Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture. 

De Jean-Michel

Quand on m’a demandé au pied de la lettre, d’écrire cette histoire, j’ai trouvé ça casse-pied. J’ai beau obéir au pied levé, je me méfie toujours, ne voulant pas mettre les pieds dans le plat. J’ai voulu prendre la porte, mais elle était fermée… Pas moyen de l’ouvrir, même avec un pied de biche ! Pourtant, je ne vivais que dans un pied-à-terre. J’aurais voulu rentrer chez moi… En effet, j’aime bien faire le coq en portant un tissu en pied-de-poule…. Mais je ne pouvais pas appuyer sur le champignon…même pas un pied-de-mouton.

Alors, je décidai de prendre tout le monde à contrepied, en m’enfilant un pieds de veau pour mon petit déjeuner !

De Brigitte

La nef


Arrivée au crépuscule, la nef affala ses voiles dans le mouillage de la baie des Cochons, les hommes, harassés par des jours de batailles ensanglantées pied à pied, d’assauts menés tambour battant à piller les bateaux croisés en mer, ils attendaient à présent le partage du butin. Chacun avait droit à ces trésors selon la mesure du pied de l’époque, et l’on garda la locution populaire : prendre son pied… de butin.

Le capitaine, un corsaire aguerri, arborait une mine de cent pieds de long car l’affaire n’était pas simple avec ses hommes rustiques, jaloux et volontiers violents entre eux, sa voix envoyait des ordres aux trois mousses du bateau qui filaient sans attendre dans les cales pour remonter des coffres remplis de ces trésors.  Chacun devait être traité sur le même pied d’égalité, car il s’agissait pour tous d’être payé de leur rôle à bord de l’Atalante.
Le capitaine à pied d’oeuvre ouvrit le premier des trois coffres avec un pied de biche, car les clés avaient été volées au cours du voyage.

Les hommes qui pourtant ne pouvaient plus mettre un pied devant l’autre tant la fatigue des derniers jours était grande, s’assemblaient pourtant par grappes, et se poussant pour mieux voir en criant et s’invectivant. Le capitaine, peu farouche, jeta au milieu d’eux en ricanant, une bourse sonnante de sequins qui s’éparpilla à leurs pieds, tous se jetèrent ensemble dans la mêlée pour attraper les pièces tant espérées, aussitôt prises aussitôt cachées dans leur ceinturon. Les moins chanceux roulaient de yeux avides vers le coffre, où des poignards luisants de pierreries et d’or attendaient d’autres mains pour d’autres sinistres besognes.

Le plus jeune des pirates fit des pieds et des mains pour arracher au plus vieux l’une de ces dagues incrustées de nacre dont la lame recourbée vous envoie six pieds sous terre en moins d’une seconde. Le capitaine, une bague à chaque doigt, se grattait la barbe en ricanant du spectacle qu’offraient ses hommes avides de richesse terrestres et de leurs pauvres gloires. Tout cela était vil, il le savait, mais son pouvoir sur ces hommes était à ce prix.

De Daniel

Il était là à pied d’œuvre, au pied de la scène, à contempler le soleil levant. Il avait été athlète et maintenant poète, par la force des choses, toujours bon pied bon œil, il avançait d’un pas serein dans son monde imaginaire. Il avait posé un pied devant l’autre, et petit à petit il avait su toucher le coeur des gens.

A pied du précipice, il rencontrait son passé, conscient que son futur était son présent. Jeune poète atypique, de 56 ans, le Slam c’était vraiment le pied, le graal. La poésie, comme il avait coeur à le dire, lui avait sauvé la vie. En ce mois de mai 2021, il s’était trouvé, au pied du mur, face à son destin, qui, perfide lui barrait le chemin. Il avait pourtant demandé à l’univers de lui épargner toute cette souffrance, le film de sa vie avait un goût d’inachevé. Il pensait réellement mourir à cette époque, la maladie l’avait vaincu.

Et trois ans plus tard toujours debout, il était heureux. Les mots, les pieds, les vers étaient venus, la souffrance et les maux avaient passé. Il ajusta le pied de son micro et sourit. Somme toute, sa vie n’avait pas été banale.

Pourtant, tout avait bien commencé, à l’âge où le corps change, la passion pour l’aviron l’avait mordu, il avait trouvé chaussure à son pied. Rameur de talent, il avait gravi les marches du podium. Atteint du syndrome de Mac Leod, sa vie avait basculé.

Devenez qui vous êtes

Sans victoire ni défaite

Impétueux et conscient

Que rien n’est important

Ordinaire et sensible

En route vers l’impossible

Devenant un après

Qui surprend et renaît

Cet espoir incompris

Qui glorifie ma vie

Cette musique sans fausse note

Malgré le bruit de vos bottes

Nous voici maintenant

Arrivé autrement

La tête dans la poussière

Au passé pas très fiers.

De Louisiane

Une retraite paisible

Victor et Valentine avaient acheté une île dans la baie du Morbihan, le rêve de toute une vie ! Oh ! Une île ! Un îlot sur lequel on accédait à marée basse à pied sec. Il fallait juste bien connaître l’heure des marées.

Cet îlot était parfaitement rond, au nord une plage, plutôt une plagette de sable fin sur laquelle ils pouvaient étendre côte à côte deux serviettes aux motifs pied de poule noir et blanc pour Valentine, et pied de coq blanc et noir pour Victor, au sud quelques rochers pour y pêcher de quoi cuire un petit apéritif. A l’ouest et au loin l’océan. Par temps clair on pouvait à l’est apercevoir l’île aux Moines. A marée haute, nulle part on avait pied.

Valentine nageait comme un pied. Tous les matins de mai à septembre elle faisait le tour de l’île à la brasse, accompagnée de Victor qui ne l’aurait jamais laissée seule. Ils apercevaient leur petite maison aux volets noirs, plantée au milieu de l’îlot, orientée sud. Cette maison était leur bonheur.

Ils n’avaient pas pu avoir d’enfant, et n’avaient pas voulu en adopter, la vie leur avait fait ce vilain pied de nez auquel ils avaient répondu par la construction de cette maison qui avait pour nom « Pied à terre », écrit en noir sur la boîte aux lettres blanche plantée sur le continent et gravé sur le fronton de granit surmonté d’une marquise d’ardoise à l’entrée de leur maison. Tout autour de leur abri, du gazon anglais avait pris pied. Et lorsque Victor faisait sa gymnastique quotidienne les pieds aux murs, il apercevait ses massifs d’hortensias bleus à l’envers, et cette vue le ravissait.

Sous le pin parasol d’une belle taille poussaient quelques bolets qu’il détruisait à coups de pied avant que Valentine ne vienne les cueillir. Il détestait ses omelettes aux champignons. C’était le seul reproche que Valentine pouvait lui faire tant ils étaient heureux de profiter de leur retraite à « Pied à terre ».

De Catherine S

Des patients, j’en ai vu défiler de toutes sortes dans mon cabinet avec pour tout bagage un mal être pesant et une nervosité palpable à l’œil nu. Pousser la porte d’un thérapeute demande du courage et présage d’un travail douloureux sur soi. On fait parfois de belles rencontres, de celles qu’on aimerait prolonger en dehors du cadre professionnel, mais cela est contraire à la déontologie.

J’avais croisé à plusieurs reprises devant mon cabinet un homme de haute stature, plutôt charmant. Il passait, ralentissait devant ma plaque, indécis, puis rebroussait chemin sans se décider à pousser la grille. Un jour cependant il sauta le pas, prit rendez-vous pour une première séance. Il se présenta, visiblement embarrassé, ne sachant pas trop quoi faire de lui.

—Je vous en prie, Monsieur, asseyez-vous. Que puis-je pour vous ?

—Je vous avoue entreprendre cette démarche en traînant les pieds, ne sachant pas si je m’adresse au bon interlocuteur. Voilà…. Depuis mon enfance, je fais une fixation sur les mots, un en particulier s’est invité dans mon champ lexical et ne me quitte plus. Pour tout vous dire, je ne sais plus sur quel pied danser !

—Parlez –moi de vous, de votre enfance, de votre parcours.

—J’étais un enfant turbulent qui collectionnait les bêtises : tirer les cheveux des filles, cacher le goûter des copains, sauter à pieds joints dans les flaques, faire des pieds de nez aux adultes. En un mot, je cassais les pieds à mon instituteur qui, de guerre lasse, m’isola pendant les récréations avec autorisation de consulter les livres de la bibliothèque. Ce fut une révélation, je dévorai les albums à ma disposition et cherchai les mots nouveaux, avide de tout comprendre. Cette passion ne fit que grandir avec l’âge. Mon père, avocat réputé, avait décidé de mon orientation : je devais intégrer la fac de droit et prendre sa suite. Je pris le contre-pied et décidai de m’inscrire en fac de lettres sans son autorisation. Il me coupa les vivres, pensant me mettre aux pieds du mur. Rien de tel pour me conforter dans mon choix ! Je trouvais un petit boulot, travaillais d’arrache-pied pour terminer mon cursus au plus vite. Ce que je fis, je peux le dire brillamment. J’aurais pu, certes, devenir enseignant et regagner l’estime de mon père mais je choisis, pour reprendre son expression, de devenir “écrivaillon”.

Là encore, j’eus de la chance, un de mes profs me communiqua l’adresse d’un de ses amis, un éditeur qui encourageait les jeunes talents et les publiait si l’ouvrage lui plaisait. Je me mis à pied d’œuvre, débordant de créativité et d’enthousiasme. Mon premier livre connut un succès honorable mais le second remporta un prix. Cela déclencha la signature d’un contrat et l’obligation de produire et d’éditer régulièrement. Je me sentis soudain pieds et poings liés, avec la sensation désagréable de perdre pied, de ne plus m’appartenir. J’en suis là aujourd’hui et ne sais si je dois lâcher pied ou persévérer.  Produire pour produire, je ne sais pas si j’en suis capable.  Vous comprenez ?

—Tout au fait, mon cher Monsieur, permettez-moi de vous dire que vous avez un peu trop les pieds sur terre, ce qui actuellement ne favorise guère votre inspiration, vous séchez sur votre page blanche et vous attendez de moi que je vous remette sur pied. C’est cela n’est-ce pas ? lui dis-je, un sourire mi amusé mi moqueur aux lèvres.

Il me regarda, le sourcil levé, soufflé par ma répartie.

—Oui…. Tout -à -fait !

Puis inquiet :

—Vous ai-je communiqué le virus ?

