Pour cette proposition d’écriture N° 46, les textes de nos auteures vont vous impressionner. Incroyable mais vrai le talent imaginatif qu’on peut découvrir à partir d’une simple consigne! Bravo à vous Mesdames!
Cela va du cauchemar à un conte revisité, la recherche familiale ou de ses origines à un prince charmant, il y en a pour tous les goûts.

Je vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes:

De Catherine de France

L’intronisation

Je suis dans la maison de ma grand-mère, mais Mamie Louise n’est plus. Et je n’ai pas pu revenir à temps pour lui dire au revoir. Il y avait tellement longtemps que je ne l’avais pas vue. Quinze ans passés à l’étranger, pour travailler dans les meilleurs restaurants en tant que chef de partie, à New-York, Montréal, Saïgon, Osaka… Quinze ans de bougeotte pour fuir la guerre parentale, dans les ravages d’un divorce douloureux, mais aussi pour me fuir moi-même, incapable d’être heureuse là où je suis plus de six mois d’affilée. Quinze ans pendant lesquels je me suis coupée de ma famille, mise à part quelques nouvelles téléphoniques de temps en temps, pour apprendre la cuisine des quatre coins du monde. Au bout de ces quinze années, je n’avais gagné que des galons de cuisinière reconnue et appréciée, mais toujours pas le bonheur. J’avais donc eu envie de revenir en France, près des miens, et de Mamie Louise, mais elle n’avait pas eu le temps de m’attendre.
Et me voici dans la maison de ma grand-mère, où j’ai tant de bons souvenirs. Je me suis toujours sentie bien ici, dans cette grande bâtisse qui fut autrefois une école publique. J’en aime les murs en crépis gris, les grandes pièces qui donnent sur la cour, et celles donnant côté jardin, et puis l’ancien préau reconverti en cuisine d’été et terrasse ombragée, et puis aussi le vieux tilleul si odorant à la fin de l’été…
Je suis dans la maison de ma grand-mère. Je suis arrivée hier en fin d’après-midi, pour un long week-end, et j’y ai dormi cette nuit d’un profond sommeil. Maintenant, je prends mon petit déjeuner dans la cuisine, face à la fenêtre. Soudain, mon attention est attirée par une tache blanche sur le carrelage, devant la porte qui ouvre sur la rue. Je me lève et ramasse une enveloppe. Apparemment, le facteur s’est trompé, parce que ce n’est pas mon nom, ni celui de ma grand-mère qui est inscrit sur le recto : je m’appelle Vania Mougins et Mamie, Louise Rigaud. Mais là, sur cette enveloppe sans timbre, qui a donc pu être déposée par n’importe qui, mais pas le facteur, est écrit :

