de recherches scientifiques et spatiales aux Etats-Unis.

Les scientifiques ont réalisé l’inimaginable. Ils ont ramené à la vie le corps découvert dans les Andes. Il s’agit d’Hélène Dubland, une des premières femmes aviatrice de l’histoire. Grande aventurière, que va-t-elle penser du monde d’aujourd’hui ? Nous avons hâte de la rencontrer et de lui demander son avis.

Centre militaire de recherches scientifiques et spatiales

Consultation avec le docteur Johns le 16 janvier 2024

« Bonjour Hélène. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

  • Je me sens engourdie. Vous m’avez dit hier de ne pas m’inquiéter de tous ces tuyaux auxquels je suis branchée, j’ai bien compris que cet hôpital était spécial. Mais je ne reconnais pas le matériel. Pouvez-vous m’enlever tout ça ? Je voudrais me lever ? Avez-vous pu joindre mon mari ? J’aimerais le voir ?
  • Hélène, quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ?
  • J’étais dans l’avion, tout se passait bien et puis le vent a commencé à nous ballotter moi et mon coucou. Le vol au-dessus de cette montagne devenait dangereux. J’ai vu cet espace sur la glace, je n’ai pas trop réfléchi et je me suis posée en pensant redécoller quand ce serait plus calme. Je me souviens avoir touché le sol. J’ai voulu sortir de l’avion pour voir si tout était en ordre, le vent était glacial, j’ai eu l’impression que j’étais prise dans un étau et puis plus rien. Comment m’avez-vous retrouvée ?
  • Une expédition scientifique vous a trouvée, il y a quelques mois.
  • Quelques mois ? »

Une sonnerie retentit.

« Excusez-moi, je dois répondre. »

Le docteur Johns, machinalement, saisit son smartphone et répond à son interlocuteur tout en s’éloignant. Hélène le regarde, surprise. Il est drôle ce médecin qui se met à parler dans une sorte de boite à sardines toute plate. Il revient, accompagné d’une femme qui porte aussi une blouse blanche. Le médecin lui avait déjà paru un peu bizarre. Il était différent des médecins qu’elle avait côtoyée pendant les combats. Mais cette femme, souriante, ressemblait à une déesse. Elle était grande, avec de longs cheveux châtain clair qui retombaient en boucles souples sur ses épaules. Et elle irradiait d’assurance, elle lui plaisait bien cette infirmière.

« Hélène, je vous présente Virginia, notre psychologue. Nous devons vous parler.

  • Que vient-elle faire ? J’ai eu un petit incident avec la météo mais je vais bien. Le prochain vol sera le bon. Je vais franchir cette montagne avec mon Caudron G-III !
  • Hélène, quand je vous ai dit que nous vous avons retrouvée il y a quelques mois, c’est vrai. Mais, je ne vous ai pas dit tout dit. En réalité, vous avez disparu depuis beaucoup plus longtemps.
  • Ça veut dire quoi plus longtemps ?
  • Hélène, cela va être un choc pour vous. Nous sommes en 2024. »

 Le docteur Johns a dit cette phrase avec beaucoup de douceur. Il ne sait pas comment cette femme audacieuse va réagir, mais il ne s’attendait certainement pas à ça. Hélène éclate de rire.

« Vous avez beaucoup d’humour Docteur ! Bon maintenant, je voudrais me lever, donnez-moi mes vêtements et je voudrais rentrer chez moi, voir mon mari et retrouver mon avion.

  • Hélène, cela ne va pas être possible. Vous êtes restée coincée dans les glaces de la Cordillère des Andes pendant toutes ces années. Je comprends le choc que vous venez d’avoir. Virginia va prendre le temps de répondre à vos questions. »

Hélène est interloquée. Elle regarde Virginia. Mais le regard profond de celle-ci semble conforter les dires du médecin. Une larme pointe aux bords des cils, elle réalise qu’elle ne pourra pas revoir son mari.

« Et mon avion ?

  • Votre avion n’est plus en état de voler, mais vous imaginez que l’aviation a beaucoup évolué. »

Les yeux d’Hélène brillent d’une lueur d’espoir. Elle va pouvoir voler à nouveau.