—Il n’en est rien, mais une joute verbale n’est pas pour me déplaire ! Votre cas ne relève pas de la thérapie car vous ne souffrez pas d’un mal intérieur affectant votre moi profond. C’est de votre créativité qu’il s’agit. Elle ne s’invite pas forcément à la demande et vous craignez qu’elle vous fasse défaut. Le doute s’installe en vous, votre père aurait-il raison ? C’est le moment de donner un grand coup de pied dans ces préjugés et de vous affirmer. Pour cela libérez-vous ! Pourquoi ne pas en faire l’objet de votre prochain livre, emprisonner tous ces pieds entre vos lignes, c’est le meilleur moyen de les enterrer six pieds sous terre !!! L’écriture libère de bien des maux, je ne vous apprends rien. La réponse est en vous.

—Votre diagnostic est bluffant ! Je vous remercie pour votre analyse qui me redonne du cœur à l’ouvrage. Combien vous dois-je ?

—Rien, la première séance est toujours gratuite. Et vous n’avez nul besoin d’une deuxième. Mais si vous le permettez, j’ai une requête.

—Oui ?

—Me ferez-vous l’honneur d’être votre première lectrice lors de votre prochaine parution ? Je saurai ainsi que vous êtes reparti du bon pied !

Eclat de rire partagé.

—Je m’y engage !

De Michel C

La vie de Pierrick Panard

Pierrick Panard, bien que breton, n’avait jamais pris la mer, un véritable terrien bien les pieds sur terre. Un original ce Pierrick ? C’est rien de le dire. S’il fallait résumer sa vie, il a de tous temps fouler aux pieds les règles de la bienséance, un véritable casse-pied ! Tout petit déjà, il avait pris l’ascendance sur ses camarades pour former une bande que dans le village on nommait « Les pieds nickelés ».

Non, il ne fallait pas lui marcher sur les pieds. Pas vraiment aimable ce Pierrick, donnant toujours l’impression de s’être levé du pied gauche, un regard de travers et c’était s’exposer à une réaction immédiate : coup de poing assorti d’un coup de pied aux fesses.

Il est parti un bon matin les pieds devant, loin de sa terre bretonne. Ce fut véritablement faire un pied de nez au destin que de finir sa vie à St Jean Pied de Port.

De Lisa

Un élève de Cm2 doit faire un exposé avec un mot de son choix dans dix expressions différentes. Le mot sera PIED, qui le présente à ses camarades. D’habitude, il est timide mais il est parti du bon pied. À voir !

Voici son contenu :

  • C’est le pied comme exemple : les vacances, c’est le pied! C’est génial !
  • Faire quelque chose comme un pied, c’est à dire, maladroit Il joue de la guitare comme un pied.
  • Être bête comme ses pieds qui est le symbole de ce qui est le plus éloigné de l’intelligence, pour souligner « Tu es bête comme tes pieds ou quoi ? Pourquoi tu l’as poussé ? Il ne sait pas nager ! »
  • Travailler d’arrache-pied. Cette expression signifie : « travailler avec beaucoup d’ardeur sans s’arrêter, en fournissant beaucoup d’efforts aussi pour obtenir quelque chose ». Il a travaillé d’arrache-pied pour retaper cette vieille maison.
  • Ne pas ou ne plus remettre les pieds. Cela signifie « ne plus aller dans un lieu ».

J’ai attendu mon plat pendant une heure. Je ne remettrai plus les pieds dans ce restaurant !

  • Lever le pied, c’est ralentir. Quand on peut employer cette expression pour parler de quelqu’un qui a un rythme de vie trop soutenu ou bien qui a certains défauts qui peuvent lui nuire. Pierre travaille trop. Il faut qu’il lève le pied sinon il va finir par tomber malade !
  • Avoir un pied-à-terre est un logement que l’on occupe de manière occasionnelle, pas toute l’année. Nous avons acheté un petit pied-à-terre en Bretagne. Nous y passons l’été et les fêtes de fin d’année.
  • Aller à pied : Se déplacer en marchant. Faites attention, dans cette expression le mot « pied » sera toujours au singulier. « Il va toujours à pied au boulot. »
  • De plain-pied : On parle d’une « maison de plain-pied » lorsque celle-ci est construite au niveau du sol extérieur et sans étages. « J’adore les maisons de plain-pied qui se fondent dans le paysage. »
  • Faire des pieds et des mains pour… pour obtenir quelque chose, c’est se débrouiller, faire tout ce qui est en son possible pour obtenir ce qu’on veut, se démener. « Il fait des pieds et des mains pour obtenir ce poste ».

—Bravo ! Mon cher Tom. Mais comme je connais ton niveau de français, tu peux nous donner des explications car ton sujet est au top.

—Je me suis aidé d’internet et maman a fait la forme.

—Comme tu es honnête ! Je te mets 15 au lieu de 18. Ça marche et tu repars du bon pied

—oui !

—Suivant ! Faites toujours attention au registre de langue dans lequel vous parlez pour utiliser une expression. Adaptez vos propos en fonction de votre interlocuteur. Mais n’hésitez pas à apprendre de nouvelles expressions et à jouer avec les mots en français. Savoir utiliser une expression dans une langue étrangère atteste toujours d’un bon niveau de langue ! D’ailleurs, connaissez-vous des expressions avec tête ?

De Lisa (proposition d’écriture N° 11/ rencontre avec une idole)

Ma fidèle fan,

Une fidèle fan depuis longtemps, depuis le premier jour.

Tu viens à chaque concert, au premier rang, que dire ! Du plaisir.

Je suis obligé de jouer le chanteur à minette mais toi, ma plus fidèle fan, je te vois où tu es, dans le silence, en prendre plein les yeux de ma présence. En plus, d’après mes infos, tu fais semblant de parler de moi. Tu fais croire que je suis un inconnu, sachant que tu collectionnes tout sur moi. Mais je suis fou de toi, amoureux de toi, mais j’aurai voulu que tu sois dans mes bras. Tu veux bien être présidente de mon fan-club pour que j’ai une impression que tu es à moi. Mais tu connais la fidélité, qui n’est pas mon fort. Mais je suis fier d’avoir été là. Mon cœur est fou de toi, « espagnol » que je suis et toi ma belle espagnole, reste toi-même et un jour dans l’au-delà, nos cœurs seront fidèles mais je sais que tu es mariée et amoureuse de ton homme.

Merci encore !

Ton idole

De Françoise V

REPARTIR D’UN BON PIED

Caroline réfléchissait depuis plusieurs jours à ce qu’elle voulait dire à Charly. Elle avait envie de mettre les pieds dans le plats car elle savait qu’il la trompait.

Elle attendait de pied ferme de réunir des preuves. Le moment venu, elle prévoyait mettre les choses sur pied, avant qu’il ne lui coupe l’herbe sous le pied dans un moment de colère, car il avait toujours quelque chose à lui reprocher, lui l’homme sans défaut.

Elle voulait avoir l’initiative d’une explication et d’une sérieuse conversation.

Caroline était dans le contrôle. Très réfléchie, elle travaillait d’arrache-pied pour choisir les bons mots, les bonnes expressions, éviter les « tu » accusateurs dans son dialogue. Mettre Charly au pied du mur était son objectif.  Il fallait qu’elle trouve une solution pour le

retenir sans se tirer une balle dans le pied.

Charly a toujours traîné des pieds quand il s’agit de se responsabiliser. Il ne connaît pas l’humilité, ni la compassion. Il dit toujours qu’il a raison. Il sentait bien que Caroline cherchait à lui parler. Il était du genre à traîner des pieds quand on lui demandait quelque chose qui lui déplaisait.  Et pourtant, un homme comme lui donnait l’impression qu’il avait les pieds sur terre, il semblait tellement honnête et droit dans ses démonstrations d’homme parfait.

Beaucoup d’éléments d’analyse la décidèrent à donner un coup de pied dans la fourmilière pour mettre à jour la situation stressante qu’elle vivait. Un matin, elle l’obligea à s’asseoir dans le salon. Il était en pyjama. Il ne pouvait pas fuir avec ses pantoufles. Il devait l’écouter.

Caroline s’était maquillée, pouponnée, et essayait de garder le sourire pour l’accueillir et le faire parler. Charly, se sentant gêné, ne savait plus sur quel pied danser. Avouer ou mentir ? Il fondit en larme.

Caroline maîtrisa avec brio la conversation. Avec tact, elle le fit avouer puis le rassura considérant cette étape comme un dérapage. Son objectif était de repartir tous les deux d’un bon pied, pensant que ce n’était qu’une amourette.

De Cely

Déclaration d’Amour (presque) sans mise à pied

Nous, on devrait « s’faire des ac-croches pieds » !

Garder les mains… pour les pieds de nez,

Et, sauter à cloche pied… de bonheur

Si j’te « prends par le pied », là de suite, on pourrait s’en aller !??

Les miens resteraient sur terre, à t’courir derrière, essoufflée.

Si tu voulais juste partir… m’inviter à ton à… venir 

Mes pas emprunteraient les tiens, avec un sourire.

J’veux pouvoir te suivre de plain-pied, mains déliées

J’veux pouvoir vivre libre de sentiments, non balisés…

Nous, on s’prendrait pas banalement par la main !

Qu’elles restent bien au fond de nos poches,

Que par nos pieds, tout nous rapproche

A tracer notre route, suivre les petits chemins

A s’effleurer des doigts… caressant notre chance 

Courir de bonheur, faire quelques pas de danse.

Des pieds à la tête 

De la tête aux pieds 

J’veux de tout mon être

Juste me sentir te sentir m’aimer    

Sans sourde oreille tant redoutée,

En sourdine de mes propres doutes.

Là, sous tes yeux posés sur moi 

Vois, j’suis debout toute prête …

Prête, séant à t’emboîter le pas !

Tout faire… même, sans kilomètre à pied.

Telle une chaussure,

A la bonne pointure,

De tout c’qu’il a essayé déjà 

C’est lorsqu’il est chaussé de toi

Que mon cœur veut bien avancer.

Prêt à repartir du bon pied.

S’il sent bon le petit bonheur, 

C’est que t’en as sous l’pied !

Sois « mon homme de pied » … de-main !

A partir d’aujourd’hui, piétinant tous mes chagrins.

Et pour toujours, moi… je fondrai sous tes doigts

Plante de « pied tendu », amoureusement posé sur toi

Je s’rai ta « va nu -pied », mais promis j’m’enfuirai pas !

