Pour cette proposition d’écriture N° 56, il vous fallait replacer dans votre texte des mots dont on nous rabat sans cesse mes oreilles en ce moment: “maladie-male, virus, fièvre, confine-confinement, épidémie” et les replacer dans un autre contexte que celui de l’épidémie. Entre création de poèmes, une prise de conscience d’une certaine liberté, un dialogue trucculent, la désolatio face à un match de foot, un petit coin de nostalgie, d’une auberge de jeunesse à la Cédric Klapisch, d’un défi à relever, d’un poète impertinent du XXe siècle et d’un lipogramme pour finir: vou avez un choix délicieux pour ce weekend, chères lectrices et chers lecteurs! Je suis aussi heureuse d’accueillir de nouveaux auteurs sur ce blog: belle plume à eux et au plaisir de lire régulièrement! Voici vos textes: Je vous souhaite un belle lecture.   


De Françoise T de France

Délicieux virus

Cet été-là, habitée par une étrange fièvre verbale, je me mis à écrire sans fin.

Je composais d’abord quelques haïkus maladroits, de-ci, de-là, inspirée par les éclats de nature aux alentours de la maison.
Puis, j’osais m’aventurer vers les fonds plus secrets du jardin.
La fièvre empirait et j’emportais alors partout, comme seul remède, mon bloc et mon crayon et composais des vers. Épars tout d’abord, plus construits à mesure que mes pas calmaient leur fièvre.
Mais je ne me confinais pas dans les différentes formes de poésie, progressivement j’osais laisser filer ma plume là où elle le voulait, sans plus de contrainte.
Les rêveries vers lesquelles m’emportaient le regard au-delà de l’orée du jardin et les audaces de ma plume se transformèrent peu à peu en récits de fiction, nourris des douces réminiscences d’explorations enfantines, ou bien de voyages antérieurs ou imaginaires.
Quelle belle maladie de plume me fut cette saison-là !
Je connus quelques splendides rechutes, des accès de fièvre aux confins de délires d’écritures.
D’autres périodes furent plus apaisées, mais aussi fertiles en émotions et épistolarités avec des amies qui se trouvèrent elles aussi rapidement contaminées par cette épidémie scripturale.
Elles m’avouèrent qu’elles en eurent tous les symptômes et furent tout aussi stimulées par cette heureuse affection.
Mais cette épidémie de correspondances ne tourna pas tout de même au harcèlement textuel. Juste en un fécond retour en épistolarité créative.
Je puis vous assurer que je ne suis pas prête d’en être guérie.
Pas question non plus de me vacciner.
Je préfère gratter longtemps les croûtes sous lesquelles se cachent les mots, les idées et leurs belles surprises.
Je souhaite de tour cœur d’y succomber vous aussi.