REBECCA DUPUYNET
3 rue du Lavoir
EYGONTIERS

L’adresse est bonne, mais qui est donc cette Rebecca ? Me voici bien embarrassée avec cette enveloppe.
Je décide d’aller dans le village pour questionner les voisins. Quand j’étais jeune, je connaissais tout le monde ici, donc je vais joindre l’utile à l’agréable et me fais une joie de retrouver les amis de Louise. Les deux premières maisons sont fermées, mais à l’angle de la rue, je frappe chez Léonce et Mathilde Ravanel : Louise passait des heures chez eux, à refaire le monde et jouer à la belote. Une femme émaciée et revêche entrebâille la porte et m’agresse verbalement :
Qu’est-ce que c’est ?
C’est sûr que cette femme n’est pas Mathilde. Je me présente et décline aussi mes liens familiaux avec Louise, puis explique l’objet de ma venue, en montrant l’adresse sur l’enveloppe.
Connais pas !
Je lui demande alors des nouvelles de Mathilde et Léonce. Même réponse :
Connais pas !
Et elle me ferme la porte au nez ! Plutôt patibulaire, la voisine ! Si ça se trouve, Léonce et Mathilde sont décédés eux aussi ! Cette pensée m’attriste vraiment, mais je continue ma quête, et me rend chez Simone, qui faisait autrefois les meilleures madeleines que je n’aie jamais mangées.
Tout en cheminant en direction de chez elle, je remarque que de nombreuses maisons sont fermées, et que celles aux volets ouverts cachent des yeux curieux derrière les rideaux. Ce village dégage une drôle d’ambiance, rien à voir avec mes souvenirs. Chez Simone, les volets sont ouverts, mais personne ne répond. Sur la boîte aux lettres est écrit : Jean et Geneviève LABBE. Alors, Simone aussi n’est plus là ? Que c’est triste ! Soudain, le village entier me parait étranger : je n’y retrouve pas mes marques, ni mes impressions d’enfance. Je fonce à la mairie. La secrétaire, raide comme un I et le sourire en berne, me reçoit froidement. Je lui explique qu’on a déposé chez moi une lettre qui ne m’est pas destinée, même si l’adresse est bien celle de ma grand-mère. Elle regarde vaguement l’enveloppe et marmonne :
Connais pas !
Puis elle retourne à ses occupations. Je trouve la qualité de l’accueil très limite, pour un service public dédié à la population. La secrétaire de mairie de mes souvenirs avait toujours des bonbons dans sa poche. Elle s’appelait Jeannine, était ronde et joviale, et je ne manquais jamais d’aller lui dire bonjour pour avoir un bonbon. C’est quand même bizarre ! J’ai l’impression que je ne connais plus personne ici ! C’est comme si, d’un coup de baguette magique, on avait remplacé tout le monde par des gens venus de la planète « Désagréable » !
J’en suis donc au même point avec mon enveloppe et retourne chez Louise, me demandant bien ce que j’allais en faire. Puisque personne ne sait de qui il s’agit, il ne reste plus qu’à ouvrir la lettre et la lire pour trouver des indices. A l’intérieur, un feuillet plié en quatre comporte une écriture calligraphiée :
« Madame REBECCA DUPUYNET
est instamment priée de se rendre ce soir,
à 21H00,
à la grande cérémonie d’intronisation au culte d’EYGON,
dans le vieux cimetière. »
Qu’est-ce que c’est que ce truc, le culte d’EYGON ? Jamais entendu parler ! En tous cas, Rebecca n’y sera pas puisqu’elle n’aura pas eu l’invitation. En fait d’invitation, ça ressemble plutôt à une convocation. Il faudrait peut-être que j’y aille pour prévenir les gens qu’il y avait eu une erreur d’aiguillage du courrier. Je sais où est le vieux cimetière : c’est un endroit assez lugubre, laissé à l’abandon à l’écart du village, dont les pierres tombales plus ou moins affaissées dataient de l’époque carolingienne. En attendant l’heure du rendez-vous, je décide de faire du rangement et du tri dans la maison, me replongeant volontiers dans mes souvenirs heureux.
A 20H55 tapantes, me voici en route pour ma mission empathique. C’est la tombée de la nuit, et je me retrouve rapidement dans le fameux cimetière où règne un silence… de mort. Personne à l’horizon, pourtant il est l’heure.  Soudain, un personnage encapuchonné et enveloppé d’une grande cape verte s’avance vers moi. J’ose un timide bonjour auquel il ne répond pas. Puis, tout autour de moi, des dizaines de personnes se positionnent, empêchant toute retraite de ma part. Je reconnais parmi elles la mégère qui habite chez Mathilde et Léonce, ainsi que la rébarbative secrétaire de mairie. Tous ont le visage fermé, et je commence à m’inquiéter de ma situation. Je décide de briser le silence, et m’adresse à l’encapuchonné :
Bonjour, je m’appelle Vania et j’ai reçu une lettre qui …
L’encapuchonné se décapuchonne brusquement, laissant apparaître un crâne rasé, hérissé d’un embryon de crête bien raide. D’un doigt menaçant, serti d’une énorme bague en or, il ordonne :
REBECCA DUPUYNET, à genoux !!!
Mais, ce n’est pas moi… je ne suis pas Rebecca…
A GENOUX, J’AI DIT ! Dorénavant, tu es Rebecca Dupuynet ! C’est le nom que tu porteras dès ton intronisation !
Mais, non, voyons …
La cérémonie va commencer ! A genoux, te dis-je !
Des mains s’abattent sur mes épaules, me forçant à tomber à genoux. Je suis terrorisée, tandis que le gourou au crâne rasé commence ses invocations.
     Ô EYGON ! Nous te livrons une nouvelle venue en ton royaume d’Eygontiers. Pour te servir, elle portera le nom de Rebecca Dupuynet, car elle ne saurait garder son nom d’avant Toi ! Pour vivre en Ton Royaume, chacun doit changer d’identité et donner de son sang, en signe de reconnaissance de Ta Divine Suprématie !
J’essaie de me dégager des mains puissantes qui me maintiennent au sol. Autour de moi, les autres psalmodient des choses incompréhensibles… Je suis tombée entre les mains d’une secte ! Le gourou s’approche de moi avec un grand couteau et un bol en or. Les autres, tout autour, commencent à secouer des clochettes. C’est horrible ! Ils vont prendre mon sang ! Je vais mourir ! Je crie, je hurle, je me débats …
Un cri ultime … et je me retrouve, le cœur battant et haletante, dans le lit de Mamie Louise ! Un cauchemar… C’était un cauchemar ! Pourtant, j’entends toujours tinter les clochettes. Affolée, je regarde autour de moi, de peur d’y retrouver ces fous qui voulaient me voler mon identité, quand je me rends compte que ces sons proviennent certainement de la clochette de la porte d’entrée. Alors, je me lève, méfiante, et entrebâille la porte donnant sur la rue. Je me retrouve face à Mathilde et Léonce, avec leurs beaux sourires et leur douceur d’antan. Derrière eux, se tient Simone avec une panière de madeleines dans les mains. Je me précipite dans leurs bras. Je suis si heureuse de les retrouver tous.
Ainsi, rien n’a changé dans le village. Ils me racontent les nouvelles des uns et des autres, et je me sens enfin bien : je me sens à la maison. J’ai soudain conscience qu’ici est la fin de mon voyage au long cours, qu’ici doit être ma nouvelle vie, car c’est ici que je trouverai ma vraie identité, mon vrai Moi… et mon bonheur. Et surgit en moi l’idée de faire de cette maison un restaurant de renom, où je pourrai montrer mes talents de cuisinière, qui a écumé les continents pour faire revivre le beau village de Mamie Louise. Mon restaurant s’appellera « La maison de Louise », pour qu’on s’y sente comme chez soi, mais avec moi, car je suis Moi, dans la maison de ma grand-mère !

