La proposition N° 51 vous demandait d’écrire une histoire autour du confinement dû au Corona-virus. Quand une fidèle auteure, Françoise, m’a proposé cette consigne, nous étions encore loin de toutes les mesures mises en place. 
Nous ne pouvions pas nou douter que nous subirions tout cela.
Heureusement, nous pouvons continuer à communiquer et à écrire via ce blog, grâce à Internet.
Je suis heureuse d’acceuillir une nouvelle personne, Christelle, qui a osé franchir le pas et qui a écrit un texte pour ce blog. 

Si vous voulez écrire sur tout ce que vous vivez à cause de ce confinement forcé, de cette angoisse ambiante qui monte, de totue idée que vous voulez bien partager avec nous, je serai heureuse de vous lire et de publier vos textes pour en faire part à la communauté du blog La plume de Laurence.

Voici les textes de cette semaine.
Je vous en souhaite une belle lecture:

De Catherine de France

De Catherine de France

Transgression 

          Voyons voir … En 5 lettres : important port fluvial chinois, à l’origine d’un désastre mondial ! En 5 lettres, une ville chinoise ? Pékin ?… Mais non, bien sûr ! C’est WUHAN, que je remercie d’ailleurs de me mettre dans cette situation merdique ! W-U-H-A-N : ça colle !

         En 8 lettres : mammifère à écailles, plantigrade et édenté ! Déjà, pour moi, mammifère ne va pas du tout avec écailles. Les écailles, c’est pour les poissons. Plantigrade, ça concerne les ours. A moins d’être un vestige de la préhistoire qui aurait oublié d’évoluer, je ne vois pas ! Il y a un G en 4ème lettre. Je l’ai ! C’est cet animal bizarre que les chinois mangent. Ah ! Je l’ai sur le bout de la langue … Pandelin ? Pangadin ? Pangolin ! C’est ça, le PANGOLIN ! Merci à lui aussi pour mon séjour forcé ici, bien qu’on ne sache pas vraiment si le problème vient de là ! « On ne nous dit pas tout ! » comme dit l’autre.

          Bon, allez, je continue : couronne latine en 6 lettres ! La couronne de laurier de César ? Ça porte un nom , ça ? C’est peut-être le nom latin de couronne qu’il faut chercher … CORONA ! Décidément, pour quelqu’un qui voulait se changer les idées, c’est réussi !

          Principe d’isolement en 11 lettres : isolement-isolation ? Ou isolement-isolement ? Pour ce qui est de l’isolation, je me surprends à regretter les dizaines d’appels quotidiens pour bénéficier de l’isolation de mes combles pour 1 euro : au moins, j’étais chez moi pour profiter de ce harcèlement ! Quand est-ce qu’on parle d’isolement, autrement ? A l’école, il m’est arrivé d’isoler quelques minutes un enfant qui perturbait les autres, ou le déroulement d’une activité, mais ça ne peut pas être ça. Suis-je bête ! Qui est à l’isolement en ce moment, confiné dans sa chambre d’hôtel pour une durée indéterminée ? C’est moi : je suis en Q-U-A-R-A-N-T-A-I-N-E . 11 lettres, QUARANTAINE,c’est bon !

          Transmission pathogène à l’échelle mondiale en 8 lettres :c’est lié à une maladie, c’est sûr, parce que pathos, ça veut dire malade, si je me souviens bien de mes cours. Donc, c’est transmission d’une maladie. Je l’ai : CONTAGION ! Ah non, il y a un souci avec « échelle mondiale ». J’ai une idée : 1,2,3,4,5,6,7,8… PANDÉMIE ! Trop fort !

