La proposition d’écriture N° 52 vous demandait de voyager dans le temps à l’époque de votre choix, de vivre une expérience spatio-temporelle unique.
Voici un an que je vous propose d’écrire depuis la création de cet exercice d’écriture.
Je remercie du fond du coeur toutes celles et ceux qui ont participé et oeuvré à la réussite de cette partie du blog depuis un an. Vos écrits m’épatent de semaine en semaine. Votre imagination débordante et vive vous fait créer des histoires extraordinaires. 
Merci de nous régaler autant. Vos histoires sont nos gâteaux du weekend à venir.

Voici les textes de cette semaine. Je vous propose en plus deux textes créés pour l’atelier d’artiste de Catherine, une fidèle auteure de ce blog, autour des variations du noir et du blanc. Je vous joins aussi un merveilleux poème de Robert Desnos – le contexte est celui de la Deuxième Guerre mondiale, mais je trouve qu’il s’approprie parfaitement à cette ‘guerre’ qu’est la pandémie que nous vivons actuellement.
Je vous souhaite une belle lecture.

De Lucette de France

Personnage d’une autre époque

Je m’appelle Marie, je suis née en 1750 dans la Touraine. Mon destin est tout tracé par mes parents qui insistent pour me marier à un écrivain de la vieille aristocratie, avec 25 ans de plus que moi, il est laid et infirme. Du matin au soir, je tourne et retourne notre pauvre terre sans rendement, épuisée à vouloir la rendre fertile avec de la poudre de perlimpinpin…Pas le temps de se morfondre, de s’appesantir sur mon sort. Nous sortons d’une épidémie mortelle qui a fait des ravages sur une grande partie de la population. J’ai la « chance » d’être épargnée, alors ma petite voix me dit « relève tes manches, et avance » Je veux bien avancer, mais pour aller où ? Les jours et les semaines passent, toujours aussi tristes…
Un éclair de lucidité me foudroie, après une journée harassante, et je prends la ferme décision d’épouser Monsieur Caron, le poète infirme…
Je fais « fi » de sa laideur, et le mariage a lieu dans la plus stricte intimité, puisque mon cher mari, malgré son titre de noblesse, n’est guère plus argenté que moi. Beaucoup de ses amis écrivains, peintres, enfin tous les esprits libres le côtoient toujours. Du temps où sa vie était florissante, il était généreux avec les plus défavorisés, certains ne l’ont pas oublié, et ce sont eux aujourd’hui qui viennent à lui en le gâtant, lui l’amuseur mondain, le sans-peur satirique face à la royauté…
Ma nuit de noce arrive, je suis terrorisée à l’idée que ses mains noueuses puissent me frôler. Mon devoir de femme, je l’assure du mieux que je peux. J’entretiens sa vieille maison qui ne demande qu’à sourire aux hôtes qui nous rendent visite. Au beau jour, il y a toujours un bouquet de fleurs sauvages dans un vase. L’hiver, la cheminée joue bien son rôle de chaleur humaine, puisque durant la saison sèche, j’accumule du bois sec que je ramène de la forêt voisine. Mon mari dit à qui veut l’entendre que je suis « la bonne fée qui illumine sa vie ».
Au détour d’un gâteau, d’une boisson ou d’une liqueur faite « maison », nos invités se plaisent en notre compagnie, et moi, j’écoute, j’entends, je donne quelquefois mon opinion, j’ai l’air de les intéresser. Au fil du temps, je suis plus qu’une simple servante…
Après 8 ans de mariage, mon mari me laisse seule, avec des dettes. Devenue veuve, je dois trouver une solution digne pour m’en sortir…Dans mes dîners, je me suis faite remarquée par ma discrétion, mon humour, ma spiritualité. Certains illustres personnages se sont réunis pour me sortir de ce guêpier. J’ai à peine 30 ans, et déjà une longue vie derrière moi.
