La proposition d’écriture N° 47 autour de l’obsession a produit des histoires magnifiques, parfois pathétiques, pour ne pas dire émouvants. Quand on a une obsession, bien évidemment c’est que quelque chose ne tourne pas rond dans notre vie!

Je vous laisse à la lecture de ces lectures obsédantes!
Je vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes:

De Catherine de France
 
Virginie avait fait une fouille poussée dans cette chambre d’ado. Elle y avait trouvé des dessins de la jeune Leïla, cachés dans des livres de classe, et sans doute faits par Jonathan. Et là, elle venait de découvrir, dissimulé sous le matelas, le journal intime tenu par le jeune homme. Assise sur le lit, elle feuilleta les pages, lisant en diagonale, à la recherche d’indices ou d’une quelconque explication. Elle avait d’abord pensé que c’était étrange, pour un garçon, d’écrire un journal, car elle avait toujours cru que c’était l’apanage des jeunes filles. Mais la réponse à son questionnement était dans les propos en prologue du carnet. Jonathan y avait écrit : « Mon psy m’a dit d’écrire un journal, pour mettre à distance mes émotions et mes ressentis. Je ne comprends pas bien à quoi ça sert, mais comme je n’ai rien d’autre à faire en dehors des cours, j’ai décidé de le faire. On verra bien si ça me fait du bien. Demain c’est la rentrée. Je suis en première, et je vais dans ce nouveau lycée où je ne connais personne. »
En parcourant rapidement le journal, Virginie constata que le jeune homme avait tenu ses engagements, et avait écrit quotidiennement. Ça commençait ainsi :

« MARDI 4 SEPTEMBRE :
Aujourd’hui, c’était la rentrée. Comme prévu, je ne connais personne, et, comme d’habitude, j’ai vécu la journée, seul. Mais il y a aussi une nouvelle qui, elle non plus, ne connaît personne. Elle est jolie. J’aime bien ses yeux bleu-vert et ses cheveux bruns bouclés. Elle aussi est toute seule. Elle a l’air gentil. Elle m’a souri. Elle n’est pas comme les autres. Elle m’a souri : ça veut dire qu’elle me calcule un peu. »

« MERCREDI 5 SEPTEMBRE :
Elle s’appelle Leïla. Elle m’a encore souri ce matin. Cette fille est géniale. Il faut absolument que je trouve le courage de l’aborder. J’ai toujours eu un problème avec ça : je ne sais pas comment m’y prendre. Je n’ai pas d’amis, elle n’a pas d’amis, c’est sûr, nous allons devenir amis ! »
Dans les jours suivants, Virginie constata que Jonathan n’avait toujours pas réussi à aborder la jolie Leïla. Il lui semblait assez handicapé sur le plan relationnel. Quinze jours plus tard, il écrivait :

« VENDREDI 21 SEPTEMBRE :
Aujourd’hui, Leïla était superbe avec sa jupe rouge et son pull noir. Mais elle ne fait plus attention à moi. Je crois qu’elle s’est fait des copines. En tous cas, elle n’est plus jamais seule, et je n’arrive pas à croiser son regard. Quel con j’ai été de ne pas l’avoir abordée plus tôt. C’est moi qui aurais dû être son pote ! »

« LUNDI 8 OCTOBRE :
Leïla a l’air heureuse avec ses copines. Elles l’accaparent sans cesse. Du coup, elle n’a plus le temps de faire attention à moi ! J’aimais mieux quand elle était toute seule comme moi, au début de l’année ! On était fait pour s’entendre, j’en suis sûr ! Ce soir, je l’ai suivie jusque chez elle, dans le but de faire semblant de se croiser par hasard. J’en ai marre de moi ! Je ne suis vraiment qu’un con, lâche et méprisable ! Elle est rentrée tranquillement chez elle, sans que j’aie tenté quoi que ce soit ! Mon père m’a toujours dit que je n’avais pas de c… ! Mais je ne lui laisserai pas le plaisir d’avoir raison ! »
Au fur et à mesure de sa lecture, Virginie ressentait un profond malaise, grandissant avec la montée de la frustration chez Jonathan, et de son obsession pour la jeune fille. Le journal ne parlait que d’elle, et de sa quête d’elle, comme si rien d’autre n’existait.

