C’était incroyable de vous lire…tant de beaté, de rêveries, …jamais je n’aurais pensé que cette proposition aurait autant de succès.

Voici vos textes. Je vous en souhaite une belle lecture.

De Christine

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire.   

Parvenue en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur. Je ferme les yeux et je respire profondément pour ressentir la sérénité qui règne en ce lieu magique. Le froid semble moins mordant, mon souffle se diffuse en un léger brouillard dans l’air. J’écoute le doux murmure de la petite cascade qui sourde à travers un interstice creusé dans la roche. Tout autour de moi est minéral. J’entends des bruissements d’ailes au fond de la grotte, sûrement des chauves-souris que j’ai dérangées. Plus loin, le cri d’une chouette perce la nuit.

Je sens la puissance de la montagne qui m’entoure et j’ai l’impression d’être retournée aux temps anciens quand les hommes vivaient au rythme de la nature. Si je m’enfonce un peu plus dans la cavité, je m’attends à voir apparaître au fond de cette grotte une tribu préhistorique blottie autour d’un feu, admirant l’un des leurs en train de peindre un bison ou une scène de chasse.

Je m’avance prudemment, guidée par l’instinct et la faible lueur qui s’échappe du lointain foyer. Mes pas résonnent sur le sol de la caverne. La lumière se fait plus intense, et bientôt, je distingue les silhouettes des membres de la tribu. Ils sont là, vivants, comme si le temps s’était arrêté pour eux, figés dans une éternité de traditions et de mystères. Un vieil homme me remarque et se lève pour m’accueillir. Ses yeux pleins de sagesse me dévisagent avec curiosité. Il s’approche et me parle dans une langue que je ne connais pas mais que j’arrive malgré tout à comprendre. Il me raconte son histoire et celle de ses ancêtres. Celle de la nature qui les nourrit, celle des dieux qui les protègent. Il sait parce qu’il l’a vu en rêve que les générations futures saccageront tout. Alors, il se tourne vers moi et m’exhorte à protéger notre mère nourricière.

—J’aimerais bien, lui dis-je, mais comment faire ?

—Ecoute ton cœur et reste connectée à la nature. Voici quelque chose qui pourra t’aider, dit-il en me tendant un pendentif sculpté dans une pierre bleue, palpitant d’une énergie ancienne.

Je le passe autour de mon cou, et soudain je me sens enveloppée d’une force nouvelle, comme si les esprits de la montagne veillaient sur moi.

Je rouvre les yeux. La nuit est toujours aussi noire. Quel étrange rêve ai-je fait ? Serais-je entrée dans un endroit magique ? Non, je n’y crois pas, mais en baissant les yeux, je vois une petite lumière bleue pulser sur ma poitrine. Comment est-ce possible ?

Je redescends les marches pour revenir vers le monde mais je suis animée d’une énergie qui me donne envie de renverser des montagnes et de me battre pour défendre la Terre.

De Christine (proposition d’écriture N° 202- 10 expressions avec pied)

Depuis ce matin, François est grognon. Il s’est levé du pied gauche, tout va de travers. Sa tasse lui a échappé des mains et le café s’est répandu sur le sol de la cuisine. Al Capone, son chat, a vomi dans l’entrée durant la nuit et pour couronner le tout, il pleut des cordes. Autant dire qu’il n’a qu’une envie, retourner se coucher ou traîner les pieds dans l’appartement.

Mais il est au pied du mur, son éditeur lui met la pression depuis plusieurs semaines afin qu’il livre son prochain roman. Il a un gros retard sur le planning initial et doit s’y mettre d’arrache-pied pour finaliser les derniers chapitres.

Alors, il s’enferme dans son bureau en ordonnant de ne pas être dérangé. Il va faire des pieds et des mains pour livrer son manuscrit. Toute la maisonnée s’est donc mise à marcher sur la pointe des pieds, même le chat n’ose pas venir gratter à la porte comme il sait si bien le faire, se contentant de faire le pied de grue sur le rebord de la fenêtre.

François est impatient d’en terminer et de partir se reposer dans son petit pied-à-terre en Gironde. Il se voit déjà dans un transat sur la plage, les doigts de pied en éventail avec sa petite famille, à regarder son fils sauter à pieds joints dans les flaques ou courir à cloche-pied dans le sable.

Il lèverait enfin le pied et prendrait du bon temps avec lui. Quand il écrit, il s’éloigne des siens et se coupe du monde. Il profitera de cette parenthèse pour repartir du bon pied avec eux.

De Corinne (proposition d’écriture N° 193)

Je m’appelle Bernard Décaux. Au printemps 1924, je fête mes vingt ans et mon père, propriétaire de l’une des plus grandes conserveries de Douarnenez, m’offre comme cadeau d’anniversaire un billet de première classe de la compagnie générale transatlantique. J’embarque sur le paquebot France au Havre.

Peu après mon arrivée New-York, lors d’une soirée plus qu’arrosée dans un des nombreux bars clandestins, fleurissant dans une Amérique mise au régime sec, je fais la connaissance de Clarence Birdseye, fondateur d’une société pionnière dans le domaine de la congélation des aliments. Il m’entraine au petit matin dans un de ses laboratoires d’essai, au quatrième sous-sol des locaux de son entreprise. L’alternance entre le froid polaire et la solitude glaçante qui règnent dans ces caves et la chaleur étouffante et l’effervescence de la ruche bourdonnante des étages supérieurs, additionnée du café brûlant, pris dans le bureau de direction finissent de nous dessoûler.

L’alcool a eu comme effet aussi bénéfique qu’inespéré de débrider mon laborieux anglais scolaire et de décupler mes capacités de compréhension et surtout d’élocution dans la langue de Shakespeare. Notre conversation se poursuit donc à bâtons rompus.

Je suis fasciné par les talents de mon hôte, visionnaire pragmatique, éternel inventeur et alors qu’il évoque les difficultés économiques de son entreprise souffrant de manque de débouchés, j’entrevois les possibilités d’expansion de son activité en Europe. L’implantation de ses unités novatrices de congélation dans notre usine de Douarnenez nous permettrait d’étaler la production de boîtes de sardines sur toute l’année. J’élabore déjà l’argumentaire infaillible qui convaincra mon père de sauter le pas de cette modernisation avant-gardiste du processus de fabrication.

Afin de sceller notre amitié naissante et notre futur partenariat, Clarence me prie de l’accompagner dans son prochain voyage en Arctique. Il me fait comprendre que cette expédition sera pour lui un retour aux sources en hommage aux Inuits du Labrador qui lui ont inspiré ses découvertes techniques, tout comme l’occasion de tester ma résistance aux conditions extrêmes, mes capacités entrepreneuriales et ma motivation de chef d’entreprise. Avide d’aventures et de découvertes sur le monde et moi-même, j’accepte sans hésiter.

Je me retrouve quelques semaines plus tard sur la banquise, engoncé dans des vêtements en peau de phoque et de renne. Je suis tout à la fois assistant scientifique d’un biologiste un peu fou et explorateur anthropologue. Nous vivons comme les indigènes qui nous ont reçus dans leur village et multiplions les expériences grandeur nature du processus de congélation rapide. Au cours de l’une de ces journées éprouvantes, aux prises avec le froid polaire et le blizzard, mon attention et ma résistance me trahissent et le drame se produit. Après avoir bêtement trébuché sur un harpon, je chute dans un trou creusé dans la banquise et une gangue de glace emprisonne alors instantanément mon corps et ma mémoire, …pour combien de temps ?

Au printemps 2024, ma résurrection fait la une dans le monde entier. Une équipe franco-américaine de scientifiques venue étudier les conséquences du réchauffement climatique sur la fonte de la calotte glaciaire ont libéré mon sarcophage de son tombeau de glace lors du carottage d’un immense iceberg flottant. Comme le raconte son interview, qui tourne en boucle sur internet et a récolté plus d’un milliard de vues, mon corps toujours protégé par ses peaux de bête a soudainement fait surface tout près du kayak occupé par le responsable de la mission, dans une danse macabre et joyeuse à la fois autour de son embarcation de fortune, encombrée de matériel de recherche. L’équipe logistique et médicale de cette expédition, renommée aussitôt Hibernatus, a effectué des prouesses en me ramenant à la vie, après décongélation, soins intensifs puis transport vers Seattle via Anchorage en Alaska. Cela tient du miracle et me voici de retour à la civilisation, aussi frais et dispos, selon les principes de Clarence, qu’au moment de mon accident survenu il y a cent ans.

Je m’appelle Bernard Décaux, physiquement, j’ai toujours vingt ans, alors que d’après mon état civil, attesté par ma carte d’identité de Français, retrouvée dans la poche intérieure du veston que je portais sous ma parka de caribou, j’accuse cent vingt printemps.