De Françoise de France

Au fond du bois

Zut ! C’est encore loin ? … difficile de se frayer un chemin en forêt, ça grimpe, ça glisse… surtout une forêt de sapins, ténébreuse, saturée au sol d’épines sèches. Je ne devrais pas râler, après tout c’est de ma faute… j’ai si chaud… oui, attendre que la mort ait terminé son travail pour faire connaissance… connaissance de ma seule parente, de laquelle j’hérite. C’est ce qui arrive quand on perd ses géniteurs de bonne heure, et qu’on reste enfant unique.
Au bout du compte, je ne me débrouille pas si mal : bien avant la nuit, je suis dans la maison de ma grand-mère. Enfin, maison… disons une masure, mal entretenue, remplie de bric-à-brac…
Qu’est-ce que je vais faire de tout ce bazar, à part y mettre le feu… D’ailleurs, il m’en faut tout de suite, du feu, car évidemment, la fée électricité ne visite pas cette clairière.
Je trouve des bougies, des allumettes, des pots en guise de bougeoirs…

Une lumière chiche et mouvante projette à présent sur les murs sombres des ombres plus noires encore. C’est qu’il n’y a pas de fenêtre, juste une petite lucarne sous le chaume, et si voilée de toiles superposées… On m’a souvent dit : une araignée dans la maison, ça dit qu’elle est saine (la maison, s’entend ! Car pour ce qui est de l’araignée…).
Principal objectif, trouver les papiers importants. Sauf qu’il n’y en a pas. J’ai beau chercher, chercher encore… non, je perds mon temps.
Je sors de la ridicule maisonnette, avise une souche creusée, je crois avoir entendu parler de l’usage qu’elle en faisait : une boîte à lettres. Comme si le facteur se risquait ici !
Eh bien, détrompe-toi ma cocotte, me dis-je, quelque peu interdite : une enveloppe rose attend d’être récupérée au fond de ce nid naturel, aussi profond qu’un bras.

De plus en plus bizarre, le courrier est à mon nom : Carmine, et c’est marqué : Hutte Restante, aux bons soins du dernier vivant. Ce doit être un notaire… Ouvrons vite cette enveloppe pour en avoir le cœur net…
À l’intérieur : une carte de visite, signée : J. L.  Qui c’est ?
Il me faut l’aide de quelqu’un du coin pour savoir quelle est cette personne… Ce qui est un défi, au fond d’une telle forêt. Et puis, n’étant jamais venue… Où aller ?

J’entends au loin des coups portés qui résonnent… Un bûcheron ? Je me dirige vers les bruits sourds et répétés. Mon manteau rouge couvre mes épaules. Le temps s’est rafraîchi.
C’est en effet un bûcheron aux prises avec une souche énorme. Mon habit rouge ne passe pas inaperçu ; au premier coup d’œil, il suspend son geste qui assommerait un bœuf.
« Pardon, monsieur le bûcheron, je suis l’héritière de la petite dame de la masure… Je n’arrive qu’aujourd’hui pour la succession. Dans sa boîte à courrier, j’ai trouvé une carte à mon nom, signée de deux initiales : J – L. Vous deviez bien la connaître, ma grand-mère… Sauriez-vous me dire qui ça peut être ?

  • Ha-ha-ha-ha-ha ! … Ah ! Vous me faites bien rire.
  • Désolée, ce n’était pas mon intention. Ma question est honnête et sérieuse.
  • Ah oui ? »

Et il prend un air goguenard qui ne me dit rien de bon. Comme il se ressaisit de sa hache…
« Excusez-moi, monsieur le bûcheron, de vous avoir importuné. »

À ce moment précis, j’entends des coups de feu. J’en déduis qu’un chasseur vit par là, il me reste à le repérer et à l’interroger. Est-ce lui qui a offert à ma grand-mère ces bois de cerf vissés au mur, qu’elle devait utiliser comme patère ? Ça servirait à quoi, sinon…
Après une longue trotte en zigzag, je comprends que je suis près du but. Je me dépêche.
« Pardon, monsieur le chasseur… (et je réitère ma demande mot pour mot).

  • Ha-ha-ha-ha-ha ! … fut sa première réaction.

Attends, attends… c’est l’essence de résine de sapin qui leur fait cet effet ? Je m’entête.

  • Monsieur le chasseur, connaissiez-vous ma grand-mère ?
  • Si je la connaissais !  … Ha-ha-ha-ha-ha ! … vous me faites bien rire…
  • Ah non ! Ça suffit comme ça. Répondez franchement, je ne demande rien de plus.
  • C’est ça, c’est ça…

Et le voilà qui se détourne sans autre ; je ne tirerai rien non plus de ce personnage.
Dépitée, je rebrousse chemin, espérant le retrouver. A l’aller, un oiseau me suivait ou me précédait ; il me semble que c’est le même qui s’active sous les grands arbres.
Je rentre bredouille, mais entière.

