Pour cette proposition d’écriture N° 38, dans laquelle il fallait insérer les mots banane, mère, tracteur rouge” dans un contexte de neige, les textes nous emmènent bien sûr dans des froids intenses, sur un départ émouvant, dans une brèche du temps, d’accident sur fond de crise et du temps qui passe au rythme des saisons.

Je souhaite également la bienvenue aux nouveaux auteurs.

Voici vos textes et je vous en souhaite une belle lecture.

De Lucette de France

La neige dans tous ses états

Les « Noëls » passent de relais en relais. Les Noëls se suivent et rarement ce jour-là, on se réveille sous un paysage tout blanc, au grand désespoir des enfants. La neige arrivera plus tard…
Les « boules de neige », cadeau emblématique pour les petits, restent un souvenir incontournable, impérissable dans leur vie. Même adulte, on se souvient toujours de qui nous l’a offert et l’âge que l’on avait, tellement cette boule fascine quand les flocons voltigent sur un animal, un paysage, une figurine. Combien de fois ne l’a-t-on pas retournée avec toujours le même plaisir ?
Le Père Noël, infatigable, est parti se reposer, pour revenir encore plus vaillant la prochaine fois. Nos enfants et petits-enfants se sont émerveillés pendant le réveillon, et l’ouverture des paquets, ont ravis certains et déçus d’autres. Mais tout a été fait avec amour. On tourne la page en attendant le printemps, qui peut-être lui, nous apportera cette neige tant attendue… Car ici dans nos contrées en bord de mer, la neige se fait rare, et si par bonheur on voit des flocons danser dans les airs, se posant délicatement sur les arbres décharnés, sur les allées recouvertes de feuilles mortes, au détour d’un chemin désert, sur les crocus dans les jardins parsemés de jaune, de violet, de multiples couleurs, grâce à leurs pétales qui ne demandent qu’à nous repeindre ce tableau abandonné pendant tout l’hiver, après toutes ces journées froides. C’est sublime…
Les vacanciers, accros aux descentes des pistes, ont remisé leurs skis. Cet « or blanc », qui fait tant rêvé, a fait le bonheur de tous les stressés des villes souvent polluées. Les enfants ont accroché leur première étoile, oubliant déjà toutes les « bûches » amorties sur l’épaisseur qui les reçoit avec bienveillance, pour qu’ils n’aient aucun mal. Les raclettes et les fondues ne sont plus qu’un souvenir. Il faut rentrer, bien bronzés, un peu déçus malgré tout, car cette poudreuse n’était pas vraiment au rendez-vous.
Les vœux sont déjà loin, les carnavals font danser le monde entier. Ça chante, ça crie, ça se déguise, ça danse, pour fêter le printemps qui doit arriver en se jouant de nous avec ses sautes de température. Les oies sauvages sont passées, elles nous annoncent son arrivée imminente… Le mimosa est défleuri, et pourtant tout ce jaune, c’est magique. Ce parfum qui nous attire dès qu’on l’approche, ces branches qui ploient, en nous faisant une arche, comme pour nous protéger des intempéries, on ne peut s’en lasser. On se languit de l’attendre…
On salue le mois de Mars et ses giboulées, ses rayons de soleil qui réchauffent doucement l’inertie de ces derniers mois. On guette les premiers bourgeons, les premières fleurs qui nous font « coucou » comme pour nous aguicher. Enfin, finie la corvée du bois, les écharpes sous le nez, les gros chandails, bonjour les tenues plus légères. Le mois d’avril se profile, on l’a attendu celui -là. Avec lui, les jours sont longs, mais attention !!! «En d’Avril ne te découvre pas d’un fil ; en Mai, tu fais ce qu’il te plaît ». Qui ne s’est jamais fait piéger en faisant « fi » de cet adage ?
Enfin, on refait les plantations dans le jardin, on désherbe, on bichonne nos arbres fruitiers. Les fruits commencent à se former comme par magie. Merci à mes amies les abeilles. Elles butinent toute la journée, jusqu’à épuisement. On les voit sur la lavande, le romarin, la sauge, elles ne laissent rien au hasard. Je les protège du regard, je voudrais tant qu’elles ne disparaissent jamais…Tout est prêt, dernier coup de peinture sur les volets, tout est beau, et doucement on se glisse vers le 1er Mai.
Ce jour-là c’est la fête du travail. Une journée chômée c’est toujours bon à prendre. Et bien justement ce jour-là, (il y a quelques années) il a neigé. Tout était blanc. Les traces des oiseaux sur ce tapis immaculé à notre réveil, nous ont anéantis. C’était magnifique au regard, mais tout était foutu. Tous ces fruits, ces plantations de fleurs, toute notre énergie ont été réduits à néant. Quelle désolation, quelle frustration, malgré la splendeur de la campagne…
Ma mère, sur le pas de la porte, n’en revenait pas. Elle nous a appelés pour voir ce spectacle merveilleux pour les uns, et dramatiques pour les autres. Les petits insouciants sont partis faire un bonhomme de neige, tandis que notre mère calculait déjà les pertes pour le futur, imputées à ce froid tardif.
Le bonhomme de neige terminé, nos mains transies, on accourt pour se les réchauffer devant le poêle « Godin ». Nos pérégrinations nous ont ouvert l’appétit, chacun a eu droit à sa banane, en attendant le déjeuner.
Soudain, un bruit nous interpelle. Tout le monde regarde par la fenêtre, c’est notre dévoué voisin, dans son tracteur rouge, qui comme chaque année, déblaie la neige des routes, pour que nous « citoyens » puissions reprendre le cours de notre vie. Nous sommes le 1er Mai, et tout le monde a remis sa doudoune…
Bon gré mal gré, on attend la fonte de la neige pour évaluer les dégâts. Les regards sont tristes devant cette scène, encore si verte, si joyeuse il y a quelques heures à peine. Nous n’avons que le choix de nous redresser, c’est la nature, qui parfois est douce, parfois cruelle. C’est elle qui décidera de notre futur.
Le moral revient, toutes les fleurs sont repiquées, les géraniums sont en pots, la glycine n’a pas trop souffert, elle nous offre ses belles grappes violettes pour nous consoler. On se rappellera longtemps de ce fichu printemps. Mais on l’oubliera aussi très vite, puisque la vie est ainsi faite.
Rien ne dure, tout continue…

