Pour cette proposition d’écriture N° 29, la liste des courses vous a inspirées, mesdames les autrices ou auteures. Toutes les fins sont positives, et on retient beaucoup de sagesse à la lecture.
Quant à moi, j’ai pris quelques libertés avec la liste: j’ai dérivé vers une liste de résolutions, jamais tenues. Cela reste une liste!

Je vous souhiate une belle lecture.

Voici vos textes:

La liste de courses

De Lucette de France

Comme chaque jour, à la même heure, Nina sort de chez elle, pour son footing matinal. Pour éviter les mauvaises rencontres, c’est toujours le même itinéraire. Sur son chemin, elle voit les mêmes personnes, qui comme elle, s’adonnent à ce sport, pour évacuer le stress, avant de partir dans la course contre la montre pour être à l’heure à l’ école des enfants, préparer le repas du midi, mettre une machine à tourner, affronter les embouteillages, etc.
Ce vendredi là, elle croise comme d’habitude un quarantenaire à fière allure. A part un discret salut, ils ne se sont jamais abordés. Lui a un bandeau sur le front de couleur rouge et noire, elle, rose et bleu ciel, avec tenues de sport appropriées. Elle ne pense à rien, qu’à se vider de toutes les pollutions physiques et mentales de la veille. Tout à coup, son attention est attirée par un papier qui tombe de la main de cet homme. Lui file sans s’en rendre compte, et elle, dans le sens opposé, va bientôt rentrer chez elle.
Nina se dit « c’est peut-être important ».  Elle le ramasse, et découvre une liste de courses : ‘chocolatines, céréales, plats cuisinés, jambon, pain, etc.’
Nina est déçue, mais se dit, « tiens, il a des enfants » et s’apprête à le jeter, puisque c’est inintéressant. Le papier vole un peu, puis se retourne de l’autre côté en touchant le sol. Et là, elle découvre une missive…La curiosité l’emporte, mais aussitôt regrette d’avoir lu un message très personnel que voici :
« Puisque la semaine dernière tu as passé le W.K avec « tes potes », et que tu n’as pas daigné me donner de nouvelles, ni répondre à mes messages, cette fois c’est toi qui gardes les enfants pendant ces 2 jours et demis qui arrivent. Moi aussi je pars avec des copines ! Comme pour toi, mon portable sera fermé pendant tout ce temps-là. Tu vas te débrouiller sans moi. Je te fais quand même une liste de courses pour que les enfants ne manquent de rien. Bon courage, et à dimanche soir ».

C’est très succinct, très sec…

Nina se dit que le couple va mal, qu’il y a de l’électricité dans l’air. Elle se demande si ce bout de papier avec les courses est déjà ancien ou s’il l’a découvert seulement ce matin. Elle se pose mille questions. « Dois-je l’accoster demain ? Lui rendre son papier ? Sera-t-il vexé ? Dans quel état d’esprit sera-t-il ? « . Elle pense que la nuit porte conseil et qu’elle aura la réponse bientôt…
Toute la journée, cette liste de courses la titille, ne trouvant toujours pas de réponse. Les heures passent, elle quitte le bureau, avec toujours le même questionnement. Nina rentre chez elle, les enfants lui sautent au cou, l’accaparent, elle s’affaire pour les devoirs et les leçons du lendemain, chacun leur tour. Elle a donc lâché prise avec ce papier qui la perturbe tant. La nuit passe, et BINGO ! Elle a la réponse. Nina se dit qu’elle va lui rendre, c’est peut-être important pour lui de l’avoir.
« Dans 15 minutes, je vais l’aborder gentiment, je verrai bien sa réaction. Le voilà au bout du chemin, je reconnais sa silhouette, et son pas de course dans une foulée impeccable. »
Nina ralentit. Arrivée à sa hauteur, elle lui fait signe de s’arrêter, lui tend le papier, lui disant qu’il l’a perdu hier matin, et qu’elle ne sait pas si c’est important ou non. Très gêné, il le prend, des larmes perlent dans ses yeux, il est un peu perdu et ne sais quoi lui dire, à part la remercier. Il met ce papier dans sa poche, et reprend son chemin, comme si rien ne s’est passé…
Nina a beaucoup pensé à ce papa avec ses enfants pendant tout le weekend. Le lundi matin, elle appréhende de le croiser à nouveau, et ne sait quelle attitude avoir. Le problème a été résolu, car elle ne l’a plus jamais rencontré, et ce souvenir est tout doucement sorti de sa mémoire.
Cependant, les jours qui ont suivi cette trouvaille, elle-même s’est posé des questions sur son couple, sa vie de femme. Tout ce qui lui convient, tout ce qui l’étouffe, tout ce qu’elle subit. En faisant le bilan, Nina se rend compte qu’il y a une « alerte » à l’horizon. Elle se demande ce qu’elle doit faire. Après avoir tourné le problème dans tous les sens, elle a pris la décision d’avoir une franche explication avec son mari.
Pendant des jours, elle n’a rien lâché, lui non plus, chacun voulant rester sur ses acquis. Au final, le bon sens l’a emporté. L’amour a été plus fort que la raison de ces deux jeunes parents « égoïstes ». Chacun a fait des efforts, chacun a ressenti un bien-être et au fur et à mesure, chacun s’est adouci en devenant plus conciliant dans le respect de l’autre…
De fil en aiguille, ils se sont retrouvés comme au premier jour, avec la complicité de leurs enfants en supplément. Chacun mange la vie à pleines dents, tous se sentent unis, aimés, partis tous ensemble pour une longue route…