Au début de l’été, jugeant mon état de santé compatible avec un voyage transatlantique, je suis rapatrié en France. Mon avion sanitaire atterrit à l’aéroport de Roissy Charles De Gaulle. J’arrive à Paris en même temps que de très nombreuses délégations d’athlètes, foules bruyantes et bigarrées qui s’interpellent en toutes les langues et bondissent joyeusement, comme des diables sortant de leurs boîtes, de couloirs en escalators et d’ascenseurs en magasins. Je me demande à haute voix si je vais avoir la chance d’apercevoir Johnny Weismüller, le célébrissime champion de natation américain. Moi, je traverse les nombreux halls du grand aéroport parisien, allongé sur mon brancard, pantin désarticulé et impuissant, héros malgré lui d’un marathon tragicomique sous un défilé de publicités en papier glacé le long des murs de mon interminable périple sur roulettes. Un encart géant tout en paillettes d’or vante les mérites du dernier parfum de Coco Chanel. Je cherche désespérément des yeux les portraits de Mistinguett ou de Maurice Chevalier qui m’inviteraient à aller les voir au spectacle. Je demande aux ambulanciers quelle revue de music-hall ils me conseillent pour cette fin de semaine. Ils éclatent de rire et me montrent du doigt l’immense banderole suspendue à la structure bétonnée et métallique du hall que nous traversons ; les gigantesques anneaux olympiques colorés sont surmontés d’immenses lettres capitales annonçant la cérémonie d’ouverture imminente des jeux de Paris, au-dessus de la devise « Plus vite, plus haut, plus fort, ensemble ».

Sans le vouloir, c’est la deuxième fois que les deux hommes en blanc qui m’accompagnent m’assassinent après m’avoir annoncé qu’il y a bien longtemps que Tarzan et son premier interprète au cinéma, mon idole conscrit Johnny Weismüller sont morts, le premier, détrôné par une succession de super héros, de plus en plus citadins et robotisés, le second, bouffi et ruiné, succombant d’un œdème pulmonaire dans un asile psychiatrique. Je me sens seul, si seul. Je ne veux pas finir ma vie comme Johnny, fou de solitude. Sur la banderole, il me semble que le dernier mot, ensemble, a été rajouté à la devise des jeux de 1924 et devant mes yeux fermés il danse en tremblant de toutes ses lettres. « Citius, Altius, Fortius- Communiter »… Ensemble …. Ensemble ?

Me voilà enfin dans la chambre de mon palace parisien, mon séjour est payé par des hommes d’affaire milliardaires, qui rivalisent de bonté pour se faire de la publicité. J’essaie de me détendre en prenant un bon bain moussant aux effluves de Coco Chanel. Le mot « Ensemble » se remet à danser derrière mes paupières closes. Je ne me suis jamais senti aussi seul. Maurice Chevalier a beau me chanter encore et encore dans les oreilles « dans la vie ne faut pas s’en faire, moi je n’m’en fais pas. », je ne peux pas me résoudre à oublier les petites et grandes misères que j’ai vu défiler sur un écran d’ordinateur portable pendant mon vol au-dessus de l’Atlantique.

Cent ans en dix heures, cela fait beaucoup pour un vieux jeune homme comme moi, beaucoup trop. Mes derniers souvenirs datent des Années Folles, quand l’insouciance, le développement des arts et de la culture étaient à leur apogée et que j’avais vingt ans. A ce temps- là ont succédé de sombres années auxquelles j’ai survécu, car je ne les ai tout simplement pas vécues, protégé par ma gangue glaciaire.

Grâce à ma congélation accidentelle, j’ai eu la chance de ne pas voir mon père faire faillite puis mourir, d’échapper à la crise économique de l’Entre-deux guerres, à la folie meurtrière de la Deuxième Guerre mondiale. La vieille Europe s’est reconstruite et réconciliée mais la guerre est de nouveau à notre porte et elle n’a jamais cessé dans de nombreux pays du monde ; notre planète est malade de la suractivité humaine. Le mot « ensemble » finit par se désagréger totalement, aspiré par la bonde de la baignoire. Je suis plus que jamais seul. A quoi bon revivre maintenant ?

J’enfile le peignoir luxueux et moelleux, pendu à la porte en acajou et sort de la salle de bains. Mes yeux parcourent la suite et son mobilier et se posent sur le somptueux bouquet de fleurs, surmonté de la carte de visite dorée d’Elon Musk et d’une enveloppe de soie moirée à ses initiales, contenant son cadeau d’anniversaire pour mes cent vingt ans. Mes yeux s’éclairent de mille feux, j’ai de nouveau vingt ans. Je vais utiliser son billet aller simple pour Mars, non sans emporter avec moi dans ma capsule de survie pour cette congélation volontaire et terminale, des montagnes de sardines en boîte de la marque Le Lézard Décaux, comme celles que j’ai pu admirer dans la devanture d’une épicerie fine à l’étage des commerces de luxe à l’aéroport ce matin et dont les ambulanciers ont vanté la qualité gustative incroyable, tout en regrettant leur prix prohibitif. La vue de ces piles multicolores de boites décorées avec goût du style Art Déco, sublimant le magnifique logo du lézard Bernard faisant un clin d’œil aux chalands m’a rassénéré ; je suis ravi et flatté que les descendants de mon frère cadet Lazard ait réussi à relancer la conserverie familiale dans les années deux mille, en axant le développement  de l’entreprise sur la qualité et le haut de gamme et en dédiant la marque à leur arrière grand-oncle Bernard, jamais revenu de son voyage vers l’Amérique en 1924. En mettant les sardines Le Lézard Déco dans la boite SpaceX, je vais enfin pouvoir contribuer à la réussite et au rayonnement international de la conserverie familiale par un coup de publicité phénoménal. Merci Bernard !

De Catherine M

Je ferme les yeux et les serre très fort.

J’attends que la salle se vide avant de les rouvrir. Je veux garder le plus longtemps possible, bien à l’abri derrière mes paupières, les dernières images du film.  J’étais tellement emportée par l’histoire que je me suis mise carrément à la place de l’héroïne ! Comme elle j’ai eu souvent froid pendant la séance, au point de remettre ma petite laine. J’ai même tremblé !

Certes, les évènements qu’elle a vécus étaient quelquefois difficiles, voire même éprouvants, mais elle a su les surmonter avec panache. Quel courage !

Et ce cadre somptueux !

On oublie souvent de saluer le remarquable travail des décorateurs qui doivent servir une mise en scène souvent exigeante, quelquefois loufoque. Mais là, tout était parfait, la musique qui prenait aux tripes ainsi que le jeu des acteurs que je ne vais pas oublier de sitôt.

Bon, je me lève et quitte la salle à regret. Je vais prendre le métro bondé et regagner mon petit studio en m’imaginant assise en tailleur devant un paysage où mon regard pourrait rejoindre l’infini.

De Dominique (proposition d’écriture N° 202- expressions avec le mot ‘pied’)

La confession.

Dans le village tout le monde l’appelait « pied bot ». Il souffrait depuis l’enfance de cette infirmité qui n’avait jamais pu être guérie. Ainsi, dans sa démarche claudicante et arythmique, les paroissiens le devinaient très vite quand il sortait du presbytère pour aller servir la messe.

Certains moqueurs l’appelaient « clic-clac » mais, le père Christian n’en avait cure, il avait tellement été raillé dans sa vie qu’il préférait lui aussi en rire. De toute façon sa mère, par amour pour son fils, l’appelait mon petit « pied beau », ça fait quand même une sacrée différence, non ?

Sur le chemin de l’église, le père Christian, dit « clic-clac », croisa des enfants qui jouaient à la marelle sur le parvis du saint lieu. Ils sautaient « à cloche-pied » pour atteindre le ciel, objectif suprême du jeu.

« Ah, si c’était aussi simple d’atteindre le firmament », pensa-t-il !

Puis, prenant à son tour le palet, l’ecclésiastique se mit à sauter de case en case sous les rires des enfants heureux de partager ce moment avec le curé. La suite se termina par une chute mémorable quand le père se prit les pieds dans sa soutane.

Les enfants s’exclamèrent, comme le voulait la règle du jeu :

— Monsieur le curé en enfer…

— Je n’ai vraiment pas le « pied marin », dit-il en riant.

Thérèse, la vieille bigote ancienne institutrice en retraite, réprimanda le curé ;

— Allons Monsieur Christian, la marelle, ça n’est pas un jeu pour l’adulte que vous êtes ! Et vous les enfants vous allez me faire le plaisir de déguerpir rapidement sans oublier de nettoyer les graffitis que vous avez laissés sur le parvis.

— Thérèse, ce ne sont que des gosses, laisse-les jouer à leur aise.