De Lucette de France

Fièvre, virus, épidémie etc…

Je suis une grande malade, j’ai la fièvre qui monte, je sème l’épidémie autour de moi, tous mes amis ont le virus, attrapé pendant le confinement…
Alors que faire avec ces mots-là, qui à priori n’inspirent pas la gaieté…
Bon, l’idée me vient, je vais faire un texte décalé, pour ne pas une fois de plus s’embourber dans le mélo. Deux mois à guetter la moindre information positive, c’est usant…
Alors, j’ai décidé de me mettre en avant en entraînant tous mes amis (es) dans la « fièvre » du samedi soir. Je me maquille, je choisis ma toilette, « robe ou pantalon ? », chignon ou cheveux bouclés ? Pantalon serré clair ou pantalon noir souple ? Quel dilemme quand on a un dressing qui regorge de fringues et de chaussures entassées les unes sur les autres, ce n’est pas facile d’en avoir une cinquantaine de paires… Je ne n’arrive pas à me décider. Allez, j’appelle ma sœur étudiante en master de droit qui va me conseiller. Je lui explique mon «virus » d’achat compulsif, et ne pas pouvoir choisir ma tenue. Elle se moque de moi me disant que je lui fais pitié, elle me passe ma mère. Pas beaucoup plus de compréhension de son côté.
J’ai quitté le giron maternel il y a à peine 6 mois, il était temps, la trentaine approche à grands pas. J’ai toujours travaillé mais je suis une « malade » des boutiques de mode. C’est leur faute, pourquoi il y en a autant, c’est bien pour m’aguicher. C’est aussi la faute de ma mère qui a toujours été prévoyante, je ne voulais surtout pas lui ressembler, et pourtant si je continue à faire la cigale, je vais bientôt lui redemander asile…
Oh ! et puis zut… En un quart d’heure j’ai téléphoné à de vrais amis (es) qui aiment faire la fête. Eux savent profiter de la vie, sans toujours faire les comptes à la fin du mois. Le banquier connaît mon numéro de téléphone. Quand je serai dans le rouge, il m’appellera, je « taperai » comme d’habitude un vrai pote. Mais au fil des mois, les vrais potes ne sont plus aussi potes, car ils refusent de m’aider. Je ne comprends pas, pourtant je fais des efforts pour les rembourser comme je peux…Mais sans doute pas à leur convenance puisque je ne tiens pas mes promesses. C’est la faute à.… ??? A moi bien sûr, je nie l’évidence, ça saute aux yeux, je suis la seule responsable de mes actes.
Au diable l’avarice, ce soir on va tous « guincher », boire, et fumer à l’occasion un petit joint, ça ne fait pas de mal à personne. Avec ma bande, on s’éclate dans notre « boîte à tout oublier ». Là au moins, il y a de l’ambiance, ça hurle, ça bouge, ça rigole. Nous sommes tous « confinés » dans un espace assez grand, mais vu le nombre de jeunes qui se trémoussent, on se sent à l’étroit…Déjà 3 heures du matin, je n’ai pas vu passer l’heure, je me suis bien amusée. J’ai rencontré un beau brun aux yeux de velours. Il m’a soudoyée mon numéro de portable, j’ai fait semblant de résister, au fond de moi j’espère qu’il va me rappeler…
Voilà, « l’épidémie » de la nouba est contagieuse entre amis, mais l’envie de profiter de tout, tout de suite est la plus forte.
J’ai trente ans et alors, dans 10 ans j’en aurai quarante, j’ai le temps de voir venir, c’est encore loin…

De Françoise V de France

Sur la sombre ardoise ébréchée, se lit le menu du jour tracé à la craie.
Salade (variétés de saison) | Confiné de lièvre | Épis de mie
¼ de Château Vitrus
Marcel s’étonne. « Petrus », il connaît. « Vitrus, connais pas ! »
Son copain routier, qui se nomme Léonard, lui dit que c’est brésilien.
– Y a pas de châteaux au Brésil, rétorque Marcel. Là-bas, c’est rien que des châteaux de sable. Je le sais, mon beau-frère en revient.
– Bah, on dit bien des châteaux en Espagne.
– C’est pas pareil ! Y a vraiment des châteaux en Espagne. Au Brésil, non.
– Y a qu’à le goûter, on s’en fout d’où qu’il vient.
– Pas moi, c’est peut-être de la contre-façon. Regarde derrière toi, la robe de cette vinasse est vitreuse.
– Du moment que ça désaltère, moi, ça me va.
Le petit restaurant vient de rouvrir après une longue fermeture liée à un débordement de rivière qui a tout envahi en une nuit. Une vague odeur de moisi persiste. Mais c’est sur leur route, à ces deux-là. Un relais fermé, ça veut dire : va te faire cuire un œuf ailleurs ! Donc, faut tirer le camion plus loin alors que la fatigue t’aveugle. De plus, détail non négligeable, celui-ci a le mérite d’être à portée de leur budget.