De Catherine de France

J’ai dormi douze heures d’affilée ! Le décalage horaire ou la fatigue accumulée lors de ce merveilleux périple à New York ?
Mais, au réveil, c’est l’affolement : nous sommes jeudi, il est 11h00, et demain soir, mes amis du groupe de marche nordique débarquent chez moi, à 100 kms de là, pour un week-end de marche entre Brenne et Vallée de la Creuse. Il faut absolument que je me bouge pour m’organiser.
Il est vrai qu’on sera moins nombreux que prévu : de 12 au départ, on est passé à 5, mais il faut quand même s’occuper du ravitaillement : 2 repas du soir, 2 pique-niques, 2 petits déjeuners. Martine doit apporter un dessert, du saucisson, des tomates, des pommes… Jean-Pierre assure le vin…, à moi de gérer le reste.
Il y a un nouveau boucher à La Chapelle : je vais aller y faire mes achats. Et surtout ne pas oublier de les emporter chez moi demain matin : je suis capable de tout laisser dans le frigo d’Alain ! (Déjà que je suis à peu près sûre d’oublier mes bâtons et mes chaussures de marche ! Vite, les mettre tout de suite dans la voiture !). J’ai vu une recette sur Pinterest intitulée « Rôti de porc à la sauce qui tue »! Tout un programme ! Donc, il me faut un rôti de porc ! Je prendrai aussi du jambon blanc et du jambon de pays pour les pique-niques, et pourquoi pas, un bon pâté de campagne.
Pour le reste, c’est plus flou. Je visualise bien un tian de légumes (courgettes, tomates, aubergines), du taboulé à emporter pour la marche, des œufs et des pommes de terre pour une grande omelette le deuxième soir, ou alors il restera du rôti. Surtout, acheter eau et jus de fruits ! Et du fromage, mais pas du chèvre, car Martine n’aime pas ça !
Oh la la, je n’arrive pas à me concentrer ! Quelle idée d’enchaîner directement après New York ! J’ai l’art de me mettre dans des situations !
Le petit déjeuner !!! J’allais oublier le petit déjeuner ! Misère! Dimanche matin, Danièle, qui ne vient que ce jour là, apporte les croissants, mais il faut prévoir pour la veille. Du thé ? J’ai. Du café ? Pas sûr. Du lait ? C’est sûr que non.
Bon ! Catherine, là, il faut bouger ! Mission numéro 1 : le boucher !

De Laurence de France

Héléna avait toujours pratiqué l’art des listes aux mêmes périodes de l’année, c’est-à-dire au Nouvel An pour les sempiternelles nouvelles résolutions, qu’elle reprenait ensuite à la rentrée de septembre. Elle n’en tenait aucune bien sûr, et en cela, elle se comparait à Bridget Jones. Elle pensait sans doute se donner bonne conscience en les écrivant, ou alors, elle s’y adonnait pour faire comme les autres, pour avoir sûrement un début de conversation à ces moments critiques de l’année.
Elle n’y voyait aucun intérêt et trouvait ce jeu des listes de résolutions plutôt stupide. A quoi bon en écrire si personne ne les tenait ? Sa liste de cette nouvelle année ressemblait quelque peu à ça :

  • Me remettre sérieusement au sport (tout le monde pense cela après les fêtes).
  • Perdre 2 à 3 kilos (tous les magazines font leurs choux gras de  ça pour préparer les femmes au printemps et à l’été.
  • Ranger sérieusement l’appartement (oui, mais quand ?).
  • Me mettre à écrire (oui, mais quand ?).
  • Prospecter pour acheter enfin un appartement (oui, mais quand  et comment trouver l’argent?).
  • Faire du yoga (il faut trouver un bon professeur, pas simple).
  • Rompre avec les personnes toxiques de mon entourage à Paris (oui, mais comment faire ?).
  • Trouver le grand amour (comme si le prince charmant était caché sous un tas de bois sous un fagot !).
  • Arrêter d’acheter des fringues (pas facile quand la mode change tout le temps !).
  • Désencombrer mon dressing (comment dire adieu à toutes mes fringues ?).