De Catherine de France

En rouge et blanc

Elle était bien avancée, maintenant ! Il faisait nuit noire, et sa dernière embardée l’avait fait zigzaguer sur la petite route recouverte de neige, jusqu’à ce que sa voiture finisse sa trajectoire le nez dans un fossé. Elle avait beau enclencher la marche arrière et faire ronfler le moteur, impossible d’arracher le véhicule à son nid cotonneux. Et, cerise sur le gâteau, la neige continuait à tomber dru, comme elle l’avait fait sans discontinuer depuis le milieu de la matinée !
Katia était bel et bien coincée dans le fossé, dans sa voiture, dans ce paysage ouaté cerné par la nuit. Elle était sortie de son véhicule pour évaluer les dégâts et faire un pseudo état des lieux, mais la profondeur de la nuit lui enleva toute velléité de s’engager à pied pour trouver de l’aide ou un quelconque refuge. Pour couronner le tout, son portable n’avait pas de réseau : pas étonnant dans cette région entourée de montagnes.
Il n’y avait d’autre solution que de passer la nuit dans la voiture, en attendant le petit matin. Dans son coffre, elle trouva une couverture polaire et une autre de survie, brillante comme de l’or. Elle s’emmitoufla et s’installa derrière le volant, guettant alentours pour voir si elle ne distinguait pas une lumière, petit signe rassurant de vie humaine à proximité. Mais le destin ne lui fit pas cette grâce, et elle dut se résigner à affronter le froid qui allait l’envahir plusieurs heures durant.
Elle restait encore crispée et furieuse, mais sa colère n’avait plus son motif initial. Là, elle était furieuse après elle-même, qui, sans réfléchir, avait quitté précipitamment le chalet familial après une énième prise de tête avec sa mère qui, comme d’habitude, voulait toujours avoir raison et mener le monde à la baguette. Pourtant Katia était venue passer quelques jours chez ses parents sans arrière pensées, ravie de retrouver sa complicité avec son père. Mais, comme toujours, sa mère et ses jugements à l’emporte-pièce, sa mère avec son autorité déplacée et son besoin de tout régir, avait transformé son début de séjour en enfer. Leur relation avait toujours été difficile, même si l’amour maternel et l’amour filial existaient vraiment, mais c’était comme si elles étaient en rivalité permanente. À l’issue d’un dîner relativement houleux, où son père essayait en vain d’arrondir les angles, sa mère eut la parole de trop, et Katia envoya valser la banane qui faisait son dessert en travers de la pièce, se leva de table, saisit son sac et son manteau, et prit la poudre d’escampette, dans la nuit tombante, sous la neige non moins tombante. Elle avait roulé pendant au moins une heure, sans décolérer, avec une conduite sûrement trop braque par rapport aux conditions météo, jusqu’à son atterrissage dans ce satané fossé. Sa rage s’estompa néanmoins, à la perspective d’une nuit blanche, dans cette campagne non moins blanche, mais peu rassurante pour une femme seule et perdue.
Le temps s’écoule très lentement quand on attend, surtout quand on ne sait quoi attendre. À intervalles réguliers, elle faisait tourner le moteur pour réchauffer un tantinet l’habitacle, et enfin, bien emmitouflée, elle finit par s’endormir. Les lueurs du jour la réveillèrent. Elle avait dormi par intermittence et son estomac criait famine : elle regrettait maintenant la banane qu’elle n’avait pas eu l’occasion de manger la veille… Elle s’étira et se risqua à sortir de sa voiture. Il ne neigeait plus mais une épaisse couche de neige recouvrait la route, nivelant l’asphalte avec le fossé… et un silence ouaté régnait tout autour.
Elle essayait de réfléchir à une stratégie pour sortir de l’impasse où elle s’était mise, quand elle crut distinguer un ronronnement de moteur au loin. Scrutant dans cette direction, elle aperçut un minuscule point rouge, tout au bout de la route sinueuse, rouge comme une goutte de sang sur une belle nappe blanche. Le point rouge grandissait à mesure qu’il s’approchait, jusqu’à ce qu’elle distingue enfin un salvateur tracteur rouge, auquel elle fit de grands signes pour être repérée de loin.
Le tracteur s’approcha d’elle et stoppa. Katia expliqua sa mésaventure au conducteur qui l’aida à grimper dans sa cabine, expliquant qu’il l’emmenait chez lui pour qu’elle se réchauffe, et qu’il reviendrait plus tard s’occuper de la voiture qui ne semblait pas trop abîmée, mais qu’il fallait extraire de son fossé. Reconnaissante à son sauveur, Katia accepta de bon cœur son baptême de tracteur, et , trônant sur le siège à côté de son chevalier servant, se laissa mener vers la ferme, où elle trouvera chaleur et victuailles, avant d’envisager de retourner au chalet de ses parents, lesquels devaient beaucoup s’inquiéter depuis son départ précipité.

De Caroline de France (proposition N° 37)

Génial, j’étais à Paris pour quelques jours.
Je commençais cette belle journée d’été dans un petit café proche des Champs-Élysées. La licorne étrange comme nom de troquet, mais je me laissai tenter.
L’endroit était agréable et je me suis tout de suite installée près de la baie vitrée afin de capter les rayons du soleil pour me réchauffer l’esprit.
Au moment où je fus servi, une femme d’une trentaine d’années se posa en terrasse.
J’avais envie de me perdre dans la lecture de mon nouveau roman, seulement sa lumière m’attirait. Elle avait un visage d’ange, je la trouvais radieuse.
Le serveur prit sa commande, puis un jeune homme, des fleurs à la main, lui tendit un bouquet multicolore. Ouah ! J’étais aux premières loges de ce bel échange d’amour.
Après avoir offert son bouquet à sa bien aimée, le prince disparut.
Le visage de la belle blonde se crispa. La lumière laissa place à la tristesse, à n’y rien comprendre. Pour couronner le tout, le soleil se cacha derrière les nuages comme pour prévenir d’un danger. J’avais des frissons partout. Mon corps se gela et j’envisageais d’aller la rejoindre pour la réconforter.
Seulement, le petit prince réapparut, le visage lourd et inquiet.
Doucement, il lui tendit la main pour lui offrir son engagement à travers une bague.
Le soleil réapparut dans notre cœur et le bonheur rayonna autour de nous pour que la paix demeure.