À partager chaque battement d’cœur sous ta main 

Toujours mon pied derrière le tien, comme un refrain.

Mon amour de première main … mon second pied,

Tu m’entraînes sur les chemins, à déambuler.

Faire quelques pas, impossible un pied sans l’autre !

J’ai besoin de toi, pour tout découvrir

J’ai déjà un pied droit…tu es mon autre…

Vois, je tombe la clôture, si tu ouvres le chemin.

Timidement trottine, bordant mes sentiers ouverts.

Vois, au détour charnel du creux de mes reins

Quand j’y laisse ta main en balade solitaire…

Découvrir mes vallons ceints, entre deux dénivelés …

Et sous tes doigts, cheminée, alors de m’allonger

Et de tes bras, encore me laisser envelopper

De notre pause sensuelle, de ce pédestre effort

De me laisser re-poser, là, mon corps s’endort…

Sans prendre mes jambes à mon cou 

Je resterais vivre à tes côtés, c’est le pied !

Et voilà que je rêve alors en secret

De te tendre, mon gauche, bout de bras

D’agiter, de droit, ce fameux doigt

Que tu me demandes alliance

Pour une conjointe itinérance

Je te l’accorderai haut la main

Je crierai « oui », de mon cœur épris !

Que je te rends, donnée à toi, déjà !

Pour ton marital piédestal destin

D’une blanche main, devant témoin 

J’promettrai de toujours te poursuivre, te vouloir

Je m’engagerai à vivre à te suivre, t’émouvoir

A te t’nir la jambe, te faire des pieds de nez

Et …toujours t’aimer… sans jamais te faire marcher !

De Francis

Le pied de nez de la vie

Ils se sont connus sur les bancs de l’école. Ils étaient convaincus qu’Ils allaient partager leurs vies. Ils ont fait des études sérieuses. Ils ont travaillé d’arrache-pied pour construire un avenir meilleur. Après quelques années de fréquentation, ils se sont mariés et ont eu quatre enfants, apportant avec eux des moments de bonheur et des défis à surmonter.

Durant toutes ces années de vie familiale, ils ont connu des joies et des peines. Ils ont appris à marcher sur les pieds des uns et des autres, à lever le pied quand la vie devenait trop stressante, et à faire des pieds et des mains pour assurer un avenir confortable à leurs enfants.

Lui, toujours à pied d’œuvre, était souvent au pied du mur avec les exigences de son travail. Il n’était pas rare de le voir avec le pied au plancher, jonglant entre ses responsabilités professionnelles et familiales. Elle, confrontée aux soucis quotidiens de la mère de famille, elle ne savait pas toujours sur quel pied danser avec les défis de la maison et des enfants. Cependant, elle s’efforçait de ne jamais remettre les pieds dans les erreurs passées, cherchant constamment des solutions pour le bien-être de sa famille.

Les années ont passé et leurs enfants ont grandi, quittant le nid familial pour tracer leur propre chemin. Arrivés à l’âge de la retraite, Marie et Jacques ont commencé à lever le pied et à réfléchir à leur avenir. La routine s’était installée, et avec elle, un sentiment de stagnation. Ils avaient travaillé d’arrache-pied toute leur vie, mais se retrouvaient désormais au pied du mur face à un nouveau défi : celui de redéfinir leur existence.

C’est ainsi qu’ils ont pris la décision, surprenante pour beaucoup, de se séparer et de vivre une autre vie. Malgré les années passées ensemble, ils ressentaient le besoin de retrouver une liberté individuelle. Jacques, sentant qu’il avait un pied dans la tombe, voulait profiter de chaque instant restant. Marie, de son côté, ne voulait plus remettre les pieds dans une vie qui ne la satisfaisait plus.

Ils se sont donc séparés, non pas dans la douleur mais dans l’espoir de redécouvrir le bonheur chacun de leur côté. Ils avaient mené une vie riche et pleine de sens, mais il était temps de faire le maximum, des pieds et des mains pour eux-mêmes, de marcher sur de nouveaux chemins, et de ne plus savoir sur lequel en connaissance de cause, avec excitation, plutôt que par obligation.

Ainsi, après une vie de travail acharné et de dévouement familial, Marie et Jacques ont choisi de lever le pied et de ne plus marcher sur les pieds de l’autre, s’accordant la liberté de vivre pleinement et de profiter de leurs dernières années de manière indépendante.

 Il est parfois nécessaire de faire des choix, de se poser et faire le point, pour avancer, même si cela signifie prendre des chemins séparés.

De Ariane

Ce jeudi-là, lorsque Mathilde s’éveilla, elle sut instantanément qu’elle se levait du pied gauche. Sa journée n’allait pas être simple. Son petit déjeuner pris, elle s’assit à son bureau pour mettre sur pied quasiment une stratégie de combat.

Sa jeune sœur, dix ans de moins qu’elle, s’était fait cambrioler son pied-à-terre, et les cambrioleurs n’y étaient pas allés par quatre chemins. Ils avaient carrément utilisé un pied-de-biche pour forcer la porte. Anne, effondrée, faisait une tête de six pieds de long lorsqu’elle l’avait vue. Ce qui pouvait, certes, se comprendre car son minuscule deux pièces, en fait un studio auquel on avait rajouté une demi-cloison, avait été presque totalement vandalisé.

Connaissant la timidité quasi maladive de sa sœur, Mathilde savait que c’était elle qui allait affronter l’assureur. A priori, l’affaire semblait simple, évidente. Mais, après une première entrevue avec le courtier, elle avait compris qu’elle avait affaire à un prétentieux se prenant très au sérieux. Un style petit chef qui ergotait sur tout, le genre à prendre son pied lorsqu’il se croit en position dominante. Argumentation fallacieuse en prétendant ne pas croire qu’Anne possédait des objets d’une certaine valeur. En fait, c’est tout juste s’il n’insinuait pas qu’elle avait simulé tout ceci pour obtenir des dédommagements lui permettant de s’offrir un nouveau décor et la remise à neuf des murs tagués. Bref, cet individu au petit pied était clairement de mauvaise foi.

« Bon, murmura-t-elle, ce type, c’est pas le pied, et il va falloir mettre sérieusement les pieds dans le plat pour lui faire perdre de sa superbe. Ce qu’il ignore, c’est que je connais le grand patron de sa boîte. Et s’il s’obstine à rester sur son piédestal avec son beau costume pied-de-poule, moi je vais le mettre au pied du mur en lui annonçant que j’ai la possibilité de le faire mettre à pied. Il risque de croire que je bluffe, mais si je lui sors le nom de son boss et son numéro de téléphone, il va perdre pied car je ne pense pas que ce soit le courage qui l’étouffe. En fait, il s’imagine qu’ayant affaire à des femmes, elles vont céder. Je n’aime pas utiliser ce genre de procédé. Je préfère bien davantage traiter sur un pied d’égalité, jouer le gagnant/gagnant. Mais s’il ne me laisse pas le choix, un coup de pied aux fesses lui apprendra peut-être à vivre. En tout cas, Anne aura intérêt à faire des photos de chez elle dorénavant ».

A la fin de l’après-midi, les deux sœurs sortirent ravies de leur rendez-vous avec le courtier. Celui-ci avait effectivement cédé, et leur avait donné un écrit par lequel il déclarait qu’Anne serait bien remboursée de ses travaux et du préjudice des vols, bijoux compris pour lesquels Mathilde avait retrouvé deux photos où ils apparaissaient nettement au cou et au poignet d’Anne. Elles étaient tellement contentes que voyant dans une rue une fillette jouer à la marelle, elles se mirent aussi à sauter à cloche-pied avec elle.

De Catherine B

LE PIED

Il était tout petit : 12 mois à peine et sa grande passion était de parcourir la maison à quatre pattes. Il allait partout et à grande vitesse. Il s’aventurait dans les moindres recoins et dénichait des trésors insoupçonnés. Il touchait, prenait en mains et souriait quand il savait que c’était interdit. Mais c’était encore plus fantastique quand c’était interdit !

Sa deuxième passion était de se mettre debout, sur ses deux pieds, et d’attendre. Il sentait bien quand l’équilibre le quittait et le faisait vaciller, alors il riait et se laissait tomber sur les fesses, bien amorties par sa couche culotte.

Nu-pieds sur le tapis, il ne cherchait même pas à avancer, il restait là debout. Puis, quand il voulait chercher un jouet, il se remettait immédiatement à quatre pattes. C’était beaucoup plus confortable et plus rapide.

Ses parents essayaient bien de le motiver. Ils le sollicitaient pour avancer pied par pied, de l’un à l’autre. Il les regardait alors de la tête aux pieds et, toujours souriant, ne bougeait pas. C’était comme un pied de nez envers ses parents : non, je n’avancerai que quand je l’aurai décidé ! Et inlassablement, il restait là, à pieds joints.

Mais un jour, tout changea. Tout seul, il décida de mettre sur pied un programme pour avancer …. Debout ! Il fit l’effort d’avancer une jambe, puis l’autre. Oh c’était drôle. Mais pourquoi ses parents s’emparaient-ils de leur téléphone pour le filmer ? Ce n’était pas un très beau spectacle car on ne pouvait pas dire qu’il avait le pied marin. Il avançait prudemment, il tanguait, il faudrait sûrement du temps pour se lancer dans une course à pied, mais c’était une expérience nouvelle pour lui.

A partir de ce moment, il fit des progrès de stabilisation jour après jour et finit par déambuler dans la maison en découvrant les choses sous un autre angle, à une nouvelle hauteur. Finalement, la marche sur ses deux jambes, c’est le pied !

De Catherine T

Le corps immobile

Je ferme les yeux…

La pleine lune me tient éveillée, je me tourne d’un côté et de l’autre sans parvenir à trouver une position propice à l’endormissement. Longtemps, j’ai apprécié la lumière blanche qui inonde une partie de la chambre. Je n’éprouvais alors aucune envie de bouger ou de me retourner, tenant à rester dans une immobilité parfaite.

Je ferme les yeux…

Le corps de l’homme qui dort tout contre moi est totalement immobile.

Longtemps, j’ai guetté les mouvements de sa cage thoracique indiquant que sa respiration était tranquille et régulière. Je le surveillais à la manière d’une mère avec son jeune enfant, pour m’assurer que tout allait bien. Certaines nuits, je posais la main très doucement sur le torse ou sur le flanc de l’homme endormi.