Très tôt un matin, une estafette arrive à brides abattues sur son cheval. Mon Dieu, quelle nouvelle va-t-elle m’annoncer ? J’en tremble à l’avance… Je lis le parchemin qui vient de Madame de Staël qui venait de temps à autre à mon domicile, avec qui j’avais une approche amicale. Elle me demande instamment de venir en urgence dans son hôtel particulier, étant la fille de Necker et la femme de l’ambassadeur de Suède à Paris. Excusez du peu… Je prépare à la va-vite mon maigre balluchon dans une malle « essoufflée », monte dans un fiacre modeste qui m’attend, pour ne pas attirer l’attention. Pour moi, c’est une première. Diriger une brouette ou une charrette à bras, ça je connais, mais un fiacre, je n’en crois pas mes yeux… Cahin-caha, le cocher crie, hurle sur ses chevaux des mots qui me sont incompréhensibles. La route est pénible, pendant des heures à penser que je vais verser dans un fossé, tellement le parcours est accidenté.
Enfin, me voici devant Madame de Staël qui me salue. Je lui trouve la mine défaite, elle n’est plus aussi pimpante qu’avant. Je vais vite savoir ce qui m’attend. Elle vient d’apprendre qu’elle a une grave maladie. Etant mère de 2 enfants de 6 et 10 ans, dont un « bâtard », elle me demande expressément de m’occuper d’eux jusqu’à son rétablissement. Nous serons logés dans une belle maison à la campagne ; elle contribuera et assumera toutes les dépenses inhérentes à notre exil de banlieue. J’acquiesce sans aucune hésitation, et me voilà mère de famille sans avoir rien demandé. Les débuts ne sont pas faciles, nous faisons connaissance tous les trois. Je repère vite les petites manies d’Albertine, et les espiègleries de Gustave. A force de patience et de règles sur lesquelles je ne transige jamais, s’instaure un climat de confiance entre nous. Un grand attachement nous unit, même si je sais qu’un jour ou l’autre, ça va se terminer. En attendant, je leur apporte un amour totalement désintéressé, moi qui n’ai jamais été mère, c’est pour moi une bénédiction que de pouvoir serrer ces enfants-là sur mon cœur. Et adviendra que pourra pour le futur…
L’intendant de Madame de Staël vient régulièrement prendre des nouvelles des enfants, et n’oublie jamais d’apporter des petits présents qui ravissent chacun. Je le trouve très aimable, ses visites se font toujours plus rapprochées et toujours plus longues. Au bout de 3 ans «mes chers enfants » repartent avec leur mère, et moi je n’ai plus qu’à regagner mon logis où j’ai tant de souvenirs plus ou moins heureux. Grâce à cette mission, j’ai amassé un pécule non négligeable, pour m’assurer de mon silence…
L’intendant se propose de m’accompagner. Une fois le dernier paquet déposé chez moi, timidement, il me fait une annonce. « Devant votre beauté, votre jovialité, votre esprit, je me suis surpris à avoir des sentiments pour vous. Mon épouse est décédée, me laissant 3 jeunes enfants en bas-âge. Pensez- vous pouvoir tenir une nouvelle fois ce rôle de « maman» sur une longue durée, car je veux vous épouser, si vous le souhaitez-vous aussi ».
J’avoue que sa classe ne me laisse pas indifférente. Je lui demande un temps de réflexion juste pour reprendre mes esprits. On se donne 2 mois, on se revoit comme convenu, mon impatience est à son comble, car mon cœur n’est pas insensible à sa délicatesse.
Il pose pied à terre, et aussitôt s’empresse, venant vers moi en m’enlaçant. Je n’ai pas besoin de lui donner ma réponse, il la lit à travers mon sourire et mes yeux embués…
Moi, la gueuse, me voilà au rang de « femme en vue et respectée » par cette société qui ne juge que par le faste, les bijoux et le paraître.