De Martha de France

Une brèche du temps

C’est un mardi que le choc s’est produit.
Sans faire de bruit.
Sans préavis.
Cela aurait même pu passer inaperçu chez n’importe laquelle de ses collègues téléconseillères opérant pour la World Compagnie.
Ondine lançait le soixante douzième appel de la demi-journée pour vendre avec le sourire un abonnement téléphonique au rabais, quand un silence lourd répondit à sa phrase d’introduction, telle que dictée par le manuel de télé-prospection : « voulez-vous être l’heureuse gagnante de notre jeu concours, et partir pour les Iles Maldives cet hiver ? ».
Après un trou noir et profond de longues secondes, une voix éraillée, ténébreuse et menaçante chuchota puissamment : « je ne supporte plus le démarchage téléphonique. C’est toi qui viens de gagner sept années de bannissement à partir de maintenant. Je suis une sorcière et j’ai les moyens de te maudire sur sept générations.»
Ondine se sentit ébranlée tout d’un coup, vidée d’une énergie déjà largement grignotée par l’usure d’un quotidien répétitif privé des joies les plus élémentaires. Un vertige vigoureux prit le contrôle de sa tête dans cette drôle de matinée ouateuse où, depuis l’aube, l’épais manteau de neige se nourrissait goulûment de la chute incessante de gros flocons.
Seule une phrase défilait dans sa tête, comme un bandeau lumineux publicitaire à message unique ; c’était le proverbe entendu dans sa petite enfance de la bouche de sa grand-mère colombienne : “en martes ni te cases ni te embarques !” (le mardi ne te marie pas et ne t’embarque pas).
En une fraction de seconde, une fragilité bouleversante venait de sauter à la gorge d’Ondine qui se trouvait propulsée à des années lumière du surnom que lui avait attribué sa chef de groupe chaque fois qu’elle atteignait le meilleur score de ventes dans l’équipe : Onde-de-Choc.
Devenue onde vulnérable, elle arracha le casque qu’elle jeta violemment sur le clavier de l’ordinateur, et sans même enfiler son manteau, se précipita hors de cet espace-temps infortuné. Le parking feutré d’un blanc cotonneux était lissé de ses marques habituelles. Surnageaient, telles des encoches en relief, quelques rétroviseurs, derniers témoins d’une société suréquipée.
La forêt dense, seule voisine de ce bâtiment construit à bas prix sur un terrain loin de la civilisation, offrait son hospitalité. Ondine courait, malgré un essoufflement consécutif à un manque cruel d’entraînement sportif. Elle courait de façon effrénée en pleurant des cris de bête affolée. Elle fut arrêtée par les bras rassurants de ce jeune agriculteur bio plusieurs fois aperçu depuis la fenêtre de l’open-space des téléprospectrices . Il l’avait toujours intriguée. En effet, il laissait s’entremêler des pois de senteur avec des volubilis grimpant délicatement le long de ce tracteur rouge-passé des années soixante, en marge d’un champ en friche ; sans comprendre la raison de cette exposition, Ondine avait toujours pensé que le résultat pigmenté par la terre-mère et les nombreux insectes de passage était artistique et même poétique.
Touché par cette éruption émotionnelle, Aristide –c’était le nom de ce paysan des temps modernes –accueillit dans ses bras l’employée modèle atteinte de ce mal du siècle que par pudeur on nomme essentiellement en langue anglaise, et même en chuchotant : le burn-out.
– Vous avez rencontré un loup-garou ? s’inquiéta Aristide.
– …
Ce faisant, il guida doucement bras dessus-bras dessous la visiteuse hébétée vers la maison. La pièce de vie était chauffée par un poêle à bois réconfortant. Le parfum de cet intérieur rappelait indistinctement quelque chose à Ondine, quelque chose du passé. S’il était possible de dater une odeur, elle dirait qu’elle était ancienne ; et elle pourrait la qualifier aussi d’infiniment rassurante comme un élément stable dans une vie incertaine, une senteur qui lui donnait l’impression apaisante d’être rentrée à la maison.