J. L. … Jean-Louis ? Jean-Luc ? … Ou alors c’est J pour le prénom, et L pour le patronyme.
Me voilà bien avancée.

Les ténèbres s’imposent. Je trouve un gros duvet pour la nuit et m’allonge sur de la paille. Pas question de me glisser dans le lit défait de la morte. Qui s’est occupé de la dépouille ?
C’est étrange d’être perdu au cœur d’une forêt.
La lune trouve le moyen de se tenir pile-poil au-dessus de la masure dont elle illumine les alentours mieux que cent bougies. Je m’endors. Des rêves bercent mon sommeil vite entrecoupé.
Quelque chose grattouille au bois de la porte. Idiote, me dis-je, tu dors quasi dehors ; toutes les bêtes nocturnes s’en donnent à cœur joie. Ici, elles sont chez elles, c’est toi le personnage incongru, héritière ou pas. D’ailleurs, de quoi as-tu hérité ? À qui appartient la clairière ?
Impossible de vivre ici. Il n’y a même rien à récupérer. Demain, je m’en retournerai dans ma contrée où les rues grouillent de vie… Demain… oui demain, retour au bercail, ma coloc qui compte me revoir en riche héritière, le nouveau boulot qui m’attend d’ici deux semaines, la routine qui rassure…
Toc-toc-toc !
Mais c’est pas vrai ! Ça se passe aussi comme ça sur une île déserte ? Tu te dis, je vais être tranquille, dormir tout mon soul… eh bien non, un enquiquineur vient t’enquiquiner !
Je me redresse sur ma couche, inutile de jouer à la morte, autant en finir tout de suite. C’est quoi déjà, la formule : « Tirez la bobinette, et la chevillette cherra ! »
Et c’est ce que fait le visiteur… Un habitué ?
C’est marrant la vie, on n’imagine pas un parent, jeune ou vieux, avec des distractions nocturnes… bon, vous voyez ce que je veux dire… Serait-il possible que grand-mère… mais non, elle est morte à 96 ans… c’est curieux, j’en ai tout juste la moitié.
La porte s’entrebâille, j’aperçois une ombre très grande… qui entre… et lance gaiement :
« Ohé ! C’est moi, la carte de visite !

  • Heu… n’étiez pas obligé de vous déranger si tard… heu… je veux dire que… demain matin, ça m’aurait convenu aussi bien…
  • Possible. Mais je ne suis actif que de nuit, chère Carmine.
  • Parce que vous connaissez mon prénom ? … Montrez-vous, je ne vous vois pas bien…
  • Le mien vous suffira pour comprendre…
  • Parfait, je vous écoute…
  • Je me nomme Jeune Loup, je suis l’Amant de la Forêt, comme il existe ailleurs des Fées de clairière. Vous me suivez ?
  • Vous suivre ? … où ça ? … Vous plaisantez je présume, êtes-vous gendarme ?
  • Dans la compréhension, je voulais dire…
  • Ah, oui. Ça pour comprendre, je comprends…
  • En tout cas, je suis à votre disposition.
  • À quel sujet ?
  • Écoutez, votre aïeule n’était pas bégueule et je ne me souviens pas d’avoir eu à lui expliquer longtemps ce en quoi je pouvais lui être utile !
  • Ho-Ho-Ho ! c’est quoi cet étalage de prétendus talents, je ne vous ai rien demandé, sortez, Monsieur !
  • Ha-ha-ha-ha-ha ! … vous me faites bien rire… »

C’est pas vrai ! Cette forêt est ensorcelée, ou c’est la folie qui s’est abattue sur moi…
Personne ne me prend au sérieux, que suis-je donc venue faire ici…
« Finalement, vous comprenez vite, je le vois. Allez, je vous laisse vous reposer et vous installer. Ne brûlez rien que vous regretteriez par la suite. Soyez l’entière et légitime héritière de votre grand-mère qui est morte apaisée, avec un dernier sommeil rempli de beaux rêves. »
Sur ce, il s’en alla. Quel culot !

*Ce que je rapporte là, je l’ai écrit bien plus tard, et placé dans le fond de la souche creusée, dite Hutte Restante – à l’attention de ma coloc. – rue Machin-Chose, à X.
Le papier y moisira tranquillement ; qui irait le porter à qui que ce soit ?
À mes yeux, le monde ancien a disparu. Le nouveau, c’est : chasse, pêche et traditions…
Au fait, j’ai trouvé chez mère-grand des piles de “ Le Chasseur français 
Était-ce pour les petites annonces matrimoniales ?
Mon nouveau domaine se réduit à quelques voisins : le bûcheron qui tape comme un sourd, le chasseur qui tire au hasard, l’écrivain invisible, le confesseur intouchable…
… et Jeune Loup !

Mais toi, oui toi ! … fais pas l’andouille, si par hasard, tu devais lire ces mots moisis.
Ne cherche pas à me trouver… même dans l’espoir de me délivrer. C’est un lieu dont tu ne pourrais ressortir.
Et puis, crois-moi….

C’est à moi que tu aurais affaire !

Car moi seule, tu entends ! … moi seule suis l’héritière.