– Épis de mie, je me demande à quoi ça ressemble, marmonne Marcel.
– Ben, mie de pain-épis de blé, que veux-tu que ça soit ?
– Ouais, sûrement. Pour éponger dans l’assiette le jus de lièvre, se rassure Marcel.
Léonard le regarde en biais :
– Tu vas peut-être me demander ce que peut vouloir dire « confiné de lièvre » ?
Marcel réfléchit :
– Bof, du lapin en boîte. Je m’attends pas à des brochettes rôties.
– Possible, admet Léonard. Mais y a la salade… Salades de saison qui plus est ! Vu l’état de sécheresse des sols partout, à part du foin, j’vois pas ce qu’ils peuvent servir. Mais attention ! avec une méga dose de vinaigrette poivrée.
– Autant aller chez MacDo, non ?
– On se rattrapera sur le dessert, en salive d’avance Léonard.
– Y a rien de marqué, t’as vu ?
– Hé, surprise ! Sois pas si défaitiste, Marcel.
Quand le serveur arrive, Marcel veut être renseigné de suite sur le dessert. Pour être sûr de sa décision. Rester ou pas.
« Notre pâtissier est malade aujourd’hui. N’a rien pu préparer.
– Ah bon, c’est la fièvre du samedi soir qui l’a lessivé !
– Euh non-non, je… Si vous voulez, on peut vous proposer des mirabelles. En boîte. Ou des fraises. En boîte.
– Comme le lièvre, quoi.
– Ah non, le lièvre, c’est du frais, du sauvage, du cuisiné. Sauf que le chasseur qui nous fournit est revenu bredouille, hier. Pas de bol. Du poisson, ça vous dirait ?
– Le pêcheur a pris quelque chose par ici ? Je suis curieux de voir ça, ricane Léonard.
– Du genre qui s’achète en boîte, on a. Ici, on est bien trop loin de la mer.
– Et des cuisses de grenouille, vous auriez ? tente Marcel.
– On est trop loin des mares.
– Et la salade, elle ressemble à quoi ?
– Fraîche : pissenlit et plantain, cueillis à la main par la patronne au moment de son footing matinal.
– Z’êtes sûr qu’elle s’y connaît ?… c’est pas trop la saison !
– Ben c’est pas la saison non plus de rester fermé toute l’année, pour un restaurant ! »
Comme deux clients cravatés viennent d’entrer, le serveur dit aux routiers :
« Je reviens, prenez votre temps. »
Marcel fait les gros yeux et se trémousse sur sa chaise. C’est un signal.
« OK, fait Léonard, il nous raconte des salades, ce garçon. »
Sur ce, il sort de sa poche une cigarette électronique.
« Ah ben tiens, t’as chopé le virus de cette merde ?
Pour toute réponse, Léonard émet une sorte de gargouillis explicite.
Sans autres formalités, tous deux se lèvent de leur siège. Huit pattes métalliques repoussées ensemble sur le carrelage transmettent au patron resté à distance des hurlements réprobatifs qui le mettent au parfum.
« Sacré bon sang, aucune politesse ; décidément, les gens d’aujourd’hui sont tragiques ! », se défend-il.

De Catherine de France


Seule contre tous, Nora avait toujours trouvé le moyen d’échapper à ces sempiternelles soirées délirantes, le derrière vissé sur le canapé, et les yeux rivés sur un écran où s’agitent, autour d’un ballon, des milliardaires en short de couleur. Pour son plus grand bonheur, elle avait eu deux garçons de son mariage avec Fred, mais pour son malheur, ils avaient tous les deux contracté le même virus que leur père pour le ballon rond. Les jours de match, elle s’échappait sans état d’âme au cinéma avec Sonia, son amie de toujours.

Mais, ce jour-là, Sonia était malade, et Nora n’avait pas eu envie de sortir seule. Alors, devant l’air à la fois excité et hébété des trois hommes de la maison, et puisqu’il était inconcevable pour elle d’assister à ces jeux du stade pathétiques, elle décida de se confiner dans sa chambre, havre de paix assuré, loin de cette fièvre qui ne manquerait pas de s’emparer des trois habitants du canapé.