« VENDREDI 10 NOVEMBRE :
Putain !!! J’ai vu Leïla et Kévin s’embrasser dans un coin de la cour ! Il n’a pas le droit de me la prendre ! Leïla est pour moi : c’est moi qui l’ai vue le premier ! C’est à moi qu’elle a souri au début de l’année ! Elle ne peut pas être amoureuse de lui ! Ça n’a aucun sens ! Le problème, c’est que lui, le beau gosse blond aux cheveux bien lissés, est habillé à la dernière mode, toutes les filles lui tournent autour. Moi, je ne ressemble à rien, puisque personne ne me regarde ! Je sais que j’ai de l’embonpoint et que les filles préfèrent les garçons qui font de la gonflette pour se la péter. Mais Leïla vaut mieux que ça, car elle n’est pas comme les autres. Il faut que je trouve le moyen d’attirer son attention ! »

« SAMEDI 18 NOVEMBRE :
Aujourd’hui, je suis allé traîner en ville, pour passer le temps et tromper mon ennui. Ça fait une semaine que Kévin court après ma Leïla et qu’elle se laisse faire. Je suis passé devant une bijouterie et j’ai eu un flash : les filles aiment les bijoux et Leïla en porte toujours ! Alors je suis allé en acheter un : j’ai mis du temps à choisir, mais je trouve que j’ai pris le plus beau! Leïla vaut bien ça ! Quand je lui offrirai, elle sera toute émue, et comprendra que c’est moi son ami, uniquement moi ! Je garde le bracelet précautionneusement dans mon sac à dos. Maintenant, il faut que je trouve le bon moment pour lui offrir ! »

« LUNDI 20 NOVEMBRE :
Toute la journée, j’ai cherché la bonne occasion pour offrir mon cadeau à Leïla, mais elle n’est jamais seule ! Soit elle est avec ses copines, dont je ne m’approche pas pour ne pas subir leurs moqueries, soit elle est avec ce grand con de Kévin ! Même qu’il la raccompagne chez elle, le soir, après les cours ! Il a rien d’autre à foutre ? Il a qu’à aller jouer au foot avec ses copains, ou à ses jeux vidéo de m… ! Je veux qu’il laisse ma Leïla tranquille ! »
Les jours défilaient dans le carnet, sans que Jonathan puisse approcher Leïla, mais hier, il a écrit :

« MERCREDI 13 DÉCEMBRE :
Ça y est ! Toute la journée, comme on n’avait pas cours, j’ai attendu que Leïla sorte de chez elle. Enfin, vers 15h00, elle a pris son vélo pour une promenade dans le grand Parc des Tourelles. Alors, je l’ai suivie, et j’ai réussi à lui parler. Elle m’a regardée, toute étonnée, avec ses grands yeux bleu-vert, et je lui ai mis le bracelet. Elle le gardera pour toujours ! Je suis trop content d’avoir réussi ! »

Virginie ferma le journal, un goût amer dans la bouche. Quand elle était venue ce matin pour arrêter Jonathan, elle s’était dit que son métier la confrontait à une multitude de situations invraisemblables, mais que la grande solitude d’un gamin, doublée d’un rejet de la part des autres, nourrissant une obsession mortelle, la sidérait complètement. C’était le bracelet, accroché au poignet de la jeune fille, retrouvée étranglée dans un bosquet du Parc des Tourelles, qui avait trahi le jeune homme. Les parents de Leïla n’ayant jamais vu ce bijou, il n’avait pas été difficile de retrouver le joaillier qui l’avait vendu, et de remonter ainsi jusqu’à Jonathan. Celui-ci s’était laissé embarquer sans résister. Sans doute qu’à ses yeux, il avait en quelque sorte réussi sa mission : le seul fait d’avoir mis ce bracelet au poignet de Leïla avait fait d’elle son amie pour la vie ! C’est dans des circonstances de ce genre que Virginie se surprenait parfois à détester son boulot de flic !
 