          Finalement, ces mots croisés m’ennuient. Au lieu de me changer les idées, ça enfonce plutôt le clou. Je le sais que je suis coincé ici pour au moins 20 jours, et je sais bien pourquoi  : ce n’est pas la peine de me le rappeler. Vraiment, les éditeurs font argent de tout. Même les mots croisés tournent autour de ça . De toute façon, c’est tout ce que j’ai trouvé à la boutique de l’hôtel ! Déjà que ça n’avait pas été facile de négocier pour descendre faire des achats ! C’est que les consignes sont strictes dans ce pays ! Le gouvernement italien prend les choses très au sérieux ! Très, trop, pas assez ? Qui peut le dire ? Ce que je peux dire, moi, c’est que je suis cloîtré depuis 3 jours entre les 4 murs de ma chambre, et que ce n’est pas facile de trouver de l’occupation. Je ne peux quand même pas passer mon temps à dormir ! En plus, pour bien dormir, il faut se fatiguer un minimum, et ce ne sont pas les 30 pompes que je m’inflige qui vont suffire ! 

          J’ai vraiment l’impression d’être en prison, parce qu’on n’a même pas le droit de descendre pour les repas. On nous les livre dans la chambre. A part le menu qui est meilleur qu’à La Santé, le régime y est tout aussi carcéral ! Bon, j’ai ma tablette, et je peux regarder des films, mais quand j’en ai enchaîné 2 ou 3, j’ai vraiment envie d’autre chose. Alors, je pousse à l’extrême les plaisirs du bain moussant que je savoure jusqu’à ce que ma peau menace de faire l’éponge. Sinon, je peux profiter pendant 15 minutes de la piscine de l’hôtel, à condition de m’être inscrit sur un créneau libre pour bénéficier du lieu en solitaire. Pas de contact ! Je lis aussi, mais, du coup, ça me passionne moins que d’habitude : la lecture plaisir est devenue occupationnelle, donc ça occulte mon plaisir, tout simplement. Le livre que je viens de commencer me semble néanmoins plus intéressant que les 2 précédents, mais c’est à confirmer.

          On doit rester dans notre chambre, mais j’avoue que je transgresse la règle plusieurs fois par jour. Je sors dans le couloir, en veillant bien à ce que personne ne me voie, et je me faufile dans le petit escalier qui mène sur une petite terrasse de toit. Là, je m’asseois contre un muret, et je savoure à la fois une cigarette salutaire, un bon bol d’air, et la vue sublime sur les arcades sculptées des toits du magnifique Duomo, en face de moi. Au bout de 2 jours, je continue à l’admirer, mais je pense qu’au moment de ma libération, je le détesterai au plus haut point.En tous cas, je ne serai pas près de demander à revenir faire un reportage ici : j’aurai eu ma dose !

          Hier, j’ai vu que je n’étais pas le seul à avoir eu l’idée d’aller sur le toit. J’y ai trouvé un anglais, un verre de whisky à la main, dans la même contemplation fautive du grand monument emblématique de Milan. Lui aussi est journaliste pour une revue de mode, et nous avons déjà dû nous croiser dans le temple de la haute couture, dont l’accès nous est désormais interdit, depuis que plusieurs cas de Coronavirus ont été avérés parmi les participants. Lui et moi ne manifestons aucun symptôme, et notre infortune nous a réunis sur cette terrasse, où nous avons encore rendez-vous tout à l’heure pour jouer aux échecs, agrémentés d’un verre de bon whisky qu’on se fera monter dans notre chambre. La perspective de cette récréation est une bulle de plaisir dans la grisaille de la situation, une distraction secrète qui va m’aider à ne pas devenir fou de solitude.

          J’ai bien conscience de ne pas jouer le jeu comme il faudrait, mais qu’ai-je donc fait pour mériter la prison, si loin de ma femme ? Tiens, d’ailleurs, elle va bientôt m’appeler. Nous avons rendez-vous par Skype. Ça va me fait du bien de la voir, d’avoir des nouvelles du pays et de l’évolution de la propagation, et de nous projeter dans nos lointaines retrouvailles. Elle me manque terriblement, mais il va falloir patienter encore plusieurs jours avant que je puisse la serrer dans mes bras. Ah! C’est le signal : « Bonjour, ma chérie ! Comment vas-tu ? Je suis si content de te voir … »

De Christelle de France

Que faire ?