– Je vous présente ma compagne, Agathe qui nous prépare une tisane.
C’était donc ça, l’odeur prenait sens en observant la jeune femme jeter élégamment des brins d’anis étoilé dans chaque bol. Les effluves mélangés de la badiane et du feu de bois qui envahissaient la pièce précipitaient très agréablement Ondine à travers une brèche de temps vers les goûters de sa grand-mère.
– et tenez, mangez ça. C’est plein de magnésium, sûrement ce qu’il vous faut aujourd’hui. Et qui sait, cette banane vous rendra peut être la parole ; vous avez l’air épuisé.
– …
Ce mélange de souvenirs d’enfance aux parfums rassurants et d’énergie absorbée grâce au fruit ragaillardit un peu Ondine.
– Je vous remercie. Je…je crois…je crois que j’ai craqué ce matin. Je ne l’ai pas vu arriver…Quelque chose qui pourrait sembler tout à fait irrationnel….je ne sais pas trouver les mots vraiment…quelque chose d’irrationnel m’a comme…fissurée. Oui, c’est ça, fissurée ! Tout d’un coup, ma vie, celle que j’ai connue jusque-là, n’est plus possible. Enfin, je crois…comme s’il y avait un avant et un après… Je crains de vous paraître bien incohérente.
En même temps, elle les regardait d’un œil perplexe, comme pour s’excuser de passer pour folle.
– Vous êtes au bon endroit, dit Agathe en riant. Ce que vous appelez irrationnel n’est que la raison du cœur qui doit parfois cogner du poing sur la table pour être entendue.
Voulez-vous tirer une carte du Tarot des Nuages ? Et vous laisser inspirer par ce qu’elle représente et ce qu’elle vous suggère ? C’est une pratique que nous utilisons Aristide et moi, lorsque nous avons besoin d’un aiguillage.
Toujours dans une économie de parole, Ondine a maintenant recours à ce silence intérieur pour permettre à quelque chose comme le Destin de guider sa main vers la meilleure carte pour elle dans ce moment.
– Alors cette carte maîtresse ? questionna Agathe.
– Le titre en est : « L’ouverture ». Une pyramide tête en bas. C’est mauvais signe ?
– Au contraire ! D’abord parce que rien n’est mauvais signe. Prends-le…on se tutoie, d’accord ? Prends-le comme un conseil dans le carrefour de vie qui est le tien aujourd’hui. La tête en bas te suggère de brasser tes idées autrement, les secouer comme tu balancerais tes longs cheveux la tête penchée en avant, en secouant bien, pour éliminer toutes tes pensées d’impossibles, de croyances limitantes, de loyautés inconscientes…
– Mais une pyramide à l’envers, c’est instable !
– Pas toujours ! La coque du bateau flotte parce que la pointe est en bas, d’où l’intérêt des idées en apparence absurdes !
– Mais comment faire ?
– Débarrasse-toi du comment ! Parce que le « comment » attire les réponses du mental qui a essentiellement à cœur de te rassurer avec des raisonnements connus. Et le premier au top 50 des raisonnements connus, c’est : « ne change rien, c’est trop dangereux, ça ne marchera pas ».
C’est notre façon de nous interroger qui nous paralyse.
Ouvre, comme le propose la carte que tu as choisie ! Demande-toi comment la partie la plus créative, innovante et stable de toi pourrait te guider vers un chemin de vie épanouissant, intéressant et concrètement assez rémunérateur pour assurer ton quotidien ? Et ne te précipite pas sur la réponse, parce que dans un premier temps, elle pourrait bien être : MEME PAS EN REVE !
Laisse plutôt la question ouverte macérer dans ta tête et dans ta vie, sans y répondre. Et tu verras au bout de quelques jours ou même moins, le Destin t’apportera une proposition sous forme de rencontre ou d’idée lumineuse, ou de synchronicité.