La vieille, piquée au vif répliqua ;

— On voit que ça n’est pas vous qui devez vous mettre à genoux la brosse à la main pour effacer les vilaines traces de craie ! L’église et la place ne sont pas des endroits pour jouer à la marelle ! Vous êtes toujours à prendre le parti pour ces garnements. J’ai été institutrice pendant longtemps et je les connais ces gosses, donnez-leur un doigt et ils vous mangent la main.

— Laissons les enfants jouer tout leur saoul et allons préparer la messe Thérèse !

L’église, qui grâce aux soins méticuleux de la bigote était toute pimpante. Les chaises semblaient avoir été rangées comme si on les avait alignées au « pied à coulisse ». L’hôtel, gaiement fleuri sentait bon le propre. On l’aura bien compris, la dévote espérait ainsi gagner sa place au paradis chez « les gentils » tout là-haut.

Pendant ce temps au bistrot « La sacristie », pour commencer la journée du bon pied, les habitués commandaient leur « café crème » bien tassé.

Lucien, le « pied nickelé » du village, fainéant notoire et farceur de première comme à son habitude, se moquait du père Christian. Il se vantait d’une blague qu’il ferait bientôt au curé à l’occasion d’une de ses messes. Il avait la rancune tenace et voulait se venger du prêtre qui un jour le sermonna sur les menus larcins qu’il commettait au sein du village. Il lui avait promis le purgatoire s’il ne rentrait pas dans le droit chemin.

« Seule ta présence à la messe pourrait atténuer le courroux du Tout-Puissant », lui avait-il dit.

— Vous verrez ce que vous verrez, un jour je vais le ridiculiser devant tout le monde et l’église entière va s’écrouler de rire. Il l’aura bien mérité ce curé boiteux.

— Arrête de nous « casser les pieds » avec ça Lulu, à part jouer du « pied de biche » pour chaparder nos poules, jamais tu n’auras assez d’audace pour passer à l’acte.

Alors le grand Lulu, bougonnant dans son coin déclara :

— Aujourd’hui j’irai à la messe de 11 heures !

Et il sortit de l’estaminet en claquant la porte. Que manigançait ce colosse « aux pieds d’argile » ? La question demeura vive dans les esprits des consommateurs présents. En cette fin de matinée dominicale, les cloches se mirent à sonner. Les fidèles prirent alors la direction du lieu de culte. Personne ne voulait manquer la farce en vue.

Devant le porche, Lulu avait fait le « pied de grue » pour ne pas rater son entrée théâtrale.

Il laissa entrer le monde et vint prendre sa place au premier rang, sûr d’avoir été remarqué.

Les notables, déjà installés, s’étonnèrent de cette présence peu habituelle. Le père Christian, dans son mot d’accueil, se félicita de voir son église aussi fréquentée. Il se déclara heureux de retrouver ses brebis égarées aujourd’hui revenues au bercail. A ces mots, le visage de Lulu s’empourpra comme une pivoine. Tous les regards se tournaient vers lui et il devenait le centre d’une histoire qu’il commençait à regretter d’avoir fomentée.

Au grand désarroi des gens venus pour découvrir la surprise préméditée, la cérémonie se déroula tout à fait normalement. Au moment de la consécration, le prêtre, selon le rituel, fit se transformer le pain et le vin en corps et en sang du Seigneur. Il prit l’Hostie et la porta en bouche puis, après avoir béni la burette contenant le vin, le versa dans le calice sacré qu’il porta à ses lèvres.

D’abord, une odeur âcre et acidulée lui monta au nez. Puis, le goût qui lui vint n’avait rien d’agréable, on avait dû substituer le liquide sacré à un quelconque vinaigre infâme. Christian, très professionnel, n’en montra rien. Il ne devait pas faire mauvaise figure devant ses fidèles venus nombreux. Il avala l’infâme breuvage sans piper mot. La gorge brûlante, il assuma son rôle avec dignité. La fin de l’office venue, ayant devancé l’assemblée à la sortie, le prêtre eut un mot pour chacun des participants.

Lucien, en se faufilant, essayait de se faire tout petit mais, le curé l’observait du coin de l’œil et l’attendait de « pied ferme ». Il s’adressa à lui ;

– Peux-tu m’attendre un instant mon fils ? J’aimerais te dire deux mots.

— Mais bien sûr mon père, dit-il sur le ton d’un enfant qu’on vient de prendre le doigt dans le pot de miel.

— J’ai ouï dire que tu m’avais réservé une de tes farces ? Le vinaigre à la place du vin ?

C’est toi ?

— De quoi me parlez-vous curé ?

— Le calice de tout à l’heure contenait du vinaigre et non du vin de messe !

— Ah ! Je vous jure bien que non mon père ! J’avoue avoir eu l’intention de vous faire des plaisanteries pour vous déstabiliser mais, j’ai finalement renoncé.

Lucien défendit « pied à pied » ses arguments et démonta point par point l’ensemble des soupçons qui pesaient sur lui. Le curé « pied bot » le remercia pour sa sincérité et l’absout en lui accordant son pardon.

— Va en paix mon fils.

Alors qui ?

Plus il détricotait l’histoire et plus un nom s’imposait. Qui a accès à la sacristie ? Qui possède les clefs de l’armoire des produits de messe ? Qui gravite en toute liberté autour du curé ?

En rentrant le soir au presbytère, il engagea une conversation avec sa dévouée Thérèse.

— Thérèse, il y a longtemps que je ne t’ai pas écoutée en confession ! Pourrions-nous convenir d’un rendez-vous ?

— Dès maintenant si vous le voulez mon père.

— Allons-y !

Le confessionnal ouvrit ses portes puis chacun prit sa place, la petite trappe en bois grinça, le père allait-il avoir des aveux ?

« Deponatur sacerdos qui peccata poenitentis publicare praesumit ».

Autrement dit : « le prêtre qui ose rendre public les pêchés du pénitent doit être déposé ».

Alors ne comptez pas sur le curé « pied bot » pour en dire davantage.

De Louisiane

Le cri des chauves-souris

Je ferme les yeux. J’ai dû m’endormir longtemps. Maintenant il fait nuit noire. Je ne distingue pas les aiguilles de ma montre. Je me mets debout avec peine. Je sens les fourmis dans mes jambes. Je fais quelques pas ma main sur la roche pour me dégourdir. Je ne sais pas où je vais.

C’est dangereux. J’ai peur. Quelle idiotie cette dispute ! J’ai laissé mon sac à dos en bas avec Alain. Je n’ai rien contre le froid, ni contre la pluie, ni la faim, ni la soif, ni le noir, ni même un kleenex. J’ai peur, vraiment peur, une peur d’enfant. Je n’ai même pas mon portable ! De toute façon, il n’y a pas de réseau ! Alain ne m’a pas retenue, il a sorti ses cartes. En fait, nous étions perdus. Il n’a pas voulu le reconnaître. J’aurais dû lui dire qu’il avait raison, mais j’étais si sûre de moi ! On était bel et bien perdus. Il avait beau tourner ses cartes dans tous les sens, il ignorait où nous étions. Et personne ne le savait non plus.

La forêt était de plus en plus touffue. C’était à ce moment que la colère m’a prise et a éclaté. Lui n’a rien dit. Et je suis partie pour me calmer. Mais je suis montée trop haut, trop loin. Et maintenant je suis encore plus perdue ! J’attends que mon cœur s’arrête de cogner ainsi. Je n’ai qu’une solution. Attendre. Attendre que le jour se lève.

Y-t-il des bêtes dans cette grotte ? J’ai très peur des chauves-souris. Peur de leur cri, peur qu’elles se prennent les pattes dans mes cheveux. Je me racle la gorge. Cela fait un bruit énorme qui résonne au loin. Et des battements d’ailes … Je ne vais pas plus loin… A tâtons, je sens un rocher moussu. Je m’y adosse les jambes remontées, mes mains croisées sur mes genoux, la tête baissée. Je sens le froid de l’air. Je claque des dents. J’essaie de m’endormir. Pas moyen. J’ai dû dormir un bon bout de temps tout à l’heure. Quelle heure peut-il être ? Je n’ose pas appeler au secours.

Le jour. J’attends le jour en essayant de percevoir quelque chose … je compte les secondes … Je cesse au bout de 62… Une heure ou deux passent …enfin j’en ai la sensation…Je sens des odeurs de terre humide, de feuilles craquantes, de salpêtre et de pin, je pense au parfum Terre d’Hermès … à la chaleur des Grands Magasins …

Soudain, j’entends un bruit de branches cassées qui vient de plus bas … une respiration… je retiens la mienne…le bruit se rapproche avec un halo de lumière blanche … qui s’arrête … et reprend …  Je m’apprête à mourir … mais quelqu’un prononce mon prénom …

Emma ? Emma tu es là … ?

C’est lui, c’est Alain, il m’a retrouvée !!