De Catherine de France

A l’Auberge du Cheval Blanc

Gervaise somnole auprès de l’âtre, tout en donnant le sein à Fantine, sa petite dernière. C’est son moment de paix, après avoir besogné sans relâche depuis potron-minet, pour que l’auberge puisse accueillir les clients dans de bonnes conditions. Elle n’avait pas choisi cette vie. Ce sont les lois familiales qui avaient statué pour elle : sa sœur aînée, mariée à Louis Cadet, l’aubergiste du Cheval Blanc, était passée de vie à trépas à cause d’un vilain coup de froid lors de l’hiver 1678, laissant trois enfants à son époux. La tradition voulut que Gervaise se marie avec son beau-frère, à qui elle a donné à son tour deux enfants : sa petite Fantine , et Léon, qui va maintenant sur ses quatre ans. Cinq enfants et une auberge à faire tourner, cela faisait une lourde charge sur ses jeunes épaules. Louis Cadet n’était pas un méchant homme, mais elle était plus jeune que lui de quinze années, et avait rêvé d’une autre vie. Pour l’heure, elle savoure cette trêve, entre dîner et souper. Dès la tétée finie, il lui faudrait se remettre au travail, pour préparer le repas du soir.
A cette heure, l’auberge est calme. Gervaise entend Louis balayer le sol de la grande salle avec Louison qui, du haut de ses douze ans, assume déjà sa part de labeur en aidant sa belle-mère au ménage et à la cuisine. Martin et Jean , dix ans et 8 ans, sont aussi à la tâche, l’un à l’écurie avec le palefrenier, l’autre aux corvées de bois et d’eau, à aller chercher au puits.
A part les bruits du balai de genêts, Gervaise entend de temps en temps les exclamations d’un groupe de joueurs de carte, dont les protagonistes ne sont pas toujours d’accord. Les pichets de vin devaient se succéder à leur table, à moins qu’ils n’aient préféré des pintes de bière. Peut-être aussi qu’un colporteur est arrivé de Limoges, la grande ville située à cinq lieues de là, avant de repartir vers Uzerche ou ailleurs. Gervaise aime bien les colporteurs : ils ramènent des nouvelles du Royaume, et surtout, font rêver avec leurs belles marchandises. Parfois, ses yeux brillent tellement devant un ruban, que Louis se fend de quelques sous pour le lui offrir, parce que lui l’aime bien, sa Gervaise. Il sait bien qu’elle ne partage pas ses sentiments, mais il sait aussi combien elle est courageuse et bonne fille : il n’avait pas perdu au change après la mort de sa première épouse.
A moitié assoupie, Gervaise sursaute en entendant le galop d’un cheval qui pénètre dans la cour. Elle connaît la suite : Martin ou le palefrenier vont se précipiter pour saisir le cheval par la bride, pendant que le cavalier descendra de sa monture pour aller se désaltérer à l’auberge, puis ils emmèneront l’animal boire, manger et se reposer dans les écuries, à côté du cheval qui doit relayer celui de la malle-poste.
Mais il lui semble qu’une effervescence inhabituelle s’est emparée de la maisonnée. Elle dresse l’oreille, la petite Fantine, pas encore repue, toujours accrochée à son sein. Elle entend le cavalier parler fort, donner des ordres, puis son époux s’affairer du côté des tonneaux, sans doute pour servir le nouvel arrivant. Louis ouvre soudain la porte des cuisines, affolé, et lui dit : « Gervaise, nous avons une hôte de marque qui sera là dans deux heures ! C’est une jeune baronne, la baronne de Villequiers. Elle va souper et dormir ici. Il faut que tu fasses un bon repas, et aussi que tu prépares la chambre bleue. Allez ! Mets la petite dans son berceau, Léon va la surveiller. Vite, Gervaise, il n’y a pas une minute à perdre! »
Gervaise s’exécute, saisie subitement de la même effervescence qu’elle avait perçue tantôt dans la grande salle. C’est que ce n’était pas tous les jours qu’on recevait une grande dame ! Ici, passaient surtout des hommes, des colporteurs, des compagnons du Tour de France, des hommes d’affaires, des marchands, mais des femmes, même de petite noblesse, c’était plutôt rare. Alors, il fallait être à la hauteur pour recevoir cette dame. Elle envoie Louison nettoyer la chambre bleue à l’étage : secouer les draps de chanvre et les courtines, chasser les puces et les punaises, et approvisionner en eau le seau pour la petite toilette de cette hôte de qualité. Cette chambre était peu utilisée, car elle coûtait vingt-cinq sous la nuit, ce qui faisait qu’elle ne servait que pour les grandes occasions. Les autres voyageurs, eux, dormaient dans les petites chambres à cinq sous, en bas, simples réduits dotés d’une large paillasse où ils pouvaient dormir à deux, fussent-ils de connaissance ou étrangers l’un à l’autre.
Une fois ses directives données, Gervaise file au poulailler pour attraper une bonne grosse poule, qu’elle fait passer de vie à trépas avec un habile savoir-faire, avant de la plumer prestement. Il faudra du temps pour qu’elle mijote suffisamment dans la marmite, avec des haricots, des fèves, des oignons et un gros navet, qu’elle a rapportés de la remise. Avec une bonne tranche de pain frottée à l’ail et un morceau de lard bouilli, la gente dame sera contente.
Chacun à sa tâche, tout se déroule comme un ballet bien réglé. Le coche tant attendu arrive enfin, les roues de bois et les chevaux bien crottés de boue. C’est qu’en ce début de printemps, les chemins sont très boueux et défoncés, à cause du gel et du dégel. Les voitures mettent beaucoup plus de temps pour voyager, et c’est sans doute ce qui amène ce convoi à s’arrêter ici pour la nuit.
Par la fenêtre, Gervaise voit son époux s’approcher servilement de l’équipage, attendant qu’on fasse descendre la dite baronne. Celle-ci descend avec la prestance due à son rang, et déploie autour d’elle une belle robe de velours rouge, qui fait l’admiration de Gervaise, bouche bée, le nez collé à la vitre. Elle admire les rubans qui tiennent les manches et le col de la robe. Elle se dit que c’était ça, la vie dont elle rêvait : une vie de baronne, avec des serviteurs, au lieu de sa vie besogneuse. La baronne se déplace avec légèreté : elle est jeune et souriante, quoique son visage trahisse la fatigue du voyage. Avant de monter dans la chambre bleue, elle demande qu’on lui fasse un chocolat ! Mais ici, on n’en a point ! Alors Gervaise, qui a toujours de l’eau qui chauffe dans la cheminée, s’affaire pour préparer la meilleure tisane qui soit.
D’habitude, elle ne va jamais servir dans la grande salle, craignant toujours d’être à la merci des pattes des buveurs éméchés qui s’attarderaient sur son séant. Mais ce soir, elle fera exception, pour servir la dame et frôler autant qu’elle pourra ce beau tissu à l’apparence si douce, qui habillera pour longtemps ses rêves, de douceurs de velours et de rubans soyeux, à mille lieues des vieilles nippes raccommodées dont elle est attifée. Ainsi, dans ses songes, un baron de passage ne manquera pas de la remarquer et de s’en amouracher, pour l’emporter ensuite sur son grand cheval blanc, loin de son quotidien sordide de femme d’aubergiste.