 
De Lucette de France
 
L’obsession…
 
Petite fille, sa mère lui disait que son papa était un homme très connu. La petite fille s’en était persuadée et avait construit toute sa vie autour de cette célébrité. Zita était une enfant docile, effacée, craintive et complexée.
Elle allait à l’école, mais se sentait différente des autres, car elle disait à qui voulait l’entendre que son père était un chanteur très à la mode, avec un énorme succès. Elle était la risée de ses petits camarades qui la harcelaient et qui se moquaient d’elle.
Sa maman lui disait et lui répétait que c’était vrai. D’ailleurs il n’y avait qu’à comparer une photo d’elle et une de son prétendu père, c’était une évidence pour elle, presque trait pour trait, sauf la forme et la couleur des yeux. Les siens étaient bleus, ceux de son « géniteur » étaient noirs.
La rumeur enflait dans les journaux, il ne se passait pas un mois sans qu’on entende parler de Zita et de sa filiation. D’ailleurs, sa mère se sentait poussée par le camp des « pour ». Enfin montrer à tous que c’était la vérité, pour cela elle porta l’affaire en justice…
Alors là, que n’avait-t-elle pas fait ? C’était le pot de terre contre le pot de fer. Elle était au chômage avec comme avocat un grand nom du prétoire, qui annonçait à grands cris, qu’elle ne paierait ses honoraires qu’une fois le procès gagné. Quelle belle pub pour lui…
D’émissions de télé en émissions de télé, sa mère était de plus en plus convaincante, en face c’était l’indignation. Comment osait-t-elle dire une telle énormité, puisqu’à l’époque de la conception de Zita, ce chanteur prouvait qu’il faisait une longue tournée en Europe. Mais il rentrait aussi de temps en temps chez lui pour voir ses enfants en bas-âge. Et c’était là-dessus, sur ces incertitudes que son avocat faisait tout pour le mettre en face de ses responsabilités de « géniteur ».
La bataille faisait rage, les journaux se régalaient, ils vendaient leurs papiers en stigmatisant les uns ou en prenant parti pour les autres. Les « pour » et les « antis ». La justice ne savait plus où donner de la tête, car le « géniteur » avait lui aussi saisit la justice, pour mensonges, pour outrages à une personne publique.
Les années passaient et rien ne se réglait, c’était toujours le même gâchis. La petite Zita avait pris quelques années. Elle suivait sa mère en qui elle avait toute confiance, c’était sa mère qui parlait et elle qui acquiesçait en silence …Comment pouvait-il en être autrement ?
Un jour, un séisme énorme, le géniteur décéda brutalement d’un infarctus. Il y avait ceux qui souriaient et ceux qui se résignaient… Mais non ! Pas de résignation possible, car maintenant c’était l’héritage qui devait être partagé, et là quel héritage !!! Donc, de haine en haine, puisque maintenant ils en étaient tous là, le corps du défunt fut exhumé pour comparer son A.D.N. à celui de Zita.
Les avocats, la cour de justice, les belligérants de part et d’autre, étaient tous là. Et bien sûr, la presse people se délectait de ce fait divers qui la nourrissait depuis des années avec tous les rebondissements.  Le cercueil était ouvert, les prélèvements étaient faits, chacun regagnait sa voiture avec les regards venimeux qu’ils avaient échangés. Et enfin, le verdict tomba. De son vivant, le chanteur n’avait jamais voulu faire le moindre effort pour prouver « sa vérité », avec sa mort, le pourcentage de probabilité était sans contestation possible. Le « géniteur » n’était pas le père de Zita…
Vingt ans étaient passés, Zita s’était reconstruite petit à petit, avait pris ses distances avec la vie publique et avec sa mère. Aujourd’hui encore, elle pensait toujours être la « fille de », elle n’en démordait pas. Elle traînait son patronyme comme un fardeau, rare étaient ceux qui voulaient lui faire confiance en lui donnant un travail. Elle s’entourait d’animaux qu’elle sauvait, de livres, de culture. Elle faisait beaucoup de méditation, et savourait des moments délicieux avec sa petite chienne « Noisette », venue de la S.P.A à qui elle donnait tout son amour.
Le temps avait fait son œuvre, certes, l’obsession lui avait gâché sa vie d’enfant et d’ado, mais elle disait avoir pardonné à tous, pour qu’enfin son existence se déroule dans la sérénité et la paix…
 