« Comment les virus, les plus petits êtres vivant sur terre, peuvent-ils faire autant des dégâts chez les êtres humains et leur empoisonner la vie (au sens propre comme au figuré). En cas d’épidémie, c’est là que l’on réalise à quel point l’on est tous reliés et interdépendants les uns des autres » : ces pensées trottaient dans la tête de Sylvie depuis qu’elle avait été mise en quarantaine chez elle à Paris, après avoir été testée positive au Covid-19.
Cette saloperie l’empêchait de sortir et l’avait forcée à annuler son voyage à Rome. Elle qui en rêvait depuis si longtemps : merde !
Heureusement elle n’était pas vraiment malade : juste un peu de toux, elle s’en sortait bien. Une voisine lui faisait ses courses qu’elle déposait devant sa porte.
Elle qui aimait tant sortir, se sentait très frustrée : plus de footing le matin dans le parc Montsouris, terminées les soirées entre copines dans les bars en profitant des « happy hours », finis les week-ends en amoureux avec son ami !
Après la période de confinement, elle devrait alors faire attention en sortant de chez elle. Jusqu’à quand l’épidémie allait-elle durer ? Le pays allait-il être paralysé et allions-nous souffrir d’une pénurie de nourriture, médicaments et d’objets de la vie courante ? Situation très anxiogène.
Elle n’avait pas connu la guerre, la pire des épreuves. Dans cette situation, on ne pouvait pas lutter, l’ennemi étant invisible, seulement s’en protéger en attendant sa disparition.
Se désoler ne servirait à rien. La jeune femme de nature optimiste décida de trouver du positif dans cette situation :
elle n’avait plus à passer 3 heures dans les transports parisiens
elle pouvait enfin se reposer après 50 jours de grèves à la RATP
elle avait la chance de pouvoir travailler à domicile sur son ordi. (c’est là que l’on apprécie vraiment Internet)
elle recevrait son salaire intégralement
elle pouvait maintenant observer depuis sa fenêtre le jardin en bas de chez elle : l’occasion d’admirer les arbres et les fleurs qui commençaient à égayer les pelouses et profiter du chant des oiseaux.
Mais le plus important, elle allait peut-être réaliser son rêve : écrire un livre qu’elle avait commencé pendant ses dernières vacances. Là, plus d’excuse : du temps, elle en avait maintenant. L’écriture avait toujours été un besoin, une passion : la liberté suprême.
Cette idée la réjouit, elle avait trouvé le remède à sa solitude et à son anxiété : bouquiner (une pile de livres l’attendait dans un coin) et écrire, écrire et écrire encore ! Après, on verrait…