De Nicole de Belgique

Sa cabine spatiale/inspirée par « paroles d’Etoiles »

Depuis toute petite déjà Norah l’appelle “sa cabine spatiale”.
Enfant, elle y jouait avec ses poupées, inventait des histoires rocambolesques.
Adolescente, elle dévorait des magazines de mode, testait des maquillages extravagants.
Maintenant, elle s’y installe, lit, part en rêveries, évoque les vies romanesques qu’elle pourrait habiter.
En cette période d’isolement, l’évasion semble plus difficile.
Ce matin-là, fatiguée d’une mauvaise nuit, d’humeur sombre, elle relit “Inconnu à cette adresse”, la correspondance entre un marchand d’art juif vivant à San Francisco et son ami allemand qui adhère progressivement au nazisme.
Née après la guerre cette période: la montée d’Hitler au pouvoir, l’antisémitisme, les mesures, les spoliations contre les juifs l’a toujours intéressée.
Le lâche silence, l’attentisme des nations européennes.
Le déclenchement du conflit. Ses ancêtres déportés, assassinés.
Un engourdissement l’envahit suivi d’un glissement temporel.
Je suis Dora, 12 ans, j’habite une impasse de la rue Hocheporte sur les hauteurs de Liège.
Mon papa, Joseph est électricien à l’usine Cockerill, maman, Chaje, est couturière à la maison,
Mon frère Eugène,15 ans, étudie à l’Athénée Saucy.
Dans ma vie,
il y avait, mon père, ma mère, mon frère
il y avait les rires,
il y avait l’absence de peurs,
il y avait les heures d’harmonie,
il y avait la radio, la danse.
Puis les bruits de bottes martelèrent les pavés.
Les Allemands défilèrent, martiaux dans leurs uniformes, pas de l’oie sur musiques militaires.
Puis certains ont prêté allégeance, des bruits de pantoufles.
Puis l’administration nous intima l’ordre de porter une étoile jaune sur notre paletot.
Et papa et maman obéirent.
Nous devions rester à la maison, réviser nos cours et nos leçons pour de futurs examens hypothétiques.
Puis mes parents ont pris la décision de nous cacher Eugène et moi.
Sur le quai de gare, un train sortit d’une vapeur noirâtre.
Madame Solange, une voisine, tira mon bras, le regard éperdu, noyé de larmes, je fixai ma mère, son sourire pâle, ses mots encourageants “tu seras bien à la ferme, tu mangeras à ta faim, nous nous reverrons bien vite.”
Après un voyage d’une heure, la gare de Herve. Une carriole tirée par un cheval de trait nous emmena à Blegny, dans une grande ferme parmi des vergers de pommes et de poires.
Monsieur et Madame Lambert nous accueillirent chaleureusement et avec de bonnes tartines au sirop de Liège, la spécialité de la région et de leur entreprise.
Une nouvelle vie commença.
Le matin était dédié à l’étude, Marie Lambert était enseignante dans un pensionnat du coin.
L’après-midi, nous aidions Charles Lambert dans ses vergers et à la traite des vaches, lait destiné à la fabrication du fromage de Herve (un genre de Munster).
Nous avons été aimés. Les soirées étaient émaillées d’histoires, des contes et légendes de la région.
Nous écoutions Radio-Londres. Nous sortions peu dans le village, par prudence.
La région de Liège fut un refuge pour beaucoup d’enfants, on a parlé d’un front du refus aux exactions allemandes et collaborationnistes.
1944, septembre, la délivrance de Liège et des campagnes. Les Américains, si beaux sur leurs chars, tout sourire, le chocolat, les chewing-gum, c’était Byzance.
Ma tante Sarah vint nous chercher et nous vécûmes dans l’attente.
Je n’ai jamais revu ni papa, ni maman.
Mes contacts avec Charles et Marie n’ont jamais cessé, je leur dois la vie.
Je vis en Israël, je suis pédiatre, mère et grand-mère, Eugène est mathématicien.
Mes parents de guerre sont inscrits au Mémorial Yad Vashem…
Norah revient de sa parenthèse temporelle.
Demain, je lis “belle d’amour” de FO Giesbert, le parcours de Tiphanie Marvejols, pâtissière et herboriste de Saint-Louis et les croisades.
Je repartirai vers de nouvelles aventures…