J’ai du mal à dire Alain … Je suis là …je ne peux me lever … sa torche m’éblouit … Il me tend ses mains, dit je suis désolé, je lui tends les miennes, étreins son cou en écrasant  de tout mon poids mon sac qu’il porte devant ….  Il m’embrasse dans le cou …  Mes jambes flageolent … Je n’attends plus rien …Et je ferme les yeux …

De Francoise V

ET PUIS APRES …

Je ferme les yeux. Le froid raidit mes muscles. Mes jambes en position assise en x deviennent douloureuses. Je tiens en équilibre sur les marches. Si je déplie mes jambes, sans ouvrir mes yeux, je risque de tomber… Mais les yeux fermés, je me sens bien, alors je prends le risque de me détendre, sachant qu’en bas, un gouffre noir et béant s’ouvre à moi. Je tombe comme une pierre, je roule.

J’ai pris le risque, comme j’ai pris le risque de quitter ma maison, dans le désespoir. Je voulais prendre du recul devant ma vie, mais là ce n’est plus du recul, c’est une chute au risque de me tuer ! Qu’ai-je fait ? Ma tête a heurté la roche, je perds connaissance quelques instants. En fait, je me suis assommée, je saigne à mon réveil. Ma montre est épargnée dans cette chute. Elle me prouve qu’il y a deux heures que je suis tombée, là dans cette grotte. Je suis pleine de boue. Mon sac à dos a protégé en partie mon corps raidi et douloureux. Je grelotte, il fait tellement nuit que je ne vois plus l’ouverture de ce gouffre.

Pas la moindre lumière lunaire, pas d’étoile. Je crois que je suis loin de l’entrée. Je me demande si je dois continuer à marcher avec ma petite lampe de poche ou si je dois remonter la pente boueuse sur laquelle j’ai roulé. Curieuse, je décide de descendre avec ma torche et je me retrouve dans une grand salle. Cette grotte m’offre une féerie de stalactites et de stalagmites. C’est magnifique. Ma petite lumière dessine des traits sur cette architecture naturelle. Je suis dans l’émerveillement d’une cathédrale !

Mais j’ai très sommeil. Le choc m’a vraiment fatiguée. Je sors ma couverture de survie, toujours dans mon sac, et je m’enveloppe pour dormir appuyée contre la roche humide et glacée. Je repense aux nuages bleus que j’ai vu à l’entrée de la grotte, je suis assise dessus… je flotte, je m’endors.

Au petit matin, j’entends du bruit venant du haut. Je vois des lampes qui essaient de m’éclairer. Apparemment, on me cherche car on m’appelle. De ma voix cassée et angoissée, je réponds en criant que je suis là. On me lance une corde et quelqu’un vêtu d’une combinaison jaune orange, casqué, harnaché de matériel de spéléologie, descend en même temps.

– Que faites-vous là ? me demande l’individu. Vous êtes blessée ?

– Je suis tombée du haut de la marche, je crois.

– On vous cherche depuis hier car votre famille s’est inquiétée. Une amie nous a parlé de vous, elle craignait le pire car elle savait que vous aviez quitté la maison pleine de tristesse en direction de ce chemin aboutissant à la grotte. Elle nous a prévenu et nous avons retrouvé votre gourde et votre foulard à l’entrée de cette grotte. Allez, laissez-vous faire, je vous attache. Nous allons vous remonter.

J’étais à la fois heureuse que l’on m’ait trouvée, et déçue de n’avoir pas pu acheminer mon parcours seule pour prendre du recul devant ma vie. Ce sauvetage m’a rendu reconnaissante des personnes qui se sont fait du souci pour ma disparition. Je pense qu’une page s’est tournée pour moi, je pense que je vais retrouver ma vie avec un autre regard.

De Anne-P

(…) Je ferme les yeux. L’horloge au mur marque 23h25. Une alarme me réveille en sursaut. Le signal de la machine m’indique que je suis toujours bien vivant. Le tube, fixé à mon bras, me rappelle où je suis : seul, dans une chambre d’hôpital. Je réalise que la source de la sonnerie rythmique et irritante provient de la pompe intraveineuse située à côté de mon lit. Dans le couloir, des bruits de chariots que l’on pousse, le grincement des souliers du personnel infirmier se déplaçant d’une chambre à l’autre, une porte qui claque, des voix qui s’entremêlent.

Je replonge dans un demi-sommeil profitant d’un moment où la douleur a quitté mon corps. Je me sens léger. Dans mon rêve, je suis sur la plage : accroupi face à la mer, je bâtis à bout de bras un rempart pour protéger le château de sable construit avec mon père. La journée est ensoleillée. Le ciel bleu est parsemé de nuées blanches dont le soleil ne prend pas ombrage. Les vagues déferlent dans un mouvement de va et vient régulier et prévisible. Je rêve. Parfois, une vague un peu plus grosse que les autres me rappelle à l’ordre et je me remets à creuser pour consolider cette forteresse que la mer ne pourra détruire. J’imagine que je suis un chevalier, j’ai une armée et surtout une grande épée. Je ne suis pas très rassuré, mais je sais que je peux compter sur mon père à mes côtés. La marée est montante. Cela ne m’inquiète pas, je me sens fort et prêt à tout pour l’affronter. Alors, je ramasse ma pelle et mon seau et poursuit l’œuvre de ma vie. Sous son grand chapeau de paille, ma mère se repose et m’observe. J’aime son air mystérieux et le bleu de ses yeux.  Ce jeu que j’ai inventé la rend heureuse, je le sais. Elle aime les aventures imaginées. En allant à sa rencontre, le sable blanc et chaud masse mes pieds et s’infiltre entre mes orteils. Petit à petit, les souvenirs remontent à la surface : j’étais enfant. Elle m’appelait “son petit Prince”. C’étaient les grandes vacances. Ensemble, les soirs d’été, nous regardions le firmament étoilé. J’étais libre de faire ce qui me plaisait. Le temps n’avait plus d’emprise sur moi. Pourtant, au fond de moi, je savais déjà qu’un jour ou l’autre, je devrais me battre, construire des murailles pour ne pas me laisser envahir par les flots et puis finalement me laisser bercer et accepter de m’en aller.

Les rayons du soleil du petit matin se glissent à travers les stores illuminant l’horloge. Il est 5h30.  Aujourd’hui sera une belle journée , alors que mes yeux se font lourds, je m’abandonne une nouvelle fois dans un profond sommeil.

De Manuela

Je ferme les yeux

Je ferme les yeux. J’ai de plus en plus froid. Il faudrait que je rentre, mais la nuit est d’un noir profond, pas de lune ni d’étoile. Descendre les escaliers en pierres, pleins de mousse glissantes serait très dangereux, rester assis sur le sol est aussi risqué. Il n’y a dans cette grotte, aucun bruit perceptible à l’oreille, peut-être au loin un bruit de vagues.

Soudain, une musique me parvient. Une valse, « Une valse à mille temps », valse écrite en 1959 et chantée par Jacques Brel, une valse entêtante, une valse magique et enivrante. Je commence à bouger mon corps, mes jambes et enfin mes bras. Le rythme est en moi, je me lève, et je garde les yeux fermés. Je vis la musique dans ma tête et je pars dans une valse endiablée, tempo de plus en plus rapide. Je n’entends au loin que la musique mais pas les paroles. Je dois donc chanter et danser en même temps. C’est une folie quand vient la fin : j’ai du mal à rester debout, surtout avec les yeux fermés, je suis essoufflée mais je suis heureuse. Je commence à me réchauffer. J’ouvre les yeux, la nuit est toujours aussi sombre. Mais pourquoi dois-je fermer les yeux ? Je dois fermer les yeux quand je suis fatiguée mais pas quand je danse, donc à partir de maintenant, mes yeux resteront ouverts, ce sera mieux pour danser, pour garder l’équilibre.

Une seconde musique arrive à mes oreilles : Jimmy Cliff et son reggae bien connu « Reggae Night ». Je danse et je chante, faux certes, avec de nombreux trous dans les paroles. Mais qu’importe, je chante à tue- tête. Ça me rappelle ma jeunesse. A l’époque, je pouvais danser jusqu’au bout de la nuit, avec une bande d’amis du lycée. Le reggae était bien présent au cours de ces soirées, entrecoupé de nombreux slows. Je me souviens d’avoir beaucoup aimé et dansé, enlacée dans les bras de Marcel, mon petit ami du moment. Notre slow favori, chanté par Johnny Hallyday avec sa voix grave : « les portes du pénitencier bientôt vont se refermer et c’est là que je finirais ma vie » … Mon cœur s’accélère quand j’entends ce tube de 1964. Danser un slow toute seule n’est pas chose facile. Je m’enlace avec mes bras et commende à bouger d’un pas lent, en tournant et tournant encore sur moi-même. Je ne voudrais pas que cela s’arrête mais toutes les bonnes choses ont une fin. Je pleure.

