Les vacances d’hiver touchant à leur fin, il est temps de reprendre nos bonnes habitudes d’écrituree t de lecture.
La proposition d’écriture N° 49 vous invitait à faire découvrir un nouvel endroit à votre personnage. Entre lieux anciens, souvenirs parisiens, spectacle et montagne, les lieux à découvrir sont différents mais attachants à la fois.

Je vous laisse découvrir les textes de cette semaine et vous souhaite une belle lecture.

Voici vos textes:

De Françoise de France

Un parc nouveau

Je suivais le mur, un vieux mur éboulé par endroits, avec vue réduite, front levé, sur un fouillis d’arbres emmêlés, rarement droits, émergeant probablement d’un tressage de ronces et d’herbes coupantes. Il encerclait un vaste terrain dont j’ignorais le contour. Laissé à l’abandon, il n’était familier qu’aux rongeurs et petits oiseaux.
― C’est un ancien domaine, me dit-on. Toute cette verdure apparente recouvre en fait des ruines. Une duchesse âgée y vivait encore il y a une soixantaine d’années. Le faste s’est déplacé, ou envolé. La seule héritière, partie en Amérique, a fait don de la propriété à la Mairie du lieu. À charge pour elle d’en faire… ce qu’elle veut. ―
La commune communiqua donc sur cet endroit quasi tombé du ciel.
« Pour vous, un nouvel espace va être aménagé ! Lieu calme, arboré qui accueillera vos promenades, vos moments de détente, etc. – Ouverture en l’an 2000. »
― Sauf que, en décembre 1999…
Vu l’importance des dégâts partout, la belle idée se déroba pour un temps.
Mais pas l’imaginaire.
Dès lors que je sus l’histoire du lieu, des tableaux champêtres emplirent ma tête. Ne rien connaître de l’endroit, comme souvent, ne fit que l’embellir, l’enrichir, le rendre désirable. J’y associais des mots endimanchés comme : allée, plate-bande, espalier, tonnelle, treillage, ruisselet, petit pont de bois, charmille, etc.
L’ouverture partielle du domaine se fit à l’automne 2004. Un large portail ajouré avait remplacé les planches cloutées qui condamnaient les trois entrées. Les parties écroulées du mur avaient été colmatées, et raclés les tapis de mousses et autres merveilles microscopiques qui enrobaient de leur charme soyeux les pierres descellées.
Au premier coup d’œil, je compris qu’il n’y avait plus grand chose à voir. Herbes rasées, un circuit rébarbatif, gravillonné, plat, aucun vestige du temps enfui, aucun massif fleuri, pas même quelques arbustes mis en terre pour préparer le printemps ; juste un cabanon pour l’équipe qui allait se charger de l’entretien. Quant aux arbres, la perte s’évaluait à plus de la moitié. Autant dire qu’il nous faudrait nous contenter de miettes.
Malgré tout, je m’y promène souvent. C’est tranquille.
La disposition de quelques tilleuls rescapés, sous lesquels fleurit début mars un tapis d’anémones des bois, souligne le tracé d’une allée écourtée. Où démarrait-elle, ou finissait-elle ? Pas de réponse. Après le retrait des ultimes résidents, tout a dû pousser à foison, noyant les souvenirs, s’en nourrissant aussi. Difficile après coup d’imaginer le domaine du temps de sa prestance.
Question mystère, il y a peut-être cette porte plus bas, c’est-à-dire de l’autre côté, sous le mur d’enceinte… Si, si, venez voir… aucun risque de trébucher sur quoi que ce soit, tout a été nettoyé, aseptisé. Ce chemin de terre que nous foulons suit le mur de soutènement restauré tout du long. C’était une urgence car il surplombe une pente raide.
Dans une courbe, là où un tronçon ancien de mur repose encore fermement sur un remblai de pierres (défait par ailleurs), un vieil arbre nous fait signe. De la mousse rêche habille son torse, trois bras tendus érigent à leur cime de multiples parasols.
À son pied, voyez… Deux puissantes racines, figées dans un grand écart étonnant, semblent maintenir ce qui s’effondrerait plus bas sans leur détermination. Et à côté, juste à côté…
Oui, là… ; ce cadre aérien de métal grenat, écaillé, accroché à un bout de grille surmonté de pics, où s’articule une porte de fer elle aussi craquelée, complétée d’une rampe qui suit l’inclinaison de sept marches à descendre…
Où allons-nous ? Nulle part. Le point de vue est un entrelacement d’arbres, lierre et lianes, mousses couvrantes… qui dévalent jusqu’à la route. L’impression est étonnante ; cela ressemble à ces images sans queue ni tête qui défilent dans nos songes…
À quoi peut servir une porte laissée telle quelle, symbolique, ouverte sur rien, sinon à nous entraîner à rêver… Je me dis qu’elle interdit le mystère, puisqu’il est dévoilé, tout en l’interdisant : la terre promise n’est pas accessible au promeneur.
J’ai associé cette part du domaine au beau roman de Frances Hodgson Burnett, sorti en 1911: « Le Jardin mystérieux », ne doutant pas que la magie puisse, au fil des saisons, dérouler toutes sortes de charmes éphémères, si précieux pour nos âmes.
Oh, comme j’aimerais, parfois, être un piaf pour faire quelques rondes dans cette immense brassée de verdure.