« J’aimerais aller voir les avions. »

Après plusieurs semaines de rééducation physique et un accompagnement pour la préparer à cette nouvelle vie de science-fiction, Hélène est enfin autorisée à faire une sortie. Elle a été inondée de beaucoup trop d’informations depuis cette fameuse discussion. Elle n’a pas tout retenu. Mais elle a vu des photos de la Terre, prises par Thomas Pesquet. Et depuis, elle n’a qu’une chose en tête devenir astronaute. Si le destin l’a amenée jusqu’ici, c’était pour qu’elle puisse vivre l’inimaginable en 1924, voyager dans l’Espace. Et pourquoi pas, être la première femme à aller sur Mars.

Hélène a retrouvé ses ailes.

De Marie-Josée

La belle des neiges

Amélie s’approcha du chalet. Elle reconnut tout de suite le sapin que son père avait planté à sa naissance, même s’il était bien plus grand à présent. La nuit était tombée et elle distingua, à travers la fenêtre éclairée, des silhouettes assises autour d’une table. Des sons lui parvenaient, mais elle ne réussit pas à comprendre ce qui se disait. Mais qui étaient ces gens? Que faisaient-ils chez elle ? Ses vêtements mouillés accentuaient la sensation de froid qui l’envahissait et la vue des flammes qui dansaient dans la cheminée à l’intérieur eut raison de son appréhension.

D’une main tremblante, elle toqua à la porte et retint son souffle. Les habitants du chalet semblaient n’avoir rien entendu. Elle toqua une deuxième fois de toutes ses forces, les voix se turent et la porte s’ouvrit. Un grand gaillard se tint devant elle, le visage écarlate sans doute à cause du soleil qui avait brillé intensément toute la journée.

—Bonsoir, murmura-t-elle, désolée de vous déranger, mais je suis un peu perdue.

Une jeune femme rousse vint les rejoindre et à la vue d’Amélie, s’exclama :

—Ma pauvre, vous avez l’air transie. Entrez, venez vous réchauffer.

Amélie fit quelques pas et se retrouva au milieu de la pièce. Elle n’en croyait pas ses yeux, tout avait été transformé. Les autres convives la regardèrent d’un air éberlué et elle-même fut étonnée par leur accoutrement. Son lourd manteau, son ample jupe noire et son corsage gris juraient avec les pantalons et les chandails multicolores de ces dames. Ses cheveux tressés et sa coiffe en dentelle ne semblaient plus être en adéquation. Voyant ses vêtements mouillés, Annabelle l’entraîna dans la salle de bains et lui expliqua le fonctionnement de la douche et quand l’eau chaude coula sur sa peau, elle s’extasia. Elle hésita à enfiler le pantalon, cela ne lui paraissait pas très convenable, mais son hôte n’avait pas de jupe ni de robe à lui proposer. Les matières et les textures lui parurent pour le moins bizarres, mais ils étaient confortables et quand elle se vit dans le miroir, elle poussa un petit cri. Elle osa à peine sortir, mais la faim et la soif eurent raison de sa gêne et lorsqu’elle rejoignit les autres, plus rien ne la différenciait.

Ils l’invitèrent à partager leur repas, la profusion de nourriture et de boisson la laissait pantoise, elle qui n’avait connu qu’une soupe et un quignon de pain en guise de repas du soir ! Elle jeta des regards ébahis autour d’elle et goûta à tout ce qui se trouvait sur la table.

Annabelle lui expliqua qu’ils avaient loué ce chalet pour une semaine de vacances à la neige et qu’ils étaient des skieurs chevronnés. Elle s’était endormie à l’époque des sabots et des skis en bois et voilà que snowboard, téléphériques et autres engins aux formes bizarres avaient envahi ses montagnes. Encore sonnée, elle réalisait à peine ce qui lui arrivait. Elle se souvint qu’une avalanche l’avait emportée et ensevelie sous un épais manteau blanc. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée prisonnière de la neige et du froid.

Elle fut bombardée de questions auxquelles elle répondit avec tellement de sincérité que les habitants du chalet finirent par croire à son histoire extraordinaire.

—Encore une preuve du réchauffement climatique, s’exclama Annabelle, demain, je publierai votre histoire sur les réseaux sociaux, vous allez devenir une célébrité. Je vois déjà les gros titres dans les journaux, à la télé « L’incroyable histoire d’Amélie, la belle des neiges. »

—Excusez-moi, je ne sais pas de quoi vous parlez, répondit-elle.