Tous les ans depuis cinq ans, Héléna écrivait plus ou moins la même chose. Désespérant, c’était franchement désespérant. Elle sentait bien que ces résolutions, si elle arrivait un jour à les tenir et à les mettre en pratique, changeraient le cours de sa vie. Se prendre en main, quelle force de caractère ne fallait-il pas pour y parvenir !
Héléna se sentait perdue. Elle sentait aussi que la bataille de changer sa vie était perdue d’avance. Comment tenir ces résolutions pour enfin dire aux autres qu’elle en avait tenu une ! Seule, elle n’arriverait jamais, pensait-elle tous les jours ! Pour perdre quelques kilos, elle devait renoncer à ses croissants du matin et à ses barres chocolatées de l’après-midi. Faisable, mais dur. Pour se remettre au sport, il fallait déjà savoir lequel elle préférait.
Tous les jours, sur son trajet de la banlieue vers la capitale, elle ressassait les divers points, ne faisant attention à personne dans son wagon. Elle ne recherchait pas forcément la compagnie, mais plutôt des réponses toutes faites sur comment tenir des résolutions. Elle avait bien pensé payer un coach de vie pour l’aider dans ses premières étapes de changement. Trop cher. Elle avait aussi pensé à prendre deux semaines de congés pour aller au bout de ces foutues résolutions. Elle savait la bataille perdue d’avance : elle bullerait chez elle sans avancer, à ruminer toute la journée, à faire tout autre chose.

Héléna prit malgré tout la décision de s’aérer, en ce début de printemps, de prendre le large et de partir une semaine en vacances à la campagne dans le village de ses parents, dans le Berry. Elle aimait s’y ressourcer, respirer, prendre son temps. Elle allait toujours rendre visite à Gigi, la dame qui l’avait gardée après l’école quand elle était petite. Gigi s’aperçut de suite que quelque chose clochait. Héléna ne put résister à la tentation et lui déversa le trop plein de ses interrogations, de ses doutes et de ses émotions, trop longtemps contenus. La vieille dame la laissa parler, tout en lui préparant un bon café de dans le temps, avec le moulin à moudre en bois, datant d’un autre âge.
Gigi prit le temps de répondre avec sagesse à toutes les interrogations de la petite, comme elle l’appelait. Elle racontait certains de ses souvenirs, comment elle avait envisagé la vie, à une époque autrement plus dure et insupportable que la sienne. Pas besoin de lire des tonnes de livres de philosophie quand on côtoyait Gigi. C’était un livre ouvert de bons sens paysan.

Héléna se sentit requinquée après ce séjour. Elle avait pris une décision radicale. Grand changement de vie : elle allait donner sa démission, quitter cette vie de banlieue qui l’étouffait, se mette au vert et vivre une vie simple dans sa région d’origine. Elle avait décidé de devenir maraîchère. Gigi lui donnait ses terres ainsi que l’argent nécessaire au lancement du projet. Elle avait proposé à Héléna de la prendre sous son aile, n’ayant pas eu d’enfant elle-même. Elle préférait tout léguer de son vivant à la petite, plutôt que de tout laisser à ses neveux et nièces qui l’ignoraient depuis plus de quarante ans.
En fin de compte, l’une guérissait l’autre, et vice et versa. Héléna pouvait repartir d’un bon pied, et Gigi avait une personne de confiance pour finir sa vie en toute quiétude.

De Michelle de France

MA LISTE….

– Mouchoirs
– Beurre
– Yaourt nature
– Petits suisses au fruits
– Mascarpone
– Maroille
– Chabichou du Poitou
– Biscuits cuillère
– Nutella
– Gâche vendéenne
– Poivrons
– Carottes
– Pain de campagne
– saucisses de Toulouse
– Gigot d’agneau
– Pomme de terre
– Champignons
– Tomates
– pêches
– Raisin
– Citrons
– Pâte feuilletée
– Etc