La paix fut de courte durée : ce fut d’abord le son de la télé qui fut augmenté de plusieurs décibels, sans doute pour mieux goûter l’ambiance du match ! Comment se concentrer sur un roman avec une telle intrusion sonore ? Nora serra les dents et s’appliqua à forcer son attention sur les lignes de son livre. Elle y parvint tant bien que mal, mais les efforts demandés pour savourer les mots de l’écrivain étaient trop importants pour durer longtemps. Elle dût interrompre sa lecture, et décida de s’occuper de ses pieds, qui méritaient de toute évidence un nouveau vernis. Le petit pinceau ne s’occupait pas du bruit ambiant et déposait méticuleusement le beau et tout nouveau rouge cerise que Nora avait acheté la semaine précédente.

Tout-à-coup, des hurlements d’une bestialité incroyable firent trembler les murs de l’appartement, faisant déraper le pinceau sur le gros orteil. Après son sursaut de frayeur, Nora passa en mode colère et se précipita dans le salon. Elle hurla : « Non, mais vous n’êtes pas un peu malades, de crier comme des fous ? ». Personne ne fit attention à elle, trop occupés qu’ils étaient à se prendre dans les bras, à sauter sur le canapé, à exploser physiquement et vocalement … Sur l’écran, une liesse sans pareille, telle qu’on n’en connut même pas en 45, à la libération, agitait tout le stade. « Tout ça pour un pauvre but ! Vraiment, vous êtes pathétiques ! » grogna Nora. Soudain, la caméra fit un plan large sur les tribunes, et on vit, sans savoir par qui, ni où, ni comment, ça avait commencé, une hola interminable se répandre telle une épidémie tout autour de stade. Nora dut admettre que ce mouvement d’ensemble, orchestré par un chef invisible était fascinant. Mais très vite, elle se ressaisit, puis s’empara de la télécommande sous les protestations outrées de ses sportifs par procuration. « Soit vous baissez le son, soit je débranche la télé ! Vous n’êtes pas tout seuls ici ! Respectez un peu les autres ! Les voisins ne sont pas obligés de subir ça, et moi non plus d’ailleurs ! ». Sur ce, elle tourna les talons pour retrouver sa zone de confinement et chercher le dissolvant pour nettoyer les dégâts écarlates sur ses orteils.


De Nicole de Belgique

CES ANNES-LA, 1969/1970 ET SUIVANTES

Comme une épidémie, une trainée de fièvre venue d’une galaxie nouvelle, de HD Thoreau et sa désobéissance civile et surtout Walden ou la vie dans les bois, en passant par la Beat Generation des années 50 – W.Burroughs, A.Ginsberg, J.Kerouac.
La Guerre du Vietnam, cette maladie, ce dévoiement de la pensée américaine devenue le gendarme du monde.
Et cette société confinée dans le matérialisme d’une société de consommation, ce virus des “Trente Glorieuses”. Bousculé !
Après et concomitant au Black Power, naissent les Flowers Children, Enfants Fleurs, mouvement qui prône le pacifisme, la fraternité, la sorosité, l’amour libre, la légalisation des drogues douces, la vie en communautés.
Les voyages vers Katmandou – Turquie, Iran, Pakistan, Inde, Népal.
La Méditation transcendantale, la musique de Ravi Shankar & son sitar.
Après le retour en Europe, la vie à la campagne en groupe, culture de la terre, élevage de moutons.
Le tout récupéré, mangé par la Société marchande, le consumérisme qui digère tout recycle tout, en fait une mode.
Souvenir d’une manifestation pacifiste à Bruxelles, enceinte je marche sur le Boulevard Adolphe Max, un couple m’offre une fleur blanche pour moi et mon enfant à venir, ma file Clarisse.
Veuve verte (ce disait des femmes vivant à la campagne et attendant leur mari le soir après le travail, bourgeoise vivant à 40 Km de Bruxelles, ces idées, cette douceur de vivre gagnent peu à peu mon esprit, libère en moi cette femme en devenir…