De Lucette de France

En quarantaine pour cause du coronavirus…

Ça y est les passeports sont à jour, les toilettes bien pliées, les valises prêtes, on part demain pour le Vietnam, le Cambodge, la Malaisie etc. etc.
De taxis en trains, d’avions en avions, nous voici arrivés devant notre mastodonte « le géant des mers ».  Plus de 4000 passagers et un personnel incalculable. Ça grouille de partout, de la femme de ménage jusqu’à l’animateur, du directeur de salle au cuisinier, chacun est à sa place. Que tout soit ordonné, pas un seul « couac » n’est toléré, sinon pas de renouvellement pour la croisière suivante…
Avec ma femme Magali, et mes deux garçons de 15 et 17 ans, nous allons vivre un rêve éveillé. Toutes les préparations pendant des mois, toutes les économies pour ne manquer de rien, car « oui » nous voulons nous offrir une cabine-balcon. Nous avons hâte de poser les pieds dans notre « chez nous » pour trois semaines. Nos yeux ne savent plus où regarder, tellement c’est inimaginable de beauté, de luxe, c’est majestueux.
Nous voilà dans nos cabines respectives, bien insonorisées. Les garçons ont une chambre avec lits séparés, et nous une chambre « standing ». On s’imagine déjà dans ces draps brillants comme de la soie, c’est très bling bling, mais on s’est autorisés, une fois dans notre vie, de côtoyer un monde qui nous est totalement inconnu. Avec les casinos, salles de sports, piscines géantes, salles de concert, bref, c’est trop long à énumérer, puisque chaque coin, chaque recoin, chaque étage nous invitent à la découverte.
Le premier repas servi dans la grande salle est excellent, tous ravis sauf Magali qui elle comme toujours a le mal de mer. Elle a le mal de mer en voiture, en avion, en ascenseur, bref partout où elle n’a pas pied. Elle me fatigue, même si je compatis, nous ne pouvons pas profiter pleinement, quand on a quelqu’un à côté qui ne va pas bien…
Première escale au bout de plusieurs jours, nous découvrons le Vietnam, magnifique endroit, mais le climat humide ne réussit pas à tout le monde. Nous avons la frénésie d’achats, de souvenirs, d’ailleurs une valise n’est prévue que pour les souvenirs…
Nous avons tous le sourire, parlons anglais avec ceux qui l’ânonnent. Les gestes et les sourires nous unissent encore plus que leur langue. Nous repartons le cœur serré après avoir passé une journée auprès de ce peuple généreux.
Chacun regagne sa cabine, chacun se met sur son trente et un, chacun parle de la soirée à venir… Soudain, une voix de stentor parle au fur et à mesure dans plusieurs langues, nous ne comprenons rien, mais les visages se figent autour de nous. Que se passe-t-il ? Est-on en train de couler ? Y a -t-il des djihadistes à bord ? Ont-ils fait un massacre ? La confusion la plus totale règne jusqu’à ce qu’on entende « la voix » en français. Dans un premier temps, soulagés, pas de drame en vue, mais vite, nous remettons nos idées en place, et comprenons que nous sommes mis en quarantaine à partir de maintenant, à cause du coronavirus… Quarantaine signifie rester cloîtrés dans nos cabines, sans jamais pouvoir respirer l’air pur, nos plateaux de repas placés devant la porte, sans jamais profiter de la piscine, pas de casino, pas de danse avec ma femme etc. etc. Notre rêve réduit à néant…
Les garçons prennent la nouvelle avec plus de philosophie que nous, car eux sont sauvés avec leurs smartphones. Magali et moi avons horreur de ces « intrus » qui prennent beaucoup trop de place dans nos vies. Les trois premiers jours se traînent en longueur. Nous arrivons malgré tout à rire, « enfin non », à sourire de cette épreuve, un coup du sort qu’on ne s’explique pas. Pourquoi c’est tombé sur nous ? Une semaine passe, nous commençons par nous tirailler, le moindre détail ne passe ni d’un côté ni d’un autre. Les garçons nous demandent de nous calmer. Je me calme en boudant, le regard vide à travers ce foutu hublot, et oui, j’ai moi aussi la nausée à regarder cette mer toute la journée. Toujours le même paysage, toujours les mêmes visages, une heure passe, et on attend que l’autre passe et ainsi de suite. Aucune envie de lire, plus de moral. D’un seul coup, un peu d’animation : j’entends « Victor, arrête de faire la gueule, sinon je passe par le hublot ». Ma réaction a été immédiate, un mot pas très aimable de ma part l’a sciée. Ce tapage a duré une bonne heure, et chacun est reparti bouder dans un coin. La nuit porte conseil, le lendemain matin, j’accueille Magali avec un grand sourire, je la prends dans mes bras, le bisou de réconciliation fait le reste…
Plusieurs jours passent, c’est plus serein entre nous quatre, on se titille, on rit, on se remémore des histoires avec les membres de la famille en se disant « S’ils nous voyaient, ils seraient morts de rire ». Mais le summum, c’est la belle tempête qui s’annonce, il ne manquait plus qu’elle. Pendant deux jours, nous avons été malmenés, difficile de rester debout. Les nausées refont surface, ce n’est pas une, mais quatre personnes qui n’en peuvent plus. Les estomacs refluent de toutes parts, mais qu’est-on venus faire dans cette galère…
Enfin, notre calvaire s’est terminé, nous avons couru sur la passerelle pour fuir plus vite cet enfer. Nous nous sommes tous enlacés, avons hélé un taxi pour l’aéroport le plus proche et direction la France.
Ce sont des souvenirs amers sur le moment, tout a été gâché. Mais nous sommes bien vivants et quand même heureux de rentrer chez nous, reprenant vite nos petites habitudes.
Retournera-t-on un jour faire une croisière ? Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour, mais les rivières coulent, et qui sait…un jour peut-être ???