Viens le tour de ce nouveau reggae, chanté par Serge Gainsbourg : « Aux armes et cætera », sorti en 1979 (encore une vieillerie), suive de deux chansons de Bernard Lavilliers, « Couleur de peau » et « Etat des lieux ». Deux belles chansons tristes mais qui ne peuvent plus ressortir de votre tête une fois le rythme dans la peau.

Un petit air d’accordéon arrive à mes oreilles, j’ai oublié le titre de la chanson chantée par les ogres de Barback. L’accordéon est une instrument miracle pour danser. Des souvenirs me reviennent, j’ai maintenant les yeux ouverts, je me rassois en tailleur, j’avais 20 ans et je vivais ma vie à pleine dent. J’ai rencontré Yves à cette période. Il était un très bon danseur et moi aussi, sans vouloir me flatter. Tous les samedis, nous allions à des bals populaires, des bals de mariage. Nous dansions l’un contre l’autre, des tangos, des marches et surtout des valses. Il m’a appris à tournoyer dans les deux sens, à droite « le plus facile », mais aussi à gauche que peu de danseurs connaissent. Nous rentrions tard dans la nuit après quelques verres de vin fort médiocre ma foi, chacun chez soi, avec un petit baiser sur la joue. Reprendre la route après ces sorties était une épreuve car la fatigue était là.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je portais de larges robes aux couleurs flamboyantes avec un petit foulard assorti, des chaussures plates. Nous attendions avec impatience le samedi suivant.

J’ai à nouveau froid, je ne danse plus, je me suis endormie au milieu de me souvenirs, souvenirs heureux, souvenirs de ma jeunesse. Je suis réveillée par un trait de lumière qui vient du fond de la grotte. L’horizon est de nouveau nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux. Je repars par l’escalier en pierre, un peu glissant, en reprenant une bonne partie des chansons entendues la nuit précédente et qui m’ont fait danser.

Je suis heureuse.

Je rentre chez moi, je mets en route mon gramophone. Un vinyle …

De Catherine

LUI

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenu(e) en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur.

Je ferme les yeux ….

Je n’ai même pas peur. Si je tremble, c’est juste à cause de la température fraîche et du vent léger qui court sur ma peau et me fait frissonner. Je suis sereine, je sais qu’il va apparaître, là, devant moi, et m’emporter dans son monde, un monde merveilleux où tout n’est que beauté. Alors j’attends, et j’écoute les bruits, même infimes, qui pourraient me laisser penser qu’il va se matérialiser sous mes yeux. Je respire doucement, je hume la moindre petite odeur qui m’indiquerait une présence inconnue

Je touche le sol, il est froid, lui aussi, mais il est doux. On dirait du sable très fin et je l’imagine blanc, immaculé.

Soudain, il est là ! Je le sens, je le sais. Mes yeux restent clos et je frissonne d’impatience et d’envie. Envie de le regarder, de le découvrir, mais je recule ce moment, préférant maintenir le mystère. Sous quelle forme va-t-il me surprendre ? Je l’imagine depuis si longtemps que je lui ai prêté des traits différents. Et je ne sais plus, finalement, à quoi il va ressembler.  Sera-t-il beau, grand, viril ? Est-ce un homme ou un animal ? Il ne parle pas, ne rugit pas non plus …. Me laissant dans l’expectative.

Je le sens, il approche. J’entends des pas légers, aériens. Il doit être doux, attentionné. D’ailleurs, pourquoi me voudrait-il du mal, à moi qu’il ne connaît pas ? Il est maintenant tout près de moi, je sens son souffle sur la peau de mes bras nus. Va-t-il me toucher ? Un frisson me parcoure. J’entends un son léger, comme une plainte toute douce. Il prend son temps, ne me bouscule pas. Mais je suis prête, je l’attends.

Je l’ai senti, comme une caresse sur ma joue. Sa main, ses doigts ? C’est doux et chaud. Que cela fait du bien. Tout à coup me prend une envie de m’endormir pour toujours, pensant avoir vécu le meilleur. Il continue, mon front, mon cou, mes bras …. C’est un frôlement plus qu’une caresse, qui laisse une sensation d’apaisement sur tout mon corps. Il ne cherche pas à me dévêtir, il glisse sur tout mon corps et me remplit de douce chaleur. Je me rappelle ce parcours pour arriver jusqu’à Lui ; ce froid tordant, cette mousse humide, ces marches écornées et cette grotte que je croyais sombre et lugubre, mais qui était en fait un ciel parsemé d’étoiles et de petits nuages romantiques. Un chemin vers le bonheur ?

Un petit chant mélodieux. C’est Lui, je le sais. Il ne parle pas mais s’exprime en mélodie. C’est tendre, c’est réconfortant. Il chante pour moi, uniquement pour moi et moi j’écoute, je savoure cette chance. Les notes entrent dans mes oreilles avec des arpèges légers. Ils arrivent jusqu’à mon cœur qui bat doucement, de façon régulière. Je suis émue, je suis touchée, mais je ne l’exprime pas. C’est juste une sensation intérieure de bien-être.

Et puis, doucement, il me soulève, m’emporte. Je ne sais pas où, mais est-ce important ? Je suis là, avec Lui et c’est bien le principal. Blottie dans ses bras, je sens son odeur de terre, d’humus. Un homme des bois ? Je voudrais que ce voyage dure longtemps, qu’il m’emmène dans son univers et me fasse découvrir une face cachée du monde. J’ai perdu la notion du temps et je ne sais pas depuis combien de minutes je suis serrée contre Lui, mais je suis bien. Sans doute arrivés à destination, il me pose doucement. Est-ce un lit, un divan ? C’est moelleux et je m’y enfonce avec volupté. Et j’attends de nouveau. Plus un bruit, plus une odeur …. Est-il parti, me laissant seule ?

J’ouvre les yeux ….

Il n’est pas là, la pièce est vide. Je regarde autour de moi et découvre avec stupéfaction que je suis dans ma chambre. Mes cadres sont là, à leur place. Mes vêtements de la veille sont posés sur la chaise près de mon lit, bien pliés. Mes cahiers sont alignés sur mon bureau et attendent que je poursuive mon exercice d’écriture. J’entends maintenant parfaitement les bruits de la maison. Ma mère qui s’est levée aux aurores et qui prépare déjà le petit-déjeuner. Mon père qui siffle dans la salle de bains ….

Ce n’était donc qu’un rêve ? Mais quel joli rêve …. Je voudrais déjà y retourner.  Merci mon bel inconnu pour m’avoir fait vivre un moment magique, hors du temps.

De Lisa

Ma chère Lise,

Je n’ai pas vu grandir mon aîné à la clé

A cause de mon métier, durant toutes ces années

Je n’ai pas su lui dire « je t’aime » à ses côtés

Car l’absence d’un père est venue m’empoisonner

Quand les nouvelles tombent à petit feu

Je ne sais pas quoi te dire pour être à deux

Quand le cœur ferme ses portes, par peur d’être plus que deux

La passion risque de prendre son vol pour la routine au pieu

Pour revenir à notre relation, à trop se préserver

Les rumeurs toquent à nos portes si notre amour est vrai

Ne portons pas de chaînes pour encore pleurer

Mais oublions que l’on s’aime pour préserver nos métiers

Je n’ai pas vu vieillir l’amour de mes parents

Alors l’annonce de ce gosse est un risque à plein temps

Entre relation patron/employée et les rumeurs qui circulent

Oublions que l’on s’aime pour que ton cœur ne me fasse pas de la peine

Je la relie et relie x fois, car je voudrais garder ce bébé. Mais je vais perdre le patron, l’homme et le père de mon enfant. Je ferme les yeux.

De Jean-Michel

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenu en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur. Je ferme les yeux.

Je devrais avoir peur, seul dans cette grotte, à la merci du premier prédateur, et pourtant…Je sais que dans cette voute étoilée, mon nom est inscrit et qu’au-delà, il y a une présence. Le ciel n’est pas vide : c’est simplement que nous ne savons pas le regarder avec les bons yeux, ceux du cœur. Il me faut apprendre à aimer, quel qu’en soit le prix, dussé-je renoncer à mes privilèges, me faire petit et accepter d’apprendre, comme un enfant qui découvre la vie avec émerveillement.

C’est ainsi que j’ouvre les yeux. Ce que je découvre est merveilleux. Un ver luisant m’éclaire doucement. Une chouette ulule pour signaler sa présence. On distingue dans la pénombre des animaux qui se faufilent. Mais surtout, il règne un silence, qui n’est pas un silence anodin. Il n’a pas besoin de mots pour parler de lui-même, et c’est à nous de savoir l’écouter pour comprendre ce qu’il a à nous dire.

Alors je me tais. J’accueille cet instant unique, magique. Et je suis heureux.