De David de France

En cette belle journée d’été, une auberge de jeunesse située au cœur de la nature s’apprête à accueillir un groupe de jeunes garçons et filles.
Après quelques jours de vie en commune, deux d’entre eux proposent un défi au reste du groupe. Apprendre à consommer autrement, sans se rendre au centre-ville situé non loin de l’auberge.
Le but du défi est de se débarrasser du virus de la consommation de masse.
Ils doivent se nourrir de produits naturels venant du jardin de l’auberge.
Rester confiné pendant une semaine pour ces jeunes citadins est un sacré défi.
Plus les journées passent, plus des liens d’amitiés et d’amours naissent dans le groupe.
À tel point, qu’une fièvre amoureuse se propage et rend tout le monde malade d’amour.
On peut dire que ce séjour aura vu naître une épidémie amoureuse durable. En tout cas, on l’espère …


De Caroline de France

Et c’est parti pour cette course. Le grand prix de l’Année, 2400 mètres à parcourir dans ce groupe 1. Mon virus le n°4 qui s’empare tout de suite du commandement associé à Ryan Corona. Alors que le favori, Fièvre du samedi soir est également bien parti et se porte en deuxième position. Le rythme est assez soutenu. Dès les premiers mètres de course, Épidémie star le n°3 galope non loin de Mister malade qui patiente à la troisième place. Dans leur sillage, Chauve souris associé à Mickael Pangolin se porte bien. A l’arrière garde, se trouvent Liber T le n°2 ainsi que Folie douce, Le confiné ferme la marche. On a repris l’allure en tête sous l’impulsion de Mon virus, entraînement de la Chinese Team, Fièvre du samedi soir reste en deuxième position, pendant qu’Épidémie star est troisième. A sa hauteur, galope Mister malade, il est maintenant devant Cluster star qui vient côté corde. A sa droite, se trouve son compagnon d’entraînement et de couleur le fameux, Chauve souris. En avant dernière position, le britannique, Liber T, patiente sous la selle de Vincent Joyeux. C’est toujours Le confiné et son cavalier, Maxime Galère, qui ferme la marche.
Mister malade fait un gros effort pour venir à la hauteur de l’animateur, Mon virus. Mister malade est brillant, proche de Fièvre du samedi soir qui attend tranquillement en position de trois – quatrième.
Grâce à cette belle tac-tic, Mister malade gagne du terrain. Le favori, Fièvre du samedi soir, attend pour l’instant, détendu par son jockey Greg Saimptome. Folie douce galope sur une troisième ligne, côté corde. Le peloton accélère progressivement. Chauve-souris préfère patienter derrière le favori. Mon virus a toujours le meilleur depuis le départ, Mister malade, lui, reste en deuxième position. Épidémie star est toujours à la troisième place. Fièvre du samedi soir a pas mal de ressources, il va tenter de rejoindre les premiers. Voici la phase finale de ce grand prix, avec l’accélération de Mister malade qui fait un petit peu de remous autour de lui. Mon virus tente de se relancer au côté de Liber T pour prend l’avantage. Fièvre du samedi soir est au centre du peloton mais est battu à cet instant. Sans grand étonnement, Épidémie star va s’imposer devant Liber T, Folie douce prendra la troisième place devant l’as, Fièvre du samedi soir.