De Nicole de Belgique

Tournai, ville désertée versus coronavirus

Un appartement haut perché. Vue sur une cour de récréation vide, plus de cris, de foot, de basket.
Les sonneries qui rythment la vie du quartier, à l’arrêt.
Supprimées, annulées, reportées les activités qui maintiennent alerte la vieille dame que je suis devenue.
Tournai, Ville en Poésie de Mars, Avril 2020, les écrits, les lectures de textes, les joies du partage pour plus tard ?
Une parenthèse désagréable: la fureur dans les grandes surfaces.
Les regards affolés, les sûrs d’eux qui empilent, empilent, parfois des regards sournois se faufilent pour jauger les chances d’attraper ces pâtes, ces conserves, ce papier toilette.
Courses pour quelques jours, sans oublier le chat, comme d’habitude.
Retour chez soi.
Une somnambule du temps qui se dilate.
Un angoissant face à face avec soi-même. Le silence inhabituel de la rue, le vide aussi.
Comment font les prisonniers pour supporter leur enfermement ?
Et après cette quarantaine, qu’aurons-nous trouvé, comment regarderons-nous
ce monde dans lequel nous vivions-vivons ?
Nous sommes forcés de secouer les normes établies.
Quelle leçon en tirerons-nous ?
“Les anciennes règles avaient été temporairement suspendues et c’était excitant de réfléchir à tout ce qu’on aurait appris-et corrigé- quand les choses repartiraient” Jean Hegland. Dans la forêt.