De Françoise V de France

Paris, début du 19e siècle

Je suis la criarde, je suis la gueularde
et je vous réveille.
« Braves gens qui dormez, il est temps de vous lever.
La tâche n’attend pas – debout !
Nul discours, nul débat,
debout ! » vous dis-je.
Vous mettre au pas, c’est mon métier.
Dès potron-minet, je suis l’horloge qui vous sonne ;
je suis la raison saine qui vous somme : Allez, debout !
― car Réveilleuse, je suis.
Quand c’est l’heure, c’est l’heure.
Et même plus tôt pour qui doit s’y mettre.
Fidèle, j’arrive et vous appelle.
À votre porte, sous votre fenêtre, je braille :
« Debout ! »
Dans ces minutes-là de votre béatitude endormie,
vous me détestez ― c’est humain ― alors que je vous sauve !
Allez, debout !
Le pain ne doit-il pas être cuit, et les marchandises portées ?
À chacun sa part, vous trimez, moi, je vous réveille à temps.
Vous gagnez bien, moi si peu.
Ma vie n’est que misère,
mes pauvres habits suffisent à peine à m’abriter du vent.
Toi le boulanger, toi le porteur, allez : debout !
Souvenez-vous : vos rendez-vous sont d’abord les miens.
Il me faut vous précéder, sans quoi vous resteriez à dormir.
Dès lors, jour après jour, qu’il gèle, qu’il pleuve,
de ma cahute grelottante je sors,
Sitôt dehors, je chemine par les venelles nourries d’ombres glaçantes,
stoppe à une adresse, puis à une autre.
grimpe un étage, redescend, grimpe ailleurs.
À chaque arrêt, j’abreuve de mes appels l’hôte des lieux.
Ma voix puissante dépasse les sonnailles matinales.
Elle a du coffre, elle tient en longueur.
Ohé ! Ohé ! Marchand !
Voilà trois fois que je passe, et tu renâcles encore ?
Allons, point de discutailles.
C’est l’heure des braves – debout !
Pensez-moi comme votre mère,
une mère qui vient lever ses enfants
et les veut obéissants.
Plus tard, je m’en irai dormir.
Vos bruitages me berceront.
Je me dirai : tous se sont levés,
tous sont à leur tâche.
Le monde va à son pas,
tout ira bien,
… jusqu’à demain.