 
De Françoise de France
 
Casting

Dans une petite ville de banlieue, se préparait un recrutement d’acteurs en herbe, pour une grande fête qui devait commémorer le centenaire d’un fait local retentissant, par lequel s’enorgueillissaient, bien que n’en ayant point eu part, pas plus que leur lointaine parentèle, les notables bien établis.
Les candidats de tous âges, comme pour l’émission télévisuelle “The Voice”, devaient se présenter devant un jury d’experts, qui avait pour mission d’éliminer les faux profils et les doux rêveurs.
Eulalie était ravie et fort excitée. Bien sûr qu’elle allait s’y rendre, c’était son rêve de monter sur les planches, l’école l’avait barbée du premier au dernier jour, le monde du spectacle l’attirait comme les bonbons aux mille couleurs, son heure était venue.
Son père, d’un tempérament mesuré, se montra dubitatif. S’exprimer n’était pas exactement le talent premier de sa fille, elle allait se faire lyncher.
Il l’avait donc mise en garde : « Tu chopes tous les tics de langage, le stress en augmente la fréquence, qui t’écoute finit par en faire le décompte, au détriment du reste. »
(Ah mais, de quel droit ! Toi, père, simple ouvrier du bâtiment, tu es hors-jeu, fulminait-elle.)
Et puis, se plut-elle à dire à ses copines : comme tous les mauvais pères, le sien voulait visser ses filles. Qu’il en soit ridiculisé !
Si sa mère la soutenait, c’est qu’elle aurait bien aimé faire pareil que son aînée.
Eulalie s’inscrivit donc, ses prétentions étaient légitimes.
Il serait bien attrapé, le père, quand il verrait sa gosse à l’écran.
Retrouvons donc la jeune Eulalie convoquée devant un jury de deux femmes et deux hommes, essentiellement des retraités de l’Éducation Nationale. Les présentations sont déjà faites.
La candidate un peu chamboulée s’est dopée au chocolat, son estomac gargouille. Rien de tout cela ne se voit, elle est mince comme une sardine, un physique plaisant, du genre passe-partout.
« Eh bien, nous vous écoutons, Mademoiselle. Parlez-nous de votre désir d’être sélectionnée pour cet événement en préparation qui honorera notre cité.
― En fait, je voulais dire que… euh, voilà, en fait, je veux dire que, avant, avant maintenant, je savais pas quoi… pas quoi faire, quoi… Du coup… En fait, voilà ce qui s’est passé… euh…
Eulalie s’embourbe, un rictus lui tord le nez, elle a gaffé dès le premier mot, ce jury l’agresse d’être là à la scruter, … faut pas que je perde pied, y sont rien, eux, c’est que des juges jaloux parce qu’ils sont vieux.
Ses souliers à talons hauts la serrent, la pointure n’est pas la bonne ou alors elle a changé en un rien de temps. Elle piétine pour soulager ses pieds meurtris ; d’inconfort, elle grimace, sa narine remonte, celle de gauche.
― Pas de panique, Eulalie, dites les choses simplement sans vous prendre la tête.
― Oh, bien sûr. Je… Celle-là, elle fait la gentille… (Torsion du nez) … en fait… (ah, zut ! pas ça, je… elle respire un grand coup). Voilà, c’est important que je sois reçue, euh… sélectionnée… Hmm… Le théâtre, j’adore ça. En fait, quand j’étais petite… oui, c’est ça que je voulais dire, avec mes cousines…
― Bien. Quel âge avez-vous ? questionne la seconde femme du jury.
― (Et vous ? j’ai envie de répondre… Eulalie respire fort, il faut répondre) Dix-neuf. En fait, pas vraiment mais ce sera dans pas longtemps, du coup…
― Eulalie, comment voyez-vous votre avenir ?
― En fait… ben, il m’attend… (elle n’en a plus, moi si, j’ai tout… Elle respire fort) : Eh bien… tout ça quoi !
― Pourriez-vous préciser pour le jury ce que vous entendez par ” tout ça ” ?
― (elle respire fort, son regard s’envole, court de droite à gauche) En fait, je veux de beaux rôles, maquillée et tout ça en fait. De belles robes, faire l’amoureuse, en fait… du coup, ce serait pour de faux je sais, avec un bel acteur pour…
― Qu’avez-vous vu comme pièce d’excellence ces derniers temps, citez-nous-en au moins une ?
(… me laisse même pas le temps de parler…) … Au lycée ?
― Au Théâtre.
― Et le cinéma ?
― Au Théâtre !
― Heu… en fait (elle respire fort) les titres je retiens pas, du coup, pour les livres c’est pareil. Désolée, je… (Cette bonne-femme… fait express de me clouer le bec… Eulalie renifle, ses deux narines remontent) … En fait, j’ai pas besoin d’y aller pour voir les costumes. En fait, sur Internet…
― Alors parlez-nous plutôt de votre expérience, l’interrompt un autre membre du jury.
― Avec mes cousines ?
― Pourquoi pas !
― En fait, pour pas déranger les parents, on jouait dans la cour en fait. Y avait l’histoire du Chaperon Rouge, du Chat Raboté, des Trois Vilains Cochons… avec des chiffons, des torchons pour s’habiller. En fait, on inventait tout ce qu’ils se disaient.
― Mais ce n’est pas du théâtre, uniquement des saynètes comme le font tous les enfants, rouspète un troisième membre du jury.
― Ben, non… (Elle soupire de mécontentement, puis se reprend) En fait, c’est moi qui écrivais les dialogues, j’étais super bonne en fait, du coup c’est moi qui menais le jeu.
― Très bien. Venons-en au fait. Par exemple, avez-vous écrit une pièce pour grands du temps de vos années de lycée ?
― Mais c’est pas ça que… En fait, moi, c’est les robes que je veux et une scène pour exister dedans. Les parlotes, en fait, ça me gave grave.
― Merci, Eulalie, reprend la femme du début. Nous avons noté vos réponses et l’on vous recontactera.
― En fait, coupe sèchement un expert muet jusque-là, et comme vous le dites si bien chère Eulalie, en fait, non ! Pour vous, ici, c’est fini. Du coup, vous pouvez aller. 
― Ben, attendez, vous n’avez rien écouté ! Vous servez à rien… en fait ! »
Les yeux embués d’incompréhension rageuse, Eulalie sort, reconduite par un agent de service ayant pour fonction d’assister les candidats avant et après leur prestation. Des mouchoirs ont été prévus.
Et aussi, de fausses promesses pour parents difficiles à gérer. Comme la mère d’Eulalie, qui prend fait et cause pour sa fille, se voyant à travers elle, et même complètement à tort et à travers.
En attendant l’arrivée du candidat suivant, les experts se relâchent. Une voix goguenarde déclame :
« Adieu, Eulalie, en fait, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont en fait empoisonnée, réponds en fait ce que je vais te dire : en fait tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, quoi […] ; du coup, toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, quoi […] en fait, le monde n’est qu’un égout sans fond… du coup.»
Des rires ponctuent cette mini-comédie sans public.
L’expert à cheveux blancs qui s’est livré à cette falsification d’une page de Musset, dit :
« Désolé, je n’ai pu me retenir ! » 
 