De Claude

GARY GUETTE

Elle ferme les yeux. Et d’un seul coup, les événements de la soirée lui reviennent en rafales : il est environ trois heures du matin lorsqu’elle et Gary, son amant, quittent la boîte de nuit. Elle est passablement ivre, mais il la laisse prendre le volant de sa voiture. Et c’est en traversant le village qui jouxte son manoir, alors que les rues sont étroites, peu éclairées, mais heureusement désertes, qu’un choc mou mais violent se produit. Elisabeth freine sèchement, par automatisme, et regarde autour d’elle sans comprendre. Le regard hébété, le visage hagard, Elisabeth somnole sur son volant. Gary est sorti. Il fait nuit noire. Il revient dix minutes plus tard traînant un corps qu’il jette sans ménagement dans le coffre de la BMW.

—Que s’est-il passé ? », s’enquiert Elisabeth d’une voix éraillée.

—C’est un homme, un clochard, je pense. Il est mort. Il a dû heurter le bord du trottoir en tombant. Laisse-moi faire ! Tu ne tiens pas à passer le reste de ta vie en prison, n’est-ce-pas? Autrement, dis-le-moi !

—Je vais te ramener chez toi, au manoir, et tu vas essayer de dormir pendant que je m’occuperai du corps. Mais c’est de la pelle qui se trouve dans ta remise dont j’ai d’abord besoin. Tiens, c’est drôle, la pelle, alors qu’on est le 18 juin !

Gary est de retour à 11 heures. Une douche tonique et un petit déjeuner copieux l’ont remis en pleine forme. Elisabeth se lamente, déprime, assure qu’elle vit un cauchemar, mais au fil des semaines, son état s’améliore. Gary s’en réjouit.

Le malheureux accident semble oublié. Jusqu’au jour où Elisabeth lui tend, l’air grave, deux photos reçues le matin même : sur l’une, on la voit les deux mains posées sur le volant de sa BMW, sur l’autre, elle apparaît de trois quarts tandis que la plaque d’immatriculation de la BMW est bien visible. On peut lire, en bas à droite :

18 juin 2024. 04h 25. Elisabeth s’étonne :

—Comment est-ce possible ? La rue était déserte et on n’y voyait goutte. Quelqu’un caché sous un porche ? Un policier ? A cette heure-là ? Un paparazzi qui nous aurait suivis ?

Gary comprend tout de suite qu’il s’agit d’un chantage et appelle aussitôt le numéro de téléphone inscrit au dos des photos. Il ne s’est pas trompé. Il s’agit bien d’un maître chanteur qui exige 50 000€ pour son silence et veut cette somme dans les trois jours ! Sinon, ces photos ainsi que trois autres photos tout aussi explicites atterriront sur un bureau de la Police judiciaire. Avec une lettre explicative.

Il donnera d’autres instructions très bientôt.

Elisabeth s’interroge : doit-elle payer, sachant que les exigences du maître chanteur ne s’arrêteront peut-être pas là ?

Gary, lui, envisage une solution beaucoup plus radicale. Mais Elisabeth intervient aussitôt avec fermeté : « N’y pense même pas !».

Il n’est évidemment pas très difficile pour la fille d’un magnat de l’industrie de réunir la somme. Un coup de fil à sa banque suffit. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, 50 0000€ rentrent sans difficulté dans un attaché-case discret. En liasses de 200 €. Cinq tas de cinquante liasses.

Le maître chanteur est malin. Il a choisi un lieu public très fréquenté pour la remise de l’argent : les Galeries Lafayette. Et il est bien sûr hors de question de prévenir la police.

Gary est à l’heure au rendez-vous. Il fait semblant de s’intéresser au rayon des parfums lorsqu’il reçoit une petite tape sur l’épaule.

—Alors, tu l’as, l’argent ? lui demande un gars brun, trapu, vêtu d’une salopette bleue.

—Allons à ma voiture ! Elle est garée au parking souterrain.

Une fois installés dans sa Mercédès, Gary donne généreusement quelques liasses à son ami Patrick. C’était l’accord qu’ils avaient conclu. Tout va comme sur des roulettes. L’avion de Gary décolle cet après-midi à 17 heures. L’aube d’une nouvelle vie au soleil se profile enfin !

Il éprouve le besoin de se confier à son complice.

—Je n’ai rien à me reprocher, mais il faut toujours craindre la vengeance d’une femme amoureuse.

—Rien à te reprocher ? Tu n’exagères pas un peu ? Et le cadavre que tu as enterré dans la forêt ?

—Tu n’y es pas du tout ! Elisabeth n’a tué personne. Juste un chien errant que j’ai jeté dans une poubelle. J’ai profité des circonstances pour lui faire croire à mon histoire, après avoir pris quelques photos d’elle, affalée sur son volant.

L’affaire aurait pu s’arrêter là si Patrick ne s’était pas montré plus gourmand.

—Tu voudrais que je me contente de quelques miettes quand toi, tu prends la plus grosse part du gâteau ? argumente-t-il.

—Mais c’est ce qui était convenu entre nous. Pour deux appels téléphoniques ! C’est plutôt bien payé, reconnais-le ! réplique Gary.

—Peut-être, mais je viens de changer d’avis.

Et il termine sa phrase en sortant un P 38, pour appuyer sa demande.

—Sers-toi, l’attaché-case est derrière toi ! cède Gary.

Et il lui saute aussitôt à la gorge. On entend une détonation. Des lèvres de Patrick s’échappe un mince filet de sang.

—Et voilà ce qui arrive à ceux qui ne respectent pas leur parole ! pense Gary.

Il s’apprête à sortir de son véhicule pour charger le corps de Patrick dans le coffre, quand un homme grand, jeune et vigoureux, pointe sur lui un pistolet.

—Je suis Paul Desmarets, capitaine de gendarmerie. C’est Elisabeth, une amie intime, qui m’a chargé de vous suivre. Elle avait des doutes sur toute cette affaire, trop de zones d’ombre… Et la suite lui a donné raison ! Ah ! j’oubliais, je vous signale que la compagnie aérienne a téléphoné pendant votre absence pour dire que votre vol pour Mexico est retardé de trois heures. Mais… quelle importance, à présent ? A propos, Elisabeth m’a confié qu’elle ne connaissait pas du tout le Mexique. Cela tombe bien, moi non plus !

De Catherine S

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenu(e) en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur. Je ferme les yeux.

Mon corps s’engourdit, gagné par le froid ambiant, se tasse sur lui-même, se vide de substance comme un vêtement trop grand. Je n’ai plus la notion du temps, j’ai la sensation de me détacher de mon enveloppe charnelle, de gagner en mobilité, libérée de toute attache.  Comme en lévitation, oui… c’est cela, en lévitation. C’est grisant et angoissant à la fois.

J’ouvre les yeux pour m’assurer que je n’ai pas rêvé. Je voudrais prendre appui sur la roche, en ressentir les aspérités par simple toucher, m’ancrer dans une réalité qui se dérobe. La grotte ressemble à une tonnelle parfumée et fleurie, nulle plante grimpante ici, mais un chapelet de nuages duveteux qui s’irisent sous la caresse du vent. Est-ce une illusion ? Il me faut poursuivre plus avant, je le sens ! Mon esprit tout entier se focalise sur cette urgence et aussitôt je suis propulsée à l’extrémité de la grotte tandis que mon corps gît, inerte, à l’autre bout. Quel est donc ce prodige ? Une lumière m’enveloppe tout entière, apaisante, rassurante. La peur se dissipe lentement, l’attente s’installe. Je m’apprête à « recevoir » quoi ? Je ne sais, mon esprit n’a jamais été aussi réceptif, aussi disponible.

Peu à peu la lumière faiblit, s’évapore. Comme au théâtre, le rideau s’écarte révélant un spectacle à couper le souffle.

Je me tiens au balcon, surplombant l’espace et la terre. C’est vertigineux, d’une beauté irréelle, comme au premier jour de la création : immense et pur. La perfection absolue. Cela me traverse de toute part, comme une fulgurance :  LA VIE !

Etre hors de soi et renaître à la vie dans ce qu’elle a de plus grand ou de plus petit, voler librement dans le ciel, être la plume et l’oiseau, la mer immense ou la simple goutte d’eau, le grain de sable qui se transforme en désert. ETRE, oui ETRE cette infime partie d’un tout, cette tige gorgée de sève qui deviendra branche, arbre, forêt, oxygène, être la fleur et le champ, l’étoile et le firmament, n’être que cela : un merveilleux frisson de vie, un maillon d’une précieuse chaîne d’amour et d’espoir !!!

Sans que je le formule, mon souhait le plus cher se réalise :  rejoindre ce point extrême à l’horizon, où l’océan d’un coup chavire dans le ciel, mêlant à l’infini le monde visible à l’invisible. J’atteins cette frontière. Là, jaillit du plus profond de moi, de partout et d’ailleurs ce chant si poignant, riche de toutes ces voix oubliées et tant aimées, ce chant des sirènes qui guérit de toutes les peines.