De Laurence de France

Je m’appelle Marie-Angélique et je suis demoiselle d’honneur de la maîtresse en titre du roi, la grande Madame de Montespan en personne. Je suis présente dans son entourage pour la distraire, lui apporter ma fraîcheur, mon jeune âge. Je suis une distraction au même titre que ses singes ou perroquets, mais cela ne me dérange pas et surtout, je n’ai pas le choix. Je ne peux refuser ce rôle au risque de déplaire à la marquise, et par effet de ricochet, au roi.
Le roi de tous les Français, c’est Louis XIV, le grand Roi Soleil, paré de sa magnificence, de son pouvoir, de sa grandeur royale. Il décide de tout et contrôle tout. Il est imposant et fait peur à mes yeux effarouchés qui n’osent jamais le regarder en face.
Nous vivons tous confinés au château de Versailles où nous devons suivre une étiquette très stricte, aux horaires imposés par le roi en personne, du lever au coucher du soleil. Tout est minuté, tout n’est qu’une question de minauderies infinies, d’hypocrisies et de faux-semblants de toutes sortes. Le but des uns et des autres est de ne pas déplaire au roi, qui peut faire ou défaire une réputation en quelques secondes, selon son bon plaisir ou son humeur du jour.
La vie à la Cour est réglée comme une horloge, de précision suisse, cela va sans dire ! Je suis obligée d’aider la marquise à se vêtir, à se parer, pour qu’elle soit la plus belle dans la Galerie des Glaces à dix heures, quand le roi sort de ses appartements.
Tout le monde est alors massé sur le passage du cortège royal pour tenter d’apercevoir le monarque en ses œuvres. Puis, de gré ou de force, j’assiste à la messe quotidienne pendant trente minutes.
A onze heures, le roi se retire pour gérer les affaires de son Etat, et moi, je dois suivre Madame comme un petit chien. On déambule, on cause, elle cause surtout, moi, j’approuve, même si je ne comprends pas tout ce qui se passe avec tous ces courtisans, dont l’activité principale est de faire des courbettes…jusqu’au jour ils seront coincés !
Ils ou elles sont poudrés à outrance, mais, Mon Dieu, s’ils savaient comment ils sont affreux à voir, en plus de leurs perruques farinées ! On dirait des vieilles bigotes, au service d’un dieu qui les soumet sans réfléchir. Madame de Montespan est de loin la plus belle, la plus gracieuse, celle qui a le plus de conversation et la plus drôle parmi toutes ces dames de la cour.
Le château de Versailles est magnifique vu du dehors, avec ses dorures et ses statues qui embellissent les façades. Ça, c’est la façade précisément. A l’intérieur, c’est un tout autre monde. Ça pue ! On est obligés de s’asperger de parfum à longueur de journée pour ne pas respirer cet air vicié et ces odeurs nauséabondes et infectes qui envahissent le palais. Entre les odeurs trop fortes des parfums des uns et des autres, les hommes qui se soulagent dans les recoins, les restes des repas ou des collations qui traînent par terre, l’air vicié, les odeurs de transpiration malsaines, rester à Versailles tient de l’exploit, assurément ! Aucune hygiène, un vrai cloaque ; personne ne se lave, cela est préconisé par les médecins. Dans les jardins, les odeurs musquées sont masquées par des fleurs aux senteurs puissantes, comme les jacinthes, les narcisses ou le jasmin. Mais, dans les pièces intérieures, ça ne sent pas la rose !
Sans parler du bruit omniprésent du matin au soir, des conversations sans fin, des rires monstrueux, des joueurs qui s’invectivent pendant des heures. Le calme est une notion inexistante en ce lieu avec au moins quatre mille personnes résidant en ce palais aux frais de la Couronne, à moins de se cacher au fond d’une grotte conçue par Monsieur le Nôtre.  C’est comme vivre dans une ville animée, jamais de repos, jamais de répit, jamais de trêve.
De plus, on ne peut jamais se reposer à Versailles : les activités sont tellement nombreuses que les courtisans et courtisanes ne savent plus où donner de la tête. Et ça dure jusqu’au bout de la nuit. Tout est fait pour que les courtisans pensent à s’amuser pour ne penser à rien d’autre, surtout pas à la politique. Se divertir, s’amuser sont les principales occupations de toutes et tous dans ce château, comme si la vie des uns et des autres en dépendait.

La table est royale, je mande divinement bien et à satiété plus que de raison, mes robes sont des plus délicieuses et toujours à la mode, mais que ma campagne bourguignonne me manque. Je donnerai cher pour retourner vivre là-bas une vie simple et à ma guise, sans paraître, sans chichi, sans tralala.


Des variations en noir et blanc proposées par Catherine

En noir et blanc – reprise de la chanson de Jeanne Mas « En rouge et noir » par Laurence


Si on les avait écoutés
On aurait commis moins d’erreurs
Avant on aurait pu se confiner
En ayant moins peur
On se serait blottis chez nous
À la fin de l’hiver
Et on aurait soigné nos maux pas si doux
Sans être si amers
On aurait mis de la couleur dans nos têtes
Confinés on aurait fait la fête.