Revivifiée par ce partage sous le signe de la bonne étoile anisée et odorante, Ondine remercia ses hôtes et regagna sous un ciel dégagé le parking de la World Compagnie.
Elle n’eut pas besoin de récupérer son manteau dans les locaux de son employeur car les clés de la voiture restaient à demeure sur le barillet de contact. Replonger ne serait-ce que quelques minutes dans ce monde inadapté à ses valeurs, même pour récupérer ses effets personnels, lui aurait paru insurmontable.
De retour dans son petit appartement, elle se coucha toute habillée, épuisée et sereine de l’issue de cette journée. Après seize heures d’un sommeil dense, elle nota le rêve qui émergeait, comme souvent quand l’histoire lui semblait signifiante. Elle s’était vue avec une petite fille de quatre ou cinq ans. Elle partait se présenter à un examen en passant devant un magasin de vêtements raffinés. La commerçante, une femme d’une trentaine d’années lui glissait à l’oreille : ce magasin n’est qu’ une couverture, je suis là pour t’aider. Il disparaîtra dès que tu seras passée par la brèche du temps.
Les jours suivants, elle choisit d’hiberner au chaud, reliée au monde extérieur par la seule connexion internet de son ordinateur.
Moins d’une semaine plus tard, sans surprise, elle reçut un mail de son employeur exigeant un accusé de réception, et annonçant l’envoi d’une lettre recommandée. Considérée comme démissionnaire, elle ne faisait donc plus partie du personnel. Presque aussitôt, l’alerte de l’un des réseaux sociaux qu’elle fréquentait parfois résonna. Sarah l’amie depuis la maternelle s’enthousiasmait d’avoir retrouvé ses coordonnées, alors qu’elle rentrait de plusieurs années passées en Amérique du Sud.
Son message était aussi tonique que la photo des deux amies inséparables coiffées de couettes bondissantes, qui accompagnait son texte : « tu te souviens ? On avait une pêche d’enfer et des projets de jeux plein la tête ! Je rentre en France, avec mon amoureux vénézuélien. Nous allons restaurer la péniche que j’ai héritée de mon père pour la transformer en café-littéraire flottant, et parcourir les canaux français de ville en ville afin de rencontrer et fédérer toutes les graines d’idées de vie meilleure et solidaire qui ne manquent pas. Nous pensons qu’il est temps de développer une force nouvelle de projets dans ce pays. Je me souviens de ta créativité quand tu dessinais des bateaux en moyenne section ; ils me faisaient rêver. Je te vois bien embarquer avec nous. Et en plus, ton prénom sied parfaitement à une vie sur l’eau ! Tu serais d’accord ?
PS : rassure-toi, nous n’embarquerons pas un mardi…hi hi…je me souviens du dicton de ta grand-mère !!! »
La réponse ne se fit pas attendre : « OUIIIII ! »
Après cette semaine de retraite silencieuse, et avant de revoir son amie d’enfance, Ondine rejoignit la forêt accueillante près de laquelle vivaient Aristide et Agathe. Elle se réjouissait à l’avance de partager avec eux la magie de la proposition du Destin. Le vieux tracteur rouge était à sa place, mais point de fleurs grimpantes ni de chaumière au toit fumant. Elle interrogea un vieux chasseur passant par-là, carabine en bandoulière.
– Une maison ici avec un couple ? Vous êtes trop jeune pour les avoir connus. Ils se sont installés là après la seconde guerre mondiale, et leur maison a été rasée en 1970. Un gros projet de promotion hôtelière devait voir le jour, mais le constructeur est parti avec la caisse. Il n’y a jamais eu qu’un seul bâtiment, celui qui sert aujourd’hui à la World Compagnie. Fissuré d’ailleurs. Bah, c’est même plus des fissures à ce niveau-là, mais des brèches ! ».