Les forces m’abandonnent, épuisée, je suis contrainte de faire marche arrière. Aspirée, je réintègre mon corps, je reprends pied dans la réalité avec difficulté. Les gens s’agitent en tous sens autour de moi, ballet de blouses blanches et d’ordres échangés :

—Prenez ses constantes, coupez l’oxygène, elle sort du coma.

J’entends tout, mais je garde les yeux obstinément fermés, pour graver en moi tous les détails de ce voyage cosmique, voyage aux confins de moi-même. Grain de poussière dans l’univers j’ai enfin trouvé ma place, ma raison d’être !

De Roselyne

Je ferme les yeux

Le flou d’une image,

L’ombre de ton visage

Apparaît sur un nuage

IL m’appelle comme un présage.

Je ferme les yeux

Ta voix ma douce-aimée,

Résonne comme imaginée

Par mon esprit imprégné

Des sons fluides et chantonnés.

Je ferme les yeux

Le bleu de tes yeux lumineux,

Comme un torrent tumultueux

Accentue ton regard malicieux

Sur le mien amoureux.

Je ferme les yeux

De nos corps enlacés,

De nos baisers pressés

Monte un parfum boisé

De notre amour métissé.

Je ferme les yeux

Toi, ma bien-aimée,

Toi ma douce aimée,

Sur le chemin, tu as parsemé

Le rouge des pétales, de la rose parfumée.

Je ferme les yeux

Ma tendre aimée, tu t’es évanouie,

Tu es partie en harmonie

Avec la nature pour symphonie,

Comme la rose rouge épanouie.

Je ferme les yeux

Ma tendre aimée, mon infini Amour

Je suis ton troubadour, pour toujours.

Je te vois en contre-jour

Toi, mon bonheur du jour

Je ferme les yeux

Ton corps, plus jamais je ne toucherai

Tes yeux bleus, plus jamais je ne verrai

Tes baisers, plus jamais je ne ressentirai

Mon cœur, la douleur s’en est emparée

Je ferme les yeux

Ma douce aimée, ma tendre aimée

Je t’aime, jamais je ne cesserai de t’aimer

Je chemine avec toi, ma bien-aimée

 Parmi, les coquelicots parsemés.

De Francis

Le rêve


Je ferme les yeux, laissant le monde s’effacer autour de moi. Un rêve commence à se dessiner, une fugue délicate loin de la réalité. La peur de l’inconnu se dissipe peu à peu, remplacée par une fraîcheur bienfaisante et une douceur enveloppante. Je suis zen, détendu, jamais je n’ai connu cet état de douceur.

Je me retrouve pieds nus sur une plage, le sable fin et frais. La mer est calme, le bruit du ressac est agréable à mes oreilles. Des oiseaux au plumage doré survolent les vagues, leurs chants résonnent en moi. Un profond bien-être m’envahit, et je me sens d’une légèreté incomparable, comme si tout fardeau avait disparu. Je suis en apesanteur comme un cosmonaute. Je ferme les yeux, laissant le monde s’effacer autour de moi. Un rêve commence à se dessiner, une fugue délicate loin de la réalité. La peur de l’inconnu se dissipe peu à peu, remplacée par une fraîcheur bienfaisante et une douceur enveloppante, un moment de grâce.

Des oiseaux au plumage doré survolent les vagues. Un profond bien-être m’envahit, et je me sens d’une légèreté incomparable, comme si tout fardeau avait disparu.

L’attente de l’inconnu m’anime, je ne ressens plus d’angoisse, plus de peur. Je marche, pieds nus, sur cette plage infinie, sentant une présence rassurante à mes côtés. Cette présence icone est en fait mon ange gardien, ses ailes étincelantes sont déployées. Espoir et sérénité, il murmure des paroles apaisantes, promettant un retour vers le vivant, vers une famille heureuse et épanouie.

Je ferme les yeux à nouveau, des idées folles plein la tête. La culpabilité de mes choix passés semble s’évaporer sous les caresses délicates de l’ange. Une vision d’un monde meilleur se dessine devant moi, des couleurs inconnues illuminant l’horizon. Mes yeux s’écarquillent devant tant de beauté et de promesse. Je suis léger, je suis heureux.

Mais soudain, des cris épouvantables percent ce tableau idyllique, puis un silence effrayant s’installe. Le contraste est saisissant, perturbant, pourtant, l’espérance reste, ancrée profondément en moi. L’ange gardien me guide doucement vers le retour à la réalité.

Lorsque je rouvre les yeux, je suis de retour dans mon quotidien, mais quelque chose a changé. Les couleurs du monde semblent plus vives, plus réelles. Je sens encore la fraîcheur et la douceur de ce rêve, et l’espoir d’un avenir meilleur.

Depuis, avec ce rêve en mémoire, je me promets de chercher cette famille heureuse, et construire ce monde meilleur que j’ai entrevu.

Ce voyage onirique m’a ouvert la pensée, les yeux, et désormais, chaque jour je m’efforce à construire ce bonheur espéré.

De Pierre

Je ferme les yeux face au soleil en cet fin d’après-midi d’été. Je suis assis sur un tertre, contemplant le paysage qui s’offre à moi comme les boucles de l’Arve, la plaine d’Annemasse et plus au loin le majestueux lac Léman. Je dois rentrer à la maison d’hôte où je suis hébergé pour quelques jours car la pluie commence à tomber et l’orage gronde au loin. Le chien de la maison, un vieux bâtard, assis près de moi, me fait comprendre qu’il faut rentrer.

Le lendemain à la même heure, je reprends ma pause contemplative. Le soleil darde sur mon corps fatigué, je m’allonge et je m’endors. Le chien vient me rejoindre et me lèche. En me levant, je découvre un peu plus loin un sentier rocailleux qui semble mener nulle part. Une petite voix intérieure me dit d’aller voir et j’y vais, le chien me suit.

Nous partons sur un chemin d’accès facile à son début, mais de plus en plus difficile ensuite. Je croise deux marcheurs qui me disent d’aller plus loin car la vue sur la montagne y est unique. Je suis leurs conseils et continue ma route malgré une marche ralentie par l’état du chemin. Nous atteignons une sorte de promontoire permettant de souffler, mais surtout d’admirer le spectacle des Alpes face à nous. Il est vingt heures, je dois rentrer à la maison. Le ciel s’obscurcit aussitôt, une forte pluie tombe, c’est l’orage accompagné de la grêle. Le chien qui semble aussi effrayé que moi se dirige vers une sorte de grotte bien voutée. J’y accours sous des éléments déchainés.

Nous attendons la fin de l’orage pour redescendre au village mais avant de partir, j’aperçois un halo de lumière au fond de la grotte. Etrange, je vais voir et me trouve face à un ciel d’un bleu pur. Le soleil a chassé l’orage. Je ferme les yeux un instant et nous repartons. Nous croisons de nouveau nos deux marcheurs dans un état déplorable, les vêtements pleins de terre mouillée. Surpris par l’orage et la foudre, sans aucun point pour se protéger, ils durent s’allonger à même le sol et éviter la moindre dénivellation. Je leur demande de nous suivre jusqu’à la maison d’hôte pour se changer, ils acceptent et dinent avec nous avant de repartir. 

Deux jours plus tard, je dois rentrer, mon séjour touchant à sa fin. Le chien et son maître m’accompagnent à la gare d’Annemasse où je dois prendre un train pour Paris.

Je me suis promis de revenir quelques jours en hiver et de profiter de la neige en montagne. Je le fais, mais mon ami à quatre pattes est parti, au paradis des chiens.

De Catherine G

Extase

Je ferme les yeux et plonge soudain en sérénité. C’est étrange comme ce lieu a un impact puissant sur moi. Dans cette grotte aux confins de nulle part, le froid n’existe plus, alors que je claquais des dents sur le sentier. Ma peur s’est envolée, les bruits auparavant inquiétants, semblent maintenant doux à mes oreilles. Là, tout est calme, posé, doux…

Inconsciemment, j’ai adopté la position du lotus, maîtrisée à la perfection, alors que d’ordinaire, cela nécessitait beaucoup de contraintes physiques parfois douloureuses, et d’efforts en concentration mentale. Que dire de plus qu’ici, en ce lieu mystérieux, à l’abri d’une grotte protectrice, sous un ciel fictif ponctué de cotonneux nuages sur fond d’azur, je me sens bien, tout simplement… en accord avec moi-même, avec ce que je veux percevoir de positif et de beau dans ce monde cataclysmique.

Le chaos annoncé à grands coups de médias en quête de sensationnel ne m’atteint pas, comme si des barrières invisibles l’empêchaient de m’agresser. Je suis bien et me délecte de tous mes sens éveillés : les sons, les odeurs, les caresses d’un doux zéphyr sur mon corps réceptif, les couleurs harmonieuses qui dansent sous mes paupières closes, le goût fruité de l’air qui m’entoure… Je suis bien et voudrais rester là, comme cela, dans cet intime cocon paradisiaque.