 
 
De Caroline de France
 
Lassah
 
Je vais vous raconter l’histoire d’un homme. Il vivait avec sa famille au pays des Songes, dans la ville d’Hisama.
Un petit village calme perdu dans les collines et les vallées lointaines.
Là-bas, les hommes naissaient avec un cœur en or. Un cœur rempli d’amour.
L’amour nécessaire pour accomplir le but de leur vie, le dressage de leurs oiseaux.
Des oiseaux blancs guérisseurs, destinés à parcourir notre univers.
Lassah était jeune et brillant, il apprenait avec son père les différentes étapes du travail de ses oiseaux. Une vie entière était nécessaire au dresseur pour atteindre l’objectif final, l’accomplissement, comme ils le disaient si bien.
Seulement, un jour, un drame se produisit. Lors d’une séance de dressage, Ena, la femme de Lassah perdit la vie. Un oiseau la heurta et elle mourut sur le coup.
Lassah devint un autre homme. Il s’isola d’abord pendant de très long mois.
Un jour, il refit surface. Il était devenu triste et obstiné. Suite à cet accident, il travailla ses oiseaux jour et nuit. Au grand désespoir de son père qui ne réussissait pas à lui faire entendre raison.
Le jeune homme s’isolait. Et comme il ne dormait plus, laissait très peu de repos à ses rapaces.
Suite à ces entraînements forcés, certains perdirent la vie, d’autres changèrent de couleur.
Tout le monde s’inquiéta au village. La couleur noire des oiseaux de Lassah réveillait la peur des habitants d’Hisama. Pour certains, ce fut le signe d’un mauvais présage.
Le coeur d’or de Lassah se transforma bientôt en coeur de pierre. La colère et la rancoeur partageaient son quotidien, ce qui renforça son sentiment d’incompréhension et de méfiance.
Rien ne pouvait l’empêcher de dresser ses compagnons obscurs. Sans s’en rendre compte, il se vengeait…. Il sombrait dans la folie.
Une année s’écoula. Un matin, Lassah se prépara comme à son habitude. Le regard vide, le coeur lourd.
Ses oiseaux noirs tournoyèrent puis s’envolèrent très haut dans le ciel.
Ne les voyant plus, Lassah se mit dans un profonde colère.
Les oiseaux, très sensibles, sentirent tout de suite sa douleur.
Aussitôt, ils réapparurent et l’emportèrent dans les ténèbres à jamais.
 