De Nicole de Belgique

Bien loin de la neige récréative de l’enfance, traineau et bataille de boules et autres plaisirs, le conquérant et glacial hiver arrivait.
La mère guettait le retour de son fils sur le pas de la porte.
La forêt sombre, les sapins gelés, sentinelles au garde-à-vous devant l’invasion de la poudreuse de cristal.
Elle aperçut Victor, son fils aîné, manœuvrant le tracteur rouge avec dextérité et célérité afin de dégager un chemin jusqu’à la ferme.
L’hiver était là, avec ses températures avoisinant les – 25°, les routes bloquées, les pannes d’électricité à répétition, le village inaccessible, la prison blanche.
Comme les écureuils, la mère avait fait des provisions, de quoi tenir le long siège hivernal.
Les bûches rangées autour des murs de la maison prodigueraient chaleur et bien-être à la famille.
Ce soir, l’âtre incandescent promettait une soirée agréable, ils fêteraient l’anniversaire du père.
Martine, la cadette râlerait bien parfois, privée de sortie au Tourbillon, le dancing de Saint-Germain-la-Forêt. Elle répèterait ses pas de danse devant son miroir pour le printemps prochain.
Ce soir, la mère ferait flamber les dernières bananes au Marc de Bourgogne, le dessert préféré de Rudolf son mari.