Depuis juin, maman est venue vivre avec moi. Elle ne pouvait plus rester seule depuis le décès de papa. J’aime cuisiner et je la gâte le plus possible en évitant qu’elle ne prenne de poids, ce qui est un challenge ardu entre plaisir et restriction. Mais finalement le plus compliqué pour moi c’est de recevoir.
Tous les étés, tous les membres se retrouvaient plusieurs jours ou semaines, chez les parents, dans la maison de famille en Vendée.
Maintenant que maman a élu domicile chez moi, c’est ici que le défilé familial a lieu, un grand défilé, nous sommes nombreux, nous avions des tablées de plus de 25 personnes.
Chacun a besoin de venir la voir, et je le comprends, certains souhaiteraient plusieurs fois dans l’année, « alors là il va falloir que je mette des limites ». J’ai déjà refusé leurs chiens, car mon chat n’apprécierait pas cette odeur intruse.
Comme géographiquement la famille est éparpillée entre le sud de l’Espagne et le nord de la France, ce sont des visites de plusieurs jours pour la majorité et je dois cuisiner, nourrir tous ces estomacs gourmands de bonnes choses sucrées et salées. J’aime cuisiner mais là c’est beaucoup, envahissant, entre les menus à établir, les courses, et tenir compte du temps et des horaires de chacun. Je n’ai pas réussi à prendre le temps de respirer, ni de temps pour moi pour écrire, peindre, lire.
Je les embauche pour vider le lave vaisselle mais ensuite je cherche mon matériel ! Je ne peux pas tout avoir, ils apprennent à découvrir la maison. Ils épluchent les légumes, mettent la table, mais je suis obligée de réclamer de l’aide pour débarrasser et ranger. Cela m’épuise car quand c’est fini ça recommence, on dirait que les repas s’enchainent sans répit. Mamie par ci, Tatie par là, il me faut être disponible.
C’est quand même un bonheur de les voir et de les recevoir, mais l’an prochain je délèguerai.
Oui il faut que je délègue, il faut que les laisse chercher ce dont ils ont besoin, maintenant qu’ils ont fait connaissance avec la maison.
L’an prochain je me réserverai du temps, et ils cuisineront, rangeront, penseront aux autres. Je ne préparerai plus la table du p’tit dej, chacun fera selon ses goûts.
J’ai besoin de me libérer d’un carcan que je refuse intérieurement. Je ferai ce que j’aime. Je leur ferai mes desserts appréciés et eux prendront en charge le plat principal. J’achèterai tous les ingrédients, j’imprimerais les recettes ou je ferai la liste du contenu du congélateur et hop ils s’organiseront entre eux.
Oui, c’est une idée qui me convient. Je me sens légère tout à coup…

De Nicole de Belgique

Les courses de Madame Dellacherie

C’était la canicule. Véra Clouzeau, après avoir sonné sans résultat, ouvrit la porte du 31, avenue des Bouleaux. Une ribambelle de chats déboula dans le jardin du petit pavillon.
Les voisins s’étaient plaint de l’odeur âcre qui stagnait autour de la maison de Madame Dellacherie, une vieille toquée d’après eux, qui carburait au vin blanc et aux bananes, pour preuve les quelques vidanges et des peaux de bananes le long de la haie d’aubépines.
Dès l’entrée, Véra Clouzeau, Lieutenant de police, sentit que quelque chose clochait.
Elle avança jusqu’à la cuisine tout en appelant “il y a quelqu’un ?”
Un sac de courses traînait ouvert près du frigo : viande hachée, croquettes pour chats, pain, tomates, café…Le tout dans un état de flétrissure avancée.
Dans le salon, elle trouva la propriétaire des lieux endormie dans un fauteuil Voltaire.
Malgré l’odeur prégnante, le logis était propret.
Véra réveilla la vieille dame qui expliqua avoir eu un léger malaise.
Elle s’affola “mes chats, il faut nourrir mes chats”. Véra s’en occupa et ceux-ci arrivèrent à toute vitesse, puis elle fit un café léger et servit l’octogénaire ravie de sa présence.
Elle refusa de se rendre à l’hôpital arguant la visite prochaine du Docteur Valois, son médecin traitant.
Un petit cri jaillit de sous le canapé, un ouistiti montra son minois, les peaux de banane s’expliquaient ainsi.
“Les voisins sont prêts à tout pour m’envoyer dans un home, alors je résiste” déclara Mme Dellacherie. Véra et elle discutèrent un bon moment.
Cette vieille dame était charmante, érudite et pleine de surprises.
Conquise, Véra promit de la visiter régulièrement.

Pour la proposition d’écriture N° 30, vous êtes invités à marcher sur la mousse… profitez-en, il ne fait pas encore trop froid!

Chaque proposition d’écriure est un jeu de créativité!
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
Laissez filer vos mots, toutes vos idées sont belles!

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations à la rubrique “me contacter” du blog La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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