De Lucette de France

Etant enfant, j’ai toujours rêvé d’aller à Paris. Je pensais me promener avec mon amoureux main dans la main. Le Pont des Arts, ça fait fantasmer quand même. Les amoureux du monde entier font le voyage pour sceller leur amour avec la symbolique du cadenas. On prend une photo pour ne pas oublier, et des années plus tard, on sort cette photo pour comparer, et là on s’aperçoit que notre pauvre petit cadenas est enseveli depuis des lustres par d’autres serments d’amour plus récents…
Quoi de plus beau que de flâner le long des quais de Seine. Découvrir ces magnifiques magasins de luxe (ou pas d’ailleurs), la Tour Eiffel, faisant le pari de monter les 720 marches pour arriver au 2ème étage, découvrant Paris dans toute sa splendeur et s’acheter une pacotille qui la représente. Qui n’a pas envie de manger une belle glace à l’italienne assis sur une terrasse en papotant sur les touristes de toutes natures, émerveillés avec leur appareil photos vissé sur l’œil. Je n’oublie pas l’Arc de Triomphe, honorant nos valeureux soldats morts pour la France, avec ces immenses drapeaux qui volent au vent. Prier dans Notre-Dame de Paris, tout le monde veut y aller au moins une fois. Les théâtres, où on s’extasie devant nos acteurs préférés. Voir Francis Huster ou Jacques Weber déclamer leurs vers, c’est toujours un rêve…
Les années passent, je plane toujours quand j’y pense, mais la vie nous accapare, nous étouffe dans nos difficultés quotidiennes, au point d’oublier que la vie est courte, et on remet toujours à plus tard…
Ma fille étudiante, m’a offerte « une journée entre filles », j’étais dans la quarantaine. Elle connait Paris bien mieux que moi, puisqu’elle y fait ses études. Donc, j’ouvre mes yeux, je découvre, je sens, j’admire, surtout sur la place face à Notre-Dame de Paris. Mon Dieu quelle émotion lorsque pour la première fois je pénètre dans ce lieu. Moi, « l’athée », je me suis mise à sangloter, sans que je sache vraiment pourquoi. J’ai compris beaucoup plus tard le pourquoi…
J’ai repris le cours de ma vie, avec cette satisfaction au fond de moi d’avoir foulé les pavés de Paris. J’ai continué à courir après le « dessein » que je me suis fixée. M’élever dans la société, mais surtout pour que mes enfants, aient une vie plus belle, plus sereine, plus pleine que la mienne. Le vœu de tous parents conscients de la dureté de la vie qu’on leur offre en venant au monde. Comme pour nous tous, personne ne choisit, c’est la loi de la nature…
Doucement, les années passent, me voilà grand-mère de 4 petits-fils. Avec mon mari, nous avons décidé de prendre une revanche sur la vie. Nous allons fêter nos 50 ans de mariage à Paris. Avec nos enfants, leurs conjoints, nos petits-fils et leurs conjointes pour certains. Nous avons économisé des années, et nous leur avons offert un Week-end à Paris… Nous avions tout prévu, ils étaient invités, et nous, nous étions heureux qu’ils en profitent.
Nous avons pris le train à La Rochelle, direction gare Montparnasse. Le contrôleur nous a salué amicalement devant une dînette dès le matin, tous regroupés dans le même wagon. Chacun riait, plaisantait, à mes yeux c’était la fête que nous n’avions pas eue 50 auparavant.
Nous arrivons dans notre hôtel Ibis près de Montmartre. Le soir même, dîner au champagne pour tous au « « Moulin Rouge. Un moment magique, suivi d’un grand spectacle féerique. Lendemain matin, petit déjeuner pantagruélique, en attendant de se restaurer le midi Boulevard Saint Michel. L’après-midi sous le soleil, le tour de Paris dans les cars ouverts. Nous sommes les Rois de Paris perchés sur notre trône aérien. Découvrir Paris sous cet angle, c’est majestueux. Le soir, à nouveau dîner « joyeux » sur un bateau mouche. Arrivés à la hauteur de la Tour Eiffel, toutes les lumières scintillent dans la nuit, du jamais vu pour aucun de nous. Tous comblés au-delà de notre imagination…Le retour à l’hôtel était joyeux, je dirai même très joyeux…
Le lendemain matin, les valises sont refermées. Retour vers La Rochelle, embrassades, sourires, émotions étaient de mises. Souvenirs inoubliables pour moi, puisqu’il me reste un album photos que je feuillette de temps en temps avec mon mari. C’est beaucoup de souvenirs et toujours le même bonheur.
Au revoir Paris, à bientôt…