Je ferme les yeux…

Je ne bouge pas, pas même la main. Il est tout près de moi, j’aurais pu sentir le thorax se gonfler et s’abaisser. Il ne ronfle pas, sa respiration est silencieuse, imperceptible. Sa vie palpite dans le silence et l’immobilité.

Il serait tourné vers le mur pour bénéficier d’une relative obscurité. Nous ne tirions jamais les rideaux, ainsi le lit était comme une salle de théâtre d’où nous pouvions observer les scènes qui se jouaient à l’extérieur, le lever du jour, les premiers vols d’oiseaux du matin, le mouvement des branches mollement agitées par le vent, les tonalités changeantes du ciel. Et le clair de lune.

La Lumière sélène donnait une intensité particulière à la couleur de la peau légèrement brune de l’épaule de l’homme. Je résistais à l’envie de la toucher.

Je ferme les yeux…

Le corps de l’homme était chaud. Parfois j’avais froid aux parties de mon corps qui n’étaient pas en contact avec le sien. A la saison chaude nous nous couchions par-dessus les draps. Je ne pouvais pas toujours attraper un vêtement ou la télécommande pour réduire le climatiseur sans risquer de troubler son sommeil si paisible.

Je ferme les yeux….

Dans son pays et sa religion, la pleine lune est sacrée et donne lieu chaque mois à de joyeuses festivités mais parfois nous préférions rester tranquillement à la maison et nous coucher tôt, sous le regard bienveillant de l’astre blanc.

Je ferme les yeux…

Je pense à la phrase d’Anne Philippe : « Dans le corps immobile la pensée s’emballe comme un avion blessé s’abat en chandelle ».

La lune poursuit imperturbablement son mouvement orbital et s’apprête à quitter la scène, à disparaître de l’écran de la fenêtre, à abandonner la chambre à la nuit.

Le corps de l’homme est immobile, mais il n’est pas chaud, il n’est pas là, il dort loin d’ici dans l’obscurité totale, il ne voit plus l’éclat de la pleine lune, le lever du jour, le balancement des branches, le vol des oiseaux, la couleur du ciel.

Je ferme les yeux…

Je réchauffe mon corps contre une couverture roulée aux souvenirs des nuits passées, avec ou sans lune.

De Laurence

Afin de trouver chaussure à mon pied, couverte de la tête au pied, quelle que soit la saison, j’attendais de pied ferme. J’étais dans la rue, il faisait froid et j’en avais assez d’attendre. Attendre quoi…je ne saurais dire. Mon destin, sans doute. Néanmoins, je faisais le pied de grue, j’avais foi en ma destinée, ne m’étant pas levée du pied gauche ce jour-là.

Le dénommé Valentin se montra avec un bouquet de fleurs à la main, des pieds d’alouette, comme il s’entend. Il voulait me faire du pied, moi, une jeune femme on ne pouvait plus respectable. Moi, je préférais rester les pieds sur terre, car je n’étais pas le genre de femmes à me laisser marcher sur les pieds ou à me laisser dicter ma conduite.

Certes, je rêvais du prince charmant, mais comment serait-il venu ? A pied, à cheval ou en voiture, voire en trottinette ? Ce prince arriva à pied, plus commode dans une ville, un jour de grève. Il était vêtu d’une veste en pied de poule. Bizarre pour un homme, m’étais-je dit à la seconde où il se dirigea vers moi. Serait-il une Drag Queen qui s’ignorait ? Pourtant, il n’avait pas du tout l’air bête comme ses pieds, contrairement à certaines personnes qui se déguisaient pour attirer l’attention.

Tout en me suivant, je le vis boîter. Je m’en inquiétais, mais il me signala qu’il avait un pied bot mais qu’il aimait marcher quand même. Il était de petite taille, contrairement à moi, mais comme disait l’humoriste Coluche : « Il n’y a pas de petit, la bonne longueur, c’est quand les pieds touchent par terre ».

Ce gentleman était né, vous n’allez pas me croire, à Epieds, une charmante commune du Maine-et-Loire, inconnue de mes larges connaissances géographiques nationales. Malgré son handicap, il envisageait de marcher sur le chemin vers Saint Jacques de Compostelle, en passant par Saint-Jean-pied de Port, bien entendu. Je n’avais jamais mis les pieds dans les Pyrénées. Aussi, l’encourageai-je fortement à poursuivre ce périple. Je l’assurai que je ne lui mettrai pas le pied à l’étrier dans cette aventure, tout en arrivant au restaurant que j’avais choisi pour la soirée.

Au menu, des huîtres Pied de cheval, des pieds panés avec comme garniture des champignons- des pieds de mouton et des pieds bleus avec morceaux. Le tout avec du vin versé dans un verre à pied. Je tenais à mon standing. Pas question de nous rendre dans un vulgaire fast food où on mangeait avec les doigts. Je lui racontai pendant le repas que mon rêve serait de voyager sur un multicoque de soixante pieds pour pouvoir traverser l’océan Atlantique les doigts de pied en éventail. Le seul hic étant que je n’avais pas le pied marin. Tant pis pour mon rêve.

Après le repas, je l’invitai dans ma maison de plain-pied, dans la même ville. Je lui fis visiter mon jardin, à la tombée de la nuit. Je lui expliquai que pour avoir des kiwis si abondants, il fallait avoir des pieds males et des pieds femelles. J’étais heureuse, je marchai nu-pieds, comme à mon habitude en plein été. L’herbe me chatouillait la plante des pieds.

Le problème est que ce Valentin n’avait aucune conversation. Je fus donc obligée de me débarrasser de ce casse-pieds. Moi, j’avais besoin d’un homme au portefeuille bien garni, dépensière comme j’étais. Je voulais vivre sur un grand pied. Lui était fauché comme les blés. De plus, il ne savait pas sur quel pied danser. Cela me mit en colère. Je tapais du pied, seule chez moi, d’avoir encore raté une occasion.

Je mis donc les pieds dans le plat dès le lendemain. Je repartis en chasse. D’un autre côté, je n’étais pas fâchée, cela pimentait ma vie et m’enlevais une sacrée épine du pied quant à occuper mes journées. Cela me donnait l’impression de dominer le jeu de la vie et c’était quand même mieux que de me faire couper l’herbe sous le pied par une espèce de Don Juan des réseaux sociaux.

Pour oublier la dernière mésaventure, je bossais dur pour trouver la perle rare. Mais jamais, oh grand jamais, je ne mettrais mes deux pieds dans le même sabot. Je prenais mon temps, certes, mais par inadvertance, je repensais aux paroles de mon père sur son style de vie. Mon père aurait dit qu’il y avait des coups de pied qui se perdaient…vous aurez facilement deviné à quel endroit, n’est-ce-pas ? J’ai pris plaisir à écrire ce texte. C’était le pied. Je me retire donc sur la pointe des pieds…

De Claude

A COR PERDU

(La scène se passe dans une mairie.)

Quelle idée absurde d’avoir mis des chaussures neuves aujourd’hui ! C’est loin d’être le pied ! Remarquez, c’est bien la seule chose qui soit vraiment neuve ici ! Regardezla mariée !Ce n’est pas une perdrix de l’année ! Elle a bon pied, bon œil, certes, mais elle a quand même quelques heures de vol ! C’est qu’elle s’entretient, la taupe ! Elle a un corps beau et elle fait de l’effet comme ça, à coups de botox, d’aquabiking et de fond de teint.

L’amour n’a pas d’âge, dit-on, mais elle en a un ! 25 ans de plus que mon fils ! 25 ans !!! Je rêve ! On remonte à l’âge de Pierre. Oui, celui de mon deuxième fils. Elle doit cotiser à l’arthrite des vieux, ma parole ! On pourrait presque crier : « Vive l’avariée ! ». Et dire que c’est lui qui s’est jeté à ses pieds !

Tant pis pour lui, cela lui fera les pieds !

Sénile ! Vraiment nul. Cela fait déjà longtemps qu’elle n’est pucelle qu’on croit ! Quand je pense qu’il a fait des pieds et des mains pour nous l’imposer !

Il avait à peine 20 ans quand il est tombé fou amoureux de cette…artiste-peintre. Raide d’Ingres d’elle. Ils ont rapidement été à tube et à toile. Il est devenu son chevalet servant et il ne l’a plus quittée d’une semelle depuis. Elle a fait un portrait de lui en pied et… au pied levé de surcroît ! Un talon fou, selon lui, mais à mon goût, c’est de l’art maniaque. Enfin, ces deux-là ne pensent qu’au Bonnard de vivre. Lavis en rose, en somme !  Je ne connais pas l’enfer du décor mais il y a peut-être des ombres au Pablo. On a eu beau essayer de le raisonner, lui expliquer qu’une femme avec trois enfants, bonjour les Degas ! Peine perdue. Il faut dire qu’il est un peu Braque.

Ah ! Cette douleur est intolérable ! Vu la situation, on n’a pas osé faire un mariage en grande pompe ! Eh bien, on aurait dû ! Comme elles me serrent, ces godasses !

Pour la mariée, en revanche, on peut dire qu’elle a trouvé chaussure à son pied !  Surtout, elle a fini par mettre mon fils au pied du mur. Quelle aubaine ! Tomber sur un joaillier, qui ne platine pas avec l’amour et la couvre de gemmes à la folie ! Un vrai bijou ! D’ailleurs, j’épiais sa belle-famille tout à l’heure : ils affichent tous une mine radieuse !

Auparavant, elle était mariée à un banquier, qui avait pognon sur rue ! Une femme du genre à dire à son mari : « Tais-toi, tu me renfloues ! ».  C’est du désintéressement ou je ne m’y connais pas ! Son ambition, c’est sûr, c’est de piller son patrimoine et de vivre sur un grand pied.  Elle va lui voler sa jeunesse, cette cougar ! Mon fils, si beau, si élégant, si cultivé ! Toujours gai comme un poinçon ! Où est-il allé la chercher, celle-là ? Dans un magasin de garces et attrapes ?

Mon cor se réveille ! Ce n’est pas un cor sage !

Mon cor… Aïe ! Il faut que je défasse mes lacets, que je me délasse un peu aussi, … Tiens, voilà qu’il l’enlace !… Je serre les dents, car je crains que ce cor ne m’use !

Je me demande ce qu’il peut bien lui trouver à cette vamp aux gens chers. J’imagine… Son expérience du Kama Soutra, probablement. Oui, c’est fou ce que le sexe ça génère ! Lui doit être porté sur la bagatelle et il doit prendre son pied avec elle. Les doigts de pieds en éventail, quoi, je ne vois que ça ! Tandis qu’elle doit camper sur ses positions bien qu’on ne puisse pas dire qu’elle ait un tempérament sans gain.