De Lucette de France

Dans la maison de ma grand-mère

L’été arrivé, je n’ai qu’une hâte, retrouver ma grand-mère qui m’a tant apporté, qui m’a donné tout l’amour que mes parents séparés n’ont pas su me donner. Prise dans les disputes pour avoir la garde de leur fille unique, ils m’ont oubliée, et c’est ma chère grand-mère qui m’a tendu la main au moment où j’en avais besoin.
J’ai appris un métier « couturière », celui que ma grand-mère exerçait au quotidien. Toutes ces jolies robes que j’ai portées, c’était à ma grand-mère que je les devais.
Me voici, à Paris, dans une grande maison renommée « Chanel » et oui, excusez du peu. J’ai gravi marche après marche, passionnée de broderie et de tissu, toutes ces formes, ces couleurs, toutes ces robes d’un soir, tout ce monde me passionne. J’avais une amie Laure qui était à la Sorbonne, qui me rendait souvent visite à cette époque-là…
Un matin, le facteur sonne. Tiens ! Une lettre recommandée à mon nom… Qui peut savoir que je suis ici ? Le nom de l’expéditeur et l’endroit de l’expédition ne me parlaient pas. Ma grand-mère était toute aussi étonnée que moi, elle commençait à paniquer flairant un piège, me disant de me méfier…Ma tante et ses filles présentes en ce mois d’Août, n’étaient pas plus inspirées.
J’ai ouvert fébrilement cette enveloppe, j’ai lu une fois, deux fois, trois fois pour bien m’imprégner des mots écrits en anglais. L’anglais n’était pas mon fort, inutile que je demande à ma grand-mère ou à ma tante, qui, elles, n’avaient jamais ouvert le moindre livre écrit dans la langue de « Shakespeare »
Alors que faire, dans un endroit aussi isolé pour avoir la traduction exacte. Était-ce une mauvaise nouvelle ? Une bonne nouvelle ? Un piège ? Mais en y réfléchissant, une lettre recommandée n’arrivait pas par hasard à cette adresse… Après y avoir beaucoup pensé, tourner le problème dans tous les sens, « ma petite voix » insistait me disant « As-tu pensé à ton amie d’enfance Laure qui a fait des études d’anglais ? » Mais oui, c’était elle la clef de cette énigme.
Toute la journée, j’ai cherché ses coordonnées m’adressant à ses proches, mais beaucoup étaient partis en vacances, et les vacances sont sacrées. Ils ne voulaient pas s’embêter pour contacter une personne dont ils n’avaient plus entendu parlé depuis des années…
Lasse, j’ai mis cette lettre dans un coin, et je verrais plus tard. Encore une semaine dans cette belle campagne, et je reprendrais mon train-train…Un matin je déjeunais, mon portable a sonné, surprise, j’ai aussitôt regardé, et Oh ! miracle ma chère Laure était au bout du fil. Joyeuses toutes les deux se réentendre. Après avoir papoté sur notre vie à chacune, elle m’a demandé ce que je voulais au final. Trop compliqué pour elle, à me comprendre avec un si « bel accent » étant elle-même dans sa famille toute proche, le rendez-vous a été fixé le jeudi suivant.
Nous avons déjeuné dans une auberge très sympa, le repas léger était excellent. Voici Laure qui m’a traduit ce mystère. C’était une jeune femme prénommée « Patou Jhon » de New-York qui était née avec un don d’ovocyte. En vieillissant, elle voulait connaître ses origines. Elle a eu l’idée de faire une recherche d’ A.D.N. Ayant eu les résultats, elle a recherché sur internet toutes les compatibilités possibles. Elle a trouvé la trace d’une personne en France compatible à 95%. Aucun doute pour elle, elle a décidé de se mettre en relation avec cette personne, et c’est « moi ». Effectivement, des chamboulements dans la famille m’ont incitée à faire cette démarche pour retrouver des personnes éloignées dans les quatre coins de l’Europe, afin de peut-être se réunir un jour pour faire un pique-nique « cousinage ». Patou a trouvé l’adresse de ma grand-mère habitant à cet endroit depuis toujours, plus facilement que la mienne, qui a déménagé plusieurs fois.
Suite à cette lettre, j’ai fait mon enquête, et j’ai appris que ma mère avait fait plusieurs dons d’ovocytes, car pour elle rien n’était plus beau que d’offrir l’espoir d’un enfant aux femmes en difficulté.
Moi, la fille unique qui avait toujours souffert de solitude étant enfant, me voici avec une demi-sœur américaine.
J’ai fait des efforts pour apprendre l’anglais, elle de son côté pour apprendre le français. Un voyage était programmé dans l’année qui arrivait, et quelle joie pour elle et pour moi…