De Catherine de France

Notre Dame des Neiges.

J’aurais pu parler de mon Île de Ré, paradis des étés de ma jeunesse, puis de ma vie de maman, mais les people m’ont un peu volé mon île, et maintenant, pour lui rendre visite, il faut vraiment cibler le bon créneau : celui qui n’est pas prisé par la foule.
J’aurais pu aussi citer mon coup de cœur récent pour le merveilleux cirque de Troumouse dans les Pyrénées. Il est de ces endroits qui nous font ressentir des émotions incroyables, autant qu’incompréhensibles, pour un lieu jusqu’ici inconnu, des endroits avec lesquels on se sent immédiatement en harmonie.
Mais le dieu Internet en a décidé autrement : le hasard de mes nombreuses activités me remet d’un seul coup en présence du « Notre Dame des Neiges », et de l’émotion ressentie lors de notre première rencontre. Je l’ai reconnu instantanément : il est là, en gros plan tronqué, sur mon écran d’ordinateur, présenté comme le sujet de notre prochain stage de peinture. À nouveau, j’en apprécie les traces que le temps a laissé de manière irréversible sur lui. Je le revois, entouré de ses congénères, tous à peu près du même âge que moi : il y avait L’Étoile du Berger, Le Magellan, La Maïténa, et puis d’autres encore, plus ou moins marqués, ou altérés à des degrés divers, à quelques mètres de Notre Dame de Rocamadour, édifice granitique religieux, posé à l’extrémité du Sillon de Camaret-sur-Mer. De cette ville, figure de proue de la presqu’île de Crozon, il ne me reste aucun souvenir. Mais je me souviens parfaitement de la fascination exercée sur moi par ces mastodontes de la mer, posés définitivement sur la grève, à deux pas du port que j’avais ostensiblement occulté pour n’avoir d’yeux que pour eux. J’ai toujours été attirée par les cimetières de bateaux, mais la plupart sont visibles de loin, ou difficiles d’accès, en tous cas, loin des lieux de vie. Celui-ci était tout proche du centre de la ville, sur une langue de galets menant à la petite chapelle aux ex-voto en forme de bateaux.
Les gros chalutiers étaient posés sur les galets , alignés les uns à côté des autres, dos à la mer. On pouvait les toucher, les caresser, mais on se sentait si humbles à leurs pieds, eux si majestueux dans leur déchéance, mais au passé si glorieux. Les approcher m’avait beaucoup émue. Je me sentais intimidée en leur présence. Je les trouvais si dignes dans leur mort. Ils avaient été la fierté de ce port avec leur vocation, à l’époque enviée, de langoustier-thonier. On les appelait aussi mauritaniens, car ils croisaient au large de la Mauritanie, pour des campagnes de pêche de cinq à six mois, loin de leur port d’attache. Ils étaient les vestiges d’une histoire admirable au service des pêcheurs, qui connurent la richesse, avant le déclin qui annonça la fin des heures fastueuses. Pour ne pas capituler trop précocement, certains devinrent crabiers, jusqu’à ce que ça aussi ne rapporte plus assez. Les plus chanceux vécurent en plus leurs dernières années d’activité au service de la plaisance. Mais toute mort programmée a une issue fatale, et on les échoua ici. Nés avant les années soixante, les derniers rendirent les armes avant le passage au nouveau millénaire. Cinquante ans de bons et loyaux services pour finir, tête haute malgré tout, mais les pieds au sec, sur une grève de galets ! Dressés côte à côte sur leur quille, mais étayés de béquilles, ils défiaient encore le temps, arrogants dans leur nouvelle majesté rouillée, trouée, délabrée, avec la dignité des stars estivales, photographiées sous toutes les coutures par les touristes de passage.
Je fus de ces photographes, attirée par les orangés et ocres de leur corrosion, leurs bois rongés par l’humidité, leurs peintures défraîchies et craquelées, leurs mâts affaissés, leurs cabines aux vitres brisées, victimes d’effraction… Je les ai zoomés telle une paparazzo, insatiable à chercher le bon angle, le bon plan, le cadrage idéal qui les sublimerait et rendrait compte de mon émotion de les avoir rencontrés. Tout en les honorant à travers mes multiples clichés, je m’imaginais la dure vie des marins, au travail pénible, loin de leurs foyers. Je me représentais femmes et enfants, guettant le retour des hommes, jour après jour. Eux revenaient, harassés de fatigue, mais heureux de retrouver des bras aimants. Je songeais aussi à leurs difficultés pour se réadapter à la vie terrienne, cherchant alors une béquille dans les plaisirs illusoires de l’alcool. Du temps de la splendeur, ils revenaient au port en véritables héros, porteurs d’un trésor hautement monnayable auprès des négociants en langoustes. Au temps du déclin, ils rentraient penauds et la mine grise, n’ayant pas rapporté de quoi assurer la sérénité matérielle de leurs familles. Et puis, un jour, ils ne repartirent plus. A quoi bon ? Les dépenses pour une nouvelle campagne de pêche dépassaient largement les recettes prévisionnelles. Alors, l’alcool avait dû remplacer lamentablement les voyages au long cours.
Pour tout ça, j’avais beaucoup de respect pour ces chalutiers, et tout ce qu’ils véhiculaient dans mon imaginaire. Les approcher de si près me remplissait d’humilité devant leur immensité et aussi leur vécu. C’était aussi fort et impressionnant que de croiser la route du patriarche des éléphants, dont on sait qu’il est peut-être le dernier survivant de son espèce : un sentiment mêlé de vénération, d’admiration, de regrets, de tristesse, mais aussi de reconnaissance d’avoir existé et croisé ma route.
A mon retour, j’avais prolongé ces instants en faisant des tableaux à partir de mes photos. Et là, aujourd’hui, on me redonne cette opportunité de caresser à nouveau, à coups de couteaux glissant avec légèreté sur ma toile, les planches de bois érodées, la rouille des barres de fer dégoulinant le long de la coque, et les mâts déchus, pour rendre un nouvel hommage au « Notre Dame des Neiges », immatriculé CM231642, toujours aussi émouvant de dignité à travers le temps.