–Bien sûr, vous ne pouvez pas être au courant, vous avez zappé plus de 100 ans. Nous allons tout vous expliquer.

Ils lui firent découvrir tout ce qu’elle ne connaissait pas : la télévision, les portables, les villes avec les gratte-ciel, les autoroutes, les centres commerciaux, les aéroports, les TGV. Elle avait déjà expérimenté l’eau courante et l’électricité, mais la découverte de tous les appareils électro-ménager qui faisaient le travail tout seul lui donnèrent le tournis.

—Qu’est-ce que vous devez être heureux, s’exclama-t-elle. Je me suis réveillée au paradis.

—Le paradis, pas vraiment, lui répondit le grand gaillard. Tout n’est pas or qui brille. Nous avons, certes, beaucoup de confort matériel, mais tout ceci a un prix et le prix à payer est de plus en plus cher pour avoir et entretenir toutes ces choses.

—Sans compter toutes les nuisances que ce soi-disant confort génère, renchérit Annabelle, l’écologiste.

Chacun y allait du sien, tous les maux de la société actuelle furent passés au crible. Les migrants, la violence urbaine, le délabrement des écoles, les guerres, la faim et la misère chez nous, mais aussi dans le monde. Amélie écoutait bouche bée et découvrait avec stupeur qu’on pouvait échanger avec le monde entier et ignorer les personnes qui sont à côté de vous. Ils lui relatèrent également les immenses progrès de la médecine, l’espérance de vie grandissante, et à ce propos, être enseveli pendant plus de 100 ans et revenir à la vie deviendrait certainement un sujet passionnant à étudier pour les scientifiques.

Amélie avait la tête qui tournait, était-ce à cause du vin ou de toutes ces informations qu’elle avait du mal à intégrer ? Elle avait bel et bien changé d’époque, elle avait perdu tous ses repères, décidemment ce monde ne lui convenait pas et elle s’endormit avec plus de questions que de réponses.

Le lendemain matin, les habitants du chalet se réveillèrent avec une gueule de bois monstre. La soirée avait été longue et arrosée et lorsqu’ils se retrouvèrent au petit-déjeuner, ils avaient du mal à remettre leurs idées à l’endroit. Ils discutèrent des modalités à mettre en place pour diffuser l’incroyable histoire d’Amélie et c’est à cet instant qu’ils se rendirent compte qu’elle n’était pas venue les rejoindre.

Annabelle se précipita dans la chambre d’Amélie et elle ne trouva que les vêtements prêtés soigneusement pliés, mais plus aucune trace de la visiteuse. Elle était furieuse. Envolé son rêve de faire le buzz sur Internet, Amélie n’était probablement qu’une SDF en quête d’un lit et d’un bon repas pour la nuit. Elle avait inventé cette histoire abracadabrantesque pour s’attirer leur sympathie et ils étaient tout simplement tombés dans le panneau, elle s’était bien payé leur tête.

De Pierre

Après un passage pluvieux, le soleil était de retour. Il inondait de sa clarté la pièce dans laquelle je me trouvais. Je venais de m’éveiller, allongé dans un grand lit tout blanc. Subitement, j’ouvris les yeux et je vis là à mon chevet plusieurs personnes, médecins, infirmiers, qui me scrutaient, attentifs à mon éveil. Le plus âgé d’entre eux, sans doute le médecin du service, s’approcha de moi et me parla d’une fois très douce : 

—Bonjour sur cette terre, Albert, nous sommes en 2024, vous êtes un rescapé, dirais-je « de l’Au-Delà », vous avez dormi pendant un siècle, c’est incroyable et vous voilà revenu parmi nous, les vivants.

Je ne pouvais lui parler, encore inconscient, ne comprenant rien à tout cela, mais craignant d’être avec des fous. Mais je compris très vite que j’étais bien à l’hôpital après un long voyage.

—Ce qui est incroyable, reprit le médecin, c’est que vous n’avez pas vieilli d’un pouce, votre état général est resté tel qu’il était il y a cent ans ; vous avez, sans le vouloir fait un pied de nez à la science et à ses convictions. Nous allons vous laisser vous reposer et reviendrons un peu plus tard.

—Me reposer alors que j’ai dormi pendant cent ans !  Expliquez-moi, qu’attendez-vous de moi ? dis-je sur un ton un peu péremptoire.