De Laurence de France

Le La Fontaine du XXe siècle

J’ai eu une vie intérieure très intense dès l’enfance. Cela a continué après et à part écrire des chansons et jouer de la guitare, je n’ai jamais appris de vrai métier. J’ai appris sur le tas, comme un vrai troubadour. Tout seul dans mon coin. J’avais la rage de m’en sortir par mon art. Cela a été long de trouver ma voie et je me suis fait tout petit.
Mais, quand j’ai commencé à être célèbre, trop à mon goût de vieux loup solitaire, on a commencé à me haranguer dans la rue. Alors, je me suis confiné chez moi. Je me suis créé un grand bureau dans le sous-sol de ma maison où l’entrée était interdite.
Pendant des années, j’ai passé le plus clair de mon temps dans cette pièce. Je vivais confiné comme un escargot dans sa coquille. Je sortais peu ; je me croyais anormal, asocial et misanthrope. J’avais une mauvaise réputation. Les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux ! Pourtant, je n’ai jamais fait de tort à personne ! J’ai toujours suivi mon chemin de petit bonhomme!
Je ne voyais mes amis que sur rendez-vous, quand je ne composais pas. Je me croyais différent, pourtant, cette passion de la chanson et du mot me brûlait de l’intérieur.
Puis, je me suis rendu compte que c’était les autres qui étaient anormaux, des gorilles qui me dérangeaient. Moi, j’étais perdu dans mes rêves. Au moins, ma tête en fourmillait et je les menais à bien. J’avais des besoins d’exaltation qui me donnaient de la fièvre telle une épidémie et je les trouvais dans les livres, compagnons fidèles tout au long de ma vie.
A force de ténacité, j’ai fini par avoir des facilités à écrire, à imaginer et à inventer des ritournelles qui plaisaient aux gens. Ecrire, cela avait toujours été mon rêve secret. Je n’ai jamais osé l’avouer à mes parents. J’ai eu une soif profonde de lecture, alors je me suis engouffré dedans, jusqu’à m’y abîmer, mais j’étais heureux comme Ulysse.
Je vivais peu dans le monde, ne sortait que rarement quand les trompettes de la renommée ont frappé à ma porte. Les autres vivaient dans un autre univers que moi. Nos deux mondes n’étaient pas compatibles, sauf quand ils venaient me voir sur scène, quand j’avais rendez-vous avec eux ! J’ai fini par être étranger à la réalité du monde. Le temps n’a rien fait à l’affaire.
Mon bureau, ou ma chambre, c’était comme une espèce d’îlot dans lesquels je me trouvais bien. C’est là où je me sentais heureux. Où je me suis senti heureux jusqu’à la fin.
Mes mots ont imposé leur propre puissance, leur propre loi. Ils me survivent. La preuve : on se souvient toujours de mes refrains, et j’en suis toujours le premier étonné de là où je me trouve désormais. J’aurais été prêt à mourir pour mes idées.
Aujourd’hui, c’est la saint Georges. M’avez-vous reconnu ? Non, pourtant j’ai beaucoup brassé… Je vais vous aider, je suis sûr que vous vous rappelez de moi, Georges Brassens, le gars de Sète, qui a failli mal tourné et qui s’est fait un nom dans la chanson, malgré son caractère de hérisson !


De Camille de France


Lipogramme sans A

Ce jour, les difficultés sont nombreuses. Le repos perdu des nuits récentes vient mettre en péril un bien-être douillet. Bien que l’espoir soit roi et que le Seigneur règne, il peut sembler quelquefois périlleux d’oser s’exposer nue en son illuminée présence. Ses lumières inondent le chemin tortueux d’un temps flétri qui se meurt lentement, en même temps que les certitudes s’échoient sur le sol jonché des pêchers du monde. Que reste-t-il, comme je suis nue ? Une étoile frêle bien que solide, un sentier libre et immense qui n’espère qu’une mue enjôleuse, mienne et douce. Dès lors, les miels en flots couleront sur l’or d’une couronne que je veux mienne. Et le soyeux chemin vers les cieux me désire, constellé de roses et de trésors. Puissiez-vous, mon bon Seigneur, me conduire en votre demeure.

  

Je vous remercie d’avoir participé et de nous avoir offert ces mots hors confinement.

Vous avez reçu une nouvelle proposition créative concernant des couteaux. 

Laissez aller votre plume et votre créativité!Ecrire est un jeu !
Tout le monde peut se mettre à créer et à écrire.
Chaque semaine, je vous proposerai une accroche différente pour vous inciter à écrire dans le plaisir.

Je vous souhaite une belle semaine créative.

 
Créativement vôtre,
Laurence Smits, La Plume de Laurence 
 

Laurence Smits

Passionnée de lecture et d’écriture, de voyages et d’art, je partage mes conseils sur l’écriture.

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