« Le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles… ». W. SHAKESPEARE

De Caroline de France

C’est reparti, Mamie a encore une fois claquée une porte, quelle manie vraiment ! Ça doit être sa manière de montrer qu’elle existe.
Bon, oublions tout ça car j’ai du pain sur la planche.
En effet, ma grand-mère ayant pris la décision de vivre chez elle, je me devais de l’aider de temps en temps. Je sortis chercher le courrier dans sa boîte aux lettres. Elle l’éplucha comme d’habitude puis me tendit une de celles-ci.
En regardant de plus près, je compris tout de suite que ce pli ne lui était pas destiné. L’adresse était correcte seulement le destinataire était un certain Alexandre Pill. Cela me parut très étrange.
Je me suis tout de suite dit qu’il devait y avoir une erreur dans le numéro de la rue. Je décidais d’aller vérifier les boîtes aux lettres des voisins, histoire de la glisser tranquillement à la place du facteur. Après quelques minutes de recherche sans succès, je pris mon courage à deux mains pour demander à un voisin si ce nom lui parlait. Je fus encore bredouille mais je décidais de tenter une deuxième maison, histoire d’en finir avec cette fichu lettre. Eh bien, je me retrouvais encore avec un non.
C’était l’heure du dîner et après notre série préférée, nos partîmes nous coucher. A mon réveil, j’eus une envie : ouvrir la lettre afin d’avoir d’autres indices. Super, j’allais peut-être avoir des informations sur ce fameux Alexandre. J’ouvris délicatement la lettre et voici ce qu’elle me raconta.

Bonjour Nathalie,

Comme les êtres humains peuvent être prévisibles…. J’étais sûre que vous finiriez par ouvrir ma lettre. Çà n’est pas pour autant que je vous félicite car c’est un délit, n’est-ce pas…
Du coup, j’espère que vous vous sentirez obligé de répondre favorablement à ma requête.
Premièrement, je n’ai pas besoin de vous donner mon nom, vous le connaissez déjà.
Donc, passons à la suite. J’ai connu vôtre grand-mère, il y a environ une trentaine d’années.
Oui, nous pouvons dire que ça ne me rajeunit pas, bref. Nous travaillions à cette époque dans la même entreprise. J’étais tombé amoureux d’elle au fur et mesure de nos échanges.
Seulement, ma timidité ayant pris le dessus, je n’ai jamais pu lui avouer mes sentiments.
Cela me rendait triste alors un jour, j’eus une idée.
Je lui ai fait livrer un bouquet de roses rouges, 45 roses pour tout dire.
Malheureusement, ce même jour, elle eut un malaise au bureau et tomba ensuite gravement malade. Elle n’est jamais revenue au travail et on s’est perdus de vue.
Aujourd’hui, par le biais de cette lettre, je vous demande d’arranger un rdv….

Je sursautais d’un coup, suite au claquement d’une porte. Ah bonheur, c’était juste un mauvais rêve, je n’avais pas touché à la lettre.
Soulagée, je m’empressais de rejoindre mamie pour le petit déjeuner.

“Bonjour Mamie, tu as bien dormi!”
“Oui, merci ma puce, alors as-tu trouvé qui est ce cher Alexandre?”
“C’est un prince charmant qui fait livrer 45 roses rouges… ahahah”, disais-je en rigolant.
“Il n’y a pas que les princes charmants qui offrent des fleurs, un jour j’ai reçu un énorme
bouquet au bureau, je n’ai jamais su qui c’était”…

Oups là, je crois que je n’ai plus faim….