On a trop esquivé les consignes
Alors que c’était un signe
On ne s’est pas résolus, trop entêtés
A rester au calme chacun chez soi
Alors que les soignants nous aboient
De rester chez nous confinés.

En noir et blanc, on exilera nos peurs
On ira plus haut que ces montagnes de douleur
En noir et blanc, on affichera nos cœurs ;
En échange d’une trêve de douceur,
En noir et blanc, nos luttes nos faiblesses
On les connaît, on voudrait tellement qu’elles s’arrêtent
En noir et blanc, drapeau de notre colère
On réclame un peu de tendresse.


Si l’on avait écouté
Tout serait différent
On aurait été moins confinés
On serait moins seuls à présent.
Sourds, on n’a pas entendu
Dans le noir de nos vies intrépides
Soudainement on s’est perdus
Et tout à coup c’est le vide
On a raté la première marche
On jouera mieux la deuxième
On veut que le confinement s’achève…

En noir et blanc, on exilera nos peurs
On ira plus haut que ces montagnes de douleur
En noir et blanc, on affichera nos cœurs ;
En échange d’une trêve de douceur,
En noir et blanc, nos luttes nos faiblesses
On les connaît, on voudrait tellement qu’elles s’arrêtent
En noir et blanc, drapeau de notre colère
On réclame un peu de tendresse.




Noir et blanc


Noir et blanc, ce ne sont pas des couleurs de l’arc en ciel. Ce ne sont pas des couleurs tout court. En tant que tels, le noir et le blanc n’existent pas.
Tout un chacun pense que tout est noir ou blanc. Que tout est bien ou mal. Que tout est yin ou yang. Noir et blanc comme une dualité néfaste et mortelle.
Le noir et le blanc comme deux couleurs opposées que l’on contraste entre elles, comme une autre dualité.
Selon les pays, le seuil se revêt de noir…ou de blanc.
Selon les pays, la mariée se voile de blanc … ou pas.
Le noir comme la couleur de la douleur de la mort annoncée par un deuil.
Le blanc comme symbole de pureté et de virginité, surtout pour les jeunes filles vierges dans des temps anciens.
Le noir comme la couleur de la tristesse, du mal-être, une non couleur pour passer inaperçu.
Le blanc comme symbole de la propreté et du bien-être, couleur des hôpitaux.
Le noir comme couleur du mal, à l’image de Dracula, de Satan et du diable.
Le blanc comme symbole de l’innocence, couleur du baptême aussi.
Le noir comme symbole des prêtres et des religieux, en retrait de la société.
Le blanc pour être bien vu de tous, comme les tenues de scène de Joe Dassin.
Le noir comme symbole de la peur, comme avec le Covid-19.
Le blanc comme symbole de la perfection, si jamais elle peut être atteinte.
Le noir comme symbole d’autorité et de pouvoir, comme les costumes des politiciens.
Le blanc comme naufrage de notre planète, avec l’ours polaire luttant sur ses glaces fondantes.
Le noir comme symbole de l’élégance vestimentaire, comme savait si bien le porter Barbara.
Le blanc comme symbole de la paix, cette colombe dessinée par Pablo Picasso.
Le noir comme le côté obscur se cachant dans chacun d’entre nous.
Le blanc comme symbole de la connaissance.
Le noir comme symbole de la mode et du luxe, couleur passe-partout sophistiquée.
Le blanc comme symbole de fidélité, mais aussi couleur du deuil en Inde et dans de nombreux pays d’Asie.
Le noir comme une teinte simple absorbant toutes les autres, à la mode dans nos intérieurs et dans nos cuisines.
Le blanc comme symbole de la page blanche de l’écrivain, en panne d’idées.
Le noir comme couleur de contraste, s’accordant merveilleusement avec toutes les autres.
Le blanc comme couleur éblouissante et fade utilisée partout.
Le noir comme symbole de l’ambition tenace, n’acceptant aucune erreur.
Le blanc comme couleur des rêveurs, des songes.
Le noir comme symbole des pirates, des anarchistes, des rockeurs ou des sorcières.
Le blanc comme symbole de compassion et de l’ouverture aux autres.
Le noir comme symbole de rigueur et d’austérité exclut l’illusion.
Le blanc comme symbole pour celles et ceux qui planent au-dessus de tout.
Le noir, couleur du vide et du néant, entre le tout et le rien.
Le blanc comme couleur de l’énergie, sages hindous dans leurs ashrams.
Le noir comme symbole de régénération du monde, ventre de la terre.
Le blanc comme symbole de la perfection spirituelle, aide à la purification et à la méditation.
Le noir comme capacité à se recentrer sur soi et à se maîtriser.
Le blanc pour développer son imagination et sa créativité.
Le noir comme couleur de la malchance, en Thaïlande.
Le blanc comme couleur du 7e chakra, Sahasrara, chakra de la couronne.
Le noir comme les chats noirs apportant du malheur.
Le blanc comme une couleur froide mais qui agrandit l’espace.
Le noir comme symbole de la nudité rituelle pour les chamans.
Le blanc comme la couleur de l’hiver, ou de la neige en montagne.
Le noir comme couleur des rites initiatiques ancestraux.
Le blanc comme couleur ni relaxante ni dynamisante.
Le noir qui sublime nos intérieurs.
Le blanc qui reflète la lumière dans nos intérieurs.
Le noir tant admiré par Pierre Soulages.
Le blanc se marie à toutes les autres couleurs sans difficulté.
Le noir comme couleur du respect en Feng Shui, tel l’appartement de Serge Gainsbourg à Paris.
Le blanc comme ambiance zen dans une pièce.
Le noir comme symbole de l’argent.
Le blanc comme une couleur nue, sans appétit.
Le noir comme la reine des couleurs, selon Auguste Renoir.
Le blanc comme lié à l’arc-en-ciel, mais pas une couleur solaire.
Le noir comme la Vénus à Rocamadour.
Le blanc comme la Vierge des Chrétiens.
Le noir comme la couleur du temps et du dieu Chronos.
Le blanc comme couleur transparente incolore.
Le noir comme couleur de la fête chez les Aborigènes d’Australie.
Le blanc comme la peau claire des Occidentaux.
Le noir comme couleur de protection, telle la Kaaba de La Mecque.
Le blanc comme couleur passive, sans reflet, neutre.
Le noir comme la couleur des météorites tombant du ciel.
Le blanc comme les draps de nos grands-mères.
Le noir comme couleur de la fertilité sous l’Egypte ancienne.
Le blanc comme couleur yang, relié au soleil.
Le noir comme couleur yin, relié au monde de la nuit et de la lune.
Le blanc comme le lait nourricier.
Le blanc comme couleur qui porte bonheur, quand on casse du verre blanc.