 
 De Laurence de France
 
Amanda savait qu’elle développait depuis quelques mois une addiction assez bizarre, pour ne pas dire une obsession virtuelle. C’était devenu une dépendance même, comme les jeux vidéo auxquels son fils Nathan s’adonnait avec passion. Elle idolâtrait des personnages. Cela ne nuisait en rien à sa santé, ni physique ni mentale d’ailleurs. Ça lui prenait juste du temps. De son temps. Presque six heures par semaine. Le vendredi soir, en cachette.
Cette passion la faisait vibrer car pour un temps, une soirée, quelques heures, elle échappait à la morosité de son quotidien, que même l’amour qu’elle portait à son fils ne pouvait estomper. Cette passion, c’était son secret.
Elle avait trouvé son prince charmant, son prince idéal, beau, gentil, calme, bienveillant, à travers un film. Ou plutôt trois. Amanda était mariée depuis plus de quinze ans, mais le charme du début s’était envolé avec les turpitudes habituelles de son mari. Elle n’osait parler de son secret, de son obsession, à personne. Elle avait honte d’évoquer ça, même avec sa meilleure copine. Elle entendait déjà les commentaires péjoratifs de Béatrice, comme quoi elle vivait dans un monde imaginaire, virtuel, où tout le monde était beau et gentil. Les films étaient d’un romantisme cucul, selon les termes que sa copine utilisait pour désigner ce genre de navets à l’eau de rose. Trop naïf pour elle, qui préférait les bons films d’action aux films d’amour.
Alors, pour satisfaire sa passion, Amanda se réservait le vendredi soir, une soirée par semaine pour regarder avec délectation les trois films de la saga : un Prince de Noël, le Mariage royal et le Bébé royal. Elle passait sa soirée en compagnie de ses héros, Richard le prince d’Aldovie et Amber, la journaliste de New York qui tombe amoureuse de lui et qui se marie avec lui. Elle avait découvert cette saga par hasard sur la plateforme Netflix en novembre dernier. Depuis, elle était complètement accroc aux personnages. Elle connaissait les répliques par cœur, mais rien n’y faisait. Elle était complètement obsédée par ces personnages. Elle faisait carrément un transfert de personnalité et se prenait pendant six heures pour Amber qui rencontre son prince charmant et qui vit un conte de fées.
 
Son mari à elle n’avait plus rien d’un prince charmant. Et ce, depuis longtemps. Elle restait mariée avec lui, pour leur fils sans doute, par principe en tous les cas ou plutôt par habitude. Elle pouvait se trouver tous les prétextes du monde pour ne pas affronter la réalité de son couple qui battait de l’aile, pour ne pas dire des deux ailes. Son mari n’avait pas besoin d’elle pour vivre. Ça, elle le savait depuis longtemps. Le vendredi soir, lui, quittait allègrement le foyer conjugal, le sourire aux lèvres, pour s’adonner à ses trois passions : sa maîtresse, son poker et son alcool. A chacun ses délires !
 