Je craque ! Je rêve de chaussons… ou mieux, de tongs !                               

Si seulement je pouvais me déchausser ! Mais tout le monde me regarde.Il va pas conclure son discours ampoulé, le maire ? Parce que mon oignon va finir par me faire pleurer !                                                                                                                                                                 Promis, au prochain mariage de mon fils, je viens pieds-nus ! Parce qu’avec mes Berluti, je suis dans mes petits souliers. Je vais finir par marcher à cloche-pied ! ! On ne m’y reprendra plus, car ce n’est pas grolle du tout !

En tout cas, j’adresse malgré tout aux mariés mes meilleurs vieux de bonheur pour la suite. S’il y en a une.

De Nicole

LE PETIT PIED-NOIR

Petit à l’école, Didier, traité de nu-pieds, de pied-noir, n’en comprenait pas la raison.

Tous les jours, il regardait ses pieds, changeaient-il de couleur ?

Tous les jours, il traînait des pieds pour rejoindre l’école.

Le Maître, Monsieur Jean, vêtu de pied en cape d’un costume pieds de poule gris et noir, inamovible, comprenant son désarroi le prit sous son aile protectrice.

Quand ses condisciples l’attendaient de pieds fermes, l’insulte à la bouche, Monsieur Jean sévissait à leur encontre. Le coin tant redouté était de mise.

Traité de chouchou, Didier ne se levait plus du pied gauche.

Bon élève, il travaillait d’arrache-pied, ses notes frisaient l’excellence.

En sport, la course-à-pied, sa spécialité, le conduisait sur le podium lors des rencontres interscolaires.

Maintenant, adulte, Didier se souvient de cette période difficile avec une pointe de nostalgie pour Monsieur Jean.

Il a sauté à pied-joints dans la vie active sitôt ses études de psychologie terminées et s’occupe principalement d’enfants et d’adolescents harcelés.

Il est à pied-d ’oeuvre le plus souvent les mercredis et samedis.

Beau garçon, célibataire, Didier amène ses conquêtes dans son pied-à-terre chaleureux.

Il consacre ses week-ends à naviguer sur son petit voilier, il a le pied-marin.

Mis au pied du mur, le petit pied-noir a plutôt bien réussi…

« J’avais mis mes souliers devant la cheminée, le Père Noël m’a apporté des pieds » Philippe Geluck.

« N’insultez pas le crocodile quand vous avez les pieds dans l’eau ». Proverbe africain.

De Manuela

Je descends de matin, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller mes parents. Je suis à pied d’œuvre depuis déjà une bonne heure quand je franchis la porte d’entrée. Il fait frais, le soleil est là, il réchauffe mon cœur. Habituellement, le mardi, je fais une course à pied d’environ dix kilomètres mais aujourd’hui, j’irai jusqu’au bourg de Piedemont à pied, et traverserai les bois.

Bois que je connais bien car en cette saison, j’y trouve des pieds de mouton et aussi des pieds bleus, d’excellents champignons de forêt. C’est ma saison justement, j’ai dans la poche de mon pantalon : un couteau opinel ainsi qu’une poche, je ferais la cueillette au retour.

J’arrive au village, le jour se lève. Je passe devant la maison de plein pied, habitée par Marcel, l’horrible personnage qui était, au collège, tombé amoureux de Carlota, ma petite chérie à moi. Je dois épier cet affreux de longues minutes avant de piétiner sa platebande de pieds d’alouettes aux fleurs violettes criardes. Ben, moi je les aime pas ces fleurs, alors je les piétine encore et encore.

Je repars vers le centre bourg, je m’arrête à la charcuterie pour acheter un pied de veau que je mangerai avec mes champignons, ce soir. Direction maintenant la boulangerie tenue par Carlota. Elle est encore une fois, habillée de pied en cap, avec un tailleur en tissu « pied de poule ». Qu’elle est belle ! Je voudrais l’avoir à mon bras, lui dire des vers en pieds naturellement que j’aurais écrits pour elle.

Gardes les pieds sur terre, elle n’est pas pour toi. Je fais le pied de grue devant sa vitrine. Je suis timide, je n’ose pas entrer… Il faut te lancer, mon vieux, me dis-je, tu es au pied du mur, courage. Je franchis enfin la porte, je me retrouve seul avec cette beauté qui me demande :

—Que puis-je te servir, Robert ?

—Une ba… ba…baguette, s’il te plait !

J’ai perdu pieds, c’est moche, je bégaie.

—Bien cuite ou blanche?

Je rougis, aucun mot ne sort de ma bouche. Je ne sais plus sur quel pied danser.
—Robert, que t’arrive t’il ?

Je continue à perdre pied. Cette situation est humiliante.

—T’es rouge comme une pivoine, comme si tu voulais m’inviter à diner !

—Non, pas à diner mais prendre un verre au bar des pieds Nickelés vers 19 heures, à la débauche.  

—Bien sûr, ce sera avec plaisir. On se retrouve là-bas.

Elle commence, elle aussi à rougir. Je sors de la boulangerie pour rentrer chez moi. Je piétine les pies d’alouettes de Marcel, je me déplace à cloche pieds, 5 sur le pied gauche puis 5 sur le pied droit et je recommence. Je sifflote, je sautille, je suis heureux. Je croise des voisins qui me disent : « tais-toi, tu chantes comme un pied ». Je sors ma 205 rouge, âgée certes mais toujours fidèle. Je mets le pied au plancher pour me rendre au plus vite à Saint-Jean-Pied-de-Port à trente kilomètres environ. Je dois refaire ma garde-robe. Ce premier rendez-vous est capital. La chose est faite, je rentre chez moi.

—Maman, Maman t’es là ? t’es où ?

—Pourquoi cries-tu ainsi, mon fils ?

—Maman, je crois avoir trouver chaussures à mon pied !

—Et qui est l’heureuse élue ?

—Maman, tu ne devines pas, c’est Carlota !

—Carlota, ton amie d’enfance ? Celle qui n’a pas les deux pieds dans la même sabot, celle qui travaille d’arrache-pied ?

—Ben oui, Maman. Ma vie est maintenant partie d’un bon pied.

De Corinne

Voilà déjà plus d’une demi-heure que j’attendais René devant le bistrot où il m’avait donné rendez-vous, près du port de plaisance. Quel casse-pieds ! D’accord, il m’avait mis le pied à l’étrier en me proposant ce boulot de dessinateur dans sa petite société de construction navale, mais cela ne lui donnait pas le droit de me laisser faire le pied de grue sur le pavé de La Rochelle en cette froide soirée de décembre.

C’est vrai que pour un gars comme moi, qui n’avait jamais eu le pied marin, cette embauche fut quand même un sacré pied de nez au destin. Passionné de bateau depuis ma plus tendre enfance, j’avais dévoré toute la presse nautique, visité tous les musées maritimes de France, au gré des vacances passées avec mes parents, passé des journées entières avec mon grand-père à construire des maquettes navales de toute taille et de tout type. De mes lectures choisies ou imposées ne me restaient en mémoire que « Vingt mille lieues sous les mers », « Moby Dick » ou le dessin du bateau qui ornait la couverture de « l’Odyssée » d’Homère dans l’édition des classiques abrégés. Quant aux jeux vidéo, j’avais toujours eu une préférence pour les simulateurs de courses au large.

Mais bien que né et habitant à La Rochelle, je n’avais jamais mis les pieds sur un bateau. J’avais rencontré René au Grand Pavois l’année dernière et ma curiosité insatiable pour les voiliers l’avait séduit. Je venais d’avoir vingt ans, je galérais, chaloupé entre un stage de formation, un job d’été et des missions d’intérimaire ; j’avais toujours l’impression de rester à quai. Quand soudain, lors de la visite du bureau d’études de son entreprise, dans laquelle il m’avait emmené pour l’aider à récupérer de la documentation qui manquait sur son stand du salon nautique, lorsqu’il me laissa m’asseoir devant un des écrans et naviguer sur la version de démonstration du logiciel de construction en trois dimensions, ce fut comme une évidence, une renaissance, une grande respiration, un bol d’air salvateur après une trop longue apnée.

Mon agilité à manier la souris, la rapidité avec laquelle je sus maitriser l’outil informatique, juste en posant quelques questions à Dany, le dessinateur confirmé présent ce jour-là, le convainquirent sur le champ de me proposer un contrat de trois mois en tant qu’assistant dessinateur. Je travaillais dès le lundi suivant et pendant plus d’un an d’arrache-pied, faisant des pieds et des mains pour combattre au quotidien mon syndrome de l’imposteur et fis bien plus que pallier un manque d’effectif et de personnel qualifié, provoqué par la vague de l’effet COVID sur laquelle surfait l’activité nautique en général et la société de René en particulier : je m’épanouissais, j’avais enfin trouvé ma place.

Dix ans après le record de vitesse à la voile établi par l’australien Paul Larsen à 65-45 nœuds, j’explosai durant le dernier trimestre 2022 le compteur de vitesse de formation sur le tas au métier de dessinateur constructeur nautique et j’obtins le renouvellement de mon contrat à durée déterminée en janvier de cette année. Je prenais tous les jours mon pied dans la conception sur ordinateur de magnifiques bateaux sur lesquels je ne naviguerai jamais. Je ne me levais plus jamais du pied gauche, j’étais tout simplement heureux de concilier ma passion de toujours avec mon métier et de participer à la construction de voiliers, nés de la rencontre entre les désirs de nos clients, la fibre entrepreneuriale et commerciale de notre patron, avec les contraintes des lois de la construction maritime. J’étais passé avec brio du monde virtuel du jeu vidéo solitaire à la réalité tribale de l’entreprise ; j’adorais les discussions entre collègues au sein du bureau d’études, les échanges enrichissants avec l’acheteur de matériaux composites, le voilier sellier, l’architecte naval, le décorateur d’intérieur….