—Je repasse vous voir plus tard ; nous ferons le point de la situation en attendant, essayez de vous réadapter, de marcher un peu, mais surtout ne forcez pas, vous êtes encore très fragile.

Je m’appelle Albert, je m’en souviens maintenant, en 1924 il y a un siècle, j’étais peintre en bâtiment et je travaillais en extérieur sur des façades d’immeubles à Paris. A cette époque, j’avais vingt ans. Un jour, je fis une chute de quinze mètres pour atterrir sur une surface bétonnée. Je fus déclaré comme mort mais grâce à certains indices, le corps médical admit que j’étais encore vivant dans le coma et que ce coma dura un siècle !

Un siècle dans le brouillard pensais-je, le monde a dû changer. J’ai demandé à l’infirmière qui s’occupait de moi de m’expliquer ce qu’était cette grande boite noire rectangulaire accrochée au mur et elle me répondit qu’il s’agissait d’un téléviseur. Je ne comprenais rien, j’étais effrayé. Elle mit en route la boîte et je vis défiler des images et entendis des sons !! ——Nous sommes en deux mille vingt-quatre, me dit-elle et j’avais sans m’en rendre compte franchi le cap du troisième millénaire après ce long voyage. Devant l’écran mural allumé je suis resté plusieurs heures à découvrir un monde nouveau, pour moi, avec des progrès incroyables, mais un monde aussi violent et brutal que celui que j’avais connu, voire plus.

L’infirmière, vint me revoir, m’apporta mon repas et me demanda si je m’habituais à cette vie renouvelée.   

—Je ne sais pas, je vous dirai çà plus tard, lui dis-je en plaisantant un peu.

—Je vous aiderai à vous réadapter, me dit-elle en souriant.

Le lendemain, le médecin de service revint accompagné d’un personnage à priori aussi du monde médical, un homme âgé, de petite taille, un peu bossu.

—Bonjour jeune homme, me dit-il, je vois que vous êtes en forme et que vous vous remettez rapidement. Il faut que je vous parle de choses sérieuses qui vous concernent et qui concernent aussi la science. Je m’appelle Jérémie Rabin, en abrégé « JR », voilà dit-il, je dirige une institution internationale à vocation médicale et scientifique, qui a pour objectif de donner à la science les moyens nécessaires pour repousser le vieillissement humain dans des conditions optimales, en clair de vaincre la mort. C’est un vaste programme qui a des enjeux considérables partout dans le monde. Ce projet repose sur l’intelligence artificielle, ça ne vous dit rien, je pense, mais aussi et surtout sur les êtres humains comme vous !

—Et alors, dit Albert, en quoi suis-je concerné ! J’ai dormi cent ans, maintenant laissez-moi tranquille…

—Je comprends votre agacement jeune homme, dit « JR », mais j’insiste, vous avez bien plus d’un siècle d’âge, mais en réalité vous êtes resté tel que vous étiez lors de votre terrible accident. Nous nous sommes intéressés à votre cas et grâce à la technologie actuelle, ce mot ne vous dit rien, je pense, et avec nos moyens nous avons pu rester en contact permanent avec vous durant ces années de sommeil. Nous avons pu déceler quatre cas identiques au vôtre dans différents pays et tous se portent bien.

—Bon c’est gentil tout ça, dit Albert mais qu’est-ce que je deviens ?

Une petite sonnerie retentit. « JR » sortit de sa blouse une petite boite noire et se mit à parler. Albert n’en revenait pas, c’était quoi ce truc lui, demanda-t-il.

—Mais c’est un téléphone portable. Tout le monde en a un et vous aurez le vôtre, bientôt.

Après un entretien avec de hautes personnalités du monde scientifique, Albert fut transféré en région Parisienne, accompagné d’une psychologue, Martine de son prénom.

—Je vois bien votre inquiétude face à toutes ces nouveautés mais je suis avec vous pour vous aider, lui dit Martine. Nous allons à Paris en ambulance. Vous aurez durant le voyage le temps de découvrir ce monde nouveau.

Inquiet mais aussi avide de découvrir le monde dans lequel il devait vivre, Albert, confortablement installé dans une grosse voiture silencieuse roulant sur des routes incroyablement larges, découvrait plein de choses inconnues pour lui, qui venaient d’un autre monde, celui de l’après-guerre, la Première, la grande, une ignoble boucherie avec des millions de morts et des gens marqués à vie. Ici tout semblait riche, opulent, mais Martine lui dit que malheureusement misères et guerres étaient toujours présentes en deux mille vint quatre comme il y a cent ans. 