De Laurence de France

Après ma journée de travail, je me rends souvent chez ma grand-mère, Elise, habitant à la campagne, dans un village picard typique, avec ses maisons en briques rouges. C’est mon grand-père Pierre qui a bâti cette maison assez simple au demeurant, de ses mains, avec les pierres du château du village, détruit par l’armée allemande après la fin de la Première Guerre mondiale.
J’ai toujours connu cette maison, qui n’a pas changé au fil des ans. Toujours les mêmes volets verts, toujours les meubles en formica dans la cuisine, la table face à la porte d’entrée, pour voir tout de suite qui arrive, l’évier blanc au fond de la pièce, un grand placard qui remplace le buffet, la cuisinière à bois qui chauffe toute la maison, pendant les longs hivers picards gris et brumeux.
Quand j’arrive chez ma grand-mère après un « bonjour » joyeux et tonitruant, j’accroche mon manteau toujours à la même place, je bois un verre de lait provenant de la ferme d’à côté, je prépare un café pour nous deux et je cherche Mamie, qui est toujours occupée quelque part, soit dans la maison ou dans le jardin.
J’habite à la grande ville, comme on dit au village, à Compiègne, ville impériale par excellence. Soit environ vingt kilomètres de chez Elise. Je me rends chez ma grand-mère deux fois par semaine. Je suis la seule à pouvoir m’en occuper. Mes parents habitent au Maroc depuis qu’ils sont à la retraite et ne reviennent qu’une fois par an. Ma mère est fille unique et moi aussi. Donc, il n’y a guère de monde pour prendre soin de ma grand-mère.
Elise connaissait tout le monde avant, mais maintenant, avec l’arrivée de nouveaux habitants ayant fui la région parisienne pour trouver un peu de quiétude au quotidien, elle ne connaît plus personne, et personne ne vient plus la voir. Ses voisins sont morts depuis belle lurette ; elle est la dernière survivante d’un monde qui n’existe plus. Cela la rend d’autant plus triste que la seule personne qu’elle voit au quotidien, c’est la factrice qui s’arrête tous les matins pour un brin de causette, même si elle n’a pas de courrier à lui transmettre et moi, sa petite-fille, deux fois par semaine. Et puis, l’aide-ménagère que le Conseil Régional lui a octroyé depuis quelques mois, suite à la demande que j’ai faite, mais ma Mamie ne s’entend pas très bien avec elle. Elle trouve que c’est une intruse, qu’elle parle peu et qu’elle n’est pas vraiment gaie. En un mot, elle ne l’aime pas. Tout est dit !
Heureusement, nous nous entendons bien, affichant une complicité qui fait plaisir à voir. Mais, depuis quelques semaines, je suis inquiète pour ma grand-mère : j’ai commencé à me rendre compte de certains signes qui ne trompent pas. Et le diagnostic des médecins de l’hôpital est sans appel : ma grand-mère présente des troubles de la maladie d’Alzheimer.
C’est inquiétant d’autant plus que la vieille femme vit seule à son domicile, à l’autre bout du village. Comme j’ai un lien fort avec ma grand-mère, je m’occupe d’elle comme je le peux. J’ai commencé, quelques mois plus tôt, à écouter le récit de vie de ma grand-mère, pour consigner tous ses souvenirs dans un livre. Je compte lui offrir pour son 100e anniversaire.
Elise revient souvent sur un épisode qui s’est déroulé pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’elle avait déjà 40 ans et un enfant, ma mère, âgée de 20 ans. Dès le début de la guerre, les Allemands avaient réquisitionné la ferme d’à-côté jouxtant la maison de mes grands-parents, à la sortie du village. Mes grands-parents ne comprenaient rien à ce que les soldats racontaient, n’ayant jamais étudié l’allemand. Un jour, un soldat est venu inspecté leur maison, puis a vérifié le nombre de chambres que contenait celle-ci. Les Allemands ont pris deux chambres, obligeant ma mère à dormir dans la chambre de ses parents, puis ont pris le hangar pour y installer de jeunes recrues allemandes. Leurs armes étaient soigneusement entreposées sur un repose-armes, il y en avait des dizaines. Ils avaient aussi installé des armes dans les haies autour de la maison, au cas où des ennemis viendraient à pénétrer au sein de la propriété. Ma grand-mère a toujours répété depuis que ces hommes ne leur avaient jamais fait de mal. Ils sont restés trois ans dans leur maison et ont toujours été gentils et respectueux, qualités que mon grand-père, qui n’était pas vraiment ravi de leur installation, ne partageait pas avec eux. Il avait la rancune tenace. Il ne pouvait pas les voir. Cela se comprenait aisément, après toutes les choses qu’il avait vécues pendant la Première Guerre mondiale.
Ma grand-mère avait fraternisé avec l’ennemi. Un des soldats lui avait même appris à jouer aux échecs. Elle a toujours décrit ces moments comme très chaleureux. Cependant, ce soldat gardait le fusil sur la table et les grenades autour de sa ceinture, au cas où un assaut surviendrait.
Les journées étaient calmes pendant cette occupation subie, car les Allemands partaient en mission chaque matin. Puis, un jour, ils sont partis sans crier gare, dans un calme apparent.

Un jour, comme d’habitude, je me rends chez ma grand-mère, mais je ne reconnais pas les lieux. Il y a bien la maison, à sa place, mais quelque peu différente. Des fermiers labourent les champs voisins avec des bœufs, vêtus de vêtements de la période de la guerre.
Je me frotte les yeux, n’y comprenant plus rien. Je me pince les cuisses pour vérifier que je ne rêvais pas. Puis, sur la table de la cuisine, j’aperçois une enveloppe jaunie avec un nom inconnu dessus, avec une écriture de ‘dans le temps’, comme du temps où on écrivait à la plume.

Madame Jeanne Bonnemain
Route du Pamau
60 ACHYVILLERS

Qui est cette Jeanne Bonnemain ?  Qui a apporté cette lettre ? Cela ressemble à une vieille enveloppe. Je pars à la poste du village demander quelques renseignements. Rien. Je vais à l’école demander à la directrice si elle connaît ce nom. Rien. Je fais le tour des commerçants. Rien. Je me rends à la marie. Rien. Ce nom est inconnu au bataillon. Mais, en y réfléchissant, bizarrement, je ne connais pas les gens que j’ai rencontrés plus tôt, alors que j’ai l’habitude de me balader dans le village et de parler aux habitants. Le nom sur l’enveloppe est inconnu pour tout le monde.
Je commence quelque peu à paniquer, à me demander ce qu’il se passe et si je ne suis pas partie dans une autre dimension temporelle à une autre époque, comme dans la saga « Outlander » que je suis en train de lire. La réalité dépasse la fiction, et je reste plantée devant la maison de ma grand-mère. Au fait, je ne sais pas où elle se trouve. Aucune trace d’elle. Elle s’est volatilisée. Disparue comme par enchantement. C’est inquiétant !
Je finis par me dire que quelqu’un m’a fait une farce ou que je vais me réveiller, que c’est juste un cauchemar.
Je suis dans la cuisine, à attendre bêtement à la table de mes grands-parents où ils se sont toujours assis, devant cette maudite enveloppe, que je n’ose plus toucher, et encore moins ouvrir. C’est un cauchemar, ce n’est pas possible autrement !
Dans ma tête, c’est un vrai tourbillon, je ne sais plus quoi penser. J’ai la fâcheuse impression d’avoir traversé le temps et d’être revenue à l’époque où mes grands-parents ont subi l’occupation allemande chez eux. Bizarre, non ? J’ai peur, que va-t-il m’arriver ? Et ma grand-mère qui a cette foutue maladie, où est-elle ?
Je commence à fondre en larmes, je ne comprends plus rien. Puis, dans un coin de ma tête, j’entends la voix de ma grand-mère qui me calme, qui me dit qu’elle est heureuse et qu’elle a un secret à me révéler, qu’il est grand temps que je sache la vérité sur mes origines.
Je ne sais pas où elle se trouve exactement, mais je la sens présente. Je cesse de réfléchir, j’ouvre l’enveloppe, comme elle me demande de le faire. Evidemment, je suis sous le choc en la lisant.