De Laurence de France

Sur le quai de la gare, Arthur affiche une banane de circonstance. Il est heureux ; il part à la montagne le jour-même. Un long trajet à travers toute la France pour rejoindre les hauteurs d’Avoriaz en Haute-Savoie. Non pas pour skier, quoique, mais plutôt pour travailler dans un restaurant sur les cimes enneigées de la station piétonnière.
Sa mère affiche aussi une mine de circonstance, triste bien sûr de voir son fils partir pour plusieurs mois, ne pouvant le compter parmi les invités à Noël. Elle a du mal à retenir ses larmes, qui coulent au rythme des gouttes de pluie, qui ajoutent encore à son désarroi.
Arthur souhaite skier sur son jour de repos ; il en rêve. Il est heureux à cette perspective. Cela remonte à plus de dix ans la dernière fois qu’il a pu skier sur un snowboard. Il a besoin de respirer un autre air, de voir du pays, de rencontrer d’autres personnes, de travailler, de bouger. Sa mère peut le comprendre ça, mais de là à l’accepter, c’est, pour elle, une autre histoire.
Arthur traîne ses deux grosses valises, pleines des vêtements de montagne que sa mère lui a offerts à l’avance pour son Noël. Impatient de faire défiler les treize heures de bus qui l’attendent depuis Bordeaux  jusqu’à Annecy pendant la longue nuit à venir, il ne comprend pas la tristesse de sa mère. Il ne cesse de lui répéter : « ne sois pas triste, ça va aller ».
Catherine, elle, le revoie encore tout petit, jouant avec son minuscule tracteur rouge, qu’il tenait inlassablement dans la main, refusant de lâcher ce jouet acheté dans une brocante de la ville pour un franc de l’époque. C’était des instants magiques, nostalgiques certes, mais empreints de bonheur à jamais gravés dans sa mémoire. Le temps a passé si vite, qu’elle ne s’est rendu compte de rien. Vingt-cinq ans plus tard, et voilà son fils capable de s’assumer, de diriger une brigade de cuisine, de vivre sa vie d’homme. Elle ne le voyait pas comme un homme, mais comme son bébé, qu’elle avait dorloté avec passion et dévouement.
Elle sait qu’elle doit le laisser partir, après ses quelques semaines de repos bien méritées après sa saison estivale en Corse où il a souffert d’une extrême chaleur et de moustiques affamés et féroces. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Catherine pourrait se rendre dans le village haut perché près de Morzine, mais elle n’a jamais vraiment affectionné la montagne l’hiver, recouverte de son grand manteau blanc, ni vraiment aimé le froid, et encore moins les activités hivernales  liées à ces régions. Elle aime bien la montagne, mais l’été, pour randonner, respirer l’air pur des cimes majestueuses. Elle sait qu’Avoriaz est une station réputée, un village au charme authentique, peuplée de chalets bien savoyards, ouverte au tourisme et aux touristes, du haut de ses 1800 mètres d’altitude, recouverte en cette fin novembre de cinquante centimètres de neige. L’un des plus grands domaines skiables d’Europe, attirant du monde de partout.
Catherine serait presque tentée d’aller y faire un saut par les mêmes moyens que son fils aux prochaines vacances d’hiver, mais quoi faire dans ce genre d’endroit quand on ne skie pas ?
Elle en est là de ses réflexions pendant la longue attente sur le quai ; le train est en retard, comme souvent.
Ca y est, le train se fait entendre, les dernières minutes s’égrènent trop rapidement ; une portière qui se ferme, une main qui fait signe au revoir, et voilà le fils partir pour de longs mois et l’hiver qui s’installe !

Vous avez reçu une nouvelle proposition créative concernant des mots bizarres à insérer.
Laissez aller votre plume et votre créativité!
Ecrire est un jeu !
Tout le monde peut se mettre à créer et à écrire.
Chaque semaine, je vous proposerai une accroche différente pour vous inciter à écrire dans le plaisir.

Je vous souhaite une bonne lecture, une belle semaine créative.

Pensez à visiter mon blog, La plume de Laurence

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITSLa Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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