De Caroline de France

Grandiose

Pour mes quarante ans, mon père choisit de me faire découvrir un endroit magique.
Ce fut vraiment mon ressenti, à la fin de la journée.
Le moment le plus émouvant restera le premier spectacle de ce site exceptionnel.
J’eus vraiment la sensation d’aller à la rencontre d’un autre monde, d’un autre temps.
Là où l’histoire danse avec la beauté de la nature et la passion rime avec l’art.
Dès notre arrivée, cet endroit m’impressionna, j’allais bientôt savoir pourquoi.
L’aventure commença dans un immense espace à ciel ouvert. Mille cinq cent places de notre côté et la même chose en face de nous.
Nous pûmes apercevoir les ruines d’un vieux château qui planta le décor.
Des espaces verdoyants, un peu partout, rendirent de la douceur au paysage.
Mon père et moi prîmes place, ainsi que les autres spectateurs. Après quelques minutes d’attente, le bal commença.
Il se tint devant et tout autour de nous pour le plus grand plaisir de nos yeux et de nos émotions.
Nous plongeâmes au temps des châteaux forts, bercé pour la douce voix d’Héloïse, une fauconnière. Nous l’aperçûmes, elle fut vêtue d’une magnifique robe d’époque. Elle nous raconta bientôt l’histoire d’une jeune femme, Aliénor. Cette belle et jeune femme qui s’est endormi dans une tour, il y a fort longtemps. Seulement après son réveil, Aliénor ne reconnaîtra plus les lieux familiers qu’elle eut tant chéri. Je fus prise dans le récit des deux femmes, elles furent joyeuses malgré le coup du sort qui se joua. Héloïse invita son oiseau à gagner les airs. En quelques minutes, une vingtaine d’oiseaux les rejoignirent accompagnés de leurs dresseurs.
La scène fut grandiose, une émotion immense m’envahit, puis des frissons me parcoururent le corps.
Maintenant, je pleurais de joie. En tournant la tête, je vis mon père très ému, aux bords des larmes.
Tout cela fut juste une mise en bouche. Un chevalier arriva à cheval pendant qu’Aliénor dansait avec prestance.
Ensuite, des oiseaux furent lâchés d’une montgolfière puis nous vîmes arriver des cigognes suivant un deltaplane.
Le ciel se remplit tel un feu d’artifice, ce fut impressionnant. Tout se déroula avec une facilité hallucinante.
Je me souviendrai longtemps de ce moment mémorable au Puy du Fou et du bal des oiseaux fantômes.