Voici le contenu :

Madame Bonnemain,
Nous nous sommes connues pendant la guerre, Je vous ai toujours promis de ne pas révéler le secret de votre famille. Mais, il me pèse à moi depuis tout ce temps. J’espère Jeanne, vous me permettrez de vous nommer ainsi, que vous aurez le courage, avant de rejoindre l’au-delà, de révéler à votre adorable petite-fille que son père n’est pas celui qu’elle croit, mais que son père est l’un des soldats allemands ‘accueillis’ chez vous pendant la guerre. Je me doute que vous avez enfoui tout ça sous plusieurs couches, mais ce n’est pas bon de laisser un secret partir avec nous. La petite a le droit de savoir !
 
Désirée Laisse

Les bras m’en tombent, je ne sais plus comment réagir. Mon père est allemand. Incroyable ! Mais, avec les souvenirs que raconte sans cesse ma grand-mère depuis mon enfance, en insistant particulièrement sur cette période de la guerre, je me dis que c’est probable, qu’il y a quelque chose, forcément. Je suis abasourdie, mais la raison revient vite au galop dans mes pensées. Après tout, pourquoi et comment suis-je devenue professeure d’allemand ? Pourquoi j’aime ce pays où personne n’a jamais mis les pieds dans ma famille ? Pourquoi me suis-je toujours sentie allemande de cœur ?
Puis, au fil de mes pensées, pourquoi le nom sur l’enveloppe indique « Mme Bonnemain » et non le nom de famille de mes grands-parents, « Pontieux » ? Que de mystères en quelques heures ! Je sens que je vais devoir me transformer en Sherlock Holmes pour découvrir le fin mot de cette histoire invraisemblable !
Puis, ma grand-mère m’apparaît, comme par magie, devant moi, comme transfigurée, habillée comme à l’époque de la guerre, heureuse. Je suis définitivement partie dans une autre dimension. Elle m’explique qu’elle souhaitait tellement me révéler la vérité sur ce secret trop lourd à porter pour elle, depuis si longtemps, avant de partir rejoindre les anges ! Bonnemain était un nom d’emprunt que grand-père et elle avaient pris au début de la guerre, car grand-père avait des activités de résistant. C’était plus prudent de se faire connaitre autrement, vu qu’ils venaient tout juste d’arriver dans ce village pour construire leur maison avant le début des hostilités! Tout en hébergeant des Allemands chez eux, ils avaient décidé de prendre quelques mesures.
Ça, c’est la première salve. Devant mon regard ahuri, elle me raconte tout un pan de leur vie à tous les trois, avec ma mère. La deuxième salve arrive avec la révélation de l’existence de mon père allemand : REINHARD BAUER. Pour quelqu’un qui présente des troubles de la mémoire, Ma grand-mère se souvenait de tout !
Ma mère, Charlotte, a connu le grand amour de sa vie pendant la guerre, pendant l’occupation des soldats allemands chez elle, avec une des jeunes recrues installées dans le hangar. Elle avait 20 ans, il devait en avoir guère plus. Les parents n’avaient rien vu venir et Charlotte s’est forcément retrouvée enceinte. De moi, pardi ! Je suis née en 1944 ; tout concorde. J’imagine aisément le scandale à venir dans le village à cette époque. La honte et l’opprobre sur la famille !
Là-dessus, ma grand-mère me montre des photos de cet homme ; un bel homme, blond, au visage anguleux mais agréable. Je suis coite. Je reste sans voix. Ma grand-mère ne me laisse pas le temps d’échafauder des plans sur la comète. Mes grands-parents ont de suite envoyé ma mère chez des membres de leur famille du côté d’Arcachon, soi-disant parce que le climat picard ne convenait pas à ma mère et qu’ils craignaient pour sa santé. Effectivement, je suis née en Gironde, avec le nom de « Casanovici », le nom de mon père, tombé amoureux de ma mère dès son arrivée.

Après toutes ces révélations qui me laissent pantoises, j’ai besoin de temps pour recouvrer mes esprits. Ma grand-mère me conseille un petit voyage au Maroc et m’assure que tout redeviendra normal dès mon retour, le temps pour moi d’aller sur la trace de mes origines.

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence

 

 

 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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