Nous formions une sacrée bonne équipe, nous étions tous dans le même bateau ! …. Cela faisait maintenant plus d’une heure que j’attendais et que de plus en plus stressé, je me balançais d’un pied sur l’autre …. À vrai dire, je ne savais plus sur quel pied danser. Comment se faisait-il que René ne soit toujours pas là ? Je n’osais pas l’appeler, je craignais qu’il ne m’annonce une mauvaise nouvelle ; c’était bizarre ce rendez- vous en tête à tête, en ville, juste après son retour du salon nautique de Paris ; cela sonnait comme une convocation à passer par le service comptabilité pour récupérer mon solde de tout compte ; ben oui, tout devenait évident maintenant, j’avais entendu les rumeurs sur la retombée du marché après le boom artificiel de l’après pandémie…. Il allait me remettre en main propre ma lettre de licenciement. Il avait manigancé ma mise à pied …. C’était la fin du voyage, c’en était fini de « La croisière s’amuse », débarqué ! J’allais être débarqué ! C’était trop beau pour être vrai …. Je m’étais une fois encore pris les pieds dans le tapis de la vie et…. Plus le tapis était moelleux, plus dure serait la chute !

Soudain, une grande tape sur l’épaule me fit sursauter. Pris dans la spirale de mes sombres pensées, je n’avais pas vu arriver le capitaine Haddock (Ah, si René savait que tout le monde le surnommait comme ça dans la boîte, à cause de son éternelle barbe noire, de ses pulls à rayures bleues marines et de ses jurons tonitruants qui résonnaient dans les bureaux comme sur le chantier !); mais que faisait-il affublé du sosie de Tintin ? Un gars presque rouquin, avec un air d’adolescent attardé, qui le suivait à grandes enjambées, courant presque dans son pantalon trop court découvrant ses chaussettes noires.

—Salut Emile ! Je te présente Hugues, journaliste collaborant à l’Equipe et rédacteur en chef du supplément mensuel sur le nautisme. Heureusement qu’il est meilleur en navigation qu’en aviation ; il n’a pas été fichu de trouver un siège sur le même vol que moi ; du coup, j’ai dû attendre cet astronaute d’eau douce plus d’une heure à l’aéroport de Nantes et malgré toute ma bonne volonté et mes nombreux excès de vitesse, nous sommes sacrément en retard, mais mille millions de mille sabords, nous sommes enfin arrivés à bon port !

Puis me poussant en direction du bar, il ajouta en me mettant sous le nez un drôle de voilier en métal doré, qu’il avait extirpé non sans mal de son sac de voyage de marin.

—Tiens ! Tu n’auras pas attendu pour rien ! Maintenant allons fêter dignement au bar du trois mâts notre…, ton trophée du design du voilier de plaisance 2023, avec champagne et tournée générale ; puis on ira se taper la cloche au Pied de Cochon, comme cela Hugues aura tout le temps de conduire son interview de notre dessinateur vedette Emile, plus connu à La Rochelle sous le surnom de Milou. Allez fiston, ce trophée, tu l’as bien mérité ! Tu pourras le poser sur ton bureau à côté de ton contrat de travail à durée indéterminée que nous signerons demain et en dessous de la photo du premier Mi’kmaq sorti de notre chantier.

Et ben, j’allais en avoir des choses à raconter à mon grand-père demain. Je l’aidais souvent depuis quelques mois à tromper ses insomnies de veuf inconsolable, en le faisant entrer clandestinement de nuit dans le bureau d’études. Il me tenait compagnie pendant que je travaillais sur ordinateur et nous retrouvions alors la même complicité que lorsque j’étais enfant et que nous jouions ensemble dans la cabane au fond de son jardin, habillés de pied en cap en corsaires sanguinaires en quête de trésors, pourchassant les galions espagnols chargés d’or près des Açores, ou bien incarnant les navigateurs explorateurs, remontant ensemble le Saint Laurent et allant avec Champlain à la rencontre des autochtones du nord-est de l’ Amérique. Il était mon héros, il savait et il me transmettait.

Demain, il allait à son tour être fier de moi, les rôles venaient de définitivement s’inverser. Mais tous les lecteurs du supplément nautique de l’Equipe le sauraient : le trophée du design du voilier de plaisance 2023, c’était le trophée de Pépé, car si le Mi’kmaq était né c’était parce que Pépé avait été et restera pour toujours le seul avec qui Emile aura navigué. 

De Pierre

En premier lieu, rappelons cet extrait de chanson d’Eddie Constantine, l’ami Américain, personnage unique, saltimbanque, chanteur et acteur qui a marqué ma jeunesse …

« Mon paternel qui n’avait pas les pieds plats
M’a appris le shimmy, les claquettes et cætera
Et m’a dit : ” Pour gagner ta pitance
La danse
Y’a qu’ça “


Mon naturel, moi, c’est d’être obéissant(e)
J’ai suivi ses conseils, mon métier je l’ai dans l’sang
Et ma vie c’est la vie des artistes
En piste tout l’temps !

……………. »  
Cela dit, mon oncle Victor, historien à ses heures perdues, était aussi un grand voyageur devant l’éternel. Né en Algérie, il se trouvait évidemment catégorisé de Pied Noir et il en était fier. Il nous parlait souvent des goûts culinaires de ceux qui ont fait l’histoire de notre pays avec par exemple l’amour du Pied de Cochon, plat préféré du bon roi Louis XVI, qu’il consomma une ultime fois lors de son voyage dans l’est du pays avant d’être reconduit vers la capitale. La suite, nous la connaissons tous.

L’oncle Victor était une force de la nature : bon pied bon œil, il se levait toujours tôt d’un bon pied. Il partageait souvent avec nous son amour immodéré pour les huîtres, celles qu’il consommait en Tunisie, les huîtres pied de cheval.

Mon frère ainé, Charles, quant à lui, était affligé d’un pied bot, une malformation courante dans les années d’après-guerre, qui avait pour origine la dureté de la vie durant l’Occupation, une nourriture insuffisante et un manque de soins de santé, à l’époque.

Mon autre frère, Maurice, celui qui a « mal tourné », s’est trouvé pris la main dans le sac et arrêté pieds et poings liés après avoir tenté d’ouvrir le coffre-fort d’une bijouterie à l’aide d’un pied de biche.Il est depuis en « résidence surveillée », ne cessant de casser les pieds de ses voisins de chambrée et comme il ne se lave quasiment pas, il pue des pieds, ce qui incommode les autres et ils sont trois.

Voilà ainsi s’achève ma chronique sur les pieds. J’oubliais l’expression « prendre son pied » mais je ne l’aime pas, la trouvant vulgaire.

De Pierre (proposition d’écriture N° 201- rendez-vous en terre inconnue)

Voyage en eau trouble.

—Terminus, tout le monde descend !

Je m’appelle Gérard, je suis seul dans le wagon ; je dors depuis le départ de Paris et pas moyen de me réveiller, que se passe-t-il ? Un employé au nettoyage tente de me réveiller ; il y parvient. J’ouvre les yeux, où suis-je, je ne connais pas cette ville qui me semble éloignée de tout ? Un agent de la ligne, alerté vient vers moi :

—Que vous arrive-t-il mon bon monsieur ? Vous semblez égaré ? Savez-vous qu’il est sept heures ? Vous êtes dans le premier TER de la journée en provenance de la capitale.

—Oui, j’ai dormi durant tout le trajet, mais le drame c’est que je ne me souviens de rien.

—On va appeler un médecin, mais savez-vous où vous allez ?

—Non, hier encore je travaillais à Paris à mon bureau en train de terminer une étude urgente, je suis architecte, mais aujourd’hui je suis tout « nu » …je n’ai plus de repère et ne sais pourquoi j’ai pris le train et quand même si je viens de trouver un billet oblitéré dans ma poche de veste…

—Avez-vous les relations ici dans cette ville, de la famille ?

—Non, de toute façon je ne connais pas le nom de cette ville, je n’y ai jamais mis les pieds auparavant.

—Il s’agit de Buronville, à environ cent vingt kilomètres de Paris dans la région Centre.

Un médecin de garde de l’hôpital proche, alerté lui aussi, m’ausculte et me parle :

—Je suis le docteur Grandin, je pense que vous avez eu un accident cardio-vasculaire. Je demande une ambulance et je vous prie de m’accompagner à l’hôpital pour un examen approfondi ; ensuite on y verra plus clair.

L’examen médical n’ayant décelé aucune séquelle irréversible, le docteur Grandin me dit devoir prévenir la police. J’acquiesçai mais lui demandai de sortir prendre l’air, visiter cette ville inconnue qui était à priori charmante, transpirant le calme loin du tumulte de Paris. Le docteur accepta mais insista pour que je reste joignable. En sortant de l’hôpital, je composai le numéro de Charlotte, mon assistante, qui était avec moi au bureau hier soir. Rien, pas de réponse ni sur le répondeur. Je sentais une inquiétude poindre en moi, il se passait des choses étranges depuis hier.

La brasserie qui se trouvait face à moi mit fin à mes interrogations. C’était l’heure du repas et j’avais faim. Je pus trouver une petite place dans un coin isolé de la salle. Je passai ma commande. Je fis une nouvelle tentative avec le numéro de Charlotte, mais rien. Ce n’est   dans ses habitudes de ne pas donner signe de vie. Au même moment, le Dr Grandin me rappelle, m’informant du prochain passage de deux policiers au restaurant ; je devais les attendre. Cinq minutes plus tard, quelqu’un s’approcha de moi :

—Inspecteur Braillard de la PJ et mon collègue Inspecteur Rigadin. Vous êtes bien Mr Gérard Vivier ?

—Oui.

—Pouvez-vous nous suivre maintenant ?

—Bien sûr, j’annule donc ma commande ?

—Comme vous voulez ou bien vous le consommerez au commissariat.

Dix minutes plus tard dans les locaux de la police, l’interrogatoire d’usage se fit le plus cordialement possible. L’inspecteur braillard passa dans le vif du sujet :

—Mr Vivier, comme vous semblez égaré, je vous informe que votre assistante a été retrouvée morte dans les WC du même TER que le vôtre. Etrange ; vous vous trouvez désormais dans une situation très difficile. Sinon, sachez que nous avons demandé l’aide des services spécialisés de la criminelle. Je les attends d’une minute à l’autre. En conséquence, vous devez rester en ville le temps de l’enquête d’ailleurs, une chambre d’hôtel vous est réservée à l’Auberge du Bois Fleury, toute proche. Avez-vous des questions?

—Oui, quand puis-je-voir Charlotte et la reconnaître et puis-je contacter mon avocat ?

—Nous y allons. Elle est actuellement entre les mains du médecin légiste.  Pour votre avocat, attendons les conclusions de la « crim ».