Il m’avait fallu cheminer longtemps sur ce sentier hostile pour parvenir en ce lieu mystique… Impossible d’imaginer refaire le chemin à l’envers ! Et si la vérité était là, juste dans la jouissance de l’instant présent, encore et toujours ? 

Mais soudain, une agression stridente interrompt ma douce volupté et m’extirpe violemment de l’extase de ma grotte intime. Il est 7h00… le réveil fait ce pourquoi il existe et m’intime impérieusement d’exister hors de ma grotte. Qu’il soit maudit !!!

De Michel

L’antre vide

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenu en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur. Je ferme les yeux. 

Des images du passé s’animent sous mes paupières closes. Tu avais froid, j’avais recouvert d’une couverture tes frêles épaules nues. Quelques branches sèches avaient suffi pour alimenter un feu fragile. Les flammèches qui s’en échappaient dessinaient sur les parois humides des ombres de silhouettes aux masques grimaçants.

Viens contre moi, m’avais tu dit. Le temps s’était enfui, laissant la place libre à nos rêves de liberté. Nous nous étions enfuis pour laisser libre cours à nos sentiments contrariés par les contraintes malveillantes de nos familles respectives. Nos corps enserrés par la passion dévorante de nos désirs nous entraînèrent épuisés dans un sommeil, libérés de toute contrainte.

J’ouvre les yeux, le reflet de la pleine lune illumine les pierres de l’entrée de l’antre. Aucune ombre ne danse plus sur les parois recouvertes d’une mousse humide. Nul feu ne viendra plus consoler mon cœur transi de froid depuis trop longtemps. Mes paupières retombent sur mes yeux qui jamais plus ne t’ont revue. Je ne les rouvrirai plus, je n’ai plus envie d’attendre …

De Sylvie

Aux confins d’un ciel parsemé, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenuen haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleu peints de petits nuage cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur.

Je ferme les yeux. Mes mains, paumes ouvertes vers le ciel, reposent sur mes genoux. J’ai besoin de ce temps avant d’avancer dans la grotte. Vais-je y aller ? J’étouffe. Pourquoi ces marches m’ont-elles conduite à l’entrée de cette grotte ? Une grotte, c’est humide, c’est froid, c’est sombre. Je n’aime pas les grottes, ce sentiment d’être enterrée vivante.

Une légère brise souffle et semble emporter un peu de mes peurs. Doucement, les tremblements s’apaisent. La nuit noire m’enveloppe. Elle n’est plus si effrayante. J’écoute le silence. Je sens la roche sur laquelle je suis assis. Je suis bien. Je n’ai pas envie de bouger. J’accueille ce calme intérieur. J’ai perdu la notion du temps.

Peu à peu, je sens la vie s’éveiller autour de moi. J’ouvre les yeux. Le jour se lève. Le ciel, teinté de rose, éclaire l’entrée de la grotte et illumine un tapis de mousse. Je me redresse doucement pour caresser cette mousse douce et humide. Mon corps aussi reprend vie. Le sang circule dans mes veines, les muscles endormis fourmillent. L’air est frais. Pas à pas, je me dirige vers l’intérieur de cette grotte qui m’attend. Je m’enfonce toujours un peu plus vers les entrailles de la Terre. J’entends des gouttes s’écraser sur la roche. Elles sonnent comme une petite musique. Cela a quelque chose d’hypnotisant. Le chemin longe une rivière souterraine. Les concrétions et draperies rubanées bleues se reflètent en miroir dans l’eau de la rivière. Je suis déconnecté du reste du Monde. Je me sens tout petit au cœur de ce spectacle de roches et d’eau. J’entends mon cœur qui bat. Je suis dans le ventre de la Terre. Nos cœurs sont à l’unisson. Au détour du chemin, apparait un lac avec une eau cristalline. Quelle merveille ! Un sourire se dessine sur mes lèvres. Finalement, j’éclate de rire. Mon rire se répercute sur les parois rocheuses et explose comme des bulles de savon. Je me mets à danser en riant devant tant de beauté. Le sol continue à s’incliner vers le bas et au loin j’aperçois le jour. La grotte débouche sur une végétation luxuriante. A la sortie de la grotte, la rivière coule en cascade. Les rayons du soleil se reflètent sur les gouttelettes d’eau projetées pour offrir un extraordinaire arc-en-ciel. J’ouvre grands les bras et accueille ce merveilleux panorama. Je me sens heureux et libre.

Toc, toc, toc.

Que se passe-t-il ? Quel est ce bruit insolite ?

« Ouvre les yeux. C’est l’heure. »

Je soulève les paupières. A travers mes cils se dessine le visage de Maman. C’était un rêve…

De Nicole

Aux confins d’un ciel parsemé d’étoiles, un chemin s’est esquissé, rocailleux et doux à la fois. Il fait un froid terrible, un froid de loup comme on dit. Je crois bien que je tremble. J’emprunte l’ébauche du sentier avec quelque hésitation. Devant moi se sont dessinées de lourdes marches de pierre, étroites et larges, toutes bosselées de mousse et de quelques herbes folles qui s’y sont perdues au détour d’une histoire sans fin. Il fait nuit noire. Parvenu en haut des marches, je me retrouve dans une grotte ouverte sur un horizon nuancé de bleus peints de petits nuages cotonneux et frais. Je m’assois en tailleur. Je ferme les yeux. 

Je me souviens…

Mon voilier échoué sur la plage de galets de cette île a l’aspect non-hospitalier.

J’ai grimpé à l’assaut de cette montagne afin d’avoir une vue panoramique sur les alentours et guetter un secours possible.

Rien à l’horizon.

Attendre.

La faim se faisait sentir.

Heureusement, j’avais amené les victuailles des armoires du voilier.

De quoi voir venir, enfin pas trop.

J’entre dans la grotte, m’installe du mieux possible.

Stressé, fatigué, je m’endors.

Mon réveil, une ombre devant moi, un vieillard aux cheveux longs, blancs, une barbe façon ZZTop.

« Bonjour, bienvenue sur l’île du bout du monde, déserte à part moi depuis vingt ans.

Sur l’île, on ne manque de rien : la pêche, les lapins, les fruits, j’ai installé un petit potager.

Je cuis mes aliments sur un feu de bois.

La grotte protège  de la pluie, de la neige, du vent en hiver.

Il y a une source pour boire, se laver.

J’ai pour compagnon un petit renard blanc.

Ce soir, je vous invite : lapin rôti, pommes de terre, haricots de l’année en conserve. »

Je suis tombé sur un drôle de Vendredi.

Drôle de Robin Crusoé moi-même.

Je m’installe. Tous les jours, je monte regarder si j’aperçois de l’aide, je fais des signaux façon Indiens des films de mon enfance.

Le temps s’écoule entre pêche, cueillette, chasse, baignades.

Avec mon vieux compagnon, je joue aux échecs, fabrication maison.

Nous nous racontons nos vies.

Il est intarissable. Un conteur fabuleux.

J’attends.

Poème de Frida Kahlo, « Je ne suis pas calme », proposé par Françoise T (hors proposition d’écriture)

Je ne suis pas calme,
je suis feu,
je vis,
je suis couleur.

Je suis essence,
je suis plaisir
je suis rébellion.

Je suis instinct,
je suis peau,
je suis révolution.

Je suis tout sauf calme.

Ma semaine encore chargée en examens est terminée; je n’ai plus qu’une convocation … qui m’enquiquine fortement, et après, plus rien…j’ai été plus convoquée que certains collègues et cela m’agace fortement!

Je ne mérite pas ça à mon âge!!! 

Je ne me plains pas, car je ne suis jamais convoquée au rattrapage, ce qui m’arrange fort bien. 

J’espère que vous allez bien, toutes et tous, en France, avec cette atmosphère délétère que nous subissons. C’est vraiment la fête de la musique…discordante, insultante, vénéneuse, pourrie à la racine. Je ne crains pas ce genre de qualificatif.

Je pense que beaucoup de gens, qui se prétendent des politiciens, ont oublié ce qu’est la politique…la vraie…ce n’est sûrement pas ce spectacle affligeant qu’on nous impose…

Il se passe des choses horribles dans notre pays sans que certains ne réagissent vraiment. Quelle honte! J’ai mal à mon pays!

Que je suis bien dans mon coin de campagne isolé, avec la nature pour alliée, loin de tout ce charivari citadin et parisien, qui prône la haine d’autrui, la violence comme moyen d’expression. 

Portez-vous bien, prenez soin de vous et tentons de garder la tête froide, toutes et tous ensemble!

Créativement vôtre,


Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture. L'écriture est devenue ma passion: j'écris des livres pratiques et des romans.

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