De Françoise de France

N’était-ce pas une bonne chose ? … et même une excellente nouvelle !
Anita, c’est ton jour de chance, ne la laisse pas se perdre, celle-là. Agis.
Je partis aussitôt. À la campagne.
À deux heures de route, m’attendait le petit studio avec cave que j’avais conservé d’une ancienne vie, au cas où. Deux semaines auparavant, j’avais fait des réserves d’un peu de tout, toujours au cas où, de quoi tenir quarante jours s’il le fallait. Au fait, le journaliste n’avait-il pas dit : « Une quarantaine de quatorze jours ! » C’est parfaitement ridicule. Quarantaine = quarante. Donc 40 jours. Pleins.
Jean-Raymond devait rentrer d’un voyage d’affaire, je l’avertis par courriel de ma non-disponibilité. Il allait l’avoir mauvaise, à devoir se taper son linge sale, les courses, le repassage, et tout le tralala habituel qu’il me laisse généreusement à charge. Mais mon chéri, par arrêté national, pour l’intérêt général, tout le monde en quarantaine, chacun reste là où il se trouve et … attend qu’on le sonne. C’est clair, non ?
J’avais une longueur d’avance sur lui parce que j’avais su saisir ma chance. Il croyait gagner la sienne en rentrant. Perdu !
Promis-juré, Monsieur l’Agent, je ne bougerai pas de mon petit refuge.
Mon mari sera bien obligé d’en faire autant. Chez nous : là où je ne suis plus.
Que je vous raconte.
C’était un studio d’étage. Ceux du rez-de-chaussée, un couple retraité, étaient coincés en Italie pour les mêmes raisons qui motivaient mon heureux exil.
Moi, j’étais en excellente santé, avec le moral florissant qui va avec.
Précision utile : j’étais en train de rédiger un roman. Alors vous pensez bien, avec Jean-Raymond dans les pattes, impossible d’avoir la paix. Généreux à mon égard, le destin m’offrait quarante jours. Le pied !
Dès la première nuit, je dormis très mal. L’excitation, sans doute.
Les nuits suivantes : pareil. Curieux. Quelque chose ne tournait pas rond.
Quoi ! Y te manque quelque chose ? je me disais.
C’était plutôt le contraire, vous savez, le sentiment d’un truc en trop.
Énervée, je n’arrêtais pas de me gratter : bas du dos, bras, cuisses…
Bien que seule et au grand air, je perdais un temps précieux à tenter de me calmer et les nerfs et la peau. Punaise ! (Entre parenthèses, c’est un terme que j’emploie pour éviter cet autre mot qui s’est partout répandu, chez les jeunes surtout, à tel point qu’il en est devenu neutre. C’est le sort de certains mots, ils perdent leur sens premier et se réduisent à des sons interjectifs, comme ce mot de cinq lettres dit de Cambronne !).
À bien y réfléchir, n’y étais-je pas un peu, dans la mouise ?
Je fis le bilan. Aucun repos, pas d’avancée littéraire, appétit nul, de l’agacement, de la contrariété, des doutes et, de plus en plus insidieuse, une petite peur vacharde qui me faisait penser : Ah, j’aurais mieux fait de rester à la maison, de partager avec Jean-Raymond des heures moroses à deux, ponctuées de bulles d’info à dégoûter un fœtus de naître, d’échanger nos virus, nos commentaires morbides-stupides, de nous rendre responsables mutuellement de tout ce qui allait mal, de nous houspiller dans le fol espoir d’avoir le dessus sur l’autre…
Le pire (parce que, du coup, je m’ennuyais ferme), c’est quand je voulus, pour m’activer un peu, défaire le lit. Ho ! C’est quoi ça ?
De minuscules taches rouges ne sont-elles pas la marque des punaises de lit…
Voilà qui expliquait tout.
D’où venaient-elles, qui avait dormi là ? Qui avait le double de mes clés ?
Et surtout, comment fait-on pour s’en défaire ― par le chaud, par le froid ?
Coronavirus, tu parles ! Plutôt des corpuscules voraces, genre puces de corps dont personne ne voudrait se charger de les éradiquer.
J’étais de mauvais poil, oui.
Et alors ? Qu’on se mette à ma place !
Horrifiée, je longeai le corridor, descendis les marches froides.
Au sous-sol mal éclairé, j’avisai le congélateur des voisins, branché sous le compteur général. Il restait bien assez de place. J’y entassai draps et linge de corps tels qu’extirpés de mon lit d’infortune. Le froid sanctifierait le tout.
Le moral ne revint pas pour autant.
La météo suivit le bulletin radio révisé soir et matin. De la pluie, de la brume et encore de la pluie mêlée de vent.
Si bien que je me retrouvai 1) à court d’inspiration,  2) à court de bonnes résolutions, 3) aussi stupide qu’un gosse pris en faute après avoir chapardé une sucrerie interdite.
Contagieuse, moi ? Bien sûr que non, mais en quarantaine, oui.
Et pour que dalle.
Le coronavirus m’avait finalement corrompue à sa façon.
Nous avait-on prévenus de ses effets collatéraux, hein ?
Punaise !

De Caroline de France

Ça y est, je viens d’apprendre que je suis porteuse du virus. J’ai du mal à y croire. Je suis en quarantaine chez moi. C’est l’horreur, moi qui adore sortir, voir du monde, être en mouvement, quelle punition vraiment. Même pas moyen de faire mes courses, je vais devoir me faire livrer. Dites-moi que c’est un mauvais rêve.
Depuis, je me réveille tous les matins en mode organisation de mes journées, ou plutôt mes longues journées. J’ai commencé par ranger la maison. Oui, le bazar à droite et à gauche laissé par ma tendance à la procrastination, ça doit bien vous arriver, hein. Un matin, je tombe par un pur hasard sur un livre de méditation, un cadeau de ma mère. Tiens, je me rends compte que je ne l’ai jamais lu. C’est peut-être le moment qui sait.
Je le pose et je reprends mon activité du moment. Je tente du mieux que je peux de ne pas tourner en rond, sans franc succès. Mes journées se résument par une visite de la cuisine le matin et une dans le salon l’après-midi. Sans oublier des petites visites à la salle de bain, bien entendu. Mon quotidien devient un calvaire, je touche le fond. Je pense à des tas de choses négatives et quand j’ai la bonne idée de regarder les informations, je creuse ma tombe. Je pars dans la cuisine me chercher un petit remontant. En longeant mon bureau, je bouscule des affaires posées là et tout tombe par terre. Je prends en main mon fameux livre de méditation, c’est comme un appel. Je le lis, je me nourris de ces messages positifs. Je prends la position tous les jours et je pars loin, au plus profond de moi. Me sentant plus légère, j’imagine la vie joyeuse qui m’attend au bout du tunnel.
Je m’étonne en savourant une pomme comme s’il s’agissait de mon dernier repas. Les jours passent, la quarantaine est finie, j’ai un pincement au cœur.
Cette épreuve m’aura rendu une part de mon humanité.