Après le passage à l’hôpital où Gérard, bouleversé, reconnut effectivement son assistante, il fut invité à rejoindre son hôtel et se reposer, ce qu’il fit immédiatement. Plusieurs heures plus tard, son téléphone sonna, c’était l’inspecteur Braillard :

—Mr Vivier, j’espère que vous allez bien. Il est tard mais il faut que je vous voie avec les collègues de la criminelle. On vient vous chercher.

Très rapidement, Gérard se trouva de nouveau dans les locaux de la police. L’inspecteur lui présenta deux collègues parisiens spécialistes en affaires criminelles :   

—Merci de votre promptitude, dit le premier spécialiste. Avec l’aide de la police locale, sachez que nous avons pu démêler l’essentiel de ce meurtre. Libre à vous de nous corriger mais juste une question : votre assistante, comme vous-même, étiez bien les seules personnes au courant de ce dossier sur lequel vous travailliez ?

—Oui, c’était un dossier très important qui devait mobiliser beaucoup de monde à sa réalisation mais qui suscitait aussi des convoitises, d’un point de vue financier.

—Je comprends ; c’est pourquoi votre assistante a été assassinée. Manipulée par un groupe mafieux d’Europe de L’Est, nous la suivions depuis quelques temps avec l’aide d’Interpol ; elle avait pour mission de vendre le projet à cette organisation et pour cela de vous emmener de force dans cette ville afin de vous remettre aux éléments du groupe qui avaient un point d‘attache ici. La suite, je vous laisse le soin de la deviner, elle vous a endormi en vous anesthésiant et vous mettant de force dans le train, sans que vous vous en rendiez compte, mais elle a essayé de doubler le groupe mafieux et elle l’a payé très cher, de sa vie.

—Et l’assassin ?

—Nous l’avons retrouvé. Il est passé aux aveux.

Stupéfait, pire, totalement assommé par ces déclarations, Gérard ne savait quoi dire.,

—Mr Verdier, conclut le policier de la « crim », vous pouvez rentrer chez vous, à Paris, mais restez à la disposition de la police et de la justice.

Deux heures plus tard, après avoir vécu un cauchemar, Gérard était de nouveau dans le TER en partance pour Paris. Ainsi se terminait son périple dans une ville inconnue de France.

De Dominique

La confession.

Dans le village, tout le monde l’appelait « pied bot ». Il souffrait depuis l’enfance de cette infirmité qui n’avait jamais pu être guérie. Ainsi, dans sa démarche claudicante et arythmique, les paroissiens le devinaient très vite quand il sortait du presbytère pour aller servir la messe.

Certains moqueurs l’appelaient « clic-clac » mais, le père Christian n’en avait cure, il avait tellement été raillé dans sa vie qu’il préférait lui aussi en rire. De toute façon, sa mère, par amour pour son fils, l’appelait mon petit « pied beau », ça fait quand même une sacrée différence non ?

Sur le chemin de l’église, le père Christian, dit « clic-clac », croisa des enfants qui jouaient à la marelle sur le parvis du saint lieu. Ils sautaient « à cloche-pied » pour atteindre le ciel, objectif suprême du jeu.

— Ah, si c’était aussi simple d’atteindre le firmament, pensa-t-il !

Puis, prenant à son tour le palet, l’ecclésiastique se mit à sauter de case en case sous les rires des enfants heureux de partager ce moment avec le curé. La suite se termina par une chute mémorable quand le père se prit les pieds dans sa soutane.

Les enfants s’exclamèrent, comme le voulait la règle du jeu :

— Monsieur le curé en enfer…

— Je n’ai vraiment pas le « pied marin », dit-il en riant.

Thérèse, la vieille bigote, ancienne institutrice en retraite, réprimanda le curé :

— Allons Monsieur Christian, la marelle ça n’est pas un jeu pour l’adulte que vous êtes ! Et vous les enfants, vous allez me faire le plaisir de déguerpir rapidement sans oublier de nettoyer les graffitis que vous avez laissés sur le parvis.

— Thérèse, ce ne sont que des gosses, laisse-les jouer à leur aise.

La vieille, piquée au vif, répliqua :

— On voit que ça n’est pas vous qui devez vous mettre à genoux, la brosse à la main, pour effacer les vilaines traces de craie ! L’église et la place ne sont pas des endroits pour jouer à la marelle ! Vous êtes toujours à prendre le parti pour ces garnements. J’ai été institutrice pendant longtemps et je les connais ces gosses, donnez-leur un doigt et ils vous mangent la main.

— Laissons les enfants jouer tout leur saoul et allons préparer la messe, Thérèse !

L’église, qui, grâce aux soins méticuleux de la bigote était toute pimpante. Les chaises semblaient avoir été rangées comme si on les avait alignées au « pied à coulisse ». L’hôtel, gaiement fleuri sentait bon le propre. On l’aura bien compris, la dévote espérait ainsi gagner sa place au paradis chez « les gentils » tout là-haut.

Pendant ce temps, au bistrot « La sacristie », pour commencer la journée du bon pied, les habitués commandaient leur « café crème » bien tassé.

Lucien, le « pied nickelé » du village, fainéant notoire et farceur de première comme à son habitude, se moquait du père Christian. Il se vantait d’une blague qu’il ferait bientôt au curé à l’occasion d’une de ses messes. Il avait la rancune tenace et voulait se venger du prêtre qui un jour le sermonna sur les menus larcins qu’il commettait au sein du village. Il lui avait promis le purgatoire s’il ne rentrait pas dans le droit chemin.

— Seule ta présence à la messe pourrait atténuer le courroux du tout-puissant, lui avait-il dit.

— Vous verrez ce que vous verrez, un jour, je vais le ridiculiser devant tout le monde et l’église entière va s’écrouler de rire. Il l’aura bien mérité ce curé boiteux.

— Arrête de nous « casser les pieds » avec ça Lulu, à part jouer du « pied de biche » pour chaparder nos poules, jamais tu n’auras assez d’audace pour passer à l’acte.

Alors le grand Lulu, bougonnant dans son coin, déclara :

— Aujourd’hui, j’irai à la messe de 11 heures !

Et il sortit de l’estaminet en claquant la porte. Que manigançait ce colosse « aux pieds d’argile » ? La question demeura vive dans les esprits des consommateurs présents. En cette fin de matinée dominicale, les cloches se mirent à sonner. Les fidèles prirent alors la direction du lieu de culte. Personne ne voulait manquer la farce en vue.

Devant le porche, Lulu avait fait le « pied de grue » pour ne pas rater son entrée théâtrale.

Il laissa entrer le monde et vint prendre sa place au premier rang, sûr d’avoir été remarqué.

Les notables, déjà installés, s’étonnèrent de cette présence peu habituelle.

Le père Christian, dans son mot d’accueil, se félicita de voir son église aussi fréquentée. Il se déclara heureux de retrouver ses brebis égarées aujourd’hui revenues au bercail. A ces mots, le visage de Lulu s’empourpra comme une pivoine. Tous les regards se tournaient vers lui et il devenait le centre d’une histoire qu’il commençait à regretter d’avoir fomentée. Au grand désarroi des gens venus pour découvrir la surprise préméditée, la cérémonie se déroula tout à fait normalement.

Au moment de la consécration, le prêtre, selon le rituel, fit se transformer le pain et le vin en corps et en sang du Seigneur. Il prit l’Hostie et la porta en bouche puis, après avoir béni la burette contenant le vin, le versa dans le calice sacré qu’il porta à ses lèvres. D’abord, une odeur âcre et acidulée lui monta au nez. Puis, le goût qui lui vint n’avait rien d’agréable, on avait dû substituer le liquide sacré à un quelconque vinaigre infâme. Christian, très professionnel, n’en montra rien. Il ne devait pas faire mauvaise figure devant ses fidèles venus nombreux. Il avala l’infâme breuvage sans piper mot. La gorge brûlante, il assuma son rôle avec dignité. La fin de l’office venue, ayant devancé l’assemblée à la sortie, le prêtre eut un mot pour chacun des participants. Lucien, en se faufilant, essayait de se faire tout petit mais, le curé l’observait du coin de l’œil et l’attendait de « pied ferme ». Il s’adressa à lui :

—Peux-tu m’attendre un instant mon fils ? J’aimerais te dire deux mots.

—Mais bien sûr mon père, dit-il sur le ton d’un enfant qu’on vient de prendre le doigt dans le pot de miel.

—J’ai ouï dire que tu m’avais réservé une de tes farces ? Le vinaigre à la place du vin ?

C’est toi ?

— De quoi me parlez-vous curé ?

— Le calice de tout à l’heure contenait du vinaigre et non du vin de messe !

— Ah ! Je vous jure bien que non mon père ! J’avoue avoir eu l’intention de vous faire des plaisanteries pour vous déstabiliser, mais j’ai finalement renoncé.

Lucien défendit « pied à pied » ses arguments et démonta point par point l’ensemble des soupçons qui pesaient sur lui. Le curé « pied bot » le remercia pour sa sincérité et l’absout en lui accordant son pardon.

— Va en paix mon fils.

Alors qui ?

Plus il détricotait l’histoire et plus un nom s’imposait.

Qui a accès à la sacristie ? Qui possède les clefs de l’armoire des produits de messe ? Qui gravite en toute liberté autour du curé ?

En rentrant le soir au presbytère, il engagea une conversation avec sa dévouée Thérèse.

— Thérèse, il y a longtemps que je ne t’ai pas écoutée en confession ! Pourrions-nous convenir d’un rendez-vous ?

— Dès maintenant si vous le voulez mon père.

— Allons-y !

Le confessionnal ouvrit ses portes, puis chacun prit sa place, la petite trappe en bois grinça, le père allait-il avoir des aveux ?

« Deponatur sacerdos qui peccata poenitentis publicare praesumit ».

Autrement dit : « le prêtre qui ose rendre public les pêchés du pénitent doit être déposé ».

Alors ne comptez pas sur le curé « pied bot » pour en dire davantage.

De Marie-Josée

Une journée cocooning

Colette émergea lentement du pays des rêves quand elle entendit Paul pester dans la cuisine. Qu’était-il encore arrivé à Monsieur Catastrophe, se demanda-t-elle en s’extirpant des draps. Il était en train d’éponger le café qu’il avait renversé sur son pyjama quand elle le rejoignit.

—Je me passerais du petit-déjeuner, grommela-t-il en la bousculant au passage et ajouta :

—Dépêche-toi, nous ne sommes pas en avance.

Elle soupira, visiblement, il s’était levé du pied gauche.

—Au fait, joyeux anniversaire, lança-t-il par la porte entrebâillée de la salle de bain.