Arrivé à Paris, Albert reconnut certains quartiers. Il constata des changements dans l’habillement des gens avec par exemple la plupart des femmes en pantalon, beaucoup de voitures et taxis dans les rues, dans le ciel de gros avions volant silencieusement, des gens à moto et à bicyclette, ils étaient nombreux,  et bien entendu les petites boîtes noires collées aux oreilles des passants comme le médecin lui avait expliqué, mais le Paris de son enfance était toujours là, avec la tour Eiffel veillant sur le peuple de la capitale ainsi que la Seine, fleuve tranquille avec ses péniches. Albert était rassuré, Paris sa ville, vivait encore.

De Manuela

Je cherche sur la batterie le nom de Théo REVOLOR. Il serait grand temps qu’il refasse les étiquettes.

—Bonjour, Mr Théo REVALOR ? Je suis l’inspecteur Ivanoff – brigade de Bordeaux – service des disparus.

—Chérie, dépêche-toi, il y a les flics en bas. Range tout et fais fiça.

—Je vous ouvre, 8ème étage, porte 82. Prenez les escaliers, l’ascenseur est en panne.

La montée est longue et fatigante. 8 étages sans ascenseur.

Ça frappe à la porte. Théo l’ouvre. Un homme élégant se présente, essoufflé.

—C’est pourquoi, ta visite ?

—Je dois vous parler.

Théo regarde dans le couloir, personne apparemment ne nous observe, regarde à nouveau à droite puis à gauche. Il me prend par la manche et m’introduit brusquement dans l’appartement. Il claque violemment la porte d’entrée, porte blindée bien-sûr.

—Bon, de quoi tu veux me causer ?

—Un homme de type européen, 30/35 ans approximativement a été retrouvé en haut de l’Himalaya, suite à de nombreuses fontes des glaces. Des crevasses sont apparues, dont une avec cet homme au fond, recouvert de neige et congelé.

—Ha ! mourir congeler, c’est drôle. Le pauvre mec, ça me fait froid dans le dos. Ça ne me dit rien, pourquoi t’es là?

Il va et vient du canapé à la fenêtre du salon, il observe la rue, il observe le quartier puis vient s’assoir en face de moi. Il semble inquiet.

—Je suis venu vous voir car votre ADN et celui de l’homme congelé certes, mais toujours vivant, sont identiques. Donc, cet individu est de votre famille. Avez-vous eu connaissance d’une disparition dans votre entourage proche, qui aurait eu lieu vers les années 1850 ?

Il se lève… marche dans l’appartement. Il prend sa tête dans ses mains, repart d’un pas très rapide. J’attends car avec cette attitude, je sens qu’il a des choses intéressante à me dévoiler. Dix minutes passent… il se rassied. Un nouveau blanc, il se lance.

—Une histoire circule dans ma famille paternelle – peu de monde y croyait à cette histoire loufoque, peu vraisemblable.  Un de mes ancêtres s’rait parti dans les hautes montagnes, et qu’il s’rait jamais revenu !

—Avez-vous jeune homme, une idée sur la date de sa disparition ?

—Non, pas vraiment, mais c’est vieux c’est sûr ! On n’avait pas de photos de lui mais il a fait un joli bazar dans la famille : plus de sous, on a tout paumé à cause de ce vieil imbécile : la maison et les terres avoisinantes. Sa femme est morte de chagrin, laissant derrière lui de nombreux orphelins. Il était pourri ce mec, un aventurier raté qui ne pensait qu’à lui, d’après c’que j’en sais.

—Vous n’avez jamais fait des recherches ?

—Avec quel pognon on aurait bien pu faire ça ?

—Nous, de notre côté, avons fait de nombreuses investigation.  Une seule conclusion, cet homme est votre ancêtre. Nous allons rapidement programmer une rencontre.

—Une rencontre, pas d’accord. Il nous a abandonnés, mis dans la mouïse, si vous voyez c’que j’veux dire ? Je ne ferais rien en retour pour lui.

—Cet homme est encore très fragile. Nous allons louer une habitation à la campagne. Vous y serez au calme, à l’aise et bien tranquille.

—A l’aise à la campagne, tu rigoles ? J’ai pas envie de m’embêter au fond des bois.