De Laurence de France

Corona poésie

On y est, c’est l’épidémie !
Sévèrement, elle sévit.
Confinés, nous sommes
Ratatinés comme des pommes.

De toutes sortes, les râleurs
Ce n’est pas l’heure !
Les y a ka faut qu’on
Des rapaces, des faucons
Des imbéciles
Indélébiles.

Arrêtons d’accuser les autres
Personne n’est apôtre
Stoppons de toujours vouloir trouver des responsables
On en est capables !

On ne peut plus travailler,
Mais on peut se reposer
C’est bon pour la santé.

On ne peut plus sortir
Mais ce n’est pas le pire
On est quand même vivants.
On ne peut plus voir personne
Mais on a le téléphone
Alors téléphonons.

Sur les courses
Tels des sauvages et des ours
Bêtement certains se jettent.

Ceux en ville
Ne sont pas tranquilles
Cela se comprend.

Ceux à la campagne
Ceux à la montagne
Ceux qui ont un jardin
Ne sont pas si chagrin.

Au lieu de se morfondre
Au lieu de se confondre
Au lieu de rouspéter
Au lieu de déprimer
Tout est quand même possible !

Respirer, on peut
Regarder la télé, on peut
Humer l’air, on peut
Sortir son chien, on peut
Rester un citoyen, on peut
Parler, on peut
Cuisiner, on peut
Lire, on peut
La vie accueillir, on peut
Récurer la maison, on peut
Profiter de la saison, on peut
Jardiner, on peut
Se poser, on peut
Regarder le ciel sans avion, on peut
Garder raison, on peut
Jouer avec ses enfants, on peut
Profiter du temps, on peut
Trier ses papiers, on peut
Ne pas s’accabler, on peut
Admirer la nature, on peut
L’air est enfin pur, on le sait !
Lire les livres en retard, on peut
Admirer les œuvres d’art, on peut
Vivre tout simplement, on peut.

Faire une pause avec soi, c’est possible
Garder la foi, c’est possible
Sublimer les contraintes, c’est possible
Ne pas être dans la plainte, c’est possible
Positiver, c’est possible
Optimiser, c’est possible
Trouver la force, c’est possible
Rire comme Devos, c’est possible
Malgré les circonstances, rire, c’est possible
Ne pas dépérir, c’est possible
S’éloigner des écrans, c’est possible
Faire autre chose de son temps, c’est possible
S’aérer l’esprit, c’est possible
Continuer à vivre sa vie, c’est possible.

Faire des projets, on doit continuer
Ne pas faire de procès, on doit continuer
Aider les autres, on doit continuer
Ne pas faire de faute, on doit continuer
Prendre des nouvelles de ses proches, on doit continuer
De la vie avoir une autre approche, on doit continuer
Cesser de se lamenter, on doit continuer
Pendant qu’on est tous confinés.

Pendant cette étrange période
Ne rimons pas avec Hérode
Tirons le positif
De tout ce dispositif :

L’air est plus pur
Plus gaie la nature
Le silence inhabituel
Le silence spirituel
Les voitures aux garages
Plus d’esclavage
Du temps devant nous
Comme rendez-vous
Pour apprendre à cuisiner
Pour apprendre à customiser
Pour apprendre à s’occuper des autres
A rêver comme un astronaute
Travailler autrement
Tout en profitant de son temps
Vivre la famille autrement
Tout en l’aimant
S’occuper de ses enfants autrement
Librement et sans dénigrement.