Il fallait effectivement se bouger, Paul avait réservé une journée cocooning dans les Vosges pour l’occasion et il y avait une bonne heure de route pour s’y rendre. A dix heures pétantes, les voilà au pied de l’hôtel cinq étoiles en question et d’après le nombre de voitures, ils n’étaient pas les seuls.

Le soleil qui filtrait à travers les nuages de temps à autre les rendait encore plus menaçants, les installations à l’extérieur ne trouveront donc guère d’amateurs. Les bâtiments étaient impressionnants, des tourelles, des grandes baies vitrées, des terrasses avec des parasols blancs, des parterres de fleurs sur plusieurs paliers, le tout dans un écrin de verdure. Ils gravirent les quatre escaliers qui menaient à l’entrée et l’hôtesse d’accueil leur indiqua le chemin pour se rendre à l’endroit réservé aux clients détenteurs d’un forfait à la journée.

Munis d’un panier avec peignoirs et serviettes, ils se dirigèrent illico vers les casiers pour y déposer leurs affaires et se mettre en tenue. Ils se fondirent parmi les silhouettes blanches qui partaient à l’assaut des saunas et des bains bouillonnants.

Bon pied, bon œil, ils partirent explorer les trois niveaux sur lesquels étaient répartis les installations plus insolites les unes que les autres. Un tonneau sauna, des paniers balançoires, des hammams avec vue sur les cimes des sapins. Ils décidèrent de tester la piscine, et horreur, Colette n’avait pas pied. Elle s’agrippa au bord et avança résolument vers les banquettes où étaient déjà allongés les premiers venus. Elle batailla contre les tourbillons et parvint à se hisser sur l’une des deux places encore libres. À peine installée, les remous s’arrêtèrent et il fallait qu’elle fasse des mains et des pieds pour les remettre à fonctionner. La pluie coulait sur les baies vitrées et les quelques courageux qui se trouvaient dehors se sont vite réfugiés à l’intérieur. Les saunas et les hammams furent pris d’assaut et en attendant que des places se libèrent, ils testèrent les lits à eaux. Les doigts de pied en éventail, ils se laissèrent envahir par l’ambiance feutrée de cet espace plongé dans la pénombre, avec un plafond étoilé et des bouleaux synthétiques.

Ils montèrent et descendirent à maintes reprises les trois niveaux, suèrent, se rincèrent et vers treize heures, ils décidèrent de combler le petit creux qui commençait à se faire sentir.

La formule comprenait le déjeuner sous forme de buffet et une collation en fin d’après-midi. La salle à manger fourmillait déjà de silhouettes blanches et Paul réussit à dégotter une petite table avec vue sur la terrasse. Ils firent le tour du buffet et en se tortillant pour attraper le bocal de cornichons, Paul se prit les pieds dans le tapis, trébucha, évita de justesse de renverser l’échafaudage savamment constitué en s’agrippant à Colette qui a réussi un numéro d’équilibriste pour ne pas laisser tomber son assiette. Tous les regards se tournèrent vers eux, confus. Paul se justifia en mettant en cause les chaussons qui n’étaient définitivement pas à sa taille. Ils firent profil bas et s’éclipsèrent en direction de leur table.

Ce petit incident avait plombé l’ambiance. Ils mangèrent en silence, Paul prit la parole uniquement pour commenter le prix exorbitant des boissons et Colette pour lui intimer l’ordre de faire attention en allant chercher le plat chaud. L’atmosphère se détendit au dessert et Paul suggéra :

—Si on faisait une croisière l’année prochaine ?

—Sérieusement ? Tu sais bien que je n’ai pas le pied marin. D’ailleurs, ce n’est pas encore d’actualité, on en reparlera à l’occasion. Dans l’immédiat, si on faisait une sieste bien méritée, proposa-t-elle.

Ils regagnèrent le premier étage et trouvèrent deux places sur des chaises longues autour de la piscine. La quiétude fut de courte durée, deux touristes italiens leur cassèrent les pieds avec leurs portables. Ils se réfugièrent dans le hammam tonneau, suèrent à grosses gouttes.

Ils frissonnèrent sous la douche froide et décidèrent de faire un dernier tour dans la piscine à remous.

En fin d’après-midi, quel plaisir de retrouver ses vêtements et d’être à nouveau au sec. Le soleil leur a fait un clin d’œil pendant qu’ils dégustaient quelques friandises avant de prendre la route.

—Alors ? Contente de ta journée farniente ? demanda Paul.

—Ça change, mais honnêtement, toute cette humidité, j’ai l’impression d’être imbibée comme un baba au rhum, plutôt un baba à l’eau, répondit-elle et ils éclatèrent de rire.

Au retour, une petite surprise attendait Colette dans sa boîte aux lettres. Une fée était passée et y avait déposé une enveloppe contenant un bon cadeau avec un petit mot : « Bon anniversaire, je t’offre une journée cocooning pour tes 70 printemps, je suis sûre que tu vas y prendre ton pied ! »

De Roselyne

Le pied, c’est le pied !

 Jean, pied à terre, pousse sa mobylette. Il maugréée malgré lui. Il savait que cette mésaventure devait lui arriver. A chaque fois qu’il prenait son engin à moteur, il devait regonfler son pneu arrière. Il n’a pas pris garde et, voilà aujourd’hui son pneu est bel et bien crevé. Il revient de sa pêche de pouces-pieds. Il est rétamé, car cette pêche n’est pas facile. Il faut être équilibriste pour sauter de rocher en rocher, être attentif à la vague qui peut venir fouetter et faire tomber le pêcheur. Jean le sait, aussi est-il toujours très prudent, sa vigilance est acérée. Le pousse-pied vit fixé au rocher, il faut suivre la marée descendante et partir aux premiers bruits de la remontée de celle-ci. Pour jean, c’est un plaisir et une passion de pratiquer cette pêche, tout en restant extrêmement concentré. Ce soir, malgré tout, il régalera sa tribu et ses amis avec ce crustacé qui ne se trouve sous le pied d’un cheval. Jean adore se retrouver autour d’une bonne table, entourée de ceux qu’il aime et qu’il apprécie.
Jean avance tranquillement vers sa maison. Il commence à faire chaud, malgré une petite brise marine, la fraicheur de son toit sera la bienvenue. Mathilde l’attend :

—Alors, Jean, tu as fait une bonne récolte ?

—Oui, ma Mathilde, regarde ! Suffisamment pour faire un festin ce soir. Mais, je vois que tu as travaillé d’arrache-pied, ton parterre de fleurs est superbe. Je pense maintenant que nous allons lever le pied, nous restaurer et nous reposer un peu pour recevoir dignement ce soir nos invités.

Pendant, la préparation des réjouissances, Jean dit à sa femme qu’un de leur voisin a mis son pied dans le soulier d’autrui.

—Pardon, lui dit Mathilde, tu peux m’expliquer, car je ne comprends rien à ce que tu me dis. —C’est une expression qui veut dire s’approprier le bien d’autrui sans autorisation. Donc, ce voisin a clôturé une parcelle de terrain qui ne lui appartient pas et ce, sans scrupule.

—Qu’il se débrouille, lui répond Mathilde, c’est pour ses pieds.

—Oui, tu as raison, il faut vraiment être bête comme ses pieds !

Les préparatifs avancent, les premiers invités vont pointer le bout de leur nez dans quelques minutes. Jean n’avait pas terminé sa phrase que le carillon se fait entendre et qu’une joyeuse bande claironne un bonjour à la volée. Tout ce petit monde, entre dans la cuisine :

—Hum que çà bon ici !

—Bon sang, cette odeur donne l’eau à la bouche c’est à se mettre les pieds sous la table. Aussitôt dit, aussi fait. Une bonne ambiance s’installe. Les discussions vont tous azimuts. Jean revient sur le voisin indélicat quand Pierrot intervient :

—J’allais vous en parler, mais tu m’as coupé l’herbe sous le pied. Il ne faut pas prendre tout au pied de la lettre, car ce voisin a fait un arrangement avec le propriétaire. Nous n’allons pas nous mettre sur le pied de guerre, pour une affaire qui ne nous concerne pas.

Le repas continue. Chacun commence à être un peu guilleret, la soirée avance tranquillement, peut-être un peu bruyamment. Chacun se régale de la cuisine de Mathilde, les pouces-pieds font l’unanimité. Mathilde a pris son pied à la préparation méticuleuse de ce plat pour qu’il soit savouré avec le plus grand plaisir.

L’heure est très avancée, c’est le moment de quitter cette table gastronomique. Certains des invités vont donner un coup de pied pour se rendre chez eux, d’autres leur véhicule avec beaucoup de prudence. De grandes embrassades pour clore et remercier Mathilde et Jean de ce festin.

—Rentrez bien les amis, attention à vous.

—Ma Mathilde, dit Jean sérieusement éméché, tu as cuisiné comme un chef, quel délice ! Mathilde l’embrasse et avec un grand sourire lui dit :

—Je crois « que tu as mis les pieds dans les vignes du Seigneur ». Bonne nuit, mon Jean ….

Je suis sûre que vous avez passé un sacré bon moment à lire toutes ces histoires. Merci à celles et ceux qui ont pris la peine de participer. Comme cela fait du bien en ce moment de discorde et de cacophonie!

Quant à moi, mon corps est lui aussi en pleine cacophonie. Je suis comme les fleurs de mon jardin, en pleine floraison. Pour tout vous dire, j’ai un champignon sur le flanc droit et le bras droit qui s’est invité sans crier gare. Je continue la guerre des boutons, entamée depuis un mois! 

Je suis parcourue de plaques rouges boutonnantes, qui me grattent et qui s’étendent. verdict du médecin: stress! Il ne manquait plus que ça, moi qui pratique le yoga et la méditation à longueur de semaine. 

Je suis fatiguée, et mon cerveau avait intégré que je devais arrêter ma carrière en ce mois de juin 2024. Or, il n’a pas accepté de prolonger d’un an, avec des heures sups de surcroît. Alors, il me le fait savoir. Il érupte, trace des sillons bien visibles. 

Avec les événements en cours et ce qui nous attend à la rentrée, je ne sais pas comment je vais tenir, physiquement et psychologiquement. Je ne voudrais pas finir en lambeaux!

Je vous souhaite une belle semaine créative.

Portez-vous bien, prenez soin de vous et prenons-nous toutes et tous pour faire un hug géant pour nous soutenir moralement.

Créativement vôtre,


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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