De Laurence de France

De toute première fois

Sur la sollicitation pressante de sa collègue Amélie, Jenny avait accepté de passer une semaine dans son appartement à Avoriaz en Haute-Savoie, pendant les vacances d’hiver.
C’était la première fois que Jenny, la cinquantaine passée, se rendait en montagne l’hiver, depuis vingt-huit ans.
La première et dernière fois qu’elle avait côtoyé des cimes enneigées, elle était enceinte de son deuxième enfant, et n’avait par conséquent, participé ç aucune festivité liée au monde féérique de la neige.
Jenny arriva à Avoriaz sous un ciel gris et menaçant, sous une brume épaisse, des nuages collés aux sommets, ce qui l’arrangeait bien. Ainsi, elle ne vit rien de la montée dans le téléphérique pentu qui menait à la station, huit cent mètres plus haut.
La montagne l’hiver était un monde quasi inconnu pour Jenny, voire un monde hostile. Elle n’aimait pas vraiment le froid, et dans sa région, la neige était un mot que l’on ne prononçait que très rarement.
En arrivant sous les flocons virevoltant, deux couleurs se détachaient nettement dans le paysage : le blanc de la neige et le bois des immeubles de la station de sport d’hiver. Jenny devait reconnaître, à son corps défendant, que le blanc était attirant, une vraie neige qui crissait sous les pas. Elle ne se sentait pas trop à l’aise dans cet univers immaculé, très éloigné de sa vie habituelle.
« Il faut être né ici pour se sentir bien et y vivre », pensa-t-elle maintes fois pendant son séjour.
Amélie, la collègue de Jenny, possédait un appartement au huitième étage d’une résidence située en hauteur de la station. La vue était magnifique par beau temps. L’ambiance était sympathique et décontractée. Jenny était la seule du groupe à ne pas skier et ne souhaitait pas s’initier. Elle désirait plutôt observer, sentir, ressentir, vivre la montagne à son rythme, à sa façon.
Tout de suite, à l’extérieur, l’œil de Jenny fut attiré par des couleurs vives. En effet, les skieurs arboraient des tenues bigarrées, du rose vif au jaune pétant, du vert pimpant au orange mandarine – des couleurs que la neige et les vacances permettaient, mais que les gens ne portaient pas en temps ordinaire. C’était gai et joli sur le contraste de la neige, comme un arc-en-ciel gesticulant de tous côtés.
Avoriaz était une station sans voiture ; les vacanciers skiaient à même le village. Cela ressemblait à un joyeux ballet ininterrompu de skieurs de tous âges, traversant continuellement le village. S’y ajoutaient les traîneaux, les motoneiges de temps à autre, les engins à chenilles ravitaillant les nombreux restaurants, d’autres engins plus gros encore qui damaient la neige quand elle tombait trop ardemment ; laissant derrière eux des lignes fines parallèles impeccables.
Ce flot continuel impressionnait Jenny dès qu’elle pointait son minois à l’extérieur. Elle partait se promener le matin et avait repéré un banc situé en haut de la falaise. Elle ne s’y installait qu’en cas de soleil, ce qui lui arriva trois fois en une semaine. Elle s’asseyait là, face à la montagne, apercevant au loin les remontées sur son flanc, et les skieurs, gros comme des confettis à cette distance, qui dévalaient les pentes ou les autres qui remontaient dans leur télésiège, assis tranquillement, ignorant qu’on les observait. Jenny pouvait entendre leurs conversations en français bien sûr, mais aussi en anglais, en allemand ou en italien.