Mille merci etBRAVO à tous les soignants
Pour leur dévouement
A leurs risques et périls
Le virus n’est pas stérile.

Mille merci et BRAVO à tous les employés
Des magasins des supermarchés
Pour nous nourrir
Et ne pas mourir.

Je n’ai aucune leçon à donner à quiconque pour qualifier les comportements des uns et des autres ne respectant pas les consignes.
Je n’ai pas d’ordre à donner à quiconque, mais, on peut aussi profiter de cette période juste pour élargir son regard autour de soi.
J’ai de la chance, je vis à la campagne, j’ai un jardin, je ne suis pas seule et je suis en bonne santé et je peux sortir ma chienne sans difficulté ni rencontrer personne.
La période est difficile, certes, mais elle va durer. Alors, profitons de ce temps et de ce vide devant nous sans plonger dans le désespoir avec les nouvelles déroutantes et anxiogènes.
Sans doute cette période va nous renforcer mentalement.
Mettons tout en œuvre pour continuer à aller bien, pour faire des choses qu’on a toujours eu envie de faire mais qu’on n’a jamais osé, comme écrire.
Le printemps est à nos portes, on est tous tentés de profiter de la belle saison à venir. Plus vite on sortira de ce trouble, plus vite on reprendra nos vies.

Profitons de ce temps pour remettre en question nos modes de vie. Au lieu de se battre pour du papier hygiénique, on peut coudre des lingettes à partir de vielles serviettes de bain, après avoir installé une douchette japonaise ; ce que j’ai fait. Je lave, je sèche et le tour est joué. Je fais des économies.
J’ai aidé une voisine très âgée à couper son herbe. J’ai prêté des livres à trois petites voisines. C’était comme le Père Noël, elles étaient si heureuses. En parlant de loin, sans contact. Ça ne coûte rien, mais ça fait plaisir à tous.
Au lieu d’être collé aux informations, on peut éteindre la télé et la radio et trouver des activités autres que l’ordinateur et les réseaux sociaux, porteurs de mauvaises nouvelles.
On peut jouer, lire, regarder des films, causer ensemble, se creuser la tête pour trouver des activités, expliquer, se poser et réfléchir. Ça, c’est encore autorisé !
On est tous capables de tirer profit de ce confinement, de vivre autrement, de se libérer mentalement, de se mettre au yoga ou à la méditation, de penser à ce qu’on pourrait changer dans nos vies pour l’après pour aider la planète, qui elle, respire mieux pendant ce confinement.
Tout est possible et on en est tous capables !
Continuons à conjuguer le mot ‘bonheur’ au présent !
Le bonheur se cultive et se sème.
C’est un état d’esprit !

Nos personnes aimées sont à risque.
Je reste persuadée que nous vivons un temps fort de notre humanité.
Le mot ‘crise’, d’origine grecque signifiant ‘décision’, renvoie à une transformation.
Alors, elle est là devant nous.
De ce temps, posons notre jugement sur nos styles de vie.
Faisons des choix en conséquence. En conscience.
Dire « il faut changer la société » ne suffit pas.
Il faut l’acter. Agir.

Ce temps confiné permet un retour à soi.
Le monde respire mieux depuis quelques semaines.
Dans les villes, on entend les oiseaux. Moins de pollution aussi.
Les émotions positives sont plus contagieuses que le virus même.
Nos amis les animaux restent présents à nos côtés.
Votre imaginaire ne vous laisse pas tomber.
La créativité en tous genres permet d’être heureux.

C’est notre printemps à nous, à toutes et tous.
Faisons-en sorte qu’il soit beau.
Confinés ou pas.
Des initiatives inspirantes fleurissent, comme les fleurs dans nos jardins.
Ça met du baume du cœur de le savoir et d’y participer.
Prenez soin de vous. Et des autres.
Gardons le moral !

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre. 
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité. 
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
 Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,
 
LAURENCE SMITSLa Plume de Laurence



Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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