Le noir et le blanc forment un duo parfait et complémentaire.
Deux couleurs de contrastes.
Deux couleurs complexes.
Deux couleurs paradoxales.
Deux couleurs dualistes.
Le noir et le blanc, comme l’ombre et la lumière.
Le noir et le blanc, comme la création et la destruction.
Deux couleurs intrinsèques à la Nature.
Deux couleurs plurielles.
Deux couleurs étranges.
Deux couleurs qui soulignent les autres.
Deux couleurs belles.
Deux couleurs de relief.


 CE COEUR QUI HAÏSSAIT LA GUERRE…


Ce coeur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des
heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et
 de haine
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne.
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres coeurs, de millions d’autres coeurs battant comme le
mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne2 tous ces coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube
proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même
des saisons et des marées, du jour et de la nuit.


Robert Desnos, L’Honneur des Poètes, 1943
repris dans Destinée arbitraire.

Je tiens à rendre aussi cette rubrique participative: si vous avez des idées de propositions d’écriture, pensez à me les envoyer via le blog et je les proposerai de temps à autre. 
Chaque semaine, vous recevrez une proposition d’écriture, pourquoi ne pas vous lancer? Il n’y a que le premier pas qui coûte…
Chaque proposition est un jeu de créativité. 
Laissez-vous guider par votre intuition, votre imagination, votre envie d’écrire!
C’est un jeu de créativité.
 Laissez filer vos idées, laissez les mots sortir tels qu’ils sont tout simplement ; c’est tellement mieux et spontané !
Ecrire, c’est se sentir libre.
Ecrire, c’est la liberté d’imaginer.
Créer demande du courage !

J’ai hâte de lire vos créations!

Pensez à m’envoyer vos créations dans la rubrique me contacter” de mon blog, La Plume de Laurence.

Créativement vôtre,
 
LAURENCE SMITS, 
La Plume de Laurence



Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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