Le spectacle d’en bas avait aussi lieu dans les airs. Assise sur son banc, Jenny ressentait la majesté de la montagne, sa puissance inébranlable, sa force millénaire. Seuls les sapins, se dressant sur les flancs de la montagne, représentaient la couleur verte.
Jenny était étonnée de n’apercevoir que peu d’oiseaux, qui lui avaient l’air d’être des corneilles ou des corbeaux de loin. Ça, au moins, ne la changeait pas de sa région.
Les yeux et l’âme rassasiés par un tel spectacle, il fallait aussi rassasier l’estomac.
Un midi, Jenny invita tout le groupe, c’est-à-dire Amélie et ses deux enfants, au restaurant « les Fontaines blanches ». La carte était variée, et bien montagnarde ! Pas question de choisir un plat dont elle avait l’habitude. Jenny choisit donc un reblochon doré au four, accompagné de sa suite de pommes de terre nature et d’une assiette de charcuterie, digne de Gargantua. C’était beau à voir, typique de la région certes, mais copieux!
Le restaurant en question possédait un décor typique de chalet, tout en bois, chaleureux, tant au niveau de la décoration, que des serveurs et serveuses.
On ne venait pas à la montagne l’hiver pour se mettre au régime.
L’air pur de la montagne fatiguait néanmoins Jenny ; elle avait du mal à respirer quand elle marchait. Elle se sentait vite essoufflée. La pharmacienne du village l’avait rassurée en lui disant que c’était normal.
Jenny était aussi impressionnée par le calme régnant dans le village, malgré la présence de milliers de vacanciers, venus là pour en profiter et se distraire. C’était fluide. La vie glissait à un rythme tranquille à Avoriaz.

Jenny, heureuse de s’être frottée au contact de la montagne, avait vu suffisamment de quantité de neige pour les dix ans à venir. Le mot ‘hiver’ prenait tout son sens en ces lieux et à cette altitude. Elle avait aussi constaté, à son plus grand étonnement, que la neige rendait heureux. En tout cas, cela avait été contagieux pour elle, une belle expérience, quoique…

« Allo, bonjour ma fille. Comment vas-tu après ces vacances bien méritées ? », questionna sa mère, pressée d’obtenir des détails croustillants.
« Eh bien en fait, je ne me sens pas très bien. J’ai subi l’altitude de plein fouet, et mon corps ne l’a pas accepté. J’ai saigné du nez tous les matins, j’ai été nauséeuse toute la durée du séjour et je me suis sentie oppressée. J’avais du mal à respirer. Un truc de dingue. Je ne suis pas encore rétablie complètement… », se plaignit Jenny.
« Eh bien, dis donc, tu t’en souviendras de tes vacances enchanteresses. Repose-toi, ça ira mieux dans quelques jours. Je te fais de gros bisous. »

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre.
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité.
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!

C’est un jeu de créativité.
Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique “me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,

LAURENCE SMITS, La Plume de Laurence


Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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