Amanda, elle, aurait tant voulu être à la place d’Amber, l’héroïne. Ce n’était pas simplement qu’un conte de fées, la preuve, Catherine Middleton, Meghan Markle et Grace Kelly avaient toutes épousé des princes. Elle, elle aimait les comédies romantiques, surtout à Noël, cette période de l’année où son blues et son stress étaient à son comble. Ces films étaient trop cool à regarder, argument imparable à ses yeux ! Elle oubliait tout, son boulot ennuyeux, sa vie de couple en ruine, la violence de la société, les problèmes à régler, sa famille déchirée, elle oubliait absolument tout ! Les autres pouvaient tous dire que ces films étaient naïfs, qu’ils ne véhiculaient que des clichés, elle s’en moquait comme de l’An 40. Elle, elle ouvrait son cœur à Amber et Richard. C’était le plus important à ses yeux. Grâce à ces films, Amanda vivait une autre vie par procuration. C’était nettement plus simple que de prendre des décisions, qu’il lui faudrait assumer tôt ou tard de toute façon, elle le savait au plus profond d’elle-même.
Elle aurait aimé écrire à Ben Lamb, l’acteur anglais qui jouait Richard dans les films de la saga. Il venait juste de dépasser les trente ans, elle en avait presque cinquante. Elle avait lu tous les sites sur Internet à son sujet. Elle était amoureuse de lui, mais comment lui écrire tout ce qu’elle ressentait en anglais ? Elle ne parlait pas un mot d’anglais. Comment trouver une adresse ? C’était sans espoir, alors elle le gardait pour elle toute seule au fond de son cœur.
 
Amanda attendait le vendredi avec une telle délectation qu’elle se levait toujours de bonne humeur et souriante ce matin-là. Son mari n’avait jamais essayé d’en comprendre les raisons. Il s’en fichait royalement ! Le romantisme et lui, ça faisait deux ! Amanda aimait passer du temps à lire des chroniques sur les familles royales européennes ; elle aurait pu devenir l’assistante de Stéphane Bern sur ce sujet !
 En attendant, vendredi soir arrivant, Amanda se prépara un plateau contenant le nécessaire pour vivre pleinement les six heures suivantes, tranquille devant son ordinateur, sereine comme elle l’avait rarement été !
 
 
De Cosima de France
 
 
Mon héroïne

J’ai chaud. J’ai froid. Je tremble de mon corps, de toute mon âme. Oh mon Héroïne, tu me manques. Dire non. Résister. Résister à la tentation, cette tentation si forte qu’elle s’empare de mon être, de ma pensée, me prive de ma volonté.
Cela fait maintenant cinq ans que tu fais partie de ma vie. Au début, tu n’étais là que ponctuellement. On se rencontrait par-ci, par-là. C’était avant que tu t’empares de mon esprit, que tu deviennes mon passé, mon présent et mon futur, que tu prennes le contrôle sur mes choix, sur ma vie. Tu es devenue mon obsession. Je ne me levais le matin que pour te retrouver, je ne pensais plus qu’à toi.
Mon Héroïne, ma douce Héroïne. Je me souviens de notre première rencontre. Ce premier shoot. Tu m’as emmené si loin que je ne pensais jamais revenir à la réalité. Moi qui ai accepté ce premier voyage parce que tout était gris autour de moi. Alors qu’avec toi, tout s’arrangeait. Tu me faisais du bien, je me sentais libre. J’oubliais tout. Alors, j’ai recommencé. Un autre shoot, puis deux, puis trois, puis tous les jours, puis tout le temps. Mon Héroïne, mon obsession.
Tu as commencé à devenir capricieuse. Il en fallait toujours plus pour que notre voyage puisse continuer. De plus grosses doses, plus d’injections. J’ai perdu mon travail, perdu mes amis, perdu ma famille. A part toi, je n’avais plus rien. Mais ce n’était que mensonge et futilité. Tu m’as menti. Nos voyages ont cessé. Maintenant, tu n’es là que pour limiter ma descente aux enfers, ma chute libre vers le néant. Tu es là pour m’empêcher de souffrir, d’avoir chaud, froid, de transpirer, d’être mal, d’être en manque. Oh, je suis si mal quand tu n’es pas là. Mais j’ai tout perdu à cause de toi. Ma vie qui était seulement parsemée de gris quand on s’est rencontrés est maintenant noire, apocalyptique. Je souffre de t’avoir à mes côtés. Je veux qu’on se sépare, à tout jamais. Mais je n’y arrive pas. Tu me manques. Tu me manques tellement. Mon héroïne, mon obsession.
Tu m’as privé de ma volonté. Tu m’as privé de ma liberté. Je n’arrive plus à dire non. Je suis victime d’addiction. Je suis malade. Mon héroïne, mon obsession, mon combat.
 

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence


 


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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