Je sens qu’il va finir par craquer et qu’il va bientôt accepter la rencontre.

—Pour ne pas perturber votre aïeul, il n’y aura pas d’électricité, pas de chauffage – comme on est à la fin du printemps, vous n’en aurez pas besoin – pas de télévision ni de téléphone portable, encore moins d’internet. Nous referons un point la semaine précédant votre installation.

—T’es sourd le vieux, je m’en fiche de ce glaçon !

—Je viens d’avoir un appel de mon bureau. Je vous laisse quelques instants. Puis-je prendre possession de votre balcon pour ne pas vous déranger ?

A mon retour, je lui annonce la mauvaise nouvelle : Mr Marcel Le Chevalier est mort.

—Chouette, plus besoin de gérer ce problème. Il aura pas le loisir de stresser en voyant ce que nous avons fait à la planète : changement climatique, sècheresse, montée des eaux, fonte des glaces.

—Vous oubliez, Théo, la guerre Russie/Ukraine, la guerre Israël/Amas et toutes les autres dont on ne parle presque plus.

—Parlons aussi Mr l’inspecteur dont j’ai oublié le nom, du racisme, du Sida, de la Covid, de la baisse du pouvoir d’achat des ouvriers et l’enrichissement des patrons. La liste est longue, n’oublions pas les étudiants sans le sou, les Restos du Cœur sans aucune nourriture à donner au bout de trois mois. Pensons aussi aux excès d’alcool, à la drogue, aux attaques dans les banlieues avec armes blanches ou armes à feu, le bruit incessant de la ville, la pollution.

—Nous vivons une époque formidable que Marcel aurait eu du mal à accepter. Sur ce, je vous quitte, prenez ma carte de visite. J’ai inscrit au dos l’adresse de l’hôpital où se trouve votre ancêtre, si ça vous intéresse…

—Au revoir Théo.

Poème d’Elisa Mercœur, « Rêverie », proposé par Françoise T

Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie,
Si l’on doit en aimant épuiser tout son cœur,
Et doucement penché sur la coupe remplie,
Si l’on doit y goûter le nectar du bonheur.

Est-il besoin toujours qu’on achève l’année ?
Le souffle d’aujourd’hui flétrit la fleur d’hier ;
Je ne veux pas de rose inodore et fanée ;
C’est assez d’un printemps, je ne veux pas d’hiver.

Une heure vaut un siècle alors qu’elle est passée ;
Mais l’ombre n’est jamais une sœur du matin.
Je veux me reposer avant d’être lassée ;
Je ne veux qu’essayer quelques pas du chemin.

Poème de Germaine de Staël, « Le salut du revenant », proposé par Françoise T

Sur le haut de la tour antique
S’élève l’ombre du guerrier,
Et sa voix sombre et prophétique
Salue ainsi le frêle nautonier.

« Voyez, dit-il, dans ma vive jeunesse,
Ce bras était puissant, ce cœur fut indompté ;
Et tour à tour j’ai savouré l’ivresse
Des festins, de la gloire, et de la volupté.

« La guerre a consumé la moitié de ma vie ;
Pendant l’autre moitié, j’ai cherché le repos.
N’importe, passager, satisfais ton envie,
Hâte ta barque et fends les flots. »

Pâques est là…déjà..? Noël paraît si loin.. le temps a passé si vite…La météo plus que maussade en France ne m’empêche pas de vous souhaiter de très belles fêtes de PAQUES! 

N’abusez pas du chocolat, ne faites pas comme moi! La météo déprimante m’oblige à compenser…Alors, je me venge sur les petites fritures en chocolat noir de Pâques! 

Comme on le dit, le soleil brille à l’intérieur de nos coeurs…à défaut de briller dehors! Il y aura forcément des jours meilleurs…

Je ne peux imaginer que ce temps pourri dure une éternité…

5 mois de pluie dans ma région, du jamais vu, mais ça suffit! 

Au lieu de me transformer en Hibernatus, je vais me transformer en fontaine en chocolat! 

Profitez bien de la fin de semaine en famille. Pour moi, ce sera avec des amis qui sont seuls pour Pâques. Avec un bon magret de canard à l’horizon pour dimanche…

Crédit photo: cybercartes.com

Crédit photo: linternaute.com

Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien, prenez soin de vous et célébrons ensemble l’esprit de paix de Pâques.

Créativement vôtre,


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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